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"Le galion des étoiles"

Par Le 04/12/2022

Les articles du site "Le galion des étoiles", vraiment, c'est très, très intéressant.

Des présentations de livres, films, documentaires, des textes très bien écrits, un très beau graphisme.

 

" Un individu seul peut-il changer le monde ? Ou faut-il s’en tenir à la psychohistoire d’Hari Seldon dans Fondation, et considérer que seul le collectif peut influencer un changement de trajectoire ? Ce genre de question est très actuel, notamment avec le changement climatique. Les petits gestes ou les grandes politiques ? Si je ne jette pas ma canette dans la poubelle jaune, le monde s’en trouvera-t-il plus mal ? Les chefs d’États sont-ils assez influents pour inverser le cours des choses ? La grande erreur, souvent, est de poser justement l’alternative : l’un ou l’autre, un ou bien… ou bien kierkegaardien mal compris. L’alternative est dans l’individu lui-même, un choix qui se pose à lui dans sa propre existence, comme Patricia. Le choix l’engage d’une vie à l’autre, et dans chacune des réalités parallèles, d’autres choix la font évoluer, de telle manière qu’en tant qu’individu, on ne peut pas s’en remettre au collectif, c’est au particulier de se réaliser dans le général."

https://www.legaliondesetoiles.com/Mes-vrais-Enfants--My-Real-Children--Jo-Walton--2014_

 

            

Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014

 

 Un article ajouté/rédigé par  | 27/10/2022 | Lu 113 fois


 

⚓️TAGS : 2014, Jo Walton

Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014

Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014

Est-ce parce qu’elle est galloise que Jo Walton me rappelle tant Ken Follett dans son écriture ? L’un et l’autre sont capables de vous attraper dès les premières lignes et vous tenir captifs jusqu’au bout. C’est tellement prenant que nous ne lisons plus des suites de phrases, nous basculons dans l’histoire, on se trouve en contact direct avec les personnages, c’est une expérience de virtualité très marquante.

Dans ce livre, on suit les deux vies de Patricia Cowan, une femme née dans l’entre-deux guerres en Angleterre. Un jour, un homme lui lance un ultimatum : ils se fréquentent depuis quelques temps, mais si elle souhaite faire sa vie avec lui, elle doit se décider à l’instant. Cette décision entraîne une divergence.

– Oui, elle se marie avec lui, elle deviendra Tricia puis Trish,

– Non, elle reprend sa liberté, on l’appellera alors Patsy ou Pat.

De ce choix découlent deux mondes alternatifs. L’astuce narrative est assez classique, que serions-nous devenus si nous avions fait un autre choix à un instant crucial ? La force de Jo Walton, c’est de tirer minutieusement les deux fils, sans fausse symétrie. Chaque chapitre alterne les deux réalités et couvre des périodes plus ou moins longues, pas toujours les mêmes d’ailleurs, ce qui renforce l’idée que ces deux vies sont indépendantes l’une de l’autre. La divergence est si radicale que les moments forts de chacune des vies de Patricia l’emmènent dans deux parcours radicalement différents.

Lire la suite de l’article de Bruno Blanzat pour Le Galion des Etoiles :

Mes vrais Enfants | My Real Children | Jo Walton | 2014 (legaliondesetoiles.com)

Forêts et évapotranspiration

Par Le 04/12/2022

Sur nos 4700 m² de terrain, on a passé cette semaine le cap des cent arbres plantés. La plupart viennent des forêts du secteur : des jeunes arbres condamnés, soit parce qu'ils poussaient sur une piste forestière et qu'ils seraient écrasés par les engins forestiers qui y circulent, soit parce qu'ils poussaient sous de très grands arbres et qu'ils n'auraient pas eu de place pour se développer : cèdres, épicéas, sapins, mélèzes, bouleaux, saules marceau, sureau, saules communs, noisetiers, châtaigniers, robiniers faux acacias, etc... On y ajoute d'autres arbres : févier d'Amérique, olivier de Bohême, sorbier des oiseleurs etc... puis divers arbustes fruitiers ou pas. 

Je vais entamer le creusement d'une mare à un endroit où se trouve sans doute un passage d'eau, prolongement probable du réseau qui alimente le puits. L'herbe y reste verte même en plein coeur de l'été. Terrain parfait pour les saules et objectif de mise en place de plantes aquatiques avec l'espoir de voir toute la faune d'insectes d'eau : larves de libellules, girins, notonectes, dytiques, phyganes etc...

L'objectif final, j'en ai déjà parlé ici, c'est le "jardin-forêt." 


 

Tout ça, cette vie en "plein sol", j'en suis arrivé, encore une fois, à la mettre en mots dans un roman, celui que je viens de finir, le tome 3, la suite de "LES HEROS SONT TOUS MORTS"

 

 

LE DESERT DES BARBARES

CHAPITRE 6

Tian et Louna avaient été invités à participer aux divers travaux de la communauté. Emma et David leur avaient expliqué les fondamentaux de la permaculture. Anciens ingénieurs agronomes, ils avaient quitté leur travail pour se lancer dans le maraîchage. Ils connaissaient Sophie et Tristan et ils avaient acheté en commun les vieilles bâtisses du hameau. Quatre maisons d’habitation, cinq granges avec sol bétonné pour trois d'entre elles, l’ensemble formant approximativement un demi-cercle. Les façades tournées au sud avec une grande esplanade en dalles calcaires. Une des granges avait été aménagée en salle commune. David avait raconté les premiers mois, la somme considérable de travaux, l’engagement de tous pour la communauté, les forces associées dans un projet qui réclamait une entente parfaite.

Avant de rejoindre le front islamique, Moussad avait travaillé comme charpentier-couvreur. Il avait donc repris l’ensemble des toitures. Didier avait usé de ses talents de bricoleur pour réaliser des aménagements intérieurs, revoir les installations électriques et les relier aux panneaux solaires. Des batteries dispensaient toute l’énergie nécessaire à la communauté. Les quatre maisons d’habitation étaient reliées à une source dont le débit permettait une alimentation permanente, en plus de l’arrosage des potagers. Des citernes en béton récupéraient l’eau de pluie en complément. Une mare de belle taille offrait un refuge idéal aux insectes aquatiques, larves en tous genres, amphibiens et petits poissons. Toutes les cultures légumières étaient protégées de l’ardeur du soleil par des arbres fruitiers et divers feuillus. Trois hectares de terre attenant. Du terrain agricole dont personne ne voulait. Des champs de cailloux juste bons pour la pâture. La permaculture avait donné vie à ces terres abandonnées.

« Il s’agit de créer et de développer un micro climat. »

Emma était passionnée par son travail. Elle aimait partager. Tian et Louna l’écoutait avec attention. Louna aimait la force qui émanait de cette femme, une énergie qui l’enthousiasmait et qui la stimulait. Elle réalisait aussi en l’écoutant la quantité de savoirs qu’il lui faudrait enregistrer et elle en vint à se dire qu’elle avait perdu beaucoup de temps à étudier des choses inutiles.

« Les arbres protègent des intempéries les plus violentes et avec l’évapotranspiration, une certaine humidité est maintenue, une sorte de micro-climat. L’agriculture qui considère que tout doit être compartimenté dans des surfaces clairement délimitées ne comprend rien à la nature. Retourner le sol contribue uniquement à tuer toute la vie qui s’y trouve. D’où la nécessité d’utiliser des engrais. C’est juste un commerce qui a anéanti les formes primitives de l’agriculture alors qu’elle est la seule à préserver la vie du sol. Le sol ne doit jamais être mis à nu. On récupère de la paille dans la vallée en échange de travaux dans l’exploitation. Un paysan qui nous soutient et se retire peu à peu de l’agriculture intensive. Le paillage et l’utilisation du broyat enrichissent le sol. Tous nos déchets végétaux retournent au compost. Il nous a suffi de quatre années pour doubler la production de légumes. Maintenant, on a multiplié par dix. Nos produits sont très appréciés par les restaurateurs et les particuliers. On est bien connu maintenant et le bouche à oreilles suffit à assurer notre clientèle et nos revenus. L’argent est mis en commun et nous débattons régulièrement des achats nécessaires.»

Tian se réjouissait de chaque instant. L’idée qu’il ne devrait jamais repartir ne le quittait plus. Il se sentait brûlant, une chaleur bienheureuse, une euphorie intérieure qui lui donnait envie de rire.

Louna s’en était aperçu. Depuis si longtemps qu’elle ne l’avait vu pleinement heureux. Même avec elle.

Ils découvrirent que le repas du midi n’avait pas cours dans la communauté. Il s’agissait d’adapter le corps au manque. L’habitude du jeûne était une force et non une simple privation.

« Beaucoup trop d’humains vivent dans un pillage inconscient. Pillage de nourriture, de ressources minières à travers des achats compulsifs qui n’ont aucune utilité, sinon celle de se croire vivant. C’est leur intégrité spirituelle qu’ils pillent puisqu’ils finissent par ne plus être ce qu’ils portent en eux mais uniquement ce qu’ils portent sur eux et qu’ils possèdent autour d’eux. Et la nourriture qu’ils ingurgitent inconsidérément relève du même phénomène. Entre l’être et l’avoir, les sociétés matérialistes ont fait leur choix. Nous sommes tous des êtres parfaits, nous détenons tous la possibilité d’une vie juste et sereine. Mais les exemples qui sont enseignés conduisent les humains à la misère intérieure. Combien d’êtres sont réellement heureux ? Il m’arrive de penser qu’un grand nettoyage serait nécessaire. »

David était amer et il l’exprimait. Il n’aimait pas les sociétés matérialistes et il ne se privait pas pour en donner les raisons.

« Combien de personnes ont lu Krishnamurti ou d’autres réels enseignants spirituels ? C’est à croire que les gens ne veulent pas être libres, que leur esclavage mental et matériel leur convient parfaitement. Combien de personnes s’interrogent sur leur parcours de vie ? Combien comprennent l’importance de la spiritualité ? Moi, j’ai pris une baffe monumentale un jour. Le jour où je me suis détesté. Puis j’ai compris que c’était ma vie que je détestais et que je devais me retrouver. Qu’il y avait en moi un être bon et juste, lucide et libre. Et j’ai rencontré Emma. La vie m’apportait la preuve que j’avais raison. J’ai démissionné, Emma aussi et on est arrivé ici. On ne vit pas dans le confort matériel mais dans le bonheur intérieur. C’est juste ça qu’il faut parvenir à établir. »

 

https://lareleveetlapeste.fr/sil-ne-pleut-pas-dans-le-desert-cest-parce-quil-ny-a-pas-darbres-et-non-linverse/

 

« S’il ne pleut pas dans le désert, c’est parce qu’il n’y a pas d’arbres, et non l’inverse ! »

 

Pour avoir de l'évapotranspiration il faut couvrir nos sols de végétaux verts, donc vivants. Il faut aussi de l'eau dans le sol.

8 août 2022 - La Relève et La Peste

Forêts est le seul livre en France à faire un tour d’horizon aussi complet sur notre monde végétal. Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation… bien d’autres sujets vous attendent pour vous émerveiller et vous donner une dose d’inspiration positive.

- Thème : Intelligence et communication, protection des forêts, déforestation, santé…
- Format : 300 pages
- Impression : France

 

Commander

Pierrick Berthou est agriculteur, producteur de lait bio à Quimperlé, en Bretagne. En 2003, la canicule meurtrière qui s’abat sur la France lui fait prendre conscience de la valeur inestimable de l’eau. Depuis, il s’est formé pour apprendre à gérer de la façon la plus résiliente possible cette ressource indispensable à la vie. Il a souhaité nous livrer ses apprentissages, avec une leçon clé : il nous faut réapprendre à connaître le cycle de l’eau et favoriser le phénomène d’évapotranspiration pour empêcher les sécheresses.

Les leçons du passé

« Depuis la nuit des temps, l’eau est une préoccupation pour l’être humain : soit il y en a trop, soit il en manque, jamais content ! D’ailleurs, de nos jours, il n’y a guère que les paysans qui s’en préoccupent. Les paysans sont vraiment stressés par l’eau. Pour les autres, leurs contemporains, du moment qu’il y a du soleil et que l’eau coule abondamment du robinet, tout va bien. 

Justement, le problème est là : tant que l’eau coule du robinet, tout va bien.

Actuellement, nous ne payons pas l’eau en tant que telle, notre facture d’eau correspond aux traitements de l’eau et à son acheminement. Or, il suffit d’imaginer qu’un jour l’eau ne coule plus du robinet. Et, cette possible imagination devient déjà réalité. Avec la sécheresse qui frappe l’Hexagone, ce sont déjà 100 communes qui se retrouvent aujourd’hui sans eau potable en France.

Mais sachons bien, qu’avant que l’eau ne coule plus du robinet, des personnes auront pris les devants pour nous faire acheter l’eau dont nous avons besoin. C’est ce que l’on appelle la marchandisation de l’eau. Alors, un véritable business très lucratif se mettra en place. Tout est fait pour nous faire accepter cette idée totalement folle. A moins que nous ne réagissions dès maintenant.

Lire aussi : L’eau devient cotée en bourse à Wall Street, une menace pour son statut de bien commun

Le passé regorge d’exemples de réussite sur la gestion de l’eau :

1000 ans avant notre ère, les ancêtres des Aztèques vivaient dans l’actuel Mexique, une zone géographique plutôt aride. Ils avaient mis au point des techniques de récupération d’eau de pluie. A ces techniques s’ajoutaient des terrasses sur les flancs des collines afin de ralentir le ruissellement de l’eau de pluie.

L’alliance de ces différentes techniques permettaient aux Aztèques d’avoir de l’eau, donc de la nourriture toute l’année. Ces techniques vieilles de 25 siècles (2500 ans) sont à nouveau étudiées au Mexique, justement, pour faire face à la pénurie d’eau. Notamment dans la vallée d’Oaxaca.

Les Incas, ancêtres des péruviens, avaient, eux aussi, mis en place des techniques de récupération d’eau en haut des montagnes et/ou des vallons. Ils laissaient l’eau s’infiltrer lentement.

Cette eau, après avoir été filtrée et enrichie en minéraux, ressortait plusieurs mois plus tard dans la vallée, pendant la saison sèche. Ainsi, ils avaient de l’eau en abondance pour les cultures et pour se désaltérer. Les Incas avaient une connaissance prodigieuse de l’eau et de son cycle. C’est ainsi qu’ils purent développer ces techniques sophistiquées. 

Ces techniques sont largement utilisées et vulgarisées par Sepp Holzer, chez lui, au Krameterhoff, en Autriche. Au Pérou, ces techniques sont, elles aussi, actuellement, remises au goût du jour.

Le Krameterhof : la ferme en permaculture de Sepp Holzer – Crédit : Sepp Holzer

En 2020, en France, nous avons subi durement une sécheresse, comme en 2019 et en 2018, et comme cette année. Comment réagissons-nous ? Où en sommes-nous ? Que faisons-nous ? Pour ainsi dire, rien ! 

Dans les Deux-Sèvres, deux conceptions de gestion de l’eau s’opposent de plus en plus durement. Cela n’est pas pas de bon augure, et laisse imaginer aisément ce qui pourrait se passer si jamais l’accès à l’eau se compliquait. Un climat d’inquiétude et d’insécurité s’emparerait de nous. Et, comme la peur n’est pas bonne conseillère …..

Dans les Deux-Sèvres, deux visions différentes tentent de surmonter ce problème. D’un côté, il y a des agriculteurs qui veulent stocker l’eau pour assurer une irrigation massive et gabegique ; et de l’autre, il y a certains militants qui ne veulent pas entendre parler de stockage de l’eau. Ces deux visions totalement opposées provoquent de vives tensions, alors que, dans un cas comme dans l’autre, c’est la méconnaissance du cycle de l’eau qui est en cause.

Ce qu’il nous faut réapprendre aujourd’hui, c’est favoriser le phénomène d’évapotranspiration d’une région pour lui permettre de rester verte.

Lire aussi : Guerre de l’eau : près de 7000 personnes ont démonté le réseau de pompage d’un projet de méga-bassine

Préserver l’eau au présent

« Il va nous manquer d’eau, donc il faut l’économiser », voilà une phrase à l’emporte pièce qui révèle une erreur d’analyse. A vouloir économiser l’eau, on concourt à sa pénurie en la forçant à aller dans les rivières, donc partir dans les océans. Or, justement, c’est de l’évapotranspiration dont nous avons besoin. 

Les chercheurs Russes Anastassia Makarieva et Victor Goshkov l’avaient théorisé : le cycle de la pluie n’est pas dû a une action chimique, ni physique, mais est le fruit d’une action mécanique, avec comme clef de voûte l’évapotranspiration.

L’évapotranspiration correspond à l’eau transpirée par les plantes vertes ; par exemple un arbre à feuilles caduques rejette dans l’atmosphère autant d’eau qu’il a captée. Un chêne adulte transpire ainsi jusqu’à 1 000 litres d’eau par jour. C’est cette eau qui servira à  »fabriquer » les prochaines pluies un peu plus loin. Grâce à ce phénomène, il pleut plusieurs milliers de kilomètres à l’intérieur d’un continent.

Crédit : Schéma de l’INRAE

Pour avoir de l’évapotranspiration il faut couvrir nos sols de végétaux verts, donc vivants. Il faut aussi de l’eau dans le sol. 

Ceci nous mène tout droit à la façon dont nous pratiquons l’agriculture. Les cultures annuelles (blé- orge-colza, mais aussi riz et soja, ailleurs dans le monde) sont des cultures qui mûrissent, donc jaunissent dès la fin du printemps et ce jusqu’à la fin l’été, c’est à dire lorsque la température annuelle est à son point culminant. Cela induit deux phénomènes : tout d’abord la chute de l’évapotranspiration et un fort développement de l’albédo (réverbération du rayonnement solaire).

Quant au maïs, culture emblématique de notre agriculture industrielle, il n’est pas sans reproches puisque, dès le mois de mars, les agriculteurs ouvrent leurs terres par le labour et offrent les sillons aux forts vents (de nord et d’est) et au soleil. C’est ainsi qu’en une seule journée, ce sont des centaines de mètres cubes d’eau qui s’évaporent. Tout ceci est amplifié par l’arasement des talus où s’érigeaient de nombreuses haies brise-vent. 

Lire aussi : La France perd chaque année 8 500 km de haies : « dans tous les départements, il y a urgence à replanter. »

Deux mois plus tard, ces mêmes maïsiculteurs se plaignent du manque d’eau en oubliant ce qu’ils ont fait deux mois auparavant. Sans oublier qu’entre les premiers labours et la fin juillet le sol restera souvent quasiment nu, sans couverture végétale. Depuis quelques années, la mise en place de couverts végétaux est obligatoire en zone vulnérable, pour la certification en dérogation au verdissement de la PAC et pour les surfaces d’intérêt écologique. 

Une avancée salutaire mais encore insuffisante. Nous voyons bien qu’il va falloir revoir notre manière de cultiver nos terres et sans doute faire des choix agricoles.

L’irrigation massive est un cache misère de la catastrophe qui se déroule sous nos pieds : la chute du taux d’humus de nos sols.

Ainsi que l’explique Vandana Shiva dans le livre-journal Vivant, “les sols riches en matière organique qui crée de l’humus peuvent retenir 90% de leur poids en eau. Les sols vivants sont le plus grand réservoir à la fois d’eau et de nourriture”.

L’irrigation massive ne pourra bientôt plus compenser ce problème. La première réserve d’eau est donc le sol et sa richesse en humus ! 

Lire aussi : Ce ne sont pas les forêts qui meurent, mais surtout des plantations d’arbres

Paolo Lugari est un homme vraiment exceptionnel. En effet, au cœur de l’Amérique du sud, cet homme a relevé un défi surhumain. Il a entrepris de réhabiliter une zone qui souffrait de maux terribles : chaleurs excessives, manque d’eau, et l’eau qui s’y trouvait était d’une qualité plus que douteuse, la terre était acide, bref ce n’était pas le paradis.

Il a établi un plan d’action précis. Le pivot de cette action était de rétablir l’évapotranspiration. Pour cela, il planta 8 000 hectares de forêts. 25 ans plus tard, le constat est sans ambiguïté. Les précipitations ont augmenté de 10%, la température moyenne a baissé de 3°, la qualité de l’eau est retrouvée.

D’une zone hostile, il en a fait un endroit où il fait bon vivre et où les projets sont possibles, car une économie s’est développée. Aujourd’hui, ce sont 6,3 millions d’hectares qui sont en cours de réhabilitation. D’une zone de désespoir, cet homme a su recréer un avenir à Las Gaviotas.       

Crédit : Las Gaviotas

Taméra, au Portugal, voilà un domaine qui périclitait par manque d’eau. Enfin, c’est ce qu’ils croyaient. Car, ils recevaient, tout de même, 500 millimètres de pluie en moyenne chaque année. 500 millimètres pour beaucoup de personnes c’est peu, et cependant, aujourd’hui, à Taméra , ils ne souffrent plus du manque d’eau. Ils ont fait appel à Sepp Holzer, qui a étudié leur domaine. Il leur a proposé une stratégie de récupération de l’eau de pluie basée sur des bassins de rétention qui favorisent les infiltrations lentes ( contrairement aux « bassines »). 

