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S'unir conte Amazon

Par Le 12/03/2019

Amazon a révolutionné notre façon d’acheter des livres. Pour le meilleur… mais aussi pour le pire. Certes, le catalogue est gigantesque, le service ultra rapide et le coût, économique. Mais Amazon, c’est surtout une mutinationale championne de l’optimisation fiscale qui écrase les libraires, le tout, sans grande considération pour l’écologie. Alors, pour riposter, 2 500 libraires indépendants ont décidé d’unir leurs forces au sein de lalibrairie.com, une alternative pratique et précieuse qui gagne à être connue.

Source : Efired / Shutterstock

Le 3 mars dernier, France Inter a consacré une chronique à cette librairie en ligne bien décidée à concurrence Amazon (qui pèse déjà 50% des ventes de livres en ligne…). Créée en 2009, lalibrairie.com, compte désormais 350 000 ouvrages référencés qu’on peut soit récupérer dans la librairie partenaire la plus proche de chez soi, soit se faire livrer à domicile en 24 à 72 heures pour des frais de port variant entre 50 centimes et 4€.

Mais alors, si on choisit la livraison à domicile, pourquoi préférer lalibrairie.com plutôt qu’Amazon chez qui les frais de porte sont offerts ? Pour avoir la réponse à cette question, il suffit lire l’interview de Georges-Marc Habib, président de la Général Librest, société propriétaire de lalibrairie.com sur ID L’Info durable. Extrait :

« Nous sommes installés sur le territoire français, nous payons nos salariés qui sont tous en CDI à temps complet et nous leur versons des primes en fonction de nos résultats. Nous sommes inscrits dans une vision sociale de ce que doit être une entreprise responsable vis-à-vis des gens avec qui elle travaille. De plus, nous travaillons avec une réseau de 2 500 points libraires, des sociétés elles-mêmes installées de manière locale, qui paient correctement leurs salariés et leurs impôts. »

Autrement dit, choisir lalibrairie.com, c’est défendre une certaine idée de la justice fiscale, c’est préserver les acteurs économiques existants et c’est encourager la vitalité du commerce local tout en profitant d’un service efficace et moderne. Alors certes, ce genre de choses a un léger coût, mais nous aurions vraiment tort de nous en priver.

Pour en savoir plus, lire l’article d’Info Durable ici ou écouter la chronique de France Inter .

Le système

Par Le 12/03/2019

L’image contient peut-être : texte

C'est étrange mais j'y vois également ce que devrait être un enseignant : répondre à une demande et accompagner. Sauf que l'enseignement en France se fiche de la demande : il impose ses choix. Du coup, l'enseignant n'accompagne pas : il marche devant et exige qu'on le suive. Inévitablement, la troupe s'étire et les retardataires réfractaires seront invités à quitter la trace principale. Ils ne sont aucunement inaptes à apprendre : c'est juste qu'ils freinent le groupe parce qu'on leur impose des apprentissages qui ne leur correspondent pas. Ils pourraient développer d'autres connaissances et vivre différemment mais le système va les convaincre de servir ceux qui après avoir suivis le chef de clan auront accédé à un poste d'envergure. Ils seront donc leurs "employés". 
Et le système réclamera bien entendu aux "élites" d'entretenir le système qui les a rendus "heureux"...
Et aux "employés" de remercier les élites de leur permettre, malgré leur "ignorance", de trouver une place. 
On a tout faux.

C'est certainement l'approche du départ à la retraite mais je m'interroge grandement sur ce que j'ai fait pendant 37 ans dans ma classe.

 

Hier soir, je travaillais sur un roman et j'écrivais ça :

"« La mondialisation, c’est l’intrusion du monde dans ton esprit. Attends ! non, c’est même pire que ça. C’est le don de ton esprit au monde. Un don d’organe inconscient. Tu te rends compte ? C'est toi qui poses la tête sur le bûcher. Même pas besoin d'un bourreau pour te maintenir. Tu laisses le monde entrer. Et là, tu es mort. »"

"Je suis le climat"

Par Le 10/03/2019

Théorie de l’effondrement : « Le système actuel de représentation démocratique opère un rétrécissement de la pensée »

JE SUIS LE CLIMAT - OFFICIEL·LUNDI 10 DÉCEMBRE 2018

Entretien avec Corinne Morel Darleux Par Pierre Gilbert

Corinne Morel Darleux est conseillère régionale d’Auvergne-Rhône-Alpes pour le Parti de gauche. Elle écrit tous les mois pour Reporterre, divers blogs et tient une chronique mensuelle à Là-bas si j’y suis. Elle est notamment l’auteur de L’écologie, un combat pour l’émancipation (Bruno Leprince, 2009) et a coordonné la rédaction du manifeste des 18 thèses pour l’écosocialisme qui marque l’apparition du terme écosocialisme en France. Elle fait partie de ces nouveaux penseurs de l’écologie politique et c’est à ce titre que nous avons voulu l’interroger.

LVSL – On voulait revenir sur l’article que vous avez écrit pour Reporterre, qui a été publié le 19 juillet et qui est intitulé « face à l’effondrement formons des alliances terrestres » où vous évoquiez votre rapprochement avec la collapsologie. C’est une théorie qui avait plutôt le vent en poupe, notamment dans les milieux libertaires et les milieux écologistes. En ce qui vous concerne, vous citez Asimov et semblez évoquer la justesse ontologique du personnage-clé de la saga Fondation, Hari Seldon, qui consiste à tout faire pour réduire la période de transition post-effondrement, caractérisée par le chaos. Cependant, vouloir relativiser l’impact de l’effondrement ce n’est pas d’une certaine façon l’accepter ? Et est-ce qu’on peut moralement accepter la fatalité du dépérissement d’une partie de la population, quand on est responsable politique ?

Corinne Morel Darleux – J’ai toujours pensé que quand on était dans une situation trop compliquée pour l’évaluer finement et savoir comment il convient d’en parler, le plus simple était de dire les choses avec honnêteté. Je ne sais pas si on va vers un « collapse », c’est-à-dire un effondrement systémique, global, de la civilisation humaine à l’échelle mondiale. En revanche, on l’a souvent dit, mais cette fois je crois qu’on y est : le monde tel que nous le connaissons est en train de foutre le camp. Pardon de l’expression, mais c’est la plus illustrée qui me vient à l’esprit. Je parle du climat, de la raréfaction des ressources naturelles, de la destruction des écosystèmes et du rythme effarant d’extinction des espèces, naturellement, mais pas seulement : le système de croyances sur lequel s’appuie notre société est lui aussi en train de s’effondrer. La croissance n’apporte plus la prospérité, les forces de l’ordre ne sont plus gage de sécurité. Il va bientôt falloir plus d’énergie pour extraire un baril d’hydrocarbures que d’énergie produite par ce même baril. L’Union européenne qui devait nous protéger ne le fait de toute évidence pas. L’impôt est détourné des services publics et du patrimoine de ceux qui n’en ont pas. On ne croit plus les informations qu’on lit sur les réseaux et même Le Gorafi ne trouve plus les mots. Les écrans sont omniprésents et refaçonnent le « vivre ensemble ». L’égalité se heurte aux délits de faciès. La solidarité devient un délit. Les élus représentants du peuple se font agents des lobbies. Bref : la solidarité, le progrès, la démocratie apparaissent aujourd’hui à la plupart des gens comme autant de mythes dont la valeur est en train de dévisser.

Simultanément, d’autres ontologies, d’autres visions et manières d’être au monde, émergent ou réapparaissent : des mouvements, groupes, médias et réseaux alternatifs ; des ZAD au Rojava, dans les squats et les réseaux d’entraide, mais aussi dans les mouvements climat et les milieux universitaires, on réinvente l’autogestion, l’action directe ou le municipalisme libertaire. Un peu partout, des gens réfléchissent et expérimentent le dépassement du dualisme nature-culture, du capitalisme, de la foi en la technologie et du progrès infini qui ont jusqu’ici conditionné une grande partie de notre civilisation dite « thermo-industrielle ». On assiste il me semble à ce qui pourrait bien être un regain de l’anarchisme et au retour d’intellectuels, d’artistes, de scientifiques et d’universitaires engagés.

LVSL – Ce que vous dites est assez contre-intuitif, on a plutôt l’impression que les choses ne bougent pas beaucoup. Quelles sont vos sources, où allez-vous chercher ces signaux faibles ?

CMD – Je n’ai pas besoin d’aller très loin en réalité. Juste de garder les yeux ouverts. Je me suis intéressée par exemple cet été aux travaux d’un explorateur contemporain, Christian Clot, qui vient de publier un bouquin sur la première étape de son projet. Il a passé 4 fois un mois dans les milieux les plus extrêmes de la planète (plus chauds, plus froids, plus secs, plus humides…) avec une équipe de scientifiques. Ils ont évalué les modifications physiologiques et les capacités, à la fois du corps humain et du cerveau, à s’adapter à des conditions climatiques extrêmes et très variables. Voilà par exemple le type de travaux utiles sur lesquels se pencher pour anticiper des conditions de vie sur terre qui ne seront plus du tout les mêmes.

Je suis avec beaucoup d’intérêt ce qui se passe du côté de Bizi, Alternatiba et Attac, qui sont en pleine mutation il me semble. Cela indique qu’il se passe des choses du côté de cette fameuse « société civile » dont on désespérait de comprendre un jour qui elle désigne. Je ressens aussi pas mal de complicité intellectuelle avec des gens comme Pablo Servigne, Nico Haeringer de 350.org ou François Ruffin. En fait c’est assez éclectique : je suis avec beaucoup de curiosité ce qui se passe du côté de Lundi matin, des réseaux de luttes des ZAD aux migrants ou de certaines maisons d’édition. Je m’informe auprès de Reporterre ou Mediapart. Sur le terrain des idées et des entretiens je lis Ballast, Uzbek et Rica, l’excellente nouvelle revue Terrestres. J’essaye de garder le fil de ce que racontent Damasio ou Lordon, je me suis remise à lire en anglais pour The Guardian notamment. Et je n’oublie pas de discuter de tout ça avec mes amis peu politisés ou mes voisins de ruralité. Voilà, ce n’est pas exhaustif ni systématique, sinon il me faudrait un plein temps et deux vies : pour ça Internet et son pouvoir de propagation sont autant un bienfait qu’une malédiction !

LVSL – Et tout ça vous dit que ça bouge, réellement ? N’est-ce pas un effet d’optique ?

CMD – Je n’en sais rien, c’est difficile d’embrasser tout le paysage pour pouvoir l’affirmer, mais il se passe des choses, c’est indéniable : des percussions certes marginales, mais fondamentales. C’est le cas en France, mais aussi en Allemagne avec le blocage de cette mine de charbon, aux États-Unis autour de 350 et de Bill Mc Kibben ou Naomi Klein, en Angleterre comme en témoigne l’opération de désobéissance civique de masse « Extinction Rebellion » lancée ce mois-ci à Londres avec le soutien de nombreux académiques, de la jeune Suédoise Greta Thunberg ou du journaliste du Guardian George Monbiot, et 500 activistes formés et prêts à aller en prison : ce n’est pas rien.

