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Alpinisme et ski de pentes raides.

Par Le 15/03/2020

Il est clair que lorsque nous avons commencé à emmener nos trois enfants en montagne, (Léo avait 3 ans et demi au sommet de la dent d'Arclusaz, baudrier, casque et corde), on pouvait imaginer que les Hauts Lieux les marqueraient et qu'ils prendraient une grande importance dans leurs vies respectives. On pouvait aussi imaginer le contraire. 
C'était leurs vies et il était juste de notre ressort d'en proposer des voies, des chemins, des passions possibles.
 

Léo et Rémi ont atteint un niveau de ski qui dépasse allègrement tout ce que nous pouvions imaginer. Rémi a été obligé de réduire la voilure pour ses obligations professionnelles, loin des hautes montagnes. Léo, de son côté, voit la chaîne de Belledonne depuis son appartement...Et il ouvre les voies de descente les plus improbables avec ses divers compagnons de cordée. Alpinisme hivernal et ski de pentes raides.

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PENTE RAIDE

 / 

13 mars 2020 à 09:36

, par Lionel Tassan

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Ouvertures en série pour le PPP's Crou

Le PPP's Crou. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, ce groupe ouvert de skieurs et son fer de lance, Léo Ledru, s'imposent aujourd'hui comme une référence dans le ski dit extrême et la recherche des derniers problèmes des Alpes à descendre. Dernières ouvertures en date : le Rocher Badon, en Belledonne, et l'Aiguille mériodionale d'Arves.

 

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À l’origine de l'activité et pendant plusieurs années, les skieurs de pente raide étaient souvent solitaires : on se rappellera de Heini Holzer, Danier Chauchefoin, Jean-Marc Boivin, Rémy Lécluse, Pierre Tardivel… pour ne citer que ceux-là. Ou par paires complices tels Anselme Baud et Patrick Vallençant.

Plus récemment, s'il existe toujours des adeptes de la solitude dans le raide tel Hervé Degonon dans les Écrins, on retrouve plus souvent des bandes de copains comme l'équipe formée autour de Davide Capozzi, les amis de Vivian Bruchez et tant d'autres. Léo Ledru, actuellement en thèse d'écologie à Chambéry, a su fédérer, à l'origine avec son frère Rémi, un groupe de copains qui écument les pentes dans la bonne humeur et le plaisir. Depuis quelques saisons, leur activité ne fait que croître et en 2018, ils avaient attiré l'attention par l'une des rares répétitions de la face est de l'aiguille Blanche de Peuterey (5.4/E4, 1 000 m), très rarement reprise depuis la première par l'Italien Stefano De Benedetti.

L'hiver dernier, les réseaux sociaux ont littéralement croulé sous les descentes raides de l'équipe ; sur Belledonne, leurs yeux avertis n'ont pas mis beaucoup de temps à repérer des lignes que nous avions déjà identifiées (mais sans avoir pu les parcourir) avec d'autres skieurs de pentes grenoblois comme Volodia Shahshahani ou Jacques Cayuela. Parmi les acteurs de ces descentes engagées, on retrouve Paul Chocquet qui travaille dans le BTP, Sébastien Ibanez, guide de haute montagne, Benoît Philippat, ostéopathe, Maxime Gotteland qui travaille dans les télécoms, notamment pour les stations de sports d'hiver ou encore Lucas Boissy, en fin d'études de STAPS.

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Les premières présumées du PPP (2019 - 2020)

Rocher Badon, couloir et arête ouest

5.3/E4, 9 mars 2020, Paul Chocquet & Maxime Gotteland

450 m de face, avec 300 m de couloir (5.2), une écharpe de connexion (main gauche à la montée) vers l'arête, puis 150 m d'arête (5.3) avec 15 m de désescalade, deux rappels de 15 m skis aux pieds, deux belles pentes suspendues séparées entre elles par un petit saut, et du dry ski. Potentiellement skiable intégralement avec un remplissage plus généreux.

Aiguille méridionale d'Arves, face est - « Gare à la purge ! »

5.4/E4, 15 février 2020, Antoine Chipier & Léo Ledru

500 m de face, que du ski, avec 3 petits crux : 5 m d’escalier sur rochers affleurants, un petit saut d’un mètre avec une prise d’élan technique à cause des rochers, et une traversée avec franchissement d’un bombé bénéficiant de deux très bons bacs bien placés.


Aiguille mériodionale d'Arves, directe est/nord-est

5.4/E4, 29 décembre 2019, Paul Chocquet, Maxime Gotteland & Léo Ledru

Chaussage sur l'arête, 15 m de dry ski en haut dans un goulet étroit assuré par la corde sur un becquet, puis du très bon ski très exposé. Rappel sur le relais bien équipé (2 pitons et 1 câblé), mixte sur le haut, un peu de dry avant de sortir.

Pointe Charbonnel, voie du sérac

5.2/E4, 1er mai 2019, Lucas Boissy, Paul Chocquet, Maxime Gotteland, Léo Ledru, Benoît Philippat

Un rappel de 30 m puis freeride le long du sérac avant une grande traversée (un passage en dry-ski) qui se termine par un déchaussage pour une petite remontée de 10 m. Itinéraire très exposé mais jamais très raide.

Grand Pic de Belledonne, intégrale nord-est

5.4/E4, 400 m, 13 avril 2019, Paul Chocquet, Maxime Gotteland, Léo Ledru, Kévin Matic

Du sommet, la voie suit l'itinéraire d'été depuis le col de la Balmette avec trois courts rappels au niveau des sections câblés. Deux autres rappels ont été nécessaires pour franchir la ceinture de barres inférieure. Selon Léo, on doit pouvoir diminuer la hauteur des rappels avec un meilleur enneigement.

Pointe de la Vuzelle, face nord

5.4/E4, 500 m, 23 février 2019, Paul Chocquet & Léo Ledru

Plusieurs rampes permettent de franchir les barres. Deux passages de « dry-ski » pour rejoindre le goulet central. Des gobelets posés à même le rocher dans les 50 derniers mètres ont empêché une sortie au sommet qui reste à faire.

Bec d'Arguille, face nord

5.3/E4, 350 m, 13 février 2019, Paul Chocquet, Léo Ledru, Benoît Philippat

Accès à vue par la combe Madame. Toute la partie haute est très exposée au-dessus de barres. La rampe de jonction entre les deux couloirs reste un crux sérieux.

Tags : PPP'S CROUARVESBELLEDONNEPENTE RAIDE

"Je suis la crise"

Par Le 15/03/2020

L’image contient peut-être : une personne ou plus, texte qui dit ’Les crises, les bouleversements et la maladie ne ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d'indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie." Carl Gustav Jung.’

Sur une autoroute périphérique de Berlin où il y a toujours de terribles embouteillages, un tagueur de génie avait inscrit sur un pont la formule suivante : « Détrompe-toi, tu n’es pas dans un embouteillage, l’embouteillage c’est toi ! ».

A la place du mot "embouteillage", on pourrait écrire "crise".

Pour reprendre un slogan malheureusement déjà trop souvent employé dans d'autres circonstances : "Je suis la crise."

Encore une fois, je n'aime pas cette idée courante que les instances politiques sont les uniques responsables des crises. Les politiques en tant qu'entités n'ont de pouvoir qu'au moment où elles sont élues. Dès lors que les peuples délèguent leur pouvoir à des instances qui considèrent que les décisions sont pyramidales, qu'elles ont été placées "démocratiquement" au sommet de l'édifice et qu'elles sont donc légitimes pour exercer leur pouvoir, plus rien n'est possible. Les politiques ignoreront les contestations puisqu'elles ont été élues. Le piège s'est refermé. Rien ne sera jamais possible dans ce protocole "démocratique"...

Aujourd'hui, cette crise sanitaire, économique et sociale, plus grave dans ses effets que toutes les crises du XX ème siècle, semble laisser poindre l'espoir d'un changement réel au niveau des politiques. 

J'entends depuis quelques jours des "sommités" tirer déjà des leçons de la situation.

J'espère que tout cela ne sera pas qu'un feu de paille.

J'espère plus fortement encore que les populations suivront le mouvement si celui-ci s'enclenche pour de bon.

Je n'ai jamais pensé jusqu'ici qu'un mouvement d'ampleur, économique, financier, social, spirituel, puisse émaner des instances dirigeantes. 

Peut-être est-il temps de commencer à y croire...

 

 

Le Wei Chi : l'opportunité de transformation

Par Le 15/03/2020

Je l'ai déjà décrit ici. Dans une crise, quelle que soit sa nature", le "wei" concerne la crise en elle-même et le "chi" concerne l'opportunité de transformation qu'elle contient.

Il s'agit donc de se projeter dans un avenir immédiat et lointain afin que les leçons de la crise soient appliquées.
Dans le cas de la crise actuelle, les changements à opérer sont gigantesques...Entre les annonces politiques en cours sur ces changements nécessaires et les mises en oeuvre, il faudra juger sur pièces.
"Les promesses n'engagent que..."

Il reste à savoir si la population occidentale est à même de prendre en considération l'inévitable transformation de leur existence. Lorsque je vois les comportements d'un grand nombre d'individus, j'en doute quelque peu...Il faut donc attacher notre attention à ceux et celles qui sont déjà engagés dans cette voie de transformation et à agir à notre mesure.

 

"Ce ne sont ni la politique, ni les religions en place, ni l’accumulation de connaissances scientifiques qui vont résoudre nos problèmes — pas plus que les psychologues, les prêtres, les spécialistes.

La crise, elle est dans notre conscience, c’est-à-dire dans notre esprit, dans la manière que nous avons de considérer le monde sous un angle étriqué et limité.

C’est là qu’est la crise.

L’esprit humain a évolué sur des millions et des millions d’années, il est conditionné par le temps et l’évolution.

Un esprit conditionné de la sorte, avec la conscience étroite, limitée, exclusive qui est la sienne — considérant la crise qu’il traverse dans le monde actuel — peut-il jamais être changé ?

Peut-il amener un changement radical au sein de ce conditionnement ?"

Krishnamurti à Ojai le 9 mai 1981.

 

https://usbeketrica.com/article/en-attendant-le-jour-ou-nous-pourrons-a-nouveau-nous-embrasser?fbclid=IwAR1A8SaVfyyfJcGGRgt7AaDQkuJZn1mBXoywKqt7eVdaoh3uDr0MFgHVmFw

Pas la peine de faire un dessin : le coronavirus écrase la réalité, il est la réalité. À force de venir vers nous à toute vitesse, le futur vient de nous percuter. Nous voici dans un mélange de Years and Years et de Contagion. À côté des conséquences qu’il provoque, plus rien n’existe. Et quoi qu’il se passe désormais, à l’issue de cette crise majeure, mondiale et totale, plus rien ne sera comme avant. On écrit souvent cela par habitude, par paresse intellectuelle, mais cette fois, on peut dire que la formule n’est pas usurpée.

Comme nous l’écrivions dans l’édito de notre dernier numéro, la frontière entre réalité et fiction se brouille, celle entre présent et futur s’efface. Pendant quelques semaines, peut-être davantage, nos vies quotidiennes vont être bouleversées. Nous allons vivre au rythme des consignes officielles, mais aussi du décompte macabre des personnes infectées, puis décédées. De notre capacité à rester disciplinés et à nous entraider les uns les autres dépendra notre salut collectif et individuel. Mais au terme de cette période, à considérer que l’atmosphère redevienne respirable – ce qui à ce jour reste heureusement l’hypothèse la plus probable – nous aurons à nous interroger sur notre modèle de civilisation.

Dans son discours à la nation prononcé jeudi 12 mars, le président de la République a posé les bases d’un virage majeur : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile au grand jour les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie. »

Il s’agit là d’un changement de cap jamais vu depuis 1945. Ceux qui militaient sur le plan idéologique pour un tel choix doivent se pincer pour y croire : le « président des riches » n’a pas hésité une seconde avant de se jeter dans la défense sans ambiguïté d’un Welfare State qu’en son temps Roosevelt avait bâti sans l’ombre d’une hésitation. Si le coronavirus n’est pas un châtiment divin provoqué par notre amour du capitalisme, ses conséquences dans un paysage balayé par ce dernier s’avèrent désastreuses. De ce point de vue, le choix du président n’est pas dicté par son inclination conceptuelle, mais par la nécessité. C’est le seul choix possible en pareilles circonstances. Certains diront que Macron a été insincère, et c’est peut-être là notre « chance » : le pragmatisme l’a emporté.

Pas d’ONU sans seconde guerre mondiale. Pas de sécurité sociale sans régime de Vichy. L’espèce humaine est incorrigible : elle attend la catastrophe pour réagir.

Bien sûr, il faudra que ce discours soit suivi d’effet. Emmanuel Macron ne pourra pas refaire le coup de Jacques Chirac, lyrique à la tribune de l’ONU sur la question du réchauffement climatique, craintif dans son action quotidienne. Mais précisément : c’est le moment de le prendre au mot. Tout anathème nous fera perdre du temps.

Nous nous sommes souvent posés la question, en tant que journal dédié à l’avenir : peut-on prendre de grandes décisions « à froid » ? La réponse est non, et cette crise vient de le prouver : pas d’ONU sans seconde guerre mondiale. Pas de sécurité sociale sans régime de Vichy. L’espèce humaine est incorrigible : elle attend la catastrophe pour réagir. C’est hélas dans les moments les plus tragiques qu’on prend soudain conscience de la nécessité absolue de contraindre la main invisible. Et c’est quand on le croit moribond, achevé par le libéralisme triomphant, que l’État est appelé à la rescousse. L’État qui organise, l’État qui protège, l’État qui soumet la loi de la jungle à sa propre loi à lui, celle de l’intérêt général.

Interdépendants, reliés par une communauté de destins, les êtres humains ne peuvent plus longtemps vivre dans la défiance, l’égoïsme et le saccage

Parce que nous pensons qu’un jour viendra où nous pourrons à nouveau nous toucher et nous embrasser les uns les autres, cela signifie continuer à armer intellectuellement les générations actuelles et futures pour le monde d’après. Interdépendants, reliés par une communauté de destins, les êtres humains ne peuvent plus longtemps vivre dans la défiance, l’égoïsme et le saccage.

Si nous n’avons pas pu ou su éviter ce qui nous arrive, qu’au moins cela nous serve de leçon : un monde fondé sur la compétition et la prédation court à sa perte. Cette leçon, puissions-nous ne jamais l’oublier. 

En attendant de recommencer à croire au futur, que chacun se protège et prenne soin de ses proches. Parfois, revenir à l’essentiel est le meilleur des programmes politiques."

 

Avec quelques mois d'avance

Par Le 13/03/2020

Dans le tome 3 de ma trilogie, j'avais écrit ça avant de décider d'arrêter l'écriture.