Ces bassins de rétention ont permis de recharger les aquifères et aux terres environnantes d’être régulièrement humidifiées. A Taméra, ils ont débuté, un peu sceptiques, par un bassin de rétention. Aujourd’hui, convaincus et confiants, ils projettent de créer une douzaine de ces structures.

Détail important, chaque bassin de rétention est systématiquement accompagné d’une plantation arbustive et d’une végétalisation verte massive afin de favoriser, là encore, l’évapotranspiration.

Tamera avant/après – Crédit : Simon du Vinage

Maintenant, Taméra est un domaine où la vie est paisible et les projets possibles. Nous pouvons même dire que les projets foisonnent. En quelques années, ils sont passés d’une situation catastrophique à une situation telle qu’ils aident à l’émulation. Quel changement !

La Maurucie était une région prospère, peuplée de nombreux arbres, les pluies étaient abondantes et régulières. La terre était riche, grasse, profonde. A leur arrivée, les Romains voulurent en faire le grenier à grain de Rome. Dès lors, débuta la déforestation, le labour et l’implantation des céréales. Cela perdura bien au-delà de l’effondrement de l’empire Romain. 

Les sécheresses, les canicules et les inondations ne sont pas une fatalité. Avec quelques principes bien ciblés, nous pouvons inverser la situation, tels que le ralentissement du ruissellement, favoriser l’infiltration de l’eau partout où cela est possible avec toutes sortes de techniques (bassins de rétention, tranchées d’infiltration, baissières etc), plantation massive d’arbres, végétalisation verte de notre environnement, campagnes et cités, pour remettre en route l’ évapotranspiration. 

Mark Shepard, agriculteur américain, de la New Forest Farm dans le Wisconsin nous dit : « il faut faire en sorte que chaque goutte d’eau de pluie qui tombe sur votre ferme y reste le plus longtemps possible ». 

Ces techniques sont simples et peu onéreuses, appliquons-les. N’attendons pas que la France et même l’Europe deviennent la Maurucie. Aujourd’hui, la Maurucie s’appelle le Sahel. » Pierrick Berthou

Crédit photo couv : Oasis d’Adjir près de Timimoun, Algérie – George Steinmetz/Corbis

8 août 2022 - La Relève et La Peste

"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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Forêts

Notre nouveau livre «Forêts » est le seul livre en France qui propose un tour d’horizon aussi complet sur le monde végétal. Ces géants immobiles, nichés entre ciel et terre, sont apparus il y a plus de 400 millions d’années. Ils ont été les premiers à peupler notre planète. Ils ont traversé les âges, les tempêtes, un climat aussi varié que puissant, mais ils ne résisteront peut-être pas au passage de l’être humain, qui est en train d’anéantir les écosystèmes les plus riches de la terre. Ingénieur forestier, botaniste, mycologue, philosophe, journaliste, photographe, cultivateur : des plumes scientifiques et poétiques se sont unies pour vous proposer un tour d’horizon le plus complet possible sur notre monde végétal. Des sujets variés pour comprendre nos plus fidèles alliés, savoir comment les protéger et créer, peut-être, un sursaut collectif en devenant des gardiens de la forêt.

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Uma Aum

Par Le 29/11/2022

 

J'ai découvert il y a quelques jours le blog de Uma Aum. Elle vit et travaille à Bruxelles. Thérapeute, massage, yoga, Tantra, Ayurveda.

J'aime beaucoup tout ce qu'elle écrit. C'est clair, limpide, fluide, nullement ésotérique, sans cette pénible et quelque peu ridicule certitude de détenir toute vérité, toute solution comme je le vois parfois sur des blogs de "thérapeute".

Uma fait part de ses difficultés de femme, d'être humain, ses doutes, ses traumatismes, ses questionnements, son cheminement intérieur et celui de son existence en général.

Ses découvertes aussi, son avancée personnelle, ses révélations, ses moments de joie et de plénitude.

Le cheminement d'une femme qui s'interroge, trouve des réponses, souffre, jouit, se réjouit, se remplit de la beauté du monde, de ses rencontres, raconte son travail, l'engagement dans cette voie de partage, son regard sur les hommes et sur les femmes, sur la sexualité, sur l'amour, sur la vie quotidienne et sur la vie intérieure, une exploration corps et âme.

La lecture de ses articles ressemble à un roman.

J'aime beaucoup.

 

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AMOUR HUMAIN / AMOUR DIVIN

Qu’est-ce que l’amour humain? Qu’est-ce que l’amour divin?

Quelle raison d’être de l’un et l’autre?

Comment passer de l’un à l’autre et pourquoi?

Une thématique autour de laquelle j’évolue depuis, m’en rapprochant quand l’expérience y fait écho, m’en éloignant alors que le doute et la confusion m’assaillent.

L’amour selon Platon a un caractère relatif, puisqu’il est toujours amour de quelque chose qui nous manque, que nous désirons et qui nous est naturellement propre. *

L’amour est en sentiment qui met l’homme en relation avec l’autre dans le sens large du terme: une autre personne, le monde, la beauté…

L’amour humain parle d’attachement, de peurs et projections qui se mettent en branle en écho avec nos blessures de l’enfance. Aimer un autre est une décision, des actes que l’on pose pour faire du bon et du bien à la personne aimée, aimer humainement est donc actif.

L’amour humain idéal serait un amour sans attachement, sans peur, sans plus de névroses qui entrent en écho, qui laisserait l’autre dans une liberté totale d’être, libre de toute instrumentalisation de l’autre, de possession, de projections, de nos blessures…

L’amour de deux êtres se situe probablement entre ces deux pôles.

L’amour divin (ou mystique) est plutôt un état que l’on rejoint, un autre état de conscience, une source continuellement disponible et rejoignable plus ou moins facilement. Moins une action, il est un état que l’on vit, que l’on ressent. Loin d’exclure l’amour humain, ce dernier en fait partie et il est possible de ramener cet amour divin dans la chair, dans une relation humaine au quotidien.

Selon Arjouna Lipschitz pour sublimer une relation humaine, la connexion avec une dimension spirituelle permet à celle-ci de s’élever du fini, du quotidien vers l’infini et l’éternité. Ceci serait un élément essentiel pour que la relation dure et ne soit pas soumise simplement aux hormones, à l’agitation de ceux-ci qui se calme après deux ou trois ans.

Si dans l’amour humain amant et bien-aimé sont deux personnes distinctes, l’amour divin les voit inséparablement unis.*

Sujet aux nombreuses ramifications, j’ai envie de le développer autour de deux axes qui tournent autour d’un axiome central, tantôt se croisant, tantôt s’éloignant.

Le premier axe de réflexion dans lequel j’ai envie de vous emmener est le suivant: de l’amour humain ou névrotique, sans conscience, vers l’amour divin, absolu, mystique. Pourquoi ce chemin? A quoi peut-il me mener?

Très jeune déjà, aussi loin que je me souvienne, j’avais une vie intérieure riche et merveilleuse: je parlais avec des êtres invisibles, et puis j’étais amoureuse de Jésus. J’étais en connexion avec le monde subtil: les anges, le petit peuple…

Ce n’est qu’à l’adolescence moment de construction de la personnalité par la différenciation et l’opposition à ma famille que j’ai perdu ce contact mystique et ai dévié ma quête d’Amour divin ou absolu vers les garçons, vers les relations amoureuses passionnées, douloureuses où tous les attachements s’exprimaient.

A ce moment, l’énergie sexuelle pure monte et agit de façon puissante sur notre part divine mais également sur notre corps émotionnel (corps formé par toutes les peurs, frustrations et traumas accumulés). Lorsqu’elle traverse ce corps émotionnel, elle nous déroute fortement et amène une confusion dans la perception naturelle des sens faisant dégénérer cette énergie sexuelle pure en force impure.

En pleine non-assurance, car en pleine mutation, en pleine inconscience de ce corps émotionnel de souffrance en moi, j’ai basculé complètement dans la dépendance affective sans conscience. Je remplissais, envahissais, conquérais le terrain de l’humain à 100%. J’ai oublié ces connexions subtiles qui souvent me guidaient et me conseillaient par souci d’être comme les autres; dans mon cas, révoltée, identifiée à mes amis qui fumaient des joints et revendiquaient des possibles autres que ce que la société, les parents nous proposaient: études, travail, mariage, enfant, maison, chien/ chat, voiture, vacances, 13ème mois, assurances…

Elle fut longue cette investigation, faite de tâtonnements à l’aveugle, ma tête de bois qui s’est cognée mille fois contre le même mur espérant l’impossible, espérant un autre résultat, espérant que cela fonctionne cette fois, ne perdant jamais la fois jusqu’à aujourd’hui.

De relation en relation, de bras en bras, peu à peu l’intégration s’est faite, il en a fallu des répétitions, des larmes, mon cœur brisé et des cœurs que j’ai brisés, des chagrins à n’en plus finir et la révolte, la stupéfaction, l’incompréhension, l’assimilation, l’acceptation.

L’enseignement qui se faisait chair à chaque expérience intégrée.

Peu à peu s’élever, se dégager de ses émotions, sortir la tête hors de l’eau et commencer à apercevoir les structures répétitives dans mon fonctionnement, ce à quoi elles faisaient écho, ce qu’elles mettaient en lumière. Discerner ma responsabilité et celle de l’autre, ce que je veux ou pas, ce pour quoi je suis faite ou pas, ce que je peux accepter ou pas. Un travail toujours en cours…

Commencer à aimer, à aimer mieux, à m’aimer mieux et mieux aimer l’autre pour qui il est et de moins en moins pour ce qu’il comble en moi, pour ce que je projette à travers lui, pour ce que je ne crois pouvoir être ou faire sans lui. Comprendre mes motivations à vouloir être en relation, les décortiquer…Et commencer même à aimer sans vouloir posséder, laisser l’autre libre et apprécier le voir “comme un vol d’hirondelles, libre et sans autre chemin que celui tracé par ses ailes”*3. S’étonner de ne plus avoir peur de perdre, apprécier, partager ce que je suis, moins d’attentes, plus de conscience dans l’attachement et donc plus d’appréciation de se laisser s’attacher, de se laisser être avec nos forces et faiblesses, le plaisir même de souffrir d’amour, par amour, se sentir humain et vulnérable, divin et infini à la fois.

Ce chemin, long chemin, pour aboutir à une sorte d’amour qui n’a même plus besoin d’objet d’amour, qui n’a plus besoin d’un compagnon pour être vécu.

Un amour qui nous baigne dans un état amoureux permanent, amoureuse de l’amour, transcendance de ces épreuves passées comme une alchimie qui a pris une éternité à se réaliser.

Le contact direct avec l’âme, siège de la béatitude, me procure un ressenti organique qui me permet de percevoir l’amour sous sa forme absolue, au delà de mon corps, palpable dans l’atmosphère, présent en tout et en tous.

Vivre le subtil dans chacune de ses cellules, à travers son propre souffle, des moments intenses d’auto-suffisance ou plus aucun besoin n’émerge car tout est là, tout à toujours été là, tout sera toujours là, se sentir être ce tout.

L’expérience réelle que oui, nous sommes tous un, que tout est baigné d’amour, même la haine.

Ne plus se sentir limité par les limites de son propre corps, se sentir immense, absolu, se sentir être l’autre, ne plus avoir peur, s’ouvrir à une confiance aveugle, résistante à toute épreuve. Ce fut une période de vie où le mysticisme prit sa place tout seul au profit d’un état d’extase en communion avec le subtil sans effort.

Et puis, ce nouveau ressenti s’est transmuté en un accès vers un mieux aimer dans le relatif, dans la chair, l’envie de le vivre dans un amour avec un homme/ compagnon. L’on pourrait ayant connu de tels états, vouloir en rester là, se couper du lien à l’autre, du lien quotidien et simple, vouloir rester dans l’amour éprouvé par les mystiques et les saints, les renonçants, les moines, le garder dans son coeur, ne plus vouloir le vivre dans la chair, le spiritualiser, voir le mentaliser, en tous les cas, se couper des autres, de son corps… oublier l’humain au profit du divin.

J’ai cru cela un moment et ai compris. Compris que pour moi ce n’était qu’une étape pour mieux revenir, regarder le chemin parcouru et comprendre la justesse de chaque étape. Transcender la réalité pour mieux y revenir.

Les amours humains névrotiques m’ont permis de mettre en lumière certaines de mes parts incapables d’aimer, comme un passage obligé vers la découverte de cet amour mystique. L’amour du bien aimé (du divin), qui nourrit intensément ce désir de l’incarner dans la chair dans une relation humaine, amoureuse, sexuelle au quotidien.

Je vois cette expérience comme l’aboutissement d’une grande préparation à aimer avec mon cœur, mon corps, mon humanité non pas un prémisse à l’abstinence ou à l’amour platonique.

La découverte de l’amour divin, mystique, de la source… a été pour moi un passage pour mieux m’incarner et passer de l’individuel à l’altérité et à l’universel. Une étape qui en ouvrant sur l’infini permet d’ouvrir à la vastitude l’amour limité par la chair.

Le deuxième axe de réflexion est celui de la sexualité névrotique VS la sexualité divine.

Le mot névrose désigne un comportement problématique (partie émergée) qui est une réponse à un trauma: violence, abus, viol, humiliation, pression, abandon…(partie immergée), un comportement qui prend possession de moi, qui est plus fort que moi, incontrôlable et qui fait du mal: me fait du mal et/ ou à l’autre.

Certains comportements sexuels névrotiques ne représentent pas réellement un problème lorsqu’ils sont assumés et ne blessent pas l’autre, lorsque l’autre est d’accord d’y répondre en toute conscience, je les appellerais ici: comportements sexuels humains ou sexualité humaine ou sexualité névrotique en conscience.

D’autres comportements sexuels névrotiques sont de véritables atteintes à l’autre (viol, abus, violence…).

Même un comportement sexuel névrotique en apparence anodin (fétichisme de la lingerie par exemple), devient un problème lorsque ce comportement devient une nécessité à l’acte sexuel (lorsque la personne a besoin de lingerie pour avoir des relations sexuelles). L’autre devient l’instrument utilisé au service de la satisfaction d’un désir, l’on quitte le registre du langage corporel pour être uniquement dans l’écoute de l’ego, du mental et des ses aspirations.

La sexualité humaine ou névrotique en conscience vue comme l’expression de la personnalité, de notre corps émotionnel dans les rapports intimes quels qu’ils soient (seuls, à deux à 3, 4 … hétérosexuels, homosexuels, transgenres…).

Le sexualité sacrée ou tantrique propose de lâcher les objectifs (orgasme, performance, séduction, stratégie amoureuse…) et à revenir dans la magie de l’instant. Il ne s’agit plus de faire quelque chose mais de laisser les corps parler, les mouvements se dessiner par eux-même sans intention. L’ouverture à la dimension spirituelle donne une teinte d’absolu aux ébats des amants lorsqu’ils s’unissent. Hors de la séduction, du désir d’être aimé, il s’agit d’offrir et de s’offrir à l’autre dans la spontaneité la plus totale.

Le tantrisme étant une voie de (re)-découverte de soi, il inclut la sexualité mais n’est pas du tout centré uniquement sur cet aspect. La voie tantrique peut-être confrontante lorsque nous faisons face à nos limitations, nos peurs, nos croyances erronées… tout ce que nous avons mis en place et qui contribue à notre propre malheur et souffrance. Il utilise aussi l’énergie sexuelle (et principalement dans le massage tantrique) ou l’énergie vitale, énergie qui comprend toutes les parties de notre être, énergie intense qui nous permet de nous confronter à toutes nos parts à tous les plans.

Dans cette approche du massage tantrique, l’idée est de faire (re)-circuler cette énergie de vie dans toutes les parties du corps afin de relever d’éventuels blocages énergétiques, émotionnels… L’énergie sexuelle est donc mise au service de notre santé.

“Inventons une passion non sentimentale fondée sur l’absolue présence à l’être qui est dans nos bras, libérons-nous de la peur d’être abandonné qui nous étreint au premier baiser et nous force à la manipulation”. (Daniel Odier)

J’aime aussi l’idée de créer de l’espace, dans la fluidité des mouvements des corps à l’unisson, se laisser aller ensemble à l’inconnu, laisser tomber les rôles et ré-inventer la vie à chaque instant.

Lors de mes stages de massage tantrique dans la capitale bruxelloise, j’ai plusieurs fois entendu : “Moi maintenant je ne veux plus que de la sexualité sacrée”, mots qui entrent en écho en moi de façon étrange. De suite, je me dis que je ne prévois pas à l’avance quel rapport je souhaite avoir. Je me dis que peu importe où j’en suis dans mon parcours, je laisse parler mon corps lors des échanges intimes et pas ma tête. J’aime laisser une place à la créativité incessamment renouvelée dans la sexualité, sans suivre de code, de schémas, d’expérimenter afin d’en découvrir toutes les facettes.

Bien entendu l’ego aspire parfois à être ailleurs que là où il est, mais cela ne sonne plus juste ou naturel pour moi à présent, de prétendre à une autre sexualité que celle inspirée par l’intelligence des corps dans le silence de la pensée, sans projection peu importe ce qui se dessinait.

Krishnamurti dit d’ailleurs:  “En comprenant ce que vous êtes s’amorce en vous un processus spontané de transformation, alors qu’en devenant ce que vous croyez devoir être, il n’y a pas de trace de changement, c’est simplement la même chose qui continue sous une autre forme”. Il suffit de voir ce qui est et cela se transforme tout seul, dans la fluidité non plus dans la résistance.

Les fantasmes, les envies, désirs ont toute leur place dans notre vie d’humain et ils serait bien triste de ne pas les écouter, de ne pas saisir ce qu’ils viennent nous dire de nous-même. Souvent lorsque nous les accueillons, ils sont – si nous n’en devenons pas leurs objets mais restons bien le sujet de ceux-ci – des précieux alliés de connaissance de soi.

Attention à ne pas nous perdre dans les promesses qu’ils nous font miroiter, qu’ils ne tiennent que très rarement. Les utiliser comme déclencheur d’un impulse, non pas comme un but en soi.

Je crois qu’à partir d’un moment tout de même (dans mon expérience, je ne prétends pas universaliser ce que j’expérimente) la sexualité centrée uniquement sur le fantasme, sur les plaisirs de son corps, de sa personne, de son ressenti, sans réelle connexion à l’autre, don à l’autre, célébration de l’autre, de la relation, de l’amour; nous fait plafonner dans un registre limité de plaisir et nous pousse à rechercher le renouvellement de cette expérience dans l’espoir d’une plus grande réalisation qui ne vient pas, pas comme ça.

 

Les fantasmes font partie de notre personnalité qui englobe également nos émotions et ne sont nullement à éradiquer. Ils sont tous deux des indicateurs de comment nous nous sommes construits en réaction face à l’environnement familial, culturel, sociétal, comment nous avons construit ce corps de souffrance ou corps émotionnel.

Selon Barry Long (maître spirituel et écrivain australien), au plus nous nous laissons aller à cette sexualité névrotique en écoutant notre pénis ou vagin émotionnel pour reprendre ses mots, au plus nous devenons l’esclave/ l’objet de nos envies sexuelles, au plus nous nous éloignons de ce qu’est réellement faire l’amour de façon divine.

Selon moi (en toute humilité), de la même façon que nos amours humaines sont des marches vers l’amour transcendant, la sexualité humaine est une étape dans notre sexualité et peut le rester toute notre vie, l’important étant la conscience de nous même et de l’autre et l’intention que nous posons dans le rapport intime avec ce dernier: Est-ce que j’utilise l’autre pour mon propre plaisir? L’autre consent-il avec plaisir à faire ce que je désire? Suis-je dans une posture de célébration d’une réelle rencontre à l’autre? Dans un partage d’intimité à travers cette expérience? Suis dans le “faire l’amour” ou dans un partage de sexualité? Suis-je dans un élan sincère ou dans une stratégie?

Ainsi faire l’amour peut être un acte totalement égoïste comme un acte de don de soi dans l’écoute de l’autre, un acte auto-centré ou une réelle rencontre, un acte stérile ou un acte créateur.

En conclusion, je crois qu’en vivant pleinement notre sexualité névrotique en conscience, en laissant parler, voir en exagérant ce qui nous appelle, nous avons plus de chance de passer à une sexualité plus divine qu’en reléguant aux oubliettes ces envies qui émergent de nous.

Se rappeler que “La vie n’a qu’un sens: être vivant”. *4

Regarder et accepter qui je suis pour permettre à ce qui est de se transformer naturellement.

Faire des aller-retour entre le fini et l’infini, ne rien rejeter, se laisser se dilater et se contracter dans ces mouvements comme l’inspir (retour à soi) et l’expir (abandon de soi).

Ne pas être que dans la matière et ne pas aspirer à la quitter non-plus.

Se rappeler de la parfaite imperfection que nous incarnons, que l’aspiration au divin n’empêche pas la vie mais nous invite à la célébrer plus encore dans l’altérité.

*1- MARAGUIANOU, Evangelie, L’amour et la mort chez Platon et ses interprètes, Tours, 1990, p. 12.