LVSL – Est-ce que voir toute cette activité vous rend plus optimiste vis-à-vis d’un possible « effondrement » ?

CMD – Je ne dirais pas ça ! Mais peu importe : il ne s’agit pas ici d’optimisme ou d’espoir, mais de lucidité. Ces éléments forgent une conscience éclairée et viennent bousculer pas mal d’habitudes, dans la pratique comme dans le discours politique : celle par exemple de parler d’un « peuple » qui en réalité n’est pas constitué, ou de « transition écologique » alors que c’est une véritable révolution qu’il faudrait. De même que je me refuse à induire l’idée qu’on pourrait encore rester sous les fameux +1,5°C ou changer le système par une stratégie de conquête du pouvoir ou de révolution citoyenne. Soyons clairs, je ne dénigre pas celles et ceux qui continuent ce combat : je l’ai porté, j’ai défendu ces positions et j’y ai cru sincèrement. Mais il me semble aujourd’hui que ce système électoral est faussé, plus ou moins gangrené selon les pays, manipulé par les réseaux sociaux, les médias ou les lobbies – et même désormais la justice : regardez le « lawfare » au Brésil, où le juge Moro, celui qui a organisé l’empêchement de Lula, est désormais Ministre de Bolsonaro ! J’espère sincèrement me tromper, mais partout c’est de plus en plus clair, il me semble : ils ne nous laisseront jamais gagner.

Et quand bien même ce serait le cas, serions-nous préservés de l’attrait de la monarchie présidentielle ? Saurions-nous sortir des griffes des traités européens, éviter la faillite morale et politique qu’a connue Tsipras en Grèce ? Contourner les médias d’actionnaires ? Eviter les coups de corne des lobbies planétaires ? Mettre en place une fiscalité révolutionnaire et sortir du capitalisme tout en conservant notre capacité à financer les investissements nécessaires ? J’en suis moins certaine aujourd’hui. Peu importe mes doutes, vous allez me dire, et c’est vrai : ça vaudrait le coup d’essayer, c’est certain… Si on en avait le temps. Or je me sens de plus en plus inconséquente – mais une fois encore, c’est très personnel – à dire à la fois que la situation est grave et la riposte urgente, et « en même temps » à jouer le jeu lent et pipé du changement par les élections.

Enfin, il faut dire une chose clairement, du moins en être conscient : le processus électoral nous coupe les ailes. Certes, une campagne est un accélérateur de conscience. Mais je doute, après en avoir vécu sept, que cette conscience fraîchement acquise, principalement à l’occasion du spectacle qu’est la présidentielle, soit toujours durable. Elle touche moins massivement et rapidement les consciences en tout cas que le rythme et l’ampleur auxquelles les conditions matérielles d’existence les étouffent. Autre point rarement évoqué et pourtant crucial : le système de désignation de candidats, quel qu’il soit, provoque des dégâts énormes, détourne les énergies et exacerbe la compétition interne. La recherche de suffrages mobilise une énergie folle, or je voudrais rappeler que le mythe réconfortant de David contre Goliath sort de la Bible… Tout ça nous coûte extrêmement cher en fraternité humaine et en temps. Et puis insidieusement, pour gagner des voix, la tactique prend le pas sur le projet, l’élargissement des bases électorales nécessite de « s’allier » ou de « fédérer » plus largement. Et tout le monde a bien compris qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens.

Bref, je ne suis pas loin de reprendre à mon compte le cri libertaire d’« élections, piège à cons » . Je vais continuer à militer, et à voter, mais je veux attirer l’attention sur le fait que tout miser sur les élections c’est autant de forces que nous ne mettons pas à changer radicalement les choses ici et maintenant. Je ne jette pas la pierre à ceux qui s’y consacrent, mais pour moi aujourd’hui ce n’est plus la priorité où placer mes énergies, je n’en ai plus envie et je crois réellement que nous n’avons plus le temps.

LVSL – Mais alors si le système électoral est pipé et trop lent face à l’urgence, il faudrait arrêter de militer au sein des partis selon vous ?

CMD – Pas du tout. Mais il faut le faire lucidement, là où on se sent accueilli, nourri et surtout utile, avec une discipline personnelle qui pour moi consiste à se réinterroger régulièrement pour vérifier qu’on est toujours en phase et qu’on y prend toujours du plaisir, car c’est déjà suffisamment ingrat comme ça de militer en ce moment. Franchement, continuer à faire des choses juste par la force de l’inertie, parce que c’est ce qu’on a toujours fait, c’est la mort. Et puis parfois, faire un pas de côté est le meilleur moyen de ne pas se décourager.

Ce que je veux dire c’est simplement qu’il faut garder les yeux ouverts sur les mutations du monde actuel, les signaux faibles qui nous parviennent du futur, les tectoniques de la société, même dans les interstices, car c’est parfois des marges que viennent les changements les plus profonds. Ne pas regarder tout ça avec beaucoup d’attention et de sérieux, c’est se mettre hors-jeu, et faire de la politique hors-sol. Je ne dis pas que les thématiques « classiques » sociales ne devraient plus requérir notre énergie militante bien sûr. Tout au contraire, et c’est d’ailleurs tout l’objet de l’écosocialisme de faire ce lien entre exploitation sociale et destruction des écosystèmes, de montrer que les deux relèvent des mêmes mécanismes de prédation capitaliste. En sorte que la réponse doit donc être elle aussi systémique – et anticapitaliste. La validité de l’écosocialisme est renforcée aujourd’hui par les questions climatiques qui heurtent de plein fouet les inégalités sociales et les rendent plus critiques que jamais.

LVSL – En quoi « l’effondrement » vient-il valider l’importance d’une justice sociale ?

CMD – Non seulement les plus pauvres sont les premiers à prendre de plein fouet les aléas climatiques qui se multiplient et gagnent en intensité. Mais surtout, on risque fort au fur et à mesure de l’aggravation des pénuries d’aller non pas vers un effondrement global, mais vers une société à deux vitesses. C’est une hypothèse probable : l’effondrement n’est pas à l’abri de la lutte des classes, et je doute fort que tout le monde, à la surface de la Terre, soit touché de la même manière. Naomi Klein a dit dans une conférence à laquelle j’assistais que le climat était la traduction atmosphérique de la lutte des classes, j’adhère totalement à cette jolie formulation.

On ne peut pas dissocier les deux. Une étude financée par la NASA est revenue il y a 4 ans sur les différents effondrements qui ont déjà eu lieu par le passé. Elle pointe le fait que de manière systématique dans l’histoire, les sociétés « craquent » au moment où deux critères sont réunis : le premier, c’est la surexploitation des ressources naturelles et le deuxième, c’est l’explosion des inégalités sociales. Ce que confirme la collapsologie (l’examen transversal pluridisciplinaire de différents aspects annonciateurs d’un effondrement civilisationnel), en d’autres termes, c’est qu’on est arrivé au moment où ces deux ingrédients sont réunis. Or ces derniers nous intéressent directement : ce sont quand même les deux piliers de nos combats politiques sur le terrain. Il faut l’entendre et commencer à se préparer à la possibilité de cet effondrement. Donc pour moi, si on ne se laisse pas littéralement affecter par la possibilité de l’effondrement, en tant que responsables politiques, en tant que militants et même en tant que citoyens, on est hors-sol par rapport à la manière dont le monde est en train d’évoluer autour de nous.

Donc, il ne s’agit pas d’abandonner ce terrain, moins que jamais ! Je dis juste : attention, le monde est en train de changer, à une vitesse stupéfiante et nous devons d’urgence accepter de questionner nos certitudes et nos habitudes, d’ouvrir notre pensée à ce qui se passe dehors et adapter nos pratiques politiques en conséquence, sous peine sinon d’être fossilisés.

LVSL – « Ouvrir notre pensée », dans un monde où on a le sentiment de courir en permanence et de manquer de temps, comment fait-on?

CMD – Sans doute faudrait-il trouver le moyen de davantage déconnecter le fait de militer, ce qui inclut pour moi le fait de s’activer sur le terrain, mais aussi de prendre le temps de nourrir sa pensée, de l’injonction permanente de commenter l’actualité, avec des sujets « importants » qui changent chaque jour, l’obligation de se « faire un nom » et de rechercher la visibilité, objectifs qui ne sont certes pas condamnables en soi, mais qui sont de plus en plus pollués par la prime à la polémique et à l’agressivité, que ce soit sur les plateaux télévisés ou les réseaux sociaux. Peut-être faudrait-il aussi inventer d’autres stratégies d’impact que la recherche d’effets de masse lors de manifestations ou de marches. Enfin, je ne dois pas être la seule à être exaspérée de devoir toujours demander : à Emmanuel Macron, à Laurent Wauquiez, à la SNCF, au Préfet, aux députés ou à je ne sais qui, de faire ceci ou au contraire de ne pas faire cela…

En fait j’ai le sentiment que tout le système actuel de « représentation démocratique », basé sur les élections, opère un rétrécissement de la pensée, réduit trop souvent l’action au fait de pétitionner ou de réclamer, et piège l’activité politique dans le tunnel du temps court. C’est une défaite à la fois intellectuelle et militante, et pour moi un constat d’échec. J’ai essayé, pendant dix ans. Aujourd’hui je ne crois plus au fait qu’on puisse réinventer ce système politique suffisamment, assez rapidement, et encore moins avec les mêmes gens. Mais il existe plein d’autres manières de militer, et heureusement ! Depuis trois ans j’ai fait pas mal de pas de côté, je suis allée musarder ailleurs, j’ai beaucoup lu, écouté, observé et débattu. Il reste, je crois, des modes d’action et de pensée politique à (ré)inventer.

LVSL – Quels sont selon vous les objectifs prioritaires du militantisme politique dans ce contexte difficile que vous décrivez ?

CMD – Aujourd’hui, de mon point de vue – qui peut encore évoluer – ressortent deux grandes priorités : un, préserver ce qui peut et doit l’être de notre civilisation, de l’anthropocène, ou capitalocène si vous préférez. Deux, anticiper et préparer le monde d’après.

Sur le premier point, on a le constat de ce qui ne va pas, si on rassemble l’apport des mouvements anticapitalistes et de l’écologie politique depuis les années 70, on peut probablement dire qu‘on en maîtrise à peu près l’analyse et les mesures qu’il faudrait mettre en œuvre, même si ce serait à actualiser au vu des effondrements multiples qui s’opèrent et provoquent des mutations rapides. Mais globalement les racines du système restent inchangées – pour l’instant – et on en a quand même discuté un nombre incalculable de fois ; ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. Je me trompe peut-être, mais il me semble que si la question était correctement posée, les gens sauraient assez bien identifier ce qu’ils veulent sauver dans cette société – pour peu que la publicité et les médias leur laissent un peu de « temps de cerveau disponible » pour ça. Ce ne serait pas simple, mais disons que c’est à peu près clair.

