Articles de la-haut
Permis de tuer
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Voilà ce que représentent 428 croix.
Plus de 400 personnes ont été tuées par des chasseurs en vingt ans
« La parole se libère peu à peu. Les habitants paraissent de moins en moins enclins à supporter l’accaparement de l’espace par une minorité pratiquant un jeu mortel hors de toute raison. »

14 novembre 2022 - Maïté Debove

Forêts est le seul livre en France à faire un tour d’horizon aussi complet sur notre monde végétal. Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation… bien d’autres sujets vous attendent pour vous émerveiller et vous donner une dose d’inspiration positive.
- Thème : Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation, santé…
- Format : 300 pages
- Impression : France
En France, 3403 accidents de chasse ont eu lieu et 428 personnes ont été tuées par des chasseurs en 20 ans. Le collectif Un jour un chasseur a rendu hommage aux victimes dans le manifeste Chasser tue (aussi) des humains, et demande des réformes rapides afin de véritablement enrayer le problème.
Le collectif « Un jour un chasseur » est né du regroupement de plusieurs habitantes rurales, après la mort tragique de leur ami Morgane Keane. Ce jeune homme de 25 ans a été tué accidentellement par un chasseur le mercredi 2 décembre 2020, alors qu’il se trouvait à cent mètres de sa maison afin de couper du bois, dans sa propriété, dans le Lot.
Elles ont décidé de s’atteler au difficile travail du ravivement de la plaie et de briser l’omerta afin de faire en sorte que ces tragédies ne se reproduisent plus. Le but est également de « libérer la parole des oubliés de la ruralité ». Les autrices rappellent que 21 millions de Français vivent actuellement à la campagne, dont une vaste majorité de personnes qui ne sont pas des chasseurs. 46 % des chasseurs vivent dans une ville de 20 000 habitants, dont 10 % à Paris.
« Nous refusons d’accepter la banalisation de ces drames, que le terme “d’accident” vise à normaliser et à rendre supportable. Qu’ils provoquent la mort, des blessures physiques, ou entraînent des séquelles psychologiques, il est de notre devoir et de celui des autorités et du gouvernement de les dénoncer, de leur faire face et de ne surtout pas tolérer l’intolérable » expliquaient-elles dans une pétition lancée en septembre 2021
Cette pétition demandait une meilleure sécurité et un plus grand contrôle de la chasse. En deux mois, elle avait reçu plus de 120 000 soutiens. Le collectif avait été reçu à la Haute-Assemblée en décembre.

Lire aussi : Une pétition s’impose au Sénat pour mettre fin aux dérives meurtrières de la chasse
Il avait alors formulé 5 propositions principales: arrêter la chasse le mercredi et le dimanche, donner une formation plus stricte aux chasseurs et renforcer les règles de sécurité, effectuer un contrôle des armes de chasse et comportements à risque, appliquer des sanctions plus dissuasives à l’encontre des chasseurs ayant provoqué des accidents mortels ou corporels, et libérer la parole et la reconnaissance des victimes de la chasse par l’Etat.
A la suite de ça, une mission parlementaire sur la sécurisation de la chasse avait été mise en place. Le travail, rapporté par le sénateur de l’Ain LR Patrick Chaize, sous la présidence de Maryse Carrère, une sénatrice des Hautes-Pyrénées membre du groupe Rassemblement Démocratique et Social Européen, avait demandé 48h d’auditions de 70 personnes, avant d’être rendu public, ce mercredi 14 septembre 2022.
Le rapport s’est avéré être extrêmement décevant pour le collectif. La co-fondatrice, Mila Sanchez, a estimé que le travail est loin d’être à la hauteur des préconisations des associations, alors que toutes les pistes étaient sur la table. Elle explique pour France3Régions :
« Les deux seules choses sur lesquelles nous avons été entendus sont le seuil d’alcoolémie maximal, similaire à celui du code de la route, et l’obligation de fournir un certificat médical annuel comme pour tous les sports avec une arme. En revanche, nous n’avons pas été suivi sur l’interdiction de la chasse pour les mineurs. »

Lire aussi : Chasser sous l’emprise d’alcool est toujours légal, une faille juridique dangereuse
Un jour un chasseur reprend donc ses 5 revendications dans son livre, afin de promouvoir et d’avancer vers un véritable changement. Dans la préface, le naturaliste Pierre Rigaux note :
« La parole se libère peu à peu. Les habitants paraissent de moins en moins enclins à supporter l’accaparement de l’espace par une minorité pratiquant un jeu mortel hors de toute raison. »
Si les accidents ont diminué ces dernières années, le collectif a tout de même recensé 39 incidents depuis septembre 2022, dont 82 % ayant lieu le week-end. Outre la publication de son livre, le collectif continue ainsi son combat auprès des pouvoirs publics.
« Nos représentants ne répondent pas, ou n’ont pas envie de répondre aux attentes. On va contacter le ministère de l’Intérieur. Si ce n’est pas suffisant, on ira plus haut. Nous en réfèrerons à l’Union Européenne. »
Lire aussi : En campagne, témoignages et actions se multiplient contre la tyrannie des chasseurs
Syndrome de Stockholm
Syndrome de Stockholm
https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2009/revue-medicale-suisse-201/syndrome-de-stockholm
Il désigne la propension des otages ayant partagé longtemps la vie de leur geôlier à sympathiser avec eux et à adopter leur point de vue. L’histoire du syndrome remonte à un hold-up dans une banque commis à Stockholm en 1973 par deux évadés de prison qui prennent en otage quatre employés. Après six jours de négociation, ils libèrent les otages qui vont s’interposer entre les forces de l’ordre et leurs ravisseurs, qu’ils iront visiter par la suite en prison.
Le syndrome est caractérisé par: 1) le développement d’un sentiment de confiance des otages vis-à-vis de leurs ravisseurs, dans la mesure où ces derniers arrivent à justifier leur acte; 2) la naissance d’un sentiment positif des ravisseurs envers leurs otages et 3) l’apparition d’une hostilité des victimes envers les forces de l’ordre.
Il s’agit d’un phénomène paradoxal de fraternisation entre agresseurs et agressés, comme on l’a rencontré lors de la Première Guerre mondiale entre soldats français et allemands, justifiant le dicton qu’à la guerre on «devrait toujours tuer les gens avant de les connaître».
Je réfléchis à quelque chose depuis quelque temps, c'est encore chaotique dans ma tête mais ça commence à prendre forme. Certains vont penser à la lecture de la suite que tout ça relève d'un pur délire mais tant pis.
Il convient tout d'abord d'identifier les différents protagonistes.
1) Nous sommes les otages, tous autant que nous sommes.
2) Il n'y a pas de preneurs d'otages à proprement parler.
3) Il convient de s'intéresser à la notion d'égrégore pour identifier « le preneur d'otages. »
Wikipedia : Un égrégore (ou eggrégore) est un concept désignant un esprit de groupe constitué par l'agrégation des intentions, des énergies et des désirs de plusieurs individus unis dans un but bien défini.
Dans le management, l'égrégore d'équipe est perceptible dans l'atmosphère d'équipe (ou la dynamique de groupe), qui peut être pesante ou enthousiasmante, étouffante ou inspirante. Il est affecté par l'état des relations et par l'adhésion profonde ou non de chacun dans le projet commun. Il résulte des moments vécus et constitue une dimension de la dynamique de groupe dont l'équipe peut prendre soin1,2.
Dans l'ésotérisme, il s'agirait d'une force qui aurait besoin d'être constamment alimentée par ses membres au travers de rituels établis et définis.
Le terme, apparu dans la tradition hermétiste, a été repris par les métaphysiciens, qui l'ont chargé d'un fort potentiel subversif.
Autant cet égrégore peut avoir un effet positif lorsqu'il est associé à une élévation spirituelle, autant il peut devenir la source d'un conditionnement lorsque des intentions perverses le sous-tendent.
Voilà le « preneur d'otages »
Gurdjieff l'avait évoqué. « La plus dangereuse mécanisation consiste à être soi-même une machine. »
Il me semble que la cassure entre l'humain et la nature est absolue, qu'il existe désormais une négation complète de l'univers du vivant et je ne vois pas la nature comme responsable de quoi que ce soit.
C'est la mécanisation de l'existence qui porte en elle les causes de ce désastre. Une certaine forme de folie, d'aveuglement qui consiste à penser que l'homme est au-dessus de tout, qu'il possède le pouvoir, jusqu'à en oublier les lois naturelles.
Les individus ( et j'en fais partie) sont mécanisés, extraits de leur lien avec la nature, ignorant des réalités, envoûtés par une idée de croissance agissant comme un aimant. Non seulement, la nature est ignorée mais la vie humaine elle-même est bafouée. Rien ne compte en dehors de cette course à la croissance.
On joue avec des allumettes parce qu'on a construit des camions de pompiers.
Les humains sont donc de véritables machines travaillant seulement sous la pression d'influences extérieures.
Les gouvernants, eux-mêmes, sont des machines. Ils ne sont pas des conducteurs de machines. Ils vivent eux aussi sous les influences d'égrégores qui les dépassent.
Les connaissances qui sont développées depuis la révolution industrielle ne sont pas attachées à une voie spirituelle mais à une mécanisation des individus. La croissance est l'intention première.
La médecine, par exemple, est de la mécanique. L'aspect holistique de l'homme est ignoré.
La psychologie qui ne fonctionnerait pas en systémique est de la mécanique.
L'environnement est d'ailleurs un mot très révélateur dans l'usage qu'on en fait actuellement. On considère à travers ce terme que la nature nous environne, ce qui revient à dire que nous n'en faisons pas partie, que nous nous en sommes extraits, que nous sommes des entités à part. L'environnement est ce qui est extérieur à nous. Consternant.
Nous sommes d'ailleurs devenus nous-mêmes notre environnement étant donné que nous sommes autour de nous-mêmes et non dans une exploration de l'intérieur. Nous vivons hors de nous comme nous vivons hors sol, hors de la nature, hors de la réalité de la vie.
Nous sommes notre propre environnement parce que nous vivons dans une agitation mécaniste qui nous a privé de notre propre centre. Nous ignorons jusqu'à l'existence du noyau.
Là où l'expression écologiste est encore plus absurde, c'est lorsque nous prenons en considération le fait que chacun de nos actes a un effet sur nous-mêmes en portant atteinte à cet "environnement". Lorsque nous comprendrons que la disparition des orangs-outans est une atteinte à nous-mêmes, nous comprendrons qu'il n'y a pas d'environnement mais une unité absolue.
Les scientifiques dénoncent l'acidité de plus en plus forte des océans et des dangers immenses que cela fait courir à toute la chaîne alimentaire. Comment est-il possible que les humains en viennent à ignorer la source de toute la vie ?
Sommes-nous donc condamnés à être des assassins jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien ?
Oui, c'est bien de cela dont il s'agit. Nous sommes devenus des machines assassines parce que nous sommes les otages d'un égrégore que nous adorons.
Le syndrome de Stockholm est d'une puissance redoutable. Il n'y a pas de rébellion mais une adhésion séculaire qui se transmet de génération en génération. La plus grande partie des otages refuse de rejeter l'égrégore. D'autant plus que la conscience d'être un otage n'existe pas. Tout le problème est là. Et lorsque cette conscience émerge, la puissance de la machine engendrée par l'égrégore réduit considérablement la possibilité de s'échapper. Les rebelles risquent même d'être confrontés à la vindicte des autres otages qui considèrent que cette rébellion est absurde, injustifiée, voire même qu'elle risque de les mettre en danger. Chaque otage est un rouage et ne doit pas s'extraire de la machine.
Il me suffit de lire les commentaires d'articles concernant l'état de la planète sur les réseaux sociaux pour voir à quel point l'adhésion à l'égrégore archaïque est d'une puissance infernale.
« En ce monde, nous marchons sur le toit et nous regardons les fleurs. » Kobayashi Issa.
La coupe du monde de football est un élément de l'égrégore. Tous otages, tous complices, des rouages de la machine.
Tout ce qui contribue à renforcer l'hégémonie de l'égrégore, sa pérennité, l'adhésion des petits d'hommes, l'éducation scolaire, la futilité et l'ignorance, le transfert de savoirs mécanistes, les désirs matériels, la puissance de l'avoir, tout cela relève de l'égrégore.
Nous sommes des otages consentants.
Un vocabulaire révélateur
Ce vocabulaire mensonger est bien évidemment le reflet de notre positionnement à l'égard de la nature.
Mes parents passaient un temps infini à arracher ces "mauvaises herbes" qui abîmaient leur pelouse et à tenter de tuer ces "maudites taupes" qui défiguraient leur jardin, un jardin entièrement dédié à la décoration. Rien de consommable. Ils étaient fiers que leur jardin reçoive le prix du plus beau jardin dans la commune...
J'étais jeune et je n'attachais aucun intérêt à ce jardin, ni d'ailleurs à l'idée d'y installer un potager. Il a fallu que je grandisse.
Aujourd'hui, notre terrain nous nourrit et nous utilisons le paillage et le broyat pour limiter l'extension des adventices ("herbes envahissantes"). Les rats taupiers mangent une partie des légumes et tracent des galeries dans tous les sens. Rien à faire contre eux, il faut accepter le partage. On a installé divers abris naturels pour attirer des prédateurs : tas de pierres et de bois morts pour les serpents et les mustélidés. En espérant qu'un renard veuille bien venir se servir également :) Je vais ajouter deux nichoirs spécialement adaptés aux oiseaux noctures, chouettes et autres. On a un très grand tilleul pour les fixer.
On ne peut pas chercher à profiter des bienfaits de la nature en excluant tout ce qui nous dérange.

Animaux « nuisibles » et « mauvaises » herbes
"L'emploi des mots, les psychologues nous le répètent depuis longtemps, influencent nos prises de position et notre comportement. Il y a des expressions qu'il importerait d'extraire de notre vocabulaire, à cause de leurs connotations négatives injustifiées.
Dans un contexte écologique, je veux évoquer ici les expressions « mauvaises herbes » et « animaux nuisibles ». Ce sont, bien sûr, de vieilles expressions, nées dans des contextes aujourd'hui dépassés. Leur utilisation prolonge un état d'esprit que nous avons toutes raisons de vouloir faire disparaître, à cause des implications négatives nocives qu'ils perpétuent.
Les mots « espèces nuisibles » et « mauvaises herbes » ne sont que le reflet d’un préjugé séculairement ancré, selon lequel les plantes et les animaux sont là pour nous servir ou nous réjouir, et que nous avons sur eux un droit discrétionnaire.
Ces mots sont la traduction directe de notre égocentrisme (ou anthropocentrisme), de notre ignorance et de notre étroitesse d’esprit. Les animaux considérés comme nuisibles ne le sont que par nous, et il en est de même des herbes prétendues mauvaises.
En réalité, nous ne sommes qu’une espèce parmi tant d’autres. Ajoutons, en passant, que, face aux extinctions multipliées d’espèces dont nous sommes aujourd’hui responsables, nous mériterions, seuls, le qualificatif d’espèce hautement nuisible à l’harmonie et à la préservation de la biodiversité."
Les études scientifiques des dernières décennies ont profondément transformé notre regard sur la nature et sur les organismes vivants qui cœxistent avec nous.
Sur notre planète, toutes les espèces vivantes sont intégrées dans des écosystèmes dont elles sont toutes dépendantes, et dans lesquelles elles jouent un rôle spécifique. Les populations sont maintenues en équilibre par un jeu permanent de reproduction et de prédation.
Quelles sont les implications de ces réflexions dans le monde concret dans lequel nous vivons ?
La prolifération de certaines espèces peut devenir indésirable par rapport aux objectifs des êtres humains : cultures, élevages, préservation de l'habitation et du territoire. Souvent ces proliférations sont dues à l'élimination, par notre zèle intempestif, des prédateurs naturels qui contribuaient à l'équilibre des populations.
C'est ici que l'attitude globale face à la nature doit intervenir. Elle imposera ses exigences sur le choix de l'action à entreprendre. Une intervention peut-être justifiée, à la condition qu'une étude scientifique appropriée ait désigné sans ambiguïté l'espèce ou les espèces responsables du problème.(...)
Mais revenons à notre question de vocabulaire. Que suggérer pour remplacer ces expressions ?
Au lieu de « mauvaises herbes », on peut dire par exemple « herbes sauvages ». Dans notre jardin, nous utilisons « plantes non invitées ». Et l'on peut remplacer « animaux nuisibles » par « animaux indésirés ».
Chacun ici peut faire preuve d'imagination. Toutes les suggestions sont bienvenues …"
Hubert Reeves ( Astrophysicien et vulgarisateur scientifique)
Le loup, régulateur naturel
Drôme : les chasseurs se plaignent de la diminution des sangliers causée par… les loups
https://lareleveetlapeste.fr/drome-les-chasseurs-se-plaignent-de-la-diminution-des-sangliers-causee-par-les-loups/
« Les loups s’attaquent aux proies les plus fragiles, ce qui permet à la nature de se régénérer et de permettre aux espèces d’être plus fortes. Le loup est la meilleure chose qui puisse arriver à un écosystème. »

9 décembre 2022 - Laurie Debove

Forêts est le seul livre en France à faire un tour d’horizon aussi complet sur notre monde végétal. Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation… bien d’autres sujets vous attendent pour vous émerveiller et vous donner une dose d’inspiration positive.
- Thème : Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation, santé…
- Format : 300 pages
- Impression : France
C’est ce qu’on appelle « l’arroseur arrosé ». Alors que certaines fédérations de chasse refusent désormais de payer les dégâts causés par la prolifération des sangliers dans d’autres départements, celle de la Drôme se plaint de ne plus en avoir assez à chasser à cause du loup. Revenu en force sur le territoire, ce canidé sauvage régule bien mieux les populations d’herbivores que les humains armés.
L’ingérence des chasseurs
En quarante-cinq ans, le nombre de sangliers en France a été multiplié par vingt. Il y en aurait aujourd’hui entre 1 et 2 millions dans l’Hexagone. Dans les vignes, les prairies ou les champs de maïs, leur prolifération entraîne chaque année 20 à 30 millions d’euros de dommages agricoles en France.
Dans les années 1960, les chasseurs avaient demandé à payer eux-mêmes le montant des dégâts causés par « le grand gibier » pour devenir les « régulateurs officiels » des herbivores des forêts. Seulement en 2019, l’indemnisation de ces dégâts a représenté un budget de 77,3 millions d’euros ce qui fait que les chasseurs ne veulent plus payer. Une demande rejetée en début d’année par le Conseil Constitutionnel.
« Les chasseurs ont fait tellement de choses pour gonfler les populations en les croisant avec des cochons domestiques, le fameux cochonglier qui est une pratique aujourd’hui interdite sauf en enclos, ou en les nourrissant. Face aux dérives, un décret a été promulgué il y a un mois pour interdire aux chasseurs de nourrir artificiellement les sangliers pour les maintenir à un endroit fixe, preuve que même l’Etat cherche à reprendre la main sur cette situation catastrophique » explique Richard HOLDING, naturaliste et chargé de communication à l’ASPAS, pour La Relève et La Peste
En plus d’interdire les tirs sélectifs épargnant les laies reproductives et les lâchers de sangliers, ce nouveau décret punit désormais le nourrissage des sangliers (betteraves, patates et baguettes de pain) par une amende de 750 euros. L’agrainage reste paradoxalement toujours autorisé, sauf dans certains départements qui prennent les choses en main comme l’Indre-et-Loire.