*2- L’amour humain et l’amour divin dans “la porte étroite” et “la symphonie pastorale” d’André Gide par Aleksandra Cvorovic

*3- Jeanne Cherhal L’art d’aimer, Album L’an 40.

*4 – Daniel Odier, “Une sexualité au parfum d’inconnu”, Interview paru dans Nouvelle clé.

Violences urbaines

Par Le 27/11/2022

Oui, je sais, ça n'a rien de positif, rien de réjouissant, rien de lumineux. C'est juste un fait.

Et je le poste ici car si un jour, la suite de "LES HEROS SONT TOUS MORTS" est publiée (deux tomes finis, le quatrième en construction dans ma tête), quelqu'un aurait envie de me dire que ce que je décris est exagéré, je lui répondrais que les recherches que j'ai faites sur les violences urbaines ne relèvent pas de mon imagination. Ce sont des études publiées sur des sites officiels de gendarmerie et du ministère de l'intérieur. Même ici, dans le département de la Creuse, les deux gendarmes avec lesquels j'ai discuté, me témoignent d'une accélération du processus dans les quelques petites villes. Je vous laisse imaginer la situation dans les grandes villes. Paris, Lyon, Marseille, Grenoble, Lille etc ...

 

Rixes entre bandes rivales : "On note une évolution de la gravité des violences depuis une trentaine d'années", constate un sociologue

 

Alors qu'un garçon de 14 ans est mort après une rixe dans les Yvelines dans la nuit de samedi à dimanche, Thomas Sauvadet explique que de plus en plus d'adolescents des quartiers populaires adoptent les méthodes du banditisme.

Article rédigé par

franceinfo

Radio France

Publié le 27/11/2022 19:43

 Temps de lecture : 3 min.

Une zone sécurisée par la police nationale à Epinay-sous-Sénart (Essonne), après une rixe mortelle, en février 2021. Photo d'illustration. (PH LAVIEILLE / MAXPPP)

Une zone sécurisée par la police nationale à Epinay-sous-Sénart (Essonne), après une rixe mortelle, en février 2021. Photo d'illustration. (PH LAVIEILLE / MAXPPP)

Il y a un rapprochement entre "le milieu des bandes de jeunes et celui des voyous avec achat-vente de cannabis, d'armes, des tentatives de meurtre, les séquestrations, les actes de torture", estime dimanche 27 novembre sur franceinfo Thomas Sauvadet, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil après la rixe survenue à Coignières dans les Yvelines au cours de laquelle un garçon de 14 ans est mort. "On note une évolution de la gravité des violences entre bandes rivales depuis une trentaine d'années", affirme ce spécialiste des bandes de jeunes et des trafics de stupéfiants dans les quartiers de la politique de la ville.

franceinfo : Le phénomène de bandes rivales n'est pas nouveau mais est-ce qu'il a tendance à augmenter ?

En termes de volume, c'est difficile de voir une évolution mais on peut noter une évolution au niveau de la gravité de ces violences et ce depuis une trentaine d'années. La théorie qu'on partage avec différents collègues, c'est qu'il y a un rapprochement dans beaucoup de quartiers - notamment des quartiers prioritaires de la politique de la Ville mais pas uniquement - entre le milieu des bandes de jeunes qui étaient traditionnellement du côté de la virilité - un monde plutôt ouvrier - et celui des voyous, avec le chômage et le monde du trafic de stupéfiants. Il y a des liens de plus en plus fréquents entre les bandes de jeunes et le milieu des voyous avec achat-vente de cannabis, d'armes, des tentatives de meurtre, les séquestrations, les actes de torture... Des actes autrefois réservés au milieu des voyous et qu'on retrouve aujourd'hui dans le milieu des bandes de jeunes qui ont parfois 14, 15 ou 16 ans.

Est-ce qu'on n'est pas encore un peu un enfant à 14 ans ?

En sociologie, on parle d'adolescence mais il y a aussi des bandes d'enfants âgées entre 7 et 10 ans où on ne retrouve pas ces phénomènes-là mais où il y a un apprentissage de la violence avec des coups de bâtons, des lance-pierres, etc. Ensuite, entre l'adolescence et jusqu'à la vingtaine c'est vraiment là où on constate le plus grand nombre de bagarres de bandes. Après la vingtaine, ça se tasse : soit les jeunes sortent du monde des bandes, soit ils continuent leurs carrières délinquantes dans le monde des voyous.

Qu'est-ce qui motive ces bandes ? C'est une guerre de territoire ou bien encore d'influence ?

Les bandes de jeunes en milieu populaire ce sont souvent des garçons qui viennent de familles du quartier en difficulté avec des problèmes familiaux, scolaires ou professionnels et qui se regroupent pour investir l'espace public. C'est ce qui différencie la bande du groupe de pères : la privatisation de l'espace en disant "C'est chez nous, c'est notre quartier, c'est notre terrain de foot, c'est notre rue, c'est notre banc public..." Ça créé des conflits avec l'environnement - auparavant régulés par les adultes - et donc il y a une montée en puissance de ces bandes de jeunes qui affirment leur culture de bandes.

Les réseaux sociaux ont-ils amplifié le phénomène ?

Les réseaux sociaux ont aggravé le phénomène avec tout ce qui est lié aux provocations, aux mises en scène, avec les possibilités d'échanges d'informations pour les regroupements. Ça peut concerner plus de monde qu'auparavant. Et puis il y a aussi une culture de bandes liée au milieu des voyous mais aussi liée au milieu du rap et notamment du gangsta rap et ce même dans des villes relativement tranquilles, parfois même dans des villages ou dans des beaux quartiers parisiens. On peut y voir des jeunes qui consomment cette culture de bandes, valorisée par des stars du milieu très populaires. Il y a donc toute une industrie, toute une culture et tout ça peut monter à la tête d'un ado de 14 ans même s'il n'habite pas dans un quartier prioritaire de la ville d'Ile-de-France.

 

 

 

La nature en photos.

Par Le 27/11/2022

Quand je suis dehors et que je suis arrêté par un paysage, je cherche toujours à identifier l'élément clé, non pas le paysage dans son entièreté mais la particularité qu'il contient. Il ne s'agit pas nécessairement d'un paysage vaste, aux horizons immenses. Une feuille, un branchage, une couleur, une forme, une lumière, un mouvement, un contraste, un reflet, ce sont des éléments clés.

Quelques exemples :

 

 

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Nathalie Vieyra : "Amour, tantra et sexualité"

Par Le 25/11/2022

 

Nathalie Vieyra oeuvre à la connaissance et à la pratique du Tantra. 

J'avais déjà présenté son livre précédent.

 

"Lâchez-prise" de Nathalie Vieyra

 

Nathalie avait eu la gentillesse de préfacer mon roman "KUNDALINI"

 

KUNDALINI : préface de Nathalie Vieyra

 

317239621 10160344897713426 1322567443660911076 nPlusieurs commentaires : 

"Magnifiquement écrit en plus d'être érudit sans jamais être inaccessible, bien au contraire, ce livre est essentiel pour bien comprendre ce que l'on peut éclairer et mettre en conscience lors des rapports amoureux et sexuels. Le Tantra en tant que voie, mais aussi en art de vivre, et de bien vivre sa sexualité. Un fort sentiment de confiance se dégage de la lecture de ce livre, sans doute à mettre sur le compte de l'expertise de son autrice. Un beau livre. Sandrine

Une expérience d'évolution de l'être dans le corps physique, à la portée de tous très facilement m'y en œuvre dans sa vie et dans sa sexualité... Roberto

Excellent livre sur le tantra pour couple. Sobre et clair, comme son auteure, qui est aussi une grande praticienne. hm2space

L'auteur nous livre ici un témoignage sincère, profond et authentique de son expérience d'accompagnatrice dans le tantra et les massages tantriques. Cet ouvrage permet d'éclairer les lecteurs sur ce qu'est réellement le tantra et sur ses bienfaits et il nous donne de nombreux exercices pour améliorer notre vie sensuelle et sexuelle.
Merci Nathalie Vieyra. Claude

La lecture de ce livre fut pour moi ultra éclairant et révélateur car l 'auteure met des mots sur ce j'ai pu vivre/ressentir parfois sans arriver à me l'expliquer....
Un énorme merci! Cecile H

Ce livre est une ode à la beauté, d'être avec soi, avec l'autre. D'un haut niveau de connaissance, l'auteure l'a rendu accessible et pratique. Sandie

Ce qui m'a fascinée à travers cette lecture c'est la transmission et la vision que Nathalie Vieyra nous expose à travers ses expériences de vie et ses connaissances.
D'une fluidité incroyable !
J'ai encore tellement appris sur cette pratique et sur moi , que c'est un réel cadeau reçu merci infiniment à vous.
Ps: jour après jour j'avais qu'une hâte c'était de découvrir la page suivante ☺️

Triangle de Karpman : victime, sauveteur, persécuteur

Par Le 24/11/2022

 

 

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Le triangle de Karpman : Victime, sauveteur, persécuteur, comment sortir du triangle infernal ?

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Le Triangle De Karpman : Victime, Sauveteur, Persécuteur, Comment Sortir Du Triangle Infernal ?

Le triangle de Karpman : Victime, sauveteur, persécuteur, comment sortir du triangle infernal ?

Cela va probablement choquer certains mais, à moins de pratiquer couramment l’assertivité, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez dans ce qu’on appelle le triangle de Karpman.

Le triangle de Karpman ?  Mais de quoi s’agit-il ?

Le triangle dramatique développé par le psychologue américain Stephen Karpman représente un modèle social d’interactions humaines dans lequel trois rôles s’affichent :

Triangle de Karpman

La victime : celui qui se sent persécuté

Le sauveteur : celui qui vous vient en aide (vous veut du bien)

Le persécuteur : celui qui prend pour cible la future victime

Il est difficile d’échapper à ce rôle, car très souvent nous jouons dans cette pièce (inconsciemment), et nous en tirons profit.

Chacun des trois acteurs trouvera une réponse à ses propres attentes en jouant son rôle.

Ces rôles peuvent être mis en relation avec ce qu’Eric Berne appelle les « quatre mythes »

J’ai le pouvoir de rendre les autres heureux (Sauveteur en recherche d’une Victime)

Les autres ont le pouvoir de me rendre heureux (Victime en attente d’un Sauveteur)

J’ai le pouvoir de rendre les autres malheureux (Persécuteur en attente d’une Victime)

Les autres ont le pouvoir de me rendre malheureux (Victime en attente d’un Persécuteur).

Le triangle de Karpman offrirait donc à chacun une sorte de solution de nature à combler ses besoins ou attentes.

Quel rôle adoptez-vous généralement dans ce triangle infernal ?

Celle ou celui qui veut contrôler et qui sait ce qui est bon pour l’autre… ?

Celle ou celui qui vient en « aide aux autres » ?

Ou la victime qui subit les choses, se sent persécutée ?

Zoom sur la victime

Ne sommes-nous pas tous un peu la victime de quelqu’un, ce père trop exigeant, cette administration qui ne veut rien entendre, ces personnes qui nous manquent de respect, ce collègue qui ne fait pas sa part de boulot, ce patron trop sévère, …

Lorsque nous sommes face à une difficulté, ou que nous devons assumer un mauvais choix, trouver un coupable est plus aisé que de se remettre en question.

La victime ne cherchera pas réellement à sortir de son rôle, car elle reçoit attention, aide ou l’assistance et se sent aimée.

Le sauveteur aidera la victime mais sans vraiment la rendre autonome.  Dans son rôle, il sera apprécié, reconnu,  voir aimé.

Chacun garde son rôle dans ce jeu de dupes tout en tirant profit des bénéfices secondaires qui en découlent (avantages souvent cachés).

La « victime » attirera l’attention sur elle, et en particulier celle du sauveteur.  Se plaindre est en réalité la présentation d’une demande cachée, un moyen pour que l’on s’occupe d’elle.

Etre une victime signifie aussi que toutes les difficultés rencontrées et le mal qui survient sont la faute du système, des autres, … Des persécuteurs.

C’est donc une bonne excuse pour ne pas reconnaître ses responsabilités, et ne pas modifier ses habitudes.  A quoi bon essayer de changer, vu que tous les problèmes viennent des autres ?

On a ici une explication limpide au regard de l'état de la planète : "c'est le système, c'est les riches, c'est mon voisin avec son gros 4X4, c'est la faute des multinationales, etc etc...Mais les personnes qui tiennent ces discours prennent, l'avion, mangent de la viande à tous les repas, ne trient pas leurs déchets, courent dans les magasins dès qu'ils ont un moment, consomment à tout va, délaissent les petits commerces de proximité pour les grandes surfaces, ne lisent pas les étiquettes sur les paquets alimentaires, prennent la voiture pour un déplacement qui pourrait se faire à pied ou à vélo, partent en vacances à des centaines de kilomètres et méconnaissent la région où ils vivent, sont fans de technologie et changent d'appareils à chaque occasion, n'ont jamais pris la peine de calculer leur empreinte carbone, laissent des lumières allumées dans des pièces vides, achètent et utilisent une climatisation en se plaignant qu'il fait trop chaud, gaspillent l'eau, etc etc...

En fait, la victime n’a pas toujours envie que la situation s’arrange, même si elle souffre ! Que ferait-elle si on ne s’occupait plus d’elle ?

Vous venez de prendre conscience que vous jouez parfois ce rôle de victime ?  Ne le renforcez pas par la culpabilité ! Nous vivons dans une société qui alimente la victimisation en déresponsabilisant les gens et en alimentant l’assistanat.  Plus une personne est autonome, plus l’indépendance et la liberté deviennent ses moteurs.  L’aider sans favoriser son autonomie, c’est au contraire la réduire au silence.

N’espérez pas que les autres agissent à votre place, vous risquez d’attendre longtemps !

Cessez de croire en la transformation de votre environnement, que les autres vont changer. Le changement commence par vous.  Certes, il faudra prendre certains risques, entre autres ceux des confrontations et du positionnement.

Mais si ce rôle de victime vous dérange dans votre épanouissement personnel, peut-être serait-il temps de commencer à examiner les possibilités pour vous prendre en main ?

Nous ne prétendons pas que le chemin est facile.  Il prend souvent prend du temps, comme toute véritable transformation.  Ici, le passage de la victimisation à la responsabilisation et à l’autonomie.

Concrètement, il faudra agir, faire preuve de patience et de persévérance.  Mais les bénéfices qui vous attendent n’en valent-ils pas la chandelle ?

Et pour faciliter ce chemin vers plus de liberté, tout en étant rassuré et en prenant du plaisir, le coaching est un véritable atout.   Reposant sur l’autonomie de la personne accompagnée, c’est le moyen le plus direct pour obtenir des résultats durables.  Cela fait partie de notre travail quotidien avec nos coachés (pour en savoir plus, contactez-nous).

Zoom sur le persécuteur

Souvent les personnes qui ont une tendance de persécuteurs ont eu beaucoup de frustrations dans leur enfance et essaient de le faire payer (inconsciemment) aux autres.

Vous vous sentez « un peu » dans cette catégorie ? Parfois « critiqueur » ou « persécuteur » ? Il serait intéressant de vérifier ce que cela réveille chez vous :

Notamment, les reproches faits à l’autre, que réveillent-ils chez vous ?

Qu’est-ce qui n’a pas (encore) été solutionné dans votre vie ?

Qu’est-ce que vous autorisez ou, au contraire, vous interdisez ?

Le persécuteur est prisonnier de son propre contrôle !

Il pourrait être intéressant de s’interroger sur vos réels choix de vie.

Par exemple se poser ces quelques questions sur votre perfectionnisme :

« En quoi est-ce important pour vous d’être parfait(e) ? »

« La perfection existe-t-elle et à quel prix ? »

« Que se passerait-il si vous n’étiez pas parfait(e) ? »

Sortir du triangle de Karpman, pour un persécuteur, passe souvent par le lâcher-prise.

Zoom sur le sauveteur

Son obsession est de vous aider… sans même demander si vous avez besoin d’aide !

Il vous cajole, vous donne de bons conseils (les siens), vous réconforte, fait même les choses à votre place… au point de devenir parfois envahissant et d’être perçu alors comme un persécuteur.

Si la victime se plaint de l’intervention inopinée du sauveteur celui-ci rumine ce type de phrase : « Après tout ce que j’ai fait pour toi… »

Dans ce triangle infernal, le rôle de sauveteur est parfois une fuite.  S’occuper des problèmes d’autrui est parfois le moyen de ne pas s’occuper des siens.  L’intervention du sauveteur n’est-elle pas, parfois, une façon de nier ses propres besoins ?

Questions à vous poser si vous avez une tendance à jouer les sauveteurs :

« En quoi est-ce important pour moi de vouloir à tout prix sauver l’autre ? »

« Que se passerait-il si je ne le faisais pas ? »

« Qu’est-ce qui me fait peur à mon bout de la relation (voir les trois composantes de la communication ajouter lien) pour vouloir absolument  m’occuper des autres ?

« Est-ce le seul moyen que j’ai trouvé pour nourrir mon égo ? »

Comment sortir de ce rôle de sauveteur ?

Commencer par demander si l’autre souhaite être aidé.

Cette aide devra être cadrée dans son contenu et dans le temps.

Elle devra avoir une contrepartie pour éviter à l’autre d’être en dette…

L’aide doit permettre à la personne aidée de faire sa part du chemin (il faudra    qu’elle se responsabilise)

L’aide doit permettre à la personne d’aller vers son autonomie

Rappelez-vous le dicton : « Ne lui donnez pas du poisson, apprenez-lui plutôt à pêcher ! »

7 clés pour sortir de ce triangle dramatique

On ne peut pas changer l’autre, par contre on peut commencer par SE changer !

Voici quelques outils très efficaces pour sortir du triangle de Karpman :

Le lâcher-prise :

Apprenez à exprimer vos convictions sans dénigrer les croyances de l’autre, il en fera l’usage qui lui convient.

L’acceptation de l’autre tel qu’il est :

La manière dont l’autre se comporte est moins importante que le chemin que vous parcourez.

Le respect :

Vous exprimez ce que vous ressentez, vous posez vos mais sans blesser l’autre en utilisant la communication non violente.

L’indépendance par rapport au résultat de vos actions :

Qui êtes-vous pour croire qu’autrui devrait se conformer à vos désirs ?  Accepter qu’une demande puisse recevoir un non ou qu’un geste qui part d’une bonne intention soit reçu différemment.

L’abandon de la volonté d’obtenir quelque chose par la manipulation :

: Si vous menacer (Persécuteur), vous plaignez (Victime) ou promettez (Sauveur), l’autre personne vous fera peut-être plaisir mais  finira aussi par vous en vouloir.

L’abandon du rapport de force :

Par exemple,  je suis malheureux à cause de toi (V).  Tu sais que je fais de mon mieux (V) ou Tu sais que je fais tout pour toi, tu n’es jamais content(e) (P)

L’abandon de l’amour conditionnel :

Par exemple, si tu m’aimais vraiment tu ferais …).  Privilégiez l’amour inconditionnel.  Agissez pour vivre en conformité avec vos valeurs, votre spiritualité, ou pour seul plaisir celui de faire plaisir (voir également apprendre à dire non).

Si vous donnez en attendant quelque chose en retour, ce n’est pas de l’amour, c’est juste du troc.

Le triangle dramatique au travail

Dans le cadre professionnel, les relations s’inscrivent fréquemment dans ce triangle et peuvent se compliquer par le jeu des positions hiérarchiques. Il n’est pas rare qu’un supérieur soit étiqueté « persécuteur ».  Toutefois, rappelez-vous que sans victime, il ne peut jouer son rôle.  Et c’est bien souvent la personne qui paraît la plus « faible » qui sera choisie.

Le triangle de Karpman est un piège qui empoisonne les relations.  Développer votre estime personnelle, votre affirmation de soi et privilégier la communication assertive (CNV) sont d’excellents moyens pour sortir du jeu.  Et vous éviter de subir des comportements extrêmement désagréables et stressants.

Si vous en souffrez trop, prenez immédiatement contact avec nous…  Nous nous ferons un plaisir de vous aider.

Mes romans aux éditions du 38

Par Le 19/11/2022

J'écris, certains lisent, la suite ne m'appartient pas. Mais, par contre, j'ai un devoir de soutien de mes romans envers mon éditrice. Alors, comme la période des cadeaux approche...Il manque deux autres romans dans cette liste : VERTIGES et NOIRCEURS DES CIMES. Publiés tous les deux chez deux autres éditeurs. 

On les trouve tous sur Amazon ou directement chez l'éditeur (ce qui est beaucoup mieux)

Vertiges2

 

 

 

 

Noirceur des cimes 4

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Un catalogue très riche.
 
 
 

Thierry Ledru

 

Thierry Ledru vit en Savoie. Après un BAC litté/philo, il est tout de suite entré à l’école Normale, en Bretagne. Passionné par l’escalade et l’alpinisme, il est allé vivre dans les Alpes.