L'actualité a rattrapé la fiction pour une partie au moins.

Il ne faudrait d'ailleurs pas du tout que la première partie se réalise.

Le "Hum" a déjà été entendu mais jamais élucidé. On peut en trouver la trace sur le net : 

"Un hum est un phénomène qui se manifeste principalement par ce qui est perçu comme un son caractéristique, de basse fréquence, persistant et envahissant, dont la source est inconnue, qui n’est pas forcément entendu par tout le monde. Il a soit une origine interne à l'auditeur (acouphène grave, ou bruits internes comme les borborygmes), soit externe (phénomène naturel, lié à l'activité humaine ou exceptionnel)." 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hum_(son)

 

 

Chapitre 3

« Mes respects, Monsieur Zorn.

- Bonjour colonel. Je vous écoute. »

Un appel sur la ligne rouge. Le colonel Joachim Nichols en connaissait l’usage. Les informations dont il disposait ne laissaient aucun doute. Elles devaient être transmises.

« Vous vous souvenez, Monsieur Zorn, de ces phénomènes acoustiques qui ont touché des personnels de notre consulat en Chine.

- Oui, parfaitement.

- Toutes les analyses et les enquêtes n’ont rien donné de concret. Les deux employés concernés n’avaient aucune raison personnelle de développer ce genre de malaises. Nous enregistrons actuellement de nouveaux cas.

- En Chine, de nouveau ?

- Non, Walter. Ici, au pays. Et plus inquiétant encore, dans les bâtiments même du Pentagone. »

Le colonel Nichols énuméra tous les faits connus, décrivit minutieusement le déroulement de la prise en charge des personnels concernés. Vingt-sept personnes, dont certaines sur des postes sensibles.

« Quels sont les effets ?

- Les mêmes que ceux enregistrés également à Cuba, fin 2016. Perte d’audition et symptômes similaires à un traumatisme cérébral. Mais avec une aggravation très préoccupante. Quatre employés ont subi une perte d’audition totale et cela semble irréversible. Une femme est dans le coma. Un informaticien a été pris d’une crise de folie extrêmement soudaine et violente. Il a agressé deux secrétaires puis il s’est jeté par la fenêtre du quatrième étage. Personne n’a pu le maîtriser avant son geste. Il était hors de lui. C’est l’expression la plus juste d’après les témoins. Je dirais pour ma part, à la lecture de tous les témoignages, que ces personnes semblaient envahies par une présence insoutenable.

- Précisez votre pensée, colonel.

- Certains ont parlé d’un son insupportable, très sourd, constant, comme un moteur très puissant. C’est totalement inconnu. Personne ne donne d’explications.

- Et personnellement, vous en pensez quoi, colonel ?

- Nous avons pensé à un signal électro-magnétique. Du type Haarp. Mais ça ne vient pas de chez nous.

- Qui alors ? Russes, Chinois ?

- Impossible de la savoir. Nous cherchons. Toutes nos antennes d’informations sont en alerte. Humaines et technologiques. »

Les fréquences ultra basses. Walter s’était longuement documenté sur cette technologie. Il subventionnait lui-même le développement de la recherche sur l’ionosphère. Il avait lu quelques études sur la résonance de Schuman également. Des travaux passionnants, tournés en dérision par la communauté scientifique. Ce qui attestait à ses yeux de l’intérêt de la chose. Il aimait tout ce qui relevait de l’impensable. Ça n’était jamais pour lui que la mise en lumière des limites du cerveau humain, de ses conditionnements, de son incapacité à penser ce qui était au-delà des limites apprises et par conséquent de ce qu’il convenait de briser.

C’est là justement que se situait Harmaguédon. Concevoir l’impensable.

« D’autre part, Monsieur Zorn, vous avez certainement entendu parler de l’épidémie qui frappe l’Asie du Sud-Est et qui s’étend considérablement, le phénomène nommé plastisphère, par les scientifiques. Plus de 80 000 personnes contaminées et plus de 3000 décès en un mois.

- Oui, je surveille cela avec une grande attention.

- Nous avons répertorié deux cas en Amérique du Nord. Un ici, aux États-Unis et un autre au Canada. Ils ont été isolés et suivent un traitement. Il est possible que nous soyons à l’aube d’une pandémie. Ces bactéries se propagent au gré des courants océaniques et vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe dans le Pacifique une zone totalement couverte par des déchets plastiques. Le vortex d’ordures. Cette immense surface représente deux fois la taille du Texas. Il semble évident que l’Asie ne sera pas la seule concernée. C’est un phénomène qui risque de devenir planétaire par la pollution elle-même mais également par les contaminations liées aux déplacements des porteurs de virus. Nous travaillons à l’élaboration d’une protection pour nos hommes concernés par notre plan. Les personnes touchées ont pour l’instant une espérance de vie très courte. Quelques jours. Une symptomatologie multiple, principalement respiratoire mais également hémorragique. Tous nos laboratoires travaillent là-dessus.

- Tenez-moi au courant, colonel.

- À votre service, Monsieur Zorn. »

 

Je veux mourir jeune

Par Le 13/03/2020

Jon Hopkins. Rien ne ressemble à ses compositions.

Je peux le reconnaître entre mille. Et je le kiffe à mort.

Ce morceau-là, quand je trotte en montagne, je le passe en mode répétitif et j'ai l'impression qu'il nourrit mes muscles, je cours, je cours, les yeux fixés sur le terrain, et une partie qui regarde en moi, chaque fibre, chaque appui, chaque poussée, chaque souffle, c'est un bonheur sans fin, sans fatigue, sans lassitude...

Parfois, je lève les yeux quand le terrain le permet et je me réjouis d'être là, de sentir mon corps vivant, pleinement vivant, brûlant, toute cette énergie intérieure...Les montagnes sont mon terrain de vie, je me nourris de leur beauté.

Peu importe que le potentiel physique se réduise au fil des années, je n'en ai aucune aigreur. Ce qui importe, c'est que la partie disponible à ce jour soit encore exploitée, autant que possible, qu'elle ne soit pas abandonnée parce que je ne peux plus en faire autant que dans mes jeunes années.

Je suis jeune encore parce que je continue avec mon corps d'aujourd'hui, avec toutes ses faiblesses, ses épreuves endurées, ses plaies profondes.

C'est là que se trouve la jeunesse réelle. Celui qui arrête d'user de son corps décide ce jour-là d'être vieux.

 

Les premières notes...Je marche quelques secondes, je sais que mon corps est prêt, je l'ai échauffé avant de partir, je sais qu'il attend l'accélération, je sais que le bonheur que je ressens est le sien.

La rythmique s'enclenche, je lance les premières foulées, mes bâtons de marche à la main, à chaque pente je m'en sers et je pousse avec les épaules pour projeter le corps en avant, à chaque descente, ils me servent d'appui, cette alternance répétitive des gestes est un délice étrange, un état second dans lequel la concentration est sans faille, je vois les pierres, les trous, les ornières, les irrégularités avec une acuité totale, un monde intérieur connecté avec le relief, un lien surpuissant.

Je bénis la nature, je l'aime de tout mon être, je sais tout ce que je lui dois. Si je n'avais pas pu vivre Là-Haut, je serais déjà mort.

Mais je cours encore, j'ai 57 ans de jeunesse en moi et je ferai tout mon possible pour mourir jeune, heureux d'avoir épuisé jusqu'à la dernière goutte l'élixir de vie.

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Avec ce morceau-là dans les oreilles :

"Le miracle Spinoza" de Frédéric Lenoir.

Par Le 12/03/2020

Le philosophe dont j'admire le plus le travail, assurément. Celui qui est aussi le plus ardu. J'ai lu plusieurs passages de "L'Éthique" et le langage utilisé, la complexité des formulations et des pensées, l'incroyable portée des idées et de tout ce qu'elles génèrent rendent la lecture vraiment difficile dès lors qu'on cherche à en saisir la profondeur. Dix lignes peuvent engendrer des jours de réflexions. Des années avant de pouvoir les appliquer ...

Frédéric Lenoir a su dans ce livre "Le miracle Spinoza" mettre ce philosophe à ma portée. C'est la troisième fois que je lis cet ouvrage.

J'ai choisi un extrait. Je pourrais en choisir dix, vingt, trente de plus...

 

Le miracle Spinoza de Frédéric Lenoir

Page 109/110

« Pacte social, démocratie, laïcité, égalité de tous les citoyens devant la loi, liberté de croyance et d'expression : Spinoza est le père de notre modernité politique. Un siècle avant Voltaire et Kant, et même quelques décennies avant Locke, qui publie sa remarquable « Lettre sur la tolérance » en 1689, il est le premier théoricien de la séparation des pouvoirs politiques et religieux et le premier penseur moderne de nos démocraties libérales. Mais là où il me semble encore plus moderne que nous, c'est qu'il a parfaitement perçu, alors qu'elles n'existaient pas encore, les limites de nos démocraties : le manque de rationalité des individus, qui, étant encore esclaves de leurs passions, suivront la loi plus par peur de la punition que par adhésion profonde. Or, si « l'obéissance extérieure » est plus forte que "l'activité spirituelle interne", pour reprendre ses propres expressions, nos démocraties risquent de s'affaiblir. C'est pourquoi ils rappelle l'importance cruciale de l'éducation des citoyens.

Cette éducation ne doit pas se limiter à l'acquisition de connaissances générales, mais aussi enseigner le vivre-ensemble, la citoyenneté, la connaissance de soi et le développement de la raison. À la suite de Montaigne, qui prônait une éducation visant à faire des têtes « bien faites » plutôt que des têtes « bien pleines », Spinoza sait que plus les individus seront capables d'acquérir un jugement sûr qui les aidera à discerner ce qui est véritablement bon pour eux, ce qu'il appelle « l'utile propre », plus ils seront utiles aux autres en étant des citoyens responsables.

Toute la pensée de Spinoza repose en effet sur cette idée qu'un individu s'accordera d'autant mieux aux autres qu'il est bien accordé avec lui-même.

Autrement dit, nos démocraties seront d'autant plus solides, vigoureuses et ferventes que les individus qui les composent seront capables de dominer leurs passions tristes – la peur, la colère, le ressentiment, l'envie, etc..- et qu'ils mèneront leur existence selon la raison.

Même s'il ne le dit pas explicitement, on comprend aussi que des citoyens davantage mus par leurs émotions que par leur raison, pourront élire des dictateurs ou des démagogues.

Spinoza avait compris, trois siècles avant Gandhi, que la véritable révolution est intérieure et que c'est en se transformant soi-même qu'on changera le monde. "

"L'instabilité financière" de Minsky

Par Le 12/03/2020

Si on veut changer le monde, il faut en comprendre les mécanismes et savoir ce sur quoi il faut agir.

Il est donc essentiel d'en connaître les rouages financiers étant donné qu'ils dictent leurs règles depuis bien longtemps. 

"L'instabilité financière" de Minsky est un travail incontournable pour tenter de se faire une vision,  partielle. 

La lecture de ce résumé est une approche qui montre déjà à quel point nos sociétés modernes vivent constamment dans un risque systémique. 

La crise actuelle en est un épisode de plus. 

Personne n'en connaît l'issue et personne ne peut présager des changements nécessaires que cette crise devrait générer.

Aucune leçon fondamentale n'a été, par exemple, tirée de la crise des "subprimes"...

Et cette fois ?...

 

Minsky, théoricien de l’instabilité financière

 

mardi 28 juin 2016, par Dominique Plihon

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La récurrence des crises financières dans le capitalisme contemporain a redonné vigueur aux analyses de John Maynard Keynes et de ses disciples, qu’il s’agisse de Charles Kindleberger et de son approche historique des crises [1], de John Kenneth Galbraith et de son interprétation de la crise de 1929 d’une grande actualité [2], ou de Hyman Minsky, dont l’hypothèse d’une instabilité financière intrinsèque du capitalisme apparaît aujourd’hui d’une grande pertinence. À ce sujet, la publication récente d’une version française du principal ouvrage de Minsky, Stabiliser une économie instable, apparaît particulièrement bienvenue [3].

Sommaire

Fils de deux militants socialistes, Minsky a rédigé sa thèse sous la direction de Joseph Schumpeter et de Wassily Leontief, dont les visions globales du capitalisme eurent une grande influence. Ses nombreux travaux (une centaine d’articles) et son livre majeur « Stabilizing an Unstable Economy  », publié en 1986, eurent un certain retentissement aux États-Unis. Ses séminaires à l’Université de Berkeley, auxquels participaient des banquiers, lui permirent d’élaborer sa fameuse « hypothèse d’instabilité financière ».

Un schéma d’analyse très keynésien

Pour développer sa théorie de l’instabilité économique et financière, Minsky a fait un double emprunt au cadre théorique proposé par Keynes. Minsky s’est inspiré, d’une part de la théorie de l’investissement et du cycle économique, présentée dans le chapitre 12 de la Théorie générale de Keynes, et d’autre part de la théorie des actifs financiers et des immobilisations du chapitre 17. Dans la mesure où elles sont prises dans des conditions fondamentalement incertaines, les décisions d’investissement sont sources de cycles économiques et d’instabilité. Des vagues successives d’optimisme et de pessimisme affectent la quantité globale de l’investissement, qui va déterminer à son tour le niveau global de la production et de l’emploi, à travers l’effet multiplicateur.

La contribution de Minsky a été d’ajouter à la théorie de l’investissement et du cycle de Keynes sa propre théorie du financement de l’investissement. Selon Minsky, qui reprend à son compte la vision pessimiste de la finance de Keynes, l’instabilité des marchés financiers est endogène, en d’autres termes inhérente au comportement des acteurs financiers et des entreprises. Le principal mécanisme qui pousse l’économie capitaliste vers l’instabilité financière et vers les cycles économiques est l’accumulation de la dette par les entreprises. Minsky distingue trois types de comportements en ce qui concerne le financement des investissements : (1) le financement couvert (hedge financing) dans lequel le paiement des intérêts et du principal de la dette est couvert par le rendement attendu de l’investissement ; (2) le financement spéculatif (speculative financing), où le rendement anticipé de l’investissement ne couvre que le paiement des intérêts, la dette étant constamment reconduite ; enfin (3) le financement à la Ponzi (Ponzi financing), où les revenus de l’investissement ne permettent même pas de couvrir les charges d’intérêt, la survie du projet dépendant de la possibilité de s’endetter encore plus, ou de vendre des actifs.

Le terme « Ponzi » vient du nom de l’escroc (un précurseur de Madoff …) qui, dans les années 1920, a ruiné des épargnants bostoniens en leur proposant des rendements exceptionnels fondés sur un système de financement par cavalerie.