Lire aussi : L’Indre-et-Loire interdit aux chasseurs de nourrir les sangliers pour limiter leur prolifération
Dans la Drôme, au contraire, le nombre de sangliers a diminué de plus de la moitié depuis 2018 grâce aux loups qui sont de plus en plus présents dans le département. Mais au lieu d’accueillir avec plaisir cette aide inattendue, les chasseurs se plaignent d’avoir moins de sangliers à disposition : alors qu’ils ont tué 20 000 sangliers en 2018, ils en ont abattu deux fois moins en 2021 et ne devrait en tuer « que » 7000 à 8000 cette année.
« Les chasseurs considèrent les loups comme des concurrents directs puisqu’eux ont besoin de chasser pour se nourrir et vont s’attaquer aux chevreuils, cerfs, chamois, mouflons ou sangliers. Leur prédation se voit clairement : j’ai moi-même eu l’occasion de l’observer en trouvant des crottes de loup pleines de poils de sangliers dans la nature. Les chasseurs sont de plus en plus mobiles avec le prix du permis de chasse divisé par deux en 2018 (de 400€ à 200€, ndlr).
Ce cadeau de Macron a eu un impact assez énorme : avant, les chasseurs se contentaient de rester dans leur département car le permis national était beaucoup plus cher ; aujourd’hui, ils viennent de très loin pour chasser à la journée. On n’est plus du tout dans cette chasse à l’ancienne où les locaux chassent autour de chez eux, je croise partout des grands pick-ups de chasseurs avec des immatriculations d’autres départements. S’ils n’ont plus autant de gibier à disposition, cela casse le business de la chasse et rend les chasseurs en colère » analyse Richard HOLDING, naturaliste et chargé de communication à l’ASPAS, pour La Relève et La Peste

Lire aussi : La cohabitation des loups et des ours est bénéfique pour les proies
Le rôle essentiel des prédateurs naturels dans les écosystèmes
L’argument avancé par les chasseurs n’est pourtant pas d’ordre économique mais écologique. Pour eux, la « présence excessive » du loup, soit environ 250 individus selon leurs estimations, serait une menace pour la faune sauvage qui risquerait de disparaître.
« Clairement, la Drôme a de plus en plus de loups mais les loups ne connaissent pas les limites administratives et les meutes évoluent certainement à cheval entre plusieurs départements. Ils se déplacent de plusieurs dizaines de kilomètres par nuit, ce sont des animaux très mobiles. Quand ils chassent, ils vont rester plusieurs jours sur un secteur puis partir ailleurs pour se faire oublier et tromper la vigilance des animaux sauvages. Chaque meute a son propre territoire, donc une population de loups ne peut pas pulluler sur un secteur car ils sont vraiment dépendants de la quantité de gibier disponible. Même les naissances s’adaptent à ce facteur, un phénomène courant chez les renards et d’autres prédateurs » détaille Richard HOLDING, naturaliste et chargé de communication à l’ASPAS, pour La Relève et La Peste
Pour les chasseurs, les loups seraient notamment responsables de la diminution des mouflons, qui seraient passés de 900 individus il y a 20 ans à seulement une quinzaine de nos jours. Or, le mouflon n’est pas originaire des Alpes. Il a été introduit petit à petit au milieu du XXe siècle, sans aucune étude préalable, pour des raisons cynégétiques.
« L’espèce a été importée par les chasseurs, pour leur plaisir. Alors que le chamois, lui, est une espèce endémique qui souffre beaucoup du changement climatique et de la sur-chasse humaine. » rappelle Richard HOLDING, naturaliste et chargé de communication à l’ASPAS, pour La Relève et La Peste

Lire aussi : En France, il y a plus de loups et moins d’attaques : un signe encourageant pour la coexistence
Pourtant, Michel Sanjuan, vice-président des chasseurs de la Drôme en charge du loup et du grand gibier, explique à FranceBleu que « si on ne change pas le statut d’animal protégé du loup, on court à la catastrophe » et aimerait avoir l’autorisation d’abattre ce prédateur naturel.
« Les loups s’attaquent aux proies les plus fragiles, ce qui permet à la nature de se régénérer et de permettre aux espèces d’être plus fortes. Le loup est la meilleure chose qui puisse arriver à un écosystème. Ils ont ce rôle de régulation qui les assainit et profite à la végétation car les cervidés et les ongulés deviennent plus méfiants et plus mobiles, ce qui laisse plus de marge aux forêts pour se régénérer. Le problème, c’est qu’en France on ne laisse pas assez de temps et d’espace à la régulation naturelle. Clairement dans les zones où les loups sont présents il faudrait arrêter tout type de chasse et voir le résultat » plaide à l’inverse Richard Holding
On dénombrait entre 10 000 et 20 000 loups en France à la fin du 18ème siècle, contre 920 aujourd’hui. Malgré cela, des abattages légaux et illégaux de loups continuent d’avoir lieu dans le pays. Pour l’ASPAS, la solution n’est pas de les tuer, une bonne coexistence avec les éleveurs inquiets passe par le triptyque présence du berger, clôtures électrifiées et surtout chiens de protection.
Les études le prouvent, il n’y a aucun risque les loups fassent mourir toute la faune sauvage dont ils dépendent. Il n’y a que l’espèce humaine qui soit assez stupide pour se condamner toute seule.
Pour aller plus loin : Les prédateurs naturels sont bien plus efficaces que les chasseurs dans l’équilibre des forêts
Au-delà des romans

Voilà ce sur quoi je veux travailler dans le tome 4 : l'énergie.
Non pas la création d'énergie à des fins productivistes mais en tant que fondation de tout ce qui existe. Je pense qu'il est primordial, vital et urgent de changer notre rapport à la création. L'hégémonie destructrice de l'humanité est une folie absolue qui nous conduit, tous, à des temps douloureux. Cette fameuse "liberté" d'agir comme bon nous semble est l'élément premier de la situation actuelle. Non, nous ne sommes pas libres dans le sens où nos actes n'auraient aucune conséquence car il s'agit dès lors d'une liberté égocentrée, une exigence individuelle qui condamne l'ensemble.
"Les héros sont tous morts" explore la dimension de la tentation.
"Tous, sauf elle" établit les germes du chaos.
"Le désert des Barbares" décrit l'effondrement.
« Reset » développe les fondements d’une nouvelle conscience.
Moi : entité mêlée à un environnement social et ne réagissant qu'à travers lui. (tome 1)
Je : entité ayant décidé de se libérer de ce conditionnement. (tome 2 et 3)
Soi : entité incluant le Je dans une osmose avec l'Un, c'est à dire l'ÉNERGIE. (tome 4)
En 1942, Jacobson s'est aperçu que lorsqu'une personne s'imaginait en train de courir, l'image mentale de son corps en mouvement avait un impact sur son physique et ses muscles. On sait à quel point les sportifs professionnels usent de ces travaux sur la pensée.
Bien avant Jacobson, les techniques du yoga avaient déjà découvert l'impact de la visualisation, utilisées maintenant dans diverses thérapies (la PNL, la sophrologie, l'hypnose, la méditation...)
L'image mentale permet de développer le pouvoir créatif de l'individu et de le conduire vers des changements positifs de sa vie. Cette technique est appuyée par les découvertes de certains scientifiques "quantiques" comme Fritjof Cappra.
D'après leurs travaux, notre univers physique ne serait pas constitué de matière mais d'une force appelée ÉNERGIE. La matière serait la forme la plus condensée de cette énergie mais elle se révélerait, à des niveaux d'analyse subtils, tels que les niveaux atomiques, sous la forme de particules de plus en plus fines, les unes à l'intérieur des autres, pour finalement se réduire à l'état d'énergie pure.
D'un point de vue physique tout ce qui existe serait énergie et l'être humain ferait partie intégrante de cette énergie. L'énergie émet des vibrations, à des vitesses différentes, qui lui conféreraient des qualités différentes, du plus subtil au plus grossier. La pensée, serait selon les philosophies orientales et certains physiciens quantiques, une énergie relativement subtile. Il s’agirait donc d’apprendre à maîtriser de l’énergie.
Une des lois de l'énergie est qu'un niveau vibratoire d'énergie tend à attirer l'énergie de même qualité et de même vibration. Ainsi, selon cette approche, quelqu'un qui développe sans cesse des énergies négatives attirera les personnes émettant le même type d'énergie. L'inverse est évidemment possible.
Cette théorie rejoint le concept de synchronicités décrit par Jung. Il existe une coïncidence significative ou une correspondance entre deux évènements physiques qui ne sont pas causalement reliés l'un à l'autre, des idées analogues ou identiques se présentant simultanément à différents endroits. Ni les unes, ni les autres de ces manifestations ne peuvent s'expliquer par la causalité sur laquelle repose notre vision cartésienne du monde physique.
Ainsi nos pensées mobiliseraient une énergie qui tendrait à attirer et à créer la forme correspondante sur le plan matériel.
Selon Shakti Gawain, ce processus est un processus d'ouverture de la conscience au cours duquel l'individu découvre ses inhibitions, ses limites, ses conditionnements et parvient à les dépasser.
Abraham Maslow a également travaillé dans cette voie." Vers une psychologie de l'être". Bien d'autres encore.
Chaque "école" de pensée use de termes différents mais l'idée reste la même.
L'énergie.
Les scénarios de ces quatre tomes sont des supports mais ils n'ont aucun intérêt en eux-mêmes.
Je ne veux pas écrire des histoires qui n'auraient aucun prolongement existentiel. Il en est du sens de la création artistique.
Avatar 2 : une analyse
Un article ajouté/rédigé par Marguerite Roussarie | 03/01/2023 | Lu 266 fois
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⚓️TAGS : 2022, AVATAR, Britain Dalton, CCH Pounder, CHRONIQUES TERRIENNES EN PARLE, Cliff Curtis, Giovanni Ribisi, James Cameron (réalisation), James Cameron (scénario), Joel Moore, Josh Friedman (scénario), Kate Winslet, Matt Gerald, Michelle Yeoh, Oona Chaplin, Sam Worthington, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Zoe Saldana
Affiche et synopsis
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Avatar | 2009

Avatar : La Voie de l'Eau | Avatar : The Way of Water | 2022
Présentation
Le film événement de cette année c'était la suite d'Avatar sorti en 2009. Inutile je crois de préciser de quoi je parle, il est impossible de passer à côté du premier film culte alors rentrons dans le vif du sujet : voir Avatar 2 "La voie de l'eau" au cinéma, cela en vaut-il la peine ?
Oui et non : cela dépend sûrement de votre affection pour le premier film, de votre amour du cinéma, et des conditions pour le voir. Si vous n'avez pas aimé le premier film, en toute logique vous n'aimerez pas ce deuxième, qui est une caricature (en ultra pire) du premier. Si vous avez aimé le premier vous pourriez aimer le deuxième. Côté conditions, je l'ai vu en 3D HFR, normalement c'est le nec plus ultra : le principe est de filmer avec plus d'images à la seconde pour que ce soit plus confortable. Sauf qu'il m'a fallu presque une heure pour m'y habituer. Les gros plans ça allait, le mouvement ça allait, mais associez les deux : c'était flou ! Je n'ai pas compris pourquoi, mais c'était très désagréable. De plus, pour la première fois depuis que je vais au cinéma j'ai dû mettre mes bouchons d'oreilles tellement c'était fort. Autant dire que le matraquage visuel et auditif était éprouvant, cela a même rendu malade mon accompagnatrice. Cela va avec le reste du film qui veut tellement en mettre plein la vue qu'il est too much.
Lire la suite de l’article de Marguerite Roussarie pour le Galion des Etoiles :
Avatar : La Voie de l'Eau | Avatar : The Way of Water | 2022 (legaliondesetoiles.com)
Requiem pour Âmes d'Ombre | Jean-Michel Archaimbault | 2011