« J’ai eu la chance immense d’avoir un prof de français et une prof de philo extraordinaires. J’adorais lire et écrire et peu à peu ils m’ont permis d’avoir avec eux une relation privilégiée, des échanges extrêmement enrichissants, non seulement d’un point de vue cognitif mais surtout sur le plan humain. Krishnamurti, Ouspensky, Platon, Gurdjieff, Camus, Sartre, Saint-Exupéry, Lanza del Vasto, Gandhi, Koestler, Conrad, Steinbeck, Heminghway, Prajnanpad, Vivekananda, Sri Aurobindo, London, Moitessier, Arséniev, tout ce qu’ils m’ont fait connaître ! Tout ce que je leur dois ! J’écrivais des nouvelles, ils les lisaient, les critiquaient, m’encourageaient. Ils disaient tous les deux qu’un jour je serai édité. »

Dans ses romans, Thierry Ledru pousse ses personnages à l’extrême d’eux-mêmes, il les confronte à des questionnements et à des événements qui les font avancer, leur ouvre un cheminement intérieur que le lecteur emprunte à leur suite avec un grand bonheur.

 

Son blog : Là-Haut

 

 
 
 
 
 

 

"La voie" : Edgar Morin

Par Le 16/11/2022

 

 

La Voie par Morin
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LIRE UN EXTRAIT

EAN : 9782213655604
320 pages

FAYARD (19/01/2011)

3.87/5   77 notes

Résumé :


Le vaisseau spatial Terre, continue à toute vitesse sa course dans un processus à trois visages : mondialisation, occidentalisation, développement.Tout est désormais interdépendant, mais tout est en même temps séparé. L’unification techno-économique du globe s’accompagne de conflits ethniques, religieux, politiques, de convulsions économiques, de la dégradation de la biosphère, de la crise des civilisations traditionnelles mais aussi de la modernité. Une multiplicité de crises sont ainsi enchevêtrées dans la grande crise de l'humanité, qui n'arrive pas à devenir l'humanité.Où nous conduit la voie suivie ?Vers un progrès ininterrompu ? Nous ne pouvons plus le croire. La mort de la pieuvre totalitaire a réveillé la pieuvre des fanatismes religieux et stimulé celle du capitalisme financier. Elles enserrent de plus en plus le monde de leurs tentacules. La diminution de la pauvreté se fait non seulement dans un accroissement de bien-être matériel, mais également dans un énorme accroissement de misère.Allons-nous vers des catastrophes en chaîne ? C’est ce qui paraît probable si nous ne parvenons pas à changer de voie.Edgar Morin pose ici les jalons d’une « Voie » salutaire qui pourrait se dessiner par la conjonction de myriades de voies réformatrices et nous conduire à une métamorphose plus étonnante encore que celle qui a engendré les sociétés historiques à partir des sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs.Directeur de recherches émérite au CNRS, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, l’auteur de La Voie est connu pour avoir conçu la "pensée complexe" dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde.

https://www.scienceshumaines.com/changer-la-vie-entretien-avec-edgar-morin_fr_30607.html

Changer la vie. Entretien avec Edgar Morin

Hors-série N° 18 - Mai/juin 2013

    

« Changer la vie », mot d’ordre du poète Arthur Rimbaud, ne représente plus aujourd’hui l’aspiration d’un individu mais doit être celui de notre époque. L’humanité est face à un grand défi : elle appelle à une politique de civilisation qui suppose aussi une réforme de vie.

Vous consacrez une partie de votre ouvrage La Voie à la définition d’une « réforme de vie » qui accompagne et justifie une politique de civilisation, indispensable pour affronter les grands défis de l’humanité.
Qu’entendez-vous par réforme de vie ?

Effectivement, la « voie » que je propose dessine un autre horizon que celui vers lequel nous précipite l’histoire actuelle. La planète Terre est engagée dans un processus infernal qui mène l’humanité à une catastrophe prévisible. Seule une métamorphose historique pourra permettre de résoudre les crises – majeures et multiples – écologiques, économiques, sociétales, politiques qui menacent l’existence même de nos civilisations en voie d’unification.

Dans La Voie, je ne trace pas un « programme » politique, au sens étroit du terme, mais un chemin, une voie faite de la conjonction de multiples voies vers lesquelles nous devons nous orienter pour faire face au défi de la crise de l’humanité. Cette « politique de l’humanité » passe par des réformes économiques, politiques, éducatives et une régénération de la pensée politique dont je tente de tracer les contours. Ces réformes de société impliquent aussi une « réforme de vie ».

Le développement est une machine infernale de production/consommation/destruction qui nous précipite vers des crises écologiques et économiques. Ce processus trouve un parallèle sur le plan individuel : le développement de l’individu envisagé comme essentiellement quantitatif et matériel, lequel conduit chez les aisés à une course infernale vers le « toujours plus » et mène à un mal-être au sein même du bien-être, notion dégradée dans le seul confort. Aussi faut-il promouvoir le bien-vivre, qui comporte à la fois autonomie individuelle et insertion dans une/des communauté(s), dominer la chronométrie qui dégrade notre temps vivant, et réduire nos intoxications de civilisation qui nous rendent dépendants de futilités et de bienfaits illusoires.

Les sociétés occidentales se sont longtemps considérées comme des sociétés « civilisées » par rapport aux autres sociétés, jugées barbares. En fait, la modernité occidentale a produit la domination d’une barbarie glacée, anonyme, celle du calcul, du profit, de la technique, et n’a qu’insuffisamment inhibé une « barbarie intérieure », faite d’incompréhension d’autrui, de mépris, d’indifférence.

Les sociétés contemporaines ont accompli pour beaucoup ce qui était un rêve pour nos aînés : le bien-être matériel, le confort. Dans le même temps, on a découvert que le bien-être matériel n’apporte pas le bonheur. Pire ! Le prix à payer pour l’abondance matérielle s’avère d’un coût humain exorbitant : stress, course à la vitesse, addiction, sentiment de vide intérieur…

Par ailleurs, sur le plan humain, nous restons des barbares : l’aveuglement sur soi et l’incompréhension d’autrui s’expriment au niveau des sociétés et des peuples comme au niveau des relations personnelles, y compris au sein des familles et des couples. Beaucoup se séparent et se déchirent ; ces conflits ressemblent à des conflits guerriers fondés sur la haine, le refus de comprendre l’autre. D’autres couples ne font que coexister.

Dans les entreprises et les organisations règnent des clans et des cliques rongés par la jalousie, le ressentiment, parfois la haine. Ces envies et ces haines empoisonnent à la fois la vie de ceux qui sont enviés ou haïs, mais aussi celle des envieux et de ceux qui haïssent. En dépit des multiples moyens de communication, l’incompréhension à l’égard des autres peuples s’accroît.

L’inhumanité et la barbarie sont sans cesse prêtes à surgir en chaque humain civilisé. Les messages de compassion, de fraternité, de pardon légués par les grandes spiritualités, les religions, les philosophies humanistes n’ont qu’à peine entamé la cuirasse des barbaries intérieures.

Une aspiration à ce nouvel art de vivre est en train d’émerger dans la société du fait même des maux générés par nos modes de vie actuels. C’est à partir de cette attente que l’on peut dessiner ce que peut être une réforme de vie.

Sur quels principes ce nouvel « art de vivre » s’appuie-t-il ?

L’idée d’un art de vivre est ancienne. Les philosophies d’Inde, de Chine, de l’Antiquité grecque se sont consacrées à cette recherche. Elle se présente aujourd’hui de manière nouvelle dans notre civilisation caractérisée par l’industrialisation, l’urbanisation, le développement et la suprématie du quantitatif.

L’aspiration contemporaine à un art de vivre est d’abord une réaction salutaire à nos maux de civilisation, à la mécanisation de la vie, à l’hyperspécialisation, à la chronométrisation. La généralisation d’un mal-être, y compris au sein du bien-être matériel, provoque, en réaction, un besoin à la fois de paix intérieure, de plénitude, d’épanouissement, c’est-à-dire une aspiration à la « vraie vie ».

Le bien-vivre est fondé sur quelques principes : la qualité prime sur la quantité, l’être sur l’avoir, le besoin d’autonomie et le besoin de communauté doivent être associés, la poésie de la vie, et enfin l’amour, qui est notre valeur mais aussi notre vérité suprême. Cette réforme de vie nous conduirait aussi à exprimer les riches virtualités inhérentes à tout être humain.

Concrètement, comment cela peut-il s’appliquer ?

Une première tâche consiste à se libérer de la tyrannie du temps. Nos rythmes de vies actuels sont fondés sur des courses permanentes. La vitesse, la précipitation, le zapping mental nous font vivre à un rythme effréné. Il faut nous rendre maître du temps, ce bien plus précieux que l’argent disait déjà Sénèque. De même qu’il existe un mouvement de slow food, il faudrait développer le slow time, le slow travel, le slow work ou la slow city. Il importe plus de vivre sa vie que de courir après.

Une réappropriation du temps exige à la fois une nouvelle organisation du travail, des transports, des rythmes scolaires, des rythmes de vie. Cela suppose aussi de redécouvrir le sens du « carpe diem » : apprendre à vivre « l’ici et maintenant », comme le préconisent les sagesses antiques.

La réforme de vie appelle à un ralentissement généralisé, à un éloge de la lenteur. Arrêter de courir est une façon de reconquérir notre temps intérieur.

Il faut substituer à l’alternance pernicieuse dépression/excitation qui caractérise nos vies actuelles un couple combinant sérénité et intensité.

C’est-à-dire ?

Une existence pleinement humaine ne peut reposer sur une harmonie spontanée entre nos penchants contradictoires. La vie accomplie demande une dialogique permanente entre les exigences de la raison et celles de la passion : on ne peut régler nos vies ni sur le calcul et la froide rationalité, ni sur la seule passion qui, sans autocontrôle, conduit au délire. Il faut apprendre à humaniser nos pulsions et nos émotions par des contrôles réflexifs : cela signifie qu’il faut développer notre capacité à contenir énervement, rancune, ressentiment, colère, etc. Cette maîtrise de nous ne signifie en rien le refoulement de nos pulsions. L’espèce humaine est à la fois Homo sapiens et Homo demens : le problème est l’articulation entre ces deux dimensions fondamentales de nos existences. Cela ne peut se faire sans une connaissance de soi, sous-développée dans nos civilisations. L’Occident a privilégié la connaissance et la maîtrise de la nature plutôt que la connaissance et la maîtrise de soi.

Pour se connaître, il faut développer la réflexivité, l’autoexamen et l’autocritique. C’est un exercice difficile car il s’agit de débusquer en soi les idées fixes et les routines mentales, de soumettre ses propres croyances et certitudes à la critique, ce qui n’est pas simple tant nous sommes enclins à critiquer les autres et à dénigrer l’adversaire. L’autoexamen suppose une part d’autodérision, cette capacité de se moquer de soi qui est une forme de distanciation et de décentration.

La réforme de nos vies implique aussi de se désintoxiquer de toutes nos addictions à la consommation. Cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer aux plaisirs de consommer pour vivre dans l’ascèse, la frugalité, la restriction permanente, le rigorisme et les privations. Bien consommer, c’est apprendre au contraire à redécouvrir le goût des choses. Une vie riche et bien remplie sur des alternances entre périodes de sobriété et périodes de fête. Aux périodes de contrôle de soi doivent succéder d’indispensables moments d’excès, de fête, ce que Georges Bataille appelait la « consumation ». La société doit aujourd’hui se guérir de la « fièvre acheteuse », de la surconsommation. Cela n’interdit pas des achats de désir et d’enchantement.

La réforme de vie n’est donc pas seulement un exercice de simplicité volontaire. Elle inviterait aussi à réenchanter nos existences ?

Oui, mais tout en ayant conscience de l’impossibilité de vivre en permanence dans la béatitude. Notre condition humaine suppose une alternance entre des « états prosaïques » et des « états poétiques », qui sont les deux polarités de nos vies. L’état prosaïque correspond aux activités et contraintes obligatoires qui s’imposent à nous. L’état « poétique » correspond aux moments de création, de fête, de dialogue, de partage et d’amour. Les deux se succèdent et s’enchevêtrent dans la vie quotidienne : sans prose, pas de poésie. Il est vain d’espérer une vie enchantée où l’état poétique serait permanent. Une telle vie finirait par s’affadir elle-même. Nous sommes voués à la complémentarité et à l’alternance poésie/prose.

Contre les ravages de l’individualisme et les excès de l’autonomie, beaucoup en appellent aujourd’hui au retour à la solidarité, à l’empathie, à l’altruisme. Qu’en pensez-vous ?

La réforme de vie doit comporter simultanément deux des plus profondes aspirations complémentaires humaines : celle de l’affirmation, du « je » en liberté et en responsabilité, et celle de l’intégration, du « nous » qui établit la « reliance » à autrui en sympathie, amitié, amour. La réforme de vie nous incite à nous inscrire dans des communautés sans rien perdre de notre autonomie. L’une des priorités de la réforme de vie porte sur l’apprentissage de formes de sociabilité nouvelles.

Ce que l’on nomme la politique du care et de l’attention à autrui fait partie des grands chantiers de la réforme de vie. L’assistance et la solidarité devraient être effectuées dans des « maisons de la solidarité » comportant des aides d’urgence à toute détresse et un service civique de solidarité pour la jeunesse. Ce qui montre bien que les réformes de vie reposent non seulement sur des consciences personnelles, mais sur un ensemble de réformes politiques, sociales et économiques.

L’empathie, la bienveillance, la gentillesse, l’altruisme, le souci de l’autre existent chez tous les êtres humains comme dispositions fondamentales : on le voit notamment lors des grandes catastrophes où se réactivent spontanément des élans de générosité, même pour des populations lointaines. Cette prédisposition demande à être cultivée, stimulée, encouragée et apprise.

Mais justement, comment parvenir à une telle réforme de vie ? Quelle réforme institutionnelle implique-t-elle ?

La réforme de vie exige à la fois un apprentissage et une réforme personnelle. Simultanément, elle appelle à une réforme de l’éducation ainsi qu’à de grandes réformes économiques et sociales, à une nouvelle conscience consommatrice, à une réhumanisation des villes, à une revitalisation des campagnes. J’énumère dans mon livre tous les champs de réformes nécessaires. S’engager dans une nouvelle voie ne peut se faire seulement sur un plan personnel ni seulement sur un plan collectif. Cela exige une multiplicité de réformes qui, se développant, deviendraient intersolidaires. J’ai cité André Gide qui s’interroge pour savoir s’il faut commencer par le changement de société ou par le changement personnel. Il faut commencer en même temps des deux côtés. Gandhi disait : « Il faut porter en nous le monde que nous voulons. » Mais cela ne suffit pas comme ne suffit pas l’élimination d’un système d’exploitation, lequel est aussitôt remplacé par un autre comme l’a montré l’exemple de l’Union soviétique, qui finalement échoue. Je ne suis pas un idéaliste naïf ; les idéalistes naïfs croient qu’un seul type de réforme peut améliorer la vie humaine et la société. C’est parce que je vois que tout est lié – c’est cela la pensée complexe – que j’en déduis que la seule voie est celle de l’intersolidarité des réformes.

Bien sûr, cela reste très incertain. Partout dans le monde se révèle un grouillement d’initiatives créatrices nous montrant un vouloir-vivre ignoré des bureaucraties et des partis. Rien n’a encore relié ces initiatives ; dans un sens, nous en sommes à peine au commencement d’un commencement. Dans l’histoire, toute grande transformation – religieuse, éthique, politique, scientifique – a commencé de façon déviante par rapport au cours principal, et de façon modeste par rapport à l’état des choses. Cela nous autorise l’espérance, laquelle évidemment n’est pas une certitude. La réforme de vie est à la fois une aventure intérieure, un projet de vie et un projet collectif.

Musique pour l'écriture.

Par Le 13/11/2022

 

C'est une playlist. Je ne mets que les trois premières vidéos. 

J'ai besoin de musique lente, avec des sons profonds, des sons qui durent, sur lesquels je peux voguer. Des compositions qui stimulent les visions, qui m'isolent, qui me projettent dans l'espace où vivent mes personnages. 

TOUS, SAUF ELLE

Dix-sept heures trente quand elle ferma la maison.

Elle se concentra sur la route sans jamais relâcher sa présence auprès de Théo. Ne jamais perdre le contact. Comme avec elle-même quand elle méditait. Elle savait contraindre son mental au silence ou à une attention précise. Elle s’appliqua à respirer profondément, lentement, à insuffler dans son unique pensée l’amour de son âme pour lui.

La circulation de fin de journée était cauchemardesque. Une heure cinquante-cinq de trajet.

Elle se présenta enfin à l’accueil.

« Il est dans la chambre 18, tout s’est bien passé.

–Merci. »

Elle n’aimait pas l’odeur des hôpitaux. Elle n’aimait pas les portes entrouvertes, entre la vie et la mort, entre la paix provisoire et la reprise des souffrances, entre le soutien et la solitude, entre le monde agité du couloir et l’immobilité des survivants. Elle percevait toute la fragilité humaine et son acharnement à la dépasser. Des armées en blouses blanches qui luttaient contre des armées de microbes invisibles, des bataillons de personnels débordés qui combattaient des ennemis inépuisables, des assauts répétés et des trêves trompeuses, des mensonges cachant des vérités imprononçables, des soulagements craintifs dans l’angoisse d’un piège redoutable. Il n’y avait aucune certitude quand on entrait là. Et même une fois dehors, c’est comme si le mal restait ancré dans la mémoire et préparait une nouvelle offensive.

C’est en marchant dans le couloir qu’elle eut la certitude que le chaos venait de commencer. Une sensation épidermique, comme un air brûlant sur sa peau et la nuit glacée des déserts, une alternance frénétique, une succession de chocs thermiques interdisant le moindre répit. Elle frotta son visage pour en chasser les effets.

Quand elle entra dans la chambre et qu’elle croisa le regard de Théo, elle se reprocha furtivement de lui être attachée comme le cathéter qu’elle vit sur son bras, une pensée rebelle qui semblait remonter des profondeurs. En vivant avec Théo, elle avait pris conscience que les ruptures qu'elle avait toujours initiées étaient inéluctables. Elle avait systématiquement refusé de souffrir en amour. Souffrir d'inquiétude, endurer les doutes, accepter les concessions, contenir les frustrations, s'éloigner de soi, se perdre en l'autre.

Mais là, à cet instant précis, elle était heureuse de l’aimer. Le futur n’avait aucune importance au regard de cette force aimante. Elle pouvait souffrir de l'aimer puisque son amour pour lui était plus intense que la souffrance.

 

 

Caspar David Friedrich

Par Le 04/11/2022

Caspar David Friedrich est un artiste peintre que j'aime infiniment, sans doute celui qui me touche le plus et celui qui m'a le plus inspiré dans certains de mes écrits.

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Caspar David Friedrich, né le 5 septembre 1774 à Greifswald et mort le 7 mai 1840 à Dresde, est un peintre et dessinateur allemand, considéré comme l'artiste le plus significatif et influent de la peinture romantique allemande du XIXe siècle. Il est particulièrement connu pour son tableau Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818).

L'enfance de Caspar David Friedrich est marquée par la mort de ses proches qui, entre 1781 et 1791, décèdent les uns après les autres : à sept ans, en 1781, il perd sa mère et sa sœur Elisabeth ; en 1787, son frère Johann Christoffer se noie dans la mer Baltique et, en 1791, meurt sa sœur Maria. Cela va avoir une influence sur l'un des deux thèmes de sa peinture, la mort, l'autre étant la nature.

 

« Je dois rester seul et savoir que je suis seul pour contempler et ressentir pleinement la nature. Je dois m’abandonner à ce qui m’entoure, je dois me confondre avec mes nuages et mes rochers pour être ce que je suis. »

 

 

« L’artiste doit peindre non seulement ce qu’il a devant lui, mais aussi ce qu’il voit à l’intérieur de lui-même. S’il ne voit rien à l’intérieur, alors il devrait s’arrêter de peindre ce qu’il a devant lui. »

 

Il en est de même pour l'écrivain. S'il ne voit que la scène qu'il imagine et ne ressent pas ce qui émerge en lui, il manque l'essentiel.

La nature n'est pas qu'un spectacle. Elle est la source de cet élan qui nous invite à explorer ce qui est en nous. J'ai mis longtemps à comprendre que cette course effrénée sur les montagnes était également une quête intérieure. Je ne parvenais pas vraiment à la mettre en mots. Je me souviens juste d'un devoir en classe de philosophie avec Madame Sotirakis, un travail sur la passion. Ce fut sans doute un point de départ et je regrette infiniment de ne pas avoir gardé cet exposé. C'est Monsieur Ollier, professeur de littérature en classe de seconde qui nous avait montré le tableau de l'homme contemplant la mer de nuages, un travail sur le "romantisme".

 

Romantisme

Mouvement artistique

Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre et en Allemagne et se diffusant à toute l’Europe au cours du XIXe siècle, jusqu’aux années 1850. Il s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et la politique. Il se caractérise par une volonté d'explorer toutes les possibilités de l'art afin d'exprimer ses états d'âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l'évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l'exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d'une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d'autres domaines, en particulier la peinture et la musique.

Je sais quel impact ce tableau de l'homme contemplant une mer de nuages a eu sur moi, la puissance émotionnelle. C'était ce que je voulais connaître. A 17 ans, l'été suivant, j'étais au sommet du Mont-Blanc. Je n'étais pas seul mais je contemplais la mer de nuages. Je réalisais mon rêve. Pour connaître réellement l'émotion éprouvée devant un tableau. Ces instants où l'existence prend une direction précise, il est essentiel de parvenir à les identifier.