Sur le second point en revanche, on est dans l’angle mort. C’est d’ailleurs assez déconcertant. À moins que ça m’ait échappé, aujourd’hui il n’y a guère qu’en politique qu’on ne fait pas de prospective. Les compagnies d’assurance ont des postes dédiés à cette tâche précise qui consiste à explorer ce qui s’écrit, se dit, émerge tout autour du globe et à y détecter les signaux faibles du futur. Les multinationales font des plans, l’armée, la NASA également. Nous on court derrière Macron. Bien sûr, je force un peu le trait, mais malheureusement pas tant que ça en réalité. J’ai le sentiment que le temps du débat d’idées, de la réflexion intellectuelle, de la lecture de documents de fond se perd. Ce n’est pas spécifique à la politique, et il y a certainement des raisons exogènes à ça, à commencer par la manière dont les téléphones multi-fonctions accaparent notre attention et diminuent notre capacité de concentration. Mais c’est un fait : beaucoup de politiques ne lisent pratiquement plus que des messages de 140 caractères.

Il y a pourtant beaucoup d’enseignements et de sources d’inspiration, de réflexion, à puiser dans la lecture. Et je ne parle pas uniquement des essais de sociologie, mais aussi des fictions ou de la philosophie. Ainsi du « catastrophisme éclairé » du philosophe Jean-Pierre Dupuy, qui défend la thèse selon laquelle tant que la catastrophe est possible, mais pas certaine, les êtres humains trouveront toujours plein de bonnes raisons pour ne pas agir, notamment en exagérant la possibilité des solutions techniques ou de géo-ingénierie par exemple. C’est une manière de mettre la poussière sous le tapis. Ce que professe Dupuy, c’est, à l’inverse, de partir du postulat que la catastrophe est inéluctable et de la regarder en face pour justement se remettre en capacité d’agir. C’est totalement contre-intuitif, mais précisément je trouve que c’est une réflexion très inspirante. Cela rejoint la réflexion d’Isaac Asimov dans la trilogie de science-fiction « Fondation ». Évidemment il ne s’agit pas de plaquer un récit sur le réel, nous ne sommes pas dans un empire galactique et nous ne disposons pas de psycho-historien comme Hari Seldon, mais ça vaut le coup de s’attarder deux secondes sur l’idée qui y est développée : plutôt que de mettre toute notre énergie à éviter une catastrophe qui est inévitable, attelons-nous à préparer l’après, à faire en sorte que la période de chaos ne dure pas trop longtemps, soit la moins inégalitaire possible, et qu’elle puisse ouvrir d’autres horizons possibles… ça me semble intéressant.

LVSL – « Intéressant » certes, mais aussi potentiellement démobilisateur si on considère que la catastrophe ne peut pas être évitée, non ? Dans le cas du climat, ça voudrait dire qu’on arrête les efforts pour limiter nos émissions de gaz à effet de serre…

CMD – Oui, et c’est pourquoi je n’en fais pas une bannière. Même si je pense que la bataille du +1,5°C – et probablement du +2°C – est perdue, je persiste à penser qu’il faut continuer à mener une lutte de tous les instants sur le volet « atténuation », c’est-à-dire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. On estime du côté de la communauté scientifique que même si tous les engagements pris à la Cop 21 étaient respectés on irait vers une hausse des températures comprise entre 3,2 et 4 degrés. Or on sait que ces engagements ne sont pas tenus. En 2017 il y a eu une augmentation de 3% des émissions de gaz à effet de serre en France alors qu’elle devrait les réduire de 2,2 % par an ! Mais une fois qu’on a dit ça on n’a rien conclu : selon que l’on sera à +2, +3 ou +4 degrés, l’impact sera drastiquement différent et chaque augmentation sera pire que la précédente, à cause des phénomènes d’emballement, des seuils de rupture qui font que le réchauffement n’est pas un phénomène linéaire, mais une courbe qui peut basculer dans l’exponentiel. Je prends souvent l’exemple de la fonte du permafrost, ce sol qui est gelé toute l’année dans certaines parties du globe. Il fond, et en fondant il libère du méthane, qui est un gaz à effet de serre très puissant, ce qui aggrave le dérèglement climatique, ce qui entraîne une augmentation du dégel du permafrost, etc. La hausse de la courbe des températures ne va pas être linéaire. Il va donc falloir aller sauver chaque dixième de degré, et ce, pas en 2020 ou en 2050, mais dès maintenant : on en est déjà, sur cette échelle, à +1,1°C.

Mais il faut aussi réfléchir à l’après, au volet « adaptation » : des choses sont en train de changer de manière irrémédiable, d’autres vont l’être et doivent être anticipées. La hausse du niveau des mers, la multiplication des épisodes de sécheresse, le changement local de climat, de végétation, l’extinction de certaines espèces, l’augmentation des risques de conflit armé et la rareté de certaines ressources naturelles qui viennent à épuisement : la question n’est pas de savoir si on a envie que ça arrive ou non. On a laissé passer la période historique durant laquelle on pouvait encore se payer le luxe de poser cette question et d’y répondre par des actes politiques forts. Désormais, on y est. Et on commence à constater que tous ces effondrements sont plus violents pour les plus fragiles : les petits, les minorités, les précaires.

C’est aussi une des choses sur lesquelles la fiction, les dystopies plus précisément, attirent notre attention : de Rollerball aux Fils de l’homme, c’est le risque de cette société à deux vitesses dont on parlait tout à l’heure. Un monde futur dans lequel ce qu’il reste de ressources, de pétrole, d’air, d’eau, de végétation est concentré entre les mains de quelques privilégiés pendant que la masse essaye de survivre avec trois fois rien. Ça vaut le coup de s’y attarder ! C’est d’ailleurs aussi ce que décrit Bruno Latour dans son livre « Où atterrir » : ce sont bien des riches qui sont en train de faire sécession et de se mettre à l’abri. Eux anticipent et font de la prospective…

Ensuite, de la même manière que je suis lasse de voir s’écharper les adeptes du petit geste individuel (qui malgré ses limites reste un premier pas nécessaire : personne ne passe directement de la prise de conscience devant sa télé au sabotage d’un chantier, ce n’est pas vrai) et les purs et durs de l’anticapitalisme (agréablement vertébrés, mais souvent surplombants et pas toujours les plus efficaces), ou encore les localistes et les jacobins, il faut dire que les efforts menés pour l’atténuation et l’adaptation ne s’opposent pas, ni ne se neutralisent. Les mesures qui vont dans le sens de la relocalisation, de l’autonomie alimentaire dans les territoires, de mobilité sans pétrole, d’économies d’énergie, de réappropriation des savoirs manuels, le fameux DIY (do it yourself) ou la démocratie directe : tout ça vaut dans tous les cas, que l’effondrement arrive ou pas. Finalement on peut presque renouveler le Pari de Pascal – laïque celui-là – : dans tous les cas de figure, on aura contribué à une société plus juste, plus épanouissante et dans laquelle il fait mieux vivre.

En tout cas pour ce qui me concerne, je pense vraiment de plus en plus qu’il faut soit arrêter de dire qu’il y a urgence, soit accepter qu’il n’y a pas une solution unique, qu’il n’y a pas de baguette magique et qu’en réalité personne ne sait à 100 % ce qu’il convient de faire tant la situation s’annonce inédite. Dès lors, toutes les alternatives qui sont en train de se construire, les changements de comportements individuels comme celles qui relèvent d’organisations collectives, qu’elles se conduisent à l’échelle locale, communale ou étatique, ne peuvent être balayées du revers de la manche – à partir du moment où elles sont sincères et dignes. C’est-à-dire à partir du moment où on n’utilise pas la question de l’effondrement, de la démocratie ou du climat, pour servir des intérêts économiques, d’ego ou électoraux. Pour moi aujourd’hui les vrais coupables à pointer du doigt c’est ceux qui savent, qui pourraient changer les choses, et ne le font pas de manière délibérée. Ça laisse largement le choix de ses cibles, et la marge pour ne pas se tromper d’ennemi.

Enfin, tout ce qu’on fait aujourd’hui en termes de militantisme, d’organisation collective, c’est autant de réseaux d’entraide et de solidarité de gagnés pour demain, car je ne crois pas à l’émergence de coopérations spontanées au plus fort de la crise, et qui plus est d’une crise durable, faite de pénuries et de privations. C’est aujourd’hui qu’il faut construire ces liens.

LVSL – Dans les scenarii qui sont mis en avant il y a aussi ces possibilités-là. Pour revenir à la fiction, vous avez d’autres exemples de la manière dont elle peut nous aider ?

CMD – Oui, personnellement cela fait 2 ou 3 ans que j’y ai de plus en plus recours, que ce soit dans mes conférences ou à travers des chroniques de l’effondrement ; je me réfère à des dystopies, des romans d’anticipation ou des films, et des histoires post-apocalyptiques il y en a eu beaucoup depuis les années 50 ! Je le fais pour plusieurs raisons. D’abord pour accrocher l’attention et être audible, il est bon de temps en temps de sortir des grands discours théoriques et de se référer à de la culture populaire. Quand on parle de Mad Max ou de Matrix, il y a des gens auxquels ça parle beaucoup plus que de parler d’écosocialisme et de théorie critique du marxisme.

L’autre chose, et je rejoins l’auteur de SF Alain Damasio sur cette question, c’est que la fiction opère comme des lunettes du réel. Elle permet de mettre à juste distance pour mieux appréhender des sujets qui sont peut-être trop durs à regarder quand ils se situent dans le réel, trop proches et trop effrayants comme le sont les épisodes climatiques extrêmes – a fortiori la perspective de l’effondrement. Paradoxalement, la fiction met à distance, mais elle porte aussi une dose d’affect qui n’est pas la même que dans le réel, et qu’on ne trouve pas dans les essais ou les rapports scientifiques. Il y a un récit, une intrigue, des personnages, des émotions, qui permettent de faire appel pas uniquement à l’aspect rationnel du cerveau, mais aussi d’incarner des idées et à tout un chacun de s’y projeter plus facilement. Pour toutes ces raisons, la fiction est un médiateur assez intéressant par rapport à ce discours très anxiogène du changement climatique et de l’effondrement. Cela permet enfin de renouveler un discours politique qui manque d’originalité et a fait son temps. Ce n’est finalement rien d’autre que du « soft power » appliqué à l’intérêt général, une bataille culturelle pour repolitiser l’imaginaire et en changer les référents…

LVSL – Restons sur cette idée d’« imaginaire ». Qu’apporte-t-il à ce que vous aviez déjà produit dans le cadre des 18 thèses pour l’écosocialisme publiées en 2013 ? Avez-vous pensé de nouveaux concepts pour l’écosocialisme depuis ?

