L'eau figée de l'hiver, l'eau cristallisée, les avalanches de flocons, les torrents silencieux, les lacs sous leurs tapis scintillants, le crissement des pas dans les pentes givrées, les sculptures de glace, les arbres saisis, les herbes solidifiées.
Le silence n'est pas le même qu'en été. La neige absorbe les sons. Elle les capture dans ses flocons. Tout le bruit du monde est enfoui.
J’ai connu des sommets enneigés où le vent se taisait et j’entendais la rotation de la Terre.
Le même phénomène se produit dans les torrents. Les carillons des flots sont statufiés et les bulles d’air gardent en elles les notes liquides pour la prochaine fonte. Comme des graines dans la matrice, elles germeront aux premières chaleurs, quand le soleil rendra sa liberté au torrent et leurs musiques fleuriront.
Là-Haut, en hiver, tout est à l’arrêt mais rien n’est mort. C’est juste une pause, comme un recueillement, l’élaboration lente des prochaines vigueurs.
Prendre de l'âge comporte au moins un intérêt : celui de devoir ralentir...Et dès lors de voir beaucoup mieux. J'ai longtemps couru là-haut comme un mort de faim et je regardais davantage en moi qu'autour de moi...Je ne cours plus. Et maintenant, je vois les brins d'herbe et les arbres et les roches, jusqu'au plus petit caillou, je vois la sauterelle ou le bousier au milieu du chemin, je vois les flocons givrés posés sur l'eau du lac et leurs structures, toutes ces fractales qu'aucun ordinateur ne parviendrait à tous reproduire...
Je pense pour ma part que les "petits gestes individuels" représentent une pression importante sur les "décideurs" car ils mettent en avant un changement de paradigme et les décideurs sont également des "suiveurs" puisqu'ils ont besoin des consommateurs pour garder leurs places d'élus.
Plus cette pression sera forte, plus elle se fera entendre, plus elle montrera son étendue planétaire, plus les décideurs, qu'ils soient politiques ou financiers, se devront de l'entendre.
On ne construit pas une pyramide en commençant par le haut.
Alors, oui, bien entendu que les décideurs freinent des quatre fers mais c'est juste que la pression n'est pas encore assez forte...Je ne vois donc pas les "colibris" que nous sommes comme des oiseaux isolés mais comme une "murmuration" qui sait dans quelle direction elle vole et pour quelles raisons. Il faut juste que la masse se renforce encore et encore...
Depuis plusieurs mois, je sature de l’écologie et de ses petits gestes. Peut-être que j’en mange trop, que ça n’avance pas assez, que je n’assume plus mes contradictions. Sans doute tout ça à la fois. Du matin au soir, je cogite, cherchant le « bon » moyen d’agir pour faire avancer le schmilblick de la transition écologique. Mais il n’y a pas de bon moyen d’agir – seulement une palette d’outils que personne ne peut mobiliser à lui seul.
Clairement, j’ai le cul entre deux chaises. Moi qui prône la stratégie des petits pas depuis tant d’années, je suis de plus en plus frustrée par l’engagement individuel.
J’arrive à un stade où je ne peux plus rien encadrer, surtout pas l’histoire du colibri. Non pas que je trouve ça mal, ou bête. Je suis pour que chacun se sente concerné, et persuadée que réformer nos modes de vie nous rendra plus heureux. Mais je ne supporte plus la déresponsabilisation des institutions et grandes entreprises que cette fable permet.
J’ai eu mon « déclic » écolo au Canada, en 2011. De retour de mon échange universitaire, j’ai embrassé la légende du colibri et la politique des « petits pas », fière et heureuse de faire ma part.
J’ai cru très fort au pouvoir de la consommation responsable. J’ai pensé : « Puisqu’on nous prend pour des consommateurs, achetons ce qui est bon, boycottons le reste, et les entreprises seront obligées de s’adapter ». J’ai vraiment pensé que la CB était notre bulletin de vote et notre plus fort levier.
J’ai revu tout mon quotidien, morceau par morceau. J’ai passé des heures à faire mes courses en essayant de résoudre des équations à triple inconnues. (Bio ou local ? Industriel certifié ou artisanal conventionnel ?) J’ai privilégié le vrac, diminué la part des aliments qui viennent de loin, refusé autant que possible le plastique. J’ai mangé de moins en moins de viande, acheté de moins en moins de vêtements. J’ai fabriqué mes produits ménagers et cosmétiques. J’ai relevé le Défi Rien de Neuf, opté pour un smartphone et des appareils électroménagers reconditionnés. J’ai été la reloue qui demande aux potes qu’on parte pas en vacances avec un vol intérieur low cost. J’ai fait de nombreuses recherches et partagé toutes mes découvertes sur un blog lu par des dizaines de milliers de personnes chaque mois.
Bref.
J’ai fait de mon mieux, multiplié les petits gestes, et pourtant ça ne va pas. Quand je tombe sur un énième compte écolo ou pire, zéro déchet, je ressens de l’agacement. Je sais la fatigue qu’on peut ressentir dans la course au plus petit bocal, je sais la charge mentale que ça représente. J’ai entendu des dizaines de copines se torturer pour un opercule en plastique dans leur poubelle quand celles du monde entier dégueulent. J’en peux plus. J’en ai marre des batailles symboliques, des « petits gestes qui sont mieux que rien ».
Si la fable du colibri ne marche pas…
L’effet pervers du colibri, c’est que cette histoire donne l’impression que les individus qui détiennent la clé de la transition écologique.
Et ça, ça arrange bien les responsables politiques et économiques, qui peuvent se complaire dans une écologie de façade qui ne remet rien en cause, et dont la responsabilité pèse sur les citoyens.
OKLM, on incite les personnes à adopter des comportements éco-responsables, comme si acheter des multiprises à interrupteur allait empêcher l’emballement du climat et l’effondrement de la biodiversité.
Oui, ça arrange bien l’État et les grandes entreprises, cette configuration.
Combien d’engueulades dans des conversations physiques ou virtuelles, sur qui prend l’avion, qui mange de la viande, qui achète du plastique ?
Pendant qu’on s’écharpe entre lombrics sur qui mérite la médaille du meilleur écolo, ceux qui nous gouvernent poursuivent leur quête mortifère de la croissance éternelle.
Et ça me met en colère.
… Alors que faire ?
Soyons bien clairs.
Je ne dis pas que l’action individuelle ne sert à rien. Je ne dis pas que les « petits gestes » ne comptent pas.
Je dis qu’ils ne suffisent pas. Qu’ils ne doivent pas constituer une excuse pour l’inaction au niveau collectif, politique. Qu’ils ne doivent pas faire peser la totalité ni même la majorité de la responsabilité de la transition sur les individus.
Dans l’étude « Faire sa part ? » du cabinet de conseil Carbone 4, les auteurs écrivent : « l’engagement individuel est indispensable, mais insuffisant« . Car même dans l’hypothèse d’un changement de comportement trèèès significatif (végétarisme, arrêt de l’avion, trajets en vélo, rénovation thermique de son logement, etc.), un individu seul ne parviendrait à réduire son empreinte carbone que de 45 %. Il faudrait pourtant descendre à 80 % pour respecter les objectifs de l’accord de Paris (à horizon 2050).
Source : Cabinet de conseil Carbone 4 – juin 2019
Sauf que tout le monde ne changera pas de comportement de son plein gré. Une estimation plus réaliste serait une baisse de 20 % de l’empreinte carbone moyenne de chaque Français (et encore, je les trouve sereins sur l’hypothèse). Et les 60 % restants ? Ils dépendent d’une action collective, politique, globale. D’un système qui se réforme en profondeur (transports publics et fret, agriculture et élevage, industrie, etc.)
Ces dernières années, on a voulu nous faire croire que l’écologie était une affaire de responsabilité individuelle, qu’elle n’avait rien de politique.
Ce n’est pas vrai. Nous sommes habitants de la même planète, insérés dans une société mondialisée, et donc dépendants les uns des autres. L’organisation de cette société repose sur un système politique multi-échelles. L’écologie est donc on ne peut plus politique.
Je ne blâme personne : je me suis vautrée la première dans cette histoire de petits gestes, d’engagement individuel. Et je ne reviendrai pas sur les changements de vie qui m’ont rendue plus heureuse et plus alignée.
Mais comme l’écrivent Jean-Marc Jancovici et ses comparses, « Si le système sociotechnique dans lequel nous vivons tous ne se réforme pas de toute urgence, l’injonction permanente à l’effort individuel ne pourra plus être entendue très longtemps. »
Je crois que mon début de burn-out militant en est une parfaite illustration.
La dissonance cognitive de l’écolo
Restez, parce que j’ai pas tout à fait fini. Récemment, un article du magazine de La Ruche qui dit Oui ! parlait de dissonance cognitive. Quessquecé ? C’est quand nos paroles sont contraires à nos actes. Un petit exemple ? J’ai l’impression de « faire ma part » et pourtant, si tout le monde vivait comme moi, nous aurions besoin… D’1,62 planètes, d’après le calculateur d’empreinte écologique.
« C’est pas moi, c’est les autres » ?
Le pire, c’est que WWF me félicite, car les deux tiers de planète en trop ne dépendent pas de moi, mais du système dans son ensemble. C’est donc au collectif de se réformer.
Mais se réformer vers quoi ? Un monde basé sur les technologies propres, la croissance verte, l’efficacité énergétique ? LOL. Sortez le système par la porte, il revient par la fenêtre… Car derrière tout ça, la logique n’a pas bougé d’un pouce. C’est la même cloison pourrie, repeinte en vert.
Et moi, dans tout ça ? En y réfléchissant bien, j’ai certes adopté une foultitude de petits gestes. Mais mon mode de vie global ? Je travaille dans la communication digitale, et les nombreuses heures à pédaler sur mon vélo pour me déplacer ne compensent pas celles passées sur l’ordinateur. Même si je fais durer mes appareils, même si j’ai un hébergeur green, même si j’éteins ma box la nuit. Même si.
Comme les autres, je fais des aménagements à la marge. Peut-être plus importants que la majorité, mais ça reste à la marge. Mon mode de vie ne remet rien en cause.
Pourquoi n’arrive-t-on pas à être plus radical ?
Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à aller au bout de la logique ? Pourquoi est-ce que je ne renonce pas aux appareils électroniques, aux grands déplacements, à certains produits venus parfois du bout du monde, etc. ? Bref, aux facilités de la vie moderne, dont on sait maintenant qu’elles sont purement insoutenables ?
Il y a un peu plus d’un an, j’ai rencontré les théories de l’effondrement. Et la collapsologie, c’est pas le même niveau de discours que les petits gestes, hein. Ça te dit que tu peux te carrer tes LEDs et tes sacs à vrac où tu veux, parce que dans un futur pas si lointain, il n’y aura plus ni d’électricité, ni de supermarché. Ça parle de guerres, de famines, de catastrophes climatiques. Mais aussi d’entraide, de solidarité, de résilience, d’autonomie. Bref. Ça remet les idées en place.
Mais ça nous met toujours pas en mouvement.
Il manque une logique de changement collective
Aujourd’hui, on a le choix entre une écologie « soft », faite d’arrangements avec le système (mais qui ne le menacent pas vraiment), et une écologie « radicale », qui revient à s’exclure de ce système.
Entre les deux, rien, nada, walou, niet. Notamment parce que les décideurs ne prennent pas leurs responsabilités. Parce qu’ils n’ont pas le courage d’organiser une transition d’envergure, de poser les bases d’un nouveau système plus sain et plus soutenable.
Or, en bon animal social, l’Homme n’a pas tellement envie de se mettre au ban de la société. Même si elle est en train de courir à sa perte.
Ça fait peur à la majorité d’entre nous, d’engager un changement d’envergure. Organiser son auto-suffisance, renoncer avec quelques années d’avance à ce qu’on ne pourra de toute façon pas conserver pour quelque chose qu’on ne connaît pas encore, c’est tout simplement terrorisant. Et pour l’instant, ça reste plus simple de mettre la tête dans le sable.
Je pose ce constat aujourd’hui. Celui que je vais devoir réfléchir sérieusement à mon projet de vie, et sans doute devoir prendre des décisions difficiles.
Je ne fais la morale à personne. Je vous partage simplement et en toute transparence l’état de ma réflexion aujourd’hui. Sans même tirer de conclusions.
Pour continuer sur le sujet
Je ne sais pas ce que je penserai ni ce que je ferai demain. Et ce billet sera certainement suivi par d’autres, car j’ai besoin de parler de tout ça.
Pour ceux que le sujet intéresse, voici quelques ressources.
Des idées d’actions plus politiques
Rejoindre des mouvements de désobéissance civile qui interpellent les pouvoirs publics de façon plus intense, comme ANV-Cop 21 ou Extinction Rébellion France ;
Le gouvernement veut que la chasse commence deux mois plus tôt
Durée de lecture : 2 minutes
18 février 2020
L’État s’apprête à simplifier par décret la possibilité de commencer à chasser à partir du 1er juin, au lieu du 15 août aujourd’hui. Dans un communiqué, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) appelle à « s’opposer en masse à cette nouvelle régression ou il ne restera bientôt plus que les mois d’avril et de mai pour profiter d’une nature sans chasse en France ».
Chasser le sanglier ou le chevreuil à partir du 1er juin était déjà possible, mais strictement conditionné à l’obtention d’une autorisation individuelle préfectorale de chasse anticipée. « Dans les faits, la majorité des chasseurs attendait la fin des vacances d’été pour ressortir le fusil, indique l’association. Grâce à un nouveau décret en préparation, plus besoin d’autorisation préalable : feu à volonté dès le 1er juin. »
Concrètement, il s’agit d’un décret« relatif à la maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts », qui vise à « améliorer la situation », selon les mots du gouvernement : « Estimés à 30 millions d’euros par an, les dommages agricoles dus au grand gibier sont en hausse et essentiellement concentrés sur 15 % du territoire. La maîtrise des populations de grand gibier et notamment du sanglier est un enjeu de premier ordre. »
Télécharger le projet de décret :
Pour la LPO, « si l’explosion démographique des sangliers en France [est] bien réelle, les chasseurs en sont d’abord à l’origine. Nourrissage, préservation des laies reproductrices, lâcher d’individus élevés en captivité, importation des pays de l’Est, chasse en enclos, hybridation avec le cochon, tout a été fait au cours des cinquante dernières années pour favoriser la prolifération de l’espèce en France. »
Côté solution, la LPO prône entre autres « l’interdiction totale de l’agrainage des sangliers et de leur élevage ou importation », « laisser leur prédateur, le loup, se développer au lieu de vouloir en tuer toujours plus » et « une refonte du modèle agricole intensif qui encourage l’expansion continue des productions céréalières, en particulier du maïs, très apprécié par les sangliers. »
Ce projet de décret est ouvert à la consultation publique sur le site du ministère de la Transition écologique et solidaire jusqu’au 3 mars. La LPO invite les citoyens à y déposer un commentaire.
Décret relatif à la maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts
Du 11/02/2020 au 03/03/2020 - 1790 commentaires
Estimés à 30 millions d’euros par an, les dommages agricoles dus au grand gibier sont en hausse et essentiellement concentrés sur 15% du territoire. La maîtrise des populations de grand gibier et notamment du sanglier est un enjeu de premier ordre. Le projet de décret relatif à la maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts propose de nouveaux outils pour améliorer la situation.
Le Gouvernement a décidé en 2018 d’impliquer directement les parties prenantes concernées pour trouver des solutions viables à travers un comité de lutte national contre les dégâts de gibier.
Les lignes directrices avaient été clairement définies : réflexion sur les modalités nouvelles d’incitation à la maîtrise des populations de grand gibier, prévention des dégâts agricoles et forestiers et leur indemnisation ainsi que prévention du risque sanitaire.
Les résultats des travaux de la mission parlementaire confiée en novembre 2018 au député Péréa et au sénateur Cardoux ont pris en compte dans la loi du 24 juillet 2019 portant création de l’Office français de la biodiversité, modifiant les missions des fédérations des chasseurs et renforçant la police de l’environnement.
Un groupe de travail associant les différentes structures agricoles, cynégétiques et forestières a été réuni le 10 janvier 2020 pour étudier le présent projet de décret d’application de cette loi.
Il présente des mesures réglementaires sur :
• la gestion y compris sanitaire, des enclos cynégétiques,
• une nouvelle mission de prévention de la formation spécialisée indemnisation des dégâts de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage,
• la définition du nombre minimal et maximal d’animaux à prélever sur les territoires identifiés en déséquilibre sylvo-cynégétique par le comité paritaire de la commission régionale de la forêt et du bois,
• l’encadrement des consignes de tirs,
• l’encadrement de la participation territoriale,
• la suppression de l’autorisation individuelle de chasse anticipée pour le sanglier et le chevreuil,
• la transmission au représentant de l’Etat, des données de prélèvements et de dégâts,
• l’avis des centres régionaux de la propriété forestière lors de la création des associations communales de chasse agréées.
Consultation
Le projet de décret a été soumis à l’avis du Conseil national de la chasse et de la faune sauvage. Il a reçu un avis favorable le 5 février 2020.
Il est soumis à l’avis du Conseil d’État.
Le projet de décret est téléchargeable en pièce jointe.
En application du dernier alinéa du II de l’article L. 123-19-1 du code de l’environnement, les observations du public pour cette consultation sont rendues accessibles au fur et à mesure de leur réception.
Les échanges font l’objet d’une modération a priori, conformément à la Charte des débats.
La solution n’est certainement pas de prolonger la période de chasse pendant l’été, engendrant un dérangement pour l’ensemble de la faune sauvage en pleine période de reproduction ainsi qu'une interdiction supplémentaire de la fréquentation de la nature et des dangers croissants pour les non chasseurs. Dix accidents mortels ont eu lieu lors de la saison de chasse 2019-2020, toujours en cours, contre 7 la saison précédente.