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Cette croix au sommet d'un rocher. La question essentielle de Dieu. Non pas le Dieu des textes liturgiques mais la raison de la Création et des tourments qui l'accompagnent. J'avais veillé mon frère pendant presque trois mois dans sa chambre d'hôpital. Coma profond. Un drame fondamental. Et les croix aux sommets des montagnes m'apparaissaient comme le miroir des interrogations humaines, toutes les questions qui me hantaient. Pourquoi le mal, pourquoi la douleur, la souffrance, la destruction, la violence, la mort, quel était donc le sens de cette effroyable opposition entre la sérénité de la création et son impitoyable puissance ?

Il fallait que j'éprouve la puissance de la vie pour en comprendre l'essence et les montagnes étaient là pour ça. Risquer sa vie pour atteindre un sommet et toucher la croix, non pas une croix religieuse mais celle que je portais et que j'allais déposer Là-Haut. 

C'est plus tard que l'écriture est devenue nécessaire.

"VERTIGES" a été la première exploration intérieure, ma "Terra incognita" que je devais cartographier. Puis "NOIRCEUR DES CIMES " et "LA-HAUT" et tous les autres. 

Tout ça parce que j'avais éprouvé un choc immense un jour devant un tableau et qu'il m'avait guidé là où j'allais pouvoir devenir ce que je devais être.

 

 

 

 

 

"Cinq heures du mat, j'ai des frissons"

Par Le 03/11/2022

 

 

"Cinq heures du mat, j'ai des frissons," les mots comme de la fièvre qu'il faut déposer.

Ce dernier chapitre que j'essaie de construire. Ça fait six fois que j'efface tout.

Il faut que je trouve le point final et qu'en même temps, il s'agisse d'un trait d'union avec le tome 4. Ne pas terminer sur une impression d'inachevé et en même temps trouver le moyen d'exprimer une sorte de pause, comme une respiration avant de replonger.

Les gens qui imaginent que c'est facile d'écrire un bouquin, qu'il suffit de taper sur un clavier, que tout vient avec la facilité de la parole, comme si on discutait avec soi-même, oh, combien ils se trompent.

L'auteur ne discute pas avec lui-même mais avec tous ses personnages et il serait invraisemblable, irrespectueux, inconvenant de ne pas les écouter. Ils ont une vie propre aussi absurde que ça puisse paraître. Et si ça n'était pas le cas, si l'auteur n'était qu'une sorte de Maître du jeu, capable d'ignorer les tourments de ses sujets, capable de gommer les existences, alors il ne serait qu'un monarque présomptueux.

Je ne suis que le transcripteur des existences fictives et cette fiction est si puissante que je ne peux pas, viscéralement, m'autoriser à être inconsistant.

668 pages écrites entre le tome 2 et le tome 3. Il en manque deux ou trois pour poser le point final. Et je suis tiraillé entre l'impatience d'y parvenir et la crainte que ce point ne soit qu'une tâche, un ratage complet, comme si le dernier coup de pinceau sur la toile devenait une rature, un dérapage, une écorchure, une balafre qui resterait à tout jamais. Il y a une forme de peur dans l'écriture, peur de trahir, peur de se tromper, peur de tromper les personnages eux-mêmes, peur de la culpabilité qui en résulterait.

Il y a une forme de responsabilité. Et elle n'est pas fictive. La fiction crée une réalité. On peut y voir un sentiment de paternité ou d'amitié ou d'amour et aucune de ces situations ne peut être considérée avec légèreté. 

Pourquoi est-ce que je prends le temps d'écrire cette réflexion, d'exprimer ces ressentis, pourquoi est-ce que je ne suis pas en train de travailler le roman puisque c'est ce qui m'importe à cette heure indue?

Parce que moi aussi je suis un personnage dans cette histoire, parce que moi aussi j'éprouve des doutes, des tourments, des moments d'incertitude profonde, et j'ai donc besoin, parfois, de sortir de la scène pour prendre du recul, pour m'accorder un moment de répit. Et de ce répit, extraire une analyse, calmer les idées qui fusent, les déposer délicatement les unes à côté des autres, en constituer une sorte de drapeau à prières et les regarder flotter au vent, dans une contemplation sereine.

Ensuite, il est possible de reprendre la route. 

 

Rocket stove

Par Le 01/11/2022

Voilà le projet bricolage pour cet hiver. 

Barnabé et Damien, la rencontre de deux gars formidables. 

"La terramation"

Par Le 01/11/2022

Plus qu'à espérer que ça se développe en France avant que je trépasse.

 

 

La "terramation", fabrication de compost humain, bientôt autorisée en Californie

 

Cinq États américains autorisent déjà la "réduction organique naturelle", autrement dit la transformation de nos dépouilles humaines en compost après la mort. Une technique plus écolo et moins chère, selon ses défenseurs.

Loïc Pialat

Radio France

Publié le 01/11/2022 14:55

 Temps de lecture : 2 min.

Le fondateur de Return Home, Micah Truman, le 14 mars 2022. (JASON REDMOND / AFP)

Le fondateur de Return Home, Micah Truman, le 14 mars 2022. (JASON REDMOND / AFP)

"Tu es poussière, tu retourneras à la poussière", annonce la Bible. La Californie a une autre proposition. Le mois dernier, Gavin Newsom, le gouverneur du Golden State, a signé une loi autorisant à partir de 2027 le compost humain après la mort. La Californie est le cinquième État américain après Washington, l’Oregon, le Colorado et le Vermont à valider cette alternative à la crémation ou à l’enterrement.

La loi AB 351 parle de "réduction organique naturelle". Le procédé consiste à placer le défunt dans un conteneur en métal d’environ 2,50 mètres de long et un peu plus d’un mètre de large. Il est rempli de produits organiques, comme des copeaux de bois, de la paille ou encore de la luzerne. Une fois le conteneur fermé, la nature fait son travail. Le système favorise juste l’activité microbienne pour accélérer la décomposition du corps, qui devient de la terre cultivable au bout de 60 jours.

Les familles peuvent se servir des quelque 100 kilos de terre récoltés pour faire pousser un arbre ou des plantes et honorer ainsi la mémoire du ou de la disparue. Le compost humain est plus naturel et coûte moins cher que des obsèques classiques, entre 4 000 et 5 000 dollars contre 6 000 dollars pour une crémation et plus de 7 000 dollars pour un enterrement.

Une alternative plus écologique que la crémation ou l'inhumation

Selon Micah Truman, fondateur de Return Home, une maison funéraire près de Seattle, le compost humain est aussi moins néfaste à l’environnement, en évitant les produits chimiques d'un embaumement qui finissent dans les sols, par exemple. "Il faut 115 litres de fuel pour une crémation, en plus d’envoyer dans les airs sous forme de gaz à effet de serre tout ce que notre corps pourrait rendre à la terre", détaille Micah Truman qui estime que "comme chacun d’entre nous va mourir, la façon de nous occuper de nos défunts est très problématique."

"Beaucoup de gens ne sont pas particulièrement excités à l’idée d’être incinérés, et d’autres n’ont aucune envie d’être enterrés."

Micah Truman, fondateur de Return Home 

à franceinfo

"Alors notre méthodologie intéresse ceux qui veulent revenir à la terre, les agriculteurs par exemple, explique Micah Truman. Des tas de gens ont des tas de raisons".

Cet ancien financier, qui se sentait inutile dans son métier même s’il gagnait bien sa vie, avait l’environnement en tête quand il s’est lancé il y a un an et demi. Mais il a depuis découvert que ce qu’il appelle "la terramation" aide les familles en leur donnant vraiment le temps de dire au revoir au disparu. Certains déposent des fleurs, un morceau de gâteau ou du vin sur le corps du défunt, dit-il. Mais comme Micah Truman connaît bien la finance et le marketing – le compte TikTok de Return Home a un demi-million d’abonnés – il attend l’ouverture du marché de la Californie, l’État le plus peuplé du pays, avec une certaine impatience.

Post mortem

Par Le 30/10/2022

 

Revenir à la nature dans un état de "nudité", sans traitement chimique, sans coffrage polluant. Juste de quoi nourrir la terre.

 

Visite du premier cimetière bio d'Alsace avec cercueils biodégradables, arbre du souvenir et mini-stèles en pierre

 

Publié le 27/10/2022 à 11h30 • Mis à jour le 30/10/2022 à 09h13

Écrit par Sabine Pfeiffer.

Le nouveau cimetière est un coin de sous-bois.

Le nouveau cimetière est un coin de sous-bois. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions

Jusqu'à présent, Sternenberg (Haut-Rhin) enterrait ses morts à Bretten, le village voisin. Mais la petite commune vient de créer son propre cimetière, le premier d'Alsace à être "bio", respectueux de la nature. Et agrémenté d'un arbre du souvenir, sur lequel sont notés les noms des défunts.

Sternenberg, village de 170 habitants dans la couronne mulhousienne, n'a pas d'église. Et jusqu'à présent, il n'avait pas non plus de cimetière. Ses habitants sont rattachés à la paroisse de Bretten, à 3 kilomètres de là. Et c'est là aussi qu'ils vont enterrer leurs défunts en terre.

Mais depuis un an, Sternenberg s'est doté de son propre cimetière. Un site idyllique, à l'orée de la forêt, que le conseil municipal souhaite préserver. En recherchant comment l'aménager, il a découvert l'existence, ailleurs en France, de cimetières naturels plus respectueux de l'environnement.

Il a donc décidé de faire de ce nouveau champ du repos le premier cimetière "bio" d'Alsace. Les personnes souhaitant s'y faire enterrer devront signer une charte, et s'engager à ne pas faire traiter leur corps post mortem.

Un sous-bois qui doit rester naturel

C'est un petit replat sous les arbres, surplombant la route. Le lieu est d'une profonde sérénité. Un sol de sous-bois, couvert de feuilles, et entouré de troncs élancés. En ce matin d'octobre, il baigne dans une lumière mordorée, car le soleil transperce les frondaisons.

Pour l'instant, il n'y a pas encore de tombe, car le site n'a été inauguré qu'à l'automne 2021. Mais le conseil municipal est convaincu d'avoir trouvé l'endroit idéal. "Pour pouvoir se recueillir, il faut se sentir bien" explique le maire, Bernard Sutter. "Et en forêt, c'est vraiment possible."

Ici, pas question de polluer le sol avec des produits chimiques.

Ici, pas question de polluer le sol avec des produits chimiques. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions

Ce projet a mis plusieurs années pour arriver à maturation. "Les habitants derniers arrivés nous disaient : 'Un village sans cimetière, ce n'est pas possible'" rappelle le maire. "Nous avons donc réfléchi, et cherché." Pour finalement réaliser que ce recoin de forêt communale, proche des maisons, était parfaitement adapté.

En parallèle, le conseil municipal a découvert que ces dernières décennies, les cimetières sont devenus des endroits très pollués. En cause, le traitement du bois des cercueils, leur plombage au mercure et, principalement, le développement de la thanatopraxie, ces soins prodigués au corps afin de prolonger son temps de conservation avant la mise en bière. 

"Mais nous avons appris l'existence de cimetières qui respectent la nature" explique Bernard Sutter – notamment en Sarthe, dans les Deux-Sèvres, et dans d'autres pays d'Europe. "Et avons donc établi un règlement, pour ne pas accepter dans le sol de notre cimetière des corps dans lesquels on a injecté post mortem des produits chimiques polluants."

Cette décision correspond à un souhait de respecter "la nature, le lieu, mais également les humains, les vivants comme les défunts" précise le maire. "Nous voulons sensibiliser les gens que ce n'est plus comme il y a 50 ans. Et qu'aujourd'hui, mettre un corps traité en terre peut devenir un problème pour la nature."

Le règlement stipule aussi que le cercueil doit être en bois léger biodégradable, recouvert de vernis sans solvants. En outre, exit les fleurs en plastique. Seules les plantes naturelles seront acceptées sur les futures tombes. 

Un columbarium et un arbre du souvenir

A une dizaine de mètres du sous-bois, la commune a fait aménager un muret orné d'un parement de pierres : un columbarium, comprenant une douzaine d'emplacements pour les urnes. A l'avenir, il est vraisemblable que de plus en plus de personnes opteront pour l'incinération. C'est pourquoi l'espace sous les arbres, prévu pour une douzaine de tombes, semble largement suffisant.

Le columbarium et l'arbre du souvenir.

Le columbarium et l'arbre du souvenir. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions

Le prix d'une concession - que ce soit pour un cercueil ou une urne - est le même : 200 euros pour 15 ans, et 350 pour 30 ans. Mais il y a une condition : la personne défunte doit avoir vécu au moins 5 ans à Sternenberg.

Devant le columbarium, un arbre de métal étend ses branches. Une œuvre d'artiste, réalisée à partir de simples barres de fer à béton soudées. "Sa silhouette permet de rester en accord avec le lieu, pour agrandir la forêt d'un arbre supplémentaire" précise Sylvie Enderlin, adjointe au maire, venue fleurir le jardin du souvenir au pied de la sculpture.

Sur les feuilles sont notés les noms des défunts.

Sur les feuilles sont notés les noms des défunts. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions

Sur les feuilles argentées, en acier souple, sont gravés les noms et dates de naissance et de décès des disparus de la commune depuis l'an 2000. Une manière symbolique de les réunir à nouveau tous à Sternenberg, quel que soit leur lieu de sépulture. "C'est pour faire mémoire de nos défunts, notre monument aux morts, si l'on veut" explique Sylvie Enderlin. 

Les habitants ont toujours le choix

Dorénavant, les 170 habitants de Sternenberg pourront donc choisir la localisation de leur dernière demeure. Car bien entendu, il reste toujours possible de se faire enterrer dans le cimetière du village voisin.

"Les anciennes familles ont toutes leur tombe et leur concession à Bretten" rappelle Fabien Greyenbihl, un habitant. "Ta famille, par exemple. Le jour venu, tes parents iront très certainement à Bretten" renchérit sa femme, Martine. "Mais pour les habitants nouvellement arrivés, Bretten n'a pas de sens, et pour eux, ce nouveau cimetière est très bien" estime Fabien.

Le couple Greyenbihl.

Le couple Greyenbihl. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions

Le couple, lui, a déjà pris sa décision : "Nous sommes très contents de nous dire que nous pourrons rester à Sternenberg" s'exclame Martine. "Ce nouveau cimetière est si beau, sous les arbres, on peut s'y asseoir et méditer. Et il n'y aura pas tous ces problèmes d'argent liés à un enterrement avec un grand monument funéraire." En effet, la seule pierre tombale autorisée sera une petite stèle carrée, en pierre, d'une cinquantaine de centimètres de haut.

Sylvie Enderlin aussi a fait son choix : "Ma maman est née à Sternenberg. Moi j'ai grandi ailleurs, mais suis revenue pour y vivre. Et à ma mort, je veux rester ici, car c'est ma patrie (mini Heimet)."

Jean-Marie Wettel et sa famille se sont installés à Sternenberg il y a deux ans. "Un beau village calme, avec des gens sympathiques" estime-t-il. Il a immédiatement adhéré au projet de création du cimetière, qu'il ressent "bien avec l'état d'esprit de la commune : simple, sans fioritures." Il a également participé aux trois journées de  chantier bénévole qui ont permis de poser le dallage au niveau du columbarium.

Et pour lui, aucune hésitation. Le jour venu, c'est ici qu'il reposera. "Ce cimetière est un lieu de promenade" explique-t-il. "Là-bas en contrebas, il y a trois étangs. J'y vais souvent avec mes schtroumpfs, mes petits-enfants, et après nous nous baladons par ici, et venons admirer l'arbre du souvenir." Et il ajoute : "Et demain, c'est-à-dire dans 50 ou 100 ans, je sais où nous descendants pourront nous retrouver…"

A l'entrée du cimetière, la stèle qui indique son nom.

A l'entrée du cimetière, la stèle qui indique son nom. • © Emmanuelle Gambette / France Télévisions

A l'entrée du cimetière se dresse dorénavant le monument aux morts de la commune qui, jusque-là, se trouvait au centre du village. "On en a profité pour le rapatrier en ce lieu bucolique. On croirait qu'il a toujours été là" se réjouit le maire.  

A ses pieds, une petite stèle de pierre, destinée à servir de modèle pour les futures pierres tombales. La plaque métallique qui lui est apposée porte une inscription : S'Ewigkeit Plénla. C'est le nom donné par la commune à son nouveau cimetière : "Le petit coin d'éternité".

 

Feuilles d'automne

Par Le 29/10/2022

 

On est allé se baigner dans un lac aujourd'hui...A 600 mètres d'altitude. Températures printanières pour la première journée de l'horaire d'hiver.

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J'ai un petit appareil photo qui a une option que j'aime beaucoup. Le mode "réflexion" que j'appelle le mode symétrie. J'aime bien ce que ça donne. 

 

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Cold case

Par Le 17/10/2022

 

 

 

Aucune description de photo disponible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce fait divers avait frappé tout le monde à l'époque et je connaissais le lieu. J'avais lu tout ce que je pouvais trouver sur cette sombre histoire et puis un jour, ou plutôt certainement, une nuit, je me suis dit que ça pouvait être le point de départ d'un roman. 

"LES HEROS SONT TOUS MORTS" a démarré à ce moment-là. Et aujourd'hui, j'écris le tome 3...

 

Tuerie de Chevaline : trois juges d'instruction du pôle "cold cases" saisis du dossier

Publié le 17/10/2022 à 16h09

Écrit par MCP avec AFP

Quatre personnes ont été tuées le 8 septembre 2012 à Chevaline (Haute-Savoie) sans que l'auteur n'ait été identifié par les enquêteurs.

Quatre personnes ont été tuées le 8 septembre 2012 à Chevaline (Haute-Savoie) sans que l'auteur n'ait été identifié par les enquêteurs. • © PHILIPPE DESMAZES / AFP

Annecy

Haute-Savoie

Auvergne-Rhône-Alpes

Trois juges d’instruction du pôle "cold cases" viennent d’être désignés pour poursuivre l’enquête sur la tuerie de Chevaline. Parmi eux, Sabine Khéris, la magistrate qui a obtenu les aveux de Michel Fourniret dans la disparition d’Estelle Mouzin.

Dix ans après le drame, l’enquête concernant la tuerie de Chevaline vient de prendre un nouveau tournant. Les trois juges d'instruction du pôle national en charge des dossiers non-résolus ("cold cases") viennent d'être désignés pour enquêter sur la tuerie de Chevaline.

Parmi eux figure Sabine Kheris, qui s’est illustrée en mars 2020 pour avoir résolu l’affaire Estelle Mouzin. Lors d’une audition, elle était parvenue à faire avouer au tueur en série Michel Fourniret le meurtre de la fillette disparue en Seine-et-Marne en 2003.

A ses côtés, deux autres juges ont été désignés pour enquêter sur Chevaline. "Ce sera le premier dossier du pôle cold cases" à bénéficier des expertises conjointes de Sabine Khéris, Nathalie Turquey et Emmanuelle Ducos, a révélé ce lundi le nouveau président du tribunal judiciaire de Nanterre, Benjamin Deparis.

"Il ne faut perdre aucune chance" sur cette affaire "d'une particulière complexité" et qui est "à l'arrêt, objectivement", a encore estimé le magistrat.

Le dossier de la "tuerie de Chevaline", quadruple meurtre non élucidé depuis 2012, a été transféré fin septembre au nouveau pôle "cold cases" de Nanterre, qui jouit de davantage de "moyens humains dédiés", avait annoncé le parquet d'Annecy.

Dix ans de doutes et d'incertitudes

Le 5 septembre 2012, un Britannique d'origine irakienne de 50 ans, Saad al-Hilli, son épouse de 47 ans et sa belle-mère de 74 ans avaient été retrouvés morts dans leur voiture, tués de plusieurs balles dans la tête, sur une route de campagne près de Chevaline, non loin du lac d'Annecy.    

Un cycliste de la région, Sylvain Mollier, 45 ans, avait également été abattu. L'une des fillettes du couple al-Hilli avait été grièvement blessée tandis que la seconde, recroquevillée sous les jambes de sa mère, en était sortie indemne.

Cette affaire, au retentissement mondial, est restée une énigme après des milliers d'heures d'enquête et des dizaines d'auditions.

Depuis sa création en mars, le pôle dédié aux "cold cases" a ouvert 37 enquêtes, dont 35 confiées à des juges d'instruction, avaient annoncé en septembre les chefs de juridiction.

 

 

 

LES HEROS SONT TOUS MORTS


Val Gelon, Savoie.

Une sacrée beuverie.

Gaston savait bien qu’il n’y avait qu’une bonne partie de chasse pour éliminer la gnôle qu’il avait ingurgitée la veille. Faut dire que le Joseph, il savait la faire la gnôle. Pas du jus de pommes pour puceau.

Gaston prit son fusil et la cartouchière et sortit.

Il s’engagea sur le chemin des hêtres et s’amusa des bonnes blagues de toute la bande. Purée, quelle rigolade. Il aurait bien aimé finir la soirée avec la Jocelyne mais elle avait trop bu et elle s’était endormie comme une tombe.

