Articles de la-haut
"Pardon, pardon..."
Désespérant, effarant, d'une tristesse immense. "Pardon, pardon..." Nous devrions tous le dire et puis nous engager, corps et âme, parce que les mots ne suffisent pas.
Cette semaine, on a passé le cap des deux cents plantations, arbres, arbustes, haies fruitières. Quand on court en forêt, on repère des jeunes arbres qui poussent sur le sentier, sur une piste forestière, au bord d'une route, tous ces arbres dont l'espérance de vie est très réduite. Alors on revient avec une binette et on les déterre pour les planter sur notre terrain, là où ils auront un avenir assuré. Une petite forêt qui nous survivra.
https://lareleveetlapeste.fr/proteger-les-forets-pour-proteger-leau-donc-la-vie-tribune-dun-forestier/
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie : tribune d’un forestier
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.

27 février 2020 - La Relève et La Peste

Forêts est le seul livre en France à faire un tour d’horizon aussi complet sur notre monde végétal. Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation… bien d’autres sujets vous attendent pour vous émerveiller et vous donner une dose d’inspiration positive.
- Thème : Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation, santé…
- Format : 300 pages
- Impression : France
Ecrit en fin d’année 2019 par un forestier de l’ONF, membre du Snupfen-Solidaires de Franche-Comté, nous avons décidé de relayer son cri du cœur, plus que jamais d’actualité. Alors que l’ONF est en proie à une privatisation qui menace les forêts françaises, son témoignage nous appelle à regarder les choses en face, à faire le deuil de ce que nous avons déjà perdu, et à agir.
J’ai commencé en 1998… Une autre époque. Un triage de 800 hectares, deux communes. Le temps de faire les choses bien, propres, dans le détail. Le temps de discuter avec le papy qui sort son bois de la tourbière avec sa brouette, d’échanger avec les bûcherons, les ouvriers, pour qu’ils me racontent aussi, qu’ils m’apprennent.
Les plus beaux hêtres se tranchaient à 3500 francs du mètre cube, et les feuillus précieux flambaient, vendus à la pièce sur les parcs à grumes, jusqu’à 90 000 francs du mètre cube ! Du jamais vu…
En ce temps-là, les marteaux étaient toujours au coffre, à la division, gardés comme un trésor. On ne coupait les feuillus qu’en hiver, hors sève, et on attendait le gel pour débarder. Le bûcheronnage était saisonnier… comme les dégagements sylvicoles.
Et puis, le 26 décembre 1999, j’ai compris. J’ai compris qu’on ne maîtrise rien, tout forestier qu’on soit. Qu’on ne sait rien de l’avenir, du possible ou de l’impossible. Que la nature, quoi qu’il arrive, a le dernier mot. J’ai vu mes collègues perdre toute leur vie de travail en deux heures. Perdre tous leurs repères…
Le monde entier est venu acheter du bois : on a rempli des wagons, des containers, qui partaient jusqu’au bout du monde. On a cubé pendant des mois, tous les jours, des milliers de mètres cubes, des kilomètres de grumes le long des routes. On était les forestiers de l’an 2000, et on avait l’impression de vivre l’apocalypse forestière…
Mais la forêt a repoussé, riche de cette glandée qu’on attendait depuis quinze ans, de toutes cette fructification miraculeuse, juste avant Lothar.
Elle savait, la forêt.

Crédit : Zoë Gayah Jonker
Nous, forestiers de l’an 2000, allions passé notre vie à mener ces peuplements issus de cette terrible tempête. Mon premier triage ravagé, j’ai découvert la sylviculture extensive, le cassage, le traitement irrégulier. Dans des trouées de 200 hectares, les ouvriers ont repris le croissant. Et ils étaient contents. Et c’était beau toute cette régé mélangée, riche, vive…
C’était beau, même s’il fallait lutter encore, pour que les crocodiles qui voulaient profiter de la tempête ne mettent pas la main sur ces forêts, ne massacrent pas les sols pour en faire des lotissements, des routes, des carrières, à coup de milliers d’euros.
Des millions promis en masse aux communes sinistrées, et même aux directions qui voyaient d’un bon œil arriver les 12% de ces jolis millions promis… Il a fallu convaincre, défendre, tenir bon malgré les menaces, montrer aux élus toute la richesse de ces milieux meurtris mais si importants…
Et puis il y a eu la réforme aussi. On a lutté, oui, de toutes nos forces je crois. C’était beau. Nous étions ensemble, solidaires. Je pense vraiment qu’on a réussi à éviter le pire, malgré tout. Mon deuxième triage, sur 7 forêts, a pris d’abord une, puis trois, puis 5 forêts supplémentaires au fil des années. On m’a changé d’équipe, on m’a retiré les forêts debout pour des forêts rasées. On a eu la canicule aussi, en 2003, son lot de chenilles, de scolytes…
On s’est mis à marteler à la peinture, toute la journée, toute l’année. A couper les bois en toute saison, à débarder par tous les temps, pour les ventes. Tout s’est mis dans le même rythme. Mais toujours, toujours la forêt repoussait.
On nous disait tout ce qu’on ne ferait plus, que tout irait bien, parce que les communes s’en débrouilleraient plutôt que de payer. Mais elles payaient, les communes, cash, pour que surtout rien ne change.
A la seizième forêt qu’ils m’ont rajouté, j’ai dit non. Stop. J’ai laissé mes 500 cessionnaires, mes papys, mes conseils municipaux, mes petites et grosses mairies, mes bucherons caractériels. J’ai choisi la montagne, plus loin, plus dure, plus rude, mais si belle aussi… La forêt des pentes et des roches, mélangée, jardinée. La francomtoise. J’y ai retrouvé le marteau et les saisons…

Crédit : Thomas Tixtaaz
Et moi qui m’étais juré de ne jamais porter d’étiquette, j’ai sauté le pas : j’ai pris des engagements, vraiment, au Snu. J’ai porté ses valeurs, son cri, car c’était aussi les miens : quelles forêts pour nos enfants ?
On a lutté oui, de toutes nos forces, défendu ces forêts et leurs forestiers.
J’ai découvert le mépris aussi, de ceux qui font semblant de nous écouter mais qui n’entendent rien, parce qu’ils savent mieux. Mais le mépris aussi de ceux qui se demandent toujours : « Mais que font les syndicats ??? » J’ai pris la morsure des sous-entendus…
Ben oui parce que quand tu sièges tu n’es pas sur ton triage, donc tu ne fais rien. Et quand tu n’obtiens pas ce que veulent ceux que tu représentes, c’est que tu ne sers à rien, que tu es vraiment nul, que tu vas juste glandouiller avec tes potes pendant que les autres bossent !
Et si tu ne sièges plus parce que cette mauvaise foi en face est juste insupportable, ce gouffre entretenu entre la direction et notre réalité quotidienne, la malhonnêteté des promesses jamais tenues, quand en face de toi les dirigeants eux-mêmes s’assoient sur la loi pour faire la leur, quand tu renonces parce que même si tu dis non ça ne change rien, les autres, ceux qui restent en forêt sans surtout en sortir, tu les entends encore : mais que font les syndicats ?
Et toi, tu fais quoi ?
J’ai vu les dépressions des collègues autour de moi, les burn-out. Les départs en retraite non remplacés. Les collègues déçus, aigris, plein d’amertume, partir soulagés en nous souhaitant bonne chance et bon courage. Les contractuels non renouvelés.
Mais il y a eu des belles choses aussi. J’ai vu les jeunes arriver, motivés, heureux. On s’est mis à garder des bois bio, à tenir compte ça et là des sols, des oiseaux, de toutes ces espèces en train de disparaître. Les réseaux naturalistes se sont développés. Je me suis enrichie de toujours plus d’expériences, d’échecs et de réussites, de petites victoires et de grandes déceptions.
Et puis, toujours, nourrissant, ces petits moments de grâce dans le quotidien du forestier : la lumière dans les houppiers dans les fins de journée d’automne, le givre qui fige la moindre brindille au petit matin, le faon niché et tremblant sous la ronce, la mer de nuage sous la crête… Le chant d’une Tengmalm au détour du chemin, le grand tétras levé au bout d’une virée … Tous ces petits riens qui font de ton métier l’un des plus beaux, que tu ne changerais pour rien au monde.

On s’est adapté aux nouveaux services, aux nouveaux départs, aux expérimentations, au TDS, aux nouvelles directives, aux contre-ordres, aux notes de service, à Teck, à ProdBois, aux services qui se vident, aux postes jamais pourvus, aux intérims interminables.
J’ai appris à dire non, encore. C’est très mal vu, mais salutaire.
On a aussi martelé des peuplements entiers de chênes de 45 au-dessus de rien, parce qu’il y avait du retard dans les aménagements, parce que la surface d’équilibre, parce que ceci, parce que cela. J’ai vu les prix des bois chuter toujours plus bas, remonter parfois avant de redescendre, la direction demander de prélever plus pour compenser.
J’ai vu des bûcherons payer toujours plus de charges sans pour autant gagner un euro de plus. 100 francs du mètre cube en 1999, 15 € en 2019 : étrange, mais ça n’a pas bougé. J’ai vu des gros bois partir en tritu : des siècles de croissance pour finir en lamellé collé dans un meuble en kit qui finira à la déchetterie dans dix ans… Pour 38 €, 250 balles…
Je ne m’y fais pas, ça me fait toujours mal, à chaque fois. Je préfère les savoir mourir en forêt de leur belle mort.
J’ai vu des machines de plus en plus grosses, de plus en plus lourdes, sortir tout de la forêt, parfois jusqu’aux feuilles et aux aiguilles. J’ai vu des forestiers retourner marteler parce que l’objectif n’était pas atteint. J’ai senti l’amertume de ceux qui n’avaient pas eu le concours, l’examen, des contractuels payés au lance-pierre et gentiment remerciés. Pour boucler le budget on a fermé le campus, vendu les Arcs, vendu le siège pour mieux le louer ensuite.
J’ai vu le bon sens se perdre, comme fondu, au nom du chiffre, des objectifs, et du budget …
Et puis il y a eu 2019. Ce printemps-là, j’ai compris plus encore. En 2019, les sapins se sont mis à sécher même en hiver… Même les plus beaux, surtout les plus beaux, les plus vieux, les plus grands, les uns après les autres, se sont éteints, comme ça, soudain. Il s’est mis à pleuvoir des feuilles et des aiguilles, en plein été, même dans les jeunes peuplements, même dans les peuplements les plus mélangés, les plus sains, même en RBI.
En plus des frênes qui mourraient déjà, se sont mis à sécher les hêtres, les sapins, les épicéas. Le paysage a changé, très vite, en quelques mois… J’ai marqué des bois secs ou en train de mourir tous les jours. Tous les jours.

Crédit : congerdesign
Et j’ai compris que moi, forestier de l’an 2000, je ne laisserai peut-être rien derrière moi… Rien du travail de toutes ces générations de forestiers, rien de ces vingt ans à y croire si fort.
Le gibier en surpopulation bouffe tout en dessous, tout sèche au-dessus. Le gel de mai a cramé les feuillus, puis ils ont pris la canicule de juin, puis celle de juillet, puis celle d’août. En octobre, les scolytes continuaient encore dans les épicéas.
Et j’ai pleuré, oui, j’ai pleuré. Je n’ai pas honte de le dire.
J’ai pleuré en martelant des sapins centenaires, qui se dressaient si fièrement hier encore. Je leur ai demandé pardon, à eux qui ont traversé les deux guerres, la sècheresse de 76 et celle de 2003, qui ont survécu à Lothar, à la neige, au vent, aux orages et aux crues…
Pardon, pardon pour les hommes… pardon pour tout ce carbone rejeté sans conscience, pardon pour cette insouciante surconsommation perpétuelle, pardon pour cette chaleur implacable qui vous tue… On savait, depuis longtemps, mais on a continué, comme si de rien n’était… Pardon, pardon…
On a tous, chacun, notre responsabilité. Parce qu’on n’a pas entendu, pas cru, parce qu’on a pensé que c’était pour demain, et que demain ce ne serait pas pour nous, pas pour eux… Parce qu’on s’est laissé convaincre, qu’on a laissé gouverner les crocodiles, préservé notre petit confort… Parce que la lutte n’a pas suffi…
J’ai compris que mes petits enfants ne connaitraient pas ces forêts de grands bois, si fiers, si riches… Que le monde qu’on a connu jusqu’ici ne sera plus jamais le même. Il y a, à un moment donné, quelque chose qui s’est brisé en moi…
On m’a dit de ne pas m’inquiéter, que ce n’était pas si grave. Que ça allait s’arranger. S’arranger ? Les étés à venir ? Les canicules, les sécheresses, les parasites, les tempêtes, les crues ? Non, soyons réalistes, honnêtes avec nous-même. Ça ne va pas s’arranger. Nous le savons très bien.
Les sapins, les hêtres, ne sont pas faits pour des températures de 40°, des nuits sans rosée. Le chalara, les chenilles, les scolytes, non, ça ne va pas s’arranger.
Au bout de six mois, oui, finalement tout le monde a reconnu qu’il y avait là une crise, grave. Il y a des embauches de CDD, non affectables aux triages vacants bien sûr, des financements pour les camions qui emmènent les bois au large. Mais le feuillus précieux partent chez Ikea, les scieurs locaux n’ont plus de contrats, il a fallu leur vendre nous-même nos lots sans le service bois. On continue de marcher sur la tête, à l’envers…
Mais depuis quelques semaines, je sais, moi, forestier de l’an 2000, quel est mon projet pour les 20 prochaines années. Parce que comme il y a vingt ans, les crocodiles vont revenir à l’assaut, auprès des communes démunies. Ils vont essayer de convaincre, promettre les milliers, les millions d’euros.
Si nous n’avons, nous, en face, qu’un argument de dépenses et de plantations aléatoires à leur proposer, qui s’adapteront peut-être malgré les printemps secs, malgré le gibier, à coup de subventions, ou pas, si c’est ça notre réponse, on va droit dans le mur.
Mais la forêt, résiliente, toujours, s’adaptera. Il faut juste lui laisser le temps et l’espace nécessaire. Préserver à tout prix, cet espace, et ces sols.
Ce ne seront plus les mêmes forêts, les mêmes arbres. Le climat nouveau est arrivé, et ce sont d’autres essences, d’autres équilibres qui vont se mettre en place. La forêt nouvelle s’adaptera. Laissons-lui juste le temps, les dizaines d’années nécessaires.
Mais en attendant, nos arbres ne tiendront plus les sols de montagne, les roches, ne retiendront plus les crues, ne réguleront plus l’eau, là-haut. Alors partout, jusqu’au plus bas de la plaine, tous en subiront les conséquences. Nous n’en avons pas fini avec les inondations, ni avec les sécheresses.
Malheureusement si nous, forestiers, sommes aux premiers fronts, je crains que tant qu’il y a de l’eau au robinet, peu de gens prennent vraiment conscience de l’urgence, de la gravité de la situation. Mais il va venir très vite le moment où l’eau ne coulera plus au robinet. Bien plus vite qu’on ne le pense, car nous sous estimons largement la part de la biosphère dans les équilibres climatiques.
La disparition de la forêt, même juste pour un temps, même juste pour une ou deux générations humaines, c’est la disparition de la régulation de l’eau.

Crédit : Jp Valery
Et ce n’est pas en jouant aux apprentis sorciers, en espérant accompagner les migrations des espèces végétales sans que l’on sache du tout quelle sera l’évolution du climat dans 10, 20, 60 ans, en plantant tout et n’importe quoi n’importe où, qu’on va éviter ça.
Non, le boulot du forestier d’aujourd’hui et de demain ne sera plus de produire ou de récolter du bois, ouvrons les yeux, mais bel et bien de protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie.
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie. Pas seulement celle de la faune et de la flore, mais toute la vie, de toutes les espèces, nous compris.
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.
J’ai reconnu cette brisure en moi, je l’ai reconnue car je l’ai vue dans les yeux de mes collègues en 2000. Mais cette brisure j’en ai fait une force aujourd’hui : mes yeux sont ouverts, je sais où est ma place, quel est mon rôle. Si le quotidien reste difficile, je sais, moi, mes priorités absolues.
Et je sais combien chacun a besoin du forestier pour être là, pour protéger ce qui survit des feux à venir, de la destruction des sols forestiers, de la pollution et des crocodiles. Gageons qu’il faudra beaucoup, beaucoup de temps avant que cette prise de conscience monte jusqu’aux cerveaux encombrés de nos dirigeants.
Espérons que lorsque l’eau ne coulera plus au robinet, que lorsque la Seine aura envahi Paris, ils feront le lien, et réfléchirons non plus en euros, mais avec du bon sens, non plus à échéance électorale, mais à l’échelle de la vie.
Je suis forestier de l’an 2000, et la première chose que j’ai apprise, lorsque j’avais vingt ans, c’est que le forestier doit avant tout préserver sa surface forestière, l’état forestier. C’est ce qu’il y a de plus difficile, mais c’est notre métier, avant tout. Il est plus que jamais fondamental aujourd’hui. Tout ce que nous pourrons préserver donnera une chance supplémentaire à nos enfants, à nos petits-enfants, de connaître les arbres, les forêts, l’eau. De survivre… Ne l’oublions jamais.
27 février 2020 - La Relève et La Peste
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Rien ne meurt en soi.