Requiem pour Âmes d'Ombre | Jean-Michel Archaimbault | 2011
Ces textes ne sont pas que des écrits. Ce sont également des œuvres musicales.
Il m'est arrivé au moment où je tournais une page de prendre conscience que je ne savais pas de quoi parlait ce que j'avais lu. Car au-delà du récit, j'étais subjugué par la beauté de la musique.
Je sais que Jean-Michel Archaimbault est féru de musique classique. Personnellement, je n'y connais rien, au point que je ne suis pas certain de citer dix œuvres et leurs compositeurs. Mais j'aime la musique, une autre musique. Et je sais que certaines m'emportent, littéralement, dans un autre espace, une absence de pensées, une réjouissance sensorielle.
Voilà ce qui m'est arrivé, à maintes reprises, en lisant les textes de ce recueil. Je ne lisais pas, j'écoutais. Je me délectais de la parfaite association de mots, de l'exquise mise en forme, de la richesse du vocabulaire, tout cela mixé dans un concerto permanent. Mais, dans cet état-là, je ne pense pas, je n'en perçois même aucune tentative, elles sont refoulées par la puissance émotionnelle. Je ne suis pas un cerveau qui lit mais un organisme récepteur constitué de fibres, de chair, de sang, de nerfs, de ligaments, de particules, d'atomes et jusqu'à l'infini petit de cet organisme, la musique m'envahit.
Voilà pourquoi, parfois, au moment où je tournais la page, je réalisais que je devais relire. En n'écoutant pas la musique.
Je ne saurais donner un palmarès entre cette magnifique musique et les histoires elles-mêmes parce qu'elles sont bien évidemment indissociables. L'une nourrit l'autre. Un autre auteur ne possédant pas la musique n'écrirait peut-être rien de bon avec ces histoires. Non pas qu'elles n'ont pas d'intérêt, loin de moi cette idée, mais elles n'existeraient pas de la même façon, avec la même pureté, avec cette âme.
Ces textes sont habités. De l'âme de l'auteur et de tous les êtres dont il a croisé la route ou de tous les êtres qu'il s'est efforcé de rencontrer en empruntant des routes inconnues. Des voies oniriques ou des rêves éveillés, des imaginations si fortes qu'elles arrachent leur possesseur à la réalité. Et il est très délicat de parvenir à saisir le seuil entre ces deux mondes. Les espaces sont fluctuants, des éclaireurs ont l'habitude de pousser des explorations déconcertantes dans le territoire voisin. Conscient et subconscient ne sont pas deux entités séparées, elles s'entremêlent, elles s'attirent et se repoussent, elles se fuient et se recherchent.
Je pourrais penser que Jean-Michel Archaimbault vit entre deux mondes.
Le monde contemporain et le monde du futur. Mais également le monde contemporain et le monde de l'enfance.
SEENTHA, un roman de l'auteur, reliait notre époque à des mondes lointains, non seulement dans la distance mais également dans le temps. A des millions d'années lumière et dans des millions d'années.
SEENTHA de Jean-Michel ARCHAIMBAULT
Ce REQUIEM POUR AMES D'OMBRES relie le monde adulte et le monde de l'enfance. Un monde empli d'émotions, le monde parallèle de l'imaginaire. Et je me suis vu dans ces récits, plus d'une fois. Le texte « les angles interdits ». Fabuleux récit où j'étais là, c'était moi. Je l'ai vécu cette émotion-là, cette peur du lieu étrange, de l'intuition du danger, de cette précognition merveilleuse que tout enfant va devoir abandonner devant les coups de boutoir de la rationalité.
Jean-Michel Archaimbault n'invente rien, c'est ça qui est fabuleux. Il ne peut pas inventer ça et le raconter aussi bien. Quand j'ai cette idée-là en tête, je sais que je suis en présence d'un très bon texte, pour moi.
Je sais ce dont j'ai besoin pour qu'une lecture m'emporte : qu'il s'agisse d'un film, que je sois transporté devant un écran et que je ne me sente plus lire parce que je suis totalement absorbé et nourri par la puissance des images. Il y a la musique, la mise en scène, le jeu des acteurs, le montage, la qualité de la lumière dans les scènes descriptives, la justesse des dialogues, le plaisir délicieux de la voix off, la beauté des paysages, la finesse de leur observation.
Voilà, je suis au cinéma et quand je ferme le livre, je le pose et j'attends, le temps qu'il faut, que la salle se vide et que je retrouve le silence pour écouter à nouveau la musique des mots et leur enchantement.
« L'inconnu sur la Terre » de Le Clézio ou « L'enfant et la rivière » de Bosco, voilà où j'étais dans les descriptions de la nature. Parfois magiques, parfois inquiétantes, les natures vivantes de l'auteur sont fines, précises, visuelles, immensément visuelles. On en sent tous les parfums.
« Les angles interdits »
extrait :
À quelques mètres, sous les deux très gros tilleuls qui ombrageaient la façade de l'extension récemment adjointe au pavillon, il y avait un puits. Je ne risquais pas de m'en approcher de trop près, ni de séjourner trop longtemps dans les parages. L'endroit avait été décrété dangereux, mortel, par les adultes de la famille. Dans le puits habitait la Vieille, une créature noire, redoutable et affamée dont j'étais convaincu qu'elle m'attraperait si je passais à portée de ses longs bras aux mains crochues. Tout le monde était donc rassuré, je ne tomberais pas dans ce trou d'eau froide. »
« Lady D'arbanville »
extrait :
J'avais erré sans but, à l'heure du crépuscule, sur les vastes terrasses au-dessus des jardins délaissés. Jadis, en pleine vigueur, leurs profusions de plantes et d'essences s'emmêlaient en un tapis chaotique et moribond, déroulé en pentes lasses jusqu'à la rivière en contrebas.
Fait exceptionnel, il ne pleuvait pas.
Loin d'ici , sur l'autre berge, par-delà l'îlot minuscule qui portait encore les ruines d'une très vieille tour, les lumières tremblantes de la cité coloraient de soufres oppressants les éternels nuages lourds qui ne se dissipaient plus, même lorsque des vents furieux tentaient de les entraîner dans leurs colères. Ce soir, le ciel grisâtre affichait par endroits des nuances diaprées, subtilement mouvantes. Le phénomène, aussi fascinant qu'inédit, était d'observation assez récente. »
Une particularité qui m'a frappé, c'est cette qualité de l'auteur à décrire la réalité et le monde imaginaire en les ajustant si adroitement qu'il est parfois difficile de savoir quand le récit vient de basculer dans l'un ou dans l'autre.
On ne sait plus où on est et c'est magique.
Le monde intérieur de Jean-Michel Archaimbault a des horizons magnifiques et des lieux secrets, des espaces lumineux et des zones d'ombres, des zones d'ombres emplies d'âmes.
https://www.legaliondesetoiles.com/Requiem-pour-Ames-d-Ombre--Jean-Michel-Archaimbault--2011_a4768.html
Requiem pour Âmes d'Ombre | Jean-Michel Archaimbault | 2011
Un article ajouté/rédigé par JC Gapdy, astronavigateur temporel | 29/08/2022 | Lu 304 fois
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Requiem pour Âmes d'Ombre | Jean-Michel Archaimbault | 2011
Je « L »’avais repéré, voici déjà quelque temps. La convention SF de 2022 à Bergerac ayant été l’occasion de revoir Jean-Michel Archaimbault, j’ai bondi sur ladite occasion pour m’emparer de ce recueil et le faire dédicacer puisqu’il promettait de me faire découvrir une autre facette – plus sombre ? plus étonnante ? – de l’auteur. Dans la foulée, je me jurais – croix de bois, croix de fer – d’en écrire la « critique » qui s’imposait à moi.
J’avais alors le mince espoir que les textes ne m’emporteraient pas autant que l’avais fait Seentha, SF-Opera baroque et flamboyant qui m’avait tellement envoûté que je m’étais retrouvé incapable d’en parler correctement.
Évidemment, l’espoir était ridicule… mais, car il y a un « mais » et il n’est pas des moindres donc : parce qu’il s’agit là de nouvelles, il est vite apparu qu’il serait plus facile d’en écrire les retours, et ce non pas à pas, mais presque.
J’attendais un changement de registre, de ton, de point de vue, devinant, et par le titre et par cette sombre couverture, que je ne devrais pas être déçu. Ce qui fut le cas.
Lire la suite de l’article de J.C. Gapdy pour le Galion des Etoiles :
Requiem pour Âmes d'Ombre | Jean-Michel Archaimbault | 2011 (legaliondesetoiles.com)
Amour et liberté
Un meurtrier ne tue pas par méchanceté mais parce qu’il aime les impulsivités qui le domine, parce qu’il aime les actes dans lesquels il se retrouve, dans lesquels il se sent exister. Sa victime n’est pas un ennemi mais l’opportunité de s’aimer davantage.
Un militaire peut tuer par amour pour sa patrie, par amour pour les ordres, par amour pour les armes, par amour pour les idées qui le conditionnent.
Les marins d’un baleinier tuent par amour pour l’argent.
Les politiciens mentent par amour du pouvoir.
Les dictateurs tuent par amour d’eux-mêmes.
Nos actes sont en grande partie générés par cet amour que nous nous portons. Amour pour nos idées, nos passions, nos obsessions, nos certitudes, amour de la confrontation, toujours ce désir de convaincre… Tout est porté par cet amour pour nous-mêmes.
Lorsque nous aimons une autre personne, ne cherchons-nous pas en priorité à recevoir ce qui nous conforte dans cet amour narcissique ? Que l’autre en vienne à ne plus apporter cette nourriture égotique et nous le repousserons. Et si l'amour est vraiment là et qu'il reste à s'en réjouir, il convient d'accepter l'idée que même celui qui aime l'autre, aime ce qu'il fait et s'aime à travers cet amour qu'il donne. Il ne s'agit nullement d'une critique ou d'une présentation qui se voudrait cynique et désabusée. Pour moi, il n'y a rien de néfaste dans cet état de fait. C'est juste une réalité.
Nous sommes des toxicomanes de l’amour propre. Cet amour qui nous forme, qui nous identifie, qui nous remplit, qui nous conditionne. Personne d’autre que nous n’en est responsable. Personne d'autre que nous n'est à même de travailler sur cette affliction... Encore faut-il l'admettre.
L’état de la planète, l’état de l’humanité ne sont-ils pas les reflets de cet amour personnifié, individualisé, détourné ?
Nous avons appris à aimer ce que nous portons, appris à respecter les valeurs que nous avons reçues. Il ne s’agit que d’amour et nous aimons ce fonctionnement.
Ne devrions-nous pas apprendre à ne plus aimer ?
Cet ego qui fait qu’un industriel n’ira jamais contre son amour et sa fascination pour l’argent, le pouvoir, sa capacité à transformer la matière en valeur ajoutée, sans aucune considération pour l’équilibre ou le respect de la vie, cet amour qu’il porte et qui détruit, la solution ne serait-il pas de l’en priver ?
Mais c’est évidemment impossible… Le mal est fait et c’est pour son bien. Pourquoi s’en priverait-il ?
Alors ne devrions-nous pas apprendre à nos enfants à ne pas aimer ?
L’expression est trop effroyable…
Alors c’est qu’il faut aimer autrement.
Ou commencer à aimer vraiment.
Il ne s’agit pas de s’aimer soi mais d’aimer ce qui vit en soi. Et dès lors, cet amour devient universel puisque ce qui vit en soi vit de la même façon où que je sois.
L’industriel ne pourrait plus détruire ce qui est en lui.
L’enfant ne pourrait plus détruire gratuitement la vie de cette plante qu’il arrache.
L’agriculteur ne disperserait plus d’engrais chimiques au cœur de la vie qui est en lui.
Les Amérindiens connaissaient cet amour. Nous n’y avons vu que des « sauvages. » Les Aborigènes, les Inuits, les Tchouktches, les Lapons, les Mentawais, les Kogis… Nous les exterminons à travers la mondialisation car ils sont les images maintenues de notre violence et c’est insupportable à contempler.
Nous ne sommes que des images multiples de la vie. Nous n’existons pas individuellement autrement que sous la forme d’images. La source est commune, les gouttelettes sont innombrables.
Nous avons appris à aimer les gouttelettes jusqu’à oublier l’océan. Et chaque gouttelette, lorsqu’elle en vient à n’aimer qu’elle, porte en elle la destruction de l’océan, son assèchement.
Nous ne savons pas aimer parce que nous sommes enfermés dans notre amour pour nous-mêmes.
Beaucoup pensent qu'il s'agit de liberté.
"La vie en société me permet de vivre comme je l'entends, dans le respect des lois et ça me convient."
Mais il n'y a pas eu de choix. Le lieu de naissance ne nous appartient pas. Tout ce que nous connaissons dans notre début d'existence conditionne la suite, c'est inévitable. Nous nous adaptons à notre geôle originelle. Et il arrivera même un moment de l'existence où la personne sera en mesure, si tout se passe pour le mieux, de quitter ce lieu, d'aller chercher une autre terre, voir si c'est plus vert ailleurs. C'est une liberté que certains n'ont même pas. A moins de risquer sa vie.
Nous sommes donc libres, selon la majorité.
Nous sommes libres par exemple de prendre l'avion pour aller passer les fêtes de fin d'année dans un pays exotique. Juste un exemple de tout ce que notre liberté nous autorise. Et tout est pour le mieux puisque j'en suis heureux. Cela signifie donc que notre liberté de nous comporter comme bon nous semble, dans la limite des lois, n'induit aucune restriction quand il est pourtant évident que cela porte atteinte à tous, c'est à dire à la Terre et au clan.
"Les Kogis ne prennent pas l'avion.
-Oui, mais ce sont des sauvages qui se contentent de leurs montagnes. Ils ne voient pas l'intérêt de voyager.
-Si, ils voyagent, ils se déplacent même beaucoup, mais à pied.
-Ils vont à pied parce qu'ils n'ont pas les moyens de prendre l'avion. Ils ne sont pas libres de faire tout ce que nous on peut faire.
-Ils sont libres autrement."
Etc etc etc... Discussion sans fin.
Un iceberg fondu n’a pas disparu, il a juste réintégré la source.
C’est cette disparition qui nourrit notre peur. On apprend aux enfants à se lancer dans le monde comme autant de gouttelettes uniques. L’erreur est effroyable et il y a parmi eux les futurs industriels, les futurs baleiniers, les futurs financiers, les futurs politiciens, les futurs assassins, tous ceux qui vivront dans l’hallucination de leur amour pour eux-mêmes.
L’humanité ne connaîtra l’amour que lorsqu’elle aura disparu dans l’océan d’amour pour la vie.
Ça prendra le temps qu’il faudra. Et si l’humanité n’y parvient pas et se condamne, ça n’a aucune importance pour l’océan de vie. Son imagination est sans limite.
Alex Honnold : hors catégorie.
Pourquoi Alex Honnold se met aussi à la course à pied ?
28 décembre 2022
4 minutes
https://www.outside.fr/pourquoi-alex-honnold-se-met-aussi-a-la-course-a-pied/nocache/
Grimpeur de légende, Alex Honnold s’avère être un coureur aussi rapide que discret. Son dernier exploit en date ? La HURT (Honnold Ultimate Red Rock Traverse), un challenge combinant 56 kilomètres, 23 sommets, 14 ascensions, pour plus de 7000 mètres de dénivelé positif en un peu plus de 32 heures. Interviewé par Outside, il dévoile comment et pourquoi il combine performance extrême en escalade et course à pied.
« Je n’ai jamais été un grand coureur », nous avoue Alex Honnold, 37 ans. Certes, son niveau en la matière n’égale pas ses performances en escalade, son sport de prédilection, mais il est tout de même venu à bout de deux marathons et deux 50 km. En novembre dernier par exemple, le grimpeur a couru les cinquante kilomètres du Red Rock Canyon, terminant à la cinquième place, en 5h23. Un ultra organisé dans le Nevada, aux Etats-Unis, autrement dit, pratiquement dans son jardin. De quoi faciliter la logistique, surtout avec un bébé à la maison.
« Courir, c’est facile » détaille le grimpeur. « Parce que tu peux couvrir très rapidement une grande distance, le tout de façon relativement décontractée ». Bien sûr, courir est facile. Surtout si on compare ça à l’ascension, en solo intégral, d’El Capitan, le plus gros monolithe d’Amérique du Nord.
En octobre dernier, Alex Honnold a bouclé la HURT (Honnold Ultimate Red Rock Traverse, plutôt bien nommée : « Hurt » signifiant en anglais « faire/avoir mal ») ), un challenge stupide qu’il a concocté lui-même en combinant 56 kilomètres, 23 sommets, 14 ascensions, pour plus de 7000 mètres de dénivelé positif en un peu plus de 32 heures, près de chez lui, du côté de Las Vegas. La course étant plus pour le grimpeur un moyen de couvrir rapidement de longues distances qu’un outil d’entraînement destiné à l’escalade.
« Ce n’est tout simplement pas très utile pour progresser en escalade, parce que ça fatigue beaucoup », nous confie-t-il. Sans compter que « juste après avoir couru, je grimpe très mal « . Voilà qui nous rassure : Alex Honnold lui aussi a des limites !
« C’est un mouvement tellement fondamental »
Mais le grimpeur n’a jamais oublié ce que lui a confié un jour Corand Anker, son ami avec lequel il grimpe aussi parfois : l’alpiniste mettait un point d’honneur, à l’époque où ses enfants étaient encore jeunes, de courir un ultramarathon et de gravir El Capitan (le grand mur de 1000 mètres dans le parc national du Yosemite) une fois par an. Un défi personnel qu’Alex interprète comme un bon indicateur de condition physique de base. Rappelons tout de même qu’en escalade, il s’agit d’un objectif pour lequel la plupart des grimpeurs s’entraînent pendant des années et qu’en course à pied, seul 0,03% de la population américaine atteint !
Pour s’entraîner dans la perspective de sa longue traversée, Alex Honnold s’est retrouvé plus d’une fois à miser sur le « fast and light », autrement courir aussi légèrement équipé que possible pour gagner en vitesse. Du trail running, quoi. Une étiquette qui passe carrément au-dessus de la tête du grimpeur car pour lui, ce qui compte, c’est l’efficacité. « En fait, si je courais aussi vite, c’était souvent pour rentrer à temps dîner à la maison », se souvient-t-il. « La perspective d’un bon repas a d’ailleurs motivé la plupart de mes performances ! « , dit-il en riant.
« J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les coureurs et la course en général », souligne-t-il. Il regrette d’ailleurs de ne pas avoir pris l’option athlètisme au lycée, elle lui aurait sans doute donner une meilleure base en aérobie, confie-t-il. . « Le mouvement de la course est tellement fondamental. M’y mettre aujourd’hui est sans doute ma façon de compenser un peu, maintenant que je suis adulte ».
« J’ai toujours eu la caisse pour marcher en montée toute la journée, mais la course me met vraiment KO »
Impossible cependant pour Alex d’estimer son volume d’entraînement en course à pied. Tout est fait aux sensations. Etonnant, quand on sait qu’il calcule tout avec précision lorsqu’il s’agit d’escalade. Il garde tout de même une approche générale : 5 à 6 km plusieurs fois par semaine, et quelques sorties à deux chiffres en montagne. occasionnellement un footing pendant les jours où il est en récup grimpe. Tout cela s’est construit sur des années d’entraînement aérobiques non spécifique autour de sa pratique de l’escalade et des marches d’approche en direction des falaises.
En guise d’entraînement spécifique pour son défi des 50 km, il a fait « une unique sortie longue » sur terrain plat. J’ai toujours eu la caisse pour marcher en montée toute la journée, mais la course me met vraiment KO ». On peut s’interroger si un entraînement plus spécifique ne l’aiderait pas à surmonter ce ressenti, mais cela pourrait aussi nuire à ses performances en escalade.
Interrogé sur son travail mental, et notamment sur le recours en course à pied à des outils qu’il utiliserait en escalade, Alex Honnold nous a répondu qu’il n’en avait pas vraiment besoin. « Là, il s’agit surtout d’aligner les kilomètres », explique-t-il. Reste que même si la course lui semble relativement facile (par rapport à un solo à des centaines de mètres au-dessus du vide), il admet avoir traversé des moments difficiles pendant ces 50 km. « Je ne peux pas vraiment dire que j’aie l’impression de voler », raconte-t-il. « J’aimerais bien que courir ne soit que joie sans effort, mais non, ce n’est pas exactement comme ça que ça se passe… ”
Le grimpeur a également appris à utiliser l’équipement de course, notamment les guêtres et les flasques. Mais aussi, sur certaines sorties très verticales, un gilet de course léger ; sans parler des gels et autres collations que connaissent bien les coureurs d’ultra. Cela dit, s’il a bien l’intention de se tenir à son défi annuel « El Cap and Ultra » à la Conrad Anker, ne comptez pas le voir de sitôt au départ de la Western States (161 km, 6000 D+).
« Je ne courrai jamais sérieusement », précise Alex qui a l’intention de s’en tenir à ses quelques sorties par semaine (au maximum), et ne se montre nullement tenté d’adopter le volume de course nécessaire pour passer la barre des 50 kilomètres.
Photo d'en-tête : Jimmy Chin
Thèmes :
Wagner, groupe paramilitaire
Cet article-là est juste destiné à montrer combien il est possible de constituer une armée privée, très bien équipée, capable de frapper n'importe où, dans des combats de grande ampleur.
C'est toujours en rapport avec la tétralogie en cours d'écriture... Je lis beaucoup, beaucoup, beaucoup et je visionne beaucoup, beaucoup, beaucoup. Avant d'écrire.
Wagner : ce qu'on sait sur le groupe mercenaire russe
5 avril 2022

CRÉDIT PHOTO,GETTY IMAGES
Légende image,
Personnel de sécurité russe en République centrafricaine : Le groupe Wagner aurait opéré dans la région.
Les services de renseignements militaires britanniques affirment que 1 000 mercenaires de la société militaire privée russe, le groupe Wagner, sont en train d'être déployés dans l'est de l'Ukraine.
Le groupe a été actif au cours des huit dernières années en Ukraine, en Syrie et dans des pays africains et a été accusé à plusieurs reprises de crimes de guerre et de violations des droits de l'homme.
Lire aussi sur BBC Afrique :
L'économie russe a jusqu'à présent bien supporté les sanctions, selon The Economist
L'UE est invitée à traiter les réfugiés africains comme des Ukrainiens
Comment le groupe Wagner a-t-il été créé ?
Une enquête de la BBC sur le groupe Wagner a mis en évidence l'implication présumée d'un ancien officier de l'armée russe de 51 ans, Dmitri Utkin. C'est lui qui aurait fondé le groupe Wagner et lui aurait donné son nom, son ancien indicatif téléphonique.
Il est un vétéran des guerres de Tchétchénie, un ancien officier des forces spéciales et un lieutenant-colonel du GRU, le service de renseignement militaire russe.
Le groupe Wagner est entré en action pour la première fois lors de l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, explique Tracey German, professeur de conflits et de sécurité au King's College de Londres.
"On pense que ses mercenaires font partie des "petits hommes verts" qui ont occupé la région", dit-elle. "Environ 1 000 de ses mercenaires ont ensuite soutenu les milices pro-russes qui luttent pour le contrôle des régions de Louhansk et de Donetsk."
"Wagner recrute principalement des vétérans de l'armée qui ont besoin de rembourser leurs dettes", explique Samuel Ramani, Associate Fellow au Royal United Services Institute. "Ils viennent de zones rurales où il y a peu d'autres possibilités pour eux de gagner de l'argent".
"Diriger une armée de mercenaires est contraire à la constitution russe", affirme Tracey German, professeur de conflits et de sécurité au King's College de Londres.
"Cependant, Wagner fournit au gouvernement une force qui est niable. Wagner peut s'impliquer à l'étranger et le Kremlin peut dire : cela n'a rien à voir avec nous."
Qui finance le groupe Wagner ?
Certains suggèrent que l'agence de renseignement militaire russe, le GRU, finance et supervise secrètement le groupe Wagner.
Des sources mercenaires ont déclaré à la BBC que sa base d'entraînement à Mol'kino, dans le sud de la Russie, se trouve à côté d'une base de l'armée russe.

La Russie a toujours nié que Wagner ait un quelconque lien avec l'État.
L'enquête de la BBC, qui a permis d'identifier les liens entre Utkin et le groupe Wagner, a également établi un lien avec Evgeny Prigozhin, l'oligarque connu sous le nom de "chef de Poutine" - ainsi nommé parce qu'il est passé du statut de restaurateur à celui de traiteur du Kremlin.
De nombreuses sociétés de M. Prigozhin sont actuellement sous le coup de sanctions américaines pour ce qu'elles appellent son "influence politique et économique malveillante dans le monde entier". Il a toujours nié tout lien avec le groupe Wagner.

CRÉDIT PHOTO,REUTERS
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Une photo de novembre 2011 montre Evgueni Prigojine (à gauche) assistant Vladimir Poutine lors d'un banquet près de Moscou.
Où le groupe Wagner a-t-il opéré ?
En 2015, le Groupe Wagner a commencé à opérer en Syrie, combattant aux côtés des forces pro-gouvernementales et gardant également des champs pétrolifères.
Il est actif en Libye depuis 2016, soutenant les forces loyales au général Khalifa Haftar. On pense que jusqu'à 1 000 mercenaires de Wagner ont participé à l'avancée de Haftar sur le gouvernement officiel de Tripoli en 2019.
En 2017, le groupe Wagner a été invité en République centrafricaine pour garder les mines de diamants. Il travaillerait également au Soudan, où il garderait des mines d'or.

CRÉDIT PHOTO,REUTERS
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Les forces du général renégat Khalifa Haftar en Libye : des membres du Groupe Wagner auraient aidé ses troupes.
En 2020, la Trésorerie américaine a déclaré que Wagner avait "servi de couverture" dans ces pays pour les sociétés minières de M. Prighozin, telles que M Invest et Lobaye Invest, et les a placées sous sanctions.
Plus récemment, le groupe Wagner a été invité par le gouvernement du Mali, en Afrique de l'Ouest, pour assurer la sécurité contre les groupes militants islamiques. Son arrivée en 2021 a influencé la décision de la France de retirer ses troupes du pays.
Samuel Ramani affirme que le groupe Wagner compte au total quelque 5 000 mercenaires opérant à travers le monde.
Quels crimes Wagner aurait-il commis ?
Les Nations unies et le gouvernement français ont accusé les mercenaires de Wagner d'avoir commis des viols et des vols à l'encontre de civils en République centrafricaine et l'UE leur a imposé des sanctions pour cela.
En 2020, l'armée américaine a accusé les mercenaires de Wagner d'avoir posé des mines terrestres et d'autres engins explosifs improvisés dans et autour de la capitale libyenne, Tripoli.
"L'utilisation irréfléchie de mines terrestres et de pièges par le Groupe Wagner nuit à des civils innocents", a déclaré le contre-amiral Heidi Berg, directeur du renseignement au Commandement Afrique de l'armée américaine.