Bah, il la baiserait le week-end prochain, cette fois il la sauterait avant qu’elle ne s’effondre.

Il vit les traces des sangliers.

« Sacrés salauds ceux-là. Depuis le temps qu’ils se foutent de ma gueule, je vais bien finir par les déloger. »

Il n’avait plus voulu de chien après la mort de son Bestiau : un Beauceron de toute beauté, intelligent et fidèle. Purée, il aurait dû le buter ce trou du cul de François. Prendre son Bestiau pour un sanglier et lui éclater la cervelle, fallait vraiment qu’un abruti pareil pour faire ça. Si y’avait pas eu toute la bande, ce connard aurait fini dans un fossé. Ça ne l’aurait pas dérangé de lui faire la peau, c’est tout ce qu’il méritait.

« Putain, je suis désolé pour ton chien Gaston, j’étais sûr qu’il était avec toi, je pouvais pas deviner qu’il s’était éloigné. »

Rien à foutre de ses excuses. Faudrait pas qu’il lui tombe dessus dans la forêt, tiens, une petite balade tout seul, ça finirait en steak haché. Pas de témoin. Bestiau serait vengé.

Il avait déjà avalé une bonne dénivelée quand il finit par retrouver son calme.

Ça lui faisait plaisir de sentir la sueur dans son dos. Il força le pas. L’entraînement de rugby, parfois, ça ne lui suffisait pas. Il avait besoin de se vider les tripes pour calmer ses rages.

« S’arracher la viande, y’a pas mieux pour se refaire une santé. Et si j’arrive à tirer un de ces salauds de sangliers en plus, j’aurais tout gagné. »

Demain, c’était la paye et il pourrait acheter le cardan pour le C15. Aller à l’usine à pied, ça commençait à le faire chier pour de bon. Et redescendre un sanglier sur le dos, ça ne l’amusait plus. Et puis ce putain de mal de dos, ça n’arrangeait rien. Le toubib lui avait dit qu’il devrait déjà commencer par maigrir, cent vingt kilos, ça n’aidait pas. Putain, si le toubib faisait son boulot, il pourrait le critiquer. Cette tapette planquée derrière son bureau, tout juste bon à encaisser le pognon et à lui faire la morale. Qu’il aille bosser à l’usine et il aura le droit d’ouvrir sa gueule.

Ça le faisait chier de voir qu’il n’arrivait pas à rester tranquille dans sa tête. Toujours un connard pour venir l’emmerder. Le nombre de fois où il rêvait d’en buter un pour de bon. L’autre fils de pute de contremaître à l’usine, tiens, celui-là ferait un bon tas de viande à éclater. Deux cartouches de douze dans le buffet, ça devait valoir le coup.

Gaston n’avait jamais cherché à comprendre d’où lui venaient ses envies de meurtre. Personne n’en savait rien, c’était dans sa tête, bien au secret. Parfois, ça le faisait jouir quand ça faisait trop longtemps qu’il n’avait pas bourriné la Jocelyne et qu’il se finissait à la main. Il giclait en imaginant des cervelles éclatées.

Peut-être que ça venait de l’époque où son père le torgnolait. C’est là qu’il avait commencé à imaginer des meurtres. Il n’avait pas eu le temps de passer à l’acte. Le père s’était tué en prenant le tracteur sur la gueule. Ce connard avait basculé sur le bas-côté, pile au sommet d’un champ bien pentu. Le père avait sauté mais le tracteur lui était passé dessus, une belle galette, toute la viande étalée dans l’herbe, les intestins qui avaient giclé comme une merde au cul d’une vache. C’est la mère qui avait conduit la bagnole jusqu’au champ. Le Fernand était venu prévenir. Il avait eu le temps de bien voir et s’était retenu de rire. Il avait quatorze ans et c’était de toute façon la dernière année où le père aurait pu le baffer. L’année suivante, il avait pris quinze centimètres et trente kilos. Comme si le père mort, il s’était mis en tête de le remplacer. Il s’était bien occupé de sa mère d’ailleurs. C’est même lui qui avait rempli tous les papiers pour l’assurance. Il lui avait refait la cuisine avec les sous. Et maintenant, vingt ans après, il lui faisait ses courses et il passait la voir pratiquement tous les soirs. Il ne savait pas encore ce qu’il ferait quand elle serait morte. Il aimerait bien partir dans les Antilles pour se caser avec une doudou et boire du rhum à la plage. Putain, avec l’argent de la maison de la mère et ses petites économies, il pourrait bien se payer le voyage et voir venir quelque temps. Elle n’était pas bien grande cette maison et ça ne rapporterait pas grand-chose. Mais, bon, dans les îles, ça doit pas coûter bien cher. Il s’interdit de souhaiter la mort prochaine de sa mère mais ne put s’empêcher de voir passer l’idée en boucle pendant un moment.

Il pensa aux numéros du prochain loto. Il avait étudié les résultats de toute l’année précédente et il avait bien vu les numéros qui revenaient le plus. Il avait décidé de jouer les autres en se disant que ça rapporterait encore plus.

C’est là qu’il entendit les coups de feu. Droit au-dessus. C’était le parking du Molliet, cul-de-sac de la route forestière du Sappey. Qui pouvait bien flinguer par là-bas à cette heure? Aucun de ses potes n’avait parlé d’une montée ce matin. Et puis, ils étaient étranges ces coups de feu. Pas un fusil de chasse ça.

Il avait compté six déflagrations.

Et puis plus rien.

Le souffle court, il sortit du chemin cinquante mètres sous les deux voitures. Le moteur de l’une d’elle tournait.

Il aperçut les corps.


 

 

Haute Maurienne

Par Le 15/10/2022

Un séjour Là-Haut. 

Lorsque la foule estivale a disparu. 

Les immensités minérales, le silence, la beauté des sommets, le plaisir de chercher un itinéraire à vue, de trouver les passages, la solitude (on a fait des sorties de 20/25 km sans voir personne), le bonheur de constater que malgré l'âge les dénivelées ne nous arrêtent  pas, que l'enchaînement des sorties, jour après jour, est toujours possible, des sommets à plus de 3000 mètres, les chamois, les marmottes, un gypaète qui passe à cinquante mètres devant nous, sans un mouvement d'ailes, le bonheur de dormir là-haut le soir avec le camion, au bout d'une piste, avec des horizons ouverts, la lumière du soir, le lever du soleil, boire l'eau des torrents, la tranquille contemplation des lacs. 

Que du bonheur. 

 

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C'est trop cher et tant mieux.

Par Le 30/09/2022

 

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La facture est salée et du coup, ça commence à réagir. Depuis le temps...

La raison est financière alors qu'il est prouvé que l'atteinte à la biodiversité est considérable. Mais bon, ça, c'est "secondaire"...

"On ne va pas couper le jus pour deux ou trois chauve-souris"...

La remarque classique de celui qui ne sait rien de la problématique. Et qui surtout ne cherche pas à s'informer. Et pour ce qui est de l'insécurité, AUCUNE étude nationale ne prouve le lien entre la délinquance, la criminalité, le vandalisme et l'absence de lumière. Il suffit d'éplucher les compte-rendus de la gendarmerie. Et de toute façon, il s'agit de sortir de SON propre sentiment d'insécurité lié à cette absence de lumière alors que cette insécurité est considérablement plus grave et vaste au regard de l'empreinte carbone.

Soit on élargit sa vision au niveau planétaire (cf l'article sur le manque, le besoin, le désir), soit on reste dans sa zone de confort, même si celle-ci condamne l'ensemble. Il va falloir choisir. 

D'anciens textes : manque, besoin, désir

 

Prix de l'énergie : Brive va éteindre entièrement son éclairage public

 

Publié le 30/09/2022 à 15h55

Écrit par Elise Rouard.

Brive, entre chien et loup

Brive, entre chien et loup • © FranceTV

Brive

Corrèze

Nouvelle-Aquitaine

Un différend avec son fournisseur d'énergie contraint la municipalité de Brive à annoncer l'extinction de l'éclairage public en ville. La mesure prend effet dès ce vendredi soir dans certains quartiers avant une généralisation à toute la ville d'ici la fin octobre.

L'annonce prend effet dès ce vendredi soir, minuit - c'est à dire, le 1er octobre : "la Ville de Brive contrainte d'éteindre progressivement l'éclairage public de minuit à 5 heures du matin;"

Progressivement, précise le service communication de la mairie, car "80% des boîtiers" d'alimentation des réverbères "sont équipés d'une horloge, et on met une semaine à les programmer un par un. Donc dans une semaine, 80% de la ville sera éteinte".

Quant aux 20% restants, "on va les équiper de ces horloges pour que la totalité de la ville soit éteinte fin octobre".

Une décision radicale, annoncée ce vendredi et actée deux jours plus tôt en conseil municipal, sous la pression financière : la ville indique être en conflit avec son fournisseur d'énergie. "Malgré un contrat de marché public prévoyant une hausse de 18% soit une augmentation de 480.000 euros, le fournisseur demande 35% soit + 934 000 euros," précise un communiqué. Le contrat courrait pourtant jusque fin 2023. La différence serait liée à des problèmes d'approvisionnement en énergie entre l'Etat et le fournisseur...  

Des vérifications sont menées par la collectivité afin de savoir si la faute est imputable au fournisseur et, si tel est le cas, l'ouverture d'un contentieux serait envisagée. 

Tout éteindre en ville permettra à la commune, selon ses calculs, d'économiser 456 000 euros - en attendant la mise en place d'ampoules LEDS l'an prochain.

Et Brive n'est pas la première à se lancer, même si d'autres l'avaient annoncé plus en amont depuis cet été : Limoges, aux prises avec un surcoût énergétique de 3 millions d'euros ; le Dorat et Chaptelat en Haute-Vienne, qui ont choisi une extinction partielle ; et Couzeix, qui réduit son éclairage de 2 heures par jour. 

 

Pourquoi et comment pratiquer l’extinction de l’éclairage public ?

 

22 décembre 2019 MarineConseils et Astuces, Infos et législation

L’éclairage public représente une dépense communale non négligeable. Face à ce constat de plus en plus de petites communes s’interrogent sur la mise en place de l’extinction de l’éclairage publique une partie de la nuit.

Aujourd’hui, on constate que les petites communes sont aussi concernées par un éclairage public permanent alors même que les rues en milieu de nuit sont peu ou pas fréquentées. Quels sont les enjeux de l’extinction de l’éclairage nocturne ? Comment l’instaurer ? Que nous dit la loi ?…

Pourquoi la réduction ou l’extinction de l’éclairage public est un enjeu majeur ?

Un éclairage public énergivore et onéreux :

Selon Ademe, (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), l’éclairage public représente 41 % de l’énergie consommée par les collectivités territoriales et 37 % de leur facture d’électricité. La mise en place de l’extinction de l’éclairage public permet aux villes qui l’ont adoptée de réduire considérablement leur consommation d’énergie et par conséquent leur facture d’électricité.

Ce dispositif est donc un moyen pour les communes de lutter contre le gaspillage énergétique et de réaliser des économies. Cette initiative aurait par exemple permis à la ville de Saumur de diminuer sa facture totale d’électricité de 30 % et sa consommation d’électricité de 45 % (source : ANPCEN).

L’éclairage public a un impact négatif sur l’environnement :

L’éclairage public participe à l’augmentation des émissions de C02 dans l’atmosphère responsable de la production des gaz à effet de serre. L’interruption des éclairages artificiels peut donc être un moyen de lutter contre le changement climatique.

Pour rappel, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la France s’est engagée à diminuer de 20% ses émissions de CO2.

Cette interruption permet également de protéger la biodiversité et diminuer l’impact sur celle-ci. En effet, l’éclairage nocturne perturbe les écosystèmes en bouleversant la fréquence jour/nuit.

L’éclairage public est source de nuisances :

La lumière artificielle provoquée par l’éclairage public est responsable d’une partie importante de la pollution lumineuse. Elle affecte notamment le bien être des habitants et a un réel impact sur leur santé en perturbant leur horloge biologique et leur sommeil.

Elle masque aussi l’accès au ciel et la contemplation des étoiles, supprimer l’éclairage c’est favoriser la conservation du ciel.

Quels sont les moyens qui peuvent être mis en œuvre ?

Les communes peuvent donc envisager de :

Réduire l’intensité lumineuse

Diminuer l’éclairage en réduisant le nombre de lampadaires en fonctionnement. Elle peut faire le choix d’éteindre un appareil d’éclairage sur deux ou trois.

Améliorer la qualité et les performances de son parc d’installation et d’éclairage public.

Éteindre l’éclairage une partie de la nuit sur quelques rues, des quartiers ou sur l’ensemble de la commune.

Comment adopter l’extinction de l’éclairage public ?

En France, toutes les communes peuvent adopter l’extinction de l’éclairage de nuit entre minuit et 5h. Cependant, elles doivent garantir la sécurité de leur population.

Le choix des lieux bénéficiant ou non de l’éclairage public fait partie des prérogatives du Maire. Il convient néanmoins avant de prendre une décision de :

Consulter les habitants de la commune.

Évaluer les risques en prenant en compte la fréquentation et la circulation et en analysant la dangerosité d’un tel dispositif.

Informer la population concernée :

Un arrêté doit être affiché ou mise à disposition de la population dans le bulletin municipal. Ce document doit mentionner les lieux et les horaires d’extinction et d’éclairage. (Article L 2131-1 et 2 du code Général des Collectivités Territoriales).

La pose de panneaux d’informations à l’entrée de la commune est fortement recommandée.

Vous pouvez également vous rapprocher d’organismes spécialisés pour réaliser un bilan.

Enfin, pour pallier à l’extinction de l’éclairage nocturne, il est possible d’améliorer et de repenser la signalisation actuelle en s’équipant de produits rétroréfléchissants (marquages au sol, panneaux, balises, plots à encastrer en verre…) pour signaler les obstacles et les dangers.

Quel bilan ?

On observe un retour positif pour la majorité des villes ayant adopté cette initiative. Le principal obstacle reste le sentiment d’insécurité provoqué par l’absence de lumière. Il est toutefois à nuancer, aucune étude ne montre une recrudescence de la violence ou des incivilités suite à la suppression de l’éclairage public. Il n’existe pas non plus de lien entre éclairage et réduction de la criminalité.

Que dit la loi ?

La loi municipale du 5 avril 1884 qui confère au maire les pouvoirs municipaux de police et le code général des collectivités territoriales énumèrent les prérogatives propres au pouvoir municipal dont la gestion de l’éclairage public.

Art. 97 de la loi municipale du 5 avril 1884 :

« La police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté et la salubrité publique.

1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l’éclairage, l’enlèvement des encombrements… ».

Art. L 2212-2 du Code Général des Collectivités Territoriales :

« 1° L’éclairage public fait partie intégrante des pouvoirs de police du maire même si cette compétence est transférée au syndicat d’énergies. Une commune peut réduire l’amplitude horaire d’éclairement des voies ou de leurs abords. »

Autrement dit l’éclairage public est de la responsabilité du maire néanmoins ce n’est pas une obligation. Comme l’indique le ministre de l’intérieur en réponse à la question de M. Claude Raynal, il n’existe aucune obligation légale ou réglementaire qui oblige les maires à mettre en place un dispositif d’éclairage public.

«Il appartient au maire de rechercher un juste équilibre entre les objectifs d’économie d’énergie et de sécurité afin de déterminer les secteurs de la commune prioritaires en matière d’éclairage public au regard des circonstances locales. Dès lors qu’il serait ainsi en mesure de démontrer qu’il a accompli toutes diligences, le maire ne devrait pas voir sa responsabilité reconnue. »

En France, déjà 6000 communes ont mis en place l’extinction de l’éclairage public (Source : Ademe). Pourquoi pas la vôtre !!!

Venez découvrir l’ensemble de nos articles consacrés à la législation.

 

 

Sobriété énergétique : est-ce vraiment utile d'éteindre la lumière ?

Article rédigé par

Louis San

France Télévisions

Publié le 31/07/2022 07:03Mis à jour le 31/07/2022 11:36

 Temps de lecture : 7 min.

L'éclairage public représente "un gisement d'économies d'énergie", selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, car le parc français est vétuste. (ASTRID AMADIEU / FRANCEINFO)

L'éclairage public représente "un gisement d'économies d'énergie", selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, car le parc français est vétuste. (ASTRID AMADIEU / FRANCEINFO)

Les publicités lumineuses, les bureaux qui restent allumés et les lampadaires dans la rue représentent-ils une source d'économies d'énergie ? Franceinfo s'est demandé si les éteindre était une idée lumineuse pour réduire la consommation française d'électricité. 

Il a sonné la "mobilisation générale" pour la "chasse au gaspillage énergétique". Lors de son interview du 14-Juillet, Emmanuel Macron a annoncé un "plan de sobriété". Objectif : faire en sorte que la France puisse traverser l'hiver sans coupure d'électricité alors que les pays de l'Union européenne se sont accordés mardi pour réduire de 15% leur consommation de gaz – et donc leur dépendance à la Russie – en pleine guerre en Ukraine. "On va d'abord essayer de faire attention collectivement, le soir, aux éclairages, quand ils sont inutiles", a expliqué le président de la République.

Les lumières nocturnes des bureaux et des commerces ou les écrans publicitaires numériques dans les gares sont souvent évoqués lorsqu'il s'agit de traquer les sources de consommation électrique superflues. Mais que représentent-elles réellement dans la consommation du pays ? Franceinfo tente d'éclairer la situation.

Un levier symbolique pour la publicité lumineuse

Dans les gares, dans les couloirs du métro, dans les vitrines de commerces… Les écrans LCD publicitaires sont l'une des cibles des élus écologistes. David Belliard, maire adjoint de Paris, s'y était attaqué lors de la dernière campagne des élections municipales à Paris. De son côté, la députée écologiste Delphine Batho avait déposé, en février 2020, une proposition de loi sur "l'interdiction de toute forme de publicité numérique et lumineuse dans l'espace public". L'ancienne ministre de l'Ecologie dénonçait "une aberration" et une "consommation inutile d'électricité".

Mais quelle est la consommation réelle de ces dispositifs ? Selon un rapport (PDF) de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), "un écran publicitaire LCD numérique de 2 m2 consomme 2 049 kWh par an, ce qui est proche de la consommation moyenne d'un ménage français pour l'éclairage et l'électroménager (2 350 kWh/an)".

Combien d'écrans de ce type sont installés en France ? Aucun recensement exhaustif n'existe. En revanche, la SNCF en dénombre 1 574 dans ses gares. La compagnie ferroviaire affirme à franceinfo que 2 914 seront installés d'ici à 2031. Selon elle, "les écrans numériques 70-75 pouces consomment plus de deux fois moins aujourd'hui qu'il y a dix ans". Par ailleurs, "le remplacement des supports papier par les écrans numériques permet de multiplier le nombre d'annonceurs sur un seul support", justifie aussi la SNCF.

De son côté, le gestionnaire du Réseau de transport d'électricité (RTE) classait en 2019 les panneaux publicitaires lumineux parmi les consommations "superflues". Dans un rapport de février 2022 (PDF), la réduction de ces écrans est toutefois présentée par RTE comme un "levier de sobriété" permettant de réaliser une économie de 0,5 TWh. Une miette au regard des 473 TWh de la consommation d'électricité globale en France en 2019, selon EDF.

"De manière plus anecdotique, la diminution de la publicité aura un impact sur les consommations énergétiques directement associées (écrans, affichages vidéo), ainsi que sur la consommation de biens au sens large."

RTE 

dans un rapport de février 2022

En s'attaquant aux écrans publicitaires, la visée n'est donc pas forcément celle d'une économie d'énergie. Elle est aussi esthétique, politique, voire philosophique. A Lyon, une majorité d'élus de la métropole s'est accordée, en juin, "pour diminuer fortement la place de la publicité dans l'espace public". Les écrans seront retirés du métro lyonnais dès 2024. "Sobriété énergétique, sobriété cognitive, stop aux appels à surconsommer... Nous continuons d'agir pour l'intérêt général", avait fait valoir Benjamin Badouard, co-président du groupe des écologistes à la métropole de Lyon.

>> Publicité lumineuse : ce qui existe déjà, ce que veut faire le gouvernement, ce que demandent les associations

Un gain certain pour les lumières dans les bureaux et commerces

Il est encore fréquent, en France, de constater que des bureaux ou des commerces sont éclairés la nuit. Pourtant, la loi interdit ces éclairages nocturnes. Un arrêté ministériel relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses a été pris en 2018. Il dispose que "les éclairages de vitrines de magasins de commerce ou d'exposition sont éteints à 1 heure du matin au plus tard ou 1 heure après la cessation de l'activité si celle-ci est plus tardive et sont allumés à 7 heures du matin au plus tôt ou 1 heure avant le début de l'activité si celle-ci s'exerce plus tôt".

Ces éclairages maintenus la nuit ne sont pas le fruit d'actes délibérés mais de "méconnaissance", estime François Darsy, président de la commission éclairage intérieur du Syndicat de l'éclairage, interrogé par franceinfo. Un avis partagé par Dany Joly, membre du conseil d'administration de l'Association française de l'éclairage et responsable de l'éclairage public à Nantes. La métropole a donc choisi en 2019 de sensibiliser les commerçants sur le sujet.