Les solutions sont plutôt l’interdiction totale de l’agrainage des sangliers et de leur élevage ou importation dans un but cynégétique, la fin des enclos de chasse desquels ils s'échappent ; ainsi que laisser leur prédateur le loup se développer au lieu de vouloir en tuer toujours plus. Résoudre durablement cette problématique passe également par une refonte en profondeur du modèle agricole intensif qui encourage l’expansion continue des productions céréalières, en particulier du maïs très apprécié par les sangliers et dont la France est le premier pays exportateur en Europe."
Les renards seraient aussi concernés par une telle libéralisation de la période de chasse, alors que plus d’un demi-million sont déjà inutilement exterminés chaque année en France. Un renard consomme pourtant 4 000 rongeurs par an, ce qui en fait un véritable allié de l’agriculture !"
C'est une étroite vallée, dans le Valgaudemar. Il n'y a pas d'itinéraire balisé. Il n'y a personne. Il faut chercher pour l'atteindre...Quand on finit par trouver le torrent, il faut encore réussir à y descendre pour en suivre le fil, profiter de ses beautés au plus près, se baigner dans ses marmites de géants, contempler les veines bleutées des roches...
Un lieu magique.
C'était pendant l'été.
Là, en ce moment, tout doit être pris dans la glace, couvert par la neige. Normalement...
Nous n'apprécions guère l'eau salée de l'Océan. Ni le sable. Nous détestons la foule. Cinq personnes suffisent à nous faire partir. Nous détestons nous baigner en restant habillés sur une partie qui semble à autrui non présentable. Nous aimons le silence et la richesse des horizons, les palettes de couleurs, les parois au-dessus de nous, les forêts en contrebas... Il faut s'obliger à fixer un point pour ne pas être sans cesse captés par un autre. La contemplation des montagnes est infinie.
Au bord de l'océan, sur une page de sable, nous nous ennuyons. Il n'y a pas assez de variétés. Tout est identique. Et le mouvement de la mer n'est pas un paysage que l'on peut contempler comme celui d'un lac immobile et silencieux. Le roulis des vagues finit toujours par nous fatiguer. Les côtes rocheuses nous contentent davantage de par les jeux de découvertes qu'elles proposent. On a besoin de l'effort physique...
Cet effort physique inévitable en montagne, pour atteindre la plupart des lacs, explique la solitude qu'on y trouve. Le monde des "loisirs" n'est pas synonyme d'efforts pour un grand nombre de personnes.
Hier, une lectrice assidue de mes romans m'a écrit que dans la plupart de mes histoires, les lacs de montagne avaient une place.
Oui, c'est vrai... J'y ai repensé pendant la sortie du jour en raquettes à neige dans le secteur du lac des grenouilles couvert par la neige.
J'aime beaucoup les lacs de montagne. Nathalie aussi. La plupart du temps, on prend un moment en y passant, on s'y baigne. On écoute, on contemple.
"Ils sortirent du hameau à petits pas. Elle le guida vers le lac d’en Haut. Ils marchèrent en silence, les yeux captés par l’immobilité des lieux, la douceur des lumières, le ciel lissé tel un drap tendu. Ils débouchèrent sur le bord supérieur du lac, une cuvette parfaitement tracée, un travail minutieux et régulier. Des pelouses alpines, des herbes rases parsemées de peuples de pierres, des amoncellements figés comme des spectateurs émerveillés. Aucune risée sur la surface cristalline, des eaux claires, pas de plantes, aucun oiseau, rien.
Rien. Et le silence.
« Vous savez que c’est un lac d’origine volcanique ? expliqua-t-elle. Les biologistes appellent ça un milieu oligotrophe, c'est-à-dire presque privé de tout élément nutritif. C’est très rare. Il n’y a aucun élément chimique dans cette eau, aucun rejet de produits phosphatés ou de résidus d’engrais. Même les pluies qui tombent ici ne suffisent pas à en altérer la qualité.
- Il n’y a pas de poissons ?
- Si, il doit bien y en avoir, j’ai déjà vu des pêcheurs. Il y a aussi des plantes carnivores qui poussent par ici. La droséra à feuilles rondes et il y a plus de mille cinq cents espèces faunistiques et floristiques dans les tourbières de la région. Beaucoup de visiteurs à la Godivelle sont des naturalistes attirés par l’exceptionnelle diversité de la vie. J’aime beaucoup la ligulaire de Sibérie, elle est magnifique, je vous en montrerai.
- Une plante de Sibérie ? Ça donne une idée du climat. Comment ça se passe l’hiver ici ?
- Rude et magnifique. Des tempêtes de neige impressionnantes. L’hiver 95, on a eu plus de neige cumulée qu’en Haute Savoie. Il vous faudra un 4X4 pour vous déplacer tranquillement, c’est vraiment conseillé. Ici, les gens du pays s’en passent pour certains, ils savent s’y prendre mais il faut beaucoup d’expérience. »
Il ne dit rien de ses desseins. Son séjour était provisoire, il n’avait jamais eu l’intention de supporter un hiver. Mais l’idée s’imposait désormais avec une force phénoménale et il réalisa que l’éventualité de partir devenait insupportable.
Il ne répondit rien, incapable de s’avancer, figé par la peur des conséquences.
Elle devina un trouble, une inquiétude sur son visage, elle le vit se retrancher, fuir ses regards. Elle n’osa pas proposer son soutien pour les jours de neige. Tellement d’implications, de projections, d’hypothèses, c’était si loin, si incertain. Est-ce qu’il serait toujours là ? Cette pensée la perturba. Une peur. Oui, Paul était là, en elle, elle ne pouvait se le cacher et c’était délicieux, si inattendu aussi, si étrange dans l’enchaînement des circonstances. Et cet espoir des jours à venir insufflait à l’inverse la possibilité d’une déception. Son amour de la lucidité n’y pouvait rien. C’était humain.
Elle s'accorda avec délectation la présence de la peur au regard des bonheurs imaginés.
« C’est vraiment un paysage sublime, » murmura-t-il.
Elle le regarda tourner sur lui-même. Il la dépassait d’une demi-tête. Un bel homme. Des ridules au coin des lèvres. Elles s’animaient quand il souriait, une espèce d’éblouissement. Elle aimait le faire sourire.
« Oui, vous aviez raison tout à l’heure, Diane.
- À propos de quoi ?
- J’ai eu de la chance. Non… J’ai de la chance. »
Il ne bougeait plus, les yeux rivés sur l’horizon.
« Je ne serais jamais venu ici si mon cœur n’avait pas lâché. »
Elle aurait aimé l’entendre dire qu’il ne l’aurait également jamais rencontrée. Puis, elle se reprocha ses attentes infantiles.
« J’ai vu des plages sous les tropiques, j’ai vu des mers turquoises, des couchers de soleil à l’autre bout du monde et je n’étais jamais venu ici. Et je n’y serais jamais venu. Pas assez exotique sans doute. Mon ex-femme aurait éclaté de rire si je lui avais proposé un séjour à la Godivelle. Et je suis incapable d’expliquer clairement ce qui me touche autant dans ces paysages. Un troupeau de vaches, une colline, des bois, les prairies, un ciel bleu parsemé de voiles blanchâtres, l’immobilité et le silence. Oui, je crois bien que c’est ce silence qui me comble le plus. À croire que je n’ai vécu jusqu’ici que dans un tumulte incessant. J’ai l’impression qu’en moi se sont coupés des haut-parleurs multiples, des tumultes contre lesquels je ne pouvais rien. »
"Quand il déboucha sur le parking, le fourgon vert était toujours là, rangé au bord d’un carré d’herbe grasse, à l’orée d’un sous-bois. Les deux personnes assises en tailleur sur un grand tapis. Face à face. Torse nu pour l’homme, une chemisette légère pour la femme. Immobiles, les mains, paumes ouvertes tournées vers le ciel. Une séance de yoga. Il passa rapidement, sans bruit.
Il accrocha son vélo et rentra. Par la vitre arrière, il pouvait voir l’étrange duo. La cinquantaine flamboyante. L’homme bien bâti. La femme semblait assez grande, elle avait de très beaux cheveux lisses, très longs, une posture très droite, impressionnante.
Il les observa discrètement pendant une vingtaine de minutes. Ils changèrent plusieurs fois de positions. Un enchaînement appliqué conclut la séance. Une salutation respectueuse. Ils roulèrent le tapis et disparurent dans le fourgon.
La soirée s’installa silencieusement, avec discrétion, la lumière changea imperceptiblement et il décida de sortir avant que la nuit ne s’installe. Seuls les deux fourgons indiquaient une présence humaine. Il descendit vers le lac. Il se déshabilla et entra dans l’eau jusqu’aux cuisses. Il se lava puis il se rhabilla, posa sa serviette sur un rocher et marcha le long du bord.
Il observa la clarté du lac et songea aux fonds terreux dans lesquels ses pieds s’étaient enfoncés. Des courants de salissures s’étaient répandus autour de lui, jusqu’à la surface, étouffant sous des reflets d’ombres, l’éblouissante pureté. Il avait attendu sans bouger que la paix revienne. C’est la tranquillité de l’immensité qui maintenait la transparence. Plus lourdes que les particules d’eau, toutes les impuretés avaient fini par se déposer. C’était inévitable. Il songea alors qu’il devait agir de la même façon avec son âme. Abandonner toute agitation inutile, se concentrer sur la paix intérieure, n’espérer que la limpidité et refuser les remontées boueuses. C’est la dictature des pensées négatives qui entretenait l’opacité de notre âme. Et les luttes internes pour contrer cet envahissement créaient elles-mêmes de nouveaux remous. Il fallait abandonner toute agitation, la clarté s’imposerait peu à peu. Ne pas craindre l’eau troublée, simplement ne pas y penser. L’absence de peur contenait l’embryon d’un nouvel être. Il se promit de rester vigilant et de ne favoriser désormais que la purification. Ici, dans cette paix absolue, cette nature accueillante et apaisante, le chemin s’ouvrait. Il sentait qu’il avait fait enfin ses premiers pas, qu’il commençait à savoir marcher."
"
L’attirance de l’eau, comme un appel, une étreinte à vivre.
Elle ne chercha pas à comprendre. Comme un exutoire corporel aux révélations de son âme, comme un besoin irrépressible d’user de son corps comme d’un outil de validation des acquis.
Elle jaugea la distance vers l’autre rive, un bassin olympique environ.
« Je fais toute la traversée, » lança-t-elle, déterminée.
Elle plongea avant même que Sat réponde et lança aussitôt la mécanique du crawl, alternance des bras, battements puissants des jambes, respirations à trois temps, les yeux buvant les couleurs sombres déposées sur les fonds, des sables crémeux, des tapis gris de galets millénaires, son visage enveloppé par des nuages de bulles lorsque ses mains fendaient l’eau.
Une euphorie merveilleuse, comme une combinaison chaude qui l’isolait.
Elle décida d’imiter le son de l’Univers et à chaque expiration, elle produisit une note continue, un souffle de mammifère marin, des modulations infimes, des sons de gorge.
La vibration propagée dans son crâne, dans sa poitrine, dans son ventre, elle en suivait le parcours, elle en percevait la profondeur, comme une pénétration des fibres.
Elle vit la pente remonter vers la berge. Elle voulait d’un aller-retour dynamique. Elle posa les pieds au sol, jeta un regard amusé vers Sat à quelques mètres d’elle et repartit dans l’autre sens.
Cette force immédiate qui l’enflammait désormais, cette vigueur juvénile, elle en aimait l’étendue.
Sa vision prit une ampleur de télescope.
Le chant des bulles dans ses oreilles, la mélodie répétitive des souffles, l’habillage mouvant de l’eau sur l’intégralité de son corps, un enveloppement sensuel, des caresses liquides qui l’envoûtaient.
Cette impression soudaine de s’abandonner à l’étreinte, de s’ouvrir à un amant.
C’est là qu’elle sentit l’eau entrer en elle.
Sur toute la surface de son corps.
Et l’eau de ses organes se mêler à l’invasion dans un tourbillon scintillant.
Elle n’arrêta pas de nager pour autant, il n’y avait aucune peur, les yeux ouverts, elle voyait passer les bulles générées par ses mains, elle perdit totalement la sensation des frontières, celle de sa peau et celle de l’eau, il n’y avait plus qu’une seule présence, une fusion moléculaire.
L’ébullition de son corps réchauffait l’eau du lac, elle devinait des étreintes, des énergies communes, des allégresses cellulaires, l’impression d’un rayon lumineux goûtant l’étrangeté de l’espace liquide, une rencontre improbable qui l’envoûtait, une disparition de la forme, une évaporation de la matière.
Elle entendit alors les houles agitées des mers en furie.
Elle vit passer dans les grands fonds des cachalots en bande et des baleines blanches qui illuminaient les noirceurs.
Elle entendit les pluies d’orage et la marche des glaciers, elle entendit les avalanches et le silence de la gelée.
Elle s’envola dans les nuées transparentes et rejoignit les nuages. Elle retomba aussitôt en flocons argentés, elle tapissa les sommets puis elle fondit dans l’été.
Elle coula dans un torrent et finit sa course dans un lac de montagne.
Métamorphose des éléments connus, symbiose moléculaire, l’énergie commune chantait en elle une mélopée enchanteresse.
Elle aurait pu nager la nuit entière quand elle effleura un rocher. Le bord était là et elle dût se relever."
J'ai vécu, enfant, au bord de l'océan et il représentait une énigme immense, un mystère insondable. J'avais devant lui l'impression de disparaître, d'être si insignifiant que jamais, je ne pourrais en saisir la moindre parcelle. Je faisais de la voile, j'aimais jouer avec le vent. je nageais beaucoup aussi et parfois en prenant des risques importants, des traversées longues, sans aucun accompagnement, des heures de crawl...Lorsque je regardais les noirceurs à travers mon masque, j'avais parfois des peurs intenses et à d'autres moments des envies d'explorations... Je sais que je suis parti vers les montagnes car il y avait dans cette atttirance des profondeurs un défi qui n'était pas à ma mesure et qui aurait fini par m'emporter...Il était vital que je monte vers les sommets...
"Il sanglote et s’agite. La douleur a ranimé les connexions éteintes, mais son corps est d’une lourdeur impitoyable. Toute sa volonté, comme une boule compacte, roule jusqu’à sa main et l’anime laborieusement d’un sursaut moribond. Il ne peut en faire davantage. C’est effrayant. Il voudrait se lever et partir. Mais la masse pesante l’assaille de nouveau et enferme son cerveau épuisé dans un brouillard opaque. Il part et tombe dans un gouffre sans murmure ni mouvement, sans odeur ni couleur. Un néant absolu qui l’engloutit… Un avant-goût de la mort. La terreur et pourtant ne rien pouvoir faire. Ce relent immonde de l’impuissance. Longue absence…
Il remonte péniblement. Avec obstination. Depuis longtemps déjà. Du moins, c’est ce qui lui semble. Difficile dans une lumière sans paysage de trouver des repères temporels. Chaque idée, aussi infime soit-elle, lui permet de gagner du terrain, de s’éloigner du puits mortel, de se hisser avec acharnement.
Il finit par s’habituer à ces parois lumineuses qu’il parcourt douloureusement, l’esprit éteint, appesanti par l’aveuglement permanent, anesthésié par l’absence d’indices. Sans cesse, ses pensées tressautent, rompues par des parasites incontrôlables, des connexions brisées qui le laissent hagard et perdu, désespérément suspendu au-dessus du vide vorace. Aucun raisonnement n’arrive à terme, aucune idée ne trouve d’issue. Elles s’égarent toutes en cours de route, englouties par des nausées vertigineuses, des tourbillons hallucinatoires, des maelströms puissants qui engloutissent tout espoir de contrôle. Il aimerait retrouver quelques images habituelles, des souvenirs apaisants, mais son esprit lui paraît vidé de tout. Une épouvantable angoisse, une détresse sans nom, gonflées par la certitude que tout cela est définitif.
Il doit maîtriser quelque chose, imposer sa volonté dans cet univers terrifiant et ne plus se laisser porter par l’absence dans des couloirs sans fin.
Se concentrer sur la respiration. Il approfondit calmement chaque expiration et visualise son corps qui se vide. Inversement, il décide de limiter la quantité d’air absorbé, de se contenter du strict minimum. Peu à peu, avec obstination et rigueur, il parvient à une maîtrise qui le satisfait. Il voit intérieurement, à chaque expiration prolongée, son corps qui se réduit. Il a l’impression de se résorber, de disparaître, de s’enfoncer à l’intérieur de lui-même, d’approcher des espaces inexplorés. L’angoisse du vide s’estompe, la lumière intérieure s’adoucit, elle se nuance et se pare lentement de pastels bleutés. D’échapper ainsi à la lumière aveuglante qui l’épuise le gonfle de joie, mais il n’abandonne pas pour autant sa tâche. Le temps s’est évanoui dans les souffles contrôlés. Il serait incapable de préciser la durée de son travail. Les expirations maintenues et les inspirations abrégées sont ses seuls repères. Toute sa vie y prend forme. Simultanément, à l’impression de descendre en lui-même, il s’aperçoit que ce voyage l’entraîne dans des lumières tamisées qui l’apaisent et accentuent encore le calme de son âme. Il résiste à la joie qui casserait le rythme parfait de ses souffles de vie.
Depuis longtemps, il n’avait connu une paix aussi douce. La lumière bleutée est un océan. Il s’en doutait depuis quelques respirations, mais désormais il en est persuadé. Il flotte sans aucun effort dans un vide liquide totalement silencieux. Il ne distingue aucune risée, aucun mouvement marin. Tout est calme. Mais il est dans l’eau, c’est une certitude. Il nage dans un univers bleu sans vague, ni courant, ni parfum, ni bourdonnement. Un bleu profond, épais comme une peinture insuffisamment diluée. Il progresse lentement. Le bleu gélatineux l’empêche de se mouvoir rapidement.
Un dauphin est apparu. À la première vision de l’animal, il a sursauté. Le mammifère, gracieux et solitaire, a surgi des profondeurs. Des yeux, il le suit, souple et puissant, et soudain, sans explication logique, il découvre le bleu métallique du paysage à travers les regards nostalgiques de son compagnon. Le pouvoir étrange de cette double vue ne l’interpelle pas. Il sent que c’est normal, comme une complicité renouée, une connivence cellulaire qui s’est rétablie. L’animal solitaire est en lui. À moins que ce soit l’inverse.