CRÉDIT PHOTO,@RSOTM TELEGRAM GROUP
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Des membres de Wagner en Syrie
Que fait le Groupe Wagner dans la guerre actuelle en Ukraine ?
Dans les semaines qui ont précédé l'invasion de l'Ukraine par la Russie, on pense que les mercenaires du groupe Wagner ont mené des attaques sous faux drapeau dans l'est de l'Ukraine pour donner à la Russie un prétexte pour attaquer, explique Tracey German.
Aujourd'hui, des messages sont apparus sur les réseaux sociaux russes pour recruter des mercenaires en les invitant à "un pique-nique en Ukraine". Cependant, ces groupes de mercenaires portent d'autres noms, comme "Les Faucons".
Candace Rondeaux, professeur d'études russes, eurasiennes et d'Europe de l'Est à l'université d'État de l'Arizona, estime qu'il s'agit peut-être d'une tentative de se détourner du nom Wagner, car "la marque est entachée".
Des virus en attente
Je mets ce reportage ici pour le retrouver si, un jour, ma tétralogie en cours est publiée. Le scénario est parfaitement plausible.
La Terre se réchauffe et les pôles fondent, faisant apparaître une menace silencieuse. Dans ces terres gelées en permanence, appelées le permafrost, des virus et bactéries sont conservés intacts, grâce au froid, depuis des dizaines de milliers d’années, mais sont prêts à refaire surface. L’équipe d’Élément Terre s’est rendue à Longyearbyen, dans l’extrême nord norvégien, à la rencontre de chercheurs et d’habitants qui vivent avec ce danger.
Dans ce village de l'archipel du Svalbard, par exemple, sept mineurs ont été enterrés à la fin de la Première Guerre mondiale, emportés par la grippe espagnole. Le virus peut-il émerger ? La menace est-elle réelle ou fantasmée ?
Le permafrost est une boîte de Pandore dont on ne connait pas le contenu, avec des conséquences sanitaires imprévisibles.
Reportage Marina Bertsch, Florence Villeminot, Jonathan Walsh et Sonia Baritello.
L'empreinte carbone d'AVATAR 2
Je n'ai pas l'intention d'aller voir ce deuxième film. Autant j'avais trouvé l'image magnifique, une technologie effectivement stupéfiante mais le scénario guerrier de la deuxième partie et des scènes de bataille interminable m'avaient franchement déçu et lassé.
La question s'était posée pour moi de l'empreinte carbone d'un tel déploiement de haute technologie quand le film se veut porteur d'un message écologique.
Cet article reprend cette problématique et montre comment James Cameron a tenté de la résoudre. Et où on voit la puissance décisionnaire des financiers au regard de la promotion du film...
Je lis par ci par là que le message écologique est puissant et peut toucher les jeunes générations. J'aimerais alors savoir si les jeunes générations vont aller voir ce film pour son aspect "philosophique" ou pour les effets spéciaux. Et la question est donc de savoir si l'emploi considérable de cette technologie est vraiment nécessaire quand on veut développer un message spirituel. S'il s'agit de montrer la richesse extraordinaire de la nature et les conflits entre colons et peuples autochtones, le film de Terence Malick, " Le nouveau monde" est à mon sens bien plus puissant. Et je ne parle pas de la beauté de la musique de ce film au regard de la musique assourdissante du premier Avatar...
Publié le 16 décembre 2022 à 17h09
Les coulisses d’Avatar 2 sont-elles aussi écolos que le film ?
Panneaux solaires et repas végans
Temps de lecture : 6 min
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Avec Avatar : La Voie de l’Eau, James Cameron livre un grand film écologique, construit autant comme un conte que comme du grand spectacle. Mais le message d’Avatar 2 est-il cohérent avec la façon dont il a été produit ? La réponse est oui — à ceci près que c’est pour la promotion que le bât blesse.
À l’image d’Avatar, et peut-être plus encore, sa suite Avatar : La Voie de l’Eau est un chef-d’œuvre. La beauté visuelle n’est pas la seule raison, car c’est aussi dans l’écologie que ce second opus brille d’intelligence et de poésie. Ce constat est particulièrement rare à l’échelle de blockbusters.
Une question peut alors légitimement se poser : les coulisses de tournage, de production et de promotion du film sont-ils cohérents avec les messages du film ? La réalité est meilleure que ce que vous pouvez imaginer… mais n’est pas épargnée par quelques paradoxes.
Une production « zéro carbone »
Assez tôt par rapport aux usages, James Cameron a milité pour l’usage de drones, plutôt que d’hélicoptères, pour tourner les scènes aériennes. Mais le réalisateur s’est aussi engagé, dès 2012, dans une tâche ambitieuse : produire les suites d’Avatar à l’énergie propre.
Kiri, la fille de Neytiri et Jake, dans Avatar 2. // Source : Avatar : La Voie de l’Eau
L’objectif : réduire l’empreinte carbone d’Avatar 2 et d’Avatar 3, voire atteindre un bilan zéro carbone, concernant en tout cas la réalisation des films. Il détaillait alors durant un reportage de l’époque : « Je ne veux pas que les gens puissent venir me voir à la sortie en me disant ‘vous êtes un écologiste faisant un film sur comment on devrait se comporter et pourtant vous utilisez toute cette énergie pour alimenter ces ordinateurs’. J’ai entendu cette critique, quand on a fait le premier film, donc on a fait quelque chose pour ça. »
Il y a dix ans de cela, donc, James Cameron s’engageait dans la construction de panneaux solaires pour le studio principal de tournage et de production de sa saga — afin que cette énergie solaire alimente en électricité les ordinateurs et les systèmes de capture de mouvement.
« Nous avons fait installer un mégawatt de panneaux solaires sur le toit de notre studio »
James Cameron
C’est donc ainsi que La Voie de l’Eau, et le troisième opus pour 2024, ont été réalisés. « Nous avons établi très tôt quelle serait la quantité d’énergie nécessaire et, à la suite de ces études, nous avons fait installer un mégawatt de panneaux solaires sur le toit de notre studio. Non seulement ils ont fourni l’énergie nécessaire pour tous nos ordinateurs et nos serveurs, mais nous avons obtenu en prime un surplus que nous avons pu vendre aux Manhattan Beach Studios », rappelait récemment le réalisateur, au magazine Trois Couleurs. « C’était donc une très bonne affaire financièrement, en plus de nous garantir une empreinte carbone négative. »
Des repas végans sur le tournage
La mise en pratique des messages du film ne s’arrête pas là. Avatar : La Voie de l’Eau aborde la protection des espèces — un propos d’autant plus pertinent à l’époque de la 6e extinction de masse causée par les activités humaines. Si James Cameron est végan (non-consommation de tout produit de provenance animale), qu’en est-il des tournages ?
Les espèces marines de Pandora sont à l’honneur dans cette suite // Source : Avatar La Voie de l’Eau
Là encore, le réalisateur a impulsé une mise en cohérence : l’intégralité des repas servis dans les selfs des studios étaient des plats végans. Pour tous les studios, toutes les régies, toutes les sections de capture de mouvement — bien que tout le monde était évidemment libre d’aller manger ailleurs que dans ces cantines.
« Nous devons vivre nos vies, en tant que personnes travaillant sur ces films, en cohérence avec le message des films. »
James Cameron
Il a expliqué à Deadline : « Je me suis assis avec toute l’équipe — environ 130 personnes alors — et j’ai dit : ‘Ces films, nous ne les faisons pas seulement pour gagner de l’argent ou pour faire des images cool et imaginatives avec des animations incroyables. Nous les faisons dans un but plus élevé, parce qu’ils signifient quelque chose. Et nous devons agir en conséquence. Nous devons vivre nos vies, en tant que personnes travaillant sur ces films, en cohérence avec le message des films. Nous allons donc tous manger végan sur cette production.’ Vous auriez pu entendre une épingle tomber dans une pièce de 130 personnes. »
La limite : la promotion du film ?
Voilà qui dresse un tableau assez positif des coulisses d’Avatar 2 et d’Avatar 3 en matière d’empreinte environnementale. Un élément reste toutefois encore en suspens dans l’équation : la promotion du film. C’est là que le bât blesse pour un blockbuster. Évidemment, il y a l’ensemble des trajets, en avion notamment, entrepris par l’équipe du film. S’ajoutent les écrans publicitaires. Et la liste de ces ingrédients pourrait être plus longue.
Le clan Metkayina est le peuple maritime de Pandora. // Source : Avatar 2
Mais ce qui a le plus attiré l’attention des fans de la franchise est une vidéo prise au Japon, début décembre, où l’équipe du film (dont James Cameron) assiste à un spectacle promotionnel impliquant des dauphins captifs. Or, le Japon est réputé pour sa cruauté dans la capture de cette espèce. La situation contrevient pleinement aux idées de James Cameron et à ce que défend le film. Une phrase du réalisateur semble d’ailleurs teintée à demi-mot de son propre malaise : « Je suis sûr que tout le monde leur a demandé la permission pour les intégrer au spectacle… J’aime ces animaux, j’aime leur intelligence. »
Qu’en est-il de la cohérence sur laquelle le réalisateur a tant travaillé pendant 10 ans ? La réalité derrière cette séquence est assez limpide : l’équipe n’a pas eu son mot à dire. La distribution est gérée à l’échelle du studio de production (20th Century Fox / Disney) et les événements auxquels assister sont contractuellement imposés. Il semblerait que personne, au département marketing, n’ait perçu (ou eu envie de percevoir) l’absurdité de la situation. Si le studio est peut-être prêt à concéder des efforts dans le processus de création, étant donné le poids de Cameron à Hollywood, les enjeux financiers pour la réussite du film en salles sont une tout autre histoire. Et l’Asie est un marché conséquent.
Il y a d’ailleurs un passif en la matière, puisqu’on sait que James Cameron et la Fox s’étaient déjà opposés par le passé. Un cadre de la production aurait demandé, pour le premier film, à ce que le message environnemental soit tout bonnement… supprimé. « Il y avait une inquiétude, concernant Avatar, que les thèmes environnementaux — explorés à un niveau profond et spirituel — nuisent au film. Quelqu’un à la Fox, qui n’est plus là aujourd’hui, a dit : ‘Y a-t-il un moyen de réduire ces conneries de New Age, d’écologistes et de hippies ? », relatait-il en 2011.
Alors : Avatar, blockbusters écolo ou non ?
Indéniablement, Avatar 2 : La Voie de l’Eau est d’autant plus unique en son genre que la dimension écologique au cœur du film est cohérente avec son processus créatif — tout du moins en partie (ce qui est déjà beaucoup pour un blockbuster mettant en jeu des dizaines de millions de dollars). Il est donc vrai que James Cameron a su changer les choses et pousser la logique aussi en coulisses.
Le biome de Pandora fait rêver. // Source : Avatar 2
Mais la réalité d’un monde où l’écologie n’a pas tant que cela sa place dans la prise de décisions est vite revenue en pleine figure de la saga : pour diffuser le message d’Avatar, il faut passer par le circuit type de l’entertainment, lui-même empreint de capitalisme et donc d’une considération assez faible pour l’écologie.
Sauf que James Cameron l’a dit lui-même en 2012 : il avait été touché par les critiques sur le coût énergétique de production du film, et c’est aussi pour cela qu’il a eu la motivation d’améliorer cet aspect. Le buzz de la vidéo prise au Japon ne restera probablement pas lettre morte en coulisse. Les fans, qui aiment la saga et le réalisateur pour leur amour du vivant, peuvent légitimement ressentir de la déception. On peut toutefois imaginer que, pour Avatar 3, une telle situation en inadéquation totale avec l’œuvre devienne impossible.
Il y a par ailleurs un tableau plus large encore. L’impact d’Avatar sur la société n’est autre qu’une vaste diffusion de la conscience écologique — c’est aussi dans les imaginaires que cela se joue. Et l’impact de sa production sur Hollywood est une démonstration objective que certaines méthodes plus positives sont tout bonnement… possibles !
Découvrez notre podcast « La 6e extinction »
Notre podcast La 6e extinction, écrit et narré par la vulgarisatrice scientifique Marie Treibert, explore la crise du vivant causé par les activités humaines… mais avec des notes d’espoir ! Les épisodes sont disponibles sur toutes les plateformes d’écoute. Le premier épisode aussi à découvrir sur le player ci-dessous :
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SEENTHA de Jean-Michel ARCHAIMBAULT

SEENTHA de Jean-Michel ARCHAIMBAULT
éditions Rivière blanche (2009)
Je ne lis plus de SF depuis bien longtemps après avoir pourtant adoré Asimov, Van Vogt, Silverberg, Anderson, Dick, Sturgeon, Stefan Wul, etc...
Je ne connaissais donc pas Jean-Michel Archaimbault. Et sans aucune hésitation, je le range avec les auteurs cités ci-dessus.
Plus d’une fois, lorsque j’étais jeune, je me suis demandé si ces auteurs de SF n’étaient pas des esprits revenus d’un futur lointain.
Autant, il est aisé de se documenter sur les faits passés pour écrire un roman historique, autant j’ai toujours trouvé fascinant l’imagination de ces auteurs de SF capables de créer des mondes inconnus, des technologies qui dépassent mon entendement, sans aucune possibilité de puiser dans des connaissances étayées, connues de tous, à travers des faits anciens.
Là, tout est à inventer et il faut pour cela une imagination qui me sidère. Ou alors user de souvenirs d’une vie qui n’a pas encore pris forme dans l’époque en cours, une vie qui vient d’un temps qui n’a pas encore existé.
Je pense donc que Jean-Michel Archaimbault vient du futur.
Je ne développerai pas le fond de ce roman parce que la richesse ne se décrit pas, au risque d’en donner une vision appauvrie. C’est un roman de SF, une œuvre totale, un espace au-delà du connu. Pour ce qui est de la forme, c’est magistral. D’une part parce que le foisonnement de termes et de descriptions de technologies dont j’ignore s’ils existent ou s’ils sont pures inventions ne sont jamais source d’égarement ou de lassitude. Bien sûr, il m’a fallu accepter de plonger dans ce bain linguistique et de ne pas en saisir à coup sûr la pleine compréhension. Je me suis donc laissé emporter par le flot et il est arrivé un moment dans la lecture où je lisais ces termes comme si je les avais toujours fréquentés et c’est là que j’ai réalisé que l’ensemble du texte contenait tout ce dont j’avais besoin pour être happé.
L’histoire est complexe mais les personnages ont une densité si forte qu’ils l’emportent sur cette fatigue qui aurait pu survenir s’il ne s’était agi que d’une description de technologies toutes plus fascinantes les unes que les autres. L’humain prédomine. Les relations sont plus prenantes que les vaisseaux les plus sophistiqués, que les technologies les plus étourdissantes.
Bien sûr que la trame a une importance considérable. Aucun roman ne peut être aimé en dehors de son histoire, qu’elle que soit la maîtrise de l’écriture. La technique n’a pas de vie, elle doit la servir. Tout comme un roman dont l’histoire est fascinante n’aura pas d’existence s’il n’est pas nourri par une technique d’écriture incontestable.
Ici, les deux paramètres sont réunis.
Plus d’une fois, j’ai tenté d’imaginer l’auteur devant ce défi de maintenir une écriture aussi riche et une histoire aussi foisonnante d’idées, cette projection dans un futur aussi lointain, des technologies aussi étourdissantes. Quelle est la vie intérieure d’un esprit capable d’imaginer cela ? Quel est son rapport avec la vie quotidienne de notre époque ? D’où viennent des pensées aussi éloignées de notre réalité ? Je n’ai pas la réponse et c’est une interrogation qui me renvoie inévitablement à cette hypothèse qu’il s’agit d’un esprit revenant d’un futur qui nous échappe, à nous, humains contemporains.
Fascinant.
Je ne connais rien à l’œuvre de Wagner et à son « Hollandais volant ». Je ne connais pas grand-chose de la mythologie. Et je n’en ai éprouvé aucun manque. De ce que j’ai lu sur ce roman, des divers commentaires trouvés sur le Net, j’ai toujours vu citées ces références. Mon ignorance n’a aucunement amoindri mon plaisir à cette lecture. Cette histoire, pour moi, existe en dehors de ces cadres artistiques même si j’imagine que l’auteur a tenu à témoigner par ce roman de son admiration pour l’œuvre de Wagner, pour les opéras, pour la mythologie. L’idée d’inclure tout cela dans le cadre d’une histoire appartenant à la science fiction était un défi de taille.
Mission accomplie.
Seentha | Jean-Michel Archaimbault | 2009
Un article ajouté/rédigé par Koyolite Tseila, capitaine | 23/07/2018 | Lu 1701 fois
https://www.legaliondesetoiles.com/Seentha--Jean-Michel-Archaimbault--2009_a3476.html
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Seentha | Jean-Michel Archaimbault | 2009
Cet ouvrage débute par un prologue chargé et peu digeste(1) d’une vingtaine de pages. Là, je dois dire en toute sincérité que j’ai galéré pour affronter ce passage obligé. La lecture du prologue terminée, je souffle un peu. Puis, arrive l’acte premier qui s’ouvre avec la scène 1 qui se déroule dans l’espace, à bord du vaisseau Aniara II, à deux mille six cents années-lumière de l’amas des Hyades. Et là, tout à coup, je retiens mon souffle, happée par les premières phrases du chapitre ! Dès lors, impossible de lâcher cet ouvrage jusqu’à son acte dernier !
Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec cet ouvrage, et j’ai été agréablement surprise par cette lecture. Quelle belle découverte ! Pour ne point gâcher votre plaisir de lecture, je n’entrerai pas dans les détails du récit. Sachez simplement que « Seentha » est en quelques sortes une revisite à la sauce SF des opéras « Le Hollandais Volants » et « Tristan et Iseut » de Richard Wagner, soupoudrés de mythologie nordique. On y retrouve les thèmes majeurs de ces deux œuvres, tels que l’errance, l’arrivée d’un personnage inconnu, le sacrifice et l’amour absolu qui a un goût de folie et de mort. Chers lecteurs, soyez prêts à prendre part à un jeu cruel aux dimensions du cosmos !
Lire la suite de l’article de Koyolite Tseila pour Le Galion des Etoiles :
Seentha | Jean-Michel Archaimbault | 2009 (legaliondesetoiles.com)
"Pardon, pardon..."
Désespérant, effarant, d'une tristesse immense. "Pardon, pardon..." Nous devrions tous le dire et puis nous engager, corps et âme, parce que les mots ne suffisent pas.
Cette semaine, on a passé le cap des deux cents plantations, arbres, arbustes, haies fruitières. Quand on court en forêt, on repère des jeunes arbres qui poussent sur le sentier, sur une piste forestière, au bord d'une route, tous ces arbres dont l'espérance de vie est très réduite. Alors on revient avec une binette et on les déterre pour les planter sur notre terrain, là où ils auront un avenir assuré. Une petite forêt qui nous survivra.
https://lareleveetlapeste.fr/proteger-les-forets-pour-proteger-leau-donc-la-vie-tribune-dun-forestier/
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie : tribune d’un forestier
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.