Le fonctionnement des marchés est tel que les perspectives de gains financiers attirent inévitablement des acteurs spéculateurs et Ponzi, ce qui accroît la probabilité de crise. C’est exactement ce que Keynes voulait dire au chapitre 12 de sa Théorie générale, en écrivant : « lorsque l’organisation des marchés se développe, l’activité de spéculer l’emporte sur l’activité d’entreprendre ».

L’hypothèse d’instabilité financière

Cette hypothèse, qui est au cœur de la théorie de Minsky, peut se formuler ainsi : le système financier est caractérisé par un mouvement alterné de phases de stabilité et d’instabilité du fait des interactions entre les différents types de comportements financiers. Ces basculements sont à l’origine des cycles économiques, c’est-à-dire des phases successives d’expansion et de récession. Dans la phase ascendante du cycle, le financement couvert l’emporte. Mais, l’activité se développant, la vigilance privée et publique se relâche, l’endettement s’accélère, finançant des projets de plus en plus spéculatifs. La montée de la spéculation et de l’endettement engendre des risques de hausses de prix importantes, ce qui amène les autorités monétaires à lutter contre l’inflation par une politique restrictive. C’est alors que les unités spéculatives sont fragilisées et deviennent de type Ponzi. Celles-ci sont amenées à emprunter pour rembourser leur dette passée et pour payer leur charge d’intérêt. Puis, elles commencent à vendre leurs actifs pour se financer, ce qui engendre une baisse des prix de ces actifs. Une défiance généralisée s’installe alors sur la valeur des actifs, ce qui entraîne un risque d’effondrement des marchés. La seule solution est alors une intervention en urgence de la banque centrale, agissant en tant que prêteur en dernier ressort, pour apporter au marché la liquidité dont il a besoin.

L’actualité de l’analyse de Minsky

L’histoire économique contemporaine semble corroborer l’hypothèse d’une instabilité fondamentale de la finance proposée par Minsky. On constate en effet que l’économie mondiale a été frappée, depuis le dernier quart du XXe siècle, par une succession quasiment ininterrompue de crises financières. Les pays capitalistes vont de bulle en bulle : ainsi, à la bulle boursière qui conduisit au krach spectaculaire de 1987, ont succédé la bulle internet qui implosa en 2000, puis la bulle immobilière du début des années 2000, suivie de la bulle sur les matières premières à partir de 2007. Ces bulles s’enchaînent les unes aux autres à mesure que la spéculation se développe et dégénère en finance Ponzi. Enron, WorlCom, Vivendi-Universal… sont les acteurs Ponzi de la bulle internet, tandis que Bear Stearns, AEG et Lehman Brothers, qui ont également fait faillite, sont les acteurs Ponzi associés à la bulle immobilière du début des années 2000.

Une des intuitions majeures de Minsky, qui s’est encore vérifiée récemment, est que l’accumulation de la dette joue un rôle central dans le processus d’instabilité et de crises financières. C’est parce que les ménages américains ont contracté une dette excessive et sont devenus insolvables que la crise financière des subprimes a éclaté en 2007. L’originalité de cette crise, par rapport au processus d’instabilité financière décrit par Minsky, est que ce sont les ménages (et non les entreprises) qui ont été à l’origine de la crise de la dette à partir de 2007. Les ménages américains ont été victimes d’agents Ponzi (les banques et les courtiers) qui les ont incités à s’endetter au-delà de leurs capacités. (Mais ce sont les banques que le GVT a sauvé...)

Plusieurs facteurs ont favorisé ces comportements d’endettement excessif et ce processus de crise. D’abord, la libéralisation financière a amené les autorités américaines à supprimer les règles qui protégeaient les ménages contre le surendettement. Ensuite, les stratégies de maximisation des profits des intermédiaires financiers ont amené ceux-ci à proposer de nouveaux produits financiers qui se sont révélés très pervers. C’est le cas des prêts rechargeables à taux variables, qui mettent en difficulté les emprunteurs dès qu’il y a une hausse non anticipée des taux d’intérêt.

Enfin, la Fed – la banque centrale américaine - s’est comportée exactement comme le prévoit Minsky dans son schéma d’analyse. Celle-ci a augmenté brutalement ses taux directeurs à partir de 2004, pour essayer de freiner la montée de la dette et la hausse des prix immobiliers. Résultat : les ménages américains ont été pris à la gorge par la hausse de leurs charges financières indexées sur les taux d’intérêt. Les plus modestes sont devenus insolvables. Leurs maisons ont été mises en vente pour permettre aux banquiers d’être remboursés, ce qui a provoqué l’implosion de la bulle immobilière.

L’un des domaines dans lesquels Minsky a également fait avancer l’analyse économique concerne le rôle central des innovations financières dans les processus de crise. Ses conclusions, à ce sujet, étaient que l’un des objectifs des innovations mises en place par les institutions financières est d’échapper au contrôle des autorités monétaires. Cette analyse apparaît particulièrement adaptée à la crise des subprimes, dont l’un des rouages principaux a été la titrisation des créances, innovation financière majeure. L’un des objectifs de la titrisation est de permettre aux banques de vendre leurs créances sur les marchés, et donc de réduire les fonds propres requis par la réglementation prudentielle. L’émergence et l’expansion récente du shadow banking system (banque de l’ombre) en marge du système bancaire régulé, innovation institutionnelle liée à la titrisation, s’inscrit également dans cette logique décrite par Minsky, selon laquelle les innovations financières permettent de desserrer l’étau des contraintes réglementaires. La récurrence de crises financières de plus en plus graves peut être analysée comme la conséquence de l’affaiblissement des régulations publiques, dont les innovations financières sont l’une des causes. Dans un livre prémonitoire publié en 1982, « Can it happen again ? » (Cela peut-il arriver à nouveau ?), Minsky s’interrogeait sur la possibilité d’une nouvelle crise comparable à celle des années 1930, du fait notamment des innovations financières et de l’affaiblissement des régulations publiques [4].

Le deuxième théorème de Minsky

En fidèle disciple de Schumpeter qui s’intéressait aux cycles longs du capitalisme, Minsky a développé une approche à long terme du processus d’instabilité financière, parfois qualifiée de deuxième théorème d’instabilité financière. Ce second théorème est souvent ignoré des économistes. Or, il jette un éclairage intéressant sur la crise qui a débuté en 2007.

L’idée de départ est simple : lorsque les économies capitalistes connaissent des phases d’expansion longues, les déséquilibres et l’endettement deviennent très importants, et la phase d’ajustement est alors très violente. Exprimé autrement : les cycles économiques courts (de quelques années seulement) sont utiles pour assainir les économies, dans la mesure où chaque phase de ralentissement permet d’éliminer les unités les plus fragiles (en particulier les acteurs Ponzi). Moins les ajustements sont nombreux, plus ils sont profonds.

Or que constate-t-on ? Pendant deux décennies, à partir des années 1980 jusqu’à la crise de 2007, les principales économies (en particulier les États-Unis comme le montre le graphique) ont connu une phase de croissance particulièrement longue, avec seulement deux épisodes de ralentissement, au début des années 1990 et des années 2000. Ce qui contraste fortement avec les décennies antérieures qui avaient été caractérisées par des cycles beaucoup plus courts et fréquents.

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Cet épisode de stabilité durable a été qualifié de « Grande modération », en raison de la croissance économique régulière et de l’inflation faible qui caractérisaient alors les économies avancées. Les économistes orthodoxes ont expliqué cette atténuation des cycles conjoncturels par des politiques économiques (monétaires et budgétaires) devenues durablement accommodantes. Ainsi, on a assisté à une baisse spectaculaire des taux d’intérêt (nominaux), favorisée par les banques centrales depuis la fin des années 1980 à mesure que l’inflation ralentissait dans la plupart des pays. Mais symétriquement, stimulé par la baisse des taux d’intérêt, le niveau d’endettement des ménages a fortement augmenté, passant d’environ 35 % à 85 % du revenu disponible dans les pays de l’Union européenne de 1980 à 2005, comme le montre le graphique suivant.

Exprimée en pourcentage du revenu disponible, la dette des ménages a doublé en France et aux États-Unis de 1975 à 2006, à la veille de la crise ; avec un taux d’endettement pratiquement deux fois plus élevé aux États-Unis qu’en France, comme l’indique le tableau ci-dessous.

Dette des ménages en % du revenu disponible (Source : OCDE)
1975 2006
États-Unis 62 127
France 33 68

Ce deuxième théorème de Minsky a donné lieu à une interprétation originale de la crise qui a débuté en 2007. La gravité de celle-ci serait la conséquence de la phase exceptionnellement longue d’expansion des années 1990-2000 qui a vu s’accumuler des déséquilibres qui n’ont pas été corrigés, et en particulier l’accumulation d’une dette excessive des ménages. Lorsque les économies connaissent des phases d’expansion longues, se mettent en place des comportements optimistes, socialement construits donc largement répandus, qui tendent à sous-estimer les risques et conduisent inévitablement à des structures financières très fragiles. Ainsi s’explique la brutalité du retournement de l’économie au moindre choc, par exemple suite une hausse des taux d’intérêt décidée par les autorités monétaires.

Cette analyse a donné naissance aux expressions de « paradoxe de tranquillité » et de « moment de Minsky ». Le paradoxe vient de ce que, c’est pendant les périodes de stabilité économique et monétaire, telles que l’épisode de la Grande modération, que se préparent les crises financières. Car, pendant ces épisodes de stabilité apparente, les agents économiques devenus trop confiants sont incités à prendre des risques excessifs, ce qui crée les conditions d’une crise financière.

Rejetée par la plupart des économistes lorsqu’elle a été proposée par Minsky dans les années 1980, cette analyse est aujourd’hui largement admise. Les économistes post-keynésiens ont ainsi montré récemment l’existence d’un « paradoxe de crédibilité », directement inspiré de « paradoxe de tranquillité  » : c’est parce que la politique monétaire inspirait confiance et crédibilité pendant la période de la Grande modération que les agents économiques et financiers ont été amenés à sous-estimer les risques. En d’autres termes, la stabilité monétaire du début des années 2000 serait à l’origine de la crise financière de 2007 ! Cette analyse a eu d’importantes conséquences opérationnelles, car elle a contribué à remettre en cause le dogme monétariste de la séparation des politiques de stabilité monétaire et de stabilité financière. Les banques centrales ne peuvent plus se désintéresser des conséquences de la politique monétaire sur la stabilité financière [5].

Il faut enfin signaler une autre conclusion importante, et d’une grande actualité, de l’analyse de Minsky, qui conduit également à une remise en cause de la politique monétaire orthodoxe : pour assurer la stabilité financière, les autorités ne peuvent plus se contenter de réguler le crédit par le seul instrument des taux d’intérêt. Celles-ci doivent mettre en œuvre une réglementation financière stricte. Et les États doivent aussi négocier leur aide aux banques contre un rôle actif – voire un contrôle public – du secteur financier. C’est bien en ces termes que se pose aujourd’hui la question de l’avenir du système financier.

Pour conclure, s’il est indubitable que les travaux de Minsky ont apporté un renouvellement de l’analyse de l’instabilité financière, particulièrement bienvenu dans la période actuelle, il apparaît toutefois que le cadre théorique post-keynésien de Minsky souffre d’une limite importante, qui est de cantonner l’analyse de l’instabilité principalement dans la sphère financière. Or, il est clair que les racines des crises financières se trouvent dans le fonctionnement et les structures du capitalisme. Ainsi, la montée de la dette des ménages et de l’État, au cœur de la crise financière actuelle, est-elle directement liée au partage salaires-profits et aux inégalités inhérents au capitalisme financier. Dans ces conditions, le renforcement de la régulation financière prônée par Minsky constitue une condition nécessaire, mais non suffisante, d’une lutte efficace contre l’instabilité financière."

A propos du pétrole

Par Le 12/03/2020

Je ne me suis pas trompé hier quand j'évoquais le risque de crise bancaire avec la baisse du cours du brent...Un article du jour...Si les sociétés de pétrole de schiste font faillite, les banques qui les ont couvertes tomberont elles aussi. Et là, personne ne peut prédire de la suite...

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/l-article-a-lire-pour-comprendre-la-guerre-petroliere-qui-fait-tousser-les-places-financieres-sur-fond-de-coronavirus_3858713.html

"Pour les Etats-Unis, ce contexte est une aubaine : sa méthode d'exploitation, qui repose sur le pétrole de schiste, n'est rentable qu'à condition que le prix du pétrole conventionnel reste cher. Bien que décriée pour son impact environnemental, le perfectionnement de la fracturation hydraulique permet à la méthode américaine de développer une industrie pétrolière de plus en plus rentable.

Cependant, elle reste incapable de rivaliser avec les faibles coûts de production du pétrole conventionnel. Si les prix tombent sous la barre des 25 dollars le baril, "plusieurs sociétés américaines pourraient faire faillite", abonde Francis Perrin. Ainsi, Donald Trump envisage de débloquer des fonds pour venir en aide aux acteurs du gaz de schiste, révélait mardi le Washington Post, citant des proches du président.""

 

Crise économique du coronavirus

Par Le 11/03/2020

J'avais écrit ici il y a quelques temps que ce virus allait avoir une portée bien plus économique que sanitaire et que toutes les mesures en cours avaient pour objectif de limiter cet impact financier. Il suffit de lire aujourd'hui les sites financiers pour réaliser à quel point, l'impact est et sera gigantesque. 

Je pourrais m'en réjouir étant donné que depuis bien longtemps, je considère que seule la décroissance économique et démographique pourrait améliorer l'état de la planète.
Mais il faut bien voir que tout cela ne peut pas se faire sans dégâts au niveau de la population. Juste un exemple : la baisse du PIB a un impact sur les budgets hospitaliers. Ce qui se passe en Italie en est l'exemple flagrant : c'est bien plus dramatique encore qu'en France...Je ne détaillerai pas tous les effets d'une baisse de la croissance dans les pays occidentaux mais il faut bien comprendre que nos vies actuelles seraient considérablement bouleversées. Une crise sanitaire donne une crise économique et celle-ci génère une crise sociale. Dans l'Histoire, c'est déjà arrivé...Sauf qu'aujourd'hui, la "mondialisation" amplifie considérablement les effets. 

 

Un autre paramètre est venu s'ajouter au coronavirus : la guerre du pétrole entre l'Opep, la Russie et les USA. la baisse de 30% du prix du brent a un effet dévastateur sur les exploitants de pétrole de schiste. Tous ces exploitants sont endettés de plusieurs milliards et ne survivent que grâce aux prêts des banques. Cette baisse du prix du brent rend le pétrole de schiste quasiment "inutile" et les ventes chuteront inévitablement. Le défaut de paiement de ces entreprises auprès des banques placerait ces banques dans une situation très, très critique. Pour ceux qui s'en souviennent, la faillite de la banque Lehman Brothers a été un choc considérable dont les effets ont été très longs. 