Solitaire. C’est ce qui le frappe brutalement. Le bleu immense reste incroyablement vide. Le corps fuselé du dauphin, attaché à répéter des ondulations puissantes, vastes arabesques propulsives, parcourt des distances phénoménales, mais jamais ne rencontre âme qui vive. La vie s’est évanouie. L’animal est seul. Terriblement seul. Rien. Pas une algue, pas un coquillage, pas un poisson. Ni de congénère.
Le bleu se charge de nuées sombres. La nostalgie devient tristesse. L’animal, lentement, comme alourdi par le poids de son épouvantable solitude, s’enfonce vers les profondeurs éteintes. Le froid s’insinue dans son corps fatigué. Rien. Il n’y a rien. Qu’une immensité totalement vide. Et lui. Est-ce suffisant pour continuer à nager ainsi sans fin ?
Seul avec soi-même. S’agit-il d’ailleurs d’une compagnie réelle ou d’un subterfuge du langage ?
Il s’enfonce. Les ténèbres l’engloutissent et investissent son âme figée par le froid. Sa respiration s’évanouit peu à peu. Il ne remontera plus. Ici, au moins, la paix est totale. Les lumières agressives sont bannies. C’est une tombe idéale. Loin des fureurs du monde. Il s’abandonne. Et s’enfonce… S’enfonce… Longue absence…"
Le lac vert. On devine son emplacement depuis la terrasse de la maison.
Jarwal vit là-haut.
Un jour, peut-être, je chercherai un éditeur pour les quatre tomes qui sont finis. Ou alors, je me contenterai de les lire à nos petits-enfants, quand ils seront là.
JARWAL le LUTIN
Ils arrivèrent au bord du petit Lac vert. Une eau immobile posée dans un écrin de pierres plates et de blocs erratiques, comme des galets monumentaux jetés adroitement par des montagnes espiègles. Ils s’assirent au bord de l’étendue miroitante et sortirent chacun une pomme. Devant eux se dressait comme un pilier céleste le sommet de la Grande Montagne, une masse pyramidale sculptée habilement par des millénaires d’érosion. Ils devinaient le sentier menant au Col de l’Alpette. Arrivés là, il resterait les longues courbes ascendantes menant au sommet, des marches taillées par le ruissellement dans les éboulis et le final rocheux dans le labyrinthe des grandes dalles empilées et polies.
« C’est quand même marrant que les pommes qu’on mange à la maison ne sont jamais aussi bonnes que celles qu’on mange ici, s’étonna Rémi.
-Ah, oui, c’est vrai ça, enchaîna Léo. Celle-là, je la déguste au moins.
-C’est surtout qu’on l’a bien méritée, alors on l’apprécie à sa juste valeur, ajouta Marine.
-C’est tout à fait ça, » renchérit une voix inconnue.
Ils se retournèrent et sursautèrent tous les trois. Comme un seul homme, Rémi et Léo vinrent se réfugier près de leur sœur.
Debout, au sommet d’un bloc aussi rond qu’une tête de nouveau-né, se tenait un petit être extraordinaire, coiffé d’un large chapeau vert aux bords écornés. Il ne devait pas mesurer plus d’un mètre. Un long manteau gris éculé descendait jusqu’aux pieds et laissait apparaître des chaussures usées au bout arrondi. Un sac de peau en bandoulière, un nez renflé comme une bonbonne, un ventre proéminent, des joues rosées encadrant des yeux malicieux, des sourcils aussi épais que des buissons, une peau tannée par les ans.
L’individu souleva son chapeau et libéra une chevelure exubérante.
« Bonjour chers amis, je suis Jarwal le lutin. »
Une voix étrangement posée, grave et profonde comme un gouffre. Sur un visage aussi rieur, l’effet était percutant.
« Je vous attendais et j’espérais ce moment depuis longtemps déjà.
-Comment savais-tu que nous viendrions ici ? lança Marine, ébahie.
-Je le savais, c’est tout.
-Et pourquoi dis-tu que tu espérais ça depuis longtemps ? continua-t-elle.
-Il fallait que je vous parle. Aujourd’hui, c’était l’occasion rêvée. »
Les trois enfants restaient serrés, nullement rassurés par cette apparition irréelle.
« N’ayez pas peur de moi chers enfants. Je sais que mon apparition est brutale et que vous n’êtes pas habitués à croiser des lutins tous les jours.
-C’est sûr », pensa Rémi secrètement.
Léo essayait de reconnaître un de ses copains sous un fabuleux déguisement.
Rémi se demandait comment cet étrange individu avait pu apparaître aussi soudainement, sans qu’ils n’aient rien entendu.
« Qu’est-ce que vous nous voulez ? interrogea Marine qui s’efforçait de retrouver son calme.
-J’ai besoin de vous parler. C’est même bien plus qu’un besoin, c’est vital.
-Est-ce que vous êtes armés ?
-Non, Marine, ne t’inquiète pas. Tu tiens très bien ton rôle de grande sœur mais je t’assure que vous ne risquez rien. Je ne vous veux aucun mal, bien au contraire. Je vous connais depuis longtemps et je vous aime beaucoup.
-On ne t’a jamais vu pourtant ? Comment c’est possible que tu nous connaisses ? s’insurgea Rémi qui tenait à montrer son courage.
-Tu t’appelles Rémi, tu as douze ans. Tu adores le ski, tu aimes les histoires d’aventures.
-Et moi ?
-Tu es Léo, tu as dix ans, tu es dans la classe de ton papa qui est instituteur. Tu adores l’escalade et les voyages, comme ton grand frère d’ailleurs. Et Marine, votre grande sœur a treize ans. Elle adore la nature, les livres, les légendes. Mais, ça serait très long que je raconte tout ce que je sais de vous. Il a fallu que je vous observe pendant longtemps avant de savoir si vous pouviez être les Messagers.
-Les Messagers ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
-Chère Marine, je vais descendre auprès de vous trois vous expliquer tout ça.
-Non, ne bouge pas de là-haut, lança-t-elle fermement. Ouvre d’abord ton manteau et montre l’intérieur de ton sac. Je veux être certaine que tu n’as pas un couteau ou une autre arme avant de t’approcher. »
Le lutin obtempéra immédiatement en souriant. Il délaça une cordelette usagée et ouvrit son manteau. Il n’y avait qu’un ventre dodu couvert par une chemisette rapiécée. Il prit son sac et y plongea la main. Il en sortit un volumineux ouvrage.
« Voilà le Livre, celui pour lequel je suis là. »
Les trois enfants furent surpris qu’un livre aussi gros tienne dans un aussi petit sac sans même qu’il n’en dépasse ou ne déforme la peau. Comme si la musette n’avait pas de fond…
« Bien, tu peux descendre Jarwal, annonça Marine.
-Merci, chère enfant. »
Le lutin fit un bond prodigieux accompagné d’une pirouette et retomba souplement sur ses pieds devant le trio éberlué.
« Wouah, comment tu as fait ça, trop génial ! lança Léo.
-Je savais que ça te plairait l’acrobate, tu es très fort également, je t’ai vu grimper sur les rochers et aux arbres. Tu es très adroit aussi. Et Rémi n’est pas à plaindre non plus.
-Tu dis que tu nous as vus et nous, on ne t’a jamais vu. Comment est-ce possible ? demanda Marine.
-Beaucoup de choses sont possibles Marine. Sauf celles qu’on juge impossibles. Ce sont nos pensées qui construisent la réalité. Mais j’aimerais vous parler de moi. Vous avez le droit d’en savoir davantage et ainsi vous ne vous sentirez plus en position d’insécurité car c’est ça qui vous gêne pour l’instant. »
Le lutin s’assit en tailleur devant les trois enfants, il plongea la main dans son sac et en sortit une petite bourse en cuir.
« Je peux t’emprunter ta gourde Rémi s’il te plaît ?
-Oui, acquiesça le garçon, intrigué.
-Ceci est du sel, » expliqua-t-il en déposant une pincée sur sa langue. Il fouilla dans son sac et en ressortit une timbale cabossée.
Le lutin déposa un nuage de grains dans le récipient et le montra aux enfants.
« Vous voyez, le sel est bien là, au fond. »
Il remplit la timbale avec l’eau de la gourde.
« L’eau est visible mais plus le sel. Et pourtant, il est là mais il s’est dissous. Et bien, il en est de même avec la vie. On voit ses formes et je sais que vous aimez celles de la nature, on voit que son imagination est incommensurable mais tout cela n’est qu’une infime parcelle du réel. Ce que vous percevez par vos sens forme de multiples réalités mais l’essentiel n’est pas visible car il est dissous dans les formes. C’est l’énergie fondatrice et c’est elle qui constitue ce que j’appelle le réel. Sans cette énergie, il n’y aurait aucune forme et par conséquent aucune des réalités que vous percevez. Si je suis à vos côtés, c’est parce que je sais que vous êtes capables de comprendre ça. Non pas avec votre tête mais avec votre âme. Avec votre amour de la vie. Parce que vous êtes des cœurs purs. Des âmes qui ne se sont pas égarées. Tu parlais tout à l’heure des aveuglés, Marine. Eh bien, vous n’en faites pas partie. »
Un silence interrogatif. Des réflexions secrètes au cœur de chacun.
Marine scrutait le visage de Jarwal. Les yeux brillaient de malice et en même temps, du visage, émanait une infinie sagesse, une connaissance immense. Elle n’arrivait pas à lui donner d’âge.
« J’ai 835 ans Marine, si je parle selon votre notion du temps. »
Marine se demanda s’il lisait dans les pensées.
« 835 ans ! reprit Léo, estomaqué.
-C’est impossible, répliqua Rémi aussitôt.
-Je ne suis pas de votre monde les enfants. Et je n’ai pas la même mission à mener. Celle-ci réclame une durée de vie extensible. Mais, voilà mon histoire. Assez de mystères. Je suis le Gardien du Livre. Celui qui doit veiller sur la vie des êtres du Petit Peuple, les lutins, les gnomes, les elfes, les fées, les korrigans mais également sur la Nature. Et ce Petit Peuple est en péril tout comme la Nature. Ce que les hommes ont nommé le progrès représente finalement une menace redoutable. Mon rôle est de trouver des êtres prêts à changer de voie en espérant qu’ils parviendront à toucher leurs semblables.
-Et c’est à nous que tu as pensé ? C’est nous que tu as choisis ?
-Oui Marine, vous et d’autres enfants à travers le monde.
-Et que devons-nous faire ? demanda Rémi, intrigué.
-Juste écouter ce que j’ai à vous dire. Maintenir la vie du Petit Peuple en leur offrant une place dans votre esprit. Aimer la Nature pour que votre engagement et votre attitude servent de modèle.
-Mais on est que des enfants nous ? On ne peut pas faire ça ? objecta Léo qui n’en perdait pas une miette.
-Un enfant est un adulte en devenir et nous savons, tous mes amis et les Grands Sages, que l’avenir de ce monde est entre les mains des enfants. Non pas qu’ils doivent entrer en lutte contre les adultes d’aujourd’hui mais ils doivent ne pas devenir les mêmes adultes. Et il est très difficile de ne pas suivre les modèles les plus puissants. Vous, les enfants, êtes des proies très fragiles. Les adultes le savent d’ailleurs et s’en servent.
-Nos parents ne sont pas de mauvais adultes, contesta Rémi.
-Je le sais Rémi et c’est aussi une des raisons de mon choix. Vos parents vous ont déjà lancés sur une voie différente. Vous ne faites pas partie de la masse aveuglée. D’autres enfants à travers le monde ont cette chance. C’est vous tous que nous avons pour mission de contacter.
-Tu n’es pas tout seul dans cette mission alors ?
-Non Marine, j’ai des compagnons. Mais nous devons rester discrets et prudents. Je suis par contre le seul gardien du Livre. Mes compagnons n’en possèdent que des copies.
-Pourquoi vous ne parlez pas à tout le monde ?
-Parce que nous serions pourchassés Léo. Regarde les peuples minoritaires qui peuplent encore cette planète, ceux qui sont encore en contact avec la Nature, ceux qui l’aiment et la respectent. Ils sont parqués, humiliés, exterminés parfois. Beaucoup ont même déjà totalement disparu. Nous ne sommes même pas des humains. On ne nous ferait aucune grâce. Nous serions des ennemis à abattre. Notre message ne correspond absolument pas aux projets et aux objectifs de la majorité des hommes aujourd’hui. Surtout des hommes les plus puissants. C’est pour cela que nous avons décidé de nous adresser aux enfants.
-Est-ce que nous avons la possibilité de refuser ?
-Bien entendu Marine. Vous êtes totalement libres et je vous assure que cela ne comporte aucun danger. Il s’agit juste d’écouter une histoire.
-Je ne vois pas en quoi ça pourrait sauver le Petit Peuple, s’étonna Rémi.
-C’est parce que je ne vous ai pas encore tout expliqué. »
Le lutin posa le grand livre devant lui, cérémonieusement, avec une infinie précaution, comme s’il manipulait un trésor inestimable. La couverture en cuir épais portait des inscriptions soignées, des calligraphies minutieusement taillées, des dessins en relief, creusés dans la matière, un titre imposant.
« Le Livre. »
Marine n’en avait jamais entendu parler, elle n’avait jamais rien lu sur cet ouvrage mystérieux.
Jarwal ouvrit le livre par la fin. Il tourna lentement les pages, lissant amoureusement le papier granuleux avant de prendre la page précédente. Chaque feuille était blanche, vide. Du visage du lutin émanait une tristesse insondable.
Les enfants ne comprenaient pas. Quel était l’intérêt d’un livre sans histoires ?
À chaque page, ils espéraient voir apparaître quelques lignes, un dessin…Mais le lutin continuait son douloureux égrenage de pages blanches, vides, ternes sans oublier de caresser précieusement chaque étendue dévoilée avant de continuer. Il arriva enfin vers la moitié de l’ouvrage et les trois enfants virent apparaître quelques mots, une demie ligne, quelques esquisses de phrases, hachées, coupées, comme gommées par endroits, une respiration de moribond, puis les pages se remplirent davantage, les mots prirent un rythme régulier, des dessins apparurent, des enluminures sur les bords, puis des couleurs égayèrent l’ensemble.
Le visage du lutin avait changé, une esquisse de sourire, moins de douleur au fond des yeux, un regard attendri comme s’il veillait un nouveau-né.
« Voilà le drame de ma longue vie. »
Le lutin ferma le livre et tourna vers les enfants l’épaisse couverture."
A la saint Valentin, offrez- vous un bain froid en montagne, ça ne coûte rien et ça fait du bien ^^
L’hormèse (du grec hórmēsis, mouvement rapide d'impatience, du grec ancien hormáein, mettre en mouvement) désigne une réponse de stimulation des défenses biologiques, généralement favorable, à des expositions de faibles doses de toxines ou d'autres agents ou phénomènes générateurs de stress (pic de température par exemple). À cause de ce mécanisme, certains toxiques naturels ou agents polluants peuvent avoir un effet opposé suivant que la dose reçue est faible ou forte. Ces agents sont dits hormétiquesa.
UN MILLION de personnes à l'enterrement d'un Ministre... Aujourd'hui, si on enlève les journalistes, la famille et les comparses du défunt, il y en a combien ?...
De tous les collégiens ou lycéens dont l'établissement porte le nom de cet homme, combien le connaissent ?
Qu'ils n'attendent pas de ce gouvernement pour le leur faire découvrir.
Lors de Son premier discours en tant que ministre du Travail à l’Assemblée, il déclare : « Il faut en finir avec la souffrance, l’indignité et l’exclusion. Désormais, nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous ferons de la retraite non plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie. »
RETRAITES : QUAND MACRON ENTERRE CROIZAT UNE SECONDE FOIS
L'enterrement d'Ambroise Croizat, le 19 février 1951, Ciné Archives (Capture d'écran, modifiée)
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Le 11 février 1951, mourait Ambroise Croizat, l’anti-Macron par excellence. Le seul ministre du Travail à avoir été ouvrier voulait faire en sorte que « la retraite ne soit plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie ». Il s’éteignait à cinquante ans, d’épuisement, après avoir joué un rôle clé dans l’édification du modèle social français, tant jalousé à l’étranger, tant décrié par nos élites politiques et économiques. Car le projet de réforme des retraites porté jusqu’à l’absurde par le gouvernement vise précisément à en finir une fois pour toutes avec le système de protection sociale et de solidarité nationale que Croizat, avec d’autres, nous a légué, face à la pression du secteur des assurances privées et des fonds de pension, qui comptent bien là prendre leur revanche pour de bon.
AMBROISE CROIZAT, UN « PÈRE DE LA SÉCU » ET DES RETRAITES LONGTEMPS IGNORÉ
C’est en effet à Ambroise Croizat que revient, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le rôle de déposer les projets de lois sur la Sécurité sociale et la retraite des vieux travailleurs et de les défendre publiquement devant l’Assemblée, les groupes d’intérêts opposés et la presse.
Fils de manœuvre, né le 28 janvier 1901 à Notre-Dame-de-Briançon en Savoie, Ambroise Croizat connaissait particulièrement bien la réalité de la condition ouvrière. En 1906, son père, Antoine Croizat, organisa l’une des premières grèves pour revendiquer une protection sociale, à travers une caisse de secours qui garantirait une couverture en cas d’accident ou de maladie. Après avoir été licencié à la suite de ces grèves, sa famille part pour Ugine, puis Lyon, où Ambroise devient ouvrier dès l’âge de treize ans, et entre aussitôt à la CGT.