CMD – L’écosocialisme reste un invariant, mais il a besoin de s’appuyer de nouveaux référents. Ceux qui conditionnent notre manière même de penser et d’être au monde sont aujourd’hui largement corsetés par l’injonction productiviste et consumériste. On est sans cesse bombardés de publicité, d’effets de mode, d’impératif de « réussite ». Comme si les normes sociales n’étaient pas assez pesantes. L’ère numérique et l’arrivée des réseaux sociaux ont développé une nouvelle uniformisation des désirs et des plaisirs. Je ne développerai pas, je suis déjà très longue… Toujours est-il qu’on a besoin, comme le disait Serge Latouche, de « décoloniser » notre imaginaire, ce qui implique d’abord de « désapprendre », se désaccoutumer de ces drogues dures du système que sont les énergies fossiles, le TINA (there is no alternative) ou la rentabilité du capital. Il s’agit de déconstruire notre système de pensée à la manière du pas de côté que font les personnages de l’An 01 de Gébé (« on arrête tout, on réfléchit, et ce n’est pas triste »). C’est une étape nécessaire pour se dessiller le regard et ainsi pouvoir, dans un second temps, reconstruire, avec de nouveaux mots, de nouveaux récits et figures, une vision plus adaptée au monde réel, et surtout au monde d’après tel qu’on aimerait le voir advenir.

Walter Benjamin faisait remarquer que déclin ne veut pas dire disparition. De même l’effondrement peut être une métamorphose. C’est une lecture – encore – qui m’a fait appréhender réellement cette possibilité : Dans la Forêt, de Jean Hegland. Je conseille à tous vos lecteurs de la lire…

LVSL – D’autres notions pour enrichir l’écosocialisme ?

CMD – Dans la série des petites lumières qui éclairent le chemin, j’ai été très inspirée par la thématique de « survivance des lucioles », du titre d’un livre de George Didi-Huberman qui revient sur un texte de Pier Paolo Pasolini. Plus précisément deux textes : le premier parlait de lucioles de manière joyeuse et optimiste, le deuxième, des années plus tard, au ton fataliste et défaitiste soulignait la mort de ces mêmes lucioles, avec évidement des parallèles politiques très forts. Moi-même je ne sais pas à quel moment de la vie de Pasolini je me situe par rapport à ces lucioles. Mais voilà, on a besoin de ces petits repères lumineux dans la nuit qui s’avance, et il me semble qu’il y a des notions, des idées, des concepts très inspirants qui peuvent aussi donner la force et l’espoir de s’engager sur ce chemin, pas forcément à reculons, mais de manière plus volontariste et apaisée. Walter Benjamin, encore, parlait d’ « organiser le pessimisme ». J’aime bien cette idée.

Je travaille aussi à un projet de livre sur le « refus de parvenir ». J’y parle d’un homme, le navigateur Bernard Moitessier. Il y a bientôt 50 ans, lorsqu’il était en passe de remporter la première course autour du monde en voilier, en solitaire, sans escale, et sans assistance extérieure, Moitessier refuse, à la surprise générale, de remonter vers la vieille Europe et son monde d’argent consumériste avec lequel il avait beaucoup de mal. Ce jour-là, il a catapulté avec son lance-pierres, sur le pont d’un cargo pétrolier, un message qui disait qu’il ne rentrait pas, car il était heureux en mer et peut-être, écrivait-il, pour sauver son âme. Il y a, autour de cette notion de refus de parvenir, des choses tout à fait subversives et un fil intéressant à tirer. C’est ce que je m’emploie à faire. Je tourne aussi beaucoup autour d’une formule que j’ai relevée cet été dans le manifeste politique de l’association Bizi, intitulé « Burujabe » – du basque Buru (tête, personnalité) et Jabe (maître, propriétaire). Bizi y parle de « cesser de nuire », c’est-à-dire de ne pas piétiner les conditions de vie des autres, de vivre à la hauteur de la capacité écologique, de cesser d’importer des matières pillées ou d’exporter nos déchets… Cette idée, tout comme le « refus de parvenir », s’inscrivent dans la lignée de la critique de la rivalité ostentatoire théorisée par l’économiste Thorstein Veblen par exemple. Mais elles permettent aussi d’hybrider dans mon esprit des réflexes de gauche anticapitaliste avec des notions d’inspiration plus libertaire, comme la « souveraineté individuelle » qui fait écho à la puissance d’agir de Spinoza, ou l’idée, sur laquelle je travaille beaucoup également en ce moment, de « dignité du présent ».

LVSL – « Dignité du présent »… C’est-à-dire ?

CMD – La dignité du présent, c’est ce à quoi on peut se raccrocher quand on sent qu’on est en train de perdre la course de vitesse contre l’effondrement et que nos victoires futures semblent de plus en plus hypothétiques. Elle consiste à cesser de penser qu’on n’agirait que pour gagner à la fin. C’est faux, si c’était le cas il n’y aurait plus un seul militant au NPA ou à la CNT ! Dire ça, c’est oublier la beauté du geste, l’action désintéressée du « faire sans dire » et le pouvoir de l’éthique. Le fait même que nos victoires futures soient compromises justifie plus que jamais de ne pas y sacrifier la dignité du présent et de se souvenir que la fin ne justifie pas les moyens. Voilà ce qu’il me semble indispensable aujourd’hui d’ajouter au travail que nous avons produit sur l’écosocialisme, ces notions-là le complètent de deux dimensions jusqu’ici trop absentes de notre champ politique : la dimension libertaire et une forme de spiritualité ancrée, qui n’a rien à voir avec la religion, mais davantage avec une discipline personnelle, éthique et même esthétique.

Je crois sincèrement que ce sont des choses sur lesquelles il faut que l’on réfléchisse, notamment en politique. Cette cohérence entre l’objectif révolutionnaire et les moyens mis en œuvre pour y parvenir, qui doivent déjà refléter le monde d’après (la révolution) a été superbement formulée par Emma Goldman, une figure féministe américaine qui a beaucoup compté dans mon parcours. J’ai peur parfois que dans cette espèce de dévissage culturel généralisé, on en oublie parfois le minimum décent en termes de tenue et d’élégance. Comme il existe une éthique de la révolution, une esthétique du chaos en art, il faut avant toute autre chose nous munir d’une éthique de l’effondrement. Sinon nous reproduirons les mêmes erreurs et toutes les souffrances subies par les opprimés, passées et à venir, l’auront été en vain.

Retranscription réalisée par Laetitia Labille et Marie-France Arnal.

Qui suis-je ?

Par Le 09/03/2019

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Depuis bien longtemps déjà, lorsque j'enseigne à mes élèves le complément d'objet direct, les attributs du sujet, les participes passés ou tout autre terme, j'apporte une particularité dans le protocole à suivre. 

Généralement, la question "qui" est attribuée à un être humain et la question "quoi" à tout le reste. 

J'avais déjà écrit un article à ce sujet.

Au-delà de la grammaire 

 

Hier, j'ai donné une "lecture à indices". Plusieurs petits textes dans lesquels les enfants doivent parvenir à identifier ce dont on parle en utilisant des règles de français ou l'usage d'un champ lexical bien précis.

exemple :

1) "Ce matin-là, j'avais un rendez-vous médical au centre-ville. Je suis partie de la maison avec une marge de temps importante car il y a souvent des embouteillages. J'ai eu raison car ce jour-là, il y avait des travaux sur la chaussée. J'ai mis deux fois plus de temps que d'habitude à atteindre le lieu de mon rendez-vous. J'étais soulagée en entrant dans la salle d'attente. Pile à l'heure."

Qui suis-je : un homme ou une femme ? 

 

2) "Ce matin-là, la rosée avait saupoudré les alpages de perles translucides. Dès que le soleil eût franchi la crête des montagnes, les corolles accueillirent les rayons de l'astre, les sépales éclatèrent de couleurs multiples, les étamines offrirent leur délice aux butineurs. Les champs paraissaient piquetés de confettis dansant sous la brise. Des nuées de parfums embaumèrent les lieux."

Que suis-je : une fleur ou un nuage ?"

 

Plusieurs enfants m'ont fait part de leur désaccord après avoir précisé qu'il s'agissait des fleurs. 

 

"Il ne fallait pas dire "que suis-je" mais "qui suis-je" ? C'est pareil que pour la femme qui va en ville. C'est vivant. "

 

Voilà, ça, c'est fait et j'en suis très heureux. 

Pleine conscience

Par Le 08/03/2019

La pleine conscience ne consiste pas à lutter contre les émotions négatives mais à les observer pour mieux les accepter.

La pleine conscience ne consiste pas à lutter contre les émotions négatives mais à les observer pour mieux les accepter.

Getty Images/iStockphoto

La pleine conscience fait actuellement l'objet d'un véritable engouement, auprès des soignants et du grand public. Phénomène de mode ou révolution thérapeutique?

Suivie pendant près d'un an par un thérapeute adepte de la "pleine conscience" Emilie a vu ses compulsions alimentaires "quasiment disparaitre": "Quand une survient, je la laisse venir, je la vis, je l'assume, conformément à ce que j'ai appris de la pleine conscience et je parviens à ne plus me laisser gagner par l'angoisse". Cathrine, quant à elle, diagnostiquée bipolaire après des années de "montagnes russes", trouve "un vrai réconfort" dans ces séances de méditation: "cela m'a énormément aidée, pour me remonter lorsque je suis "down" mais aussi me calmer quand je suis un peu trop "up"". Les témoignages comme ceux d'Emilie et Cathrine sont légion, tant la pleine conscience semble aujourd'hui se présenter comme une alternative aux thérapies traditionnelles dans la lutte contre les troubles de l'humeur ou autres maux contemporains.  

La pleine conscience, c'est quoi? 

Cette forme de méditation vient tout droit du bouddhisme, qui la considère comme "la troisième forme de sagesse". Pour résumer, elle consiste à focaliser pleinement son attention sur le moment présent et à analyser les sensations ressenties, en se servant notamment de l'observation de la respiration pour accéder au fameux état de "pleine conscience". Une technique importée aux Etats-Unis dans les années 1950 et dont le professeur de médecine Jon Kabat-Zinn, est aujourd'hui considéré comme le chef de file. Ce chercheur en biologie moléculaire tombé dans la méditationlorsqu'il était petit a en effet mis au point une méthode de diminution et de contrôle du stress grâce à la méditation de pleine conscience baptisée Mindfulness-Based Stress Reduction. 

Aujourd'hui plus de 200 instituts dédiés à la MBCT existent aux Etats-Unis et en France nombreux sont désormais les médecins à l'avoir adoptée, qu'il s'agisse de disciples du GROS (groupe de recherche sur l'obésité et le surpoids) comme les docteurs Zermati et Apfeldorfer, qui l'utilisent dans la lutte contre les compulsions alimentaires ou le très médiatisé psychiatre Christophe André, qui forme depuis dix ans des soignants à l'hôpital Saint-Anne. 

Des effets qui peuvent être mesurés scientifiquement 

Autre ambassadeur, le rhumatologue Jean-Gérard Bloch: "Je pratiquais la méditation depuis fort longtemps et j'ai voulu en faire profiter mes patients, explique-t-il. Il s'agit entre autre simplement de développer dans la vie quotidienne nos capacités naturelles d'attention. Au travers de la méditation s'ouvre une possibilité d'aller explorer la nature de l'esprit, la nature du lien entre le corps et l'esprit, en étant soi-même le sujet qui explore et le sujet d'exploration." Les résultats lui semblent si probants qu'il crée en 2012 à l'attention des professionnels de santé un diplôme universitaire de médecine en méditation et neurosciences à Strasbourg.  