J’avais onze ans. Je vivais en Bretagne. Mes parents avaient fait construire une maison près des bois. Avec mon vélo, il me fallait vingt minutes pour arriver à la plage. Mon vélo, c’était le Solex de ma grand-mère, le moteur avait fini sa carrière et je l’avais entièrement démonté à grands coups de burin…Je me levais à sept heures les jours de congé, je me préparais un copieux petit-déjeuner, j’enfilais mes habits des bois et je partais pour la journée avec un bout de pain, une tranche de jambon, une pomme, une gourde.
J’aimais tellement le silence du matin. J’aimais la lumière, le vent, la pluie, le soleil. J’aimais par-dessus tout être dehors. Libre. Un sourire perpétuel, l’envie de rire parfois, tout seul, juste comme ça, pour le bonheur de la vie en moi, la force de mes muscles, ma respiration quand j’appuyais comme un mort de faim sur les pédales.
J’étais seul, très souvent. Mon grand-frère ne venait pas avec moi. Très peu de complicité entre nous… Olivier était mon seul ami. Les autres n’étaient que des connaissances épisodiques, des camarades de classe, mais rien ne nous unissait. Olivier, par contre, était comme moi. Il aimait la Nature, il aimait la mer, le silence, c’était un « taiseux », comme moi. On pouvait marcher ou rouler pendant des heures sans se dire grand-chose, juste des regards échangés ou une proposition de balade, des rochers à escalader, une cabane à construire, un nouveau lance-pierres qu’on coupait dans une fourche de sapins, un bâton de marche qu’on sculptait, assis sur un rocher, face à la mer. Parfois, on se lançait des défis : nager en hiver pour aller planter un bâton le plus loin possible au fond de la mer, trois, quatre mètres de profondeur, on restait habillé et après on se faisait sécher en allumant un feu sur la plage, avec le bois flotté. On escaladait des falaises qui tombaient dans la mer et quand on se loupait, on finissait à l’eau… On aimait bien aussi installer une rampe de tremplin au bout d’une jetée, une vieille porte qu’on cachait dans un buisson, on glissait une pierre dessous et on prenait notre élan à vélo de tout au bout de la jetée, on décollait, on sautait en l’air, on lâchait le vélo et on tombait à l’eau. On remontait le vélo avec une corde qu’on accrochait sur le tube de selle. On réparait nos vélos en allant dans les décharges sauvages, on trouvait toujours ce qui nous manquait.
J’ai passé des milliers d’heures à marcher dans les bois, à écouter le vent, le chant des oiseaux, à jouer au bord d’un ruisseau, à sculpter des bouts de bois, j’avais un joli couteau de poche, j’étais comme un trappeur, je lisais Jack London parfois, le dos appuyé à un tronc d’arbre et puis quand je sentais bouillir l’énergie en moi, je reprenais mon avancée. J’étendais inlassablement les horizons.
Je n’avais pas conscience de l’importance du Sacré. Je vivais l’instant. La joie de partager ma vie avec le monde. Il y avait bien ces moments de contemplation immobile, les yeux rivés sur la houle du large ou le balancement hypnotique des grands arbres. Une absence totale de pensées. Une plénitude qui ne portait pas de nom. Je me souviens avoir pleuré parfois. Sans savoir pourquoi.
Le Sacré.
J’ai mis longtemps à comprendre.
La télévision était rarement allumée, j’avais le droit de regarder « Histoires sans paroles » et « La piste aux étoiles. ». J’attendrais quelques temps encore pour avoir le droit de regarder les films du soir. J’aimais beaucoup le cinéma. « Ben Hur », « Les révoltés du Bounty », « Vingt mille lieues sous les mers ». Quelques films comme ceux-là qui ont marqué mon adolescence.
Je n’avais pas de PlayStation, ni de Wii, ni de jeux vidéo, bien évidemment. Ma chambre était garnie de romans et de livres sur la nature. Je lisais sous ma couette avec une lampe de poche après que ma mère soit venue éteindre. J’apprenais les noms des animaux, les pays, les forêts, les grands fleuves et les Peuples Premiers, je lisais les aventures des grands explorateurs, les marins ou les marcheurs. « Bornéo » de Douchan Gersi, « Seul à travers l'Atlantique » d'Alain Gerbault, « Hymne à la mer » de Henry de Monfreid etc... et puis j’ai découvert un livre de montagnes à la bibliothèque du village où je passais beaucoup de temps : « Les conquérants de l’inutile » de Lionel Terray. Un choc immense, cet engagement physique et cette force morale m’enthousiasmaient, je sentais qu’il y avait dans les ascensions l’opportunité de se grandir.
Mais je vivais en Bretagne et je devais attendre. Alors, je continuais à courir dans les bois et à enfiler les kilomètres à vélo. Toujours dehors. Avec mes habits des bois que ma mère n’avait pas le droit de laver.
« Mais maman, les animaux me sentent arriver sinon, il faut que je sente la terre, les feuilles, la mer, il faut que je sente la Nature sinon ils s’enfuient. »
Parfois, elle craquait et fourrait le tout dans la machine à laver. À la première sortie, je me roulais dans les feuilles et dans la terre, je m’en couvrais, j’accrochais du lierre dans mes cheveux et je m’amusais à me glisser sous les frondaisons sans un bruit.
J’avais une vie très simple, construite sur un cadre immuable. L’école, des Maîtres que j'aimais, la Nature, le sport, les livres et un peu de télévision.
C’est le livre de Jack London, « L’amour de la vie » qui a été le véritable déclencheur. Le sens du Sacré. Le sens de la Vie.
Je réalise aujourd’hui que je ne me souviens quasiment plus des visages des gens que j’ai connus à cette époque. Tout s'efface. Mais je me souviens très bien des lieux, le petit pont, le moulin, la digue, le bois des marais, les rochers de Saint Guénolé, toutes les routes que j'ai parcourues à vélo. Je me souviens de la terre et de ses parfums. Je me souviens bien d’Olivier, un des seuls. Une tête ronde, des yeux rieurs, des bras de bûcheron. Il voulait être marin pêcheur. Il détestait l’école. Il a fait une formation d’apprenti à seize ans sur un chalutier et il a peu à peu disparu de ma vie.
Olivier est mort d’une rupture d’anévrisme l’année de ses vingt ans. Son grand-frère est mort de la même façon deux ans plus tard. Une malformation génétique qui n’avait jamais été décelée.
La mort. J’allais souvent la croiser. La souffrance, la douleur, la détresse, la lutte pour survivre, pour sauver ceux qu’on aime. Un très long apprentissage.
Le sens du Sacré. Je ne pouvais pas y échapper.
Mes parents travaillaient très dur pour qu’on ne manque de rien. Et ils me manquaient finalement. J’aurais aimé que mon père fasse du vélo avec moi, qu’ils viennent se promener avec moi. Ils n’avaient pas le temps. Ils étaient souvent fatigués ou ils étaient trop occupés, l’entretien de la maison et du jardin, des invitations chez des amis et des invitations à rendre.
Je n’aimais pas ces repas, ces visiteurs qui m’obligeaient à rester enfermé. Je n’aimais pas les repas du dimanche. Tout ça était si dérisoire à mes yeux.
Je savais ce dont je ne voulais pas.
Je partais à 7 heures le dimanche matin, je roulais à vélo dans un club avec essentiellement des adultes. J'étais leur mascotte. Je rentrais épuisé, empli de bonheur.
Je serai instituteur et mes élèves seront heureux. Je les aimerai comme nous aimait M Quéré, mon Maître de CM2. C’est dans sa classe que j’ai décidé que je serai instituteur. Je n’ai jamais changé d’avis. Il est la première personne que je suis allé voir quand j’ai eu mon diplôme. Il m’a pris dans ses bras. Il était mon père spirituel.
J’aurai une femme et trois enfants, je les aimerai infiniment et je passerai tout mon temps libre avec eux. Je leur apprendrai la Nature. Je leur apprendrai le Sacre de la Vie.
Et puis je les laisserai grandir en les accompagnant au mieux.
J'ai rencontré Nathalie l'année de mes 25 ans, elle aimait la montagne. Marine, Rémi et Léo sont nés.
J'avais seize ans. Mon grand-frère a eu un accident de voiture. Cliniquement mort. Je ne pensais pas qu'on pouvait vivre encore dans un tel état. Une dévastation. J'ai passé presque les deux mois d'été à ses côtés, nuits et jours. Il est sorti vivant. Une énigme médicale. Roger, un ami d'école, avait été admis dans le même service. Cliniquement mort. J'allais lui lire un livre de Saint-Exupéry toutes les nuits, "Citadelle". Et puis, une fois, je n'y suis pas allé, j'étais trop fatigué. Et Roger est mort cette nuit-là. On ne peut pas vivre sereinement avec ça en soi quand on a seize ans.
Le sens du Sacré. Le devoir. L'engagement. Ne jamais lâcher. Vérifier à chaque instant que les pensées, les décisions et les actes sont à l'image de la personne qu'on veut être.
Au lycée, j'ai eu un professeur de français, M Ollier, que je n'oublierai jamais et en terminale une professeur de philosophie, Mme Sotirakis, que j'adorais. À la suite d'un devoir de français, M Ollier m'avait dit : "Ledru, continuez à écrire, un jour vous serez édité." La force des mots qui s'ancrent ou qui tracent une voie à suivre.
Dix-huit ans. Lorsque j’ai passé mon permis, j’ai tout de suite travaillé. Éducateur sportif pendant neuf mois puis j'ai passé le concours pour devenir instituteur. Reçu.
Je logeais dans le logement de fonction fourni par la mairie. À l'époque, un instituteur, c'était quelqu'un de respecté et dont on prenait soin.
À vingt ans, j’ai acheté un fourgon et je l’ai aménagé. J’ai vécu pendant un an et demi dedans. Pas d’adresse fixe. J’étais instituteur remplaçant, j’allais dormir à la plage ou dans les bois, là où j’avais été nommé, je bougeais tout le temps. Marcher la nuit, j’adorais ça, me baigner sous les étoiles, courir avec une lampe frontale. Parler avec mes élèves, leur enseigner l'Amour de la Vie.
Je passais tous mes congés à escalader les falaises de Pen Hir sur la presqu’île de Camaret. Je savais que le moment où je partirais en montagne approchait à grands pas.
L’escalade. Un défi puissant. Grimper en tête dans des falaises sans équipement fixe, poser ses protections, assurer son compagnon, apprendre le contrôle, la peur, l’euphorie, la puissance, cette énergie folle qui m’enflammait parfois, cette impression d’être plus que moi…
Je courais beaucoup aussi, vingt, trente, quarante kilomètres, dans les bois, sur la route, toujours ce désir de pousser le plus loin possible, d’entrer dans cet espace intérieur où tout se révèle, où l’insignifiant s’efface, où apparaît parfois ce qui n’est pas connu, l’invisible, l’insondable, l’insaisissable, des perceptions que je cherchais à prolonger, une fois allongé sur mon lit et que la pesanteur de mon corps disparaissait dans une évanescence délicieuse. Le vélo sur des distances de plus en plus importantes. Trois cent soixante-quinze kilomètres une fois. Je me souviens qu’au retour, je ne reconnaissais pas le paysage, les maisons, les villages et puis j’ai eu l’impression de me voir par-dessus, de très haut, un cycliste minuscule dans un espace immense, tout petit être agité sur la Terre, comme un insecte sur un animal gigantesque.
Je me souviens de galaxies d’étoiles, des lumières intérieures qui scintillaient, des pulsations de soleils, comme des chaleurs en moi, un cœur bien plus grand que l’organe.
J’avais une planche à voile et je partais parfois, droit vers le large, juste un petit sac sur le dos avec de l’eau et une pomme, je naviguais pendant des heures, sans aucun objectif sinon celui d’aller le plus loin possible. Plus d’une fois, je ne suis rentré qu’à la nuit en utilisant le phare de Bénodet qui m’indiquait la direction. Naviguer, debout sur ma planche, dans le silence immense de la nuit, la phosphorescence de l’eau sous les étoiles.
Mes parents ne savaient rien de ce que je faisais.
Ce qui était sacré pour moi leur était inaccessible, nous n’évoluions pas dans la même dimension. Mais je les aimais et je les aime toujours. Je sais aussi la vie qu’ils ont eue. De leur enfance, de la guerre, de la misère, l’Algérie pour mon père, les fins de mois sans un sou, travailler, travailler, enchaîner les heures, accepter les humiliations, gravir peu à peu les échelons, obtenir un poste un peu plus important et subir une pression encore plus forte… Ils se sont usés au travail.
En moi vibre toujours l’enfant qui pédalait sur les chemins de Bretagne, l’enfant qui courait sur le sable, grimpait sur les rochers, contemplait les vagues, construisait des cabanes, écoutait les oiseaux, dormait sur un tapis de feuilles, grillait des châtaignes et cuisait des pommes dans les braises, l’enfant qui aimait l’odeur du feu sur lui, l’enfant qui rentrait boueux, crotté, en sueur et heureux.
Rien de tout ça n'a disparu. J'ai toujours une tenue des bois et j'aime toujours autant respirer la terre chaude quand la pluie vient la rafraîchir et ruisseler de sueur quand le soleil inonde les paysages, contempler les arbres, marcher sans aucune pensée, m'arrêter pour admirer une fleur, courir dans les chemins des bois, écouter le ruisseau qui murmure, jouer avec les formes des nuages, guetter le coucher du soleil.
Je vieillis mais je mourrai enfant.
Musique : Superpoze
Régulièrement, je cherche de nouvelles musiques.
Soit pour écire, soit pour courir ou pédaler, parfois, aussi, quand je travaille dans le jardin.
Aujourd'hui, j'ai découvert ce groupe.
Et c'est un grand bonheur. Demain, on va courir. Dimanche dernier, on a fait le tour du lac de Vassivière : 26 kilomètres. Les six derniers kilomètres sous la pluie et c'était magique. Les couleurs automnales, un sentier sous les arbres et au bord de l'eau. La musique tout au long du parcours. Demain, ça sera celle-là :

"Le galion des étoiles"
Les articles du site "Le galion des étoiles", vraiment, c'est très, très intéressant.
Des présentations de livres, films, documentaires, des textes très bien écrits, un très beau graphisme.
" Un individu seul peut-il changer le monde ? Ou faut-il s’en tenir à la psychohistoire d’Hari Seldon dans Fondation, et considérer que seul le collectif peut influencer un changement de trajectoire ? Ce genre de question est très actuel, notamment avec le changement climatique. Les petits gestes ou les grandes politiques ? Si je ne jette pas ma canette dans la poubelle jaune, le monde s’en trouvera-t-il plus mal ? Les chefs d’États sont-ils assez influents pour inverser le cours des choses ? La grande erreur, souvent, est de poser justement l’alternative : l’un ou l’autre, un ou bien… ou bien kierkegaardien mal compris. L’alternative est dans l’individu lui-même, un choix qui se pose à lui dans sa propre existence, comme Patricia. Le choix l’engage d’une vie à l’autre, et dans chacune des réalités parallèles, d’autres choix la font évoluer, de telle manière qu’en tant qu’individu, on ne peut pas s’en remettre au collectif, c’est au particulier de se réaliser dans le général."
https://www.legaliondesetoiles.com/Mes-vrais-Enfants--My-Real-Children--Jo-Walton--2014_
Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014
Un article ajouté/rédigé par Bruno Blanzat | 27/10/2022 | Lu 113 fois

Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014
Est-ce parce qu’elle est galloise que Jo Walton me rappelle tant Ken Follett dans son écriture ? L’un et l’autre sont capables de vous attraper dès les premières lignes et vous tenir captifs jusqu’au bout. C’est tellement prenant que nous ne lisons plus des suites de phrases, nous basculons dans l’histoire, on se trouve en contact direct avec les personnages, c’est une expérience de virtualité très marquante.
Dans ce livre, on suit les deux vies de Patricia Cowan, une femme née dans l’entre-deux guerres en Angleterre. Un jour, un homme lui lance un ultimatum : ils se fréquentent depuis quelques temps, mais si elle souhaite faire sa vie avec lui, elle doit se décider à l’instant. Cette décision entraîne une divergence.
– Oui, elle se marie avec lui, elle deviendra Tricia puis Trish,
– Non, elle reprend sa liberté, on l’appellera alors Patsy ou Pat.
De ce choix découlent deux mondes alternatifs. L’astuce narrative est assez classique, que serions-nous devenus si nous avions fait un autre choix à un instant crucial ? La force de Jo Walton, c’est de tirer minutieusement les deux fils, sans fausse symétrie. Chaque chapitre alterne les deux réalités et couvre des périodes plus ou moins longues, pas toujours les mêmes d’ailleurs, ce qui renforce l’idée que ces deux vies sont indépendantes l’une de l’autre. La divergence est si radicale que les moments forts de chacune des vies de Patricia l’emmènent dans deux parcours radicalement différents.
Lire la suite de l’article de Bruno Blanzat pour Le Galion des Etoiles :
Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014 (legaliondesetoiles.com)
Forêts et évapotranspiration
Sur nos 4700 m² de terrain, on a passé cette semaine le cap des cent arbres plantés. La plupart viennent des forêts du secteur : des jeunes arbres condamnés, soit parce qu'ils poussaient sur une piste forestière et qu'ils seraient écrasés par les engins forestiers qui y circulent, soit parce qu'ils poussaient sous de très grands arbres et qu'ils n'auraient pas eu de place pour se développer : cèdres, épicéas, sapins, mélèzes, bouleaux, saules marceau, sureau, saules communs, noisetiers, châtaigniers, robiniers faux acacias, etc... On y ajoute d'autres arbres : févier d'Amérique, olivier de Bohême, sorbier des oiseleurs etc... puis divers arbustes fruitiers ou pas.
Je vais entamer le creusement d'une mare à un endroit où se trouve sans doute un passage d'eau, prolongement probable du réseau qui alimente le puits. L'herbe y reste verte même en plein coeur de l'été. Terrain parfait pour les saules et objectif de mise en place de plantes aquatiques avec l'espoir de voir toute la faune d'insectes d'eau : larves de libellules, girins, notonectes, dytiques, phyganes etc...
L'objectif final, j'en ai déjà parlé ici, c'est le "jardin-forêt."
Tout ça, cette vie en "plein sol", j'en suis arrivé, encore une fois, à la mettre en mots dans un roman, celui que je viens de finir, le tome 3, la suite de "LES HEROS SONT TOUS MORTS"
LE DESERT DES BARBARES
CHAPITRE 6
Tian et Louna avaient été invités à participer aux divers travaux de la communauté. Emma et David leur avaient expliqué les fondamentaux de la permaculture. Anciens ingénieurs agronomes, ils avaient quitté leur travail pour se lancer dans le maraîchage. Ils connaissaient Sophie et Tristan et ils avaient acheté en commun les vieilles bâtisses du hameau. Quatre maisons d’habitation, cinq granges avec sol bétonné pour trois d'entre elles, l’ensemble formant approximativement un demi-cercle. Les façades tournées au sud avec une grande esplanade en dalles calcaires. Une des granges avait été aménagée en salle commune. David avait raconté les premiers mois, la somme considérable de travaux, l’engagement de tous pour la communauté, les forces associées dans un projet qui réclamait une entente parfaite.
Avant de rejoindre le front islamique, Moussad avait travaillé comme charpentier-couvreur. Il avait donc repris l’ensemble des toitures. Didier avait usé de ses talents de bricoleur pour réaliser des aménagements intérieurs, revoir les installations électriques et les relier aux panneaux solaires. Des batteries dispensaient toute l’énergie nécessaire à la communauté. Les quatre maisons d’habitation étaient reliées à une source dont le débit permettait une alimentation permanente, en plus de l’arrosage des potagers. Des citernes en béton récupéraient l’eau de pluie en complément. Une mare de belle taille offrait un refuge idéal aux insectes aquatiques, larves en tous genres, amphibiens et petits poissons. Toutes les cultures légumières étaient protégées de l’ardeur du soleil par des arbres fruitiers et divers feuillus. Trois hectares de terre attenant. Du terrain agricole dont personne ne voulait. Des champs de cailloux juste bons pour la pâture. La permaculture avait donné vie à ces terres abandonnées.
« Il s’agit de créer et de développer un micro climat. »
Emma était passionnée par son travail. Elle aimait partager. Tian et Louna l’écoutait avec attention. Louna aimait la force qui émanait de cette femme, une énergie qui l’enthousiasmait et qui la stimulait. Elle réalisait aussi en l’écoutant la quantité de savoirs qu’il lui faudrait enregistrer et elle en vint à se dire qu’elle avait perdu beaucoup de temps à étudier des choses inutiles.
« Les arbres protègent des intempéries les plus violentes et avec l’évapotranspiration, une certaine humidité est maintenue, une sorte de micro-climat. L’agriculture qui considère que tout doit être compartimenté dans des surfaces clairement délimitées ne comprend rien à la nature. Retourner le sol contribue uniquement à tuer toute la vie qui s’y trouve. D’où la nécessité d’utiliser des engrais. C’est juste un commerce qui a anéanti les formes primitives de l’agriculture alors qu’elle est la seule à préserver la vie du sol. Le sol ne doit jamais être mis à nu. On récupère de la paille dans la vallée en échange de travaux dans l’exploitation. Un paysan qui nous soutient et se retire peu à peu de l’agriculture intensive. Le paillage et l’utilisation du broyat enrichissent le sol. Tous nos déchets végétaux retournent au compost. Il nous a suffi de quatre années pour doubler la production de légumes. Maintenant, on a multiplié par dix. Nos produits sont très appréciés par les restaurateurs et les particuliers. On est bien connu maintenant et le bouche à oreilles suffit à assurer notre clientèle et nos revenus. L’argent est mis en commun et nous débattons régulièrement des achats nécessaires.»
Tian se réjouissait de chaque instant. L’idée qu’il ne devrait jamais repartir ne le quittait plus. Il se sentait brûlant, une chaleur bienheureuse, une euphorie intérieure qui lui donnait envie de rire.
Louna s’en était aperçu. Depuis si longtemps qu’elle ne l’avait vu pleinement heureux. Même avec elle.
Ils découvrirent que le repas du midi n’avait pas cours dans la communauté. Il s’agissait d’adapter le corps au manque. L’habitude du jeûne était une force et non une simple privation.
« Beaucoup trop d’humains vivent dans un pillage inconscient. Pillage de nourriture, de ressources minières à travers des achats compulsifs qui n’ont aucune utilité, sinon celle de se croire vivant. C’est leur intégrité spirituelle qu’ils pillent puisqu’ils finissent par ne plus être ce qu’ils portent en eux mais uniquement ce qu’ils portent sur eux et qu’ils possèdent autour d’eux. Et la nourriture qu’ils ingurgitent inconsidérément relève du même phénomène. Entre l’être et l’avoir, les sociétés matérialistes ont fait leur choix. Nous sommes tous des êtres parfaits, nous détenons tous la possibilité d’une vie juste et sereine. Mais les exemples qui sont enseignés conduisent les humains à la misère intérieure. Combien d’êtres sont réellement heureux ? Il m’arrive de penser qu’un grand nettoyage serait nécessaire. »
David était amer et il l’exprimait. Il n’aimait pas les sociétés matérialistes et il ne se privait pas pour en donner les raisons.
« Combien de personnes ont lu Krishnamurti ou d’autres réels enseignants spirituels ? C’est à croire que les gens ne veulent pas être libres, que leur esclavage mental et matériel leur convient parfaitement. Combien de personnes s’interrogent sur leur parcours de vie ? Combien comprennent l’importance de la spiritualité ? Moi, j’ai pris une baffe monumentale un jour. Le jour où je me suis détesté. Puis j’ai compris que c’était ma vie que je détestais et que je devais me retrouver. Qu’il y avait en moi un être bon et juste, lucide et libre. Et j’ai rencontré Emma. La vie m’apportait la preuve que j’avais raison. J’ai démissionné, Emma aussi et on est arrivé ici. On ne vit pas dans le confort matériel mais dans le bonheur intérieur. C’est juste ça qu’il faut parvenir à établir. »
https://lareleveetlapeste.fr/sil-ne-pleut-pas-dans-le-desert-cest-parce-quil-ny-a-pas-darbres-et-non-linverse/
« S’il ne pleut pas dans le désert, c’est parce qu’il n’y a pas d’arbres, et non l’inverse ! »
Pour avoir de l'évapotranspiration il faut couvrir nos sols de végétaux verts, donc vivants. Il faut aussi de l'eau dans le sol.

8 août 2022 - La Relève et La Peste

Forêts est le seul livre en France à faire un tour d’horizon aussi complet sur notre monde végétal. Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation… bien d’autres sujets vous attendent pour vous émerveiller et vous donner une dose d’inspiration positive.
- Thème : Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation, santé…
- Format : 300 pages
- Impression : France
Pierrick Berthou est agriculteur, producteur de lait bio à Quimperlé, en Bretagne. En 2003, la canicule meurtrière qui s’abat sur la France lui fait prendre conscience de la valeur inestimable de l’eau. Depuis, il s’est formé pour apprendre à gérer de la façon la plus résiliente possible cette ressource indispensable à la vie. Il a souhaité nous livrer ses apprentissages, avec une leçon clé : il nous faut réapprendre à connaître le cycle de l’eau et favoriser le phénomène d’évapotranspiration pour empêcher les sécheresses.
Les leçons du passé
« Depuis la nuit des temps, l’eau est une préoccupation pour l’être humain : soit il y en a trop, soit il en manque, jamais content ! D’ailleurs, de nos jours, il n’y a guère que les paysans qui s’en préoccupent. Les paysans sont vraiment stressés par l’eau. Pour les autres, leurs contemporains, du moment qu’il y a du soleil et que l’eau coule abondamment du robinet, tout va bien.
Justement, le problème est là : tant que l’eau coule du robinet, tout va bien.
Actuellement, nous ne payons pas l’eau en tant que telle, notre facture d’eau correspond aux traitements de l’eau et à son acheminement. Or, il suffit d’imaginer qu’un jour l’eau ne coule plus du robinet. Et, cette possible imagination devient déjà réalité. Avec la sécheresse qui frappe l’Hexagone, ce sont déjà 100 communes qui se retrouvent aujourd’hui sans eau potable en France.
Mais sachons bien, qu’avant que l’eau ne coule plus du robinet, des personnes auront pris les devants pour nous faire acheter l’eau dont nous avons besoin. C’est ce que l’on appelle la marchandisation de l’eau. Alors, un véritable business très lucratif se mettra en place. Tout est fait pour nous faire accepter cette idée totalement folle. A moins que nous ne réagissions dès maintenant.

Lire aussi : L’eau devient cotée en bourse à Wall Street, une menace pour son statut de bien commun
Le passé regorge d’exemples de réussite sur la gestion de l’eau :
1000 ans avant notre ère, les ancêtres des Aztèques vivaient dans l’actuel Mexique, une zone géographique plutôt aride. Ils avaient mis au point des techniques de récupération d’eau de pluie. A ces techniques s’ajoutaient des terrasses sur les flancs des collines afin de ralentir le ruissellement de l’eau de pluie.
L’alliance de ces différentes techniques permettaient aux Aztèques d’avoir de l’eau, donc de la nourriture toute l’année. Ces techniques vieilles de 25 siècles (2500 ans) sont à nouveau étudiées au Mexique, justement, pour faire face à la pénurie d’eau. Notamment dans la vallée d’Oaxaca.

Les Incas, ancêtres des péruviens, avaient, eux aussi, mis en place des techniques de récupération d’eau en haut des montagnes et/ou des vallons. Ils laissaient l’eau s’infiltrer lentement.
Cette eau, après avoir été filtrée et enrichie en minéraux, ressortait plusieurs mois plus tard dans la vallée, pendant la saison sèche. Ainsi, ils avaient de l’eau en abondance pour les cultures et pour se désaltérer. Les Incas avaient une connaissance prodigieuse de l’eau et de son cycle. C’est ainsi qu’ils purent développer ces techniques sophistiquées.
Ces techniques sont largement utilisées et vulgarisées par Sepp Holzer, chez lui, au Krameterhoff, en Autriche. Au Pérou, ces techniques sont, elles aussi, actuellement, remises au goût du jour.

Le Krameterhof : la ferme en permaculture de Sepp Holzer – Crédit : Sepp Holzer
En 2020, en France, nous avons subi durement une sécheresse, comme en 2019 et en 2018, et comme cette année. Comment réagissons-nous ? Où en sommes-nous ? Que faisons-nous ? Pour ainsi dire, rien !
Dans les Deux-Sèvres, deux conceptions de gestion de l’eau s’opposent de plus en plus durement. Cela n’est pas pas de bon augure, et laisse imaginer aisément ce qui pourrait se passer si jamais l’accès à l’eau se compliquait. Un climat d’inquiétude et d’insécurité s’emparerait de nous. Et, comme la peur n’est pas bonne conseillère …..
Dans les Deux-Sèvres, deux visions différentes tentent de surmonter ce problème. D’un côté, il y a des agriculteurs qui veulent stocker l’eau pour assurer une irrigation massive et gabegique ; et de l’autre, il y a certains militants qui ne veulent pas entendre parler de stockage de l’eau. Ces deux visions totalement opposées provoquent de vives tensions, alors que, dans un cas comme dans l’autre, c’est la méconnaissance du cycle de l’eau qui est en cause.
Ce qu’il nous faut réapprendre aujourd’hui, c’est favoriser le phénomène d’évapotranspiration d’une région pour lui permettre de rester verte.

Lire aussi : Guerre de l’eau : près de 7000 personnes ont démonté le réseau de pompage d’un projet de méga-bassine
Préserver l’eau au présent
« Il va nous manquer d’eau, donc il faut l’économiser », voilà une phrase à l’emporte pièce qui révèle une erreur d’analyse. A vouloir économiser l’eau, on concourt à sa pénurie en la forçant à aller dans les rivières, donc partir dans les océans. Or, justement, c’est de l’évapotranspiration dont nous avons besoin.
Les chercheurs Russes Anastassia Makarieva et Victor Goshkov l’avaient théorisé : le cycle de la pluie n’est pas dû a une action chimique, ni physique, mais est le fruit d’une action mécanique, avec comme clef de voûte l’évapotranspiration.
L’évapotranspiration correspond à l’eau transpirée par les plantes vertes ; par exemple un arbre à feuilles caduques rejette dans l’atmosphère autant d’eau qu’il a captée. Un chêne adulte transpire ainsi jusqu’à 1 000 litres d’eau par jour. C’est cette eau qui servira à »fabriquer » les prochaines pluies un peu plus loin. Grâce à ce phénomène, il pleut plusieurs milliers de kilomètres à l’intérieur d’un continent.

Crédit : Schéma de l’INRAE
Pour avoir de l’évapotranspiration il faut couvrir nos sols de végétaux verts, donc vivants. Il faut aussi de l’eau dans le sol.
Ceci nous mène tout droit à la façon dont nous pratiquons l’agriculture. Les cultures annuelles (blé- orge-colza, mais aussi riz et soja, ailleurs dans le monde) sont des cultures qui mûrissent, donc jaunissent dès la fin du printemps et ce jusqu’à la fin l’été, c’est à dire lorsque la température annuelle est à son point culminant. Cela induit deux phénomènes : tout d’abord la chute de l’évapotranspiration et un fort développement de l’albédo (réverbération du rayonnement solaire).
Quant au maïs, culture emblématique de notre agriculture industrielle, il n’est pas sans reproches puisque, dès le mois de mars, les agriculteurs ouvrent leurs terres par le labour et offrent les sillons aux forts vents (de nord et d’est) et au soleil. C’est ainsi qu’en une seule journée, ce sont des centaines de mètres cubes d’eau qui s’évaporent. Tout ceci est amplifié par l’arasement des talus où s’érigeaient de nombreuses haies brise-vent.

Lire aussi : La France perd chaque année 8 500 km de haies : « dans tous les départements, il y a urgence à replanter. »
Deux mois plus tard, ces mêmes maïsiculteurs se plaignent du manque d’eau en oubliant ce qu’ils ont fait deux mois auparavant. Sans oublier qu’entre les premiers labours et la fin juillet le sol restera souvent quasiment nu, sans couverture végétale. Depuis quelques années, la mise en place de couverts végétaux est obligatoire en zone vulnérable, pour la certification en dérogation au verdissement de la PAC et pour les surfaces d’intérêt écologique.
Une avancée salutaire mais encore insuffisante. Nous voyons bien qu’il va falloir revoir notre manière de cultiver nos terres et sans doute faire des choix agricoles.
L’irrigation massive est un cache misère de la catastrophe qui se déroule sous nos pieds : la chute du taux d’humus de nos sols.
Ainsi que l’explique Vandana Shiva dans le livre-journal Vivant, “les sols riches en matière organique qui crée de l’humus peuvent retenir 90% de leur poids en eau. Les sols vivants sont le plus grand réservoir à la fois d’eau et de nourriture”.
L’irrigation massive ne pourra bientôt plus compenser ce problème. La première réserve d’eau est donc le sol et sa richesse en humus !