En 1917, il s’inscrit aux Jeunesses socialistes puis adhère à la SFIO l’année suivante. Rejoignant le Parti communiste dès sa création en 1920, il anime les grandes grèves de la métallurgie lyonnaise. Dirigeant des Jeunesses communistes, il est ensuite nommé secrétaire de la Fédération unitaire des travailleurs de la métallurgie. En 1936, il devient secrétaire général de la Fédération des métallurgistes de la CGT unifiée. Surtout, la même année, il est élu député de Paris, mandat au cours duquel il sera rapporteur de la loi sur les conventions collectives à la Chambre.
Plaque en hommage à Ambroise Croizat de la part de la RATP, Métro Porte-d’Orléans °Flickr remiforall
Arrêté en octobre 1939, avec ses collègues communistes, à la suite du pacte de non-agression germano-soviétique, Ambroise Croizat est déchu de son mandat de député et condamné à cinq ans de prison, puis transféré au bagne d’Alger. Libéré le 5 février 1943, il est aussitôt nommé par la CGT clandestine à la Commission consultative du Gouvernement provisoire à Alger.
Par la suite, il siège à partir de novembre 1943 à l’Assemblée consultative provisoire, au titre de la CGT, et préside la Commission du Travail et des Affaires sociales, où ont lieu les discussions sur la législation sociale à mettre en place à la Libération, dans laquelle la Sécurité sociale s’inscrit pleinement.
Lors de Son premier discours en tant que ministre du Travail à l’Assemblée, il déclare : « Il faut en finir avec la souffrance, l’indignité et l’exclusion. Désormais, nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous ferons de la retraite non plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie. »
Cette implication précoce d’Ambroise Croizat dans le projet de Sécurité sociale est en tout cas confirmée par Georges Buisson, dans un discours à l’Assemblée consultative le 31 juillet 1945, lors duquel il présente son rapport : « Dès avant ce dépôt [d’une demande d’avis sur le projet du gouvernement], notre commission, sur la demande de son président [Ambroise Croizat], s’était saisie de cette importante question et avait consacré deux séances à un examen préalable. »
Par la suite, il est élu membre des deux Assemblées constituantes, ainsi qu’à l’Assemblée nationale de 1946 à sa mort. Mais son rôle dans la mise en place de la Sécurité sociale est à son apogée lorsqu’il devient ministre du Travail le 21 novembre 1945.
Son premier discours en tant que ministre du Travail à l’Assemblée, le 3 décembre 1945, témoigne de la priorité que constituent pour lui la Sécurité sociale et la retraite des vieux travailleurs : « Il faut en finir avec la souffrance, l’indignité et l’exclusion. Désormais, nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous ferons de la retraite non plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie. »
À la tête de ce ministère, il dépose pas moins de quarante-cinq projets de loi. Il y joue également un rôle majeur dans l’implantation des caisses sur l’ensemble du territoire à travers la mise en place de 138 caisses primaires d’assurances maladie ainsi que les 113 caisses d’allocations familiales, entre novembre 1945 et juillet 1946. Pour ce faire, il s’appuie sur les travailleurs et les militants de la CGT avec lesquels il semble garder un contact permanent. Aussi s’adresse-t-il à eux le 12 mai 1946 : « Rien ne pourra se faire sans vous. La sécurité sociale n’est pas une affaire de lois et de décrets. Elle implique une action concrète sur le terrain, dans la cité, dans l’entreprise. Elle réclame vos mains … »
Le 7 avril 1946 déjà, Croizat proposait à l’Assemblée nationale l’extension de l’allocation aux vieux travailleurs salariés à tous les Français. Le nom de Croizat est ainsi associé à la fois à la construction de l’édifice législatif de la Sécurité sociale, à sa dimension affective pour les militants, et à l’implantation territoriale de ces caisses. En somme, à la concrétisation du plan rédigé par Pierre Laroque, afin qu’il ne demeure pas une simple orientation théorique, classée sans suite.
CROIZAT, LAROQUE, LES DEUX FACES D’UNE MÊME PIÈCE ?
Cette complémentarité de la conception technocratique de Pierre Laroque et de l’action politique d’Ambroise Croizat est apparue comme la garantie de la mise en œuvre d’un plan de Sécurité sociale à la hauteur de l’espérance d’une population fragilisée par la guerre, édifice qu’ils ont donné en héritage à l’ensemble des Français. Un tel édifice aurait été difficilement envisageable, sans d’une part, la rigueur et le savoir-faire juridique de Pierre Laroque et, de l’autre, le dévouement et la force de mobilisation d’Ambroise Croizat.
Au centre, Ambroise Croizat, ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Assis, à sa droite, Pierre Laroque, directeur de la Sécurité sociale. Ils sont considérés comme les « pères de la Sécu ».
S’ils en ont en quelque sorte ouvert la voie, c’était bel et bien dans la perspective qu’elle devienne collective, à travers la gestion par les intéressés eux-mêmes, au cœur d’un « ordre social nouveau ». La meilleure façon de rendre hommage à l’un et à l’autre reste probablement de rappeler ce qui les unissait : une vision de la société fondée sur la sécurité sociale, entendue comme droit social de l’homme, et comme dette sacrée de la Nation. Une ambition alors partagée par des millions de Français, et mise en œuvre par autant d’anonymes, tous acteurs à leur échelle de cette page majeure d’une histoire populaire de la France.
Témoignant de cette entente, en 1947, Pierre Laroque reconnaissait lui-même le rôle décisif que joua Ambroise Croizat dans la mise en place de la Sécurité sociale. Il notait ainsi : « En quelques mois et malgré les oppositions, a été bâtie cette énorme structure […] Il faut dire l’appui irremplaçable d’Ambroise Croizat. C’est son entière confiance manifestée aux hommes de terrain qui est à l’origine d’un succès aussi rapide. »
DE LA « LOI CROIZAT » À LA FIN DU PROGRAMME DU CNR, UNE MISE EN ŒUVRE MOUVEMENTÉE
À la tête du ministère, Ambroise Croizat tente par exemple de contourner l’interdiction de valorisation salariale en doublant les allocations familiales, puis en augmentant de 50 % la rémunération des heures supplémentaires. Il supprime également l’abattement de 10 % sur les salaires féminins, ce qui, en plus de réaliser l’égalité salariale entre les sexes, permet une hausse de cotisations pour la Sécurité sociale, ce qui devrait créer un cercle vertueux en faveur du régime général.
Extrait de l’Humanité du 3 mai 1946, vantant la « loi Croizat ». ° Gallica
C’est dans une ambiance particulièrement conflictuelle qu’Ambroise Croizat prononce l’un de ses principaux discours, devant l’Assemblée, le 8 août 1946. Il y qualifie la législation adoptée de « compromis, mais un compromis très positif, réalisé sous la pression populaire », témoignant ainsi à la fois des avancées que cet ensemble de lois représente pour la population, réalisées grâce à son soutien, et en même temps des limites qui y ont été imposées par les différentes oppositions au régime général.
Les débuts de la Guerre froide jouent un rôle décisif dans cette conflictualisation des relations entre les forces du tripartisme, ce qui ne manque pas de menacer la bonne application du plan de Sécurité sociale. Cette situation aboutit en 1947-1948 à la scission entre la CGT et FO, portant atteinte au front syndical qui avait permis la réussite de la mise en place des caisses de Sécurité sociale.
Cette rupture se traduit également, au même moment, par la fin de la participation des ministres communistes au gouvernement, et avec eux d’Ambroise Croizat. En ce sens, l’historienne Claire Andrieu relève que « le commencement de la guerre froide et le départ des communistes du gouvernement marquent la fin de l’expression au niveau politique des solidarités nées dans la Résistance. Le programme du CNR perd son milieu nourricier et entre dans la légende. »
Le lendemain de son éviction du ministère du Travail, Ambroise Croizat, dans un meeting à Saint-Denis, indique : « Ma présence au ministère ne m’a jamais fait oublier mon origine et mon appartenance à la CGT. Je ne mériterais pas votre confiance si, par malheur, je m’étais laissé aller, au cours de mon activité gouvernementale, à oublier vos souffrances et vos intérêts. Ces derniers se confondent trop avec ceux de la nation pour qu’un ministre communiste puisse les oublier. […] La lutte continue pour l’indépendance nationale et l’instauration d’un bien-être pour tous … »
« Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale, nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès. »
Ambroise Croizat et ses camarades, renvoyés sur les bancs de l’Assemblée, semblent demeurer quelque peu impuissants dans les évolutions portant sur la Sécurité sociale et les retraites. L’ancien ministre du Travail et de la Sécurité sociale continue à déposer pas moins de quatorze projets de loi en tant que député, de son exclusion du gouvernement Ramadier le 5 mai 1947 à sa mort, mais ces propositions ont désormais avant tout valeur de témoignage.
Elles s’inscrivent dans la stratégie de lutte pour la défense de l’œuvre dont il a été l’un des acteurs majeurs. Quelques mois avant sa mort, il lègue ainsi en quelque sorte cette lutte pour héritage, lors de son dernier discours à l’Assemblée, le 24 octobre 1950 : « Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale, nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès. » Cette citation, l’une des plus reprises par la littérature militante évoquant Ambroise Croizat, sonne comme une mise en garde pour l’avenir de la Sécurité sociale, source d’inquiétudes pour son ancien ministre de tutelle, dont la santé décline.
LA DISPARITION DU « MINISTRE DES TRAVAILLEURS »
Son décès, le 11 février 1951, est marqué par de nombreux hommages, rendus dans l’ensemble de la classe politique. Le plus représentatif est certainement celui d’Édouard Herriot, alors président de l’Assemblée, qui prononce le 13 février un éloge funèbre au début de la séance, devant les députés debout pour honorer la mémoire de leur ancien collègue.
« C’était comme un fleuve veiné de tricolore où tremblait la brume des cravates de crêpe. Œillets, lilas par milliers, des couronnes sur toute la largeur de la rue. Par milliers, sur des kilomètres. Comme si des parterres fleuris s’étaient mis soudain à marcher. »
Édouard Herriot salue ainsi cet homme, qui « tenait un langage de ministre, remarquable chez un homme qui n’a été formé que par les cours du soir. […] On comprend que les travailleurs se montrent à ce point émus par la disparition de celui qui leur fut si étroitement dévoué. Ministre du travail, il leur disait un jour : « J’entends demeurer fidèle à mon origine, à ma formation, à mes attaches ouvrières et mettre mon expérience de militant au service de la nation. » Reconnaissons qu’il est demeuré fidèle à ce programme. »
Outre les hommages provenant de la classe politique, qui reconnaît unanimement le dévouement de Croizat, son enterrement « à la Victor Hugo », qui réunit près d’un million de personnes selon Michel Etiévent, démontre la reconnaissance du peuple ouvrier pour celui qu’il nomme le « Ministre des Travailleurs ».
Le lyrisme du journaliste de L’Humanité Jean-Pierre Chabrol, présent le 17 février 1951 à l’enterrement d’Ambroise Croizat, permet de saisir l’importance de cette cérémonie pour les militants communistes et cégétistes : « C’était comme un fleuve veiné de tricolore où tremblait la brume des cravates de crêpe. Œillets, lilas par milliers, des couronnes sur toute la largeur de la rue. Par milliers, sur des kilomètres. Comme si des parterres fleuris s’étaient mis soudain à marcher. Mineurs du Nord ou d’Alès, en bleu, lampe au côté, métallos de Citroën ou de Renault, élus barrés d’écharpes, la France entière s’était, ici, donné rendez-vous. »
En témoigne aussi Fernand Crey, ouvrier chimiste de Savoie, qui a fait le déplacement à Paris : « Il y avait un monde fou. Le Père-Lachaise était plein et la foule arrivait de partout. C’était la première des grandes figures du Parti communiste qui disparaissait après la Libération. Il laissait un héritage social considérable. On lui devait tout : la Sécu, les retraites, les conventions collectives, la prime prénatale, le statut des mineurs et des électriciens et gaziers, les Comités d’entreprise, la Médecine du travail … Tout ce qui te rend digne et te débarrasse des angoisses du lendemain. »
Les images filmées du cortège d’Ambroise Croizat sont à ce titre saisissantes, dévoilant en effet une foule immense, preuve de la popularité du responsable, portant des portraits du défunt, des gerbes offertes par les délégations ouvrières, des drapeaux en berne, et une tribune d’où lui rendent hommage les principaux dirigeants du mouvement ouvrier alors présents.
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Auteur d’un article sur la « liturgie funèbre des communistes », Jean-Pierre Bernard propose une analyse intéressante du devoir de mémoire communiste, révélant un usage politique, mais aussi une dimension quasi métaphysique, à travers une forme de sacralisation laïque de ses héros disparus, dont le dévouement pour la classe ouvrière inspire à la fois humilité et admiration.
« L’image de la mort prématurée imputable à l’activisme militant revient régulièrement » selon lui, avant de citer l’exemple d’Ambroise Croizat, s’appuyant sur un article qui lui rend hommage dans L’Humanité, le lendemain de sa mort : « Après une grave intervention chirurgicale parfaitement réussie, la convalescence suivait son cours et l’impression du corps médical était que la guérison devait venir normalement. Brusquement, une hémorragie intestinale s’est produite, compliquée d’une crise d’urémie, qui a entraîné une mort rapide. Cette complication a été d’autant plus grave que l’organisme d’Ambroise Croizat était déjà miné par les privations et le surmenage de sa vie militante ».
Croizat est ainsi présenté comme mort d’épuisement afin de réaliser la conquête de nouveaux droits pour les travailleurs, symbole de sa générosité et de son dévouement héroïque, voire sacrificiel, à la classe ouvrière. Sa mort comporte donc une dimension communautaire, à l’origine d’une mémoire collective de cette étape importante du mouvement ouvrier, à travers l’exemple qu’il constitue pour les militants.
Malgré l’importance de ces obsèques et de la volonté d’inscrire l’œuvre d’Ambroise Croizat dans la mémoire collective de la classe ouvrière, les décennies suivant cette disparition ont été marquées par une activité mémorielle relativement modeste. La place que l’histoire de la Sécurité sociale, dont les premiers travaux sortent dès les années 1950, lui accorde, semble pourtant secondaire par rapport à celle qu’y occupe Pierre Laroque, qui poursuit pendant les décennies suivantes son activité de haut-fonctionnaire en charge des questions liées à la protection sociale, de telle sorte que son ancien ministre de tutelle semble tomber peu à peu dans l’oubli.
L’intérêt primordial que porte cette histoire aux questions administratives et financières, versant assumé essentiellement par Laroque, est ainsi à l’origine d’une mémoire institutionnelle de la Sécurité sociale autour de sa figure, qui contraste donc fortement avec la mémoire populaire et collective d’Ambroise Croizat, qui va progressivement se réduire à des cercles militants. Une paternité que le général de Gaulle revendique à cette période lui aussi, à travers la mise en récit autobiographique qu’il propose de la Libération, dans laquelle il incarne presque à lui seul les orientations de la Résistance et du CNR, à l’origine de la Sécurité sociale.
ENTRE BLACKROCK ET CROIZAT, MACRON A FAIT SON CHOIX
La suite de l’histoire de la Sécurité sociale et des retraites est quant à elle marquée par une série de réformes qui ont eu pour effet de les vider peu à peu de leur substance. Elles ont ainsi subi des attaques répétées de la part de ces gouvernements successifs, toujours selon l’objectif annoncé de « sauver » la Sécurité sociale, ou de « garantir les retraites », mais qui masque en fait une volonté inavouable de libéraliser le système de protection sociale, de surcroît lorsqu’ils traitent de sa nécessaire « modernisation » pour l’adapter aux défis contemporains.
Il suffit de lire Denis Kessler pour comprendre que c’est l’ensemble de l’édifice social bâti dans le sillage du CNR qui est en danger. Éditorialiste à Challenges, ancien vice-président du MEDEF, directeur général de la compagnie d’assurances privées AXA et président de la Fédération française des sociétés d’assurances, il apparaît comme le porte-parole des détracteurs du système de protection sociale « à la française ». Il se donnait ainsi en 2007 la mission d’influencer la politique du gouvernement, en déclarant : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. […] Il est grand temps de le réformer. […] La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »
Ces propos, qui visaient à disqualifier la modernité de la Sécurité sociale en reprenant un argumentaire déjà employé par le CNPF en 1948, louaient la nouvelle génération de dirigeants, incarnée selon lui par Nicolas Sarkozy, et sûrement plus encore, dix ans plus tard, par Emmanuel Macron, génération qui n’a pas peur de « désavouer les pères fondateurs ».
Décrit comme dépassé et incompatible avec le contexte économique et social du XXIe siècle, le modèle social français est ainsi remis en cause par une série d’attaques violentes et répétées contre les conquêtes du CNR.
« L’histoire du mouvement ouvrier et la page de la création de la Sécurité sociale qu’on peut y lire seraient dès lors la preuve, pour les tenants du nouveau monde, que ce modèle appartient au passé. »
Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron lui-même avait annoncé la couleur, lorsqu’il avait déclaré le 4 septembre 2016, sur France inter, que « le modèle de l’après-guerre ne marche plus. Le consensus politique, économique et social, qui s’est fondé en 1945 et qui a été complété en 1958, est caduc. […] Le monde du travail de demain, c’est un monde dans lequel chacune et chacun devra plusieurs fois dans sa vie changer vraisemblablement d’entreprise, de secteur, et peut-être de statut, et donc, c’est un monde où il faut permettre à chacune et chacun de s’adapter à ces cycles économiques qui sont en train de se retourner. »
Ce programme, qui rappelle l’argumentaire mis en place par Denis Kessler pour en finir avec les mesures du CNR, fait en même temps écho à la conception de la Sécurité sociale que de Gaulle exprimait en 1963, à savoir un système fondé sur la responsabilisation des individus, considérés comme des agents économiques mineurs, devant apprendre à assurer leur existence par leur initiative personnelle. On notera également le caractère décomplexé de cette remise en cause du modèle social français, qui renvoie à la volonté de moderniser un monde devenu obsolète et inadapté aux défis de demain.