Si le ralentissement de l'économie mondiale en raison du coronavirus vient s'ajouter à une crise du pétrole, à une crise bancaire, à une crise financière majeure, là, vraiment on pourra envisager un bouleversement énorme...Dès lors, j'ai beaucoup, beaucoup de mal à comprendre l'attitude des gouvernements face à ce virus. La gestion politique de cette crise sanitaire pourrait bien avoir un effet bien plus dramatique que le virus lui-même.

 

 

Coronavirus: des dizaines de milliards injectés contre la "pandémie"

 

AFP•11/03/2020 à 18:12

Un employé d'un bateau de croisière sur le Nil, à Louxor, en bordure de la rive, le 9 mars 2020  ( AFP / - )

Un employé d'un bateau de croisière sur le Nil, à Louxor, en bordure de la rive, le 9 mars 2020 ( AFP / - )

Le Covid-19, désormais qualifié de "pandémie" par l'Organisation mondiale de la santé, fait aussi trembler les grands acteurs économiques de la planète, qui injectent des dizaines de milliards de dollars pour éviter un désastre. 

La vie quotidienne des populations est chaque jour plus perturbée, de la limitation des déplacements aux fermetures en cascade de lieux publics.

Situation unique, les 60 millions d'Italiens étaient appelés à rester chez eux mercredi pour la deuxième journée consécutive. L'Italie, qui compte désormais plus de 10.100 cas, dont 631 morts, est en outre de plus en plus isolée avec la multiplication par certains de ses voisins des mesures de précaution, Autriche et Slovénie en tête, tandis que de grandes compagnies aériennes l'évitent et que les touristes la fuient massivement.

Fini les foules sur la place Saint-Pierre à Rome, le long des canaux à Venise ou sur le site archéologique de Pompéi près de Naples. Bars et restaurants sont ouverts de 06h00 à 18h00, mais il faut y respecter une distance d'au moins un mètre entre clients. Et l'audience hebdomadaire du pape devait s'effectuer mercredi par vidéo.

Pour Stefano Ruggiero, qui gère une parfumerie près du Ponte Vecchio à Florence, "jamais la rue n'a été aussi calme" depuis l'ouverture de son établissement en 1911. "Même après la terrible inondation de 1966, quand la boue (déposée par les eaux débordant du fleuve, l'Arno) avait tout dévasté, il y avait plus de gens".

Aggravation aussi en Espagne, où les cas ont presque quadruplé depuis dimanche pour dépasser les 2.000.  

Conséquence, les écoles de la région de Madrid ont été fermées. Une décision similaire a été prise mercredi à l'échelle de toute la Pologne, de l'Ukraine et du Qatar qui ont ainsi emboîté le pas à une quinzaine d'autres pays.

Au Koweït, les autorités ont non seulement interdit de se rendre dans "les restaurants, les cafés et les centres commerciaux", mais ont suspendu tous les vols commerciaux à destination et en provenance de l'aéroport international de la capitale. 

- Une propagation "alarmante" -

Corollaire de ces "niveaux alarmants de propagation" du coronavirus, l'OMS, par la voix de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a estimé mercredi à Genève que le Covid-19 pouvait être considéré comme "une pandémie".

Confrontés aux craintes d'une crise économique majeure, les grands argentiers de la planète ont annoncé des aides souvent massives, l'Allemagne se disant par exemple pour la première fois prête à renoncer à la sacro-sainte règle du zéro déficit budgétaire, souvent critiquée à l'étranger.  

Un policier portant un masque de protection surveille la place Saint-Pierre fermée aux touristes en raison de l'épidémie de nouveau coronavirus, le 11 mars 2020 au Vatican  ( AFP / ANDREAS SOLARO )

Un policier portant un masque de protection surveille la place Saint-Pierre fermée aux touristes en raison de l'épidémie de nouveau coronavirus, le 11 mars 2020 au Vatican ( AFP / ANDREAS SOLARO )

Fonds d'investissement de 25 milliards d'euros évoqué par la Commission européenne, enveloppe du même montant annoncée mercredi en Italie, plan de 30 milliards de livres rendu public au Royaume-Uni -où la banque centrale a par ailleurs fortement abaissé ses taux-, prochaine présentation aux Etats-Unis d'un programme de soutien -sur lequel le gouvernement travaille "à temps plein"-, milliard de dollars canadiens promis par Ottawa, la liste est impressionnante.  

Ce qui n'a pas empêché les Bourses européennes comme Wall Street de perdre du terrain mercredi.

Il faut dire que 75% des firmes américaines constatent des difficultés dans les chaînes d'approvisionnement, tandis que l'Opep a fortement revu à la baisse ses prévisions de croissance de la demande mondiale de pétrole en 2020.

Un membre du personnel médical désinfecte le sol d'un hôpital temporaire destiné à soigner les personnes contaminées par le covid-19 après le départ de tous les patients, le 11 mars 2020 à Wuhan, en Chine ( AFP / STR )

Et ce au moment même où, en Chine, des entreprises de Wuhan, la ville de 11 millions d'habitants confinés depuis le 23 janvier où est apparu en décembre le nouveau coronavirus, ont été autorisées mercredi à reprendre leurs activités.

L'heure y est à l'assouplissement avec la chute spectaculaire du nombre des nouveaux cas quotidiens de contamination -24 et 22 décès supplémentaires.

- Principe de précaution -

Bilan et expansion de l'épidémie de Covid-19 dans le monde, au 11 mars à 9h GMT ( AFP /  )

Bilan et expansion de l'épidémie de Covid-19 dans le monde, au 11 mars à 9h GMT ( AFP / )

Dans le reste du monde, la plus extrême prudence reste cependant de mise. 

La Colombie et l'Argentine vont ainsi placer en quarantaine les personnes arrivant des pays les plus touchés, dont la Chine et l'Italie, cependant que Malte a suspendu ses liaisons aériennes avec la Suisse, l'Allemagne, la France et l'Espagne

L'exercice Cold Response 2020, qui devait impliquer plus de 15.000 soldats de l'Otan dans le nord de la Norvège a été annulé, à l'instar, au Japon, des principales cérémonies publiques pour commémorer le tsunami du 11 mars 2011.

Et la réunion ministérielle du G7 de Pittsburgh, aux Etats-Unis, se fera par téléconférence.

Bilan de l'épidémie du nouveau coronavirus au 11 mars à 9h00 GMT ( AFP /  )

Bilan de l'épidémie du nouveau coronavirus au 11 mars à 9h00 GMT ( AFP / )

Sans parler des reports en cascade des grands rendez-vous sportifs et des matches de football joués à huis clos.

Le Covid-19 a tué dans le monde 4.281 personnes pour 118.554 cas de contamination, selon des chiffres officiels compilés par l'AFP mercredi à 09H00 GMT. La Chine (hors Hong Kong et Macao) a à elle seule recensé 80.778 personnes atteintes dont 3.158 sont mortes. L'Iran compte désormais 8.042 cas et 291 décès, la Corée du Sud 7.755 cas et 54 morts, le Qatar 238 nouveaux cas.

La Belgique, l'Indonésie, la Suède, l'Albanie, l'Irlande et la Bulgarie ont annoncé de premiers morts.

Des personnes portant des masques de protection dans une rue de Jakarta, le 11 mars 2020 en Indonésie ( AFP / BAY ISMOYO )

Des personnes portant des masques de protection dans une rue de Jakarta, le 11 mars 2020 en Indonésie ( AFP / BAY ISMOYO )

Aux Etats-Unis, qui comptent 1.001 cas et 28 décès, selon l'université Johns Hopkins, la Garde nationale va être déployée à New Rochelle, en banlieue nord de New York, dans une "zone de confinement", le principal foyer du coronavirus de la région.

La France (1.784 cas, 33 décès) accélère de son côté les préparatifs dans la perspective d'un pic de l'épidémie, sur laquelle le président Emmanuel Macron s'exprimera jeudi.

 

Une ITW intéressante d'Erik Orsena

Coronavirus : Professeur Gilbert Deray

Par Le 11/03/2020

Ce texte est bien de lui. Vérification faite.

 

"Coronavirus, attention danger, mais pas celui que vous croyez.
Depuis 30 ans, de mon observatoire hospitalier, j’ai vécu de nombreuses crises sanitaires, HIV, SRAS, MERS, résurgence de la tuberculose, bactéries multi-résistantes, nous les avons gérées dans le calme et très efficacement.
Aucune n’a donné lieu à la panique actuelle.
Je n’ai jamais vécu un tel degré d’inquiétude pour une maladie infectieuse et d’ailleurs pour aucune autre.
Et pourtant, Je ne suis pas inquiet quant aux conséquences médicales du Coronavirus. Rien dans les chiffres actuels sur la mortalité et la diffusion du virus ne justifie la panique mondiale sanitaire et surtout économique.
Les mesures prises sont adaptées et efficaces et elles permettront le contrôle de l’épidémie. C’est déjà le cas en Chine, foyer initial et de loin le plus important de cet agent infectieux, ou l’épidémie est en train de s’éteindre.
L’avenir proche dira si je me suis trompé.
Par contre,
• Je suis inquiet des vols de masques et que ceux nécessaires à la protection des personnels soignants et des personnes à risque, nos anciens et celles déjà malades, en particulier les patients immunodéprimés, soient distribués pour une efficacité nulle dans les aéroports, les cafés et les centres commerciaux.
• Je suis inquiet des vols de gels nettoyants.
• Je suis inquiet de ces rixes pour acheter du papier toilette et des boîtes de riz et de pates.
• Je suis inquiet de cette terreur qui conduit à faire des stocks obscènes de nourriture dans des pays où elle est disponible dans une abondance tout aussi obscène.
• Je suis inquiet pour nos anciens déjà seuls et qu’il ne faut plus ni voir ni toucher de peur de les tuer. Ils mourront plus vite mais « seulement « de solitude. Nous avions l’habitude de ne pas rendre visite à nos parents et grands-parents si nous avions la grippe, pas de les éviter « au cas où » et pour une durée indéterminée, ce n’est en rien différent pour le coronavirus
• Je suis inquiet que la santé ne devienne un objet de communication belliqueuse et de conflit comme un autre, alors qu’elle devrait être une cause ultime de lutte dans le rassemblement.
• Je suis inquiet que notre système de santé, déjà en grandes difficultés, soit prochainement débordé par un afflux de malades au moindre signe de syndrome grippal. Ce sont alors toutes les autres maladies que nous ne pourrons prendre en charge. Un infarctus du myocarde ou une appendicite ce sont toujours des urgences, un virus rarement.
La couverture médiatique sur le coronavirus est très anxiogène et elle participe à l’affolement de chacun.
Cela conduit aux théories du complot les plus folles du genre, « ils nous cachent quelque chose ». Rien n’est obscur, c’est impossible en médecine dans ce monde du numérique ou la connaissance scientifique est immédiate et sans filtre.
Le coronavirus ne tue (presque) que les organismes déjà fragiles.
Je suis inquiet que ce minuscule être vivant ne fasse que dévoiler les immenses fractures et fragilités de nos sociétés. Les morts qui se compteront alors par millions seront ceux de l’affrontement des individus dans l’indifférence totale de l’intérêt collectif."

Gilbert DERAY, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris

 

C'est ce même professeur qui alertait en 2018 sur "l'épidémie de NASH", (maladie du foie gras); maladie alimentaire de la malbouffe et le nombre de morts annuel est bien plus effrayant que pour le virus en cours. Sauf que là, il n'est pas question que le gouvernement fasse le même tapage parce que ça toucherait à la croissance des multinationales de l'empoisonnement. 

Après, on peut toujours se dire que les gens sont libres de se tuer comme ils veulent...Hier, en revenant d'une longue marche, 3h, environ 20 km, un bon dénivellée, on a croisé un groupe de jeunes adultes, tous en sur-poids, avec à la main des sacs de chez Mc DO...Pas un seul d'entre eux n'arriveraient à nous suivre en montagne...Mais ils sont heureux comme ça...

"

Peut-on échapper à son destin génétique ? N'a-t-on pas coutume, par exemple, de dire que les cancers sont héréditaires ? Doit-on accepter, non sans un certain fatalisme, que certaines personnes seront, tôt ou tard, confrontées aux maladies en raison de leur héritage génétique ? Selon le professeur Gilbert Deray, il faut garder à l'esprit que n'importe qui peut se prémunir du patrimoine légué par ses gênes, quand bien même celui-ci présenterait des risques sur le plan médical.

"Nos gènes sont comme des logiciels, on décide d'activer ou désactiver les mauvais"

Invité ce mercredi du Grand Matin Sud Radio, ce néphrologue de l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière a ainsi tordu le cou aux clichés en expliquant comment, scientifiquement, tout un chacun pouvait s'affranchir de ses tares génétiques en adoptant les bons comportements. "Que l'on soit en bonne santé ou malade, on peut changer son destin médical. On a été élevés pendant 50 ans avec l'idée que l'on héritait d'un code génétique immuable et que la rencontre majestueuse du spermatozoïde de notre papa avec l'ovule de notre maman allait faire notre destin complet. Il est vrai que notre taille, notre poids, la couleur de nos yeux et de nos cheveux sont déterminés mais le reste de ce qui est inscrit sur le code génétique - cancers ou infarctus par exemple - peut être évité. Ce qui compte en réalité, ce n'est pas ce qui est inscrit mais ce que nous allons activer ou désactiver", a-t-il d'abord expliqué. 

"Nos gènes, notre code génétique, ce sont comme des logiciels sur un ordinateur. Nous décidons et nous avons le contrôle : nous décidons d'activer ou de désactiver le mauvais gène, ou le bon, par notre comportement", a-t-il encore insisté.

"La Nash (maladie du foie gras) touche et va tuer des millions de personnes"

Et l'intéressé de cibler les comportements à risque en matière de consommation, à commencer par la cigarette. "Le tabac est officiellement le seul produit toxique autorisé, qui rapporte des milliards et des milliards à plusieurs États dans le monde. On sait qu'il a tué 100 millions de personnes au 20e siècle et qu'il en tuera 1 milliard au 21e. C'est le fléau le plus dramatique de l'humanité (...) Le combat contre ce fléau ne passe pas par l'interdiction, il passe par l'éducation, l'information et aussi par le message suivant : 'contrairement à ce que nos jeunes croient, fumer n'est pas une liberté'. Au contraire, fumer revient à s'enfermer dans une dépendance totale pour des sociétés qui vont gagner des milliards et qui n'en ont absolument rien à faire de notre santé", a-t-il déploré.