Lire aussi : Ce ne sont pas les forêts qui meurent, mais surtout des plantations d’arbres
Paolo Lugari est un homme vraiment exceptionnel. En effet, au cœur de l’Amérique du sud, cet homme a relevé un défi surhumain. Il a entrepris de réhabiliter une zone qui souffrait de maux terribles : chaleurs excessives, manque d’eau, et l’eau qui s’y trouvait était d’une qualité plus que douteuse, la terre était acide, bref ce n’était pas le paradis.
Il a établi un plan d’action précis. Le pivot de cette action était de rétablir l’évapotranspiration. Pour cela, il planta 8 000 hectares de forêts. 25 ans plus tard, le constat est sans ambiguïté. Les précipitations ont augmenté de 10%, la température moyenne a baissé de 3°, la qualité de l’eau est retrouvée.
D’une zone hostile, il en a fait un endroit où il fait bon vivre et où les projets sont possibles, car une économie s’est développée. Aujourd’hui, ce sont 6,3 millions d’hectares qui sont en cours de réhabilitation. D’une zone de désespoir, cet homme a su recréer un avenir à Las Gaviotas.

Crédit : Las Gaviotas
Taméra, au Portugal, voilà un domaine qui périclitait par manque d’eau. Enfin, c’est ce qu’ils croyaient. Car, ils recevaient, tout de même, 500 millimètres de pluie en moyenne chaque année. 500 millimètres pour beaucoup de personnes c’est peu, et cependant, aujourd’hui, à Taméra , ils ne souffrent plus du manque d’eau. Ils ont fait appel à Sepp Holzer, qui a étudié leur domaine. Il leur a proposé une stratégie de récupération de l’eau de pluie basée sur des bassins de rétention qui favorisent les infiltrations lentes ( contrairement aux « bassines »).
Ces bassins de rétention ont permis de recharger les aquifères et aux terres environnantes d’être régulièrement humidifiées. A Taméra, ils ont débuté, un peu sceptiques, par un bassin de rétention. Aujourd’hui, convaincus et confiants, ils projettent de créer une douzaine de ces structures.
Détail important, chaque bassin de rétention est systématiquement accompagné d’une plantation arbustive et d’une végétalisation verte massive afin de favoriser, là encore, l’évapotranspiration.

Tamera avant/après – Crédit : Simon du Vinage
Maintenant, Taméra est un domaine où la vie est paisible et les projets possibles. Nous pouvons même dire que les projets foisonnent. En quelques années, ils sont passés d’une situation catastrophique à une situation telle qu’ils aident à l’émulation. Quel changement !
La Maurucie était une région prospère, peuplée de nombreux arbres, les pluies étaient abondantes et régulières. La terre était riche, grasse, profonde. A leur arrivée, les Romains voulurent en faire le grenier à grain de Rome. Dès lors, débuta la déforestation, le labour et l’implantation des céréales. Cela perdura bien au-delà de l’effondrement de l’empire Romain.
Les sécheresses, les canicules et les inondations ne sont pas une fatalité. Avec quelques principes bien ciblés, nous pouvons inverser la situation, tels que le ralentissement du ruissellement, favoriser l’infiltration de l’eau partout où cela est possible avec toutes sortes de techniques (bassins de rétention, tranchées d’infiltration, baissières etc), plantation massive d’arbres, végétalisation verte de notre environnement, campagnes et cités, pour remettre en route l’ évapotranspiration.
Mark Shepard, agriculteur américain, de la New Forest Farm dans le Wisconsin nous dit : « il faut faire en sorte que chaque goutte d’eau de pluie qui tombe sur votre ferme y reste le plus longtemps possible ».
Ces techniques sont simples et peu onéreuses, appliquons-les. N’attendons pas que la France et même l’Europe deviennent la Maurucie. Aujourd’hui, la Maurucie s’appelle le Sahel. » Pierrick Berthou
Crédit photo couv : Oasis d’Adjir près de Timimoun, Algérie – George Steinmetz/Corbis
8 août 2022 - La Relève et La Peste
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Forêts
Notre nouveau livre «Forêts » est le seul livre en France qui propose un tour d’horizon aussi complet sur le monde végétal. Ces géants immobiles, nichés entre ciel et terre, sont apparus il y a plus de 400 millions d’années. Ils ont été les premiers à peupler notre planète. Ils ont traversé les âges, les tempêtes, un climat aussi varié que puissant, mais ils ne résisteront peut-être pas au passage de l’être humain, qui est en train d’anéantir les écosystèmes les plus riches de la terre. Ingénieur forestier, botaniste, mycologue, philosophe, journaliste, photographe, cultivateur : des plumes scientifiques et poétiques se sont unies pour vous proposer un tour d’horizon le plus complet possible sur notre monde végétal. Des sujets variés pour comprendre nos plus fidèles alliés, savoir comment les protéger et créer, peut-être, un sursaut collectif en devenant des gardiens de la forêt.
Uma Aum
J'ai découvert il y a quelques jours le blog de Uma Aum. Elle vit et travaille à Bruxelles. Thérapeute, massage, yoga, Tantra, Ayurveda.
J'aime beaucoup tout ce qu'elle écrit. C'est clair, limpide, fluide, nullement ésotérique, sans cette pénible et quelque peu ridicule certitude de détenir toute vérité, toute solution comme je le vois parfois sur des blogs de "thérapeute".
Uma fait part de ses difficultés de femme, d'être humain, ses doutes, ses traumatismes, ses questionnements, son cheminement intérieur et celui de son existence en général.
Ses découvertes aussi, son avancée personnelle, ses révélations, ses moments de joie et de plénitude.
Le cheminement d'une femme qui s'interroge, trouve des réponses, souffre, jouit, se réjouit, se remplit de la beauté du monde, de ses rencontres, raconte son travail, l'engagement dans cette voie de partage, son regard sur les hommes et sur les femmes, sur la sexualité, sur l'amour, sur la vie quotidienne et sur la vie intérieure, une exploration corps et âme.
La lecture de ses articles ressemble à un roman.
J'aime beaucoup.
(cliquez sur les liens en rouge pour ouvrir les pages de son site)
UMA AUM

AMOUR HUMAIN / AMOUR DIVIN
Qu’est-ce que l’amour humain? Qu’est-ce que l’amour divin?
Quelle raison d’être de l’un et l’autre?
Comment passer de l’un à l’autre et pourquoi?
Une thématique autour de laquelle j’évolue depuis, m’en rapprochant quand l’expérience y fait écho, m’en éloignant alors que le doute et la confusion m’assaillent.
L’amour selon Platon a un caractère relatif, puisqu’il est toujours amour de quelque chose qui nous manque, que nous désirons et qui nous est naturellement propre. *
L’amour est en sentiment qui met l’homme en relation avec l’autre dans le sens large du terme: une autre personne, le monde, la beauté…
L’amour humain parle d’attachement, de peurs et projections qui se mettent en branle en écho avec nos blessures de l’enfance. Aimer un autre est une décision, des actes que l’on pose pour faire du bon et du bien à la personne aimée, aimer humainement est donc actif.
L’amour humain idéal serait un amour sans attachement, sans peur, sans plus de névroses qui entrent en écho, qui laisserait l’autre dans une liberté totale d’être, libre de toute instrumentalisation de l’autre, de possession, de projections, de nos blessures…
L’amour de deux êtres se situe probablement entre ces deux pôles.
L’amour divin (ou mystique) est plutôt un état que l’on rejoint, un autre état de conscience, une source continuellement disponible et rejoignable plus ou moins facilement. Moins une action, il est un état que l’on vit, que l’on ressent. Loin d’exclure l’amour humain, ce dernier en fait partie et il est possible de ramener cet amour divin dans la chair, dans une relation humaine au quotidien.
Selon Arjouna Lipschitz pour sublimer une relation humaine, la connexion avec une dimension spirituelle permet à celle-ci de s’élever du fini, du quotidien vers l’infini et l’éternité. Ceci serait un élément essentiel pour que la relation dure et ne soit pas soumise simplement aux hormones, à l’agitation de ceux-ci qui se calme après deux ou trois ans.
Si dans l’amour humain amant et bien-aimé sont deux personnes distinctes, l’amour divin les voit inséparablement unis.*
Sujet aux nombreuses ramifications, j’ai envie de le développer autour de deux axes qui tournent autour d’un axiome central, tantôt se croisant, tantôt s’éloignant.
Le premier axe de réflexion dans lequel j’ai envie de vous emmener est le suivant: de l’amour humain ou névrotique, sans conscience, vers l’amour divin, absolu, mystique. Pourquoi ce chemin? A quoi peut-il me mener?
Très jeune déjà, aussi loin que je me souvienne, j’avais une vie intérieure riche et merveilleuse: je parlais avec des êtres invisibles, et puis j’étais amoureuse de Jésus. J’étais en connexion avec le monde subtil: les anges, le petit peuple…
Ce n’est qu’à l’adolescence moment de construction de la personnalité par la différenciation et l’opposition à ma famille que j’ai perdu ce contact mystique et ai dévié ma quête d’Amour divin ou absolu vers les garçons, vers les relations amoureuses passionnées, douloureuses où tous les attachements s’exprimaient.
A ce moment, l’énergie sexuelle pure monte et agit de façon puissante sur notre part divine mais également sur notre corps émotionnel (corps formé par toutes les peurs, frustrations et traumas accumulés). Lorsqu’elle traverse ce corps émotionnel, elle nous déroute fortement et amène une confusion dans la perception naturelle des sens faisant dégénérer cette énergie sexuelle pure en force impure.
En pleine non-assurance, car en pleine mutation, en pleine inconscience de ce corps émotionnel de souffrance en moi, j’ai basculé complètement dans la dépendance affective sans conscience. Je remplissais, envahissais, conquérais le terrain de l’humain à 100%. J’ai oublié ces connexions subtiles qui souvent me guidaient et me conseillaient par souci d’être comme les autres; dans mon cas, révoltée, identifiée à mes amis qui fumaient des joints et revendiquaient des possibles autres que ce que la société, les parents nous proposaient: études, travail, mariage, enfant, maison, chien/ chat, voiture, vacances, 13ème mois, assurances…
Elle fut longue cette investigation, faite de tâtonnements à l’aveugle, ma tête de bois qui s’est cognée mille fois contre le même mur espérant l’impossible, espérant un autre résultat, espérant que cela fonctionne cette fois, ne perdant jamais la fois jusqu’à aujourd’hui.
De relation en relation, de bras en bras, peu à peu l’intégration s’est faite, il en a fallu des répétitions, des larmes, mon cœur brisé et des cœurs que j’ai brisés, des chagrins à n’en plus finir et la révolte, la stupéfaction, l’incompréhension, l’assimilation, l’acceptation.
L’enseignement qui se faisait chair à chaque expérience intégrée.
Peu à peu s’élever, se dégager de ses émotions, sortir la tête hors de l’eau et commencer à apercevoir les structures répétitives dans mon fonctionnement, ce à quoi elles faisaient écho, ce qu’elles mettaient en lumière. Discerner ma responsabilité et celle de l’autre, ce que je veux ou pas, ce pour quoi je suis faite ou pas, ce que je peux accepter ou pas. Un travail toujours en cours…
Commencer à aimer, à aimer mieux, à m’aimer mieux et mieux aimer l’autre pour qui il est et de moins en moins pour ce qu’il comble en moi, pour ce que je projette à travers lui, pour ce que je ne crois pouvoir être ou faire sans lui. Comprendre mes motivations à vouloir être en relation, les décortiquer…Et commencer même à aimer sans vouloir posséder, laisser l’autre libre et apprécier le voir “comme un vol d’hirondelles, libre et sans autre chemin que celui tracé par ses ailes”*3. S’étonner de ne plus avoir peur de perdre, apprécier, partager ce que je suis, moins d’attentes, plus de conscience dans l’attachement et donc plus d’appréciation de se laisser s’attacher, de se laisser être avec nos forces et faiblesses, le plaisir même de souffrir d’amour, par amour, se sentir humain et vulnérable, divin et infini à la fois.
Ce chemin, long chemin, pour aboutir à une sorte d’amour qui n’a même plus besoin d’objet d’amour, qui n’a plus besoin d’un compagnon pour être vécu.

Un amour qui nous baigne dans un état amoureux permanent, amoureuse de l’amour, transcendance de ces épreuves passées comme une alchimie qui a pris une éternité à se réaliser.
Le contact direct avec l’âme, siège de la béatitude, me procure un ressenti organique qui me permet de percevoir l’amour sous sa forme absolue, au delà de mon corps, palpable dans l’atmosphère, présent en tout et en tous.
Vivre le subtil dans chacune de ses cellules, à travers son propre souffle, des moments intenses d’auto-suffisance ou plus aucun besoin n’émerge car tout est là, tout à toujours été là, tout sera toujours là, se sentir être ce tout.
L’expérience réelle que oui, nous sommes tous un, que tout est baigné d’amour, même la haine.
Ne plus se sentir limité par les limites de son propre corps, se sentir immense, absolu, se sentir être l’autre, ne plus avoir peur, s’ouvrir à une confiance aveugle, résistante à toute épreuve. Ce fut une période de vie où le mysticisme prit sa place tout seul au profit d’un état d’extase en communion avec le subtil sans effort.
Et puis, ce nouveau ressenti s’est transmuté en un accès vers un mieux aimer dans le relatif, dans la chair, l’envie de le vivre dans un amour avec un homme/ compagnon. L’on pourrait ayant connu de tels états, vouloir en rester là, se couper du lien à l’autre, du lien quotidien et simple, vouloir rester dans l’amour éprouvé par les mystiques et les saints, les renonçants, les moines, le garder dans son coeur, ne plus vouloir le vivre dans la chair, le spiritualiser, voir le mentaliser, en tous les cas, se couper des autres, de son corps… oublier l’humain au profit du divin.
J’ai cru cela un moment et ai compris. Compris que pour moi ce n’était qu’une étape pour mieux revenir, regarder le chemin parcouru et comprendre la justesse de chaque étape. Transcender la réalité pour mieux y revenir.
Les amours humains névrotiques m’ont permis de mettre en lumière certaines de mes parts incapables d’aimer, comme un passage obligé vers la découverte de cet amour mystique. L’amour du bien aimé (du divin), qui nourrit intensément ce désir de l’incarner dans la chair dans une relation humaine, amoureuse, sexuelle au quotidien.
Je vois cette expérience comme l’aboutissement d’une grande préparation à aimer avec mon cœur, mon corps, mon humanité non pas un prémisse à l’abstinence ou à l’amour platonique.
La découverte de l’amour divin, mystique, de la source… a été pour moi un passage pour mieux m’incarner et passer de l’individuel à l’altérité et à l’universel. Une étape qui en ouvrant sur l’infini permet d’ouvrir à la vastitude l’amour limité par la chair.
Le deuxième axe de réflexion est celui de la sexualité névrotique VS la sexualité divine.
Le mot névrose désigne un comportement problématique (partie émergée) qui est une réponse à un trauma: violence, abus, viol, humiliation, pression, abandon…(partie immergée), un comportement qui prend possession de moi, qui est plus fort que moi, incontrôlable et qui fait du mal: me fait du mal et/ ou à l’autre.
Certains comportements sexuels névrotiques ne représentent pas réellement un problème lorsqu’ils sont assumés et ne blessent pas l’autre, lorsque l’autre est d’accord d’y répondre en toute conscience, je les appellerais ici: comportements sexuels humains ou sexualité humaine ou sexualité névrotique en conscience.
D’autres comportements sexuels névrotiques sont de véritables atteintes à l’autre (viol, abus, violence…).
Même un comportement sexuel névrotique en apparence anodin (fétichisme de la lingerie par exemple), devient un problème lorsque ce comportement devient une nécessité à l’acte sexuel (lorsque la personne a besoin de lingerie pour avoir des relations sexuelles). L’autre devient l’instrument utilisé au service de la satisfaction d’un désir, l’on quitte le registre du langage corporel pour être uniquement dans l’écoute de l’ego, du mental et des ses aspirations.