La portée polémique de cette question semble même recherchée, afin d’établir une nouvelle ligne de clivage entre d’un côté des « conservateurs », responsables du ralentissement économique du pays et représentants d’un ancien monde, et de l’autre côté des « progressistes », responsables et déterminés à adapter la France aux exigences de la mondialisation. L’histoire du mouvement ouvrier et la page de la création de la Sécurité sociale qu’on peut y lire seraient dès lors la preuve, pour les tenants du nouveau monde, que ce modèle appartient au passé.
C’est précisément cet agenda que le président de la République a appliqué depuis son arrivée au pouvoir : finir le travail de sape engagé par ses prédécesseurs, afin d’en finir avec le modèle social que Croizat, avec d’autres, avait mis en place pour « en finir avec la souffrance et l’angoisse du lendemain. »
À ce titre, le « nouveau monde » d’Emmanuel Macron et le système de retraites par capitalisation qu’il s’obstine à imposer aux Français sonnent bel et bien comme un bond en arrière, un recul jusque-là inédit. Convoquer la mémoire de Croizat, et celle des centaines de milliers – du million ? – de personnes qui descendirent dans les rues de Paris lui rendre un dernier hommage, lors de son enterrement, c’est rappeler l’héritage révolutionnaire inestimable qu’il nous a légué, et lutter contre la condamnation à l’oubli qui guette l’une des institutions les plus populaires auprès des Français.
Le rêve de tous les auteurs : une chronique de cette qualité. Détaillée sans pour autant dévoiler l'intrigue elle-même, un appel à la lecture.
Quand on voit combien il est rare de n'avoir qu'un seul mot, une petite phrase, une étoile dans le ciel éteint des commentaires de lecteurs, lectrices, ce genre de chronique est un bonheur sans nom.
Et c'est amplement mérité car Gilles Milo-Vacéri est une pointure dans son domaine. A lire avec délectation pour les adeptes des histoires prenantes, documentées, riches, surprenantes.
À la fin de l’année 1945, après la défaite du Japon contre les États-Unis, tous les sabres appartenant aux Japonais doivent être remis aux forces d’occupation américaines. C’est ainsi que le célèbre Honjo Masamune, un katana forgé au XIVe siècle, disparaît.
En juin 2019, le précieux sabre réapparaît à Paris dans une vente d’objets volés. L’ayant saisi, le gouvernement français décide de le rendre au Japon et invite la famille impériale. En attendant, le katana et les antiquités récupérées sont exposés au Louvre.
Lors du transfert du Honjo Masamune vers l’ambassade du Japon, un commando armé massacre l’escorte et le sabre est à nouveau dérobé. Le commandant Gerfaut et ses adjoints sont missionnés pour éviter l’incident diplomatique, mais des attentats sont commis contre la famille impériale.
Qui a volé le katana d’une valeur inestimable ? Qui veut assassiner le prince Daisuke ?
Gerfaut devra se familiariser avec le Bushido, le code d’honneur des samouraïs, pour affronter les fantômes surgis du passé…
L'honneur du samouraï est la huitième enquête du commandant Gabriel Gerfaut.
Chronique : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥
Coup de cœur ! Une plongée fascinante dans le Japon du « Bushido », de la « Voie du Sabre » et une enquête haletante, totalement addictive !
Je suis toujours bluffée par la capacité de Gilles Milo-Vacéri à nous faire voyager et à nous surprendre. « L’Honneur du Samouraï » nous entraîne tout d’abord dans le Japon de 1945. Il nous relate un épisode très peu connu de la remise de tous les sabres à l’armée américaine suite à la défaite du Japon. Puis de retour en 2019, le dépaysement est toujours aussi intense et il nous dévoile l’univers des geishas. À ma grande honte, j’ai réalisé mon ignorance ; je les assimilais plus ou moins à des prostituées de luxe alors qu’elles ne sont que noblesse, délicatesse et au service de l’Art.
Les connaissances de l’auteur m’impressionnent et j’admire l’important travail de recherche effectué. Ainsi le personnage principal n’est autre que le katana Honjo Masamune, un katana légendaire qui a réellement existé et disparu en 1945. Je remercie Anita Berchenko ainsi que Les Éditions du 38 pour leur confiance et l’envoi de « L’Honneur du Samouraï » en service presse.
Le Honjo Masamune
Tout commence par la disparition du Honjo Masamune et sa découverte lors d’une saisie d’objets d’art volés. Il s’agit d’un trésor national japonais. Tout aurait pu bien se passer si la politique ne s’en était pas mêlée. Et en effet, ce qui devait être une « simple » restitution va se transformer en « piège » orchestré par les hommes politiques dans l’espoir de recevoir le premier ministre nippon et de le convaincre d’acheter des Airbus. Mais à malin malin et demi et l’empereur va avoir une idée géniale pour déjouer la ruse française : se rendre lui-même à la restitution et comme il n’a aucun pouvoir politique, pas question de discuter un éventuel contrat.
Armure de Tokugawa Ieyasu.
Comme il s’agit d’objets d’art, nous retrouvons le commandant Enzo Battista, le complice et ami de Gerfaut, ce qui nous promet plusieurs échanges savoureux. Les deux ensemble s’entendent comme personne pour faire tourner en bourrique leurs divisionnaires respectifs et cela pour notre plus grand plaisir. Humour garanti ! Mais tous deux ont un mauvais pressentiment, cette restitution fait sonner toutes leurs alarmes. Or, on peut leur faire confiance, cela va mal tourner, c’est sûr. Et très vite les choses vont se compliquer, le katana va de nouveau disparaître tandis que les mystères s’épaississent et que les tueurs semblent se multiplier. C’est une bataille contre la montre qui va s’engager dans laquelle les supposés commanditaires du vol ne cessent de s’ajouter. Plus que jamais Gerfaut va devoir user de ses petits tiroirs. Quant aux suspects, ils vont devoir faire face à un Gerfaut au mieux de sa forme. Pressé par le temps, il ne va pas faire dans la dentelle et sa technique d’interrogatoire est plus que limite mais ô combien efficace !
Kira, maître shinobi
Je suis totalement accro aux enquêtes du commandant Gerfaut et plus généralement à tous les livres de Gilles Milo-Vacéri. J’ai été totalement happée par « L’Honneur du Samouraï » et l’ai lu d’une seule traite durant une nuit. Impossible de m’arrêter, je voulais absolument connaître la suite. L’écriture est fluide et la lecture coule de source. Les dialogues sont percutants, les scènes d’action à couper le souffle. Il y a du suspense, de l’humour, plein de rebondissements et une intrigue diabolique.
L’auteur a l’art de donner vie à des personnages hors du commun mais aussi profondément humains. Kenshin en est un exemple frappant avec sa noblesse d’âme, son code d’honneur mais aussi ses faiblesses qui le rendent tellement attachant. Par contre, le prince Daisuke représente tout ce que je déteste : la suffisance, l’arrogance de celui qui se croit au-dessus des autres et donc tout permis de par sa position. Quant à sa petite amie, Marumi, elle ne vaut guère mieux. Je n’en ai apprécié que davantage l’empereur du Japon Chôjiro et sa simplicité, son épouse, sa fille et son fils cadet, Eiji. Avec Kenshin, tous vivent l’esprit du Bushido, « code d’honneur des samouraïs, impliquant une manière de vivre selon des préceptes précis : intégrité, courage, compassion, respect, sincérité, honneur et loyauté. Aujourd’hui encore, ce modus vivendi est respecté par les familles nobles japonaises et au sein des grandes écoles d’arts martiaux. » C’est la marque de l’auteur de nous offrir des personnages auxquels on s’attache, qui ont de belles valeurs qu’ils mettent en pratique, mais qui en même temps sont pleinement humains, avec des faiblesses, des défauts, ce qui fait qu’on peut s’identifier à eux ou les prendre comme modèles. Le personnage qui m’a le plus touchée, c’est Kenshin. Je l’ai trouvé bouleversant. Avec lui, Gilles Milo-Vacéri nous fait entrer dans les traditions des samouraïs et nous fait partager des moments qui nous atteignent en plein cœur. Il fait revivre la sagesse de la Voie du Sabre et nous donne envie de nous plonger dans son étude, de devenir meilleurs. À la fin du livre, je me suis sentie orpheline et c’est vraiment à regret que je l’ai terminé.
« L’honneur du Samouraï » dégage un charme étrange avec son immersion dans la sagesse nipponne. Il s’agit d’une des enquêtes les plus complexes de Gerfaut tant les ramifications sont multiples mais aussi une de celles qui nous donne le plus à méditer. Je ne peux que vous recommander de la lire et je gage que vous n’aurez qu’une envie, celle de découvrir toutes ses aventures.
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Ce weekend, toutes les personnes administratrices de la page Extinction Rebellion France ont été bannies, instantanément, sans aucun préavis et en même temps du réseau social Facebook. Ce n’est pas la première fois que le réseau social frappe ainsi des pages militantes. En Marche vers la censure ?
XR France privé de sa page Facebook
Facebook censure-t-il le compte d’Extinction Rébellion France ? C’est bien ce qu’il semble après qu’une dizaine de membres d’Extinction Rébellion aient découvert, ce weekend, que leur compte personnel Facebook avait été désactivé pour violation des règles du réseau social sans aucun préavis, ou justification.
Tous ces comptes étaient administrateurs ou éditeurs de la page nationale d’Extinction Rébellion France : Extinction Rebellion France. Aucun d’entre eux n’a été épargné par cette « purge ». Si la page officielle est donc toujours en ligne, elle est pour l’instant « morte », aucun membre n’y ayant plus accès. Il leur est pour l’instant impossible de communiquer aux 94 000 abonné·e·s qui les suivaient les activités de l’organisation, les articles scientifiques, les formations et conférences sur l’un des plus puissants des GAFAM.
« La mission de notre mouvement non-violent, à savoir informer et mobiliser autour de la catastrophe écologique en cours, est aujourd’hui empêchée. Cette neutralisation fait suite à la suppression cette semaine de deux autres pages créées par des rebelles d’XR, la page du groupe local PACA et celle du squat MER de Cenon. Cette série d’attaques en règle contre notre mouvement est intolérable. Aucun de nos posts n’enfreint les règles imposées par le réseau social. Si cet acte n’est pas une simple mesure de vérification de compte ou une erreur, il a tous les aspects d’une manœuvre politique de censure. Nous réclamons la réactivation immédiate des comptes de nos rebelles visé·e·s par cette tentative de censure inacceptable. »a réagi l’équipe dans un communiqué publié sur leur site web
Si les militants écologistes sont aujourd’hui touchés, c’est loin d’être la première fois que Facebook décide du maintien ou non de contenu critiquant le système capitaliste et élitiste dominant.
Crédit : Markus Spiske
La censure des comptes qui dérangent
En effet, en septembre 2019, une vingtaine de pages militantes avaient été censurées par le réseau social de façon beaucoup plus pernicieuse. Toutes ces pages avaient un point commun : la critique de l’exécutif en place, le suivi des luttes sociales et la dénonciation des violences policières. « Nantes Révoltée » avait ainsi vu son audience subitement divisée par 1000 sur le média, sans explication. La Relève et La Peste avait aussi fait les frais de cette baisse d’audience non-expliquée.
« Lille Insurgée, Cerveaux non Disponibles, et bien d’autres. Un grand nombre de pages engagées ont été concernées. C’est une censure qui ne dit pas son nom, une manœuvre sournoise. La page n’est pas supprimée, elle est « déréférencée » : elle n’apparaît plus sur les comptes de ses abonnés. »avait ainsi réagi Nantes Révoltée
Chez Mr Mondialisation, ce sont des abonné-e-s qui ont lancé l’alerte : la page du média disparaît purement de leur abonnement après une période « x », la page est « délikée » ou vous les informations n’apparaissent plus en premier dans leur fil d’actualité.
Le pouvoir exécutif français crée de nombreux liens avec le mastodonte américain depuis le début de son mandat. La Loi Anti-Haine récemment dénoncée par de nombreuses associations comme une atteinte à la liberté d’expression en est l’un des exemples le plus flagrant. Certains observateurs se demandent ainsi si la censure a été causée par l’entrée en application de cette loi ?
Cette nouvelle opération de censure appelle donc chacun à la plus grande vigilance sur l’utilisation de ce réseau social, et prouve une fois de plus la nécessité de reprendre l’habitude de s’informer autrement, notamment en allant directement sur les sites d’information que l’on soutient, sans passer par la plateforme.
De leur côté, XR France a appelé ses abonné-e-s à les rejoindre sur les réseaux libres Diaspora, Mastodon et Peertube.
Extinction Rebellion est un mouvement mondial de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni.
Nous sommes… vous ! Vous êtes invités à nous rejoindre et à participer, si vous êtes d’accord avec nos principes et nos valeurs.
NOS PRINCIPES
Toute personne voulant adhérer à nos principes et valeurs est la bienvenue(1).
NOUS PARTAGEONS UNE VISION DU CHANGEMENT
En créant un monde adapté aux générations à venir.
NOUS AJUSTONS NOTRE MISSION À LA MESURE DE CE QUI EST NÉCESSAIRE
En mobilisant 3,5% de la population(2), seuil à atteindre pour déclencher un changement de système - en utilisant des idées comme celle de « Momentum-driven organizing »(3).
NOUS AVONS BESOIN D’UNE CULTURE RÉGÉNÉRATRICE
En créant une culture saine, résiliente et adaptable.
NOUS NOUS REMETTONS NOUS-MÊMES EN QUESTION, AUTANT QUE CE SYSTÈME TOXIQUE
En sortant de nos zones de confort pour devenir les acteurs du changement.
NOUS VALORISONS LA RÉFLEXION ET L’APPRENTISSAGE
En suivant des cycles d’action, de réflexion, d’apprentissage, puis de planification pour de nouvelles actions. En apprenant des autres mouvements et contextes aussi bien que de nos propres expériences.
NOUS ACCUEILLONS CHAQUE PERSONNE, ET CHACUNE DE SES FACETTES
En travaillant activement pour créer des espaces sécurisants et inclusifs.
NOUS LIMITONS DÉLIBÉRÉMENT LES RAPPORTS DE POUVOIR
En démantelant les hiérarchies de pouvoir pour une participation plus équitable.
NOUS NE TENONS PAS DE DISCOURS MORALISATEURS NI CULPABILISANTS
Nous vivons dans un système toxique, mais nul ne doit être accusé en tant qu’individu.
NOUS SOMMES UN RÉSEAU NON-VIOLENT
En utilisant une stratégie et des tactiques non-violentes comme moyen le plus efficace de provoquer le changement.
NOTRE MOUVEMENT EST FONDÉ SUR DES PRINCIPES D’AUTONOMIE ET DE DÉCENTRALISATION
Nous créons collectivement les structures nécessaires pour défier le pouvoir. Toute personne qui suit ces principes et valeurs essentiels peut agir au nom d’Extinction Rebellion.
Extinction Rebellion est un mouvement international. Ces principes et valeurs étant une traduction de l’anglais, il conviendra de toujours se reporter au texte original en cas de problème d’interprétation.
La notion de “3,5% de la population” est expliquée dans le Tedx de Erica Chenoweth : The success of nonviolent civil resistance (en anglais) Erica Chenoweth, Ph.D., est professeure en Politiques publiques à la Harward Kennedy School et au Radcliffe Institute for Advanced Studies aux USA. Cette personne ne croyait pas au succès des actions non-violentes. Elle a alors étudié plus de 100 cas de campagnes violentes et non-violentes de 1900 à 2006. Et elle a été époustouflée par les résultats de son étude qui se sont révélés à l’opposé de ses croyances. Non seulement les campagnes non-violentes parviennent à leurs fins deux fois plus souvent que les campagnes violentes, mais de plus leur efficacité s’accroît à mesure que nous nous rapprochons de notre époque actuelle. Elle a constaté qu’il suffit de mobiliser 3,5% de la population d’un État pour réussir une révolution non-violente. Et souvent, il a suffi de bien moins que cela.
« Momentum-driven organizing » est un concept développé dans le livre This is an uprising , co-écrit par Mark & Paul Engler. C’est un modèle d’organisation hybride qui combine la puissance explosive et à court terme des mobilisations de masse qu’il cherche à produire (type Occupy ou Nuit debout), avec la capacité à prendre des décisions collectives et à soutenir la lutte dans le temps qu’ont les structures classiques (types ONG). Ce type de mouvement est la clé de la stratégie globale d’Extinction Rebellion.
VERS UNE CULTURE RÉGÉNÉRATRICE
(c‘est-à-dire une culture ouverte, bienveillante et résiliente)
VISION
« Un monde beau et sain, où l’individualité et la créativité sont encouragées, où nous travaillons et résolvons des problèmes ensemble, où chacun·e trouve du sens, avec courage, force et amour. Cela reposera sur des cultures enracinées dans le respect de la nature, de véritables libertés et la justice sociale. »
Une culture humaine régénératrice est une culture ouverte, bienveillante et résiliente. Elle se soucie de la planète et du vivant, sans eux l’humanité-même est en péril. Une culture régénératrice s’affine d’année en année, en prenant de petites mesures pour se soutenir et s’améliorer, à tous les niveaux : chez les individus, comme dans les communautés, en privilégiant toujours la santé de notre sol, notre eau et notre air. Plus qu’un réseau de « militants », nous cherchons à trouver des façons de faire et d’être qui accompagneront un changement positif.
SOINS PERSONNELS
Prenons soin de nos propres besoins et de notre bien-être personnel face à ce système toxique.
SOINS INTERPERSONNELS
Prenons soin des relations que nous entretenons avec les autres, en étant attentifs aux effets que nos actions et nos mots peuvent avoir sur l’autre.
SOINS DURANT L’ACTION
Prenons soin de tou·te·s les rebelles participant à la désobéissance civile, en leur apportant un soutien en amont, pendant et après chaque action.
SOINS COMMUNAUTAIRES
Prenons soin du développement de notre réseau et de la communauté XR, en renforçant les liens entre rebelles et l’adhésion à nos principes et valeurs.
SOINS ÉCOSYSTÉMIQUES
Prenons soin de nos tribus / communautés au sens plus large et de la Terre qui assure notre survie. Concevoir et organiser nos sociétés pour protéger, soutenir et célébrer le vivant.