27 février 2020 - La Relève et La Peste

Forêts est le seul livre en France à faire un tour d’horizon aussi complet sur notre monde végétal. Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation… bien d’autres sujets vous attendent pour vous émerveiller et vous donner une dose d’inspiration positive.
- Thème : Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation, santé…
- Format : 300 pages
- Impression : France
Ecrit en fin d’année 2019 par un forestier de l’ONF, membre du Snupfen-Solidaires de Franche-Comté, nous avons décidé de relayer son cri du cœur, plus que jamais d’actualité. Alors que l’ONF est en proie à une privatisation qui menace les forêts françaises, son témoignage nous appelle à regarder les choses en face, à faire le deuil de ce que nous avons déjà perdu, et à agir.
J’ai commencé en 1998… Une autre époque. Un triage de 800 hectares, deux communes. Le temps de faire les choses bien, propres, dans le détail. Le temps de discuter avec le papy qui sort son bois de la tourbière avec sa brouette, d’échanger avec les bûcherons, les ouvriers, pour qu’ils me racontent aussi, qu’ils m’apprennent.
Les plus beaux hêtres se tranchaient à 3500 francs du mètre cube, et les feuillus précieux flambaient, vendus à la pièce sur les parcs à grumes, jusqu’à 90 000 francs du mètre cube ! Du jamais vu…
En ce temps-là, les marteaux étaient toujours au coffre, à la division, gardés comme un trésor. On ne coupait les feuillus qu’en hiver, hors sève, et on attendait le gel pour débarder. Le bûcheronnage était saisonnier… comme les dégagements sylvicoles.
Et puis, le 26 décembre 1999, j’ai compris. J’ai compris qu’on ne maîtrise rien, tout forestier qu’on soit. Qu’on ne sait rien de l’avenir, du possible ou de l’impossible. Que la nature, quoi qu’il arrive, a le dernier mot. J’ai vu mes collègues perdre toute leur vie de travail en deux heures. Perdre tous leurs repères…
Le monde entier est venu acheter du bois : on a rempli des wagons, des containers, qui partaient jusqu’au bout du monde. On a cubé pendant des mois, tous les jours, des milliers de mètres cubes, des kilomètres de grumes le long des routes. On était les forestiers de l’an 2000, et on avait l’impression de vivre l’apocalypse forestière…
Mais la forêt a repoussé, riche de cette glandée qu’on attendait depuis quinze ans, de toutes cette fructification miraculeuse, juste avant Lothar.
Elle savait, la forêt.

Crédit : Zoë Gayah Jonker
Nous, forestiers de l’an 2000, allions passé notre vie à mener ces peuplements issus de cette terrible tempête. Mon premier triage ravagé, j’ai découvert la sylviculture extensive, le cassage, le traitement irrégulier. Dans des trouées de 200 hectares, les ouvriers ont repris le croissant. Et ils étaient contents. Et c’était beau toute cette régé mélangée, riche, vive…
C’était beau, même s’il fallait lutter encore, pour que les crocodiles qui voulaient profiter de la tempête ne mettent pas la main sur ces forêts, ne massacrent pas les sols pour en faire des lotissements, des routes, des carrières, à coup de milliers d’euros.
Des millions promis en masse aux communes sinistrées, et même aux directions qui voyaient d’un bon œil arriver les 12% de ces jolis millions promis… Il a fallu convaincre, défendre, tenir bon malgré les menaces, montrer aux élus toute la richesse de ces milieux meurtris mais si importants…
Et puis il y a eu la réforme aussi. On a lutté, oui, de toutes nos forces je crois. C’était beau. Nous étions ensemble, solidaires. Je pense vraiment qu’on a réussi à éviter le pire, malgré tout. Mon deuxième triage, sur 7 forêts, a pris d’abord une, puis trois, puis 5 forêts supplémentaires au fil des années. On m’a changé d’équipe, on m’a retiré les forêts debout pour des forêts rasées. On a eu la canicule aussi, en 2003, son lot de chenilles, de scolytes…
On s’est mis à marteler à la peinture, toute la journée, toute l’année. A couper les bois en toute saison, à débarder par tous les temps, pour les ventes. Tout s’est mis dans le même rythme. Mais toujours, toujours la forêt repoussait.
On nous disait tout ce qu’on ne ferait plus, que tout irait bien, parce que les communes s’en débrouilleraient plutôt que de payer. Mais elles payaient, les communes, cash, pour que surtout rien ne change.
A la seizième forêt qu’ils m’ont rajouté, j’ai dit non. Stop. J’ai laissé mes 500 cessionnaires, mes papys, mes conseils municipaux, mes petites et grosses mairies, mes bucherons caractériels. J’ai choisi la montagne, plus loin, plus dure, plus rude, mais si belle aussi… La forêt des pentes et des roches, mélangée, jardinée. La francomtoise. J’y ai retrouvé le marteau et les saisons…

Crédit : Thomas Tixtaaz
Et moi qui m’étais juré de ne jamais porter d’étiquette, j’ai sauté le pas : j’ai pris des engagements, vraiment, au Snu. J’ai porté ses valeurs, son cri, car c’était aussi les miens : quelles forêts pour nos enfants ?
On a lutté oui, de toutes nos forces, défendu ces forêts et leurs forestiers.
J’ai découvert le mépris aussi, de ceux qui font semblant de nous écouter mais qui n’entendent rien, parce qu’ils savent mieux. Mais le mépris aussi de ceux qui se demandent toujours : « Mais que font les syndicats ??? » J’ai pris la morsure des sous-entendus…
Ben oui parce que quand tu sièges tu n’es pas sur ton triage, donc tu ne fais rien. Et quand tu n’obtiens pas ce que veulent ceux que tu représentes, c’est que tu ne sers à rien, que tu es vraiment nul, que tu vas juste glandouiller avec tes potes pendant que les autres bossent !
Et si tu ne sièges plus parce que cette mauvaise foi en face est juste insupportable, ce gouffre entretenu entre la direction et notre réalité quotidienne, la malhonnêteté des promesses jamais tenues, quand en face de toi les dirigeants eux-mêmes s’assoient sur la loi pour faire la leur, quand tu renonces parce que même si tu dis non ça ne change rien, les autres, ceux qui restent en forêt sans surtout en sortir, tu les entends encore : mais que font les syndicats ?
Et toi, tu fais quoi ?
J’ai vu les dépressions des collègues autour de moi, les burn-out. Les départs en retraite non remplacés. Les collègues déçus, aigris, plein d’amertume, partir soulagés en nous souhaitant bonne chance et bon courage. Les contractuels non renouvelés.
Mais il y a eu des belles choses aussi. J’ai vu les jeunes arriver, motivés, heureux. On s’est mis à garder des bois bio, à tenir compte ça et là des sols, des oiseaux, de toutes ces espèces en train de disparaître. Les réseaux naturalistes se sont développés. Je me suis enrichie de toujours plus d’expériences, d’échecs et de réussites, de petites victoires et de grandes déceptions.
Et puis, toujours, nourrissant, ces petits moments de grâce dans le quotidien du forestier : la lumière dans les houppiers dans les fins de journée d’automne, le givre qui fige la moindre brindille au petit matin, le faon niché et tremblant sous la ronce, la mer de nuage sous la crête… Le chant d’une Tengmalm au détour du chemin, le grand tétras levé au bout d’une virée … Tous ces petits riens qui font de ton métier l’un des plus beaux, que tu ne changerais pour rien au monde.

On s’est adapté aux nouveaux services, aux nouveaux départs, aux expérimentations, au TDS, aux nouvelles directives, aux contre-ordres, aux notes de service, à Teck, à ProdBois, aux services qui se vident, aux postes jamais pourvus, aux intérims interminables.
J’ai appris à dire non, encore. C’est très mal vu, mais salutaire.
On a aussi martelé des peuplements entiers de chênes de 45 au-dessus de rien, parce qu’il y avait du retard dans les aménagements, parce que la surface d’équilibre, parce que ceci, parce que cela. J’ai vu les prix des bois chuter toujours plus bas, remonter parfois avant de redescendre, la direction demander de prélever plus pour compenser.
J’ai vu des bûcherons payer toujours plus de charges sans pour autant gagner un euro de plus. 100 francs du mètre cube en 1999, 15 € en 2019 : étrange, mais ça n’a pas bougé. J’ai vu des gros bois partir en tritu : des siècles de croissance pour finir en lamellé collé dans un meuble en kit qui finira à la déchetterie dans dix ans… Pour 38 €, 250 balles…
Je ne m’y fais pas, ça me fait toujours mal, à chaque fois. Je préfère les savoir mourir en forêt de leur belle mort.
J’ai vu des machines de plus en plus grosses, de plus en plus lourdes, sortir tout de la forêt, parfois jusqu’aux feuilles et aux aiguilles. J’ai vu des forestiers retourner marteler parce que l’objectif n’était pas atteint. J’ai senti l’amertume de ceux qui n’avaient pas eu le concours, l’examen, des contractuels payés au lance-pierre et gentiment remerciés. Pour boucler le budget on a fermé le campus, vendu les Arcs, vendu le siège pour mieux le louer ensuite.
J’ai vu le bon sens se perdre, comme fondu, au nom du chiffre, des objectifs, et du budget …
Et puis il y a eu 2019. Ce printemps-là, j’ai compris plus encore. En 2019, les sapins se sont mis à sécher même en hiver… Même les plus beaux, surtout les plus beaux, les plus vieux, les plus grands, les uns après les autres, se sont éteints, comme ça, soudain. Il s’est mis à pleuvoir des feuilles et des aiguilles, en plein été, même dans les jeunes peuplements, même dans les peuplements les plus mélangés, les plus sains, même en RBI.
En plus des frênes qui mourraient déjà, se sont mis à sécher les hêtres, les sapins, les épicéas. Le paysage a changé, très vite, en quelques mois… J’ai marqué des bois secs ou en train de mourir tous les jours. Tous les jours.

Crédit : congerdesign
Et j’ai compris que moi, forestier de l’an 2000, je ne laisserai peut-être rien derrière moi… Rien du travail de toutes ces générations de forestiers, rien de ces vingt ans à y croire si fort.
Le gibier en surpopulation bouffe tout en dessous, tout sèche au-dessus. Le gel de mai a cramé les feuillus, puis ils ont pris la canicule de juin, puis celle de juillet, puis celle d’août. En octobre, les scolytes continuaient encore dans les épicéas.
Et j’ai pleuré, oui, j’ai pleuré. Je n’ai pas honte de le dire.
J’ai pleuré en martelant des sapins centenaires, qui se dressaient si fièrement hier encore. Je leur ai demandé pardon, à eux qui ont traversé les deux guerres, la sècheresse de 76 et celle de 2003, qui ont survécu à Lothar, à la neige, au vent, aux orages et aux crues…
Pardon, pardon pour les hommes… pardon pour tout ce carbone rejeté sans conscience, pardon pour cette insouciante surconsommation perpétuelle, pardon pour cette chaleur implacable qui vous tue… On savait, depuis longtemps, mais on a continué, comme si de rien n’était… Pardon, pardon…
On a tous, chacun, notre responsabilité. Parce qu’on n’a pas entendu, pas cru, parce qu’on a pensé que c’était pour demain, et que demain ce ne serait pas pour nous, pas pour eux… Parce qu’on s’est laissé convaincre, qu’on a laissé gouverner les crocodiles, préservé notre petit confort… Parce que la lutte n’a pas suffi…
J’ai compris que mes petits enfants ne connaitraient pas ces forêts de grands bois, si fiers, si riches… Que le monde qu’on a connu jusqu’ici ne sera plus jamais le même. Il y a, à un moment donné, quelque chose qui s’est brisé en moi…
On m’a dit de ne pas m’inquiéter, que ce n’était pas si grave. Que ça allait s’arranger. S’arranger ? Les étés à venir ? Les canicules, les sécheresses, les parasites, les tempêtes, les crues ? Non, soyons réalistes, honnêtes avec nous-même. Ça ne va pas s’arranger. Nous le savons très bien.
Les sapins, les hêtres, ne sont pas faits pour des températures de 40°, des nuits sans rosée. Le chalara, les chenilles, les scolytes, non, ça ne va pas s’arranger.
Au bout de six mois, oui, finalement tout le monde a reconnu qu’il y avait là une crise, grave. Il y a des embauches de CDD, non affectables aux triages vacants bien sûr, des financements pour les camions qui emmènent les bois au large. Mais le feuillus précieux partent chez Ikea, les scieurs locaux n’ont plus de contrats, il a fallu leur vendre nous-même nos lots sans le service bois. On continue de marcher sur la tête, à l’envers…
Mais depuis quelques semaines, je sais, moi, forestier de l’an 2000, quel est mon projet pour les 20 prochaines années. Parce que comme il y a vingt ans, les crocodiles vont revenir à l’assaut, auprès des communes démunies. Ils vont essayer de convaincre, promettre les milliers, les millions d’euros.
Si nous n’avons, nous, en face, qu’un argument de dépenses et de plantations aléatoires à leur proposer, qui s’adapteront peut-être malgré les printemps secs, malgré le gibier, à coup de subventions, ou pas, si c’est ça notre réponse, on va droit dans le mur.
Mais la forêt, résiliente, toujours, s’adaptera. Il faut juste lui laisser le temps et l’espace nécessaire. Préserver à tout prix, cet espace, et ces sols.
Ce ne seront plus les mêmes forêts, les mêmes arbres. Le climat nouveau est arrivé, et ce sont d’autres essences, d’autres équilibres qui vont se mettre en place. La forêt nouvelle s’adaptera. Laissons-lui juste le temps, les dizaines d’années nécessaires.
Mais en attendant, nos arbres ne tiendront plus les sols de montagne, les roches, ne retiendront plus les crues, ne réguleront plus l’eau, là-haut. Alors partout, jusqu’au plus bas de la plaine, tous en subiront les conséquences. Nous n’en avons pas fini avec les inondations, ni avec les sécheresses.
Malheureusement si nous, forestiers, sommes aux premiers fronts, je crains que tant qu’il y a de l’eau au robinet, peu de gens prennent vraiment conscience de l’urgence, de la gravité de la situation. Mais il va venir très vite le moment où l’eau ne coulera plus au robinet. Bien plus vite qu’on ne le pense, car nous sous estimons largement la part de la biosphère dans les équilibres climatiques.
La disparition de la forêt, même juste pour un temps, même juste pour une ou deux générations humaines, c’est la disparition de la régulation de l’eau.

Crédit : Jp Valery
Et ce n’est pas en jouant aux apprentis sorciers, en espérant accompagner les migrations des espèces végétales sans que l’on sache du tout quelle sera l’évolution du climat dans 10, 20, 60 ans, en plantant tout et n’importe quoi n’importe où, qu’on va éviter ça.
Non, le boulot du forestier d’aujourd’hui et de demain ne sera plus de produire ou de récolter du bois, ouvrons les yeux, mais bel et bien de protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie.
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie. Pas seulement celle de la faune et de la flore, mais toute la vie, de toutes les espèces, nous compris.
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.
J’ai reconnu cette brisure en moi, je l’ai reconnue car je l’ai vue dans les yeux de mes collègues en 2000. Mais cette brisure j’en ai fait une force aujourd’hui : mes yeux sont ouverts, je sais où est ma place, quel est mon rôle. Si le quotidien reste difficile, je sais, moi, mes priorités absolues.
Et je sais combien chacun a besoin du forestier pour être là, pour protéger ce qui survit des feux à venir, de la destruction des sols forestiers, de la pollution et des crocodiles. Gageons qu’il faudra beaucoup, beaucoup de temps avant que cette prise de conscience monte jusqu’aux cerveaux encombrés de nos dirigeants.
Espérons que lorsque l’eau ne coulera plus au robinet, que lorsque la Seine aura envahi Paris, ils feront le lien, et réfléchirons non plus en euros, mais avec du bon sens, non plus à échéance électorale, mais à l’échelle de la vie.
Je suis forestier de l’an 2000, et la première chose que j’ai apprise, lorsque j’avais vingt ans, c’est que le forestier doit avant tout préserver sa surface forestière, l’état forestier. C’est ce qu’il y a de plus difficile, mais c’est notre métier, avant tout. Il est plus que jamais fondamental aujourd’hui. Tout ce que nous pourrons préserver donnera une chance supplémentaire à nos enfants, à nos petits-enfants, de connaître les arbres, les forêts, l’eau. De survivre… Ne l’oublions jamais.
27 février 2020 - La Relève et La Peste
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Rien ne meurt en soi.