"Nous sommes tous des grands singes chasseurs-cueilleurs, notre code génétique n'a pas évolué depuis 10 000 ans. Il ne peut pas comprendre la révolution agricole d'il y a 10 000 ans, ni la révolution industrielle d'il y a 200 ans. Donc ce que nous mangeons lui est complètement étranger et en particulier, tous ces produits industriels ultra-transformés. Nous mangeons extrêmement mal", a-t-il par ailleurs ajouté, citant l'exemple de la maladie, encore méconnue, de la Nash (pour "Non Alcoolic Steato Hepatitis" que l'on traduit par la "maladie du foie gras" ou "du soda" en français). "Le foie est l'un des réceptacles principaux de l'alimentation et la Nash est une épidémie qui touche et va tuer des millions de personnes. Or, elle n'est liée qu'à un mauvais comportement. Il aurait suffi par exemple que toutes les personnes qui ont développé une Nash soient mises auparavant au régime méditerranéen et nous aurions évité 9 cas sur 10, en mangeant simplement sainement", a-t-il ainsi précisé, évoquant le modèle du régime crétois qui préconise, entre autres recommandations, "5 fruits et légumes par jour".

"Connarovirus..." Irène Grosjean

Par Le 10/03/2020

"Le microbe n'est rien ; c'est le terrain qui est tout." Pasteur

Cet homme-là n'imaginait sûrement pas en créant le vaccin où on en serait aujourd'hui. Je sais très bien que des millions de personnes ont été sauvées par les différents vaccins et je connais les dégâts causés par exemple par la polio. Loin de moi l'idée de contester l'idée même du vaccin de façon catégorique. La problématique est bien plus compliquée que ça. Mais c'est un autre débat. Que les humains entretiennent le "terrain", ça serait déjà immense...

 

Coronavirus pour rire.

Par Le 10/03/2020

Je l'aime bien ce texte-là. :) 

 

"⚠ Le Coronavirus est-il dangereux ?
Pour les gens jeunes et en bonne santé, en gros, ça va être une sorte de grosse grippe. C'est jamais agréable mais, normalement, vous allez survivre.
Pour les vieux, les gens avec des maladies chroniques ou fragiles, oui, cela peut-être dangereux. Mais ça, c'est logique.
Si tu roules une pelle en étant malade à ton cousin qui a la mucoviscidose, déjà, c'est que t'as pas bien compris le principe de la mucoviscidose (et aussi de la consanguinité, mais c'est une autre histoire)

Coronavirus : juste une alerte de plus.

Par Le 09/03/2020

De nombreux scientifiques alertent depuis des décennies sur les risques du réchauffement climatique sur les terres polaires couvertes par le permafrost. Et le coronavirus et autres syndrômes respiratoires, c'est dérisoire comparé aux virus contenus dans le sol depuis des millénaires : 

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/la-fonte-du-permafrost-une-menace-climatique-et-sanitaire_130005

La fonte du permafrost, une menace climatique et sanitaire

 

Par Sciences et Avenir avec AFP le 05.12.2018 à 15h45

Le réchauffement climatique est à l'origine de la fonte du permafrost qui recouvre 25% des terres émergées. Les sols gelés menacent, en fondant, de libérer des virus oubliés et des milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES) qu'ils emprisonnent depuis des millénaires, au risque notamment d'accélérer le réchauffement climatique.

Permafrost

Le permafrost recouvre 25% des terres émergées de l'hémisphère nord, notamment en Russie, au Canada et en Alaska.

AFP/ARCHIVES - MLADEN ANTONOV

Pergélisol en français, permafrost en anglais, ces sols gelés toute l'année recouvrent 25% des terres émergées de l'hémisphère nord, notamment en Russie, au Canada et en Alaska. Ils peuvent être composés de micro-lentilles de glace ou de grosses masses de glace pure, sur une épaisseur de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres. Ils renferment quelque 1.700 milliards de tonnes de carbone, soit environ le double du dioxyde de carbone (CO2) déjà présent dans l'atmosphère. Avec la hausse des températures, le permafrost se réchauffe et commence à fondre, libérant progressivement les gaz qu'elle neutralisait jusque-là. Et le phénomène devrait s'accélérer, selon les scientifiques.

Vers une accélération du réchauffement climatique

La fonte du permafrost hypothèque déjà l'objectif, énoncé par l'accord de Paris, de contenir le réchauffement climatique à moins de +1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle, selon une étude scientifique publiée en septembre 2018 dans Nature Geoscience. Ses auteurs décrivent un cercle vicieux : les gaz émis par le permafrost accélèrent le réchauffement, qui accélère la fonte du permafrost. D'ici à 2100, ce dernier pourrait, selon le scénario le moins noir, diminuer de 30% et libérer jusqu'à 160 milliards de tonnes de GES, alertait en 2015 la chercheuse Susan Natali, du Woods Hole Research Center.

Des virus oubliés pourraient être libérés

Outre ses effets climatiques, la fonte du permafrost, qui abrite des bactéries et virus parfois oubliés, représente aussi une menace sanitaire. Pendant l'été 2016, un enfant est mort en Sibérie de la maladie du charbon (anthrax), pourtant disparue depuis 75 ans dans cette région. Pour les scientifiques, l'origine remontait très probablement au dégel d'un cadavre de renne mort de l'anthrax il y a plusieurs dizaines d'années. Libérée, la bactérie mortelle, qui se conserve dans le permafrost pendant plus d'un siècle, a réinfecté des troupeaux. Et la menace ne se limite pas à l'anthrax. Des chercheurs ont découvert ces dernières années deux types de virus géants, dont l'un vieux de 30.000 ans, conservés dans le permafrost. Dans ces régions arctiques, que la fonte du permafrost a rendues plus accessibles pour l'industrie minière et pétrolière, les scientifiques préviennent que certains de ces virus pourraient se réveiller un jour si les hommes remuent trop en profondeur les sous-sols.

Les dégâts matériels vont s'accumuler

Enfin, la fonte du permafrost cause également de coûteux dégâts matériels : bâtiments écroulés, glissements de terrain, routes et tarmacs instables. Selon un rapport de Greenpeace publié en 2009, les compagnies russes dépensaient à l'époque jusqu'à 1,3 milliard d'euros par an pour réparer les pipelines, immeubles et ponts déformés par les effets du réchauffement et de la fonte des terres gelées.

"Les émotions de la Terre" de Glenn Albrecht

Par Le 09/03/2020

 

Philosophe australien de l’environnement, Glenn Albrecht, à l’origine du concept de « solastalgie », nous invite à exprimer nos émotions vis-à-vis de la Terre pour mieux affronter le désastre écologique en cours. Nous l’avons rencontré à Paris.

https://usbeketrica.com/article/ne-nous-laissons-pas-envahir-par-l-anxiete-face-a-la-crise-climatique?fbclid=IwAR3zbf-FedJMBwJDzYpyLvSxRvgLWSuFb11I4G5WHu9o05bUQWEIqTSZ4sg

Dans les années 2000, Glenn Albrecht ressent un choc émotionnel face au spectacle désolant qu’offre la Hunter Valley, une région au nord de Sydney soumise à l’exploitation minière, à la dynamite et aux pelleteuses. « Un bouleversement psychique personnel » auquel s’ajoutent les témoignages des habitants qui partagent avec lui ce sentiment de détresse face à un paysage familier qui, soudain, ne l’est plus. Le philosophe australien forge en 2003 le terme de « solastalgie », à partir du mot anglais solace (réconfort) et du suffixe grec algia (douleur). La solastalgie est décrite comme le « sentiment de désolation causé par la dévastation de son habitat et de son territoire. » Mais aussi comme « le mal du pays que vous éprouvez alors que vous êtes toujours chez vous. »

17 ans plus tard, à l’heure de l’urgence climatique, alors que des méga-feux ont ravagé l’Amazonie puis l’Australie, la solastalgie, reconnue dans le milieu acédémique, a fait du chemin. Le philosophe australien est de moins en moins seul à s'intéresser aux impacts psychologiques de la dégradation continue de l’environnement, et les témoignages d’« éco-anxieux » ont fait leur apparition dans les journaux. Mais Glenn Albrecht, 65 ans, a eu le temps d’approfondir son terrain de recherche. Il en propose une synthèse dans Les émotions de la Terre. Des nouveaux mots pour un nouveau monde, dont la traduction vient de paraître aux éditions Les Liens qui libèrent.

Au premier chapitre, il raconte son enfance passée dans le bush australien en compagnie des serpents venimeux - une enfance « peu habituelle, même pour les Australiens », reconnaît-il joyeusement quand nous évoquons, avant d'entamer l'interview, ce lien à la vie sauvage peu commun. Mais il déploie surtout, au long de l’ouvrage, la défense d'une nouvelle relation au vivant. Naviguons donc de la colonisation britannique de 1788 à aujourd'hui, de l'Anthropocène au Symbiocène, en s'autorisant quelques détours par Avatar ou l' « eutierrie » ressentie face à Gaïa.

Usbek & Rica : Au coeur de votre travail, il y a la conviction que le langage est crucial pour mieux comprendre et affronter la crise climatique. Pourquoi ?

Glenn Albrecht : D’abord parce que les mots dont nous disposons ne suffisent plus. Rendez-vous compte : nos langues ont été développées à une époque où nous vivions dans de petites villes médiévales, alors que plus de la moitié de l’humanité vit aujourd’hui dans d’énormes mégalopoles… Nous n’avons pas le langage adapté pour parler du réchauffement climatique à l’échelle mondiale, de l’extinction des espèces, de pollution, etc.

« Si même les Inuits, qui ont 30 mots pour parler de la neige, n’en ont pas pour parler des bouleversements en cours, il y a un manque à combler »

Les Inuits ont utilisé un mot de leur culture, « uggianaqtuq », qui désigne « un ami qui agit bizarrement », pour l’appliquer au climat. Si même les Inuits, qui ont 30 mots différents pour parler de la neige, n’ont pas de mots pour décrire les bouleversements en cours, il y a a priori, pour nous tous, un manque à combler. 

La deuxième raison, c’est que les mots que nous avons utilisés pour essayer de changer les choses - comme « durable », un mot que j'ai longtemps été fier d'employer à l'université, ou « résilient » - ont été récupérés par les forces qui veulent que le monde reste exactement comme il est… Ils ont été pervertis. On parle d’ailleurs de « résilience perverse » pour qualifier la résilience de ceux qui veulent surtout ne rien changer à tout ce qui est nuisible pour l’environnement.

Je pense donc qu’il nous faut de nouveaux mots. Et ceux-ci doivent déranger, perturber, de la même façon que les manifestations de rue perturbent l’ordre établi. Ils doivent nous permettre d’avoir une pensée critique sur la situation actuelle. Certains mettent les mains dans des arm-locks pour bloquer des ponts, ou font des sittings devant le Parlement. Moi, je perturbe avec des mots.

Les mots que vous proposez ne se limitent pas aux conséquences négatives du réchauffement. Vous qualifiez aussi les émotions positives que nous ressentons au contact de notre environnement.

Ces mots positifs sont là pour nous aider à empêcher l’extinction d'émotions que nous n’avons jamais pris la peine de nommer. Tout simplement parce qu’elles étaient simples, accessibles à tous. Le concept d’Eutierrie ( « sentiment positif et réconfortant d’unité avec la Terre et avec ses forces vives, où les limites entre le soi et le reste de la nature sont effacées, et où un profond sentiment de paix et de connexion envahit la conscience », ndlr), par exemple, correspond à ce que ressentent les religieux lors d’un moment extatique, ou les surfeurs quand ils prennent la vague parfaite, mais à ce que chacun d’entre nous peut ressentir au contact de son environnement. Mais de plus en plus difficilement : on peut de moins en moins faire abstraction du son de l’hélicoptère ou des plastiques sur la plage. Même au sommet de l’Everest, vous verrez des tonnes de déchets... Je parle d'« extinction de l’immersion ». En créant ces mots, en les utilisant, en les partageant, j’aspire à ce que l’on devienne de plus en plus conscients des problèmes en cours. 

Glenn Albrecht, ©Réda Settar 

Vous espérez empêcher la disparition de ces émotions-là, ou bien faut-il accepter qu’une partie d’entre elles disparaisse malgré tout ?

Je n’accepte aucune disparition de quoi que ce soit. Je crois fermement que nous devons résister à tous les niveaux, y compris celui du langage, et combattre l’extinction de ces émotions-là. Elles font partie de ce qui fait de nous des humains. Sans elles, nous perdons une partie de notre humanité, et notre connexion aux autres formes du vivant. Donc toute mon énergie est dirigée vers l’éducation et la sensibilisation à travers ces mots, qu’ils viennent d’autres chercheurs ou que je les ai créés moi-même.

« Les humains ont jusqu’à présent bâti leur succès, en tant qu’espèce, sur les émotions terranaissantes (l’amour, l’empathie, etc.) », écrivez-vous, lesquelles « ont prévalu sur les émotions destructrices, sinon les humains se seraient eux-mêmes rayés de la surface de la Terre depuis longtemps ». À votre sens, cette prévalence ne peut que se poursuivre.

Parce que nous n’avons pas le choix ! Vous serez d’accord avec moi, la vie est préférable à la mort, il y a une sorte de binarité que même un enfant de maternelle peut comprendre. Mais c’est aussi que nous n’avons d’émotions négatives que parce que nous avons en nous l’opposé : vous ne pouvez ressentir de la solastalgie que parce que vous éprouvez de l’attachement et de l’amour pour un endroit, un paysage. Toutes les émotions négatives, la solastalgie, l’anxiété, la crainte, tous ces sentiments apocalyptiques sont légitimes. Mais si on les laisse nous submerger, nous serons paralysés, et nous ne ferons rien, ce qui n’est pas acceptable.

« Notre culture n’a même pas 300 ans ! Et nous sommes déjà en train de provoquer des changements qui pourraient mener à notre propre destruction ?! »

L’Australie est peuplée depuis 80 000 à 120 000 ans par des populations indigènes. La colonisation britannique n’a commencé qu’en 1788. Vous comparez d’ailleurs cette colonisation à l’Anthropocène, « arrivé comme une force colonisatrice refoulant toutes les expressions de cultures antérieures. » Que peuvent-nous apprendre aujourd’hui les Aborigènes, que vous avez beaucoup étudiés, et qui ne représentent aujourd'hui plus que 3% de la population du pays ?

Nous avons tendance à considérer la planète comme un dépotoir, sans penser à l’impact de la pollution sur nos vies, notre santé, sur les autres. Une culture qui peut traverser des centaines de millénaires a clairement quelque chose à nous dire. Notre culture n’a même pas 300 ans ! Et nous sommes déjà en train de provoquer des changements qui pourraient mener à notre propre destruction ?!

Je dirais que les Aborigènes ont deux choses cruciales à nous apprendre. D’abord leur relation à la nature, dans laquelle ils ne font pas de distinction entre l’humain et le non-humain, qui sont interconnectés. L’éthique environnementale fait partie de leur culture. Ils ont - par exemple - des animaux totems : il est de ton devoir de protéger ton totem : tu ne le manges pas, tu ne l’exploites pas, tu veilles sur l’endroit où il vient se reproduire, et tu n’exploites pas l’eau, la nourriture des espaces qui pourraient provoquer l’extinction des espèces qui y vivent.