Une culture régénératrice est essentiellement une culture qui engendre une vie saine et épanouissante pour chaque individu, chaque groupe d’individus et pour la communauté dans son ensemble, ainsi que pour l’écosystème dans lequel se retrouve.
Pour créer une culture régénératrice, nous reconnaissons notre place dans la nature en tant que partie intégrante de la nature. Nous concevons donc notre organisation de manière à imiter la vie elle-même - un système complexe de relations et de connexions évoluant à travers la coopération et la concurrence à différentes échelles.
Nous reconnaissons que la tension et la concurrence sont des facettes de notre existence.
Pour encourager la bonne santé, le bien-être et l’épanouissement de tous les éléments et de l’ensemble, nous essayons de concevoir des processus et des procédures qui reflètent notre amour de la vie dans toute sa beauté et sa diversité, tout en reconnaissant la complexité inhérente à notre humanité.
Genève. Bâtiment de l’OMS. Réunion des pays concernés par l’épidémie de plastisphère. État des lieux par le Docteur Huang.
« Nous comptabilisons à ce jour 23456 victimes et 12458 personnes hospitalisées. Les symptômes sont toujours les mêmes : diarrhée très abondante avec atteinte de tout le système digestif, déshydratation extrêmement rapide. Le choléra, sans aucun doute. Se sont ajoutées des atteintes pulmonaires et neurologiques. Les patients traités dès les premiers symptômes diarrhéiques et supportant le traitement succombent parfois de complications qui relèvent d’une mutation du vibrio choleare. La plupart des décès surviennent en moins de huit jours. Des traitements sont en cours avec des succès partiels. Les neufs pays concernés actuellement ont mis en place une alerte sanitaire la plus drastique possible. Il est malgré tout très délicat d’atténuer la propagation de l’épidémie au regard des populations atteintes et de leur régime alimentaire. La majorité de cette population côtière est désœuvrée, n’a pas accès aux soins d’urgence et vit principalement des ressources marines. On savait déjà que les crevettes pouvaient participer à la propagation du virus. Nous avons découvert que tous les éléments marins peuvent être contaminés, que ça soit la faune marine ou la flore. Quelques études scientifiques avaient déjà évoqué cette possibilité, il y a une dizaine d’années mais rien ne laissait présager une telle extension et une telle contamination. Il semble que la concentration exponentielle de plastique dans les océans ait accéléré le processus de symbiotique entre les divers micro-organismes relevés sur les déchets flottants ou immergés. C’est à une véritable jungle microbienne que nous sommes désormais confrontés. Il est d’ailleurs probable que le vibrio choleare ne soit pas le seul à avoir muté. Nous avons établi des restrictions préventives auprès des pays épargnés pour l’instant mais nous n’avons guère de doute sur l’extension à venir. Il est fort probable que des pays occidentaux et d’autres encore seront concernés dans un avenir assez proche. Des études bactériologiques sont en cours dans la Manche, la mer du Nord, la mer Méditerranée, sur la côte Pacifique de l’Amérique latine, sur la côte Atlantique de l’Afrique. Actuellement, l’épidémie frappe fortement l’Asie du sud-est et le pourtour de l’océan Indien. La pollution au plastique est fortement implantée dans ces zones. On peut envisager également que des lacs d’eau douce, des fleuves, des rivières sont ou seront impactés. Il suffit de penser à l’état du Gange par exemple. De nombreuses équipes scientifiques sont en alerte maximale dans toutes les zones urbanisées où les rejets plastique sont établis depuis bien longtemps. Il faut bien entendu tenir compte des courants marins qui contribuent à la propagation de ces bactéries à l’échelle planétaire. Le régime alimentaire des populations jouera un rôle prépondérant. Toutes les populations côtières attachées à l’exploitation marine sont les premières cibles de nos interventions préventives. Le rythme de propagation depuis l’apparition des premiers cas suggère une croissance exponentielle pouvant atteindre le million de personnes dans un délai de six mois. L’objectif prioritaire est donc de trouver un traitement adéquat et d’accompagner les populations les plus fragiles par une aide alimentaire. Il reste à convaincre les gouvernements. L’impact sur le tourisme se révèle déjà dévastateur pour l’Asie du sud-est et les gouvernements les plus réticents se montrent désormais totalement réceptifs à nos interventions. On sait tous, par expérience, que la croissance économique des États a toujours été l’élément déterminant pour la prise en considération des populations défavorisées. »
Des passagers sur les balcons du bateau de croisière Diamond Princess placé en quarantaine au large de Yokohama près de Tokyo au Japon, le 10 février 2020 (photo d’illustration). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)
"C'est très dur d'être en quarantaine. Nous sommes angoissés", a témoigné lundi sur franceinfo Linda, une passagère française du Diamond Princess, le paquebot placé en quarantaine au large de à Yokohama, près de Tokyo, avec 3 700 passagers et membres d'équipage à bord. Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a indiqué lundi dans un communiqué que quatre Français sont sur le paquebot : Linda et son mari Michel, une autre passagère et une jeune femme membre de l'équipage.
Sur ce navire de croisière, 135 personnes ont déjà été testées positives au nouveau coronavirus 2019-nCoV. Les époux ont été testés négatifs."On essaie de ne pas déprimer. On tient le coup", raconte Linda, 62 ans, en croisière avec son mari Michel, 80 ans. Le voyage de ces Français, originaires de Nouvelle-Calédonie, s'est transformé à l'annonce des premiers cas de contamination à bord. "Ça été un choc", explique Linda. On n'est pas abandonné, on essaie de positiver". Les choses se sont organisées grâce au capitaine du paquebot qui "gère son bateau comme un vrai père de famille".
Franceinfo : Comment avez-vous vécu la mise en quarantaine ?
Linda : C'est très dur d'être en quarantaine. Ça été un choc lorsqu'on l'a appris. Ça s'est fait très rapidement. Vous imaginez, vous sortez d'un contexte de fêtes, de ballades, de rigolades, parce qu'à bord c'est vraiment "La croisière s'amuse". Et le dimanche soir, veille du débarquement, vous voyez les garde-côtes aborder le bateau, des gens gantés, camouflés, monter à bord. Et le capitaine vous ordonne de rejoindre les cabines et de ne plus bouger. Là, on attend 3h du matin où on est contrôlé. On vient de faire un contrôle de température. Donc, pour mon époux et moi-même, on nous a dit "c'est négatif, c'est bon". Et 24 heures après, on nous annonce que des cas de coronavirus ont été trouvés à bord, que le bateau est placé en quarantaine. À partir de ce moment-là, plus personne n'est jamais ressorti des cabines. Donc nous sommes confinés chacun dans nos cabines. On porte des masques aux ouvertures des portes puisque tous les repas sont livrés en room-service. Donc, on ouvre la porte, on récupère le plateau. On doit prendre tous les jours notre température, la consigner par écrit et la signaler au médecin de bord dès que la température atteint 37,5 degrés. Les cas de coronavirus, au fur et à mesure qu'ils sont détectés, ils sont annoncés.
Depuis le 4 février, vous n'avez pas quitté votre cabine avec votre mari ?
Tous les deux non, parce que nous avons une cabine avec balcon et une ouverture sur l'extérieur, environ 16 mètres carrés. Donc, on a la possibilité d'aérer. Nous avons la lumière. On a un espace qui nous permet de nous dégourdir les jambes. Et c'est un choix de notre couple. On ne veut pas aller au-devant d'une contamination supplémentaire. Depuis trois jours sont organisées des sorties pour les cabines qui sont complètement cloîtrées. Il y a au milieu du navire des cabines qui n'ont ni aération, ni ouverture vers l'extérieur. Donc en priorité, ces personnes-là sont autorisées par le capitaine. C'est très réglementé. Il y a des horaires de sortie qui sont prévus, tous les deux ou trois jours, parce qu'ils font un roulement sur tous les ponts du bateau. Donc, en priorité, sortent ces cabines-là par petits groupes masqués, gantés et sous surveillance d'agents japonais sanitaires.
Certains passagers sur les réseaux sociaux ont peur, l'angoisse, le stress qui montent. Est-ce que c'est votre cas ?
Ah oui, nous sommes angoissés et inquiets. Nous sommes stressés aussi. On pleure régulièrement parce que tous les moyens qui sont déployés sont rassurants, parce qu'on se dit qu'on est pris en charge et qu'on n'est pas abandonné. Et en même temps, c'est très inquiétant. On se dit, il se passe quelque chose de grave pour que de tels moyens soient mis en œuvre, même si on essaie de positiver. D'autant que l'issue de la quarantaine est fixée au 19 février mais avec rien de certain à son issue.
Que faites- vous pour lutter contre ce sentiment d'enfermement ?
On fait un peu de sport dans notre cabine, on bouge, on fait des exercices, on essaie de se dépenser physiquement. On lit, on partage beaucoup, surtout via Messenger avec notre famille en Nouvelle-Calédonie qui est très présente, avec nos enfants. Quotidiennement, nos amis nous envoient des messages d'encouragement, nous appellent aussi. Ça aide. Ça fend le cœur. Mais c'est en même temps émouvant de sentir qu'il y a beaucoup de compassion et de soutien. Aujourd'hui, on a passé du temps à changer nos draps, parce que les agents d'entretien n'entrent plus dans les cabines. Donc là, le capitaine a annoncé qu'on nous fournissait des draps propres. Ca a meublé une partie de la matinée. On essaie de ne pas déprimer. On prend notre courage à deux mains. On ne peut pas se jeter par-dessus le balcon. Il faut faire face. On tient le coup.
Vous avez tout ce qu'il faut pour vivre au quotidien ? Produits d'hygiène, nourriture ?
Ah oui. Pour ça, il n'y a vraiment rien à dire. Il y en a même de trop. Franchement, le capitaine, on le sent. Il gère son bateau comme un vrai père de famille. Les repas, il y en a plus qu'il n'en faut. De l'eau nous est livrée à volonté tous les jours parce qu'il faut beaucoup s'hydrater. On est dans des milieux confinés avec la climatisation. On a les sinus qui brûlent, on a la gorge desséchée. Il y a des services téléphoniques. On demande un stylo ou un papier, on a. On demande des feuilles pour faire des pliages d'origami. Ils nous les livrent. Ils sont vraiment charmants et ils font tout pour être agréables. Moi, j'ai un traitement médical. J'avais prévu trop juste. Ils ont livré il y a deux jours, je crois, 600 kilos de médicaments à bord pour palier les manques des uns et des autres. Moi, j'ai reçu le médicament aujourd'hui. C'est une prison. On a beau être dans une grande ville comme Tokyo, il y a des millions de personnes. Je vois devant moi des millions de voitures qui roulent. Mais on se sent seul, seul, seul, tout petit. On a peur d'être oublié. C'est très, très dur à vivre.
L’amour n’est pas dans notre cœur, ni dans notre cerveau, il n’a pas de coffre réservé, pas d’antre secret, pas plus de centre émetteur interne. Il n’émane pas de nous. Nous n’en sommes pas les concepteurs. L’amour est partout. Et si nous restons ouverts, il s’invite. Personne n'est apte à générer de l'amour. Il ne s'agit que de s'ouvrir à lui.
Il tentait de remonter à la source, de trouver le nœud originel qui libérerait toutes les révélations. Son cœur avait participé à ce conditionnement épouvantable de l’homme intégré et du Soi désintégré, son cœur avait été un ouvrier attelé à sa destruction. Saint-Exupéry s’était trompé. On ne voit bien qu’avec le cœur relevait d’un monde idyllique, d’un monde qui n’aurait aucune influence, qui ne chercherait pas à s’octroyer les raisons d’aimer. En perdant son cœur, les fondements même de son enfermement avaient été supprimés, non seulement la masse infinie de toutes les données enregistrées dans la boîte noire des émotions vécues mais le récepteur lui-même. Tout n’avait pas disparu puisqu’un seul organe avait été retiré mais il représentait le cœur du système. Bien évidemment.
L’homme avait fait de l’homme son propre prédateur. Nul besoin de guerre. Il suffisait d’éduquer le cœur et tout le reste suivrait, il suffisait d’inculquer les raisons d’aimer, il suffisait de canaliser les émotions, d’identifier les cibles, de laisser croire à la clientèle qu’elle était libre de ses choix. Personne n’irait accuser le cœur d’être un traître. Le cœur n’était qu’un disque dur formaté.
Les tenants de la spiritualité et de la libération des esprits seraient sans doute décontenancés d’apprendre qu’il convenait d’enlever le cœur des hommes avant de s’engager sur une voie d’éveil.
Il pensa à tous les implantés qui l’avaient précédé. Il serait intéressant de les retrouver. Une nouvelle espèce humaine. Des hommes sans cœur. Des hommes libres. Défragmentation du disque dur.
Il se sentit fatigué, comme un voyage trop long, un manque de condition spirituelle en quelque sorte.
Il se laissa partir, respiration lente et profonde, visualisation du flux d’oxygène, jusqu’à l’effacement des dernières pensées…"
Pic pétrolier probable d’ici 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie
Pour empêcher un déclin de la production mondiale de pétrole d’ici à 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonce qu’il faudrait multiplier par 2 ou 3 les extractions de pétrole de schiste. Or aux Etats-Unis, le pétrole de schiste continue à perdre de l’argent…
Les conséquences du « supply crunch » qu’envisage l’AIE promettent d’être particulièrement rudes pour l’Europe. Réveil ?
En 2012, un artiste syrien créait par ordinateur une Statue de la Liberté à partir des décombres d’un immeuble d’Alep. Quelle société saura survivre à la fin de l’ère de l’énergie abondante et pas chère ? (voir Oil Man, 26/11/15 | Daech, le climat et le pic pétrolier : aperçu des tempêtes parfaites de demain ?)
L’Agence internationale de l’énergie tire sur le signal d’alarme plus fort que jamais auparavant dans son dernier rapport annuel, paru fin 2018.
1- La production mondiale de pétrole conventionnel (près des 3/4 de la production totale de pétrole) « a franchi un pic en 2008 à 69 millions de barils par jour (Mb/j), et a décliné depuis d’un peu plus de 2,5 Mb/j ». L’AIE estime que ce déclin ne sera pas interrompu (cf.World Energy Outlook 2018, p. 142) ; précisons que cette évolution fatidique a été correctement prédite dès la fin des années 90 : il s’agit ici seulement de la confirmation d’un état de fait.
2- Extrait du résumé aux décideurs: « Le risque de resserrement de l’offre est particulièrement prégnant pour le pétrole. Ces trois dernières années, le nombre moyen de nouveaux projets approuvés de production de pétrole conventionnel ne représente que la moitié du volume nécessaire pour équilibrer le marché jusqu’en 2025, compte tenu des perspectives de demande du scénario « Nouvelles politiques ». Il est peu probable que le pétrole de schiste prenne le relais à lui seul. Nos projections prévoient déjà un doublement de l’offre de pétrole de schiste américain d’ici 2025, mais celle-ci devrait plus que tripler pour compenser le manque persistant de nouveaux projets classiques. » Voir en anglais ci-dessous :
World Energy Outlok 2018, extrait du résumé aux décideurs. C’est moi qui souligne.
« Resserrement de l’offre » ou « supply crunch » en anglais, cela signifie un pic pétrolier, autrement dit un déclin de la production mondiale de pétrole. D’ici à 2025, pour repousser encore une fois ce spectre, il faut, nous dit l’AIE, que la production de pétrole de schiste double, voire qu’elle triple si les découvertes de pétrole conventionnel restent ce qu’elles sont aujourd’hui : plus faibles que jamais, malgré des investissements sans précédent au cours de la dernière décennie.
L’essor spectaculaire du pétrole de schiste aux Etats-Unis apparaît à l’AIE comme la seule planche de salut accessible à une humanité technique plus que jamais shootée à l’or noir, et qui n’est en rien préparée au sevrage.
Cette planche de salut semble décidément pourrie. Aux Etats-Unis, plus des trois-quarts des entreprises petites et grandes spécialisées dans le pétrole de schiste continuent à investir plus qu’elles ne gagnent d’argent, bientôt 10 ans après le début du boum de ce pétrole non-conventionnel extrait par fracturation hydraulique de la roche. La dernière confirmation cette réalité a été publiée fin novembre par Rystad Energy, référence en matière d’intelligence économique dans le secteur pétrolier :
Le profil de production des puits de pétrole de schiste se caractérise par un déclin rapide du flot de brut : après 1 ou 2 ans, la production ne constitue plus qu’une faible fraction de la production initiale. Par conséquent, les producteurs de pétrole de schiste (le shale oil en anglais) doivent en permanence forer de nouveaux puits pour maintenir leurs extractions. Cet effort constant d’investissement reste le plus souvent nettement supérieur au « cash » que génère la vente de brut. Ceci était vrai lorsque le baril était à plus de $100, et le reste a fortiori aujourd’hui, tandis que le baril est dans les parages des $50, malgré des progrès techniques supposés capables de pérenniser le secteur.
Comment une industrie qui perd de l’argent avec constance depuis le début de la décennie peut-elle ne pas s’effondrer ? Parce des gens continuent à acheter ses actions et sa dette. Certains signes montrent que ça pourrait s’arrêter vite.
J’ignore s’il faut pronostiquer pour l’industrie américaine du shale oil un crash aussi spectaculaire qu’aura été jusqu’ici son essor. Certains analystes ne se privent pas de le faire, avec quelque arguments. Il n’est pas interdit d’envisager que le pays qui nous a déjà offert Enron et les subprimes soit capable d’engendrer à nouveau un gigantesque système de Ponzi.
Quoi qu’il en soit, l’ambiance dans le secteur du shale oil est aujourd’hui à la consolidation : des actionnaires en mal de dividendes insistent depuis maintenant plus d’un an pour que les entreprises qui ont investi sans cesse afin de développer leur production au Texas ou dans le Dakota du Nord ralentissent le rythme, et se concentrent sur la valorisation de leurs puits existants. Des analystes réputés prudents (comme ici dans Forbes) tablent à tout le moins sur un fléchissement du rythme de croissance de la production en 2019. Rystad Energy prévoit que la production d’Eagle Ford, deuxième grande zone d’extraction de shale oil au Texas, pourrait fortement chuter au cours de l’année.