J’avais onze ans. Je vivais en Bretagne. Mes parents avaient fait construire une maison près des bois. Avec mon vélo, il me fallait vingt minutes pour arriver à la plage. Mon vélo, c’était le Solex de ma grand-mère, le moteur avait fini sa carrière et je l’avais entièrement démonté à grands coups de burin…Je me levais à sept heures les jours de congé, je me préparais un copieux petit-déjeuner, j’enfilais mes habits des bois et je partais pour la journée avec un bout de pain, une tranche de jambon, une pomme, une gourde.
J’aimais tellement le silence du matin. J’aimais la lumière, le vent, la pluie, le soleil. J’aimais par-dessus tout être dehors. Libre. Un sourire perpétuel, l’envie de rire parfois, tout seul, juste comme ça, pour le bonheur de la vie en moi, la force de mes muscles, ma respiration quand j’appuyais comme un mort de faim sur les pédales.
J’étais seul, très souvent. Mon grand-frère ne venait pas avec moi. Très peu de complicité entre nous… Olivier était mon seul ami. Les autres n’étaient que des connaissances épisodiques, des camarades de classe, mais rien ne nous unissait. Olivier, par contre, était comme moi. Il aimait la Nature, il aimait la mer, le silence, c’était un « taiseux », comme moi. On pouvait marcher ou rouler pendant des heures sans se dire grand-chose, juste des regards échangés ou une proposition de balade, des rochers à escalader, une cabane à construire, un nouveau lance-pierres qu’on coupait dans une fourche de sapins, un bâton de marche qu’on sculptait, assis sur un rocher, face à la mer. Parfois, on se lançait des défis : nager en hiver pour aller planter un bâton le plus loin possible au fond de la mer, trois, quatre mètres de profondeur, on restait habillé et après on se faisait sécher en allumant un feu sur la plage, avec le bois flotté. On escaladait des falaises qui tombaient dans la mer et quand on se loupait, on finissait à l’eau… On aimait bien aussi installer une rampe de tremplin au bout d’une jetée, une vieille porte qu’on cachait dans un buisson, on glissait une pierre dessous et on prenait notre élan à vélo de tout au bout de la jetée, on décollait, on sautait en l’air, on lâchait le vélo et on tombait à l’eau. On remontait le vélo avec une corde qu’on accrochait sur le tube de selle. On réparait nos vélos en allant dans les décharges sauvages, on trouvait toujours ce qui nous manquait.
J’ai passé des milliers d’heures à marcher dans les bois, à écouter le vent, le chant des oiseaux, à jouer au bord d’un ruisseau, à sculpter des bouts de bois, j’avais un joli couteau de poche, j’étais comme un trappeur, je lisais Jack London parfois, le dos appuyé à un tronc d’arbre et puis quand je sentais bouillir l’énergie en moi, je reprenais mon avancée. J’étendais inlassablement les horizons.
Je n’avais pas conscience de l’importance du Sacré. Je vivais l’instant. La joie de partager ma vie avec le monde. Il y avait bien ces moments de contemplation immobile, les yeux rivés sur la houle du large ou le balancement hypnotique des grands arbres. Une absence totale de pensées. Une plénitude qui ne portait pas de nom. Je me souviens avoir pleuré parfois. Sans savoir pourquoi.
Le Sacré.
J’ai mis longtemps à comprendre.
La télévision était rarement allumée, j’avais le droit de regarder « Histoires sans paroles » et « La piste aux étoiles. ». J’attendrais quelques temps encore pour avoir le droit de regarder les films du soir. J’aimais beaucoup le cinéma. « Ben Hur », « Les révoltés du Bounty », « Vingt mille lieues sous les mers ». Quelques films comme ceux-là qui ont marqué mon adolescence.
Je n’avais pas de PlayStation, ni de Wii, ni de jeux vidéo, bien évidemment. Ma chambre était garnie de romans et de livres sur la nature. Je lisais sous ma couette avec une lampe de poche après que ma mère soit venue éteindre. J’apprenais les noms des animaux, les pays, les forêts, les grands fleuves et les Peuples Premiers, je lisais les aventures des grands explorateurs, les marins ou les marcheurs. « Bornéo » de Douchan Gersi, « Seul à travers l'Atlantique » d'Alain Gerbault, « Hymne à la mer » de Henry de Monfreid etc... et puis j’ai découvert un livre de montagnes à la bibliothèque du village où je passais beaucoup de temps : « Les conquérants de l’inutile » de Lionel Terray. Un choc immense, cet engagement physique et cette force morale m’enthousiasmaient, je sentais qu’il y avait dans les ascensions l’opportunité de se grandir.
Mais je vivais en Bretagne et je devais attendre. Alors, je continuais à courir dans les bois et à enfiler les kilomètres à vélo. Toujours dehors. Avec mes habits des bois que ma mère n’avait pas le droit de laver.
« Mais maman, les animaux me sentent arriver sinon, il faut que je sente la terre, les feuilles, la mer, il faut que je sente la Nature sinon ils s’enfuient. »
Parfois, elle craquait et fourrait le tout dans la machine à laver. À la première sortie, je me roulais dans les feuilles et dans la terre, je m’en couvrais, j’accrochais du lierre dans mes cheveux et je m’amusais à me glisser sous les frondaisons sans un bruit.
J’avais une vie très simple, construite sur un cadre immuable. L’école, des Maîtres que j'aimais, la Nature, le sport, les livres et un peu de télévision.
C’est le livre de Jack London, « L’amour de la vie » qui a été le véritable déclencheur. Le sens du Sacré. Le sens de la Vie.
Je réalise aujourd’hui que je ne me souviens quasiment plus des visages des gens que j’ai connus à cette époque. Tout s'efface. Mais je me souviens très bien des lieux, le petit pont, le moulin, la digue, le bois des marais, les rochers de Saint Guénolé, toutes les routes que j'ai parcourues à vélo. Je me souviens de la terre et de ses parfums. Je me souviens bien d’Olivier, un des seuls. Une tête ronde, des yeux rieurs, des bras de bûcheron. Il voulait être marin pêcheur. Il détestait l’école. Il a fait une formation d’apprenti à seize ans sur un chalutier et il a peu à peu disparu de ma vie.
Olivier est mort d’une rupture d’anévrisme l’année de ses vingt ans. Son grand-frère est mort de la même façon deux ans plus tard. Une malformation génétique qui n’avait jamais été décelée.
La mort. J’allais souvent la croiser. La souffrance, la douleur, la détresse, la lutte pour survivre, pour sauver ceux qu’on aime. Un très long apprentissage.
Le sens du Sacré. Je ne pouvais pas y échapper.
Mes parents travaillaient très dur pour qu’on ne manque de rien. Et ils me manquaient finalement. J’aurais aimé que mon père fasse du vélo avec moi, qu’ils viennent se promener avec moi. Ils n’avaient pas le temps. Ils étaient souvent fatigués ou ils étaient trop occupés, l’entretien de la maison et du jardin, des invitations chez des amis et des invitations à rendre.
Je n’aimais pas ces repas, ces visiteurs qui m’obligeaient à rester enfermé. Je n’aimais pas les repas du dimanche. Tout ça était si dérisoire à mes yeux.
Je savais ce dont je ne voulais pas.
Je partais à 7 heures le dimanche matin, je roulais à vélo dans un club avec essentiellement des adultes. J'étais leur mascotte. Je rentrais épuisé, empli de bonheur.
Je serai instituteur et mes élèves seront heureux. Je les aimerai comme nous aimait M Quéré, mon Maître de CM2. C’est dans sa classe que j’ai décidé que je serai instituteur. Je n’ai jamais changé d’avis. Il est la première personne que je suis allé voir quand j’ai eu mon diplôme. Il m’a pris dans ses bras. Il était mon père spirituel.
J’aurai une femme et trois enfants, je les aimerai infiniment et je passerai tout mon temps libre avec eux. Je leur apprendrai la Nature. Je leur apprendrai le Sacre de la Vie.
Et puis je les laisserai grandir en les accompagnant au mieux.
J'ai rencontré Nathalie l'année de mes 25 ans, elle aimait la montagne. Marine, Rémi et Léo sont nés.
J'avais seize ans. Mon grand-frère a eu un accident de voiture. Cliniquement mort. Je ne pensais pas qu'on pouvait vivre encore dans un tel état. Une dévastation. J'ai passé presque les deux mois d'été à ses côtés, nuits et jours. Il est sorti vivant. Une énigme médicale. Roger, un ami d'école, avait été admis dans le même service. Cliniquement mort. J'allais lui lire un livre de Saint-Exupéry toutes les nuits, "Citadelle". Et puis, une fois, je n'y suis pas allé, j'étais trop fatigué. Et Roger est mort cette nuit-là. On ne peut pas vivre sereinement avec ça en soi quand on a seize ans.
Le sens du Sacré. Le devoir. L'engagement. Ne jamais lâcher. Vérifier à chaque instant que les pensées, les décisions et les actes sont à l'image de la personne qu'on veut être.
Au lycée, j'ai eu un professeur de français, M Ollier, que je n'oublierai jamais et en terminale une professeur de philosophie, Mme Sotirakis, que j'adorais. À la suite d'un devoir de français, M Ollier m'avait dit : "Ledru, continuez à écrire, un jour vous serez édité." La force des mots qui s'ancrent ou qui tracent une voie à suivre.
Dix-huit ans. Lorsque j’ai passé mon permis, j’ai tout de suite travaillé. Éducateur sportif pendant neuf mois puis j'ai passé le concours pour devenir instituteur. Reçu.
Je logeais dans le logement de fonction fourni par la mairie. À l'époque, un instituteur, c'était quelqu'un de respecté et dont on prenait soin.
À vingt ans, j’ai acheté un fourgon et je l’ai aménagé. J’ai vécu pendant un an et demi dedans. Pas d’adresse fixe. J’étais instituteur remplaçant, j’allais dormir à la plage ou dans les bois, là où j’avais été nommé, je bougeais tout le temps. Marcher la nuit, j’adorais ça, me baigner sous les étoiles, courir avec une lampe frontale. Parler avec mes élèves, leur enseigner l'Amour de la Vie.
Je passais tous mes congés à escalader les falaises de Pen Hir sur la presqu’île de Camaret. Je savais que le moment où je partirais en montagne approchait à grands pas.
L’escalade. Un défi puissant. Grimper en tête dans des falaises sans équipement fixe, poser ses protections, assurer son compagnon, apprendre le contrôle, la peur, l’euphorie, la puissance, cette énergie folle qui m’enflammait parfois, cette impression d’être plus que moi…
Je courais beaucoup aussi, vingt, trente, quarante kilomètres, dans les bois, sur la route, toujours ce désir de pousser le plus loin possible, d’entrer dans cet espace intérieur où tout se révèle, où l’insignifiant s’efface, où apparaît parfois ce qui n’est pas connu, l’invisible, l’insondable, l’insaisissable, des perceptions que je cherchais à prolonger, une fois allongé sur mon lit et que la pesanteur de mon corps disparaissait dans une évanescence délicieuse. Le vélo sur des distances de plus en plus importantes. Trois cent soixante-quinze kilomètres une fois. Je me souviens qu’au retour, je ne reconnaissais pas le paysage, les maisons, les villages et puis j’ai eu l’impression de me voir par-dessus, de très haut, un cycliste minuscule dans un espace immense, tout petit être agité sur la Terre, comme un insecte sur un animal gigantesque.
Je me souviens de galaxies d’étoiles, des lumières intérieures qui scintillaient, des pulsations de soleils, comme des chaleurs en moi, un cœur bien plus grand que l’organe.
J’avais une planche à voile et je partais parfois, droit vers le large, juste un petit sac sur le dos avec de l’eau et une pomme, je naviguais pendant des heures, sans aucun objectif sinon celui d’aller le plus loin possible. Plus d’une fois, je ne suis rentré qu’à la nuit en utilisant le phare de Bénodet qui m’indiquait la direction. Naviguer, debout sur ma planche, dans le silence immense de la nuit, la phosphorescence de l’eau sous les étoiles.
Mes parents ne savaient rien de ce que je faisais.
Ce qui était sacré pour moi leur était inaccessible, nous n’évoluions pas dans la même dimension. Mais je les aimais et je les aime toujours. Je sais aussi la vie qu’ils ont eue. De leur enfance, de la guerre, de la misère, l’Algérie pour mon père, les fins de mois sans un sou, travailler, travailler, enchaîner les heures, accepter les humiliations, gravir peu à peu les échelons, obtenir un poste un peu plus important et subir une pression encore plus forte… Ils se sont usés au travail.
En moi vibre toujours l’enfant qui pédalait sur les chemins de Bretagne, l’enfant qui courait sur le sable, grimpait sur les rochers, contemplait les vagues, construisait des cabanes, écoutait les oiseaux, dormait sur un tapis de feuilles, grillait des châtaignes et cuisait des pommes dans les braises, l’enfant qui aimait l’odeur du feu sur lui, l’enfant qui rentrait boueux, crotté, en sueur et heureux.
Rien de tout ça n'a disparu. J'ai toujours une tenue des bois et j'aime toujours autant respirer la terre chaude quand la pluie vient la rafraîchir et ruisseler de sueur quand le soleil inonde les paysages, contempler les arbres, marcher sans aucune pensée, m'arrêter pour admirer une fleur, courir dans les chemins des bois, écouter le ruisseau qui murmure, jouer avec les formes des nuages, guetter le coucher du soleil.
Je vieillis mais je mourrai enfant.
Musique : Superpoze
Régulièrement, je cherche de nouvelles musiques.
Soit pour écire, soit pour courir ou pédaler, parfois, aussi, quand je travaille dans le jardin.
Aujourd'hui, j'ai découvert ce groupe.
Et c'est un grand bonheur. Demain, on va courir. Dimanche dernier, on a fait le tour du lac de Vassivière : 26 kilomètres. Les six derniers kilomètres sous la pluie et c'était magique. Les couleurs automnales, un sentier sous les arbres et au bord de l'eau. La musique tout au long du parcours. Demain, ça sera celle-là :

"Le galion des étoiles"
Les articles du site "Le galion des étoiles", vraiment, c'est très, très intéressant.
Des présentations de livres, films, documentaires, des textes très bien écrits, un très beau graphisme.
" Un individu seul peut-il changer le monde ? Ou faut-il s’en tenir à la psychohistoire d’Hari Seldon dans Fondation, et considérer que seul le collectif peut influencer un changement de trajectoire ? Ce genre de question est très actuel, notamment avec le changement climatique. Les petits gestes ou les grandes politiques ? Si je ne jette pas ma canette dans la poubelle jaune, le monde s’en trouvera-t-il plus mal ? Les chefs d’États sont-ils assez influents pour inverser le cours des choses ? La grande erreur, souvent, est de poser justement l’alternative : l’un ou l’autre, un ou bien… ou bien kierkegaardien mal compris. L’alternative est dans l’individu lui-même, un choix qui se pose à lui dans sa propre existence, comme Patricia. Le choix l’engage d’une vie à l’autre, et dans chacune des réalités parallèles, d’autres choix la font évoluer, de telle manière qu’en tant qu’individu, on ne peut pas s’en remettre au collectif, c’est au particulier de se réaliser dans le général."
https://www.legaliondesetoiles.com/Mes-vrais-Enfants--My-Real-Children--Jo-Walton--2014_
Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014
Un article ajouté/rédigé par Bruno Blanzat | 27/10/2022 | Lu 113 fois

Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014
Est-ce parce qu’elle est galloise que Jo Walton me rappelle tant Ken Follett dans son écriture ? L’un et l’autre sont capables de vous attraper dès les premières lignes et vous tenir captifs jusqu’au bout. C’est tellement prenant que nous ne lisons plus des suites de phrases, nous basculons dans l’histoire, on se trouve en contact direct avec les personnages, c’est une expérience de virtualité très marquante.
Dans ce livre, on suit les deux vies de Patricia Cowan, une femme née dans l’entre-deux guerres en Angleterre. Un jour, un homme lui lance un ultimatum : ils se fréquentent depuis quelques temps, mais si elle souhaite faire sa vie avec lui, elle doit se décider à l’instant. Cette décision entraîne une divergence.
– Oui, elle se marie avec lui, elle deviendra Tricia puis Trish,
– Non, elle reprend sa liberté, on l’appellera alors Patsy ou Pat.
De ce choix découlent deux mondes alternatifs. L’astuce narrative est assez classique, que serions-nous devenus si nous avions fait un autre choix à un instant crucial ? La force de Jo Walton, c’est de tirer minutieusement les deux fils, sans fausse symétrie. Chaque chapitre alterne les deux réalités et couvre des périodes plus ou moins longues, pas toujours les mêmes d’ailleurs, ce qui renforce l’idée que ces deux vies sont indépendantes l’une de l’autre. La divergence est si radicale que les moments forts de chacune des vies de Patricia l’emmènent dans deux parcours radicalement différents.
Lire la suite de l’article de Bruno Blanzat pour Le Galion des Etoiles :
Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014 (legaliondesetoiles.com)
Forêts et évapotranspiration
Sur nos 4700 m² de terrain, on a passé cette semaine le cap des cent arbres plantés. La plupart viennent des forêts du secteur : des jeunes arbres condamnés, soit parce qu'ils poussaient sur une piste forestière et qu'ils seraient écrasés par les engins forestiers qui y circulent, soit parce qu'ils poussaient sous de très grands arbres et qu'ils n'auraient pas eu de place pour se développer : cèdres, épicéas, sapins, mélèzes, bouleaux, saules marceau, sureau, saules communs, noisetiers, châtaigniers, robiniers faux acacias, etc... On y ajoute d'autres arbres : févier d'Amérique, olivier de Bohême, sorbier des oiseleurs etc... puis divers arbustes fruitiers ou pas.
Je vais entamer le creusement d'une mare à un endroit où se trouve sans doute un passage d'eau, prolongement probable du réseau qui alimente le puits. L'herbe y reste verte même en plein coeur de l'été. Terrain parfait pour les saules et objectif de mise en place de plantes aquatiques avec l'espoir de voir toute la faune d'insectes d'eau : larves de libellules, girins, notonectes, dytiques, phyganes etc...
L'objectif final, j'en ai déjà parlé ici, c'est le "jardin-forêt."
Tout ça, cette vie en "plein sol", j'en suis arrivé, encore une fois, à la mettre en mots dans un roman, celui que je viens de finir, le tome 3, la suite de "LES HEROS SONT TOUS MORTS"
LE DESERT DES BARBARES
CHAPITRE 6
Tian et Louna avaient été invités à participer aux divers travaux de la communauté. Emma et David leur avaient expliqué les fondamentaux de la permaculture. Anciens ingénieurs agronomes, ils avaient quitté leur travail pour se lancer dans le maraîchage. Ils connaissaient Sophie et Tristan et ils avaient acheté en commun les vieilles bâtisses du hameau. Quatre maisons d’habitation, cinq granges avec sol bétonné pour trois d'entre elles, l’ensemble formant approximativement un demi-cercle. Les façades tournées au sud avec une grande esplanade en dalles calcaires. Une des granges avait été aménagée en salle commune. David avait raconté les premiers mois, la somme considérable de travaux, l’engagement de tous pour la communauté, les forces associées dans un projet qui réclamait une entente parfaite.
Avant de rejoindre le front islamique, Moussad avait travaillé comme charpentier-couvreur. Il avait donc repris l’ensemble des toitures. Didier avait usé de ses talents de bricoleur pour réaliser des aménagements intérieurs, revoir les installations électriques et les relier aux panneaux solaires. Des batteries dispensaient toute l’énergie nécessaire à la communauté. Les quatre maisons d’habitation étaient reliées à une source dont le débit permettait une alimentation permanente, en plus de l’arrosage des potagers. Des citernes en béton récupéraient l’eau de pluie en complément. Une mare de belle taille offrait un refuge idéal aux insectes aquatiques, larves en tous genres, amphibiens et petits poissons. Toutes les cultures légumières étaient protégées de l’ardeur du soleil par des arbres fruitiers et divers feuillus. Trois hectares de terre attenant. Du terrain agricole dont personne ne voulait. Des champs de cailloux juste bons pour la pâture. La permaculture avait donné vie à ces terres abandonnées.
« Il s’agit de créer et de développer un micro climat. »
Emma était passionnée par son travail. Elle aimait partager. Tian et Louna l’écoutait avec attention. Louna aimait la force qui émanait de cette femme, une énergie qui l’enthousiasmait et qui la stimulait. Elle réalisait aussi en l’écoutant la quantité de savoirs qu’il lui faudrait enregistrer et elle en vint à se dire qu’elle avait perdu beaucoup de temps à étudier des choses inutiles.
« Les arbres protègent des intempéries les plus violentes et avec l’évapotranspiration, une certaine humidité est maintenue, une sorte de micro-climat. L’agriculture qui considère que tout doit être compartimenté dans des surfaces clairement délimitées ne comprend rien à la nature. Retourner le sol contribue uniquement à tuer toute la vie qui s’y trouve. D’où la nécessité d’utiliser des engrais. C’est juste un commerce qui a anéanti les formes primitives de l’agriculture alors qu’elle est la seule à préserver la vie du sol. Le sol ne doit jamais être mis à nu. On récupère de la paille dans la vallée en échange de travaux dans l’exploitation. Un paysan qui nous soutient et se retire peu à peu de l’agriculture intensive. Le paillage et l’utilisation du broyat enrichissent le sol. Tous nos déchets végétaux retournent au compost. Il nous a suffi de quatre années pour doubler la production de légumes. Maintenant, on a multiplié par dix. Nos produits sont très appréciés par les restaurateurs et les particuliers. On est bien connu maintenant et le bouche à oreilles suffit à assurer notre clientèle et nos revenus. L’argent est mis en commun et nous débattons régulièrement des achats nécessaires.»
Tian se réjouissait de chaque instant. L’idée qu’il ne devrait jamais repartir ne le quittait plus. Il se sentait brûlant, une chaleur bienheureuse, une euphorie intérieure qui lui donnait envie de rire.
Louna s’en était aperçu. Depuis si longtemps qu’elle ne l’avait vu pleinement heureux. Même avec elle.
Ils découvrirent que le repas du midi n’avait pas cours dans la communauté. Il s’agissait d’adapter le corps au manque. L’habitude du jeûne était une force et non une simple privation.
« Beaucoup trop d’humains vivent dans un pillage inconscient. Pillage de nourriture, de ressources minières à travers des achats compulsifs qui n’ont aucune utilité, sinon celle de se croire vivant. C’est leur intégrité spirituelle qu’ils pillent puisqu’ils finissent par ne plus être ce qu’ils portent en eux mais uniquement ce qu’ils portent sur eux et qu’ils possèdent autour d’eux. Et la nourriture qu’ils ingurgitent inconsidérément relève du même phénomène. Entre l’être et l’avoir, les sociétés matérialistes ont fait leur choix. Nous sommes tous des êtres parfaits, nous détenons tous la possibilité d’une vie juste et sereine. Mais les exemples qui sont enseignés conduisent les humains à la misère intérieure. Combien d’êtres sont réellement heureux ? Il m’arrive de penser qu’un grand nettoyage serait nécessaire. »
David était amer et il l’exprimait. Il n’aimait pas les sociétés matérialistes et il ne se privait pas pour en donner les raisons.
« Combien de personnes ont lu Krishnamurti ou d’autres réels enseignants spirituels ? C’est à croire que les gens ne veulent pas être libres, que leur esclavage mental et matériel leur convient parfaitement. Combien de personnes s’interrogent sur leur parcours de vie ? Combien comprennent l’importance de la spiritualité ? Moi, j’ai pris une baffe monumentale un jour. Le jour où je me suis détesté. Puis j’ai compris que c’était ma vie que je détestais et que je devais me retrouver. Qu’il y avait en moi un être bon et juste, lucide et libre. Et j’ai rencontré Emma. La vie m’apportait la preuve que j’avais raison. J’ai démissionné, Emma aussi et on est arrivé ici. On ne vit pas dans le confort matériel mais dans le bonheur intérieur. C’est juste ça qu’il faut parvenir à établir. »
https://lareleveetlapeste.fr/sil-ne-pleut-pas-dans-le-desert-cest-parce-quil-ny-a-pas-darbres-et-non-linverse/
« S’il ne pleut pas dans le désert, c’est parce qu’il n’y a pas d’arbres, et non l’inverse ! »
Pour avoir de l'évapotranspiration il faut couvrir nos sols de végétaux verts, donc vivants. Il faut aussi de l'eau dans le sol.