Et à ceux qui pourraient douter des effets concrets d'une telle pratique, Jean-Gérard Bloch répond que les progrès en imagerie médicale permettent aujourd'hui de les corroborer: "c'est intéressant de pouvoir observer via une IRM ce qui se passe dans le cerveau lorsqu'un patient est en pleine méditation. On peut voir très précisément des changements dans les zones gérant la douleur ou le stress". Lui même constate au quotidien des améliorations chez ses patients souffrant de douleurs chroniques: "l'objectif n'est pas forcément d'arrêter les médicaments, mais plutôt de mettre la souffrance à sa juste place. De comprendre qu'elle n'est pas obligée de tout envahir et que l'on peut trouver un espace pour d'autres sensations". 

Accepter les émotions négatives sans pour autant se résigner 

"Il ne s'agit pas de lutter contre des émotions négatives, qu'il s'agisse de compulsions alimentaires ou de pensées sombres, voire suicidaires, mais d'observer les pensées qui viennent nous tarauder, pour comprendre comment réagir face à elles", renchérit la psychiatre Christine Barois. "Une fois ces pensées ou pulsions identifiées, l'idée n'est pas de les combattre mais de les accepter", poursuit-elle, précisant que cette acceptation "n'est pas une résignation passive". "On choisit les combats que l'on peut et veut mener et l'on décide de faire avec certaines de nos émotions, même si celles-ci provoquent de l'inconfort. Parce que les émotions font partie de la vie". 

Une appli pour méditer

"De plus en plus d'applis smartphone proposent un accompagnement aux personnes intéressées par la méditation. "Respirelax", gratuite, est particulièrement bien faite", indique Christine Barois. 

"C'est un outil extraordinaire, mais pas un gadget", prévient-elle, précisant que seule une pratique régulière et assidue permet d'espérer de vraies améliorations. "Trente minutes par jour, c'est un bon rythme", suggère-t-elle. Quant au choix du thérapeute, passer par l'Association pour le développement de la mindfulness garantit d'avoir affaire à un professionnel sérieux. 

Qui dit mode dit aussi charlatans 

Attention en effet aux charlatans et programmes peu fiables qui commencent à pulluler, succès de la méthode oblige. "La pleine conscience est de plus en plus présentée comme un produit antistress prêt à consommer. C'est la rançon de la gloire et cela peut inquiéter", alerte à ce titre le psycho-praticien Alain Gourhant sur son blog "Il est indéniable que cet engouement a permis de mettre sur le devant de la scène les vertus de la méditation et c'est une bonne chose. Mais la pleine conscience doit s'inscrire dans un suivi global de la personne, elle n'exclue pas de s'intéresser à l'inconscient, ne se substitue pas à d'autres formes de thérapies et ne convient pas à tout le monde". 

Edith, suivie pour des troubles du comportement alimentaire n'a pour sa part pas été convaincue: "Je suis quelqu'un de très speed. Or la pleine conscience implique d'avoir envie de se poser, d'aimer se poser. Ca ne me ressemble pas une seconde. Et puis, je n'arrivais pas à voir ça autrement que comme une démarche nombriliste. La pleine conscience est aussi très "mode". On nous en colle partout. Et haro à qui ne serait pas en prise avec lui-même... Autant dire que me concernant, ça ne fonctionne pas, tout comme le yoga, le pilate et tout ce qui y ressemble. Moi j'aime l'action énormément, la réflexion (trop) mais pas l'introspection." 

"Il n'y a pas de formule magique pour se défaire de la dépression ou d'autres troubles du comportement", confirme Alain Gourhant recommandant à ceux qui se sentent intéressés par ces approches "de commencer par lire les grands maitres Zen, tels que Thich Nhat Hanh, "grâce auxquels on retrouvera l'essence de la pleine conscience et de la méditation".  

Journaliste, Caroline Franc est également l'auteure du blog Pensées by Caro. 

 

Slow sex

Par Le 08/03/2019

Le slow sex, ou l'amour en pleine conscience.

Le slow sex, ou l'amour en pleine conscience.

Getty Images/Hemera

Après la slow food, voici le "slow sex", autrement dit "la décélération érotique", un mouvement prôné par un sociologue italien, devenu un phénomène de société aux Etats-Unis.

Prendre son temps, déguster, savourer, s'enivrer des goûts et parfums... Vous aurez reconnu les principes défendus par les apôtres de la pleine conscience et du "slow food". Seulement voilà, ici il ne s'agit pas de nourriture mais... de sexe. Ce nouvel avatar de la "slow attitude" porté par un sociologue italien, Alberto Vitale, rencontre un succès assez phénoménal aux Etats-Unis, avec à la clé des centres de formation dédiés au "slow sex". S'inscrivant dans la lignée du best seller Eloge de la lenteur, de Carl Honoré, mais aussi dans une mouvance visant à lutter contre l'emballement de la société de consommation, le "slow sex" est une invitation à faire l'amour non seulement plus lentement, donc, mais surtout "en pleine conscience". Concrètement, en débranchant son téléphone, en s'assurant que rien ne viendra interrompre les ébats et en s'interdisant d'associer sexualité et performance.  

Un credo qui peut séduire, tant il est difficile aujourd'hui de se poser, mais qui peut aussi soulever quelques réserves: quid, dans le slow sex, de la fièvre du désir qui n'attend pas et surtout, de la spontanéité? Et si parfois, au lit surtout, l'inconscience avait aussi du bon? 

Un moyen de lutter contre la dispersion

Albert Barbaro, sexologue et thérapeuthe de couple, voit plutôt cette mode du slow sex d'un bon oeil: "Je vois tellement de patients qui se dispersent, qui ne parviennent plus à accorder le temps nécessaire à lamontée du désir, que je ne peux qu'approuver l'idée d'aller plus doucement", explique-t-il. Préférant parler "d'égo-concentration" plutôt que de pleine conscience, le sexologue souligne l'importance d'être présent à soi et à l'autre dans le rapport intime, "sans que des pensées parasitantes viennent vous déconcentrer: 'Est-ce que j'ai bien garé ma voiture, est-ce que les enfants ont fait leurs devoirs, ai-je bien envoyé ce mail, etc'". "Le slow sex, s'il est pris dans le sens "ici et maintenant" et s'il implique de se centrer sur ses propres sensations et désirs", est un bon moyen de renouer avec l'autre mais aussi avec sa propre sensualité", poursuit Albert Barbaro.  

Ralentir la cadence, c'est aussi pour les femmes avoir plus de chances de parvenir à l'orgasme. Comme le rappelle Carl Honoré, il faut en effet en moyenne 20 minutes aux femmes pour atteindre leur pic d'excitation, tandis que les hommes y parviennent en moins de 10. "Je n'ai rien contre les "quickies", les petits coups rapides entre deux rendez-vous ou pendant la micro-sieste de ma fille, confirme Sandrine, 39 ans. Mais honnêtement, il est tout de même très rare que je grimpe au plafond dans ces conditions. Sans réclamer des préliminaires de trois heures, il est évident qu'il me faut plus de temps pour jouir que mon conjoint." Sans être une afficionada du slow sex, Sandrine confie apprécier les soirs "sans enfant, où l'on se chauffe gentiment, puis un peu plus sérieusement, sans objectif absolu de performance, avec pour seul enjeu d'être l'un avec l'autre, et plus si affinités..."  

Abandonner l'idée de performance sexuelle et se concentrer sur l'instant

Une façon de voir les choses qui correspond en tous points aux idées défendues par Carl Honoré et Alberto Vitale, lesquels déplorent cette quête d'efficacité que l'on applique aujourd'hui à tous les pans de nos activités, sexecompris. Autrement dit, dénonce Carl Honoré, nous privilégions plus souvent la destination (ici l'orgasme), que le voyage. Or parfois, le voyage peut être plus enrichissant que l'instant finalement très bref de l'arrivée. "Pour nous il est clair que quand les couples abordent la relation sexuelle d'une manière plus tranquille en savourant et dégustant chaque moment lentement, en conscience, ils font l'expérience de plus de sensibilité, plus de sensualité et plus de satisfaction. 

Après l'acte sexuel ils se sentent nourris par l'amour en profondeur, réinvestis de leur force en tant que couple et réinvestis de leur force en tant qu'individus", écrit quant à elle Diana Richardson, auteur de Slow sex, faire l'amour en conscience. Défendant l'idée d'une "sexualité douce", cette thérapeute de couple invite elle aussi à abandonner tout but à atteindre, et à mettre l'accent "sur l'écoute subtile de nos sensations, sur le 'non sensationnel', sur la présence à soi-même et à l'autre, par l'échange verbal, le contact visuel, la lenteur qui permet de goûter l'instant." 

Ne pas tomber dans le dogmatisme et conserver de la spontanéité

De belles phrases qui laissent Alice relativement perplexe, voire agacée, de "devoir aussi être en pleine conscienceau lit": "Il est quand même difficile de rester maître de soi dans ces moments là, non?" "Il faut garder à l'esprit que sur un plan purement anatomique, le rapport sexuelrepose sur une certaine dynamique, un rythme qui s'accélère nécessairement à un certain point", abonde Albert Barbaro. La lenteur ne peut donc être une constante jusqu'au bout et ne doit pas empêcher qu'à un moment les corps s'échauffent et "oublient" de prendre leur temps. "D'une manière générale, ajoute-t-il, mieux vaut éviter de tomber dans le dogmatisme. Le plus dangereux pour le désir, c'est avant tout la routine". On peut donc alterner entre des soirées "bougies, massages tantriques et marathon des préliminaires" et des "cinq à sept" précipités et spontanés. Le tout étant bien au final de suivre ses envies. 

Journaliste, Caroline Franc est également l'auteur du blog Pensées by Caro 

"Rituels de femmes..." Maeva Poornima

Par Le 06/03/2019

 

 

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Maeva Poornima(cliquez sur cette image pour arriver sur le site de Maeva Poornima)

« COACHING INTIME & HOLISTIQUE – STAGES EN ÉPANOUISSEMENT SENSUEL »

 

 

J'aime beaucoup l'écriture, le ton, l'ambiance : très douce, bienveillante, aimante, respectueuse. Il s'agit « d'une invitation » et non simplement d'une liste de protocoles rigoureux. Ils le sont dans le déroulement mais pas sous la forme d'une injonction. C'est totalement différent.

J'aime par conséquent cette invitation « guidée » dans le cheminement qu'elle propose. Une exploration libre et simultanément orchestrée. A chacune et chacun d'adopter ou d'adapter les rituels et tous les accompagnements extérieurs qui sont proposés, l'essentiel étant d'être en phase avec soi tout en acceptant l'exploration et par conséquent le dépassement de la « zone de confort ». A sa vitesse, à sa mesure, avec douceur et enthousiasme. Ou de la patience. 

C'est véritablement à une « aventure intérieure » que convie cet ouvrage et comme pour tout voyage initiatique, une préparation minutieuse est nécessaire. A chaque étreinte, à chaque expérimentation, à chaque découverte.