Tout ceci ne donne pas un contexte idéal pour pronostiquer sereinement une multiplication par 2 ou 3 de la production de shale oil d’ici 2025 – condition nécessaire pour empêcher un « supply crunch » d’ici là, d’après l’AIE.
Une vigoureuse reprise de la croissance économique mondiale, et par là une remontée des cours du brut, offrirait un contexte propice pour que le shale oil, et avec lui la production mondiale de pétrole, prolongent leur croissance.
La décision prise la semaine dernière par la banque centrale américaine d’interrompre la hausse promise de ses taux d’intérêt confirme l’extraordinaire difficulté à sortir d’une longue période au cours de laquelle la crise de la dette de 2008 a pu être cautérisée en accumulant davantage de dettes. Une crise de 2008 qui pourrait bien avoir été fondamentalement déclenchée par la fin du pétrole facile. Le prisme des échanges physiques et du temps long, qui est celui privilégié sur ce blog, fournit de ce point de vue des signes… intéressants :
Extrait d’une note d’analyse publiée par Nomura Global Markets Research le 23 janvier 2019.
Résumons :
– il faudrait que la production de l’industrie du shale oil double ou triple au cours des 6 ans à venir pour empêcher que le déclin de très nombreuses régions pétrolifères historiques n’entraîne l’économie mondiale sur la pente d’un sevrage de brut forcé et non-anticipé ;
– la rentabilité future de l’industrie américaine du shale oil ne semble en rien être assurée, et si le secteur se concentre et se rationalise, ce sera vraisemblablement au détriment de la poursuite de la croissance tonitruante de sa production ;
– plus globalement, le ralentissement de l’économie mondiale qui se profile ne devrait aider en rien l’industrie pétrolière à relancer les investissements nécessaires pour empêcher le « supply crunch » que l’AIE redoute dans le résumé aux décideurs de son dernier rapport annuel.
Alors, où se trouve maintenant la planche de salut pour prévenir le pic pétrolier ?
Depuis 2008, et le pic historique alors franchi – pour des raisons foncièrement géologiques – par le pétrole conventionnel, les pétroles non-conventionnels et le shale oil en tout premier lieu ont formé cette planche de salut.
En 2010, l’analyste pétrolier numéro 1 de l’administration Obama (dont l’interview exclusive fut l‘occasion du lancement de ce blog) ne voyait pas venir l’ampleur du boum du shale oil, et estimait par conséquent qu’un déclin de la production mondiale de carburants liquides pouvait être imminent. Aujourd’hui, l’AIE montre que si l’essor du shale oil n’avait pas été ce qu’il est – puissant, inattendu et jusqu’ici persistant –, cet expert de l’administration Obama aurait eu raison, puisque le pic du pétrole conventionnel s’est produit.
Personne ne sait dire aujourd’hui quelle sera la prochaine planche de salut, pour repousser l’inéluctable limite de ce que la Terre a encore à nous offrir comme sources intactes et accessibles de pétrole.
L’Europe a des raisons d’être particulièrement sur ses gardes.
Car nous sommes cernés par des zones pétrolifères en déclin structurel très probablement irréversible : la mer du Nord (cas d’école en la matière), l’Algérie et l’Afrique en général, et sans doute bientôt (encore d’après l’AIE) la Russie, qui reste aujourd’hui le premier fournisseur d’hydrocarbures de l’Union européenne.
50% au moins de nos importations de pétrole sont ainsi menacées de déclin :
Rendre d’urgence nos systèmes techniques (beaucoup) plus sobres est un enjeu vital, non seulement pour le climat, mais aussi pour nous éviter un monde à la Mad Max. La démocratie est-elle capable de faire des choix rationnels qui lui réclament de s’écarter de la pente de plus faible résistance qu’elle a jusqu’ici suivi ? … Y’a du boulot.
La démocratie moderne a germé dans un bain d’abondance énergétique. Il me semble raisonnable de craindre que l’hiver de cette ère soit tout proche. Je propose une fois encore que nous examinions le danger sérieusement.
Demandez à un Américain d’où vient son pétrole, il répondra sans hésitation : “du Middle East” ! Mais ce sont en fait les sables bitumineux du Canada qui fournissent aux Etats-Unis la majeure partie de son pétrole brut.
Plus de 2 millions de barils passent la frontière chaque jour. La manne est immense et les conséquences environnementales désastreuses : le Canada a même dû claquer la porte du protocole de Kyoto pour vendre son sable pétrolifère.
La région de l’Alberta ne vit plus que pour son sous-sol. Du pétrole suintant de marécages bruns. Fort McMurray, la petite ville qui trône sur cette montagne d’or noir est saturée d’habitants. Les maisons arrivent par la route, en préfabriqué, pour héberger ouvriers et entrepreneurs qui se ruent sur la ville. Avec la montée des cours, le pétrole d’Alberta est devenu économiquement rentable et le Canada en regorge : 169 milliards de barils, la deuxième réserve prouvée après l’Arabie Saoudite.
Mais le coût écologique de l’extraction est si exorbitant que les opposants font bloc. La production d’un baril de brut d’Alberta est dix fois plus énergivore que celle d’un baril conventionnel. Il faut consommer huit volumes d’eau pour en extraire une de brut ! Une eau qui devient extrêmement toxique et qui doit ensuite être stockée dans d’immenses bassins de décontamination.
Quelques chiffres
• Un baril de pétrole entraîne 1,5 baril de résidus toxiques (tailings) qui sont stockés dans les lacs artificiels.
• Pour produire un baril de pétrole, il faut aussi consommer 2 ou 3 barils d’eau utilisés pour séparer le sables du bitume (eau bouillante).
• En moyenne, produire un baril de pétrole issu des sables bitumineux consomme 3,5 à 4 fois plus d’énergie que pour produire un baril de brut conventionnel.
Le Canada a fait un choix. Le pays a quitté le protocole de Kyoto car l’extraction des sables faisait exploser son quota de gaz à effet de serre. Une honte nationale pour beaucoup de Canadiens.
Plus grave, les populations indiennes qui résident dans la zone d’exploitation sont en danger. Un taux de cancer de 20 à 30% supérieur à la moyenne. Mais la pression de l’opinion et l’image écornée du pays n’y font rien, le Canada est devenu l’un des plus grands marchands de pétrole de la planète.
De Sébastien Mesquida, Gildas Corgnet et Yann Le Gléau - ARTE GEIE / What’s Up Productions – France 2013 – Rediffusion
On peut détester les photos qui suivent mais il faut bien réaliser que la "croissance" que nous souhaitons en est la seule raison. Ces paysages dévastés sont à l'image des conséquences planétaires de cette folie marchande, de ces désirs effrénés de "brûler sa vie par les deux bouts". Et de brûler avec tout ce qui l'entoure.
Il n'y a de dévastations qu'au regard de notre chaos intérieur.
Canada : l’or noir de l’Alberta, chance ou catastrophe?
Depuis une vingtaine d’années, la province de l’Alberta au Canada connaît une véritable ruée vers l'or…noir. Le pétrole extrait de ses terres au cœur de la forêt boréale, provient des sables bitumineux. Une industrie controversée.
En 2006, lors de son accession au pouvoir, l’actuel Premier ministre du Canada, le conservateur Stephen Harper déclarait : les sables bitumineux constituent «une entreprise épique, égale à la construction des pyramides ou de la Grande Muraille de Chine. Mais en plus grand».
En 2011, c’était autour du premier ministre de l'Alberta Ed Stelmach d’affirmer que les sables bitumineux vont faire sortir la région et tout le Canada de la récession fiscale.
Un engouement qui s’est révélé fructueux : ce pétrole non conventionnel a permis au Canada d’obtenir son autonomie énergétique et de devenir le principal fournisseur des Etats-Unis. Mais à quel prix pour l’environnement ?
Les Premières Nations (Indiens) et les écologistes dénoncent les effets catastrophiques sur le milieu ambiant et la santé. En 2013, vingt et un prix Nobel ont jugé «l'impact (de ces pétroles) désastreux sur les changements climatiques».
16 photos de Todd Korol prises dans la région de l’Alberta en septembre 2014 illustrent ce propos.
Il n'y a rien de plus douloureux, rien de plus inacceptable, rien de plus destructeur.
Mon frère est mort l'année de ses 39 ans. Ses cendres sont dispersées au large d'une plage où nous avions l'habitude d'aller grimper sur les rochers.
Mes parents sont âgés. Ils vivent toujours en Bretagne. Ils ont acheté un bungalow à 500 mètres de cette plage.
Il ne s'agit pas que de l'amour pour l'océan et pour cette terre bretonne.
Mon frère est toujours là.
L'allongement du congé de deuil parental de 5 à 12 jours a fait l'objet de débat houleux, après qu'une proposition de loi centriste a été rejetée par les députés LREM et le gouvernement. (AWA SANE / FRANCEINFO)
"Ça me met hors de moi quand j'entends dire que notre deuil coûte de l'argent à l'entreprise", s'indigne Séverine. L'allongement du congé de deuil parental – de 5 à 12 jours – a fait l'objet de débats houleux, après qu'une proposition de loi centriste a été rejetée par les députés LREM et le gouvernement. Au point qu'ils ont fini par rétropédaler. "Je ne sais pas s'ils se rendent compte de la violence de leurs propos. On est en train de nous dire 'ce que vous ressentez, on s'en fout'", déplore cette infirmière de 44 ans originaire de Loire-Atlantique.
Son fils Elouan est mort au printemps 2018 à l'âge de 11 ans. Les médecins lui avaient diagnostiqué un lymphome qui n'a jamais cessé de progresser pendant deux ans. Séverine se souvient dans le moindre détail de cette nuit du 5 mai. Elouan était essoufflé, en sueur, il grimaçait. Elle s'est installée dans son lit, elle l'a pris dans ses bras et lui a fait "ses papouilles", des caresses sur les jambes qu'il aimait tant. "Je lui ai dit que tout allait bien se passer, qu'il pouvait partir tranquillement."
Et puis à 7h30, "il a ouvert les yeux d'un coup en prenant une grande inspiration. Ses yeux se sont fermés. Il a repris une grande inspiration, et c'était terminé." Il a ensuite fallu appeler la mairie, les pompes funèbres, avertir les proches, décider d'un cercueil, d'une messe… "On ne peut pas faire ça en quelques jours et le lendemain tout va bien", souffle-t-elle d'une voix étranglée.
Un tourbillon administratif
Combien de temps faut-il pour faire le deuil de son enfant ? "Evidemment qu'on ne peut pas déterminer le deuil en nombre de jours, mais cette proposition de loi est avant tout une façon de reconnaître notre drame", répond Pascal, 61 ans, habitant en Ile-de-France. Son fils s'est suicidé une fin d'après-midi de 2004. Il était encore à son bureau quand sa femme l'a appelé pour lui annoncer qu'elle avait retrouvé leur Tanguy, 18 ans, pendu à la maison. "Je me suis écroulé", raconte-t-il après un silence, s'excusant "d'avoir des émotions".
Trois ans plus tôt, Tanguy avait déjà fait une tentative de suicide en se jetant d'un pont. Il avait survécu après un coma de plusieurs jours. "Pris dans l'euphorie de son retour à la vie, je n'ai pas cherché à comprendre davantage. Je suis prêt à le dire maintenant : il y avait une part de déni en moi. Je n'ai pas vu venir cette récidive." La souffrance et le mal-être de Tanguy étaient tels qu'il éclipsait lui-même toute allusion.
Je crois que j'étais coupé de mes émotions, comme un automate. Je n'ai versé aucune larme lors des cérémonies. C'était comme un ressort psychologique qui m'a permis de tenir et de survivre.Pascalà franceinfo
Les souvenirs des jours suivants sont baignés de brouillard, d'un mélange flou de sidération, de douleur, d'images des voitures de police et des pompiers penchés sur le corps de Tanguy. Pascal se retrouve au cœur d'un tourbillon administratif qui lui laisse peu de répit : répondre aux questions de la police, des pompiers, signer des papiers, prévenir l'entourage, organiser les cérémonies pour sa famille et celle de son épouse. Disperser les cendres en face du mont Blanc qu'il aimait tant. Et veiller sur son autre enfant, Elsa. "Elle était à la maison quand on a retrouvé Tanguy. Elle n'avait que 12 ans."
"Il n'y a pas d'aide pour la mort d'un enfant"
Si la mort est un acte administratif, elle a aussi un coût. En plus des papiers à remplir, des appels à passer aux assurances, les familles doivent verser des sommes conséquentes pour les frais d'obsèques. "Il n'y a pas d'aide pour la mort d'un enfant. Et s'il y a en a, c'est à nous d'aller les chercher et de les demander", reprend Séverine, la mère d'Elouan. Sa famille a dû verser 7 000 euros de frais d'obsèques après la mort de leur garçon. "Ce n'est pas une somme qu'on sort comme ça. Surtout quand on a passé des mois sans travailler pour s'occuper de son fils."
Pour payer les frais médicaux, les courses du quotidien, Séverine a dû vendre son cabinet d'infirmière libérale, sa voiture, faire des concessions, être à découvert. "Vous passez d'une situation financière correcte à pas grand-chose pour vivre. Après le décès d'Elouan, je me suis retrouvée dans une misère psychologique et financière", décrit-elle.
Quand les jours de votre enfant sont comptés, vous n'avez pas envie de lui montrer que vous galérez. Vous avez juste envie de lui donner un maximum de plaisir, qu'il parte en ayant l'impression qu'il avait vécu ce qu'il avait à vivre.Séverineà franceinfo
La veille de sa mort, alors qu'il sentait qu'il s'affaiblissait brusquement, Elouan a demandé à goûter un taco, une spécialité mexicaine. "Il a dit : 'Je n'en ai jamais mangé, j'aimerais bien en goûter un avant de mourir', se souvient Séverine. A ce moment, tu n'as pas envie de lui répondre que tu ne peux pas le lui payer et que c'est difficile à trouver où on habite." Elle finit par trouver le sandwich. "Elouan a picoré deux-trois bouts de viande, il a surtout mangé la galette. Même manger était fatigant pour lui."
"J'ai enchaîné les arrêts-maladie"
Personne n'a la même réaction face à la mort. Pour certains, l'énergie dépensée à accompagner son enfant ne retombe pas. "Les premiers mois, j'avais du mal à redescendre de ce niveau de combat que je m'étais imposé. Je continuais à parler énormément d'Elouan, je me disais que je devais continuer à être forte pour lui", témoigne Séverine.
Il y a toute une période où j'essayais de me sentir bien. J'allais à des concerts, des festivals avec des amis. Dans un monde idéal, on peut rester comme ça, mais à un moment donné, on s'écroule et on réalise que notre vie ne sera plus jamais la même.Séverineà franceinfo
Pour d'autres, il s'agit de reprendre le travail le plus vite possible. Pour penser à autre chose, pour s'occuper, reprendre un rythme… David n'a tenu que quelques mois après la mort de César, à l'âge de 10 ans, d'un cancer du système nerveux. "J'ai repris le travail rapidement et je n'aurais pas dû. Je n'étais pas prêt, j'ai enchaîné les arrêts-maladie", raconte ce père de 43 ans, originaire d'Istres (Bouches-du-Rhône). La mort de son fils a pu parfois lui faire perdre pied. Comme ce jour où il s'est levé de son bureau à 16h30 pour aller chercher César à l'école.
"Il y a au moins une année où l'on a des ressentis très forts, de la colère, de la tristesse, de la joie…", reprend David. Il se rattache à ses souvenirs, notamment aux questions ingénues que César posait. "Il me disait : 'On va se séparer pendant longtemps, tu vas être triste ?'", sourit-il. Je lui répondais : 'L'éternité te paraîtra comme un claquement de doigt, et pour moi, ce sera le temps qui restera avant de te retrouver'."
Les choses de la vie comme les séparations n'ont plus d'emprise sur moi. J'ai énormément de mal à aimer comme avant. Je vis avec mon fils et je ne cesserai de vivre pour lui. Mais je sais qu'il faut que j'apprenne à donner une nouvelle place au monde des vivants.Davidà franceinfo
Au bout d'un an, David démissionne. Il devient travailleur indépendant dans la communication. Il rejoint une association, Le Point Rose, avec laquelle il rencontre d'autres parents endeuillés, dont les témoignages l'aident à se sentir moins seul. "Globalement, je crois que je voulais de la vie dans ce qui paraissait ne plus en avoir", confie-t-il.
"Ils sont tous partis"
A mesure que les semaines, mois, années passent, tout le monde ne reste pas auprès des parents inconsolables. Avec le temps, les mots, les gestes, les attentions se font plus rares. Il faut apprendre à vivre avec l'absence et la solitude. "Tu n'es jamais préparée. Tu as porté cet enfant, tu as plein de projets pour lui, tu projettes ta vie à travers lui et d'un seul coup, il n'est plus là, et tu te demandes ce que tu dois faire", pleure Mélisa, 36 ans. Gisèle, son bébé de 6 mois, est morte dans ses bras, en 2017. Elle était née avec une grave malformation gastrique.
"Le papa de Gisèle m'avait abandonnée en début de grossesse, j'ai dû tout gérer seule", reprend Mélisa. Ses parents et sa cousine restent à ses côtés, mais le reste de la famille disparaît. "Personne n'a supporté, ils sont tous partis. La plupart sont parents et c'était trop pour eux de faire face à la maladie et la mort d'un enfant, et à ma tristesse", raconte-t-elle, des sanglots dans la voix.