La sexualité humaine ou névrotique en conscience vue comme l’expression de la personnalité, de notre corps émotionnel dans les rapports intimes quels qu’ils soient (seuls, à deux à 3, 4 … hétérosexuels, homosexuels, transgenres…).
Le sexualité sacrée ou tantrique propose de lâcher les objectifs (orgasme, performance, séduction, stratégie amoureuse…) et à revenir dans la magie de l’instant. Il ne s’agit plus de faire quelque chose mais de laisser les corps parler, les mouvements se dessiner par eux-même sans intention. L’ouverture à la dimension spirituelle donne une teinte d’absolu aux ébats des amants lorsqu’ils s’unissent. Hors de la séduction, du désir d’être aimé, il s’agit d’offrir et de s’offrir à l’autre dans la spontaneité la plus totale.
Le tantrisme étant une voie de (re)-découverte de soi, il inclut la sexualité mais n’est pas du tout centré uniquement sur cet aspect. La voie tantrique peut-être confrontante lorsque nous faisons face à nos limitations, nos peurs, nos croyances erronées… tout ce que nous avons mis en place et qui contribue à notre propre malheur et souffrance. Il utilise aussi l’énergie sexuelle (et principalement dans le massage tantrique) ou l’énergie vitale, énergie qui comprend toutes les parties de notre être, énergie intense qui nous permet de nous confronter à toutes nos parts à tous les plans.
Dans cette approche du massage tantrique, l’idée est de faire (re)-circuler cette énergie de vie dans toutes les parties du corps afin de relever d’éventuels blocages énergétiques, émotionnels… L’énergie sexuelle est donc mise au service de notre santé.
“Inventons une passion non sentimentale fondée sur l’absolue présence à l’être qui est dans nos bras, libérons-nous de la peur d’être abandonné qui nous étreint au premier baiser et nous force à la manipulation”. (Daniel Odier)
J’aime aussi l’idée de créer de l’espace, dans la fluidité des mouvements des corps à l’unisson, se laisser aller ensemble à l’inconnu, laisser tomber les rôles et ré-inventer la vie à chaque instant.
Lors de mes stages de massage tantrique dans la capitale bruxelloise, j’ai plusieurs fois entendu : “Moi maintenant je ne veux plus que de la sexualité sacrée”, mots qui entrent en écho en moi de façon étrange. De suite, je me dis que je ne prévois pas à l’avance quel rapport je souhaite avoir. Je me dis que peu importe où j’en suis dans mon parcours, je laisse parler mon corps lors des échanges intimes et pas ma tête. J’aime laisser une place à la créativité incessamment renouvelée dans la sexualité, sans suivre de code, de schémas, d’expérimenter afin d’en découvrir toutes les facettes.
Bien entendu l’ego aspire parfois à être ailleurs que là où il est, mais cela ne sonne plus juste ou naturel pour moi à présent, de prétendre à une autre sexualité que celle inspirée par l’intelligence des corps dans le silence de la pensée, sans projection peu importe ce qui se dessinait.
Krishnamurti dit d’ailleurs: “En comprenant ce que vous êtes s’amorce en vous un processus spontané de transformation, alors qu’en devenant ce que vous croyez devoir être, il n’y a pas de trace de changement, c’est simplement la même chose qui continue sous une autre forme”. Il suffit de voir ce qui est et cela se transforme tout seul, dans la fluidité non plus dans la résistance.
Les fantasmes, les envies, désirs ont toute leur place dans notre vie d’humain et ils serait bien triste de ne pas les écouter, de ne pas saisir ce qu’ils viennent nous dire de nous-même. Souvent lorsque nous les accueillons, ils sont – si nous n’en devenons pas leurs objets mais restons bien le sujet de ceux-ci – des précieux alliés de connaissance de soi.
Attention à ne pas nous perdre dans les promesses qu’ils nous font miroiter, qu’ils ne tiennent que très rarement. Les utiliser comme déclencheur d’un impulse, non pas comme un but en soi.
Je crois qu’à partir d’un moment tout de même (dans mon expérience, je ne prétends pas universaliser ce que j’expérimente) la sexualité centrée uniquement sur le fantasme, sur les plaisirs de son corps, de sa personne, de son ressenti, sans réelle connexion à l’autre, don à l’autre, célébration de l’autre, de la relation, de l’amour; nous fait plafonner dans un registre limité de plaisir et nous pousse à rechercher le renouvellement de cette expérience dans l’espoir d’une plus grande réalisation qui ne vient pas, pas comme ça.

Les fantasmes font partie de notre personnalité qui englobe également nos émotions et ne sont nullement à éradiquer. Ils sont tous deux des indicateurs de comment nous nous sommes construits en réaction face à l’environnement familial, culturel, sociétal, comment nous avons construit ce corps de souffrance ou corps émotionnel.
Selon Barry Long (maître spirituel et écrivain australien), au plus nous nous laissons aller à cette sexualité névrotique en écoutant notre pénis ou vagin émotionnel pour reprendre ses mots, au plus nous devenons l’esclave/ l’objet de nos envies sexuelles, au plus nous nous éloignons de ce qu’est réellement faire l’amour de façon divine.
Selon moi (en toute humilité), de la même façon que nos amours humaines sont des marches vers l’amour transcendant, la sexualité humaine est une étape dans notre sexualité et peut le rester toute notre vie, l’important étant la conscience de nous même et de l’autre et l’intention que nous posons dans le rapport intime avec ce dernier: Est-ce que j’utilise l’autre pour mon propre plaisir? L’autre consent-il avec plaisir à faire ce que je désire? Suis-je dans une posture de célébration d’une réelle rencontre à l’autre? Dans un partage d’intimité à travers cette expérience? Suis dans le “faire l’amour” ou dans un partage de sexualité? Suis-je dans un élan sincère ou dans une stratégie?
Ainsi faire l’amour peut être un acte totalement égoïste comme un acte de don de soi dans l’écoute de l’autre, un acte auto-centré ou une réelle rencontre, un acte stérile ou un acte créateur.
En conclusion, je crois qu’en vivant pleinement notre sexualité névrotique en conscience, en laissant parler, voir en exagérant ce qui nous appelle, nous avons plus de chance de passer à une sexualité plus divine qu’en reléguant aux oubliettes ces envies qui émergent de nous.
Se rappeler que “La vie n’a qu’un sens: être vivant”. *4
Regarder et accepter qui je suis pour permettre à ce qui est de se transformer naturellement.
Faire des aller-retour entre le fini et l’infini, ne rien rejeter, se laisser se dilater et se contracter dans ces mouvements comme l’inspir (retour à soi) et l’expir (abandon de soi).
Ne pas être que dans la matière et ne pas aspirer à la quitter non-plus.
Se rappeler de la parfaite imperfection que nous incarnons, que l’aspiration au divin n’empêche pas la vie mais nous invite à la célébrer plus encore dans l’altérité.
*1- MARAGUIANOU, Evangelie, L’amour et la mort chez Platon et ses interprètes, Tours, 1990, p. 12.
*2- L’amour humain et l’amour divin dans “la porte étroite” et “la symphonie pastorale” d’André Gide par Aleksandra Cvorovic
*3- Jeanne Cherhal L’art d’aimer, Album L’an 40.
*4 – Daniel Odier, “Une sexualité au parfum d’inconnu”, Interview paru dans Nouvelle clé.
Violences urbaines
Oui, je sais, ça n'a rien de positif, rien de réjouissant, rien de lumineux. C'est juste un fait.
Et je le poste ici car si un jour, la suite de "LES HEROS SONT TOUS MORTS" est publiée (deux tomes finis, le quatrième en construction dans ma tête), quelqu'un aurait envie de me dire que ce que je décris est exagéré, je lui répondrais que les recherches que j'ai faites sur les violences urbaines ne relèvent pas de mon imagination. Ce sont des études publiées sur des sites officiels de gendarmerie et du ministère de l'intérieur. Même ici, dans le département de la Creuse, les deux gendarmes avec lesquels j'ai discuté, me témoignent d'une accélération du processus dans les quelques petites villes. Je vous laisse imaginer la situation dans les grandes villes. Paris, Lyon, Marseille, Grenoble, Lille etc ...
Rixes entre bandes rivales : "On note une évolution de la gravité des violences depuis une trentaine d'années", constate un sociologue
Alors qu'un garçon de 14 ans est mort après une rixe dans les Yvelines dans la nuit de samedi à dimanche, Thomas Sauvadet explique que de plus en plus d'adolescents des quartiers populaires adoptent les méthodes du banditisme.
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Radio France
Publié le 27/11/2022 19:43
Temps de lecture : 3 min.

Une zone sécurisée par la police nationale à Epinay-sous-Sénart (Essonne), après une rixe mortelle, en février 2021. Photo d'illustration. (PH LAVIEILLE / MAXPPP)
Il y a un rapprochement entre "le milieu des bandes de jeunes et celui des voyous avec achat-vente de cannabis, d'armes, des tentatives de meurtre, les séquestrations, les actes de torture", estime dimanche 27 novembre sur franceinfo Thomas Sauvadet, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil après la rixe survenue à Coignières dans les Yvelines au cours de laquelle un garçon de 14 ans est mort. "On note une évolution de la gravité des violences entre bandes rivales depuis une trentaine d'années", affirme ce spécialiste des bandes de jeunes et des trafics de stupéfiants dans les quartiers de la politique de la ville.
franceinfo : Le phénomène de bandes rivales n'est pas nouveau mais est-ce qu'il a tendance à augmenter ?
En termes de volume, c'est difficile de voir une évolution mais on peut noter une évolution au niveau de la gravité de ces violences et ce depuis une trentaine d'années. La théorie qu'on partage avec différents collègues, c'est qu'il y a un rapprochement dans beaucoup de quartiers - notamment des quartiers prioritaires de la politique de la Ville mais pas uniquement - entre le milieu des bandes de jeunes qui étaient traditionnellement du côté de la virilité - un monde plutôt ouvrier - et celui des voyous, avec le chômage et le monde du trafic de stupéfiants. Il y a des liens de plus en plus fréquents entre les bandes de jeunes et le milieu des voyous avec achat-vente de cannabis, d'armes, des tentatives de meurtre, les séquestrations, les actes de torture... Des actes autrefois réservés au milieu des voyous et qu'on retrouve aujourd'hui dans le milieu des bandes de jeunes qui ont parfois 14, 15 ou 16 ans.
Est-ce qu'on n'est pas encore un peu un enfant à 14 ans ?
En sociologie, on parle d'adolescence mais il y a aussi des bandes d'enfants âgées entre 7 et 10 ans où on ne retrouve pas ces phénomènes-là mais où il y a un apprentissage de la violence avec des coups de bâtons, des lance-pierres, etc. Ensuite, entre l'adolescence et jusqu'à la vingtaine c'est vraiment là où on constate le plus grand nombre de bagarres de bandes. Après la vingtaine, ça se tasse : soit les jeunes sortent du monde des bandes, soit ils continuent leurs carrières délinquantes dans le monde des voyous.
Qu'est-ce qui motive ces bandes ? C'est une guerre de territoire ou bien encore d'influence ?
Les bandes de jeunes en milieu populaire ce sont souvent des garçons qui viennent de familles du quartier en difficulté avec des problèmes familiaux, scolaires ou professionnels et qui se regroupent pour investir l'espace public. C'est ce qui différencie la bande du groupe de pères : la privatisation de l'espace en disant "C'est chez nous, c'est notre quartier, c'est notre terrain de foot, c'est notre rue, c'est notre banc public..." Ça créé des conflits avec l'environnement - auparavant régulés par les adultes - et donc il y a une montée en puissance de ces bandes de jeunes qui affirment leur culture de bandes.
Les réseaux sociaux ont-ils amplifié le phénomène ?
Les réseaux sociaux ont aggravé le phénomène avec tout ce qui est lié aux provocations, aux mises en scène, avec les possibilités d'échanges d'informations pour les regroupements. Ça peut concerner plus de monde qu'auparavant. Et puis il y a aussi une culture de bandes liée au milieu des voyous mais aussi liée au milieu du rap et notamment du gangsta rap et ce même dans des villes relativement tranquilles, parfois même dans des villages ou dans des beaux quartiers parisiens. On peut y voir des jeunes qui consomment cette culture de bandes, valorisée par des stars du milieu très populaires. Il y a donc toute une industrie, toute une culture et tout ça peut monter à la tête d'un ado de 14 ans même s'il n'habite pas dans un quartier prioritaire de la ville d'Ile-de-France.
La nature en photos.
Quand je suis dehors et que je suis arrêté par un paysage, je cherche toujours à identifier l'élément clé, non pas le paysage dans son entièreté mais la particularité qu'il contient. Il ne s'agit pas nécessairement d'un paysage vaste, aux horizons immenses. Une feuille, un branchage, une couleur, une forme, une lumière, un mouvement, un contraste, un reflet, ce sont des éléments clés.
Quelques exemples :
