8 août 2022 - La Relève et La Peste

Forêts est le seul livre en France à faire un tour d’horizon aussi complet sur notre monde végétal. Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation… bien d’autres sujets vous attendent pour vous émerveiller et vous donner une dose d’inspiration positive.
- Thème : Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation, santé…
- Format : 300 pages
- Impression : France
Pierrick Berthou est agriculteur, producteur de lait bio à Quimperlé, en Bretagne. En 2003, la canicule meurtrière qui s’abat sur la France lui fait prendre conscience de la valeur inestimable de l’eau. Depuis, il s’est formé pour apprendre à gérer de la façon la plus résiliente possible cette ressource indispensable à la vie. Il a souhaité nous livrer ses apprentissages, avec une leçon clé : il nous faut réapprendre à connaître le cycle de l’eau et favoriser le phénomène d’évapotranspiration pour empêcher les sécheresses.
Les leçons du passé
« Depuis la nuit des temps, l’eau est une préoccupation pour l’être humain : soit il y en a trop, soit il en manque, jamais content ! D’ailleurs, de nos jours, il n’y a guère que les paysans qui s’en préoccupent. Les paysans sont vraiment stressés par l’eau. Pour les autres, leurs contemporains, du moment qu’il y a du soleil et que l’eau coule abondamment du robinet, tout va bien.
Justement, le problème est là : tant que l’eau coule du robinet, tout va bien.
Actuellement, nous ne payons pas l’eau en tant que telle, notre facture d’eau correspond aux traitements de l’eau et à son acheminement. Or, il suffit d’imaginer qu’un jour l’eau ne coule plus du robinet. Et, cette possible imagination devient déjà réalité. Avec la sécheresse qui frappe l’Hexagone, ce sont déjà 100 communes qui se retrouvent aujourd’hui sans eau potable en France.
Mais sachons bien, qu’avant que l’eau ne coule plus du robinet, des personnes auront pris les devants pour nous faire acheter l’eau dont nous avons besoin. C’est ce que l’on appelle la marchandisation de l’eau. Alors, un véritable business très lucratif se mettra en place. Tout est fait pour nous faire accepter cette idée totalement folle. A moins que nous ne réagissions dès maintenant.

Lire aussi : L’eau devient cotée en bourse à Wall Street, une menace pour son statut de bien commun
Le passé regorge d’exemples de réussite sur la gestion de l’eau :
1000 ans avant notre ère, les ancêtres des Aztèques vivaient dans l’actuel Mexique, une zone géographique plutôt aride. Ils avaient mis au point des techniques de récupération d’eau de pluie. A ces techniques s’ajoutaient des terrasses sur les flancs des collines afin de ralentir le ruissellement de l’eau de pluie.
L’alliance de ces différentes techniques permettaient aux Aztèques d’avoir de l’eau, donc de la nourriture toute l’année. Ces techniques vieilles de 25 siècles (2500 ans) sont à nouveau étudiées au Mexique, justement, pour faire face à la pénurie d’eau. Notamment dans la vallée d’Oaxaca.

Les Incas, ancêtres des péruviens, avaient, eux aussi, mis en place des techniques de récupération d’eau en haut des montagnes et/ou des vallons. Ils laissaient l’eau s’infiltrer lentement.
Cette eau, après avoir été filtrée et enrichie en minéraux, ressortait plusieurs mois plus tard dans la vallée, pendant la saison sèche. Ainsi, ils avaient de l’eau en abondance pour les cultures et pour se désaltérer. Les Incas avaient une connaissance prodigieuse de l’eau et de son cycle. C’est ainsi qu’ils purent développer ces techniques sophistiquées.
Ces techniques sont largement utilisées et vulgarisées par Sepp Holzer, chez lui, au Krameterhoff, en Autriche. Au Pérou, ces techniques sont, elles aussi, actuellement, remises au goût du jour.

Le Krameterhof : la ferme en permaculture de Sepp Holzer – Crédit : Sepp Holzer
En 2020, en France, nous avons subi durement une sécheresse, comme en 2019 et en 2018, et comme cette année. Comment réagissons-nous ? Où en sommes-nous ? Que faisons-nous ? Pour ainsi dire, rien !
Dans les Deux-Sèvres, deux conceptions de gestion de l’eau s’opposent de plus en plus durement. Cela n’est pas pas de bon augure, et laisse imaginer aisément ce qui pourrait se passer si jamais l’accès à l’eau se compliquait. Un climat d’inquiétude et d’insécurité s’emparerait de nous. Et, comme la peur n’est pas bonne conseillère …..
Dans les Deux-Sèvres, deux visions différentes tentent de surmonter ce problème. D’un côté, il y a des agriculteurs qui veulent stocker l’eau pour assurer une irrigation massive et gabegique ; et de l’autre, il y a certains militants qui ne veulent pas entendre parler de stockage de l’eau. Ces deux visions totalement opposées provoquent de vives tensions, alors que, dans un cas comme dans l’autre, c’est la méconnaissance du cycle de l’eau qui est en cause.
Ce qu’il nous faut réapprendre aujourd’hui, c’est favoriser le phénomène d’évapotranspiration d’une région pour lui permettre de rester verte.

Lire aussi : Guerre de l’eau : près de 7000 personnes ont démonté le réseau de pompage d’un projet de méga-bassine
Préserver l’eau au présent
« Il va nous manquer d’eau, donc il faut l’économiser », voilà une phrase à l’emporte pièce qui révèle une erreur d’analyse. A vouloir économiser l’eau, on concourt à sa pénurie en la forçant à aller dans les rivières, donc partir dans les océans. Or, justement, c’est de l’évapotranspiration dont nous avons besoin.
Les chercheurs Russes Anastassia Makarieva et Victor Goshkov l’avaient théorisé : le cycle de la pluie n’est pas dû a une action chimique, ni physique, mais est le fruit d’une action mécanique, avec comme clef de voûte l’évapotranspiration.
L’évapotranspiration correspond à l’eau transpirée par les plantes vertes ; par exemple un arbre à feuilles caduques rejette dans l’atmosphère autant d’eau qu’il a captée. Un chêne adulte transpire ainsi jusqu’à 1 000 litres d’eau par jour. C’est cette eau qui servira à »fabriquer » les prochaines pluies un peu plus loin. Grâce à ce phénomène, il pleut plusieurs milliers de kilomètres à l’intérieur d’un continent.

Crédit : Schéma de l’INRAE
Pour avoir de l’évapotranspiration il faut couvrir nos sols de végétaux verts, donc vivants. Il faut aussi de l’eau dans le sol.
Ceci nous mène tout droit à la façon dont nous pratiquons l’agriculture. Les cultures annuelles (blé- orge-colza, mais aussi riz et soja, ailleurs dans le monde) sont des cultures qui mûrissent, donc jaunissent dès la fin du printemps et ce jusqu’à la fin l’été, c’est à dire lorsque la température annuelle est à son point culminant. Cela induit deux phénomènes : tout d’abord la chute de l’évapotranspiration et un fort développement de l’albédo (réverbération du rayonnement solaire).
Quant au maïs, culture emblématique de notre agriculture industrielle, il n’est pas sans reproches puisque, dès le mois de mars, les agriculteurs ouvrent leurs terres par le labour et offrent les sillons aux forts vents (de nord et d’est) et au soleil. C’est ainsi qu’en une seule journée, ce sont des centaines de mètres cubes d’eau qui s’évaporent. Tout ceci est amplifié par l’arasement des talus où s’érigeaient de nombreuses haies brise-vent.

Lire aussi : La France perd chaque année 8 500 km de haies : « dans tous les départements, il y a urgence à replanter. »
Deux mois plus tard, ces mêmes maïsiculteurs se plaignent du manque d’eau en oubliant ce qu’ils ont fait deux mois auparavant. Sans oublier qu’entre les premiers labours et la fin juillet le sol restera souvent quasiment nu, sans couverture végétale. Depuis quelques années, la mise en place de couverts végétaux est obligatoire en zone vulnérable, pour la certification en dérogation au verdissement de la PAC et pour les surfaces d’intérêt écologique.
Une avancée salutaire mais encore insuffisante. Nous voyons bien qu’il va falloir revoir notre manière de cultiver nos terres et sans doute faire des choix agricoles.
L’irrigation massive est un cache misère de la catastrophe qui se déroule sous nos pieds : la chute du taux d’humus de nos sols.
Ainsi que l’explique Vandana Shiva dans le livre-journal Vivant, “les sols riches en matière organique qui crée de l’humus peuvent retenir 90% de leur poids en eau. Les sols vivants sont le plus grand réservoir à la fois d’eau et de nourriture”.
L’irrigation massive ne pourra bientôt plus compenser ce problème. La première réserve d’eau est donc le sol et sa richesse en humus !

Lire aussi : Ce ne sont pas les forêts qui meurent, mais surtout des plantations d’arbres
Paolo Lugari est un homme vraiment exceptionnel. En effet, au cœur de l’Amérique du sud, cet homme a relevé un défi surhumain. Il a entrepris de réhabiliter une zone qui souffrait de maux terribles : chaleurs excessives, manque d’eau, et l’eau qui s’y trouvait était d’une qualité plus que douteuse, la terre était acide, bref ce n’était pas le paradis.
Il a établi un plan d’action précis. Le pivot de cette action était de rétablir l’évapotranspiration. Pour cela, il planta 8 000 hectares de forêts. 25 ans plus tard, le constat est sans ambiguïté. Les précipitations ont augmenté de 10%, la température moyenne a baissé de 3°, la qualité de l’eau est retrouvée.
D’une zone hostile, il en a fait un endroit où il fait bon vivre et où les projets sont possibles, car une économie s’est développée. Aujourd’hui, ce sont 6,3 millions d’hectares qui sont en cours de réhabilitation. D’une zone de désespoir, cet homme a su recréer un avenir à Las Gaviotas.

Crédit : Las Gaviotas
Taméra, au Portugal, voilà un domaine qui périclitait par manque d’eau. Enfin, c’est ce qu’ils croyaient. Car, ils recevaient, tout de même, 500 millimètres de pluie en moyenne chaque année. 500 millimètres pour beaucoup de personnes c’est peu, et cependant, aujourd’hui, à Taméra , ils ne souffrent plus du manque d’eau. Ils ont fait appel à Sepp Holzer, qui a étudié leur domaine. Il leur a proposé une stratégie de récupération de l’eau de pluie basée sur des bassins de rétention qui favorisent les infiltrations lentes ( contrairement aux « bassines »).
Ces bassins de rétention ont permis de recharger les aquifères et aux terres environnantes d’être régulièrement humidifiées. A Taméra, ils ont débuté, un peu sceptiques, par un bassin de rétention. Aujourd’hui, convaincus et confiants, ils projettent de créer une douzaine de ces structures.
Détail important, chaque bassin de rétention est systématiquement accompagné d’une plantation arbustive et d’une végétalisation verte massive afin de favoriser, là encore, l’évapotranspiration.

Tamera avant/après – Crédit : Simon du Vinage
Maintenant, Taméra est un domaine où la vie est paisible et les projets possibles. Nous pouvons même dire que les projets foisonnent. En quelques années, ils sont passés d’une situation catastrophique à une situation telle qu’ils aident à l’émulation. Quel changement !
La Maurucie était une région prospère, peuplée de nombreux arbres, les pluies étaient abondantes et régulières. La terre était riche, grasse, profonde. A leur arrivée, les Romains voulurent en faire le grenier à grain de Rome. Dès lors, débuta la déforestation, le labour et l’implantation des céréales. Cela perdura bien au-delà de l’effondrement de l’empire Romain.
Les sécheresses, les canicules et les inondations ne sont pas une fatalité. Avec quelques principes bien ciblés, nous pouvons inverser la situation, tels que le ralentissement du ruissellement, favoriser l’infiltration de l’eau partout où cela est possible avec toutes sortes de techniques (bassins de rétention, tranchées d’infiltration, baissières etc), plantation massive d’arbres, végétalisation verte de notre environnement, campagnes et cités, pour remettre en route l’ évapotranspiration.
Mark Shepard, agriculteur américain, de la New Forest Farm dans le Wisconsin nous dit : « il faut faire en sorte que chaque goutte d’eau de pluie qui tombe sur votre ferme y reste le plus longtemps possible ».
Ces techniques sont simples et peu onéreuses, appliquons-les. N’attendons pas que la France et même l’Europe deviennent la Maurucie. Aujourd’hui, la Maurucie s’appelle le Sahel. » Pierrick Berthou
Crédit photo couv : Oasis d’Adjir près de Timimoun, Algérie – George Steinmetz/Corbis
8 août 2022 - La Relève et La Peste
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Forêts
Notre nouveau livre «Forêts » est le seul livre en France qui propose un tour d’horizon aussi complet sur le monde végétal. Ces géants immobiles, nichés entre ciel et terre, sont apparus il y a plus de 400 millions d’années. Ils ont été les premiers à peupler notre planète. Ils ont traversé les âges, les tempêtes, un climat aussi varié que puissant, mais ils ne résisteront peut-être pas au passage de l’être humain, qui est en train d’anéantir les écosystèmes les plus riches de la terre. Ingénieur forestier, botaniste, mycologue, philosophe, journaliste, photographe, cultivateur : des plumes scientifiques et poétiques se sont unies pour vous proposer un tour d’horizon le plus complet possible sur notre monde végétal. Des sujets variés pour comprendre nos plus fidèles alliés, savoir comment les protéger et créer, peut-être, un sursaut collectif en devenant des gardiens de la forêt.
Uma Aum
J'ai découvert il y a quelques jours le blog de Uma Aum. Elle vit et travaille à Bruxelles. Thérapeute, massage, yoga, Tantra, Ayurveda.
J'aime beaucoup tout ce qu'elle écrit. C'est clair, limpide, fluide, nullement ésotérique, sans cette pénible et quelque peu ridicule certitude de détenir toute vérité, toute solution comme je le vois parfois sur des blogs de "thérapeute".
Uma fait part de ses difficultés de femme, d'être humain, ses doutes, ses traumatismes, ses questionnements, son cheminement intérieur et celui de son existence en général.
Ses découvertes aussi, son avancée personnelle, ses révélations, ses moments de joie et de plénitude.
Le cheminement d'une femme qui s'interroge, trouve des réponses, souffre, jouit, se réjouit, se remplit de la beauté du monde, de ses rencontres, raconte son travail, l'engagement dans cette voie de partage, son regard sur les hommes et sur les femmes, sur la sexualité, sur l'amour, sur la vie quotidienne et sur la vie intérieure, une exploration corps et âme.
La lecture de ses articles ressemble à un roman.
J'aime beaucoup.
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UMA AUM