Et puis les Aborigènes ont également réussi à vivre des centaines de milliers d’années dans un immense pays sans se battre en permanence. Leur modèle, que j’admire énormément, est celui d’un lien très fort de chacun à sa région. Vous apprenez tout sur votre région, sa géographie, sa faune, sa mythologie, et vous vous identifiez au paysage, et parce que vous grandissez avec ce fort sentiment d’appartenance, d'identité, cela n’a pas de sens pour vous d’aller prendre la place de quelqu’un d’autre. Si bien que chaque peuple protégeant sa région, le territoire entier devient protégé. En Australie, si vous allumez un feu chez vous sans respecter vos voisins, vous risquez de brûler leur maison… Donc il faut communiquer, échanger, et il y a un sens de la justice qui est dans leur culture.

« Les Aborigènes sont toujours là, ils résistent, pendant que nous paniquons à cause d’un virus »

Ce que j’ai appris des cultures traditionnelles, et pas seulement des Aborigènes, c’est que si vous ne voulez pas que votre culture soit éphémère, il faut respecter cet amour pour le paysage. L’amour n’est pas qu’une affaire d’humains. Cette intense identification à un lieu est parfois vue comme négative, comme si c’était synonyme de nationalisme ou de xénophobie. Je ne pense pas que le peuple aborigène était xénophobe. Ils ont d’ailleurs accueilli les Européens. Sauf que les Européens ont érigé des barrières, abattu les arbres, tué les animaux, empoisonné l’eau et tué les Aborigènes ! Ils ont vécu une première colonisation, et en vivent aujourd’hui une seconde, sous une autre forme, avec le problème du réchauffement climatique. Mais ils sont toujours là, pendant que nous paniquons à cause d’un virus. Ce peuple a connu bien pire. Ils résistent. Ils préservent leur culture. Ils continuent de respecter et d’aimer le pays, et ils essaient d’inviter le reste de l’Australie à faire de même. Mais nous ne sommes pas encore prêts.

Quel impact ont eu les mégafeux sur la population australienne, et comment envisagez-vous les années à venir d’un point de vue politique, puisque le climato-scepticisme du Premier ministre Scott Morrison ne semble plus toléré par la population 

Les feux ont réveillé le gouvernement - même s’ils ont pu créer l’inverse chez certains,  en les menant vers des formes encore plus extrêmes de déni. Pour beaucoup d’Australiens, les feux ont été un choc psychologique très fort. Les politiques sont désormais complètement déconnectés de la population, c’est de plus en plus évident.

« Les politiques australiens ne sont pas idiots, ils sont corrompus »

Je pense que le reste du monde regarde l’Australie en se disant « Comment diable un pays peut-il être gouverné par de tels idiots ? ». Mais à mon sens, ils ne sont pas idiots. Ils sont corrompus. Des partis, des think-tanks, sont financés par les industries du pétrole, du charbon et du gaz. Les allers-retours entre les cadres de ces industries et le monde politique sont permanents. Tous sont pro-pétrole, pro-charbon, pro-gaz, car leur futur et leur fortune en dépendent. Peu importe, alors, les preuves qui leur seront présentées.

Mais les Australiens se réveillent. Et je pense qu’il y aura une période de conflit. La droite et la gauche sont d’ailleurs aussi coupables l’une que l’autre : la gauche essaie de protéger les emplois dans l’industrie, et la droite de faire du profit grâce à ces réserves abondantes. En tout cas, les structures politiques traditionnelles représentant la droite et la gauche ne sont plus capables de régler ces problèmes. C’est probablement le cas pour tous les pays, au-delà du cas de l’Australie.

« Nous devons étendre la démocratie pour qu’elle soit adaptée au vivre ensemble avec d’autres formes du vivant »

La prochaine ère politique devra embrasser ce que j’appelle le Symbiocène, une nouvelle ère dans laquelle nous nous écarterons de l’Anthropocène et des politiques d’exploitation et d’écocide. C’est l’idée de « symbiocratie », qui vise à étendre la démocratie pour inclure les non-humains : ce n’est pas mon idée, mais je l’ai simplement nommée pour secouer les gens et souligner le fait qu’il va falloir gouverner davantage que demos, le peuple. Nous devons étendre la démocratie pour qu’elle soit adaptée au vivre ensemble avec d’autres formes du vivant. C’est l’une des transformations les plus importantes qui doit se jouer dans la sphère politique. Est-ce que cela viendra des Verts ? D’un nouveau parti ? Avons-nous d’ailleurs besoin de partis pour cela ? Ou d’un engagement démocratique très intense au niveau local ? Quoi qu’il arrive, cela ne peut pas continuer comme avant. Le vote des Australiens ne vaut rien : quel que soit notre vote, nous obtenons le même résultat, plus d’exploitation, plus de pollution, et la plus grande contribution par tête d’émissions de gaz à effet de serre. En tant qu’Australien, cela me fait honte, et cela doit changer.

Forêt dans la ville de Mallacoota, en Australie, le 2 janvier. Crédits : Ninian Reid, Flickr (CC BY 2.0).

« Solastalgie » est un terme que vous avez imaginé pour tous ceux qui, face à une nature dégradée, un paysage détruit, éprouvent « le mal du pays tout en étant chez eux ». Le problème n’est-il pas qu’une majorité d’entre nous, surtout les habitants des villes coupés de toute vie sauvage, ne voit pas la nature disparaître, ou ne perçoit pas quotidiennement l’impact du réchauffement climatique ? Certains parlent d’« amnésie environnementale »...

Si, en effet. Nous le savons grâce au travail de personnes comme Richard Louv, qui a écrit sur le « trouble du déficit de nature » chez les enfants, dans un livre lu par des centaines de milliers de personnes à travers le monde (Last Child in the Woods: Saving Our Children From Nature-Deficit Disorder, paru en 2008, ndlr). Dans les villes, nos enfants sont de moins en moins en contact avec la nature sauvage. En Australie, il fait si chaud qu’il est difficile de rester dehors et les enfants passent leur temps dans des écoles, des voitures, des centres commerciaux à air conditionné. Donc oui, comment une telle culture pourrait-elle être sensible à la destruction de son paysage et aux dérèglements du climat ?

Eh bien, les feux ont changé cela. Ils ont touché près de deux tiers de la population, directement pour ceux ayant perdu leur terrain ou leur bétail, ou indirectement. Malheureusement, c’est la Terre qui nous réveille. Gaïa - si nous lui conférons une forme de « volonté », ce à quoi je ne souscris pas, mais c’est un moyen poétique d’expliquer la situation - nous dit que nous avons été trop loin.

Avatar ©Sam Worthington, Copyright Twentieth Century Fox France 

Par ailleurs, nous avons aujourd’hui des moyens fantastiques pour permettre aux gens de mieux comprendre l’interconnexion des êtres vivants, de prendre conscience des problèmes en cours. Prenons l’exemple d’Avatar : ce film a touché des millions de personnes, et même si je ne cautionne pas ses aspects hollywoodiens, il m’a prouvé que les gens pouvaient avoir d’intenses expériences émotionnelles de façon virtuelle, y compris en ressentant de la solastalgie à l’endroit d’une planète fictionnelle et de personnages de fiction.

« Nous avons aujourd’hui, très nettement, un déficit de biophilie »

Et cela ne marche pas que pour les enfants : à la fin du film, de nombreux adultes voulaient revenir à Pandora… Je parle dans le livre du terme « biophilie », proposé par le biologiste Edward O. Wilson comme étant une tendance innée à se concentrer sur la vie et les processus biologiques, et plus tard par le psychanalyste Erich Fromm comme étant indispensable à la socialisation des humains. Nous avons aujourd’hui, très nettement, un déficit de biophilie. Il faut donc être créatifs dans la façon dont nous voulons le surmonter. Or, pour chacune des émotions qui peut être ressentie dans une forêt, il y en existe une qui est virtuelle. Il y a la solastalgie, et la solastalgie virtuelle !

Que conseillez-vous à ceux qui en revanche ressentent bel et bien, aujourd’hui, de la solastalgie, ou toute forme de détresse liée à l’urgence climatique ?

Dès le premier article que j’ai écrit sur la solastalgie, j’ai expliqué que c’était un état réversible. Mais il y a eu un malentendu, et certains ont cru que je définissais une maladie mentale médicalement définie et une lésion du cerveau. Or il s’est toujours agi d’un état existentiel, émotionnel. Et la solution à la solastalgie, c’est de s’attaquer au problème. C’est un concept intrinsèquement politique. Une politique de protestation envers ce qui vous provoque cette détresse, cette douleur, ce sentiment de mélancolie. Et si vous le souhaitez, vous pouvez réparer, redonner vie à un paysage abîmé, vous pouvez aller planter des arbres pour alléger votre souffrance psychologique, vous pouvez vous associer à d’autres pour réaliser que vous n’êtes pas le seul à ressentir ça, que ce n’est ni votre faute ni une faiblesse de votre part. La solastalgie est une réponse rationnelle à une situation irrationnelle qui vous a été imposée.

« J'offre le Symbiocène comme un horizon, un futur alternatif qui signera la défaite de l’Anthropocène »

C’est à cette situation qu’il faut s’attaquer, que ce soit comme ce que fait Extinction Rebellion en luttant contre les énergies fossiles, ou comme ce que fait Greta Thunberg en utilisant la grève de l’école pour expliquer aux plus jeunes qu’il n’y aura pas de futur si on ne s’attaque pas au climat. Je parle de « génération Symbiocène » pour qualifier cette génération dont la protestation me semble totalement appropriée. C’est la bonne façon d’agir. C’est non-violent. C’est éducatif.

Je crois que je ne fais qu’ajouter une couche à cela en offrant le Symbiocène comme un horizon, un futur alternatif qui signera la défaite de l’Anthropocène. Nous pouvons imaginer un bien meilleur futur, qui soit une source d’espoir et de créativité. Il s’agit en réalité de solliciter l’intelligence humaine. Nous sommes censés être Homo Sapiens. Mais depuis quelques centaines d’années nous avons agi de façon vraiment stupide en polluant, en empoisonnant notre propre environnement, en empoisonnant nos enfants… Tout ça en exploitant et en brûlant des choses… La technique la plus simple qui soit ! Il est temps que notre intelligence nous mène dans une autre direction.

Mais pour vivre dans un monde qui sera malgré tout totalement différent, car il va être difficile de remplacer le pétrole par d’autres énergies renouvelables, surtout dans des délais raisonnables…

Je ne suis pas d’accord, je pense que nous le pourrons. Je ne vois pas pourquoi dans quelques décennies, très rapidement, nous ne pourrions pas remplacer toute l’énergie venant du pétrole par des énergies renouvelables. Je pense qu’il faut accélérer l’économie du Symbiocène et ralentir l’économie de l’Anthropocène. Je veux que notre énergie intellectuelle dédiée à la technologie aille furieusement plus vite, que l’on innove et investisse de telle façon que chaque élément de l’anthropocène qui soit toxique, non-biodégradable, non-renouvelable, ait une alternative. Nous commençons à le faire. Nous commençons à éliminer les plastiques à usage unique, nous utilisons de la cellulose pour construire des briques, des champignons pour produire des habits et des micro-organismes pour produire de l’électricité. Il est assez simple d’imaginer ce futur, même à partir des innovations actuelles. Et vous pouvez imaginer combien celles-ci pourraient aller vite si on arrêtait de subventionner les énergies fossiles, si nos universités les soutenaient, alors que nos investissements actuels sont écocidaires.

Je ne dis pas que ça va être facile, mais c’est conceptuellement possible. C’est thermodynamiquement bon. C’est fondé sur les relations symbiotiques et la façon dont la vie fonctionne. Donc je pense être sur la bonne voie. Les autres sont sur la mauvaise !

« Ne soyons pas catastrophistes, ne nous laissons pas envahir par la paralysie et l’anxiété »

Adopter le Symbiocène comme horizon, ce n’est donc pas imaginer un futur dans lequel on consommera moins et on se déplacera moins, en avion ou même en voiture, ce qui métamorphoserait nos façons de vivre ?

L’avion électrique existe déjà. Si nous le chargeons avec des énergies renouvelables, nous volerons « gratuitement ». Aujourd’hui, nous extrayons d'immenses quantités de pétrole, nous poussons 400 personnes dans un avion, et nous appelons ça l’économie. Eh bien, c’est stupide ! Ne soyons pas catastrophistes. Ne nous laissons pas envahir par la paralysie et l’anxiété. Cela nous empêcherait de travailler à ce futur. Cela va prendre toute notre énergie, aucun d’entre nous ne doit rester inactif, il y a tant à faire... C’est à cela que nos enfants devraient être éduqués, dès aujourd’hui. Les enfants du Symbiocène sont les plus importants, dans cette histoire. Or on continue de les éduquer dans la perspective d’un effondrement de l’Anthropocène, sans emplois.

Des centaines d’écrivains et penseurs disent que tout est perdu (ou en tout cas qu'il faut préparer l'après, à l'instar de Pablo Servigne, cité en quatrième de couverture, louant « un livre d'une importance capitale », ndlr). Les catastrophistes dominent. J’ai pris délibérément le chemin opposé. Presque pour les embêter. Mais aussi parce que je crois avoir la science avec moi. Je dois défendre sans relâche le Symbiocène et c’est l’objet de mon prochain livre, qui s’y consacrera. Le monde académique a l'air de trouver que les théories de la catastrophe sont excitantes. Je trouve ça dommage. Et je veux davantage de gens avec moi. Je me sens seul parfois ! Dirigeons-nous vers un monde qui soit beau, bon, vrai. Bienvenue dans le Symbiocène !

Une photo particulière

Par Le 06/03/2020

 "A CŒUR OUVERT " est sorti, en numérique et en papier.


Je suis donc venu l'ajouter à la photo de famille. Sept romans.

Sur cette image se trouvent des nuits d'écriture, des jours de correction, des rêves dans lesquels les personnages venaient me parler, des dizaines de visages, des dizaines de personnalités, des rencontres, des drames, des amours, les montagnes, la nature, la révélation, l'illumination, la quête, le moi, le Soi, l'ego, le mental, les émotions, la conscience, l'amour de la vie. 

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Cohabitation entre loups et éleveurs

Par Le 05/03/2020

 

Entretien avec Antoine Nochy, philosophe et écrivain, l’un des plus grands pisteurs français formé à Yellowstone. Bertrand Sicard est un spécialiste des loups, vice-président de Ferus, association de protection des grands prédateurs (ours, loups et lynx) et président fondateur de Vita Sylvae Conservation.

https://www.marianne.net/societe/retour-du-loup-les-eleveurs-doivent-s-adapter-cette-chance-inesperee-pour-la-france

"Le loup c’est l’animal que nous rêvons d’être, alors que nous sommes trop souvent des moutons que certains rêvent de programmer."