Nathalie Vieyra : "Amour, tantra et sexualité"
Nathalie Vieyra oeuvre à la connaissance et à la pratique du Tantra.
J'avais déjà présenté son livre précédent.
"Lâchez-prise" de Nathalie Vieyra
Nathalie avait eu la gentillesse de préfacer mon roman "KUNDALINI"
KUNDALINI : préface de Nathalie Vieyra
Plusieurs commentaires :
"Magnifiquement écrit en plus d'être érudit sans jamais être inaccessible, bien au contraire, ce livre est essentiel pour bien comprendre ce que l'on peut éclairer et mettre en conscience lors des rapports amoureux et sexuels. Le Tantra en tant que voie, mais aussi en art de vivre, et de bien vivre sa sexualité. Un fort sentiment de confiance se dégage de la lecture de ce livre, sans doute à mettre sur le compte de l'expertise de son autrice. Un beau livre. Sandrine
Une expérience d'évolution de l'être dans le corps physique, à la portée de tous très facilement m'y en œuvre dans sa vie et dans sa sexualité... Roberto
Excellent livre sur le tantra pour couple. Sobre et clair, comme son auteure, qui est aussi une grande praticienne. hm2space
L'auteur nous livre ici un témoignage sincère, profond et authentique de son expérience d'accompagnatrice dans le tantra et les massages tantriques. Cet ouvrage permet d'éclairer les lecteurs sur ce qu'est réellement le tantra et sur ses bienfaits et il nous donne de nombreux exercices pour améliorer notre vie sensuelle et sexuelle.
Merci Nathalie Vieyra. Claude
La lecture de ce livre fut pour moi ultra éclairant et révélateur car l 'auteure met des mots sur ce j'ai pu vivre/ressentir parfois sans arriver à me l'expliquer....
Un énorme merci! Cecile H
Ce livre est une ode à la beauté, d'être avec soi, avec l'autre. D'un haut niveau de connaissance, l'auteure l'a rendu accessible et pratique. Sandie
Ce qui m'a fascinée à travers cette lecture c'est la transmission et la vision que Nathalie Vieyra nous expose à travers ses expériences de vie et ses connaissances.
D'une fluidité incroyable !
J'ai encore tellement appris sur cette pratique et sur moi , que c'est un réel cadeau reçu merci infiniment à vous.
Ps: jour après jour j'avais qu'une hâte c'était de découvrir la page suivante ![]()
Triangle de Karpman : victime, sauveteur, persécuteur
Le triangle de Karpman : Victime, sauveteur, persécuteur, comment sortir du triangle infernal ?
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Le triangle de Karpman : Victime, sauveteur, persécuteur, comment sortir du triangle infernal ?
Cela va probablement choquer certains mais, à moins de pratiquer couramment l’assertivité, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez dans ce qu’on appelle le triangle de Karpman.
Le triangle de Karpman ? Mais de quoi s’agit-il ?
Le triangle dramatique développé par le psychologue américain Stephen Karpman représente un modèle social d’interactions humaines dans lequel trois rôles s’affichent :
La victime : celui qui se sent persécuté
Le sauveteur : celui qui vous vient en aide (vous veut du bien)
Le persécuteur : celui qui prend pour cible la future victime
Il est difficile d’échapper à ce rôle, car très souvent nous jouons dans cette pièce (inconsciemment), et nous en tirons profit.
Chacun des trois acteurs trouvera une réponse à ses propres attentes en jouant son rôle.
Ces rôles peuvent être mis en relation avec ce qu’Eric Berne appelle les « quatre mythes »
J’ai le pouvoir de rendre les autres heureux (Sauveteur en recherche d’une Victime)
Les autres ont le pouvoir de me rendre heureux (Victime en attente d’un Sauveteur)
J’ai le pouvoir de rendre les autres malheureux (Persécuteur en attente d’une Victime)
Les autres ont le pouvoir de me rendre malheureux (Victime en attente d’un Persécuteur).
Le triangle de Karpman offrirait donc à chacun une sorte de solution de nature à combler ses besoins ou attentes.
Quel rôle adoptez-vous généralement dans ce triangle infernal ?
Celle ou celui qui veut contrôler et qui sait ce qui est bon pour l’autre… ?
Celle ou celui qui vient en « aide aux autres » ?
Ou la victime qui subit les choses, se sent persécutée ?
Zoom sur la victime
Ne sommes-nous pas tous un peu la victime de quelqu’un, ce père trop exigeant, cette administration qui ne veut rien entendre, ces personnes qui nous manquent de respect, ce collègue qui ne fait pas sa part de boulot, ce patron trop sévère, …
Lorsque nous sommes face à une difficulté, ou que nous devons assumer un mauvais choix, trouver un coupable est plus aisé que de se remettre en question.
La victime ne cherchera pas réellement à sortir de son rôle, car elle reçoit attention, aide ou l’assistance et se sent aimée.
Le sauveteur aidera la victime mais sans vraiment la rendre autonome. Dans son rôle, il sera apprécié, reconnu, voir aimé.
Chacun garde son rôle dans ce jeu de dupes tout en tirant profit des bénéfices secondaires qui en découlent (avantages souvent cachés).
La « victime » attirera l’attention sur elle, et en particulier celle du sauveteur. Se plaindre est en réalité la présentation d’une demande cachée, un moyen pour que l’on s’occupe d’elle.
Etre une victime signifie aussi que toutes les difficultés rencontrées et le mal qui survient sont la faute du système, des autres, … Des persécuteurs.
C’est donc une bonne excuse pour ne pas reconnaître ses responsabilités, et ne pas modifier ses habitudes. A quoi bon essayer de changer, vu que tous les problèmes viennent des autres ?
On a ici une explication limpide au regard de l'état de la planète : "c'est le système, c'est les riches, c'est mon voisin avec son gros 4X4, c'est la faute des multinationales, etc etc...Mais les personnes qui tiennent ces discours prennent, l'avion, mangent de la viande à tous les repas, ne trient pas leurs déchets, courent dans les magasins dès qu'ils ont un moment, consomment à tout va, délaissent les petits commerces de proximité pour les grandes surfaces, ne lisent pas les étiquettes sur les paquets alimentaires, prennent la voiture pour un déplacement qui pourrait se faire à pied ou à vélo, partent en vacances à des centaines de kilomètres et méconnaissent la région où ils vivent, sont fans de technologie et changent d'appareils à chaque occasion, n'ont jamais pris la peine de calculer leur empreinte carbone, laissent des lumières allumées dans des pièces vides, achètent et utilisent une climatisation en se plaignant qu'il fait trop chaud, gaspillent l'eau, etc etc...
En fait, la victime n’a pas toujours envie que la situation s’arrange, même si elle souffre ! Que ferait-elle si on ne s’occupait plus d’elle ?
Vous venez de prendre conscience que vous jouez parfois ce rôle de victime ? Ne le renforcez pas par la culpabilité ! Nous vivons dans une société qui alimente la victimisation en déresponsabilisant les gens et en alimentant l’assistanat. Plus une personne est autonome, plus l’indépendance et la liberté deviennent ses moteurs. L’aider sans favoriser son autonomie, c’est au contraire la réduire au silence.
N’espérez pas que les autres agissent à votre place, vous risquez d’attendre longtemps !
Cessez de croire en la transformation de votre environnement, que les autres vont changer. Le changement commence par vous. Certes, il faudra prendre certains risques, entre autres ceux des confrontations et du positionnement.
Mais si ce rôle de victime vous dérange dans votre épanouissement personnel, peut-être serait-il temps de commencer à examiner les possibilités pour vous prendre en main ?
Nous ne prétendons pas que le chemin est facile. Il prend souvent prend du temps, comme toute véritable transformation. Ici, le passage de la victimisation à la responsabilisation et à l’autonomie.
Concrètement, il faudra agir, faire preuve de patience et de persévérance. Mais les bénéfices qui vous attendent n’en valent-ils pas la chandelle ?
Et pour faciliter ce chemin vers plus de liberté, tout en étant rassuré et en prenant du plaisir, le coaching est un véritable atout. Reposant sur l’autonomie de la personne accompagnée, c’est le moyen le plus direct pour obtenir des résultats durables. Cela fait partie de notre travail quotidien avec nos coachés (pour en savoir plus, contactez-nous).
Zoom sur le persécuteur
Souvent les personnes qui ont une tendance de persécuteurs ont eu beaucoup de frustrations dans leur enfance et essaient de le faire payer (inconsciemment) aux autres.
Vous vous sentez « un peu » dans cette catégorie ? Parfois « critiqueur » ou « persécuteur » ? Il serait intéressant de vérifier ce que cela réveille chez vous :
Notamment, les reproches faits à l’autre, que réveillent-ils chez vous ?
Qu’est-ce qui n’a pas (encore) été solutionné dans votre vie ?
Qu’est-ce que vous autorisez ou, au contraire, vous interdisez ?
Le persécuteur est prisonnier de son propre contrôle !
Il pourrait être intéressant de s’interroger sur vos réels choix de vie.
Par exemple se poser ces quelques questions sur votre perfectionnisme :
« En quoi est-ce important pour vous d’être parfait(e) ? »
« La perfection existe-t-elle et à quel prix ? »
« Que se passerait-il si vous n’étiez pas parfait(e) ? »
Sortir du triangle de Karpman, pour un persécuteur, passe souvent par le lâcher-prise.
Zoom sur le sauveteur
Son obsession est de vous aider… sans même demander si vous avez besoin d’aide !
Il vous cajole, vous donne de bons conseils (les siens), vous réconforte, fait même les choses à votre place… au point de devenir parfois envahissant et d’être perçu alors comme un persécuteur.
Si la victime se plaint de l’intervention inopinée du sauveteur celui-ci rumine ce type de phrase : « Après tout ce que j’ai fait pour toi… »
Dans ce triangle infernal, le rôle de sauveteur est parfois une fuite. S’occuper des problèmes d’autrui est parfois le moyen de ne pas s’occuper des siens. L’intervention du sauveteur n’est-elle pas, parfois, une façon de nier ses propres besoins ?
Questions à vous poser si vous avez une tendance à jouer les sauveteurs :
« En quoi est-ce important pour moi de vouloir à tout prix sauver l’autre ? »
« Que se passerait-il si je ne le faisais pas ? »
« Qu’est-ce qui me fait peur à mon bout de la relation (voir les trois composantes de la communication ajouter lien) pour vouloir absolument m’occuper des autres ?
« Est-ce le seul moyen que j’ai trouvé pour nourrir mon égo ? »
Comment sortir de ce rôle de sauveteur ?
Commencer par demander si l’autre souhaite être aidé.
Cette aide devra être cadrée dans son contenu et dans le temps.
Elle devra avoir une contrepartie pour éviter à l’autre d’être en dette…
L’aide doit permettre à la personne aidée de faire sa part du chemin (il faudra qu’elle se responsabilise)
L’aide doit permettre à la personne d’aller vers son autonomie
Rappelez-vous le dicton : « Ne lui donnez pas du poisson, apprenez-lui plutôt à pêcher ! »
7 clés pour sortir de ce triangle dramatique
On ne peut pas changer l’autre, par contre on peut commencer par SE changer !
Voici quelques outils très efficaces pour sortir du triangle de Karpman :
Le lâcher-prise :
Apprenez à exprimer vos convictions sans dénigrer les croyances de l’autre, il en fera l’usage qui lui convient.
L’acceptation de l’autre tel qu’il est :
La manière dont l’autre se comporte est moins importante que le chemin que vous parcourez.
Le respect :
Vous exprimez ce que vous ressentez, vous posez vos mais sans blesser l’autre en utilisant la communication non violente.
L’indépendance par rapport au résultat de vos actions :
Qui êtes-vous pour croire qu’autrui devrait se conformer à vos désirs ? Accepter qu’une demande puisse recevoir un non ou qu’un geste qui part d’une bonne intention soit reçu différemment.
L’abandon de la volonté d’obtenir quelque chose par la manipulation :
: Si vous menacer (Persécuteur), vous plaignez (Victime) ou promettez (Sauveur), l’autre personne vous fera peut-être plaisir mais finira aussi par vous en vouloir.
L’abandon du rapport de force :
Par exemple, je suis malheureux à cause de toi (V). Tu sais que je fais de mon mieux (V) ou Tu sais que je fais tout pour toi, tu n’es jamais content(e) (P)
L’abandon de l’amour conditionnel :
Par exemple, si tu m’aimais vraiment tu ferais …). Privilégiez l’amour inconditionnel. Agissez pour vivre en conformité avec vos valeurs, votre spiritualité, ou pour seul plaisir celui de faire plaisir (voir également apprendre à dire non).
Si vous donnez en attendant quelque chose en retour, ce n’est pas de l’amour, c’est juste du troc.
Le triangle dramatique au travail
Dans le cadre professionnel, les relations s’inscrivent fréquemment dans ce triangle et peuvent se compliquer par le jeu des positions hiérarchiques. Il n’est pas rare qu’un supérieur soit étiqueté « persécuteur ». Toutefois, rappelez-vous que sans victime, il ne peut jouer son rôle. Et c’est bien souvent la personne qui paraît la plus « faible » qui sera choisie.
Le triangle de Karpman est un piège qui empoisonne les relations. Développer votre estime personnelle, votre affirmation de soi et privilégier la communication assertive (CNV) sont d’excellents moyens pour sortir du jeu. Et vous éviter de subir des comportements extrêmement désagréables et stressants.
Si vous en souffrez trop, prenez immédiatement contact avec nous… Nous nous ferons un plaisir de vous aider.
TOUS, SAUF ELLE : Une trilogie qui ne veut pas finir.

Un lendemain de beuverie, pour s’aérer la tête et se vider des miasmes de l’alcool, Gaston, chasseur invétéré, part pister le sanglier. Des coups de feu retentissent, venant du cul-de-sac de la route forestière du Sappey. L’homme s’approche, et découvre trois corps. Une mallette est attachée au poignet d’une des victimes. Pleine de billets. Un million quatre cent mille euros. Gaston s’empare de son couteau de chasse, découpe le poignet du mort et s’enfuit avec l’argent.
Lucas, Lucie, Thomas, Laure… chacun de ceux qui vont croiser la route de la mallette maudite va sombrer du côté le plus noir de sa personnalité. Envolée l’empathie, effacée la morale, oubliés les préceptes de respect des autres. Cet argent sale semble contaminer irrémédiablement tous ceux qui le touchent.
Y a-t-il une rédemption possible ?
Dans un registre plus noir que d’habitude, et sur fond de polar, on retrouve l’excellente écriture de Thierry Ledru, qui nous livre une analyse en miroir de l’âme humaine, et nous pousse à nous interroger : que ferions-nous avec cette mallette ?
Les Héros sont tous morts - papier
Broché 133mm x 203mm - 192 pages
Mai 2018
16,00 €
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Livre numérique Les Héros sont tous morts
Thierry Ledru
Les éditions du 38
LES HÉROS SONT TOUS MORTS (roman)
J'ai écrit ce roman en 2017. Je n'imaginais pas en écrire une suite. Et puis, l'idée s'est imposée peu à peu. Il me suffisait de suivre l'actualité et notamment celui de l'état de la planète. Pour quelles raisons en étions-nous arrivés là ? La réponse s'imposait : l'argent, le pouvoir, la puissance, la croissance. Qui était responsable de ces mouvements financiers et de leurs conséquences ? Tout le monde, nous y compris, nous les consommateurs. Nous en étions les victimes consentantes. Nous avons participé à cette course effrénée au confort, à la possession des biens matériels, à l'amélioration de nos conditions d'existence. Mais cette amélioration portait finalement atteinte à la vie. La question qui m'est venue alors était très simple : si l'état de la planète continue à se dégrader et rien ne nous laisse entrevoir l'idée que ça s'arrête, ni même que tout cela soit freiné, tout le monde sera impacté : riches, pauvres et ceux et celles qui sont entre les deux.
J'ai alors imaginé que tout ça ne pouvait durer, que les plus puissants chercheraient à sauver leur peau. Beaucoup le font déjà en s'installant dans des lieux qu'ils jugent protégés. La Nouvelle-Zélande est devenue une sorte de refuge pour milliardaires. C'est donc là-bas que j'ai donné vie à Walter Zorn et au projet "Némésis" du nom d'une divinité.
"Némésis est la déesse de la vengeance. Son courroux s'abat en particulier sur les humains coupables de démesure et de mégalomanie. Elle est parfois assimilée, à la fois, à la vengeance et à l'équilibre. La Némésis est aussi interprétée comme étant un message de mort envoyé par les dieux comme punition. Elle est la déesse du châtiment divin."
J'ai donc repris l'écriture après une pause de plusieurs mois. Je ne savais pas vraiment où j'allais avec cette idée. J'en identifiais clairement le fond mais pas le développement. Alors, j'ai laissé les choses se mettre en place, lentement, sans rien forcer, sans me mettre de pression, sans même envisager que j'irai au bout et encore moins que cette suite serait publiable. J'écrivais par petits bouts, comme si j'assemblais un puzzle sans même connaître l'image finale. Et j'ai vu les personnages prendre forme, s'installer les uns après les autres. Laure Bonpierre, personnage principal du roman initial, devenait la pièce maîtresse, celle autour de laquelle toutes les autres pièces venaient s'emboîter.
D'où le titre du tome 2 : TOUS, SAUF ELLE
L'histoire a progressé, lentement, à pas de loup. Puis, au fil du temps, elle a pris de l'ampleur. Les personnages se sont multipliés, densifiés, ils ont pris des directions précises. Figueras, l'indien Kogi, est revenu et il a pris une place très importante. Il avait contribué à la survie de Laure, il n'était pas question qu'il l'abandonne. Et puis est apparu Théo, flic tenace et survivaliste. Le fond du roman.
"Entre la civilisation et la barbarie, il y a cinq repas." Winston Churchill.
Théo a tout prévu, tout anticipé, tout préparé. Tout ce qui était réalisable.
Et c'est lui qui s'occupe de l'enquête qui concerne Laure.
Des mois d'écriture, le puzzle qui grandit, l'image qui s'affirme, des horizons immenses qui se dévoilent.
Des horizons si vastes que l'évidence s'est imposée : un troisième tome était nécessaire.
LE DÉSERT DES BARBARES
Dino Buzzati, "le désert des Tartares", chef d'oeuvre incontournable. Des soldats qui attendent dans un fortin l'arrivée de l'ennemi.
Théo attend dans la ferme qu'il a restaurée et aménagée. Il attend les Barbares. Je viens de mettre le point final à ce troisième tome. Mais ce dont à quoi je ne m'attendais pas, c'est qu'il est nécessaire d'écrire un quatrième tome...Impossible de m'arrêter là. Les multiples personnages qui se sont imposés n'ont pas fini leur parcours et il est impensable de raccourcir leur existence.
Ce qui est curieux, c'est que d'un polar, je suis parti dans le tome 2 sur un "simple" roman contemporain puis dans le tome 3 sur un roman d'anticipation mais que l'évolution du monde est si rapide qu'avant que je finisse le tome 4, il pourrait bien s'agir d'une série historique.
Pour l'instant, je profite de l'aide très précieuse d'un ami, écrivain lui aussi. J'avais écrit une chronique sur son roman.
"L'apocalypse de Roger" Philippe Renaissance
Philippe relit le tome 2 et son oeil acéré décèle ce qui doit être corrigé. Il est indispensable d'être aidé à un moment parce que le texte, je ne le lis plus, je le récite, je le connais par coeur, je n'y vois plus rien de ce qui doit être repris.
Une fois ce travail achevé, le texte partira chez l'éditrice et il restera à attendre son verdict.
Ce temps sera mis à contribution pour la correction du tome 3.
Puis, il restera à écrire le tome 4.
Mes romans aux éditions du 38
J'écris, certains lisent, la suite ne m'appartient pas. Mais, par contre, j'ai un devoir de soutien de mes romans envers mon éditrice. Alors, comme la période des cadeaux approche...Il manque deux autres romans dans cette liste : VERTIGES et NOIRCEURS DES CIMES. Publiés tous les deux chez deux autres éditeurs.
On les trouve tous sur Amazon ou directement chez l'éditeur (ce qui est beaucoup mieux)