AMOUR HUMAIN / AMOUR DIVIN
Qu’est-ce que l’amour humain? Qu’est-ce que l’amour divin?
Quelle raison d’être de l’un et l’autre?
Comment passer de l’un à l’autre et pourquoi?
Une thématique autour de laquelle j’évolue depuis, m’en rapprochant quand l’expérience y fait écho, m’en éloignant alors que le doute et la confusion m’assaillent.
L’amour selon Platon a un caractère relatif, puisqu’il est toujours amour de quelque chose qui nous manque, que nous désirons et qui nous est naturellement propre. *
L’amour est en sentiment qui met l’homme en relation avec l’autre dans le sens large du terme: une autre personne, le monde, la beauté…
L’amour humain parle d’attachement, de peurs et projections qui se mettent en branle en écho avec nos blessures de l’enfance. Aimer un autre est une décision, des actes que l’on pose pour faire du bon et du bien à la personne aimée, aimer humainement est donc actif.
L’amour humain idéal serait un amour sans attachement, sans peur, sans plus de névroses qui entrent en écho, qui laisserait l’autre dans une liberté totale d’être, libre de toute instrumentalisation de l’autre, de possession, de projections, de nos blessures…
L’amour de deux êtres se situe probablement entre ces deux pôles.
L’amour divin (ou mystique) est plutôt un état que l’on rejoint, un autre état de conscience, une source continuellement disponible et rejoignable plus ou moins facilement. Moins une action, il est un état que l’on vit, que l’on ressent. Loin d’exclure l’amour humain, ce dernier en fait partie et il est possible de ramener cet amour divin dans la chair, dans une relation humaine au quotidien.
Selon Arjouna Lipschitz pour sublimer une relation humaine, la connexion avec une dimension spirituelle permet à celle-ci de s’élever du fini, du quotidien vers l’infini et l’éternité. Ceci serait un élément essentiel pour que la relation dure et ne soit pas soumise simplement aux hormones, à l’agitation de ceux-ci qui se calme après deux ou trois ans.
Si dans l’amour humain amant et bien-aimé sont deux personnes distinctes, l’amour divin les voit inséparablement unis.*
Sujet aux nombreuses ramifications, j’ai envie de le développer autour de deux axes qui tournent autour d’un axiome central, tantôt se croisant, tantôt s’éloignant.
Le premier axe de réflexion dans lequel j’ai envie de vous emmener est le suivant: de l’amour humain ou névrotique, sans conscience, vers l’amour divin, absolu, mystique. Pourquoi ce chemin? A quoi peut-il me mener?
Très jeune déjà, aussi loin que je me souvienne, j’avais une vie intérieure riche et merveilleuse: je parlais avec des êtres invisibles, et puis j’étais amoureuse de Jésus. J’étais en connexion avec le monde subtil: les anges, le petit peuple…
Ce n’est qu’à l’adolescence moment de construction de la personnalité par la différenciation et l’opposition à ma famille que j’ai perdu ce contact mystique et ai dévié ma quête d’Amour divin ou absolu vers les garçons, vers les relations amoureuses passionnées, douloureuses où tous les attachements s’exprimaient.
A ce moment, l’énergie sexuelle pure monte et agit de façon puissante sur notre part divine mais également sur notre corps émotionnel (corps formé par toutes les peurs, frustrations et traumas accumulés). Lorsqu’elle traverse ce corps émotionnel, elle nous déroute fortement et amène une confusion dans la perception naturelle des sens faisant dégénérer cette énergie sexuelle pure en force impure.
En pleine non-assurance, car en pleine mutation, en pleine inconscience de ce corps émotionnel de souffrance en moi, j’ai basculé complètement dans la dépendance affective sans conscience. Je remplissais, envahissais, conquérais le terrain de l’humain à 100%. J’ai oublié ces connexions subtiles qui souvent me guidaient et me conseillaient par souci d’être comme les autres; dans mon cas, révoltée, identifiée à mes amis qui fumaient des joints et revendiquaient des possibles autres que ce que la société, les parents nous proposaient: études, travail, mariage, enfant, maison, chien/ chat, voiture, vacances, 13ème mois, assurances…
Elle fut longue cette investigation, faite de tâtonnements à l’aveugle, ma tête de bois qui s’est cognée mille fois contre le même mur espérant l’impossible, espérant un autre résultat, espérant que cela fonctionne cette fois, ne perdant jamais la fois jusqu’à aujourd’hui.
De relation en relation, de bras en bras, peu à peu l’intégration s’est faite, il en a fallu des répétitions, des larmes, mon cœur brisé et des cœurs que j’ai brisés, des chagrins à n’en plus finir et la révolte, la stupéfaction, l’incompréhension, l’assimilation, l’acceptation.
L’enseignement qui se faisait chair à chaque expérience intégrée.
Peu à peu s’élever, se dégager de ses émotions, sortir la tête hors de l’eau et commencer à apercevoir les structures répétitives dans mon fonctionnement, ce à quoi elles faisaient écho, ce qu’elles mettaient en lumière. Discerner ma responsabilité et celle de l’autre, ce que je veux ou pas, ce pour quoi je suis faite ou pas, ce que je peux accepter ou pas. Un travail toujours en cours…
Commencer à aimer, à aimer mieux, à m’aimer mieux et mieux aimer l’autre pour qui il est et de moins en moins pour ce qu’il comble en moi, pour ce que je projette à travers lui, pour ce que je ne crois pouvoir être ou faire sans lui. Comprendre mes motivations à vouloir être en relation, les décortiquer…Et commencer même à aimer sans vouloir posséder, laisser l’autre libre et apprécier le voir “comme un vol d’hirondelles, libre et sans autre chemin que celui tracé par ses ailes”*3. S’étonner de ne plus avoir peur de perdre, apprécier, partager ce que je suis, moins d’attentes, plus de conscience dans l’attachement et donc plus d’appréciation de se laisser s’attacher, de se laisser être avec nos forces et faiblesses, le plaisir même de souffrir d’amour, par amour, se sentir humain et vulnérable, divin et infini à la fois.
Ce chemin, long chemin, pour aboutir à une sorte d’amour qui n’a même plus besoin d’objet d’amour, qui n’a plus besoin d’un compagnon pour être vécu.

Un amour qui nous baigne dans un état amoureux permanent, amoureuse de l’amour, transcendance de ces épreuves passées comme une alchimie qui a pris une éternité à se réaliser.
Le contact direct avec l’âme, siège de la béatitude, me procure un ressenti organique qui me permet de percevoir l’amour sous sa forme absolue, au delà de mon corps, palpable dans l’atmosphère, présent en tout et en tous.
Vivre le subtil dans chacune de ses cellules, à travers son propre souffle, des moments intenses d’auto-suffisance ou plus aucun besoin n’émerge car tout est là, tout à toujours été là, tout sera toujours là, se sentir être ce tout.
L’expérience réelle que oui, nous sommes tous un, que tout est baigné d’amour, même la haine.
Ne plus se sentir limité par les limites de son propre corps, se sentir immense, absolu, se sentir être l’autre, ne plus avoir peur, s’ouvrir à une confiance aveugle, résistante à toute épreuve. Ce fut une période de vie où le mysticisme prit sa place tout seul au profit d’un état d’extase en communion avec le subtil sans effort.
Et puis, ce nouveau ressenti s’est transmuté en un accès vers un mieux aimer dans le relatif, dans la chair, l’envie de le vivre dans un amour avec un homme/ compagnon. L’on pourrait ayant connu de tels états, vouloir en rester là, se couper du lien à l’autre, du lien quotidien et simple, vouloir rester dans l’amour éprouvé par les mystiques et les saints, les renonçants, les moines, le garder dans son coeur, ne plus vouloir le vivre dans la chair, le spiritualiser, voir le mentaliser, en tous les cas, se couper des autres, de son corps… oublier l’humain au profit du divin.
J’ai cru cela un moment et ai compris. Compris que pour moi ce n’était qu’une étape pour mieux revenir, regarder le chemin parcouru et comprendre la justesse de chaque étape. Transcender la réalité pour mieux y revenir.
Les amours humains névrotiques m’ont permis de mettre en lumière certaines de mes parts incapables d’aimer, comme un passage obligé vers la découverte de cet amour mystique. L’amour du bien aimé (du divin), qui nourrit intensément ce désir de l’incarner dans la chair dans une relation humaine, amoureuse, sexuelle au quotidien.
Je vois cette expérience comme l’aboutissement d’une grande préparation à aimer avec mon cœur, mon corps, mon humanité non pas un prémisse à l’abstinence ou à l’amour platonique.
La découverte de l’amour divin, mystique, de la source… a été pour moi un passage pour mieux m’incarner et passer de l’individuel à l’altérité et à l’universel. Une étape qui en ouvrant sur l’infini permet d’ouvrir à la vastitude l’amour limité par la chair.
Le deuxième axe de réflexion est celui de la sexualité névrotique VS la sexualité divine.
Le mot névrose désigne un comportement problématique (partie émergée) qui est une réponse à un trauma: violence, abus, viol, humiliation, pression, abandon…(partie immergée), un comportement qui prend possession de moi, qui est plus fort que moi, incontrôlable et qui fait du mal: me fait du mal et/ ou à l’autre.
Certains comportements sexuels névrotiques ne représentent pas réellement un problème lorsqu’ils sont assumés et ne blessent pas l’autre, lorsque l’autre est d’accord d’y répondre en toute conscience, je les appellerais ici: comportements sexuels humains ou sexualité humaine ou sexualité névrotique en conscience.
D’autres comportements sexuels névrotiques sont de véritables atteintes à l’autre (viol, abus, violence…).
Même un comportement sexuel névrotique en apparence anodin (fétichisme de la lingerie par exemple), devient un problème lorsque ce comportement devient une nécessité à l’acte sexuel (lorsque la personne a besoin de lingerie pour avoir des relations sexuelles). L’autre devient l’instrument utilisé au service de la satisfaction d’un désir, l’on quitte le registre du langage corporel pour être uniquement dans l’écoute de l’ego, du mental et des ses aspirations.

La sexualité humaine ou névrotique en conscience vue comme l’expression de la personnalité, de notre corps émotionnel dans les rapports intimes quels qu’ils soient (seuls, à deux à 3, 4 … hétérosexuels, homosexuels, transgenres…).
Le sexualité sacrée ou tantrique propose de lâcher les objectifs (orgasme, performance, séduction, stratégie amoureuse…) et à revenir dans la magie de l’instant. Il ne s’agit plus de faire quelque chose mais de laisser les corps parler, les mouvements se dessiner par eux-même sans intention. L’ouverture à la dimension spirituelle donne une teinte d’absolu aux ébats des amants lorsqu’ils s’unissent. Hors de la séduction, du désir d’être aimé, il s’agit d’offrir et de s’offrir à l’autre dans la spontaneité la plus totale.
Le tantrisme étant une voie de (re)-découverte de soi, il inclut la sexualité mais n’est pas du tout centré uniquement sur cet aspect. La voie tantrique peut-être confrontante lorsque nous faisons face à nos limitations, nos peurs, nos croyances erronées… tout ce que nous avons mis en place et qui contribue à notre propre malheur et souffrance. Il utilise aussi l’énergie sexuelle (et principalement dans le massage tantrique) ou l’énergie vitale, énergie qui comprend toutes les parties de notre être, énergie intense qui nous permet de nous confronter à toutes nos parts à tous les plans.
Dans cette approche du massage tantrique, l’idée est de faire (re)-circuler cette énergie de vie dans toutes les parties du corps afin de relever d’éventuels blocages énergétiques, émotionnels… L’énergie sexuelle est donc mise au service de notre santé.
“Inventons une passion non sentimentale fondée sur l’absolue présence à l’être qui est dans nos bras, libérons-nous de la peur d’être abandonné qui nous étreint au premier baiser et nous force à la manipulation”. (Daniel Odier)
J’aime aussi l’idée de créer de l’espace, dans la fluidité des mouvements des corps à l’unisson, se laisser aller ensemble à l’inconnu, laisser tomber les rôles et ré-inventer la vie à chaque instant.
Lors de mes stages de massage tantrique dans la capitale bruxelloise, j’ai plusieurs fois entendu : “Moi maintenant je ne veux plus que de la sexualité sacrée”, mots qui entrent en écho en moi de façon étrange. De suite, je me dis que je ne prévois pas à l’avance quel rapport je souhaite avoir. Je me dis que peu importe où j’en suis dans mon parcours, je laisse parler mon corps lors des échanges intimes et pas ma tête. J’aime laisser une place à la créativité incessamment renouvelée dans la sexualité, sans suivre de code, de schémas, d’expérimenter afin d’en découvrir toutes les facettes.
Bien entendu l’ego aspire parfois à être ailleurs que là où il est, mais cela ne sonne plus juste ou naturel pour moi à présent, de prétendre à une autre sexualité que celle inspirée par l’intelligence des corps dans le silence de la pensée, sans projection peu importe ce qui se dessinait.
Krishnamurti dit d’ailleurs: “En comprenant ce que vous êtes s’amorce en vous un processus spontané de transformation, alors qu’en devenant ce que vous croyez devoir être, il n’y a pas de trace de changement, c’est simplement la même chose qui continue sous une autre forme”. Il suffit de voir ce qui est et cela se transforme tout seul, dans la fluidité non plus dans la résistance.
Les fantasmes, les envies, désirs ont toute leur place dans notre vie d’humain et ils serait bien triste de ne pas les écouter, de ne pas saisir ce qu’ils viennent nous dire de nous-même. Souvent lorsque nous les accueillons, ils sont – si nous n’en devenons pas leurs objets mais restons bien le sujet de ceux-ci – des précieux alliés de connaissance de soi.
Attention à ne pas nous perdre dans les promesses qu’ils nous font miroiter, qu’ils ne tiennent que très rarement. Les utiliser comme déclencheur d’un impulse, non pas comme un but en soi.
Je crois qu’à partir d’un moment tout de même (dans mon expérience, je ne prétends pas universaliser ce que j’expérimente) la sexualité centrée uniquement sur le fantasme, sur les plaisirs de son corps, de sa personne, de son ressenti, sans réelle connexion à l’autre, don à l’autre, célébration de l’autre, de la relation, de l’amour; nous fait plafonner dans un registre limité de plaisir et nous pousse à rechercher le renouvellement de cette expérience dans l’espoir d’une plus grande réalisation qui ne vient pas, pas comme ça.

Les fantasmes font partie de notre personnalité qui englobe également nos émotions et ne sont nullement à éradiquer. Ils sont tous deux des indicateurs de comment nous nous sommes construits en réaction face à l’environnement familial, culturel, sociétal, comment nous avons construit ce corps de souffrance ou corps émotionnel.
Selon Barry Long (maître spirituel et écrivain australien), au plus nous nous laissons aller à cette sexualité névrotique en écoutant notre pénis ou vagin émotionnel pour reprendre ses mots, au plus nous devenons l’esclave/ l’objet de nos envies sexuelles, au plus nous nous éloignons de ce qu’est réellement faire l’amour de façon divine.
Selon moi (en toute humilité), de la même façon que nos amours humaines sont des marches vers l’amour transcendant, la sexualité humaine est une étape dans notre sexualité et peut le rester toute notre vie, l’important étant la conscience de nous même et de l’autre et l’intention que nous posons dans le rapport intime avec ce dernier: Est-ce que j’utilise l’autre pour mon propre plaisir? L’autre consent-il avec plaisir à faire ce que je désire? Suis-je dans une posture de célébration d’une réelle rencontre à l’autre? Dans un partage d’intimité à travers cette expérience? Suis dans le “faire l’amour” ou dans un partage de sexualité? Suis-je dans un élan sincère ou dans une stratégie?
Ainsi faire l’amour peut être un acte totalement égoïste comme un acte de don de soi dans l’écoute de l’autre, un acte auto-centré ou une réelle rencontre, un acte stérile ou un acte créateur.
En conclusion, je crois qu’en vivant pleinement notre sexualité névrotique en conscience, en laissant parler, voir en exagérant ce qui nous appelle, nous avons plus de chance de passer à une sexualité plus divine qu’en reléguant aux oubliettes ces envies qui émergent de nous.
Se rappeler que “La vie n’a qu’un sens: être vivant”. *4
Regarder et accepter qui je suis pour permettre à ce qui est de se transformer naturellement.
Faire des aller-retour entre le fini et l’infini, ne rien rejeter, se laisser se dilater et se contracter dans ces mouvements comme l’inspir (retour à soi) et l’expir (abandon de soi).
Ne pas être que dans la matière et ne pas aspirer à la quitter non-plus.
Se rappeler de la parfaite imperfection que nous incarnons, que l’aspiration au divin n’empêche pas la vie mais nous invite à la célébrer plus encore dans l’altérité.
*1- MARAGUIANOU, Evangelie, L’amour et la mort chez Platon et ses interprètes, Tours, 1990, p. 12.
*2- L’amour humain et l’amour divin dans “la porte étroite” et “la symphonie pastorale” d’André Gide par Aleksandra Cvorovic
*3- Jeanne Cherhal L’art d’aimer, Album L’an 40.
*4 – Daniel Odier, “Une sexualité au parfum d’inconnu”, Interview paru dans Nouvelle clé.
Violences urbaines
Oui, je sais, ça n'a rien de positif, rien de réjouissant, rien de lumineux. C'est juste un fait.
Et je le poste ici car si un jour, la suite de "LES HEROS SONT TOUS MORTS" est publiée (deux tomes finis, le quatrième en construction dans ma tête), quelqu'un aurait envie de me dire que ce que je décris est exagéré, je lui répondrais que les recherches que j'ai faites sur les violences urbaines ne relèvent pas de mon imagination. Ce sont des études publiées sur des sites officiels de gendarmerie et du ministère de l'intérieur. Même ici, dans le département de la Creuse, les deux gendarmes avec lesquels j'ai discuté, me témoignent d'une accélération du processus dans les quelques petites villes. Je vous laisse imaginer la situation dans les grandes villes. Paris, Lyon, Marseille, Grenoble, Lille etc ...
Rixes entre bandes rivales : "On note une évolution de la gravité des violences depuis une trentaine d'années", constate un sociologue
Alors qu'un garçon de 14 ans est mort après une rixe dans les Yvelines dans la nuit de samedi à dimanche, Thomas Sauvadet explique que de plus en plus d'adolescents des quartiers populaires adoptent les méthodes du banditisme.
Article rédigé par
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Radio France
Publié le 27/11/2022 19:43
Temps de lecture : 3 min.

Une zone sécurisée par la police nationale à Epinay-sous-Sénart (Essonne), après une rixe mortelle, en février 2021. Photo d'illustration. (PH LAVIEILLE / MAXPPP)
Il y a un rapprochement entre "le milieu des bandes de jeunes et celui des voyous avec achat-vente de cannabis, d'armes, des tentatives de meurtre, les séquestrations, les actes de torture", estime dimanche 27 novembre sur franceinfo Thomas Sauvadet, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil après la rixe survenue à Coignières dans les Yvelines au cours de laquelle un garçon de 14 ans est mort. "On note une évolution de la gravité des violences entre bandes rivales depuis une trentaine d'années", affirme ce spécialiste des bandes de jeunes et des trafics de stupéfiants dans les quartiers de la politique de la ville.
franceinfo : Le phénomène de bandes rivales n'est pas nouveau mais est-ce qu'il a tendance à augmenter ?
En termes de volume, c'est difficile de voir une évolution mais on peut noter une évolution au niveau de la gravité de ces violences et ce depuis une trentaine d'années. La théorie qu'on partage avec différents collègues, c'est qu'il y a un rapprochement dans beaucoup de quartiers - notamment des quartiers prioritaires de la politique de la Ville mais pas uniquement - entre le milieu des bandes de jeunes qui étaient traditionnellement du côté de la virilité - un monde plutôt ouvrier - et celui des voyous, avec le chômage et le monde du trafic de stupéfiants. Il y a des liens de plus en plus fréquents entre les bandes de jeunes et le milieu des voyous avec achat-vente de cannabis, d'armes, des tentatives de meurtre, les séquestrations, les actes de torture... Des actes autrefois réservés au milieu des voyous et qu'on retrouve aujourd'hui dans le milieu des bandes de jeunes qui ont parfois 14, 15 ou 16 ans.
Est-ce qu'on n'est pas encore un peu un enfant à 14 ans ?
En sociologie, on parle d'adolescence mais il y a aussi des bandes d'enfants âgées entre 7 et 10 ans où on ne retrouve pas ces phénomènes-là mais où il y a un apprentissage de la violence avec des coups de bâtons, des lance-pierres, etc. Ensuite, entre l'adolescence et jusqu'à la vingtaine c'est vraiment là où on constate le plus grand nombre de bagarres de bandes. Après la vingtaine, ça se tasse : soit les jeunes sortent du monde des bandes, soit ils continuent leurs carrières délinquantes dans le monde des voyous.
Qu'est-ce qui motive ces bandes ? C'est une guerre de territoire ou bien encore d'influence ?
Les bandes de jeunes en milieu populaire ce sont souvent des garçons qui viennent de familles du quartier en difficulté avec des problèmes familiaux, scolaires ou professionnels et qui se regroupent pour investir l'espace public. C'est ce qui différencie la bande du groupe de pères : la privatisation de l'espace en disant "C'est chez nous, c'est notre quartier, c'est notre terrain de foot, c'est notre rue, c'est notre banc public..." Ça créé des conflits avec l'environnement - auparavant régulés par les adultes - et donc il y a une montée en puissance de ces bandes de jeunes qui affirment leur culture de bandes.
Les réseaux sociaux ont-ils amplifié le phénomène ?
Les réseaux sociaux ont aggravé le phénomène avec tout ce qui est lié aux provocations, aux mises en scène, avec les possibilités d'échanges d'informations pour les regroupements. Ça peut concerner plus de monde qu'auparavant. Et puis il y a aussi une culture de bandes liée au milieu des voyous mais aussi liée au milieu du rap et notamment du gangsta rap et ce même dans des villes relativement tranquilles, parfois même dans des villages ou dans des beaux quartiers parisiens. On peut y voir des jeunes qui consomment cette culture de bandes, valorisée par des stars du milieu très populaires. Il y a donc toute une industrie, toute une culture et tout ça peut monter à la tête d'un ado de 14 ans même s'il n'habite pas dans un quartier prioritaire de la ville d'Ile-de-France.