Il s'agit de déposer les rituels anciens, les préliminaires répétés, les habitudes ronronnantes et d'instaurer à la place une attention totale envers l'étreinte amoureuse au lieu de la vivre « mécaniquement ».

Il est parfois impossible d'imaginer les horizons invisibles si personne ne nous invite à franchir la crête qui nous les voile. Maeva Poornima propose une ascension vers cette crête. Celle de la sexualité. Elle est la guide qui trace une voie tout en expliquant que c'est à chaque individu de poser ses pas où il le souhaite, sur le rythme qui le réjouit et qui jamais ne le stresse.

C'est cette douceur que j'ai vraiment aimée.

Ce sont des pages qui respirent l'amour de l'autre et de soi.

Avec une joie libre et maîtrisée à la fois, maîtrisée dans ses protocoles et libre dans son extension, dans sa puissance.

Il n'y a rien à atteindre d'autre que la sérénité bienheureuse de l'extase. Non pas "une" sérénité universelle qui servirait d'objectif ultime mais juste sa propre sérénité, sa propre extase, sa propre jouissance, sans aucune comparaison ni hiérarchie. 

C'est un profond respect de l'humain. 

Les méditations, les rappels mythologiques avec les « Déesses » antiques, l'observation de soi dans les expérimentations et la proposition très judicieuse d'en écrire les étapes, les réflexions très justes sur la sexualité et l'amour, tout cela constitue un ensemble très riche, de grande qualité, un réel plaisir à en étudier toutes les facettes.

Et à en goûter les saveurs.

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C'est tellement écœurant...

Par Le 06/03/2019

Comment pourrait-on avoir confiance ? Comment pourrait-on être serein ? 

C'est effrayant. 

Ministère de l'écologie, celui de l'économie, celui de la justice, celui de l'intérieur...Tous complices. 

Un commissaire-enquêteur radié pour avoir voulu trop bien faire

Gabriel Ullmann était chargé de mener les enquêtes publiques sur des grands projets tels que des autoroutes ou des zones d’activités. Pour avoir donné l’avis défavorable de trop, il a été radié par le préfet de l’Isère de la liste des commissaires-enquêteurs. Son cas illustre les menaces qui pèsent sur l’enquête publique.

Il a été remercié après 25 ans de service. Gabriel Ullmann, docteur en droit de l’environnement, était aussi depuis 1994 commissaire-enquêteur. Aéroport, autoroute, usine, grosse ferme, grand entrepôt, zone commerciale ou d’activités… pour de nombreux projets, la loi prévoit que, avant d’obtenir l’autorisation du préfet, une enquête publique soit réalisée par un commissaire-enquêteur. Celui-là examine le dossier du porteur de projet, recueille les avis du public, puis rédige un rapport et émet un avis, favorable ou défavorable, au projet — un avis uniquement consultatif.

Mais voilà : Gabriel Ullmann a voulu trop bien faire, a jugé la préfecture à l’issue de sa dernière enquête. Il a donc été radié en décembre 2018 de la liste des commissaires-enquêteurs de la préfecture de l’Isère. M. Ullmann « conçoit les enquêtes publiques dont il est chargé comme des missions d’expertise, indique la décision préfectorale. Cela le conduit à mener des investigations et à rédiger des développements sortant du cadre d’une exécution complète et diligente de l’enquête. »

Pourquoi, après que M. Ullmann a mené près d’une soixantaine d’enquêtes publiques, la préfecture de l’Isère a-t-elle soudainement jugé qu’il ne faisait plus l’affaire ? Gabriel Ullmann fait un lien direct avec sa dernière enquête publique en date, qui portait sur l’ambitieux projet Inspira. Il s’agit d’agrandir de 300 hectares la zone industrielle en bordure du Rhône, au sud de Lyon, afin d’y accueillir de nouvelles entreprises. Le projet est porté, notamment, par le département de l’Isère… Qui très vite, n’a pas apprécié le profil de M. Ullmann.

« Il m’a été reproché d’avoir rendu 10 % d’avis défavorables ces dernières années »

Ainsi, début mai, le président du département, Jean-Pierre Barbier, a demandé la mise à l’écart de l’enquête publique du juriste. « On estimait que M. Ullmann manquait d’impartialité car il est très proche des milieux écologistes, ce qui risquait de biaiser sa vision dans le dossier », nous explique-t-on au service presse du département de l’Isère. Il lui était plus particulièrement reproché la publication d’articles sur le droit de l’environnement et son appartenance, il y a quelques années, au conseil d’administration de France Nature Environnement. Le président du tribunal administratif de Grenoble avait rejeté la demande de M. Barbier, rappelant d’ailleurs que la connaissance des questions d’environnement est un critère de sélection des commissaires-enquêteurs. « Ce n’était pas la première fois que cela m’arrivait », commente Gabriel Ullmann, qui a alors passé outre et poursuivit son enquête avec les deux autres commissaires. Ils ont rendu fin juillet leur rapport et ont émis un avis défavorable.

L’été s’est passé puis, fin septembre, M. Ullmann a reçu un mémoire du préfet demandant sa radiation. Début décembre, elle a été confirmée par une commission de neuf membres dont six sont nommés… par le préfet. « Ce jour-là, il m’a été reproché d’avoir rendu 10 % d’avis défavorables ces dernières années. C’est peu, mais c’est bien plus que la moyenne, qui est plutôt autour de 1 % », rapporte Gabriel Ullmann. « Le préfet a agit à la demande du président de département, qui a ainsi contourné le refus du tribunal », dénonce-t-il. « J’avais également présidé la commission d’enquête pour le projet de Center Parcs de Roybon, en 2014, ce qui m’avait déjà valu les foudres de M. Barbier. C’est la deuxième fois que je rends un avis défavorable sur un projet qu’il souhaite. »

Gabriel Ullmann.

Le service presse de M. Barbier nie qu’il ait pu faire une telle demande au préfet. À la préfecture, on nous répond que « c’est la commission chargée d’établir la liste d’aptitude aux fonctions de commissaire-enquêteur qui a décidé, à la suite d’un vote, la radiation de M. Gabriel Ullmann. Il n’appartient pas au préfet de s’exprimer sur la décision de cette commission indépendante. »

Dans le milieu des juristes de l’environnement, la nouvelle de l’affaire s’est diffusée, et des soutiens ont organisé une conférence de presse, qui doit se tenir ce mercredi matin. Parmi eux, la députée écologiste Michèle Rivasi ou encore Corinne Lepage. « Je suis scandalisée, réagit l’ex-ministre de l’Environnement et avocate, jointe par ReporterreJe ne comprends pas qu’un commissaire-enquêteur qui exerce depuis de très longues années puisse être radié parce qu’il a déplu au promoteur d’un projet. »

« La méthode de radiation de M. Ullmann est indigne d’un État de droit, dit Gilles Martin, professeur émérite en droit de l’environnement à l’université Côte d’Azur, également joint par ReporterreCela bafoue les principes d’indépendance et d’impartialité des commissaires-enquêteurs, ainsi que le droit à l’information des citoyens en matière d’environnement. »

Le nombre d’enquêtes publiques fond aussi vite que la banquise : d’un peu plus de 9.000 enquêtes publiques en 2013, on est passés à moins de 6.000 en 2017 

Ainsi, bien qu’exceptionnelle, l’affaire questionne les conditions dans lesquelles sont réalisées les enquêtes publiques. Les commissaires-enquêteurs, souvent des retraités de la fonction publique ayant travaillé dans l’équipement, ne sont pas forcément un modèle d’indépendance. « Ils ont fréquemment bétonné toute leur vie », estime Corinne Lepage. « Et ils peuvent être soumis à des pressions indirectes », souligne Gabriel Ullmann, qui a reçu plusieurs appels de ses collègues depuis sa radiation. Ainsi, les commissaires-enquêteurs sont payés par le maître d’ouvrage. Donc, quand l’avis est défavorable, « il arrive qu’il refuse de payer », rapporte-t-il. C’est d’ailleurs ce qui lui arrive pour le dossier Inspira. Il faut alors faire des recours auprès du tribunal afin d’être enfin rémunéré, ce qui peut durer un certain temps. « Sur un autre dossier, où l’avis formulait un certain nombre de réserves, le commissaire a eu droit à un contrôle fiscal et d’autres mesures telles qu’il a décidé de ne plus être commissaire-enquêteur », poursuit-il. Ou encore, sur le projet de « grand contournement ouest » de Strasbourg, « la pression était très forte car le gouvernement avait déjà annoncé qu’il ferait le projet. Le préfet a refusé de prolonger l’enquête publique malgré le très grand nombre d’observations reçues de la part de citoyens ».

Par ailleurs, le principe même de l’enquête publique a du plomb dans l’aile. Reporterre vous le rapportait mardi 5 mars, il est désormais possible, dans certains cas, de les remplacer par des consultations sur internet. La loi Essoc d’août 2018, « pour un État au service d’une société de confiance », a mis en place une expérimentation de trois ans dans les régions Bretagne et Hauts-de-France. « Cela est dangereux pour le droit à l’information des citoyens », souligne Gilles Martin. Selon les chiffres assemblés par Gabriel Ullmann, et confirmés par le Canard enchaîné, le nombre d’enquêtes publiques fond aussi vite que la banquise : d’un peu plus de 9.000 enquêtes publiques en 2013, on est passés à moins de 6.000 en 2017.

Malgré toutes les imperfections de l’outil, nos interlocuteurs tiennent cependant à défendre l’enquête publique. « Quand il y a un avis défavorable, il est plus facile d’obtenir une suspension du projet en urgence devant le tribunal, souligne Corinne Lepage. C’est un élément de démocratie locale non négligeable. L’avis du commissaire-enquêteur est le plus médiatisé, et le préfet peut reprendre des prescriptions », ajoute M. Ullmann.

Reste que dans le cas du projet Inspira, cela n’a pas été le cas. Le préfet a autorisé la zone d’aménagement malgré l’avis défavorable des commissaires-enquêteurs. Gabriel Ullmann, de son côté, a déposé des recours contre sa radiation et la composition de la commission qui a pris la décision.


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Sur l'antisionisme.

Par Le 05/03/2019

Pour les 400 signataires de ce texte, l’antisionisme est une pensée légitime contre la logique colonisatrice pratiquée par Israël. Le fait qu’il serve d’alibi aux antisémites ne justifie pas son interdiction.

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    https://www.liberation.fr/debats/2019/02/28/l-antisionisme-est-une-opinion-pas-un-crime_1712216?fbclid=IwAR3lpQwaQNzU4j0NIMIJSZWmfYbIDjRWr0K4_daPiG4g9O79iG8ZGbxgJqM

     L’antisionisme est une opinion, pas un crime

Tribune. Monsieur le Président, vous avez récemment déclaré votre intention de criminaliser l’antisionisme. Vous avez fait cette déclaration après en avoir discuté au téléphone avec Benyamin Nétanyahou, juste avant de vous rendre au dîner du Crif.

Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que la Constitution de la République énonce en son article 4 que «la loi garantit les expressions pluralistes des opinions.» Or, l’antisionisme est une opinion, un courant de pensée né parmi les juifs européens au moment où le nationalisme juif prenait son essor. Il s’oppose à l’idéologie sioniste qui préconisait (et préconise toujours) l’installation des juifs du monde en Palestine, aujourd’hui Israël.

L’argument essentiel de l’antisionisme était (et est toujours) que la Palestine n’a jamais été une terre vide d’habitants qu’un «peuple sans terre» serait libre de coloniser du fait de la promesse divine qui lui en aurait été donnée, mais un pays peuplé par des habitants bien réels pour lesquels le sionisme allait bientôt être synonyme d’exode, de spoliation et de négation de tous leurs droits. Les antisionistes étaient, et sont toujours, des anticolonialistes. Leur interdire de s’exprimer en prenant prétexte du fait que des racistes se servent de cette appellation pour camoufler leur antisémitisme, est absurde.

Monsieur le Président, nous tenons à ce que les Français juifs puissent rester en France, qu’ils s’y sentent en sécurité, et que leur liberté d’expression et de pensée y soit respectée dans sa pluralité. L’ignominie des actes antisémites qui se multiplient ravive le traumatisme et l’effroi de la violence inouïe dont leurs parents ont eu à souffrir de la part d’un Etat français et d’une société française qui ont largement collaboré avec leurs bourreaux. Nous attendons donc de vous que vous déployiez d’importants moyens d’éducation, et que les auteurs de ces actes soient sévèrement punis. Mais nous ne voulons certainement pas que vous livriez les juifs de France et leur mémoire à l’extrême droite israélienne, comme vous le faites en affichant ostensiblement votre proximité avec le sinistre «Bibi» et ses amis français.

C’est pourquoi nous tenons à vous faire savoir que nous sommes antisionistes, ou que certains de nos meilleurs amis se déclarent comme tels. Nous éprouvons du respect et de l’admiration pour ces militants des droits humains et du droit international qui, en France, en Israël et partout dans le monde, luttent courageusement et dénoncent les exactions intolérables que les sionistes les plus acharnés font subir aux Palestiniens. Beaucoup de ces militants se disent antisionistes car le sionisme a prouvé que lorsque sa logique colonisatrice est poussée à l’extrême, comme c’est le cas aujourd’hui, il n’est bon ni pour les juifs du monde, ni pour les Israéliens, ni pour les Palestiniens.

Monsieur le Président, nous sommes des citoyens français respectueux des lois de la République, mais si vous faites adopter une loi contre l’antisionisme, ou si vous adoptez officiellement une définition erronée de l’antisionisme qui permettrait de légiférer contre lui, sachez que nous enfreindrons cette loi inique par nos propos, par nos écrits, par nos œuvres artistiques et par nos actes de solidarité. Et si vous tenez à nous poursuivre, à nous faire taire, ou même à nous embastiller pour cela, eh bien, vous pourrez venir nous chercher."

s://bit.ly/2BTE43k

Face à l'urgence climatique, les "J'accuse"...

Par Le 05/03/2019

Photo de la Terre vue de l'espace

Citoyens contre industriels, bobos contre gilets jaunes, capitalisme vert contre collapsologues... La menace écologique existentielle qui pèse sur notre espèce impose de dépasser les oppositions stériles pour développer une conscience planétaire. C'est en tout cas ce que prône dans cette tribune Mathieu Brand, directeur des communautés chez Usbek & Rica.

Je ne vais accuser personne dans les lignes qui suivent. Opposer, c’est ce que nous faisons depuis des décennies face à la catastrophe climatique annoncée : industriels vs citoyens, bobos vs gilets jaunes vs bourgeois, vieux vs jeunes… Récemment, Greta Thunberg, collégienne suédoise de 15 ans et figure de proue du mouvement des jeunes défenseurs du climat a été accusée par certains écolos - et en premier lieu par les collapsologues - d’être la défenseure du « Green New Deal » réclamé aux États-Unis notamment par le mouvement Sunrise : autrement dit, un « capitalisme vert », porté notamment par Al Gore. Vous ne comprenez pas pourquoi ces deux camps s’opposent ? C’est pourtant aussi clair que les oppositions entre Jadot-Batho-Hamon-Glucksmann à gauche…

Face à l’urgence, tout le monde est coupable, personne n’est innocent. Sans compter que le bon vieux clivage gauche-droite devrait, dit-on, laisser bientôt sa place à une bataille entre transhumanistes et bioconservateurs. Les premiers veulent augmenter notre corps pour résister au changement climatique et à l’intelligence des machines, quand les seconds se refusent à modifier l’espèce humaine. À chaque époque ses controverses. On ne cesse d’accuser l’autre, avec pour seul résultat la perte d’un temps que nous n’avons plus.

Sectarisme ou sauvetage de la planète

Nous sommes des millions à sentir peser sur nous le poids des jours qui passent et nous rapprochent de l’impossibilité d’enrayer le réchauffement climatique. La question de la bascule vers un monde plus respectueux et plus juste devient alors une obsession.

Une fois la prise de conscience acquise, c’est notre rapport au monde qui change. Le traitement des médias traditionnels semble incroyablement à côté de la plaque : on se félicite que les gens se baignent en plein mois de février… Les métiers des potes qui travaillent pour des grands groupes industriels ou financiers nous sont insupportables, et on en vient à se demander si ces mêmes potes qui enchaînent les vols low-cost pour des week-ends en Europe ou qui ont la flemme de faire le tri chez eux doivent encore être nos potes. On se sent devenir aigri. Et c’est impossible de vivre correctement comme ça. D’ailleurs, qui sommes-nous pour juger une manière de vivre ou d’être ?

Une seule question devrait nous agiter : comment créer une conscience planétaire pour nous sauver ?

Le meilleur appui du moment pour quiconque souhaite démontrer qu’il est ancré-dans-la-réalité étant les gilets jaunes, prenons-les en exemple. Au sentiment d’injustice réelle qu’ils manifestent, il faut ajouter notre mépris devant certaines de leurs revendications. Tout ce qui concerne la voiture en tête. Nous trouvons le débat sur les 80 km/h ridicule, la taxe sur le gasoil nécessaire. Bien sûr qu’ils ne sont pas assez écolos, mais ceux qui les critiquent sont-ils plus exemplaires ? Sûrement pas. Même chose avec la génération de nos parents et grands-parents : nous pourrions les accuser d’avoir fermé les yeux pour pouvoir s’enrichir, d’avoir toute leur vie utilisé des herbicides bourrés de glyphosate au lieu de prendre la peine de se baisser pour ramasser les mauvaises herbes. Ce conflit intergénérationnel n'aura encore qu'une seule conséquence : la perte de temps. Même constat avec les industriels qui, ne pensant qu’au trimestre prochain, doivent détruire pour gagner toujours plus. Là, c’est plus compliqué…

Une seule question devrait nous agiter : comment créer une conscience planétaire pour nous sauver ? Cette question, personne n’a encore réussi à y répondre. Et pour cause, la division et l’individualisme nous en empêchent. Que les actions viennent des industriels, des citoyens via les mobilisations et pétitions, ou des élus via des lois, les avancées sont minimes. Pire, elles renforcent souvent les divisions. La seule fois où celles-ci disparaissent, c’est lorsqu’une prise de conscience toute bête mais pourtant essentielle se crée : nous sommes tous des Terriens. « Fin du monde, fin du mois, même combat » : la formule ne pourra devenir réalité que lorsque nous nous comporterons en Terriens. Alors, comment on fait ?

La blessure narcissique comme solution

Trois fois dans l’histoire, les humains ont été confrontés à ce qu’on appelle des blessures narcissiques : avec Copernic, nous découvrons que la Terre n'est pas au centre de l’Univers, avec Darwin que nous descendons du singe, puis avec Freud que l’inconscient nous empêche d’être totalement maître de nous-mêmes. Certains évoquent désormais l’avènement d’une quatrième blessure narcissique. Pour l’écrivain Pierre Ducrozet, c’est « la nouvelle, scandaleuse que l’humanité a participé à sa propre destruction et à celle de tout ce qui l’entoure ».

Dans le superbe roman Siècle Bleu de Jean-Pierre Goux, l’auteur rappelle l'impact des premières photos, prises par les missions Apollo, de la Terre apparaissant comme une sphère dans le vide spatial. Le 24 décembre 1968, William Anders, à bord de la mission Apollo 8, prend un cliché resté célèbre sous le nom Lever de Terre, dévoilant notre planète partiellement dans l'ombre, un paysage lunaire au premier plan. Avec cette image, l’humanité prend alors conscience d’être liée par une responsabilité collective pour préserver la Terre. Un an avant le premier pas sur la Lune, l’identité terrienne est née. L’histoire montrera que Neil Armstrong aura eu plus d’impact que la photo de la Terre, mais l’époque a changé : c’est la première fois que notre espèce est en danger et la seule manière de s’en sortir désormais est de se retrouver derrière une mission commune et un intérêt commun : sauver la planète pour se sauver.

Sans cette conscience planétaire, pas de transition et surtout toujours autant d’oppositions stériles

Cette quatrième blessure est donc beaucoup plus simple que les trois premières : on a merdé, et on est tous dans le même bateau. Sans cette conscience planétaire, pas de transition et surtout toujours autant d’oppositions stériles. Ce n’est pas une guerre, ce n’est pas un effondrement, c’est moins spectaculaire qu’un pugilat mais cette évidence, si elle est matraquée, sera à l’origine de la bascule tant attendue.

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Fin du monde, fin de mois, même combat ?

Image à la une : « The Blue Marble », première photo de la Terre complètement éclairée, prise par l'équipage d'Apollo 17, le 7 décembre 1972.

Mathieu Brand

Mathieu Brand est depuis septembre 2016 directeur des communautés d'Usbek & Rica. Il est notamment à l'origine des tentatives de vannes sur Facebook et de la newsletter hebdomadaire.

Non assistance gouvernementale

Par Le 05/03/2019

Il faut que ça se sache ça, il faut que ça soit partagé, il faut que la population prenne conscience que la santé n'est plus une priorité gouvernementale, que la vie des bébés et des mamans n'est plus une priorité...Comment est-il possible d'écrire cette phrase quand elle concerne la France ? Comment est-il possible que l'état nous affirme qu'il n'y a pas d'argent pour ça ? Et même pire que tout, que ça n'est pas "nécessaire" ? Comment est-il possible que des médecins cautionnent les propos de la ministre ? (pas de majuscule à "ministre", ça serait irrespectueux pour la majuscule) 

Je suis effaré de lire ça. Consterné, révolté. 

Là, on ne parle pas de pouvoir d'achat, du coût de l'essence et de la vie, des retraites dramatiquement insuffisantes, on ne parle pas de ces choses qui sont déjà inacceptables, là, on parle de la vie des bébés et des mamans. 

Y a -t-il quelque chose de plus sacré que ça ?