"La voie" : Edgar Morin
EAN : 9782213655604
320 pages
FAYARD (19/01/2011)
3.87/5 77 notes
Résumé :
Le vaisseau spatial Terre, continue à toute vitesse sa course dans un processus à trois visages : mondialisation, occidentalisation, développement.Tout est désormais interdépendant, mais tout est en même temps séparé. L’unification techno-économique du globe s’accompagne de conflits ethniques, religieux, politiques, de convulsions économiques, de la dégradation de la biosphère, de la crise des civilisations traditionnelles mais aussi de la modernité. Une multiplicité de crises sont ainsi enchevêtrées dans la grande crise de l'humanité, qui n'arrive pas à devenir l'humanité.Où nous conduit la voie suivie ?Vers un progrès ininterrompu ? Nous ne pouvons plus le croire. La mort de la pieuvre totalitaire a réveillé la pieuvre des fanatismes religieux et stimulé celle du capitalisme financier. Elles enserrent de plus en plus le monde de leurs tentacules. La diminution de la pauvreté se fait non seulement dans un accroissement de bien-être matériel, mais également dans un énorme accroissement de misère.Allons-nous vers des catastrophes en chaîne ? C’est ce qui paraît probable si nous ne parvenons pas à changer de voie.Edgar Morin pose ici les jalons d’une « Voie » salutaire qui pourrait se dessiner par la conjonction de myriades de voies réformatrices et nous conduire à une métamorphose plus étonnante encore que celle qui a engendré les sociétés historiques à partir des sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs.Directeur de recherches émérite au CNRS, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, l’auteur de La Voie est connu pour avoir conçu la "pensée complexe" dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde.
https://www.scienceshumaines.com/changer-la-vie-entretien-avec-edgar-morin_fr_30607.html
Changer la vie. Entretien avec Edgar Morin
Propos recueillis par Jean-François Dortier
Hors-série N° 18 - Mai/juin 2013
« Changer la vie », mot d’ordre du poète Arthur Rimbaud, ne représente plus aujourd’hui l’aspiration d’un individu mais doit être celui de notre époque. L’humanité est face à un grand défi : elle appelle à une politique de civilisation qui suppose aussi une réforme de vie.
Vous consacrez une partie de votre ouvrage La Voie à la définition d’une « réforme de vie » qui accompagne et justifie une politique de civilisation, indispensable pour affronter les grands défis de l’humanité.
Qu’entendez-vous par réforme de vie ?
Effectivement, la « voie » que je propose dessine un autre horizon que celui vers lequel nous précipite l’histoire actuelle. La planète Terre est engagée dans un processus infernal qui mène l’humanité à une catastrophe prévisible. Seule une métamorphose historique pourra permettre de résoudre les crises – majeures et multiples – écologiques, économiques, sociétales, politiques qui menacent l’existence même de nos civilisations en voie d’unification.
Dans La Voie, je ne trace pas un « programme » politique, au sens étroit du terme, mais un chemin, une voie faite de la conjonction de multiples voies vers lesquelles nous devons nous orienter pour faire face au défi de la crise de l’humanité. Cette « politique de l’humanité » passe par des réformes économiques, politiques, éducatives et une régénération de la pensée politique dont je tente de tracer les contours. Ces réformes de société impliquent aussi une « réforme de vie ».
Le développement est une machine infernale de production/consommation/destruction qui nous précipite vers des crises écologiques et économiques. Ce processus trouve un parallèle sur le plan individuel : le développement de l’individu envisagé comme essentiellement quantitatif et matériel, lequel conduit chez les aisés à une course infernale vers le « toujours plus » et mène à un mal-être au sein même du bien-être, notion dégradée dans le seul confort. Aussi faut-il promouvoir le bien-vivre, qui comporte à la fois autonomie individuelle et insertion dans une/des communauté(s), dominer la chronométrie qui dégrade notre temps vivant, et réduire nos intoxications de civilisation qui nous rendent dépendants de futilités et de bienfaits illusoires.
Les sociétés occidentales se sont longtemps considérées comme des sociétés « civilisées » par rapport aux autres sociétés, jugées barbares. En fait, la modernité occidentale a produit la domination d’une barbarie glacée, anonyme, celle du calcul, du profit, de la technique, et n’a qu’insuffisamment inhibé une « barbarie intérieure », faite d’incompréhension d’autrui, de mépris, d’indifférence.
Les sociétés contemporaines ont accompli pour beaucoup ce qui était un rêve pour nos aînés : le bien-être matériel, le confort. Dans le même temps, on a découvert que le bien-être matériel n’apporte pas le bonheur. Pire ! Le prix à payer pour l’abondance matérielle s’avère d’un coût humain exorbitant : stress, course à la vitesse, addiction, sentiment de vide intérieur…
Par ailleurs, sur le plan humain, nous restons des barbares : l’aveuglement sur soi et l’incompréhension d’autrui s’expriment au niveau des sociétés et des peuples comme au niveau des relations personnelles, y compris au sein des familles et des couples. Beaucoup se séparent et se déchirent ; ces conflits ressemblent à des conflits guerriers fondés sur la haine, le refus de comprendre l’autre. D’autres couples ne font que coexister.
Dans les entreprises et les organisations règnent des clans et des cliques rongés par la jalousie, le ressentiment, parfois la haine. Ces envies et ces haines empoisonnent à la fois la vie de ceux qui sont enviés ou haïs, mais aussi celle des envieux et de ceux qui haïssent. En dépit des multiples moyens de communication, l’incompréhension à l’égard des autres peuples s’accroît.
L’inhumanité et la barbarie sont sans cesse prêtes à surgir en chaque humain civilisé. Les messages de compassion, de fraternité, de pardon légués par les grandes spiritualités, les religions, les philosophies humanistes n’ont qu’à peine entamé la cuirasse des barbaries intérieures.
Une aspiration à ce nouvel art de vivre est en train d’émerger dans la société du fait même des maux générés par nos modes de vie actuels. C’est à partir de cette attente que l’on peut dessiner ce que peut être une réforme de vie.
Sur quels principes ce nouvel « art de vivre » s’appuie-t-il ?
L’idée d’un art de vivre est ancienne. Les philosophies d’Inde, de Chine, de l’Antiquité grecque se sont consacrées à cette recherche. Elle se présente aujourd’hui de manière nouvelle dans notre civilisation caractérisée par l’industrialisation, l’urbanisation, le développement et la suprématie du quantitatif.
L’aspiration contemporaine à un art de vivre est d’abord une réaction salutaire à nos maux de civilisation, à la mécanisation de la vie, à l’hyperspécialisation, à la chronométrisation. La généralisation d’un mal-être, y compris au sein du bien-être matériel, provoque, en réaction, un besoin à la fois de paix intérieure, de plénitude, d’épanouissement, c’est-à-dire une aspiration à la « vraie vie ».
Le bien-vivre est fondé sur quelques principes : la qualité prime sur la quantité, l’être sur l’avoir, le besoin d’autonomie et le besoin de communauté doivent être associés, la poésie de la vie, et enfin l’amour, qui est notre valeur mais aussi notre vérité suprême. Cette réforme de vie nous conduirait aussi à exprimer les riches virtualités inhérentes à tout être humain.
Concrètement, comment cela peut-il s’appliquer ?
Une première tâche consiste à se libérer de la tyrannie du temps. Nos rythmes de vies actuels sont fondés sur des courses permanentes. La vitesse, la précipitation, le zapping mental nous font vivre à un rythme effréné. Il faut nous rendre maître du temps, ce bien plus précieux que l’argent disait déjà Sénèque. De même qu’il existe un mouvement de slow food, il faudrait développer le slow time, le slow travel, le slow work ou la slow city. Il importe plus de vivre sa vie que de courir après.
Une réappropriation du temps exige à la fois une nouvelle organisation du travail, des transports, des rythmes scolaires, des rythmes de vie. Cela suppose aussi de redécouvrir le sens du « carpe diem » : apprendre à vivre « l’ici et maintenant », comme le préconisent les sagesses antiques.
La réforme de vie appelle à un ralentissement généralisé, à un éloge de la lenteur. Arrêter de courir est une façon de reconquérir notre temps intérieur.
Il faut substituer à l’alternance pernicieuse dépression/excitation qui caractérise nos vies actuelles un couple combinant sérénité et intensité.
C’est-à-dire ?
Une existence pleinement humaine ne peut reposer sur une harmonie spontanée entre nos penchants contradictoires. La vie accomplie demande une dialogique permanente entre les exigences de la raison et celles de la passion : on ne peut régler nos vies ni sur le calcul et la froide rationalité, ni sur la seule passion qui, sans autocontrôle, conduit au délire. Il faut apprendre à humaniser nos pulsions et nos émotions par des contrôles réflexifs : cela signifie qu’il faut développer notre capacité à contenir énervement, rancune, ressentiment, colère, etc. Cette maîtrise de nous ne signifie en rien le refoulement de nos pulsions. L’espèce humaine est à la fois Homo sapiens et Homo demens : le problème est l’articulation entre ces deux dimensions fondamentales de nos existences. Cela ne peut se faire sans une connaissance de soi, sous-développée dans nos civilisations. L’Occident a privilégié la connaissance et la maîtrise de la nature plutôt que la connaissance et la maîtrise de soi.
Pour se connaître, il faut développer la réflexivité, l’autoexamen et l’autocritique. C’est un exercice difficile car il s’agit de débusquer en soi les idées fixes et les routines mentales, de soumettre ses propres croyances et certitudes à la critique, ce qui n’est pas simple tant nous sommes enclins à critiquer les autres et à dénigrer l’adversaire. L’autoexamen suppose une part d’autodérision, cette capacité de se moquer de soi qui est une forme de distanciation et de décentration.
La réforme de nos vies implique aussi de se désintoxiquer de toutes nos addictions à la consommation. Cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer aux plaisirs de consommer pour vivre dans l’ascèse, la frugalité, la restriction permanente, le rigorisme et les privations. Bien consommer, c’est apprendre au contraire à redécouvrir le goût des choses. Une vie riche et bien remplie sur des alternances entre périodes de sobriété et périodes de fête. Aux périodes de contrôle de soi doivent succéder d’indispensables moments d’excès, de fête, ce que Georges Bataille appelait la « consumation ». La société doit aujourd’hui se guérir de la « fièvre acheteuse », de la surconsommation. Cela n’interdit pas des achats de désir et d’enchantement.
La réforme de vie n’est donc pas seulement un exercice de simplicité volontaire. Elle inviterait aussi à réenchanter nos existences ?
Oui, mais tout en ayant conscience de l’impossibilité de vivre en permanence dans la béatitude. Notre condition humaine suppose une alternance entre des « états prosaïques » et des « états poétiques », qui sont les deux polarités de nos vies. L’état prosaïque correspond aux activités et contraintes obligatoires qui s’imposent à nous. L’état « poétique » correspond aux moments de création, de fête, de dialogue, de partage et d’amour. Les deux se succèdent et s’enchevêtrent dans la vie quotidienne : sans prose, pas de poésie. Il est vain d’espérer une vie enchantée où l’état poétique serait permanent. Une telle vie finirait par s’affadir elle-même. Nous sommes voués à la complémentarité et à l’alternance poésie/prose.
Contre les ravages de l’individualisme et les excès de l’autonomie, beaucoup en appellent aujourd’hui au retour à la solidarité, à l’empathie, à l’altruisme. Qu’en pensez-vous ?
La réforme de vie doit comporter simultanément deux des plus profondes aspirations complémentaires humaines : celle de l’affirmation, du « je » en liberté et en responsabilité, et celle de l’intégration, du « nous » qui établit la « reliance » à autrui en sympathie, amitié, amour. La réforme de vie nous incite à nous inscrire dans des communautés sans rien perdre de notre autonomie. L’une des priorités de la réforme de vie porte sur l’apprentissage de formes de sociabilité nouvelles.
Ce que l’on nomme la politique du care et de l’attention à autrui fait partie des grands chantiers de la réforme de vie. L’assistance et la solidarité devraient être effectuées dans des « maisons de la solidarité » comportant des aides d’urgence à toute détresse et un service civique de solidarité pour la jeunesse. Ce qui montre bien que les réformes de vie reposent non seulement sur des consciences personnelles, mais sur un ensemble de réformes politiques, sociales et économiques.
L’empathie, la bienveillance, la gentillesse, l’altruisme, le souci de l’autre existent chez tous les êtres humains comme dispositions fondamentales : on le voit notamment lors des grandes catastrophes où se réactivent spontanément des élans de générosité, même pour des populations lointaines. Cette prédisposition demande à être cultivée, stimulée, encouragée et apprise.
Mais justement, comment parvenir à une telle réforme de vie ? Quelle réforme institutionnelle implique-t-elle ?
La réforme de vie exige à la fois un apprentissage et une réforme personnelle. Simultanément, elle appelle à une réforme de l’éducation ainsi qu’à de grandes réformes économiques et sociales, à une nouvelle conscience consommatrice, à une réhumanisation des villes, à une revitalisation des campagnes. J’énumère dans mon livre tous les champs de réformes nécessaires. S’engager dans une nouvelle voie ne peut se faire seulement sur un plan personnel ni seulement sur un plan collectif. Cela exige une multiplicité de réformes qui, se développant, deviendraient intersolidaires. J’ai cité André Gide qui s’interroge pour savoir s’il faut commencer par le changement de société ou par le changement personnel. Il faut commencer en même temps des deux côtés. Gandhi disait : « Il faut porter en nous le monde que nous voulons. » Mais cela ne suffit pas comme ne suffit pas l’élimination d’un système d’exploitation, lequel est aussitôt remplacé par un autre comme l’a montré l’exemple de l’Union soviétique, qui finalement échoue. Je ne suis pas un idéaliste naïf ; les idéalistes naïfs croient qu’un seul type de réforme peut améliorer la vie humaine et la société. C’est parce que je vois que tout est lié – c’est cela la pensée complexe – que j’en déduis que la seule voie est celle de l’intersolidarité des réformes.
Bien sûr, cela reste très incertain. Partout dans le monde se révèle un grouillement d’initiatives créatrices nous montrant un vouloir-vivre ignoré des bureaucraties et des partis. Rien n’a encore relié ces initiatives ; dans un sens, nous en sommes à peine au commencement d’un commencement. Dans l’histoire, toute grande transformation – religieuse, éthique, politique, scientifique – a commencé de façon déviante par rapport au cours principal, et de façon modeste par rapport à l’état des choses. Cela nous autorise l’espérance, laquelle évidemment n’est pas une certitude. La réforme de vie est à la fois une aventure intérieure, un projet de vie et un projet collectif.
Musique pour l'écriture.
C'est une playlist. Je ne mets que les trois premières vidéos.
J'ai besoin de musique lente, avec des sons profonds, des sons qui durent, sur lesquels je peux voguer. Des compositions qui stimulent les visions, qui m'isolent, qui me projettent dans l'espace où vivent mes personnages.
TOUS, SAUF ELLE
Dix-sept heures trente quand elle ferma la maison.
Elle se concentra sur la route sans jamais relâcher sa présence auprès de Théo. Ne jamais perdre le contact. Comme avec elle-même quand elle méditait. Elle savait contraindre son mental au silence ou à une attention précise. Elle s’appliqua à respirer profondément, lentement, à insuffler dans son unique pensée l’amour de son âme pour lui.
La circulation de fin de journée était cauchemardesque. Une heure cinquante-cinq de trajet.
Elle se présenta enfin à l’accueil.
« Il est dans la chambre 18, tout s’est bien passé.
–Merci. »
Elle n’aimait pas l’odeur des hôpitaux. Elle n’aimait pas les portes entrouvertes, entre la vie et la mort, entre la paix provisoire et la reprise des souffrances, entre le soutien et la solitude, entre le monde agité du couloir et l’immobilité des survivants. Elle percevait toute la fragilité humaine et son acharnement à la dépasser. Des armées en blouses blanches qui luttaient contre des armées de microbes invisibles, des bataillons de personnels débordés qui combattaient des ennemis inépuisables, des assauts répétés et des trêves trompeuses, des mensonges cachant des vérités imprononçables, des soulagements craintifs dans l’angoisse d’un piège redoutable. Il n’y avait aucune certitude quand on entrait là. Et même une fois dehors, c’est comme si le mal restait ancré dans la mémoire et préparait une nouvelle offensive.
C’est en marchant dans le couloir qu’elle eut la certitude que le chaos venait de commencer. Une sensation épidermique, comme un air brûlant sur sa peau et la nuit glacée des déserts, une alternance frénétique, une succession de chocs thermiques interdisant le moindre répit. Elle frotta son visage pour en chasser les effets.
Quand elle entra dans la chambre et qu’elle croisa le regard de Théo, elle se reprocha furtivement de lui être attachée comme le cathéter qu’elle vit sur son bras, une pensée rebelle qui semblait remonter des profondeurs. En vivant avec Théo, elle avait pris conscience que les ruptures qu'elle avait toujours initiées étaient inéluctables. Elle avait systématiquement refusé de souffrir en amour. Souffrir d'inquiétude, endurer les doutes, accepter les concessions, contenir les frustrations, s'éloigner de soi, se perdre en l'autre.
Mais là, à cet instant précis, elle était heureuse de l’aimer. Le futur n’avait aucune importance au regard de cette force aimante. Elle pouvait souffrir de l'aimer puisque son amour pour lui était plus intense que la souffrance.
Caspar David Friedrich
Caspar David Friedrich est un artiste peintre que j'aime infiniment, sans doute celui qui me touche le plus et celui qui m'a le plus inspiré dans certains de mes écrits.

Caspar David Friedrich, né le 5 septembre 1774 à Greifswald et mort le 7 mai 1840 à Dresde, est un peintre et dessinateur allemand, considéré comme l'artiste le plus significatif et influent de la peinture romantique allemande du XIXe siècle. Il est particulièrement connu pour son tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818).
L'enfance de Caspar David Friedrich est marquée par la mort de ses proches qui, entre 1781 et 1791, décèdent les uns après les autres : à sept ans, en 1781, il perd sa mère et sa sœur Elisabeth ; en 1787, son frère Johann Christoffer se noie dans la mer Baltique et, en 1791, meurt sa sœur Maria. Cela va avoir une influence sur l'un des deux thèmes de sa peinture, la mort, l'autre étant la nature.
« Je dois rester seul et savoir que je suis seul pour contempler et ressentir pleinement la nature. Je dois m’abandonner à ce qui m’entoure, je dois me confondre avec mes nuages et mes rochers pour être ce que je suis. »
« L’artiste doit peindre non seulement ce qu’il a devant lui, mais aussi ce qu’il voit à l’intérieur de lui-même. S’il ne voit rien à l’intérieur, alors il devrait s’arrêter de peindre ce qu’il a devant lui. »
Il en est de même pour l'écrivain. S'il ne voit que la scène qu'il imagine et ne ressent pas ce qui émerge en lui, il manque l'essentiel.
La nature n'est pas qu'un spectacle. Elle est la source de cet élan qui nous invite à explorer ce qui est en nous. J'ai mis longtemps à comprendre que cette course effrénée sur les montagnes était également une quête intérieure. Je ne parvenais pas vraiment à la mettre en mots. Je me souviens juste d'un devoir en classe de philosophie avec Madame Sotirakis, un travail sur la passion. Ce fut sans doute un point de départ et je regrette infiniment de ne pas avoir gardé cet exposé. C'est Monsieur Ollier, professeur de littérature en classe de seconde qui nous avait montré le tableau de l'homme contemplant la mer de nuages, un travail sur le "romantisme".
Romantisme
Mouvement artistique
Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre et en Allemagne et se diffusant à toute l’Europe au cours du XIXe siècle, jusqu’aux années 1850. Il s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et la politique. Il se caractérise par une volonté d'explorer toutes les possibilités de l'art afin d'exprimer ses états d'âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l'évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l'exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d'une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d'autres domaines, en particulier la peinture et la musique.
Je sais quel impact ce tableau de l'homme contemplant une mer de nuages a eu sur moi, la puissance émotionnelle. C'était ce que je voulais connaître. A 17 ans, l'été suivant, j'étais au sommet du Mont-Blanc. Je n'étais pas seul mais je contemplais la mer de nuages. Je réalisais mon rêve. Pour connaître réellement l'émotion éprouvée devant un tableau. Ces instants où l'existence prend une direction précise, il est essentiel de parvenir à les identifier.