"Le loup c’est l’animal que nous rêvons d’être, alors que nous sommes trop souvent des moutons que certains rêvent de programmer." - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

SOCIÉTÉ

Faune

Retour du loup : "Les éleveurs doivent s’adapter à cette chance inespérée pour la France"

Propos recueillis par Bertrand Rothé

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Les loups sont de plus en plus nombreux en France, hier en Charente, il y a quelques semaines en Charente-Maritime. Dans les deux cas leur présence a été authentifiée par l’Office nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS). Mais l’animal ne colonise pas que nos territoires, il occupe aussi notre esprit.

 

Marianne : Les Français aiment-ils les loups ?

Bertrand Sicard : Les sondages qui se succèdent montrent que la population française est majoritairement favorable au retour du loup et à sa conservation, mais le sujet reste très clivant. L’opposition vient surtout des éleveurs ovins, confrontés à une difficile cohabitation. Pour comprendre la place qu’occupe le loup à la fois dans les médias, au cinéma et dans les documentaires, il faut comprendre le lien culturel fort qui existe entre le loup et nos contemporains. Il est partout, dans les comptines pour enfants, les fables de la Fontaine, mais aussi nos territoires. Observez nos campagnes, regardez une carte IGN : le Bois du loup, le Trou du loup, le Champ du loup… En plus, il a un statut particulier. S’il a été honni par des générations d’agriculteurs, le bon sens populaire sait sa singularité. Il est intelligent avec de grandes capacités d’adaptation, fidèle à sa famille et redoutablement culotté, n’hésitant pas à prendre des risques et apparaissant souvent là où on le l’attend pas.

Antoine Nochy : Nous avons cohabité jusqu’au milieu du XXe siècle avec lui. Notre organisation sociale et politique en garde encore les traces. Cela nous différencie des Anglais qui les ont éradiqués au XIe siècle. La tradition pastorale en est un exemple. Après avoir détruit les loups et les ours, les Anglais ont clôturé leurs champs très tôt parce que c’était suffisant pour protéger les troupeaux. C’est en partie pour cela que leur exode rural précède le nôtre de plus d’un siècle, faisant des Anglais les pères du capitalisme. En France, les gardiens des troupeaux sont indispensables car toute éradication définitive des grands prédateurs est impossible, nous sommes le cul de sac de deux continents. Tant que nos voisins auront des loups, certains viendront sur notre territoire. On n’a connu que soixante années sans loup, de 1930 au début du XXIsiècle. Le loup fait partie de notre environnement.

Bertrand Sicard : Il y a aussi l’espoir écologique qu’apporte le loup. Nous vivons dans l’angoisse d’une grande crise écologique. Pris en tenaille, nous citadin avons le choix entre continuer à consommer comme si de rien n’était ou intégrer les injonctions du GIEC : abandonner l’avion, réduire nos déplacement en voiture, manger moins de viande, ne plus prendre de bains mais des douches… changer de vie. Difficile arbitrage. Remettre en cause le libéralisme mondialisé semble difficile. Le loup apparaît alors comme un talisman contre l’apocalypse écologique. Son retour serait la preuve vivante de la résilience de la nature. Le loup dissone alors dans le discours anxiogène. Si un prédateur de grande taille recolonise l’espace, alors la situation écologique ne doit pas être aussi catastrophique et ça ne sert à rien de changer nos comportements. Nous nous accrochons à cet espoir. Comme le dit Alain Bougrain-Dubourg, le loup est un guide pour la nature.

Antoine Nochy : Dans ce cas, le symbole est à la mesure de notre bêtise. Le loup est surtout un signe et une réalité. On passe trop de temps sur les symboles et pas assez sur les signes. Le GIEC ne se trompe pas, il aurait même tendance à sous-évaluer les phénomènes. Les signes sont là, la réalité aussi. La nature a commencé à s’adapter, le retour du loup le montre. Il cherche l’endroit de sa survie. On l’oublie trop souvent, mais le loup n’a pas été réimplanté sur notre territoire, il a choisi d’y revenir, peut-être seulement de le traverser, qui sait ? Comme le dit Bertrand Sicard, il est intelligent et agile. Il remonte vers le nord. Les arbres ne peuvent pas se déplacer, les grands prédateurs, si. Un article récent de La Recherche nous annonce que pour suivre les changements climatiques « les espèces forestières devraient migrer de 6 à 7 km par an, ce qui est impossible ». Il va nous falloir trente ans pour prendre en compte le phénomène climatique, trente ans avant de commencer à réagir. Il sera alors tard. A bas bruit, la nature a déjà commencé son adaptation, le loup se cherche de nouveaux espaces, il a compris. Pas l’homme.

LIRE AUSSI"Pour que l'élevage puisse survivre, il faut que le loup craigne à nouveau l'homme"

Bertrand Sicard : A cela s’ajoute un dernier élément encore plus confus, plus refoulé, une forme de projection, d’identification. L’urbain lobotomisé a besoin d’aventures, il se rêve résistant, voire révolutionnaire. Mangé par les bullshit jobs à la Graber, il a besoin de s’échapper. Coincé par ses objectifs à deux chiffres, épuisé par des open space invivables il rêve de déployer son énergie vitale... Ceci explique le succès des livres de Sylvain Tesson, mais aussi le développement des stages de survie et les randonnées extrêmes, tout comme le succès du dernier film de Jean-Michel Bertrand « Marche avec les Loups » : une ode à la patience et la lenteur, tout ce que la société de consommation exècre. Défendre le loup, ce grand prédateur, avec sa souplesse, son intelligence animale, sa violence, est une échappatoire à la modernité. Dans l’histoire le loup a toujours préféré disparaître que de se soumettre à l’homme. Le loup c’est l’animal que nous rêvons d’être, alors que nous sommes trop souvent des moutons que certains rêvent de programmer.

Et puis de l’autre côté, il y a les éleveurs...

Antoine Nochy : Dans le milieu agricole, avant de se poser de la question du loup, il faut d’abord parler des éleveurs. Ici, l’amour est rarement dans le pré. Le Parisien vient de faire la Une d’un de ses articles sur les verbatim de l’un d’entre eux : « Avant on était admirés, aujourd’hui on se fait insulter ». Socialement c’est un métier difficile à assumer, les éleveurs sont subventionnés. Il faut le répéter, les traités de libre échange et la pression de la grande distribution sont catastrophiques pour les petits éleveurs. En plus, c’est un métier éprouvant. Un vêlage, quand cela se passe mal, est une épreuve physique. Il n’y a pas de vacances, il faut être là 365 jours par an. Pour terminer, beaucoup d’éleveurs vivent seuls. Conséquence connue : un agriculteur se suicide tous les deux jours en France. L’arrivée du loup peut être la goutte qui fait déborder leur vase, leur casserole. Euthanasier des moutons pris dans les barbelés dont les gigots ont été mangés jusqu’à l’os est très violent. Ils n’ont pas choisi ce métier pour ça et la plupart n’ont pas envie non plus de tuer des loups. Ce n’est pas leur métier. C’est ce qui rend compliquée la cohabitation.

Bertrand Sicard : C’est sûr, les citadins ont du mal à imaginer que les agriculteurs aiment leurs bêtes, et Antoine a raison : la plupart des éleveurs refusent de s’armer. Mais attention le métier de paysan-éleveur n’a jamais été un métier de bisounours. Rappelons quand même que 5% du cheptel ovin disparaît chaque année par maladie, accident, attaque de chien divagant, vol, etc. A Ferus, mon association, nous prônons une cohabitation apaisée qui passe par un réapprentissage de la culture de protection. Cette protection s’appuie sur le fameux triptyque, berger, chien de protection, parc de contention de nuit. Quand il est correctement mis en œuvre, il est très efficace.

Antoine Nochy : Je connais des éleveurs qui sont vraiment traumatisés par ces attaques. Il en y a qui mettent la clé sous la porte. Certains sont au bord du suicide. A chaque fois qu’un troupeau est attaqué, c’est souvent la même histoire. Les paysans appellent l’ONCSF. Malgré la conscience professionnelle et l’engagement des fonctionnaires, le temps administratif et les moyens ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. En cinq attaques les producteurs de fromage mettent la clé sous la porte. Les procédures d’indemnisation sont trop longues, fastidieuses et le nouveau plan loup complexifie les choses. Ces tâches administratives viennent s’additionner à d’autres. On ne devient pas éleveur pour remplir des formulaires. Et à chaque fois ce sont les petits agriculteurs qui trinquent, ceux qui ne pratiquent pas le hors sol, ceux qui mettent leurs animaux dans les champs, les producteurs de l’agriculture de qualité, et ça c’est une catastrophe.

Bertrand Sicard : Etre pour le loup ce n’est pas être contre les éleveurs. Loin de nous l’idée de négliger la détresse des éleveurs. Les éleveurs doivent s’adapter à cette nouvelle donne qui est une chance inespérée pour la France. Ils doivent être fiers de participer au retour de la biodiversité si nécessaire dans notre société de plus en plus aseptisée. Beaucoup d’éleveurs sont déjà équipés et réussissent très bien dans leur mission de protection, mais ceux-là on n’en parle jamais. C’est le même phénomène partout, les plus véhéments sont ceux que l’on entend le plus. Un « bon client » des médias c’est un homme qui se plaint. On ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure.

Dans le programme « Pastoraloup » des bénévoles de notre association surveillent de jour comme de nuit les troupeaux et aident à l’implantation de parcs de contention. Les éleveurs en sont généralement très contents. Il faudrait le développer, mais nous manquons de moyens et les syndicats agricoles font barrage.

Antoine Nochy : L’enfer est pavé de bonnes intentions, il faut faire attention. Les éleveurs qui pratiquent la transhumance ou l’élevage en plein champ ne veulent pas du hors-sol. Ils élèvent leur troupeau dehors par choix, ils sont heureux de voir leurs brebis brouter. Ils savent que les loups vont les contraindre à parquer leurs animaux, c’est ce qu’on les invite à faire aujourd’hui. Ils savent que c’est un pas de plus vers une industrialisation de l’élevage qu’ils refusent avec raison.

Vous avez dit que c’est un problème que les éleveurs ne veulent pas tuer les loups, pourquoi ?

Antoine Nochy : Le vivant ce n’est pas comme la machine, le vivant s’adapte, si on laisse le loup tuer des moutons et des vaches, c’est une mauvaise direction comportementale. Un loup qui a pris du plomb dans les fesses ne revient pas et informe ses congénères. Il y a suffisamment de gibier dans la nature pour les gros prédateurs. Dans les campagnes du XIXe siècle, il n’y avait pratiquement plus de gibier, aujourd’hui il y a trop de sangliers, trop de chevreuils… Je pense que c’est une solution bien plus intelligente que l’éradication de 17 ou 19 % de la population des loups comme on le propose aujourd’hui. Les éleveurs intelligents en sont conscients, il va falloir cohabiter avec le loup, on n’a pas le choix, autant que cela nous rende plus intelligents."

A CŒUR OUVERT : Inconnaissance de Soi

Par Le 05/03/2020

Coeurouvertwhite

Je suis surpris parfois de réaliser à quel point tout ce que j'ai écrit dans mes romans agit en moi comme des rappels de ce que je dois atteindre... Comme si "l'écrivain" était là pour ramener l'individu égaré sur une voie d'éveil... Comme si parlait en moi une entité plus "haute", comme une aimantation destinée  à m'extraire des miasmes quotidiens.

Chacune de mes méditations oeuvrent à retrouver cette conscience de la vie en moi...Et je sais combien, hors de cet état, il m'est difficile de maintenir la plénitude...

"INCONNAISSANCE DE SOI

Illumination

Cela consiste à déposer ses charges, ses fardeaux, son passé et toutes les identifications qui s'y sont greffées. Il s'agit des fardeaux d'ordre mental. Ils peuvent bien entendu avoir des répercussions sur le physique. Cette conscience temporelle dont nous disposons peut se retourner contre notre plénitude. Elle installe une tension émotionnelle, majoritairement inconsciente.

Pour entrer dans cette acceptation libératrice, il est indispensable d'établir la liste des traumatismes, des tourments, des obsessions, de les identifier tous, lucidement, et de prendre conscience qu'ils ne sont pas ce que nous sommes. Ils sont l'image que nous avons donnée de la vie mais ils ne sont pas la vie. La vie n'est rien d'autre que l'énergie qui vibre en chacun de nous, au cœur de notre existence. Elle ne mérite pas d’être salie, alourdie, morcelée par cette vision temporelle à laquelle nous nous attachons. Les pensées que nous avons établies comme l'étendard de notre puissance est un mal qui nous ronge. L'ego y prend forme et se détache dès lors de la conscience de la vie. L'individu se couvre d'oripeaux comme autant de titres suprêmes. Ça n'est que souffrance et dans la reconnaissance que nous y puisons, nous créons des murailles carcérales. L'illumination consiste à briser ce carcan. L'individu n'en a pas toujours la force, il manque de lucidité, d'observation, il est perdu dans le florilège d'imbrications sociales, familiales, amoureuses, professionnelles.

Il se fie à son mental, nourri inlassablement par les hordes de pensées.

Survient alors, parfois, le drame. L'évènement qui fait voler en éclat les certitudes, les attachements, les conditionnements. La douleur physique se lie à la souffrance morale. «  J’ai mal et je suis mal. » Les repères sont abolis, les références sont bannies. L'individu sombre dans une colère insoumise, il en appelle à l'aide, il condamne, maudit, répudie, nie, rejette, conspue, insulte le sort qui s'acharne sur lui alors qu'il est lui-même le bourreau, le virus, le mal incarné. Il va tenter de marchander, de trouver des coupables ou des aides extérieures, il a construit consciencieusement les murs de sa geôle et jure qu'il n'y est pour rien. S'installe alors peu à peu l'épuisement. Le dégoût de tout devant tant de douleur. Ça n'est qu'une autre forme de pensée, une autre déviance, une résistance derrière laquelle se cache l'attente d'une délivrance, un espoir qui se tait, qui n'ose pas se dire. Une superstition qu'il ne faut pas dévoiler.

La colère puis l’écœurement, des alternances hallucinantes, des pensées qui s'entrechoquent, des rémissions suivies d'effondrements, rien ne change, aucune évolution spirituelle, juste le délabrement continu des citadelles.

Cette impression désespérante de tout perdre, de voir s’étendre jour après jour, l’étendue des ruines, comme une maladie qui s’étend.