"A Nantes, des contrôles relèveraient de la police municipale. Elle a autre chose à faire, en pleine nuit, que d'aller vérifier si les vitrines sont bien éteintes."

Dany Joly, responsable de l'éclairage à Nantes 

à franceinfo

Que représente l'éclairage nocturne de commerces et de bureaux ? Impossible de l'estimer précisément. Mais selon le Syndicat de l'éclairage, l'ensemble de la consommation électrique liée à l'éclairage, diurne et nocturne, représente 42 TWh. Parmi les premiers postes se trouvent l'éclairage domestique (7,13 TWh), celui des bureaux privés (7 TWh), et celui des commerces (7 TWh).

Aussi visibles soient-ils, ces éclairages nocturnes "ne représentent pas les plus fortes consommations", observe Gilles Aymoz, directeur adjoint de l'Ademe en charge de ces questions. "Assez souvent, les importants postes de consommation d'énergie dans les bureaux sont le chauffage ou la climatisation. Cela peut aussi varier s'il y a beaucoup d'informatique ou non."

"Pour faire des économies à long terme, concernant les bureaux, nous devrons aller plus loin. Il va falloir travailler sur le mode d'isolation, de chauffage, sur des éléments plus structurels."

Gilles Aymoz, directeur adjoint de l'Ademe 

à franceinfo

Face au risque de pénurie, l'extinction des éclairages nocturnes des bureaux et des commerces doit être appliquée rapidement, alerte toutefois Thomas Pellerin-Carlin, spécialiste des questions d'énergie à l'Institut Jacques Delors. "Chaque électron économisé, qui n'a pas besoin d'être produit pour générer de l'électricité, nous permet de consommer moins de gaz", explique-t-il. Et de noter qu'une telle mesure revêt aussi une dimension symbolique et psychologique :

"Il y a un effet indirect, qui montre à tout le monde que nous sommes dans une crise énergétique et qu'il y a besoin de faire des efforts."

Thomas Pellerin-Carlin, chercheur à l'Institut Jacques Delors 

à franceinfo

Une mine d'économies d'énergie pour l'éclairage public

Depuis le 1er juillet, il n'y a plus d'éclairage public dans les rues de Cormeilles-en-Parisis (Val-d'Oise), entre 1h15 et 4h45. Cette ville de 23 000 habitants et 4 000 lampadaires a coupé le courant en raison de "l'explosion des prix de l'énergie", justifie le maire Yannick Boëdec dans Libération. La mesure doit permettre de réaliser une économie de 26% sur la facture d'électricité. L'argument est le même pour de nombreux autres édiles.

Ils ne s'y trompent pas : l'éclairage public représente "un gisement d'économies d'énergie", selon l'Ademe, puisqu'il pèse "41% des consommations d'électricité des collectivités territoriales", "16% de leurs consommations toutes énergies confondues, "37% de leur facture d'électricité". Or, une grande partie des équipements en France est vétuste et mal gérée, a épinglé la Cour des comptes en avril 2021. D'après l'Ademe, "près de 40% des luminaires en service ont plus de vingt ans" et "plus de la moitié du parc est obsolète".

>> INFOGRAPHIES. Pourquoi certaines communes éteignent leur éclairage public la nuit

A l'échelle nationale, la consommation annuelle de l'éclairage public, souvent justifiée par un impératif sécuritaire, est estimée à 6 TWh. Mais des économies d'énergie et une réduction du montant des factures peuvent être réalisées avec des équipements rénovés. François Darsy plaide ainsi pour une campagne de mise aux normes, dénonçant "la petite musique selon laquelle la meilleure rénovation serait l'extinction".

A Nantes, "nous sommes passés aux LED il y a cinq ans", raconte Dany Joly, et près d'un tiers des éclairages sont équipés de telles ampoules. La ville a également décidé de baisser la puissance lumineuse entre 20 heures et 6 heures. Résultat : la consommation d'électricité liée à l'éclairage public à Nantes a baissé de 50 GWh annuels en 2017 à 37 GWh en 2021. En voilà une idée lumineuse ?

 

 

LE BLOG DE L'OMPE

 

L’IMPACT DE L’ÉCLAIRAGE PUBLIC SUR LA BIODIVERSITÉ

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En 2012, une étude publiée dans la revue « Biology Letters » de l’Académie des sciences britannique alertait sur l’impact de l’éclairage nocturne sur la biodiversité. Ainsi, il aurait des effets néfastes sur l’organisme mais aussi sur le comportement individuel des insectes et des mammifères. Avec une augmentation de 30 % des points lumineux en France en l’espace de 10 ans seulement, nous sommes en droit de nous demander si cette pollution lumineuse ne joue pas un rôle dans la perte de notre biodiversité.

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Comment l’éclairage public impacte-t-il la biodiversité ?

Selon le site internet du Ministère de la Transition écologique et solidaire, la France compte 11 millions de points lumineux sur tout le territoire. Hormis le fait que cette pollution lumineuse émet 670 000 tonnes de CO2 chaque année et qu’elle pèse en moyenne 23 % de la facture énergétique d’une commune, elle semble également impacter certaines population d’insectes et de mammifères. Depuis 1989, 80 % des insectes d’Europe ont disparu en raison, d’une part, de l’intensification de l’utilisation des pesticides dans l’agriculture (+ 12 % entre 2014 et 2016) et, d’autre part, à cause de l’augmentation de la pollution lumineuse. Jean-Philippe Siblet, ornithologue et directeur du patrimoine naturel au Muséum national d’histoire naturelle, alerte notamment sur la diminution de la population de chouette hulotte depuis une dizaine d’années. Pour cet ornithologue, l’équation est simple : très sensible à la lumière, la chouette ne supporte de chasser que dans l’obscurité nocturne d’un cadre naturel. La chouette hulotte doit également faire face à un déclin du nombre de petits rongeurs qu’elle chasse pour se nourrir.

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Autres espèces victimes de la lumière nocturne : les insectes. En Allemagne, une étude a révélé que chaque réverbère tue environ 150 insectes chaque nuit en été. Si l’on rapporte ce constat aux millions de réverbères en France, le chiffre devient colossal. Les papillons de nuit, les Bombyx disparates ou encore les lucioles sont les insectes les plus perturbés par l’éclairage public. Ils s’épuisent à tourbillonner, ne se nourrissent plus et deviennent une proie facile pour leurs prédateurs. Si la pollution lumineuse a des impacts directs sur les animaux et les insectes, elle peut également induire une modification de la végétation, des ressources et des habitats. Des biologistes de l’Université britannique d’Exeter ont notamment constaté un déséquilibre et une sur-représentation de certaines espèces d’insectes dans les zones éclairées par les réverbères. Au final, si l’augmentation de la pollution lumineuse se poursuit à l’échelle mondiale, elle pourrait altérer l’ensemble d’un écosystème.

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Selon la Direction départementale des territoires et de la mer, « la lumière artificielle est la deuxième cause d’extinction des insectes après les pesticides ». Les effets de la lumière sur la vie sauvage varient en fonction de la qualité de la lumière, de son intensité ou encore de sa fréquence d’émission. Pour tenter d’inverser la tendance, la mairie du XIIIème arrondissement de Paris a décidé en 2016 d’équiper ses lampadaires de détecteurs de présence afin de les faire fonctionner à 10 % seulement de leur puissance lorsqu’il n’y a personne. La couleur de l’éclairage a également été travaillée pour nuire le moins possible aux oiseaux. A suivre…

 

"Regarder le monde brûler"

Par Le 28/09/2022

 

A ne lire qu'après avoir bu un ou deux verres ou deux bouteilles, par un jour de beau temps, c'est à dire avec de la pluie, en agréable compagnie et en oubliant que demain, ça sera pire.

Bonne soirée.

(pour voir toutes les photographies, faire un C/C et l'ouvrir sur votre ordi. Mais bon, c'est en fonction de votre niveau de résistance)

Regarder le monde brûler

 

https://making-of.afp.com/regarder-le-monde-bruler

 

Marlowe Hood Facebook Twitter Email Samedi 17 septembre 2022

Alors que le monde est secoué par des vagues de chaleur, des sécheresses, des incendies et des inondations sans précédent, vous ressentez peut-être vous-même un sentiment croissant de malaise, voire de panique.

Pour moi, le "moment Oh merde !", c’est-à-dire le moment du déclic - quand j’ai ressenti dans mes tripes la gravité de la situation - s'est produit début 2009, deux ans après avoir commencé à couvrir pour l'Agence France-Presse les questions scientifiques et la géopolitique du changement climatique.

A l'époque, j'avais déjà rendu compte de tout un tas d'études évaluées par des pairs, parlé à des scientifiques, assisté aux sommets des Nations unies sur le climat et interviewé des habitants du Pacifique, dont les îles étaient en train de disparaître sous les flots.  Mais je n’avais pas encore réalisé qu’un réchauffement climatique incontrôlé allait chambouler le monde civilisé, je n’avais pas encore eu cette prise de conscience qui vous frappe tout à coup à l’estomac et vous coupe le souffle.

Ce coup de massue, il m'est tombé dessus lors d'une conférence à Oxford où un large éventail d'experts s’était vu demander d'imaginer une planète qui se serait réchauffée de quatre degrés Celsius. Le tableau qui en était ressorti était un cauchemar éveillé. J'ai eu l'impression de détenir un savoir terrifiant que les autres, d'une certaine façon, n'arrivaient pas à voir.

Un pompier tente d'empêcher un immense feu de forêt de se propager près de Louchats, dans le sud-ouest de la France, le 17 juillet 2022 (Thibaud Moritz / AFP )

Ce qui est étrange, car le danger, présent et manifeste, du changement climatique est depuis longtemps très visible. Déjà à la fin du 19e siècle, Svante Arrhenius - le premier prix Nobel de chimie - avait prédit qu'un doublement du CO2 dans l'atmosphère réchaufferait la planète de cinq degrés Celsius, une température invivable. Il n'était pas loin de la vérité.  Il avait même émis une hypothèse sur la façon dont cela pourrait se produire : en brûlant trop de charbon. 

En 1969, le conseiller présidentiel américain et futur sénateur Patrick Moynihan déclarait à l'administration Nixon que le réchauffement climatique pourrait soulever les océans au point de noyer de grandes villes. "Adieu New York", écrivait-il dans un mémo. "Adieu Washington, par la même occasion."

En 1985, l'astrobiologiste Carl Sagan avertissait le Congrès américain : "nous léguons des problèmes extrêmement graves à nos enfants alors que le temps pour résoudre ces problèmes - si tant est qu'ils puissent être résolus –, c’est maintenant." Et en 1988, l'année même où James Hansen, scientifique du gouvernement américain, proclamait que le réchauffement de la planète avait commencé, les Nations unies créaient un corps de scientifiques bénévoles - le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) - chargé de tenir informés de la crise les dirigeants mondiaux.

Quatre ans plus tard, ces derniers étaient suffisamment alarmés pour élaborer un traité visant à lutter contre les "interventions humaines dangereuses pour le système climatique".

Au travail, des collègues me reprochaient la prépondérance d'histoires négatives dans mes articles.  "Nous devons donner de l'espoir aux gens", disait l'un d'eux.

Et pourtant, la plupart des gens semblaient allègrement ignorer la comète meurtrière qui se dirigeait vers nous. Ils considéraient le changement climatique - pour peu qu'ils le voient - comme une menace évitable et future. Ma diète quotidienne, faite de rapports scientifiques et de projections d’impacts, m'empêchait de regarder ailleurs. Comme le dit Greta Thunberg : si vous regardez l'état de la science, comment pouvez-vous penser à autre chose ?

De temps en temps, je rencontrais une âme sœur, quelqu'un d'aussi calmement effrayé que moi par la direction que nous prenons.  Mais faire entendre un sentiment total d'effroi n'est pas quelque chose que l'on fait en bonne compagnie, alors je me réfrénais.  Mon seul espace de confiance était la maison, où - soir après soir, année après année - je détaillais les sinistres nouvelles de ma rubrique à ma femme résiliente. Mais il y avait des dégâts collatéraux : j’en frémis aujourd'hui quand je pense au fardeau que j'ai infligé à mes deux filles pendant qu'elles atteignaient l'âge adulte, surtout à la plus jeune.  

Au travail, des collègues me reprochaient la prépondérance d'histoires négatives dans mes articles.  "Nous devons donner de l'espoir aux gens", disait l'un d'eux. "Tu devrais te concentrer davantage sur les bonnes nouvelles."

Des enfants jouent sur de la glace fondue à cause du réchauffement climatique dans le delta du Yukon en Alaska, le 18 avril 2019 (Mark Ralston / AFP )

Un garçon enlevant du pétrole déversé sur la plage d'Itapuama à Cabo de Santo Agostinho, au Brésil, le 21 octobre 2019 (Leo Malafaia / AFP )

Mais il n'y a pas de bonnes nouvelles, du moins pas du côté de la nature ou de la science. 

Depuis que le monde a décidé collectivement, il y a 30 ans, de régler le problème du climat et de sauver le règne du vivant, tous les indicateurs de la santé planétaire ont dramatiquement empirés. En 2009, les scientifiques ont déterminé neuf "limites planétaires" à ne pas franchir. À l'époque, nous avions déjà dépassé la zone de sécurité pour trois d'entre elles : le réchauffement climatique, le taux d'extinction des espèces et l'excès d'azote dans l'environnement (provenant principalement des engrais). Aujourd'hui, nous en avons franchi six, voire sept. Nous recrachons dans l’atmosphère plus de gaz à effet de serre et de pollution de toutes sortes que jamais auparavant.

Les leitmotiv les plus courants, dans les milliers d'études sur le changement climatique et la dégradation de l'environnement que j'ai examinées au cours des 15 dernières années, sont "pire que nous le pensions", "plus rapide que nous le craignions".    

Ce qui passe aujourd'hui pour de bonnes nouvelles, ce sont ces objectifs "net zéro" -- annoncés dans un étalage de vertus par les pays et les entreprises -- mais qui reposent davantage sur la plantation d'arbres et des compensations de carbone douteuses que sur une réelle réduction des émissions.

Dans le domaine scientifique, un flot ininterrompu de projections basées sur l'hypothèse du "nous faisons tout ce qu'il faut" dessinent des voies fantaisistes vers un monde dans lequel la température moyenne à la surface de la Terre ne se réchaufferait jamais de plus de 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux de la fin du XIXe siècle (la température a augmenté de 1,2 °C jusqu'à présent, principalement au cours des 50 dernières années).

Même si nous commençons à injecter des milliers de milliards de dollars pour résoudre le problème, les choses vont empirer - considérablement - avant de commencer à s'améliorer. 

Ces scénarios pétris de bonnes intentions - destinés à montrer tant aux dirigeants qu'aux administrés que nous pouvons encore éviter le pire - sont présentés comme "techniquement réalisables", ce qui signifie qu'ils fonctionnent sur le papier. Mais pas vraiment dans le monde réel des intérêts particuliers et de la pression politique. 

L'année dernière a également été marquée par un enthousiasme débordant pour des solutions de géo-ingénierie - aspirer le CO2 de l'air, atténuer le rayonnement solaire avec des écrans solaires stratosphériques - qui étaient rejetées il y a dix ans, considérées comme des mesures désespérées et de la dernière chance. C'est peut-être là où nous en sommes.

Dans son dernier rapport publié au début de l'année, le GIEC a indiqué noir sur blanc qu'il n'y aurait pas de salut climatique sans une contribution majeure de ces technologies et d'autres encore en gestation ou à l'état de prototype.  Nous faisons du patinage sur une glace de plus en plus mince.

Un ours polaire sur des morceaux de banquise dans l'archipel russe François-Joseph, le 16 août 2021 (Ekaterina Anisimova / AFP )

Disons-le tout net : le plafond de 1,5 °C fixé par l'accord de Paris pour le réchauffement climatique est un mirage qui s'évapore à l'horizon frappé par la sécheresse. Nous allons le dépasser.  Est-ce que cela signifie la fin du monde ?  Bien sûr que non, mais l'ampleur des dégâts va dépendre de la gravité de notre incursion dans la zone de danger. 

Au-delà d'un certain seuil - et personne ne sait exactement où il se situe - la planète elle-même accélérera considérablement le réchauffement et libérera d'importantes réserves de carbone qui réduiront à néant nos efforts déjà laborieux pour ralentir et finalement arrêter les émissions humaines.  Dans le même temps, nous détruisons rapidement les écosystèmes qui soutiennent la vie sur Terre.  Les océans, les forêts et les sols s'efforcent de maintenir les conditions stables qui ont fait de la Terre un lieu si hospitalier pour notre espèce au cours des 11.000 dernières années, et pourraient brusquement changer de cap et se diriger vers un nouvel équilibre de "serre", comme cela s'est déjà produit par le passé, préviennent les scientifiques.   

Ce n'est pas un monde dans lequel nous pouvons vivre. 

Avec les catastrophes amplifiées par le changement climatiques qui se succèdent, la réalité commence à se faire durement sentir dans le monde entier.  Paradoxalement, c’est pour beaucoup rassurant. Les doutes persistants, longtemps entretenus par les grands groupes pétroliers, étant enfin dissipés, un plan Marshall pour le climat est certainement le seul choix rationnel qui nous reste.  Les politiciens sont éveillés, les marchés se sont réveillés.  Mais comprennent-ils vraiment que nous n'avons eu droit qu'à un faible avant-goût de nos impacts déjà incorporés par le système climatique ?  Même si nous commençons à injecter des milliers de milliards de dollars, d'euros et de yuans pour résoudre le problème, les choses vont empirer - considérablement - avant de commencer à s'améliorer. 

Et ça, c'est le scénario optimiste.

Un jeune Indien s'accroche à une ligne électrique après une inondation du Gange près d'Allahabad, le 6 août 2013 (Sanjay Kanojia / AFP )

On n'a pas non plus vraiment compris que la construction d'infrastructures massives pour se protéger contre les moussons irrégulières, les mois de chaleur mortelle, la montée des eaux, les sécheresses extrêmes et les inondations millénales n'est pas une stratégie viable, pas même dans les pays qui regorgent d'argent, de prouesses technologiques et d’une confiance absolue en leurs capacités.

Mais l'objet de cette complainte est un état d'esprit plus qu'un état de nature : ce que l'on ressent en travaillant dans ce que nous appelons affectueusement "la rubrique fin du monde". Comment porte-t-on ce fardeau ?

Cette question m'est souvent posée par mes étudiants dans les écoles de journalisme de Paris où j'enseigne. Parfois, j'y réponds par une plaisanterie - du lundi au vendredi, désespoir ; l'espoir, c'est pour le week-end. Ou bien je tente une réponse sérieuse, en expliquant en termes généraux comment les journalistes - et au premier chef les correspondants de guerre - érigent des pare-feu émotionnels contre la cruauté, la souffrance et l'injustice auxquelles ils sont confrontés.  Dans les régions déchirées par la guerre, les éditeurs de photos de l'AFP suivent une formation sur les traumatismes avant de trier les clichés présentant une violence trop explicite pour être publiés.

Pendant plus d'une douzaine d'années à cette rubrique, je me suis persuadé que ce goutte-à-goutte ininterrompu de sinistrose et de catastrophisme planétaires m'avait laissé émotionnellement indemne.  Le sens de ma mission était mon bouclier : aider les gens à comprendre que le fait de ne pas réparer les dommages causés entraînera des conséquences terribles et irréversibles.  Au fil des années, à la suite de la communauté scientifique, mes articles ont progressivement adopté le langage de la crise existentielle, mais je ne me suis que rarement permis de contempler réellement ce que cela signifiait de revivre l'intensité de mon déclic, ce "moment Oh merde !" originel. Lorsque cela m'arrivait, je serrais les dents jusqu'à ce que la tempête se calme et puis je continuais.     

Maintenant, le pare-feu s'effrite, et je ne sais pas comment le reconstruire.

Des baigneurs regardent un incendie de forêt près d'une plage de Saint-Tropez, dans le sud de la France, le 25 juillet 2017 (Valery Hache / AFP )

Rétrospectivement, c'est embarrassant de voir combien de temps il m'a fallu pour faire le lien.  Les crises d'anxiété, les nuits sans sommeil, les douleurs nerveuses invalidantes, les éclairs de colère - je les ai longtemps attribués à une constellation banale de problèmes d'argent, d'une opération ratée, de frustrations au travail et d'inquiétudes pour mes enfants.  Tous ces éléments étaient réels, mais ils n'étaient pas la seule cause.

La confrontation avec le Covid - et la prise de conscience de ma propre condition mortelle - au commencement de la pandémie début 2020, m'a obligé à réfléchir sérieusement aux grandes questions de la vie. J'ai retrouvé dès que possible et avec empressement la voie du journalisme au quotidien, mais quelque chose de fondamental avait bougé.  La même année, j'ai été nommé pour un nouveau prix international de journalisme environnemental, qui exigeait la rédaction d'un long essai expliquant pourquoi mon travail était important. Je n'ai pas gagné, mais l'exercice m'a fait réaliser à quel point ma vie avait été enveloppée par ce sujet, devenu une « breaking news » permanente.