Cette croix au sommet d'un rocher. La question essentielle de Dieu. Non pas le Dieu des textes liturgiques mais la raison de la Création et des tourments qui l'accompagnent. J'avais veillé mon frère pendant presque trois mois dans sa chambre d'hôpital. Coma profond. Un drame fondamental. Et les croix aux sommets des montagnes m'apparaissaient comme le miroir des interrogations humaines, toutes les questions qui me hantaient. Pourquoi le mal, pourquoi la douleur, la souffrance, la destruction, la violence, la mort, quel était donc le sens de cette effroyable opposition entre la sérénité de la création et son impitoyable puissance ?
Il fallait que j'éprouve la puissance de la vie pour en comprendre l'essence et les montagnes étaient là pour ça. Risquer sa vie pour atteindre un sommet et toucher la croix, non pas une croix religieuse mais celle que je portais et que j'allais déposer Là-Haut.
C'est plus tard que l'écriture est devenue nécessaire.
"VERTIGES" a été la première exploration intérieure, ma "Terra incognita" que je devais cartographier. Puis "NOIRCEUR DES CIMES " et "LA-HAUT" et tous les autres.
Tout ça parce que j'avais éprouvé un choc immense un jour devant un tableau et qu'il m'avait guidé là où j'allais pouvoir devenir ce que je devais être.
"Cinq heures du mat, j'ai des frissons"
"Cinq heures du mat, j'ai des frissons," les mots comme de la fièvre qu'il faut déposer.
Ce dernier chapitre que j'essaie de construire. Ça fait six fois que j'efface tout.
Il faut que je trouve le point final et qu'en même temps, il s'agisse d'un trait d'union avec le tome 4. Ne pas terminer sur une impression d'inachevé et en même temps trouver le moyen d'exprimer une sorte de pause, comme une respiration avant de replonger.
Les gens qui imaginent que c'est facile d'écrire un bouquin, qu'il suffit de taper sur un clavier, que tout vient avec la facilité de la parole, comme si on discutait avec soi-même, oh, combien ils se trompent.
L'auteur ne discute pas avec lui-même mais avec tous ses personnages et il serait invraisemblable, irrespectueux, inconvenant de ne pas les écouter. Ils ont une vie propre aussi absurde que ça puisse paraître. Et si ça n'était pas le cas, si l'auteur n'était qu'une sorte de Maître du jeu, capable d'ignorer les tourments de ses sujets, capable de gommer les existences, alors il ne serait qu'un monarque présomptueux.
Je ne suis que le transcripteur des existences fictives et cette fiction est si puissante que je ne peux pas, viscéralement, m'autoriser à être inconsistant.
668 pages écrites entre le tome 2 et le tome 3. Il en manque deux ou trois pour poser le point final. Et je suis tiraillé entre l'impatience d'y parvenir et la crainte que ce point ne soit qu'une tâche, un ratage complet, comme si le dernier coup de pinceau sur la toile devenait une rature, un dérapage, une écorchure, une balafre qui resterait à tout jamais. Il y a une forme de peur dans l'écriture, peur de trahir, peur de se tromper, peur de tromper les personnages eux-mêmes, peur de la culpabilité qui en résulterait.
Il y a une forme de responsabilité. Et elle n'est pas fictive. La fiction crée une réalité. On peut y voir un sentiment de paternité ou d'amitié ou d'amour et aucune de ces situations ne peut être considérée avec légèreté.
Pourquoi est-ce que je prends le temps d'écrire cette réflexion, d'exprimer ces ressentis, pourquoi est-ce que je ne suis pas en train de travailler le roman puisque c'est ce qui m'importe à cette heure indue?
Parce que moi aussi je suis un personnage dans cette histoire, parce que moi aussi j'éprouve des doutes, des tourments, des moments d'incertitude profonde, et j'ai donc besoin, parfois, de sortir de la scène pour prendre du recul, pour m'accorder un moment de répit. Et de ce répit, extraire une analyse, calmer les idées qui fusent, les déposer délicatement les unes à côté des autres, en constituer une sorte de drapeau à prières et les regarder flotter au vent, dans une contemplation sereine.
Ensuite, il est possible de reprendre la route.
Rocket stove
Voilà le projet bricolage pour cet hiver.
Barnabé et Damien, la rencontre de deux gars formidables.
"La terramation"
Plus qu'à espérer que ça se développe en France avant que je trépasse.
La "terramation", fabrication de compost humain, bientôt autorisée en Californie
Cinq États américains autorisent déjà la "réduction organique naturelle", autrement dit la transformation de nos dépouilles humaines en compost après la mort. Une technique plus écolo et moins chère, selon ses défenseurs.
Radio France
Publié le 01/11/2022 14:55
Temps de lecture : 2 min.

Le fondateur de Return Home, Micah Truman, le 14 mars 2022. (JASON REDMOND / AFP)
"Tu es poussière, tu retourneras à la poussière", annonce la Bible. La Californie a une autre proposition. Le mois dernier, Gavin Newsom, le gouverneur du Golden State, a signé une loi autorisant à partir de 2027 le compost humain après la mort. La Californie est le cinquième État américain après Washington, l’Oregon, le Colorado et le Vermont à valider cette alternative à la crémation ou à l’enterrement.
La loi AB 351 parle de "réduction organique naturelle". Le procédé consiste à placer le défunt dans un conteneur en métal d’environ 2,50 mètres de long et un peu plus d’un mètre de large. Il est rempli de produits organiques, comme des copeaux de bois, de la paille ou encore de la luzerne. Une fois le conteneur fermé, la nature fait son travail. Le système favorise juste l’activité microbienne pour accélérer la décomposition du corps, qui devient de la terre cultivable au bout de 60 jours.
Les familles peuvent se servir des quelque 100 kilos de terre récoltés pour faire pousser un arbre ou des plantes et honorer ainsi la mémoire du ou de la disparue. Le compost humain est plus naturel et coûte moins cher que des obsèques classiques, entre 4 000 et 5 000 dollars contre 6 000 dollars pour une crémation et plus de 7 000 dollars pour un enterrement.
Une alternative plus écologique que la crémation ou l'inhumation
Selon Micah Truman, fondateur de Return Home, une maison funéraire près de Seattle, le compost humain est aussi moins néfaste à l’environnement, en évitant les produits chimiques d'un embaumement qui finissent dans les sols, par exemple. "Il faut 115 litres de fuel pour une crémation, en plus d’envoyer dans les airs sous forme de gaz à effet de serre tout ce que notre corps pourrait rendre à la terre", détaille Micah Truman qui estime que "comme chacun d’entre nous va mourir, la façon de nous occuper de nos défunts est très problématique."
"Beaucoup de gens ne sont pas particulièrement excités à l’idée d’être incinérés, et d’autres n’ont aucune envie d’être enterrés."
Micah Truman, fondateur de Return Home
à franceinfo
"Alors notre méthodologie intéresse ceux qui veulent revenir à la terre, les agriculteurs par exemple, explique Micah Truman. Des tas de gens ont des tas de raisons".
Cet ancien financier, qui se sentait inutile dans son métier même s’il gagnait bien sa vie, avait l’environnement en tête quand il s’est lancé il y a un an et demi. Mais il a depuis découvert que ce qu’il appelle "la terramation" aide les familles en leur donnant vraiment le temps de dire au revoir au disparu. Certains déposent des fleurs, un morceau de gâteau ou du vin sur le corps du défunt, dit-il. Mais comme Micah Truman connaît bien la finance et le marketing – le compte TikTok de Return Home a un demi-million d’abonnés – il attend l’ouverture du marché de la Californie, l’État le plus peuplé du pays, avec une certaine impatience.
Post mortem
Revenir à la nature dans un état de "nudité", sans traitement chimique, sans coffrage polluant. Juste de quoi nourrir la terre.
Visite du premier cimetière bio d'Alsace avec cercueils biodégradables, arbre du souvenir et mini-stèles en pierre
Publié le 27/10/2022 à 11h30 • Mis à jour le 30/10/2022 à 09h13
Écrit par Sabine Pfeiffer.

Le nouveau cimetière est un coin de sous-bois. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions
Jusqu'à présent, Sternenberg (Haut-Rhin) enterrait ses morts à Bretten, le village voisin. Mais la petite commune vient de créer son propre cimetière, le premier d'Alsace à être "bio", respectueux de la nature. Et agrémenté d'un arbre du souvenir, sur lequel sont notés les noms des défunts.
Sternenberg, village de 170 habitants dans la couronne mulhousienne, n'a pas d'église. Et jusqu'à présent, il n'avait pas non plus de cimetière. Ses habitants sont rattachés à la paroisse de Bretten, à 3 kilomètres de là. Et c'est là aussi qu'ils vont enterrer leurs défunts en terre.
Mais depuis un an, Sternenberg s'est doté de son propre cimetière. Un site idyllique, à l'orée de la forêt, que le conseil municipal souhaite préserver. En recherchant comment l'aménager, il a découvert l'existence, ailleurs en France, de cimetières naturels plus respectueux de l'environnement.
Il a donc décidé de faire de ce nouveau champ du repos le premier cimetière "bio" d'Alsace. Les personnes souhaitant s'y faire enterrer devront signer une charte, et s'engager à ne pas faire traiter leur corps post mortem.
Un sous-bois qui doit rester naturel
C'est un petit replat sous les arbres, surplombant la route. Le lieu est d'une profonde sérénité. Un sol de sous-bois, couvert de feuilles, et entouré de troncs élancés. En ce matin d'octobre, il baigne dans une lumière mordorée, car le soleil transperce les frondaisons.
Pour l'instant, il n'y a pas encore de tombe, car le site n'a été inauguré qu'à l'automne 2021. Mais le conseil municipal est convaincu d'avoir trouvé l'endroit idéal. "Pour pouvoir se recueillir, il faut se sentir bien" explique le maire, Bernard Sutter. "Et en forêt, c'est vraiment possible."

Ici, pas question de polluer le sol avec des produits chimiques. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions
Ce projet a mis plusieurs années pour arriver à maturation. "Les habitants derniers arrivés nous disaient : 'Un village sans cimetière, ce n'est pas possible'" rappelle le maire. "Nous avons donc réfléchi, et cherché." Pour finalement réaliser que ce recoin de forêt communale, proche des maisons, était parfaitement adapté.
En parallèle, le conseil municipal a découvert que ces dernières décennies, les cimetières sont devenus des endroits très pollués. En cause, le traitement du bois des cercueils, leur plombage au mercure et, principalement, le développement de la thanatopraxie, ces soins prodigués au corps afin de prolonger son temps de conservation avant la mise en bière.
"Mais nous avons appris l'existence de cimetières qui respectent la nature" explique Bernard Sutter – notamment en Sarthe, dans les Deux-Sèvres, et dans d'autres pays d'Europe. "Et avons donc établi un règlement, pour ne pas accepter dans le sol de notre cimetière des corps dans lesquels on a injecté post mortem des produits chimiques polluants."
Cette décision correspond à un souhait de respecter "la nature, le lieu, mais également les humains, les vivants comme les défunts" précise le maire. "Nous voulons sensibiliser les gens que ce n'est plus comme il y a 50 ans. Et qu'aujourd'hui, mettre un corps traité en terre peut devenir un problème pour la nature."
Le règlement stipule aussi que le cercueil doit être en bois léger biodégradable, recouvert de vernis sans solvants. En outre, exit les fleurs en plastique. Seules les plantes naturelles seront acceptées sur les futures tombes.
Un columbarium et un arbre du souvenir
A une dizaine de mètres du sous-bois, la commune a fait aménager un muret orné d'un parement de pierres : un columbarium, comprenant une douzaine d'emplacements pour les urnes. A l'avenir, il est vraisemblable que de plus en plus de personnes opteront pour l'incinération. C'est pourquoi l'espace sous les arbres, prévu pour une douzaine de tombes, semble largement suffisant.

Le columbarium et l'arbre du souvenir. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions
Le prix d'une concession - que ce soit pour un cercueil ou une urne - est le même : 200 euros pour 15 ans, et 350 pour 30 ans. Mais il y a une condition : la personne défunte doit avoir vécu au moins 5 ans à Sternenberg.
Devant le columbarium, un arbre de métal étend ses branches. Une œuvre d'artiste, réalisée à partir de simples barres de fer à béton soudées. "Sa silhouette permet de rester en accord avec le lieu, pour agrandir la forêt d'un arbre supplémentaire" précise Sylvie Enderlin, adjointe au maire, venue fleurir le jardin du souvenir au pied de la sculpture.

Sur les feuilles sont notés les noms des défunts. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions
Sur les feuilles argentées, en acier souple, sont gravés les noms et dates de naissance et de décès des disparus de la commune depuis l'an 2000. Une manière symbolique de les réunir à nouveau tous à Sternenberg, quel que soit leur lieu de sépulture. "C'est pour faire mémoire de nos défunts, notre monument aux morts, si l'on veut" explique Sylvie Enderlin.
Les habitants ont toujours le choix
Dorénavant, les 170 habitants de Sternenberg pourront donc choisir la localisation de leur dernière demeure. Car bien entendu, il reste toujours possible de se faire enterrer dans le cimetière du village voisin.
"Les anciennes familles ont toutes leur tombe et leur concession à Bretten" rappelle Fabien Greyenbihl, un habitant. "Ta famille, par exemple. Le jour venu, tes parents iront très certainement à Bretten" renchérit sa femme, Martine. "Mais pour les habitants nouvellement arrivés, Bretten n'a pas de sens, et pour eux, ce nouveau cimetière est très bien" estime Fabien.

Le couple Greyenbihl. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions
Le couple, lui, a déjà pris sa décision : "Nous sommes très contents de nous dire que nous pourrons rester à Sternenberg" s'exclame Martine. "Ce nouveau cimetière est si beau, sous les arbres, on peut s'y asseoir et méditer. Et il n'y aura pas tous ces problèmes d'argent liés à un enterrement avec un grand monument funéraire." En effet, la seule pierre tombale autorisée sera une petite stèle carrée, en pierre, d'une cinquantaine de centimètres de haut.
Sylvie Enderlin aussi a fait son choix : "Ma maman est née à Sternenberg. Moi j'ai grandi ailleurs, mais suis revenue pour y vivre. Et à ma mort, je veux rester ici, car c'est ma patrie (mini Heimet)."
Jean-Marie Wettel et sa famille se sont installés à Sternenberg il y a deux ans. "Un beau village calme, avec des gens sympathiques" estime-t-il. Il a immédiatement adhéré au projet de création du cimetière, qu'il ressent "bien avec l'état d'esprit de la commune : simple, sans fioritures." Il a également participé aux trois journées de chantier bénévole qui ont permis de poser le dallage au niveau du columbarium.
Et pour lui, aucune hésitation. Le jour venu, c'est ici qu'il reposera. "Ce cimetière est un lieu de promenade" explique-t-il. "Là-bas en contrebas, il y a trois étangs. J'y vais souvent avec mes schtroumpfs, mes petits-enfants, et après nous nous baladons par ici, et venons admirer l'arbre du souvenir." Et il ajoute : "Et demain, c'est-à-dire dans 50 ou 100 ans, je sais où nous descendants pourront nous retrouver…"

A l'entrée du cimetière, la stèle qui indique son nom. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions
A l'entrée du cimetière se dresse dorénavant le monument aux morts de la commune qui, jusque-là, se trouvait au centre du village. "On en a profité pour le rapatrier en ce lieu bucolique. On croirait qu'il a toujours été là" se réjouit le maire.
A ses pieds, une petite stèle de pierre, destinée à servir de modèle pour les futures pierres tombales. La plaque métallique qui lui est apposée porte une inscription : S'Ewigkeit Plénla. C'est le nom donné par la commune à son nouveau cimetière : "Le petit coin d'éternité".
Feuilles d'automne
On est allé se baigner dans un lac aujourd'hui...A 600 mètres d'altitude. Températures printanières pour la première journée de l'horaire d'hiver.

J'ai un petit appareil photo qui a une option que j'aime beaucoup. Le mode "réflexion" que j'appelle le mode symétrie. J'aime bien ce que ça donne.