Il ne reste que l'illumination. Elle est la seule issue. Car lorsqu'il ne reste rien de l'individu conditionné, lorsque tout a été ravagé jusqu'aux fondations, lorsque le mental n'est plus qu'un mourant qui implore la sentence, lorsque le corps n'a plus aucune résistance, qu'il goûte avec délectation quelques secondes d'absence, cette petite mort pendant laquelle les terminaisons nerveuses s'éteignent, comme par magie, comme si le cerveau lui-même n'en pouvait plus, c'est là que les pensées ne sont plus rien, que le silence intérieur dévoile des horizons ignorés.

Révélation.

Illumination.

Je ne suis pas ma douleur.

Je ne suis rien de ce que j’ai été.

Je suis la vie présente en moi. Je suis l'énergie, la beauté de l'ineffable. »

Mal de dos et yoga

Par Le 04/03/2020

En juin 2019, à quelques jours de mon départ à la retraite, un radiologue m'a diagnostiqué une "sténose canalaire lombaire", associée à une "ossification du ligament jaune"...

Je vous passe les détails anatomiques mais ce résumé laisse imaginer ce que représente ce diagnostic :

 

"Même en cas de sténose canalaire très sévère, il est rare d’observer une complication neurologique comme une paralysie. La diminution de la sensibilité sur une jambe ou un pied est plus fréquente. Cependant, progressivement la compression prolongée des nerfs peut engendrer des troubles moteurs, à type de faiblesse musculaire, pouvant aller jusqu’à la paralysie. "

http://neuro-med.fr/pathologie/stenose-canal-lombaire/

 

Dans mon cas, cette pathologie est particulière car elle est d'origine traumatique : une première hernie discale à 25 ans avec une opération totalement ratée et au dire du deuxième chirurgien qui m'a opéré à 37 ans, c'était "une véritable boucherie."... Il est rare d'entendre un chirurgien plomber de la sorte un collègue, ce qui laisse imaginer sa stupéfaction quand il m'a ouvert le dos...

Résultat, j'ai eu une troisième récidive à 44 ans et cette fois, j'étais devenu "inopérable" en raison de cette "ossification du ligament jaune" et de l'excroissance qui en a résulté...Tout ça est très brièvement résumé et considérablement simplifié...Dans les derniers mois, j'ai passé plusieurs examens, IRM, neurologie, angiologie et toutes les conclusions concordent...En un mot, c'est la m...isère...

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Oui, c'est "moche"...Comme une crête qui pousse sous la peau...

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Là où ça s'est sérieusement compliqué, c'est lorsque sont apparus les premiers effets neurologiques dans la jambe gauche, celle où le nerf sciatique est englobé au niveau des hernies opérées...Des fourmillements très intenses, principalement la nuit, avec en supplément des crampes extrêmement violentes, toujours la nuit...Des mois durant...Les orteils en éventail, le mollet tendu comme s'il allait se déchirer, et parfois la cuisse qui se mettait de la partie...Obligé de me lever pour prendre appui sur le pied et libérer la tension, plusieurs secondes très longues...Nathalie réveillée en sursaut...Une période compliquée et quelque peu anxiogène... "On va où là?"

Je ne veux pas de traitement chimique et je suis inopérable.
Il fallait donc que je trouve autre chose.

Depuis plusieurs années, Nathalie et moi, nous nous massons une à deux fois par semaine. On a une table pliante de kiné. Nous avons beaucoup appris sur l'usage des huiles essentielles.

J'ai parfois écrit ici sur les bienfaits du massage. 

Massage aimant

Le massage tantrique

Massage ayurvédique.

 

Malgré tout, les symptômes neurologiques ne disparaissaient pas et portaient atteinte à mes capacités physiques. Mon mollet gauche a perdu une partie de sa masse musculaire et la cheville s'est fragilisée : deux entorses successives en montagne.

Il fallait que je trouve autre chose.

J'avais arrêté de suivre les cours de yoga où Nathalie se rend trois fois par semaine. Il m'était devenu trop difficile de voir constamment mes limites et je savais en même temps qu'il s'agissait d'un effet psychologique qui ne m'aidait pas.

J'ai donc cherché à établir un programme personnel à faire à la maison. 

Et j'ai fini par trouver. 

Cet enchaînement de postures a été "miraculeux"...Une séance quotidienne. Il aura suffi de quinze jours pour que les effets prennent une ampleur inespérée...

Je n'ai plus de fourmillements, plus de crampes, je marche en montagne sans craindre de me tordre la cheville à chaque sortie, je skie sans ressentir de faiblesses musculaires dans la jambe gauche.

Il ne s'agit pas pour moi ici d'étaler ma vie privée mais de montrer à quel point le yoga dans la multiplicité de ce qu'il propose peut apporter une solution que la médecine traditionnelle n'aura pas. 

Le yoga n'est pas qu'une "gymnastique d'entretien". Il agit également sur la psyché... Très profondément. Tout autant que la méditation que je pratique également.

Il faut essayer, persévérer, chercher, se faire accompagner si nécessaire. Ou trouver sa propre voie de guérison.

 

Aujourd'hui, on est remonté Là-Haut. Ski de randonnée. Que du bonheur. 

Sténose canalaire ou pas, je continuerai tant que je pourrai mettre un pied devant l'autre.

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L'horreur des abattoirs

Par Le 03/03/2020

 

L’image contient peut-être : plein air et nature, texte possible qui dit  ’Le mouton a toujours eu peur du loup. Mais c'est le berger qui l'a mangé. Proverbe géorgien SYMPA SYMPA’

Sobeval est un exemple parmi des dizaines d'autres. La demande des consommateurs est si forte que les conditions d'abattage sont épouvantables. 

Il ne s'agit donc pas de demander à ce que ces conditions s'améliorent. Il s'agit d'arrêter ça. Totalement.

Et cette décision relève des consommateurs. Rien d'autre n'y fera.

Je rappelle que le ministre a tenté de faire croire que "tout était aux normes".

 

Mensonges avérés du ministre de l'agriculture

 

L'abattoir est fermé pour l'instant mais la pression du lobby de la viande parviendra inévitablement à obtenir sa réouverture...Et les animaux continueront à y être égorgés.

Je voudrais que les  photos de ces animaux baignant dans leur sang et leur vomi soient affichés sur les barquettes de viande dans les magasins...

 

"Il y a des primes pour ceux qui tuent le plus" : Chris, un ancien employé de l'abattoir Sobeval, témoigne

 

 - Mis à jour le  - 
Par France Bleu PérigordFrance Bleu

Périgueux, France

Il se présente comme employé de la Sobeval depuis huit mois. Chris a décidé de quitter son poste à l'abattoir de Boulazac, le jour de la diffusion de la vidéo de l'association L214.

Chris a travaillé pendant huit mois à l'abattoir Sobeval Chris a travaillé pendant huit mois à l'abattoir Sobeval © Radio France - Laurence Méride

Il a démissionné le 20 février, jour de la diffusion de la vidéo de l'association de protection animale L214. Lors de la manifestation organisée à Périgueux pour demander la fin de l'abattage des animaux sans étourdissement, Chris, qui se présente comme un ancien employé de l'abattoir Sobeval, a pris le micro. 

Chris, un ancien employé de Sobeval, témoigne au micro de France Bleu Périgord

Même s'il n'a pas voulu divulguer son nom de famille, il a décidé de témoigner à visage découvert sur les conditions de travail sur la chaîne d'abattage : "La barbarie, l'égorgement, le réveil d'animaux sur les chaines de dépeçage, ce n'est pas normal."  

Son intervention terminée devant la centaine de manifestants venus pour l'occasion, Chris a les larmes aux yeux : "J'ai vu des animaux le cou tranché, vomir par la gorge. Ce sont des choses que l'on n'oublie pas. Compte tenu de mes valeurs, je ne pouvais pas continuer à travailler.

Une prime pour celui qui tue le plus 

Le jeudi 20 février, une vidéo de L214, tournée entre novembre et décembre 2019, est publiée sur internet. Elle dénonce des erreurs dans l'étourdissement des veaux et de mauvaises pratiques pour l’abattage Casher et Halal à l'abattoir Sobeval situé à Boulazac en Dordogne. Le même jour, Chris décide de démissionner : "Cela faisait des mois que je n'en pouvais plus. Je rentre chez moi, je m'assois sur un canapé pendant des heures en me repassant les images de mes journées de travail. La vidéo a été un élément déclencheur dans ma décision de quitter mon poste." assure l'ancien employé. 

La vidéo a été un élément déclencheur dans ma décision de quitter mon poste

Chris reproche également à son ancien entreprise une course constante à la rentabilité. Selon l'ex-employé, un quota de veaux abattu est exigé par la direction. Les employés doivent abattre 90 à 120 veaux par heure "Dans les cas d'extrême cadence ça peut monter jusqu'à 140." affirme le père de famille. "Des primes de rentabilité sont distribués aux employés qui tuent le plus, qui dépècent le plus et qui mettent en barquette le plus vite.

Les salariés sous pression

Depuis plusieurs mois, Chris souhaitait alerter l'opinion publique sur les conditions de travail et d'abattage à Sobeval. Mais la tâche s'est avérée plus compliqué qu'il le croyait : "Nous n'avons pas le droit au portable pendant nos heures de travail. Un jour, j'ai quand même essayé d'en dissimuler un afin de prendre des photos mais il y a trop de caméras de surveillance. De plus, il y a une pression de la hiérarchie et des employés pour ne pas parler de ce qui se passe à l'intérieur.

Chris est resté en contact avec ses anciens collègues. Selon l'ex-employé, au lendemain de la publication de la vidéo de L214, une réunion a été organisée par la direction de Sobeval sur chaque chaîne d'abattage. Les dirigeants aurait alors déclaré aux salariés : "On trouvera ceux qui ont parlé, ceux qui ont diffusé la vidéo.

Vendredi 28 février, le ministère de l'Agriculture a demandé la suspension de l'abattoir, dix jours après la diffusion de la vidéo choc et après une inspection de l'abattoir à Boulazac.
Dans un communiqué publié ce samedi, 
la filière viande demande la réouverture de l'abattoir dès mardi prochain.

 

L'ENFER DES VEAUX À L'ABATTOIR SOBEVAL

 

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COMMENTÉE PAR HUGO CLÉMENT

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POURQUOI FAUT-IL FERMER D’URGENCE CET ABATTOIR ?

À l’abattoir Sobeval, en Dordogne, près de 700 veaux sont tués chaque jour, soit 90 animaux chaque heure. Intégré au groupe hollandais Van Drie, il s’agit d’un des plus gros abattoirs de veaux en France. 

La viande issue de cet abattoir peut être certifiée Label Rouge, bio ou encore Saveurs du Périgord. Les peaux des animaux sont vendues à des tanneries approvisionnant de grandes marques de luxe françaises, comme Chanel.

En abattage standard, les veaux sont étourdis avant d’être tués. Leur crâne est fracassé à l’aide d’un pistolet à tige perforante.Souvent, le tir est raté et une partie des animaux reprennent conscience avant ou pendant la saignée, sans qu’aucun étourdissement d’urgence ne soit pratiqué.

Pour l’abattage halal ou casher, les veaux sont généralement saignés sans étourdissement préalable. Certains sont suspendus, encore conscients sur la chaîne d’abattage. Ils peuvent agoniser pendant de longues minutes avant de mourir.

Merci de signer notre pétition pour demander la fermeture immédiate de l’abattoir Sobeval, où les violations de la loi, multiples et récurrentes, entraînent des souffrances accrues pour les animaux. 

Par ailleurs, sur la base d’avis scientifiques et vétérinaires, nous demandons au ministre de l’agriculture d’interdire l’abattage sans étourdissement, quelles que soient les raisons qui motivent cette pratique.

HALAL ET CASHER

Pour la viande halal ou casher, les veaux ne sont pas étourdis avant d’être saignés.

MOUVEMENTS DE SCIE

Certains sacrificateurs effectuent un mouvement de scie lors de la saignée, ce qui accentue la douleur ressentie par les veaux.

SAIGNÉS DEBOUT

Des veaux sont saignés debout, sans étourdissement. Ils s’écroulent sans être immobilisés, et mettent plus longtemps à mourir.

ÉTOURDISSEMENTS RATÉS

En abattage standard, de nombreux veaux sont mal étourdis.

DÉFAILLANCES

Les services vétérinaires semblent totalement indifférents au sort des animaux et aux nombreuses violations de la réglementation.

UNE VIE EN ENFER

Avant d’être tués, la plupart des veaux auront vécu dans un élevage intensif sans jamais avoir pu mettre une patte à l’extérieur.

85%

des Français sont contre l’abattage sans “étourdissement”, selon un sondage IFOP de 20201

« En raison des graves problèmes de bien-être animal liés à l’abattage sans étourdissement, un étourdissement devrait toujours être réalisé avant l’égorgement »
Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)

« L’abattage des animaux sans étourdissement préalable est inacceptable en toutes circonstances. »
Fédération des vétérinaires d’Europe

1Sondage Ifop pour la Fondation 30 millions d’amis réalisé en 2020.

3 PROCÉDÉS D'ABATTAGE
AUTORISÉS EN FRANCE

L'ABATTAGE STANDARD

Par principe, les animaux sont étourdis avant d’être saignés. Ils doivent être immobilisés pour que l’opérateur vise la zone qui les rendra inconscients.

Dans la pratique, de nombreux veaux peuvent recevoir plusieurs coups de pistolet pneumatique à tige perforante avant de perdre conscience : ils ne sont pas immobilisés, ils sont effrayés et cherchent à fuir, les tirs ne sont pas précis… En cas de raté, s’ils ne sont pas de nouveau étourdis, ils sont saignés encore conscients. 

Dans cet abattoir, tous les étourdissements sont pratiqués en violation avec la réglementation !

L'ABATTAGE CASHER

Pour la viande casher, les veaux ne sont pas étourdis avant d’être saignés. Dans ce cas, la réglementation exige que les animaux soient immobilisés, égorgés de manière franche puis, uniquement après un contrôle de la perte de leur conscience et de leur sensibilité, relâchés du box. 

Dans la pratique, l’incision est réalisée avec des cisaillements et leur perte de conscience ou de sensibilité n’est jamais contrôlée. Les animaux sont relâchés du box rapidement ce qui a pour conséquence d’accroître leurs souffrances.

L'ABATTAGE HALAL

Pour la viande halal, les veaux ne sont pas étourdis avant d’être saignés. Dans ce cas, la réglementation exige que les animaux soient immobilisés, égorgés de manière franche puis, uniquement après un contrôle de la perte de leur conscience et de leur sensibilité, relâchés du box. 

Dans la pratique, leur perte de conscience ou de sensibilité n’est pas contrôlée, ils sont relâchés rapidement ce qui a pour conséquence d’accroître leurs souffrances.

 

 

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