J'ai commencé à consulter un spécialiste des douleurs chroniques, un ancien anesthésiste qui emprunte des outils à la psychanalyse pour aider ses patients à comprendre les sources de leurs souffrances physiques.  Cela a permis de déverrouiller des choses dans quelques recoins plus enfouis, mais le facteur déclenchant le plus évident est resté invisible pour moi.             

L'année suivante, j'ai à nouveau retenté ma chance pour le prix et j'ai gagné.  Ce fut une agréable surprise, car les journalistes des agences de presse sont rarement sous les feux de la rampe. Mais cela m'a également déstabilisé, pour des raisons que je n'arrive toujours pas à comprendre. À peu près à la même époque, j'ai commencé à réfléchir à ce que signifie vivre dans l'ombre grandissante de l'effondrement de l'environnement, tout comme ma génération s'était recroquevillée, enfant, sous les pupitres de l'école pour se préparer à l'apocalypse nucléaire. Mais je ne ressentais toujours rien d'intime là-dedans.

Des manifestants simulent des funérailles à la nécropole de Glasgow pour symboliser l'échec de la conférence de l'ONU COP26, le 13 novembre 2021 (AFP / Paul Ellis)

  

Action de militants d'Extinction Rebellion (XR) lors de la COP26, à Glasgow en Ecosse, le 11 novembre 2021 (Andy Buchanan / AFP )

Il existe une littérature croissante sur le sujet, qui porte plusieurs noms : anxiété climatique, éco-anxiété ou, dans les cas extrêmes, "doomism" (catastrophisme, ndlr).  Katharine Hayhoe, une éminente climatologue qui voyage aux États-Unis et dans le monde entier pour aider les personnes préoccupées par le changement climatique à trouver du réconfort dans le militantisme, affirme que la prépondérance de ses détracteurs sur les médias sociaux est brusquement passée des climato-négationnistes aux prophètes de malheur, courroucés par son message d'optimisme et d'espoir. 

Ces "doomistes", comme on les appelle, ont été fustigés par les climatologues et les militants qui les considèrent comme plus dangereux que les climato-sceptiques de la vieille école. Mais puisque ces mêmes experts crient sur tous les toits que nous sommes confrontés à une menace d’extinction, ils ne devraient pas être surpris si certaines personnes perdent les pédales.  Au moins, cela signifie qu'ils écoutent.         

Soyons clair : nous ne pouvons pas nous permettre de nous laisser submerger par les émotions que suscite la menace du changement climatique.  Les enjeux sont trop importants et le temps presse.  C'est pourquoi les personnes chargées de la communication stratégique sur le réchauffement de la planète - les Nations unies, les groupes écologistes, les scientifiques et, peut-être, les médias - sont sur la corde raide.

Ce n'est pas mon travail - ni celui d'aucun journaliste - de fabriquer de l'espoir.  Le faire serait non seulement manipulateur, mais aussi intellectuellement malhonnête.

Ils veulent effrayer suffisamment les gens pour qu'ils prennent le problème au sérieux, mais pas trop pour qu'ils ne se sentent pas désespérés. Dans le même temps, ils veulent rassurer les gens sur la possibilité d'un avenir certain sur le plan climatique, mais juste ce qu'il faut pour ne pas tomber dans l'excès d'optimisme. 

Je me suis retrouvé tiraillé par le même dilemme lorsque j'ai commencé à donner un cours sur le changement climatique.  J'ai immédiatement ressenti le poids des attentes des étudiants. Ils étaient comme des patients anxieux craignant un diagnostic, et j'étais le médecin leur disant de se préparer aux mauvaises nouvelles.  En plaisantant à moitié, j'ai commencé au début de chaque semestre par un "trigger warning", c'est-à-dire un message d'avertissement pour contenu potentiellement traumatisant. 

Une brèche est apparue dans la sagesse populaire selon laquelle une plongée profonde dans la sinistrose climatique ne fait qu'inciter les gens à abandonner ou à détourner le regard.  En 2018, j'ai rencontré des membres fondateurs d’Extinction Rebellion (XR) alors naissante, qui utilisaient des actes flamboyants de désobéissance civile pour mettre en lumière l'inaction en matière de réchauffement climatique. Depuis, XR est présente dans le monde entier. 

La formation commence par un cours accéléré sur la science du climat mettant en évidence la façon dont nous avons fait basculer la Terre dans une période rarissime d'extinction massive, qui n'épargne pas les humains.  Cela signifie qu'on peut s'autoriser à être émotionnellement bouleversé et à faire le deuil de ce qui est et de ce qui sera perdu.  "Aujourd'hui, je vois à peu près tout à travers le prisme du changement climatique", m'a confié un membre.  Les militants de XR, en d'autres termes, ne sont pas paralysés par leur profonde appréhension.  Au contraire, accepter et accueillir notre sombre avenir les a transformés en une armée de guerriers climatiques implacables.    

Un agriculteur brésilien traverse une zone dévastée par un incendie dans une forêt tropicale près de Porto Velho, dans l'État de Rondonia, le 26 août 2019 (Carl De Souza / AFP )

À un niveau humain, je souhaite désespérément offrir une vision encourageante à mes étudiants et aux personnes qui lisent mes articles, à fournir les preuves que nous pouvons éviter – et que nous éviterons – le pire. Mais ce n'est pas mon travail - ni celui d'aucun journaliste - de fabriquer de l'espoir.  Le faire serait non seulement manipulateur, mais aussi intellectuellement malhonnête.

Cela peut aussi s'avérer contreproductif.  Étant donné le sentiment d’urgence que je ressens face à la crise climatique, j'aspire à dénoncer explicitement ce que je sais être nuisible ou erroné, et à défendre ce que je pense être la bonne ligne de conduite. Mais agir à partir de cette aspiration, quand bien même ce serait possible dans le cadre strict de l'AFP, serait une erreur.

"En fait, les journalistes en savent plus que quiconque - même que la plupart des scientifiques - sur l'ampleur réelle de la menace", m'a dit il y a quelques années l'écologiste Bill McKibben à qui je faisais part de ma frustration. "Mais si vous devenez un partisan, cela sera utilisé pour saper tout ce que vous écrivez", a ajouté l'auteur de "The End of Nature". 

La justesse d'esprit, la neutralité - et surtout la perception de ces qualités - sont le fondement de notre crédibilité en tant qu'organes d'information. 

Plus que jamais, le monde a besoin d'un journalisme fondé sur des faits incontestables, même si les informations sont parfois ignorées ou déformées.

Notre cœur de métier comporte une analyse nuancée des raisons pour lesquelles quelque chose s'est produit (ou pourrait se produire), mais elle ne franchit pas la limite entre "ce qui est" et "ce qui devrait être". Plus que jamais, le monde a besoin d'un journalisme fondé sur des faits incontestables, même si les informations sont parfois ignorées ou déformées.

J'ai récemment interviewé un trio d'acteurs de premier plan dans le domaine du climat, sans me rendre compte à quel point j'étais inconsciemment à la recherche de conseils sur la façon de m'en sortir. Tous avaient été aux prises avec les problèmes qui me faisaient lentement perdre pied, et chacun avait des conseils de sagesse à partager.   

En tant que professeur des Sciences de la Terre, Johan Rockström a contribué à redéfinir la compréhension de notre relation avec la planète. Il est également un défenseur infatigable de l'action en faveur du climat, qu'il s'agisse de se faire entendre des élites mondiales à Davos ou de témoigner dans son émission spéciale "Breaking Boundaries" sur Netflix.  Au cours d'une conversation sur son concept d'"espace de fonctionnement sûr" (Safe Operating Space, en anglais) pour l'activité humaine, je l'ai piégé avec une question personnelle.

"En 2009, nous avions déjà franchi trois limites planétaires, aujourd'hui nous en avons dépassé sept", lui ai-je dit. "Comment pouvez-vous ne pas vous sentir désespéré ?"

"Je me sens définitivement très, très inquiet et frustré", m’a-t-il répondu, un peu déstabilisé. "Au moment précis où nous avons besoin d'une biosphère résiliente, nous sommes en train de la perdre. Si nous nous éloignons trop des limites planétaires, les rétroactions de la Terre commenceront à amplifier notre trajectoire de manière irréversible vers un monde à quatre, cinq ou six degrés." Longue pause.

"Comment pouvons-nous rester concentrés de manière constructive sur la petite lueur qui est là ?" s’est-il interrogé, alors que j'étais suspendu à chacun de ses mots. "Pour commencer, quel choix avons-nous ?" Les sombres avertissements de Rockström ne sont rassurants que dans la mesure où ils confirment mes raisons d'être morose.  Et si je ne doute pas de la véracité du dicton de Churchill - "Je suis un optimiste ; cela ne me semble pas très utile d'être autre chose" - ce n'est guère suffisant pour me remonter le moral.

En revanche, passer deux heures avec l'invincible optimiste Katharine Hayhoe fut un véritable shoot d’endorphine. Comme Rockström, Hayhoe est une climatologue de haut niveau qui passe beaucoup de temps sur la route à répandre la Bonne Nouvelle de l'action climatique, notamment dans l'Amérique profonde. Travaillant en étroite collaboration avec des spécialistes des sciences sociales, son objectif primordial est de "faire en sorte que tous ceux qui sont inquiets s'activent... aujourd'hui, la plupart des gens sont déjà inquiets face au changement climatique. Mais nous ne savons pas quoi faire".

Hayhoe n'enjolive pas la situation : "Notre civilisation a été construite pour un climat qui n'existe plus. Chaque aspect de notre vie sur Terre est menacé par le changement climatique." Mais elle déborde d'optimisme et d'espoir, ce qui, précise-t-elle, n'est pas la même chose. Quand on n'a pas de soucis, on peut quand même être optimiste et penser que l'avenir sera aussi bon, voire meilleur. "On n'a besoin d'espoir que lorsque les choses ne vont pas bien. L'espoir vient de la souffrance", explique-t-elle.

Plusieurs sources abreuvent le réservoir d'espoir exceptionnellement grand de Mme Hayhoe : la science, une vision charitable de la nature humaine et sa profonde foi chrétienne.  "Grâce à la science, je sais viscéralement que ce que nous faisons a une incidence", confie-t-elle, notant qu'en l'espace d'une décennie les engagements en matière de réduction des émissions ont permis de ramener les projections de la température à la surface de la Terre à la fin du siècle de 5 °C à 3 °C par rapport à la référence préindustrielle. 

Insuffisant, mais déjà une énorme différence. "La science montre que chaque petit morceau compte, et c'est en fait une chose plutôt encourageante".

La climatologue Katharine Hayhoe s'entretient avec l'acteur Leonardo DiCaprio à Washington, le 3 octobre 2016 (Mandel Ngan / AFP )

Hayhoe pense qu'un déclic – un "moment Oh merde !" - collectif, provoqué par le type de catastrophes météorologiques extrêmes qui deviennent rapidement la nouvelle norme, fera passer l'action climatique à la vitesse supérieure.  "Si l'on tient compte de la façon dont les humains réagissent, socialement, aux catastrophes, nous pourrions atteindre l'objectif des 2°C", dit-elle, citant l'obtention du droit de vote et des droits civiques par les femmes comme des changements majeurs rendus possibles par une évolution rapide des valeurs.

Hayhoe a certainement raison de dire que ce sont les masses qui exigent et adoptent des changements profonds qui peuvent nous sauver, mais je ne partage pas sa confiance dans le fait que nos meilleurs anges prévaudront lorsque les choses deviendront vraiment difficiles. A d'autres égards toutefois, ses mots ont été une bouée de sauvetage.

Bien qu'elle ne s'appesantisse pas sur le sujet, la colère a clairement été un puissant moteur pour elle. Hayhoe et sa famille ont déménagé en Colombie lorsqu'elle avait neuf ans.  "En premier lieu, ce qui m'a poussée à devenir une scientifique du climat, c'est l'injustice de la situation", se souvient-elle, le changement climatique frappant le plus durement ceux qui en sont le moins responsables.  "Si vous vivez dans un pays à faible revenu, quand une catastrophe se produit, vous savez à quoi cela ressemble, et c'est très différent d'ici."

Ce que j'ai également trouvé réconfortant, c'est son idée simple selon laquelle vous n'avez pas à porter le fardeau seul.  "Il y a un million de mains sur le rocher, et si je devais retirer la mienne un petit moment, ce n'est pas grave - quelqu'un d'autre est là." Un muscle tendu en permanence à l'arrière de mon cou s'est alors un peu décontracté.

Mais c'est le troisième entretien qui m'a vraiment fait tourner la tête.  C'était comme une séance de psychanalyse, et je ne savais même pas que j'étais sur le divan.

Des kangourous tentent d'échapper à un feu de brousse à Snowy Valley, en Australie, le 4 janvier 2020 (Saeed Khan / AFP)

Clover Hogan est une experte de l'anxiété climatique, et a créé une ONG - Force of Nature - en 2019 pour s'attaquer à ses conséquences, notamment chez les jeunes.  "Nous sommes confrontés non seulement à une crise climatique, mais aussi à une crise de santé mentale", m'a-t-elle dit alors que nous nous tenions au milieu d'enfants jouant dans un parc parisien.

La source de cette anxiété, a-t-elle rapidement compris, est autant le sentiment que l'humanité se dirige en somnambule vers le bord d'une falaise que ce qui pourrait se passer lorsque nous y arriverons.  "Nous menons des programmes qui aident les jeunes à convertir leur éco-anxiété en action".

Pendant son enfance dans l'Australie rurale, Hogan avait pour meilleure amie la nature. 

Et en regardant des documentaires, elle a réalisé combien le monde qu'elle chérissait était menacé. Elle avait 11 ans. Elle s'est lancée dans l'activisme environnemental et, à 16 ans, elle s'est retrouvée au sommet de la COP21 à Paris. L'un des événements auxquels elle a assisté était un haut lieu de l’écoblanchiment, autrement dit du greenwashing: le Forum de l'innovation durable, financé par BMW, Coca Cola et Shell. "Je me souviens avoir pensé que c'était comme aller à une conférence sur le cancer du poumon sponsorisée par (le géant du tabac) Philip Morris", dit-elle. 

Au début de son adolescence, Hogan a tenu l'éco-anxiété à distance en étant "implacablement optimiste, positive et déterminée."  Et puis, en novembre 2019, "tout s'est écroulé".  C'était l'année de "l'été noir" australien, des incendies incontrôlables qui ont réduit en cendres de grands pans de ses souvenirs d'enfance et environ deux milliards d'animaux sauvages. "J'ai commencé à pleurer spontanément", a déclaré Hogan. "Je pleurais en allant au travail... Je m'effondrais au milieu des réunions. Je faisais des rêves apocalyptiques."

"Je pense que le désespoir est la seule réponse rationnelle. Mais nous avons peur de ressentir la douleur et le déchirement du cœur. La peur est que si j'ouvre la porte à ce déchirement, alors je n'en sortirai jamais."  Cependant, lorsqu'elle a vu son pays en flammes, quelque chose a craqué. "J'ai dû m'abandonner à ce chagrin.  Mais ce faisant, j'ai trouvé une énorme quantité d'amour, de passion et de détermination, et j'ai compris qu'il ne s'agit pas de moi ou de vous, mais de tout le monde. Il s'agit de l'avenir de la planète."

   

Clover Hogan reproche aux journalistes comme moi d'avoir échoué dans leur couverture de la crise climatique.  Les médias ont (enfin) appris à tirer la sonnette d'alarme et à parler de l'ampleur du danger. "C'est comme être frappé par un train. Mais nous ne disposons pas des compétences, des connaissances ou des outils nécessaires pour nous demander ce que nous pouvons faire", m’a-t-elle dit. "Beaucoup de journalistes ne considèrent pas cela comme leur responsabilité ; ils considèrent que leur travail consiste à rapporter les faits de la manière la plus objective possible. Ils ne pensent pas à l'impact de ce qu'ils disent."

Dans ma quête de conseils climatiques, je me suis également tourné vers un vieil homme espiègle qui avait mis une tempête dans mon crâne lors d'une interview en 2009.  James Lovelock, qui est décédé cet été le jour de son 103e anniversaire, a inventé la machine qui a révélé que nous faisions par inadvertance des trous dans la couche d'ozone et qui a conçu une expérience pour la NASA afin de prouver que Mars est dépourvue de vie.

Mais on se souviendra surtout de lui pour Gaïa, sa théorie - révolutionnaire dans les années 1970 - selon laquelle la Terre est un système autorégulé qui tend vers la stabilité, une "planète vivante" dans laquelle tout joue un rôle. C'est pourquoi, par exemple, les océans et les forêts - qui s'efforcent de maintenir l'équilibre de la Terre - ont absorbé pendant des décennies la moitié de notre pollution au carbone, alors même que les émissions de CO2 augmentaient de plus de 50%.  Aujourd'hui, c'est du B.A.-ba des sciences de la Terre.  Mais Lovelock était également convaincu que Gaïa avait une finalité, une hypothèse qui reste très controversée.

"Je pense que le but est tout simplement de maintenir l'habitabilité, et que la sélection naturelle y veille. Toute espèce sur la planète qui affecte négativement le climat, affecte négativement sa propre progéniture et - selon le darwinisme - aura tendance à être éliminée", m’a-t-il expliqué.

Il y a longtemps que Lovelock a décidé que l'humanité avait raté le coche du changement climatique et que notre espèce était condamnée à voir son nombre diminuer considérablement.  Deux ans avant sa mort, son point de vue n'avait pas beaucoup changé.  "Si nous ne faisons pas quelque chose, nous serons retranchés de la planète", m'avait-il dit.

Une forêt brûlée près de Mariposa, en Californie, le 24 juillet 2022 (David Mcnew / AFP )

Des volontaires tentent de dégager un barrage rempli de plastique près de Krichim, en Bulgarie, le 25 avril 2009 (Dimitar Dilkoff / AFP )

Lovelock adoptait une perspective olympienne - il aimait le point de vue depuis l'espace – pour contempler l'humanité, « ce pauvre acteur qui s’agite et parade une heure sur la scène » du monde. « Nous sommes comme d'autres espèces avant nous qui ont massivement changé l'environnement de la planète entière... Les photosynthétiseurs, lorsqu'ils ont produit de l'oxygène pour la première fois (il y a plus de 2,5 milliards d'années), étaient des organismes dévastateurs et nuisibles qui ont tué des pans entiers d'autres espèces. »

Puis les algues marines produisant un composé organique chargé de soufre, probablement à l'origine de la couche de glace qui a recouvert notre planète il y a plus de 650 millions d'années. "Et puis arrivent les humains avec une intelligence communicante", a-t-il ajouté. "Cela a eu des effets dévastateurs sur la planète, et nous en sommes témoins.  Mais si la planète peut s'adapter, et si nous pouvons nous adapter, cela pourrait finalement faire de Gaïa une planète intelligente, la première de la galaxie." 

En d'autres termes, même si des milliards de nos semblables périssent, "ceux qui survivent pourraient avoir une meilleure planète pour vivre."

Alors, où est-ce que tout cela me mène ?  À un niveau personnel, je réalise que je ne peux plus chroniquer, jour après jour, la destruction accélérée de la nature et la tempête climatique qui s'amorce, comme je l'ai fait depuis 2007.  Ce n'est pas de l'épuisement professionnel, du burn-out, c'est de l'auto-préservation.  Il y a maintenant une légion de reporters pour prendre ma place.  Je ne peux pas non plus me résoudre à croire, une fois de plus, que les négociations des Nations unies sur le climat déboucheront sur autre chose qu'une amère déception agrémentée de juste assez de progrès pour empêcher le processus de s'effondrer.

Que vous le vouliez ou non, la réalité du changement climatique va empiéter sur nos vies, corps et âme. Accrochez-vous !

Le sommet des Nations unies sur le climat de Charm el-Cheikh - le 27e depuis 1995, et mon 11e - sera mon dernier.  Quant à la bataille entre l'espoir et le désespoir, je ne trouve aucun réconfort dans la vision de Lovelock d'un "bon Anthropocène" émergeant des ruines d'un monde ravagé par le climat, et je n'ai pas la moindre idée de ce que signifie partager la foi de Hayhoe, qui pense que nous parviendrons envers et contre tout à éviter la catastrophe.

Mais le pessimisme n'implique pas nécessairement de se retirer dans les Alpes et de relever le pont-levis.  Je suis toujours stimulé par la colère - contre les mensonges, les demi-mensonges, la cupidité, et surtout les souffrances supplémentaires qu'ils entraîneront dans un monde de plus en plus inégal et injuste.

"L'espoir est un verbe actif", a déclaré M. Hogan. "Nous continuons à nous précipiter vers l'effondrement du climat. C'est ce que dit la science.  Mais il faut être prêt à tenir les deux vérités, à tenir l'espoir et le désespoir dans le même souffle. Ce ne sont pas les extrémités polaires d'un spectre, c'est une seule et même chose."

Plus important encore, où tout cela vous mène-t-il, vous ?  Vous n'y avez peut-être pas beaucoup réfléchi, et vous n'en avez peut-être pas envie.  Mais que vous le vouliez ou non, la réalité du changement climatique va empiéter sur nos vies, corps et âme. Accrochez-vous !

Texte traduit en français par Benjamin Legendre et édité par Jessica Lopez

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Marlowe Hood

environment, science & health correspondent

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