On considère que perdre un parent, un frère ou une sœur, c'est 'normal', car c'est un adulte. Mais dès que la mort touche un enfant, les gens sont terrorisés, comme si c'était contagieux.Mélisaà franceinfo
Dans l'entourage, il y a ceux qui ont trop peur d'affronter la douleur et vous évitent, ceux qui conseillent de "passer à autre chose" ou qui relativisent. "J'ai entendu des choses horribles. On m'a conseillé de'prendre un petit mois pour me requinquer', ou de me'reprendre en main pour que ma fille soit fière de moi'", reprend Mélisa, amère. On lui fait même comprendre que le décès de Gisèle est peut-être "une bonne chose", puisqu'elle était malade.
On vit dans une société où les gens attendent que vous vous reconstruisiez de manière révolutionnaire. On le voit dans les thèmes des émissions l'après-midi. C'est toujours 'J'ai eu un cancer, voilà comment j'ai superbement reconstruit ma vie, etc.Mélisaà franceinfo
Un an plus tard, lorsque Mélisa tombe enceinte de son deuxième enfant, l'existence de Gisèle reste toujours tabou. "Durant la préparation à l'accouchement, la sage-femme m'a demandé de dire que c'était mon premier enfant. Il ne fallait pas que je parle de la maladie et de la mort de Gisèle pour ne pas angoisser les autres parents", illustre-t-elle. "En fait, c'est la personne qui va le plus mal qui doit se taire pour cajoler les autres. C'est quand même risible."
"Il n'y a même pas de mot pour le dire"
"Perdre un enfant est tellement impensable qu'il n'y a même pas de mot dans la langue française pour le dire", renchérit David, le père de César. Les enfants sans parents deviennent orphelins, les épouses privées de leur mari, des veuves… Les parents qui ont perdu leur enfant ? On les appelle parfois des "parents orphelins", mais "même pour l'administration, il n'y a pas de case pour eux. Ils sont effacés des registres. Je suis devenu'père sans enfant', alors que c'est faux", relève-t-il. Pourtant, "tous les jours, quelque chose vous rappelle que votre enfant est mort". Ce gâteau qu'il aimait tant, ce parc qu'il fréquentait, cette chanson qu'il fredonnait, cet ami qu'il aurait pu avoir ou ce métier qu'il aurait peut-être choisi.
Même si on avance, même si on est heureux à nouveau, on a toujours cette blessure. C'est un deuil qu'on ne fait jamais vraiment. Il y a la résilience qui vient, mais on n'arrête jamais de pleurer son enfant.Mélisaà franceinfo
Seize ans après la mort de Tanguy, Pascal confie avec pudeur s'être "enrichi" de son deuil. "Je crois que je vaux plus que ce que je valais avant. Je suis plus à l'écoute de mes émotions, de ce que je ressens. La souffrance de la perte d'un enfant nous oblige à aller au plus profond de nous-même", décrit Pascal. Une semaine avant sa mort, Tanguy lui avait demandé : "Est-ce que la vie est noire ?" Pascal avait répondu qu'elle pouvait aussi être "rose et belle". "A 45 ans, je ne savais pas tout ce que je sais de la vie à 61 ans. Aujourd'hui, je lui demanderais sans doute ce qui est noir pour lui", regrette-t-il.
Après la mort d'Elouan, Séverine s'est séparée de son mari. "Son décès a fini d'achever notre couple, on avait nos souffrances de nos côtés et on n'a jamais réussi à se dire :'Qu'est-ce que tu ressens aujourd'hui ? Qu'est-ce qui te fait mal ?'" Son mode de vie et ses priorités ont aussi changé. "Ça m'a appris à distinguer ce qui est important et ce qui ne l'est pas. Je ne m'énerve plus sur des futilités, je n'en ai plus rien à faire d'avoir de beaux objets. J'essaie de vivre plus simplement", confie-t-elle. Une chose ne changera jamais. "Je serai toujours la maman d'Elouan, décédé à l'âge de 11 ans. Je vis avec et j'aimerais être reconnue pour ça."
On ne peut pas accuser cet homme de manquer de qualités intellectuelles, de connaissances, d'objectivité. On ne peut pas l'accuser d'être un déglingué apocalyptique. C'est juste une sommité dans son domaine. Maintenant, sachant cela, il est clair que cette vidéo est absolument désespérante. Il n'en reste pas moins qu'à vivre la tête dans le sable, les choses seront encore pires qu'elles ne le sont déjà.
Il a été membre du comité de direction du Centre de physique théorique de Grenoble-Alpes et du laboratoire d'excellence ENIGMASS, et responsable du master de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble. Il est membre nommé du Comité national de la recherche scientifique (CoNRS), section physique théorique.
Quand on est arrivé ici, il y a 29 ans, tous les printemps, c'était une cacophonie dans les arbres autour de la maison. Dès les premières lueurs du jour, ça piaillait à tout-va.
Aujourd'hui, il ne reste que le silence et les corneilles... Hier, j'ai vu un couple de mésanges qui avaient l'air de trouver les interstices des pierres de la grange particulièrement intéressants pour y faire leur nid... Un couple...
Allain Bougrain-Dubourg, le président de la LPO lance un appel au Président de la république et au gouvernement pour qu'ils prennent des mesures face au déclin des oiseaux qui se poursuit. Un tiers des oiseaux a disparu ces dernières années en France.
Au printemps 2018, ornithologues et écologues du Muséum national d’histoire naturelle et du CNRS avaient déjà publié un communiqué scientifique alarmiste : « Les populations d’oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en un peu plus de 15 ans », estimait à l'époque Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d’études biologiques (CNRS-université de La Rochelle).
Reportage d'Élodie Gérard, Stéphane Bourin et Martine Sitaud.
Disparition des oiseaux, Allain Bougrain Dubourg en appelle au Président de la République et au gouvernement
Selon le président de la LPO "L'oiseau est intéressant parce qu'il est l'indicateur de l'état de l'ensemble du vivant, là où il disparaît, c'est toute la chaîne du vivant qui s'estompe, avertit ce défenseur de l'environnement.
Actuellement on peut dire qu'un tiers des oiseaux, singulièrement inféodés aux zones agricoles, est en déclin. Autrefois on entendait l'alouette des champs et bien d'autres oiseaux typiques des champs, aujourd'hui, ils ont disparu.Globalement, ce sont les secteurs de l'agriculture intensive qui affectent le plus les oiseaux et par conséquent l'ensemble du vivant, les petits mammifères, les batraciens. C'est un phénomène qui s'accélère et qu'on relève depuis deux ou trois décennies. C'est inquiétant, parce que c'est le livre de la vie qui s'efface, -Allain Bougrain Dubourg, président de le LPO.
"L'éxécutif n'a pas le courage de s'engager"
On a un devoir éthique à l'égard du vivant, alerte Allain Bougrain Dubourg qui estime que l'on a aussi un devoir à notre égard parce que "si ces espèces disparaissent, on ne survivra pas hors sol. Nous sommes inter-dépendants du reste du vivant".
C'est extrêmement inquiétant, la société a pris conscience de l'urgence de sauver le vivant mais l'exécutif n'a pas le courage de s'engager davantage, il faut revisiter l'agriculture intensive, il faut voir le béton et l'asphalte qui rongent les espaces agricoles et naturels, il faut assécher les zones humides. Il faut s'inquiéter de la question climatique, il en va de notre avenir,
-Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO.
J'ai pleinement conscience que mon article précédent pose le problème du "temps libre".
C'est effrayant en fait cette expression car elle sous-entend que non seulement, nous ne disposons pas de notre temps mais que nous y sommes enfermés, privés de la liberté qu'il contient.
Je suis à la retraite et j'ai 57 ans. Je sais combien ma situation est "miraculeuse" au regard de la majorité de la population salariée qui devra attendre bien après 60 ans pour atteindre cette "délivrance".
André GORZ a beaucoup écrit et expliqué l'idée de la libéralisation du temps salarié et l'autre société que cela engendrerait.
Il revient bien évidemment à l'idée incontournable du revenu minimum et par conséquent de cette vie "minimaliste" que cela impliquerait.
Oui, bien entendu qu'un revenu minimum réduirait les possibilités de consommation. Et alors ? Entre l'être et l'avoir, il y a un choix à faire.
Je me sens bien plus exister aujourd'hui que lorsque je travaillais et pourtant j'aimais mon métier.
Se pose la question du sens de l'existence...
"Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le besoin et le vice"disait Voltaire.
Je ne m'ennuie jamais. Je suis riche des besoins dont j'apprends à me passer. Actuellement, avec le bricolage, j'utilise souvent des vis...
Penser à l’envers » avec André Gorz et s’interroger : pour quoi luttons-nous, plutôt que contre quoi ?
Avec le documentaire « Lettre à G. — Repenser notre société avec André Gorz », quatre jeunes gens se sont improvisés réalisateurs pour parler du pionnier de l’écologie politique en France. Son projet de refondation sociale et écologique — la « civilisation du temps libéré » — ouvre des perspectives enthousiasmantes.
Imaginez une société où l’on vivrait mieux qu’aujourd’hui, de façon plus libre, plus détendue, plus riche de sens. Une société où l’on travaillerait moins, et où il serait possible de développer plusieurs activités : devenir musicien, jardinier, créer un habitat collectif… ou tout autre chose que le temps libre nous permettrait de concevoir. Il y a tant de « vraies richesses » relationnelles, spirituelles, manuelles… à vivre, au lieu « d’épuiser sans joie nos forces à produire ce que, entre le métro et le dodo, nous espérons trouver le temps d’user », disait en substance André Gorz (1924-2007), qui écrivit une quinzaine de livres au croisement de la critique sociale, de la philosophie et de l’écologie politique.
Cette société dite du temps libéré n’est pas une rêverie futile. C’est celle que cet essayiste et journaliste atypique imaginait la plus à même de répondre à l’urgence de réduire drastiquement notre consommation matérielle et énergétique, pour préserver l’habitabilité de la Terre.
La plus à même aussi de déjouer la précarité sociale, conséquence d’une gestion « perverse » de la réduction du nombre d’emplois suite aux mutations techniques. Une réduction irrémédiable, selon les derniers chiffres : « 14 % des emplois devraient [encore] disparaître dans les prochaines années sous l’effet de l’automatisation », avançait l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2019.
« Qu’est-ce que c’est aujourd’hui qu’entrer en résistance ? »
Ce projet de société du temps libéré se trouve au cœur de Lettre à G. — Repenser notre société avec André Gorz, un documentaire-fiction plein de fraîcheur et d’inventivité, réalisé par quatre jeunes amis d’enfance, non professionnels du cinéma, Charline Guillaume, Pierre-Jean Perrin, Julien et Victor Tortora.
À l’heure de l’urgence écologique et d’une colère sociale grandissante, ce film pose une question des plus pertinentes : « Qu’est-ce que c’est aujourd’hui qu’entrer en résistance ? » Et offre, avec André Gorz, une réponse riche de perspectives émancipatrices en proposant de « définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. »
C’est Manon, une jeune femme diplômée mais précaire (elle est livreuse à domicile) qui mène l’enquête. Gorz lui répond par le biais d’archives vidéo et audio, ouvrant tout un champ de réflexions existentielles, sociales et politiques étonnamment riches, loin des perspectives étroitement gestionnaires de l’écologie politique officielle.
« C’était un des enjeux de Lettre à G., rappelle Pierre-Yves, s’opposer à la conception selon laquelle, pour freiner le réchauffement climatique, il suffirait que tout le monde fasse des petits efforts. Gorz, qui n’a rien d’un écolo autoritaire, nous permet de nous questionner sur notre fonctionnement collectif. Et d’envisager le problème de façon globale. »
Les quatre réalisateurs lors d’une projection de « Lettre à G. » au festival Ecol’Aube, en juillet 2019.
Pour approfondir ce questionnement, des entretiens inédits avec des intellectuels familiers de la pensée d’André Gorz, tels Adeline Barbin, Dominique Bourg, Christophe Fourel, Willy Gianinazzi, son biographe, et Hervé Kempf complètent ses propos. Et contribuent à faire de Lettre à G. un voyage des plus vivants au cœur de notre époque, sous l’emprise mortifère de la « dictature de la valeur » marchande, mais n’attendant qu’une chose : qu’on se saisisse de ses « chances en sommeil ».
Alléger le temps de travail pour construire une société écosociale
Et si l’une de ces « chances » était la réduction du temps de travail ? N’était-ce pas la promesse du Progrès : nous libérer du travail contraint, celui que l’on fait sans goût, au profit de tâches plus intéressantes ?
Chiffres à l’appui, Lettre à G. raconte comment et pourquoi André Gorz conçoit une transformation écosociale de notre société à partir d’un revenu d’existence suffisant pour vivre, et refuser « le travail indigne ». Selon lui, cette sécurité existentielle doit permettre aux individus de construire leur autonomie, en développant « des activités chargées de sens », et, parallèlement, de « mieux prendre en charge la vie de leur communauté ». En travaillant notamment à inscrire « l’autolimitation au niveau du projet social »
Pour « faire mieux avec moins », il imagine par exemple des immeubles d’habitation munis de nombreux équipements collectifs, comme « un local de séchage du linge chauffé par le circuit d’eau chaude, un atelier de bricolage, une salle de musique, de télévision… », sur le modèle des communautés conviviales du socialiste Charles Fourier.
Manon, jeune femme diplômée mais précaire mène l’enquête. André Gorz lui répond par le biais d’archives vidéo et audio
Une conception ambitieuse de l’écologie politique, qui « ne découple pas, précise Julien, les problématiques environnementales des problématiques de vivre-ensemble et d’émancipation personnelle ». Car, pour André Gorz, toutes ces dimensions sont en relation : « L’écologie, c’est un changement radical et fondamental du rapport de l’Homme, bien sûr à la nature, mais aussi à lui-même, aux autres, et à ce qu’est, ou doit être, la société. »
La société du temps libéré escompte soustraire les humains à l’emprise du consumérisme
Ce lien entre les dimensions individuelle, sociétale et écologique, Lettre à G. le met bien en lumière. Un des moments les plus intéressants du film, c’est ce pas de côté qu’il invite à faire dans le passé pré-industriel, en un temps où « les gens n’avaient aucune envie d’avoir plus » et établissaient d’eux-mêmes une « norme du suffisant ». C’était avant. Avant la publicité, le marketing, la télé, et leurs incitations permanentes à la consommation et à la rivalité narcissique, qui façonnent la culture sociale dans laquelle nous baignons et nous transforment à notre insu en acteurs de la dévastation écologique. Une « socialisation antisociale », dénonce André Gorz.
A. Gorz a vécu vingt ans et passé ses derniers moments à Vosnon (Aube).
Des effets nuisibles démultipliés par les frustrations que le travail engendre. « Pas de place à la créativité, à la lenteur, à la découverte… Burn out, surmenages, suicides », remarque Manon. Ajoutant : « C’est parce qu’on subit son travail toute la semaine qu’on veut consommer tranquillement le week-end. »
En favorisant l’épanouissement des individus, la société du temps libéré escompte donc les soustraire à l’emprise du consumérisme. Et, écrivait André Gorz dès 1991, puisqu’il est impossible de transformer la société par un coup de force révolutionnaire, ses systèmes sociaux étant devenus trop complexes, « la solution consiste à créer des espaces de plus en plus étendus où puissent s’épanouir une autre logique de vie », fondée sur la coopération et la stimulation des échanges non marchands.
Transformation sociale ou éco-fascisme : y a-t-il d’autre choix ?
Mais Lettre à G. n’est pas une conférence sur la société du temps libéré. « C’est du cinéma, rappelle Pierre-Jean, avec des histoires, celle de Gorz et de sa femme, celles des opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires, à Bure », si émouvantes. C’est aussi un éclairage pénétrant sur certains des concepts phares d’André Gorz : l’autonomie, la culture du quotidien, le monde vécu, les technologies verrou opposées aux technologies conviviales… Toutes notions porteuses du même enjeu essentiel : permettre aux citoyens de recouvrer une maîtrise de leur milieu de vie, et de défendre, en même temps que la nature, leurs « mondes vécus ».
Ce qui ne va pas de soi. Sans transformation sociale, nous alerte l’auteur d’Écologie et liberté (Point, 1978), la catastrophe écologique peut très bien déboucher sur un « éco-fascisme ». En s’appuyant sur une expertocratie, l’État renforcerait encore la domination capitaliste et dépossèderait d’autant les citoyens de toute possibilité d’action. Une vision qui résonne d’autant plus aujourd’hui que la répression sociale s’intensifie.
Le documentaire, autoproduit, est projeté dans des cinémas et des salles communales en France.
En regardant Lettre à G., on se prend à rêver… « La société du temps libéré, ce serait une société tellement plus riche humainement ! », comme dit Pierre-Jean.
Et ne serait-elle pas un cadre propice à démultiplier les formes d’agir social, dont le désir se manifeste un peu partout : des luttes contre les grands projets inutiles aux mobilisations en vue des municipales de 2020, sans compter les manifestations répétées malgré la violence d’État ?
Bien sûr, elle suscite beaucoup de questions. Mais son grand intérêt, c’est d’abord de nous rappeler qu’il y a d’autres projets de société possibles, et d’attirer l’attention sur les liens indissolubles entre transition écologique et culture sociale, écologie et démocratie. Les spectateurs de Lettre à G. ne s’y trompent pas : « C’est maintenant, avec les débats, qu’on se rend compte des enjeux du film, raconte Charline. Les gens sont touchés, nous envoient des mails, nous demandent s’il passera dans les écoles… »
Et vous, cela vous paraît irréaliste ? Une utopie ? Voici ce qu’André Gorz vous répond : « L’utopie ne consiste pas, aujourd’hui, à préconiser le bien-être par la décroissance et la subversion de l’actuel mode de vie ; l’utopie consiste à croire que la croissance de la production sociale peut encore apporter le mieux-être, et qu’elle est matériellement possible. »
Lettre à G. — Repenser notre société avec André Gorz, documentaire autoproduit et réalisé par Charline Guillaume, Pierre-Jean Perrin, Julien Tortora et Victor Tortora. Le rôle principal est joué par Céline Martin-Sisteron, 1h15.
Vous pouvez également vous procurer le DVD du film, pour 15 euros (frais de port compris en France métropolitaine), en envoyant un mail à l’adresse suivante : film@andregorz.fr.