La maternité de Die a fermé et le petit Aimé est mort

Samedi 2 mars, une marche blanche était organisée à Die, dans la Drôme. Les habitants se sont rassemblés pour Aimé, mort in utero lors du transfert de sa mère vers la maternité de Montélimar. Les services de maternité et de chirurgie d’urgence de l’hôpital de Die sont fermés depuis le 31 décembre 2017.

Corinne Morel Darleux est conseillère régionale Auvergne - Rhône-Alpes.

Corinne Morel Darleux

Le 1er janvier 2018, au lendemain de la fermeture de la maternité à Die (Drôme), une femme enceinte qui souffrait d’un décollement du placenta est arrivée de justesse à la maternité de Valence. Elle habitait à Vercheny, dans la vallée. Le président du Collectif de défense de l’hôpital de Die, Philippe Leeuwenberg, avait alors déclaré : « Une femme du Haut-Diois n’aurait peut-être pas eu cette chance. »

Ce 18 février 2019, Céline Guillemot et Fabrice Martinez n’ont en effet pas eu cette chance. Leur troisième enfant est mort in utero. De Châtillon-en-Diois, il aura fallu trois heures avant qu’ils n’arrivent à la maternité de Montélimar. Et ce, malgré le protocole auquel s’étaient engagées l’Agence régionale de santé (ARS) et la ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn. Ce soir-là, rien n’a fonctionné : des pompiers démunis, pas de médecin correspondant Samu de garde, pas de matériel spécifique aux urgences de Die (qui, par ailleurs, n’ont pas la clé du centre périnatal), jusqu’à l’hélicoptère, qui n’était pas disponible et qu’il a fallu attendre [1]. Il aura fallu trois heures. Montélimar est distante de 1 h 40 par la route depuis Châtillon-en-Diois. Mais les parents, eux, ont respecté le protocole. Leur enfant est mort-né. Ils l’ont appelé Aimé.

Il est particulièrement pénible et odieux d’entendre Agnès Buzyn expliquer aux micros que la sécurité n’est pas la proximité 

Une semaine avant la marche blanche, le 24 février, une jeune mère avait accouché dans l’ambulance entre Vercheny et la maternité de Valence. Quelques jours plus tôt, une petite fille, Lou, était née sur le bord de la départementale, dans la voiture de ses parents — qui l’ont mise au monde seuls. Dans le Diois, Lou et Aimé ne sont pas des statistiques anonymes. Chaque mois, de tels incidents ont lieu, de futurs parents s’inquiètent et des femmes enceintes vivent leur grossesse dans l’angoisse, à se demander comment cela va se passer. S’il y aura un médecin urgentiste de garde cette nuit-là. Si les pompiers ne seront pas occupés en montagne. Si l’hélicoptère ne sera pas déjà mobilisé par un accident de la route. Si le fameux protocole censé garantir la sécurité sans proximité va, ou non, dérailler.

C’est pourquoi, depuis deux semaines, il est particulièrement pénible et odieux d’entendre Agnès Buzyn expliquer aux micros que la sécurité n’est pas la proximité. De lire des témoignages de médecins expliquant que nous nous tromperions de combat et que les petites maternités sont dangereuses. C’est comme si le garagiste nous expliquait que prendre la route avec des pneus lisses est risqué et qu’il vaut mieux rouler sans pneus.

C’est pour sortir des formules toutes faites, des tableurs des ministères et des condoléances de convenance qu’il a été décidé, lors de cette marche blanche du 2 mars, à Die, de lire le récit de cette mère. Un récit dur, des mots crus que nous avons hésité à lire à haute voix devant la foule rassemblée. Et que nous avons finalement décidé de partager, à la demande de la mère. Parce que ce ne sont pas ses mots qui sont durs, mais ce qu’elle a vécu. Parce qu’il faut en finir avec les hypocrisies du jargon technocratique, les formules aseptisées, « l’immense tristesse et la douleur ressenties »par la députée. Enfin, pour témoigner, à tous ceux qui semblent trouver que c’est une bonne solution, de ce que veut dire concrètement un transfert par hélicoptère, sanglée, seule, le corps transpercé de contractions.

Notre seul camp à nous, c’est le droit à vivre dignement

J’étais sanglée sur le brancard, un casque anti-bruit sur les oreilles, dans une froide solitude. À chaque contraction, je cherchais une position pour me soulager et accompagner la progression de mon bébé. Je souffrais, je me tortillais, j’avais commencé à pousser. J’ai failli accoucher dans le ciel… »

Ce dont nous avons besoin n’est pas d’un hélicoptère. Ce que nous réclamons n’est pas un hôpital flambant neuf comme nous le promet l’ARS. Les 12 millions d’euros mis sur la table ne remplaceront jamais une maternité et un bloc opératoire. Ils ne nous feront pas oublier les fausses rumeurs sur le manque de sang à la maternité, démenties depuis par l’Établissement français du sang. Ni les promesses non tenues. L’ARS peut publier tous les communiqués qu’elle veut pour dire que le protocole fonctionne parfaitement, ils n’abuseront que ceux qui ont déjà choisi leur camp. Notre seul camp à nous, c’est le droit à vivre dignement.

Lors de la marche blanche du 2 mars 2019, à Die (Drôme).

Le 22 février, la députée La République en marche (LREM) de notre circonscription a écrit sur Facebook : « L’ARS a d’ailleurs diligenté une enquête à laquelle je serai très attentive, y compris sur son indépendance et son impartialité, car il est de mon devoir de vous défendre et vous représenter. » Madame de Lavergne, si vous nous lisez : l’ARSest l’agence qui a décidé de la fermeture de la maternité et des urgences. Qui a mis au point le protocole. Qui est chargée de sa mise en œuvre et de son bon fonctionnement. Pensez-vous sincèrement que les mots indépendance et impartialité soient appropriés ?

À la marche blanche, il n’y avait pas beaucoup d’écharpes tricolores 

Quant aux élus locaux à qui prendrait l’envie de nous dire eux aussi que leur devoir est de nous défendre et de nous représenter, je voudrais juste dire qu’il est un peu tard. Et leur rappeler que lors de l’ultime manifestation avant la fermeture de la maternité, peu étaient là, aux côtés de la population. Les mêmes qui, quelques mois plus tôt, se pressaient derrière la banderole pour être sur la photo. Ce samedi 2 mars, ont-ils eu peur d’être mal accueillis ? À la marche blanche, il n’y avait pas beaucoup d’écharpes tricolores. En fait, il n’y en avait qu’une. Et elle tremblait de rage.

Mesdames, messieurs, nous ne voulons plus de courriers polis, de posts apaisants sur les réseaux sociaux, d’assurances que tout sera fait ni de formules de politesse. Nous voulons que cela ne se reproduise jamais. Bien sûr, nous ne sommes pas idiots. Nous savons qu’il peut y avoir des accidents, que certains décès arrivent, tout simplement. Mais nous ne sommes pas idiots, je me permets d’insister. Nous savons aussi que certains drames peuvent être évités.

En décembre 2014, la maternité de Die avait pris en charge et mis au monde Célestin, le deuxième enfant de Céline et de Fabrice, en 45 minutes. Une naissance par césarienne due à un décollement du placenta. Exactement le même cas.

Nous ne saurons probablement jamais si Aimé aurait pu être sauvé.

Il est en revanche certain que Célestin aujourd’hui ne serait pas là s’il n’y avait pas eu de maternité."

Lucchini et les enseignants.

Par Le 02/03/2019

 

https://positivr.fr/hommage-instituteurs-fabrice-luchini/?fbclid=IwAR0SPRCCLzba5tZ6--7TIaJNaIRT75NMv5p9MM4pCjh_bCMLS9LXuomM2RI

 

 

 

"Alors que les instituteurs et les professeurs sont trop souvent critiqués et rendus coupables de tous les maux, Fabrice Lucchini vole à leur rescousse avec une déclaration d’amour qui fait beaucoup de bien."

Invité au 20 heures de France 2 ce dimanche 24 février, l’acteur a profité de la présence du ministre de l’Éducation nationale pour citer le passage d’un livre de Charles Peguy. Son objectif ? Rendre hommage aux enseignants. Un cri du cœur. Regardez :

« On ne parle aujourd’hui que de l’égalité et nous vivons dans la plus monstrueuse inégalité économique que l’on ait jamais vue dans l’histoire du monde. On vivait alors, on avait des enfants. Ils n’avaient aucunement cette impression que nous avons d’être au bagne. De tout ce peuple les meilleurs étaient peut-être encore ces bons citoyens qu’étaient nos instituteurs. Il est vrai que ce n’était point pour nous des instituteurs, ou à peine. C’étaient des maîtres d’école. Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs « .
-Charles Péguy, extrait de « L’Argent »

Fabrice Luchini :

« On doit les admirer, les aimer. On doit aimer nos profs, on doit aimer nos instits. »


 

Je ne suis pas d'accord avec lui. On ne "doit" pas aimer les profs et les instits. Ils n'en ont pas besoin. Ou plutôt ils ne devraient pas en avoir besoin. Si la question se pose et que Fabrice Lucchini lance cet appel fort honorable, c'est bien qu'il y a un problème.

Et le problème vient de l'institution et de ses employés.

Je ne dis pas à mes élèves qu'ils "doivent" m'aimer mais j'agis de façon à ce qu'ils aiment venir apprendre avec moi. C'est tout.

Etre aimé, ça n'est pas quelque chose que les autres vous doivent a priori, de façon systématique au regard de votre statut. 

Etre aimé, ça se gagne, ça se mérite, ça se travaille. 

Etre aimé en imposant un travail quotidien à des enfants et parvenir malgré tout à ce que ce travail imposé soit perçu comme une chance à saisir, une exploration enthousiasmante, un défi personnel, un tremplin, c'est cela le métier d'enseignant. 

Soit on s'y applique et on sera aimé, soit on ne le fait pas et le bonheur d'être aimé n'en deviendra pas pour autant un dû. 

Si je découvrais que mes élèves n'avaient aucune envie de venir en classe, je ne leur reprocherais rien. 

Ils ne me doivent rien. 

Moi, je dois par contre les inviter à "grandir" au mieux. C'est de cette façon que je les aime. 

Il ne s'agit pas pour autant d'imposer  "ma" façon de grandir mais de leur apprendre à s'observer. Car c'est par la connaissance de soi que l'individu grandit. Les connaissances intellectuelles sont des moyens d'y parvenir. Pas une finalité.   

Einstein et le végétarisme

Par Le 02/03/2019

https://itinerariesoftaste.sanpellegrino.com/be/how-we-were/pourquoi-einstein-%C3%A9tait-relativement-v%C3%A9g%C3%A9tarien?language=fr

Pourquoi Einstein était relativement végétarien

POURQUOI EINSTEIN ÉTAIT RELATIVEMENT VÉGÉTARIEN

Avec ses cheveux indisciplinés et ses yeux pétillants, le physicien théoricien, l’auteur de l’équation la plus célèbre du monde – E=mc2 – est devenu l’archétype des savants fous mais géniaux et des professeurs excentriques du monde entier.

Si l’on considère le génie d’Einstein, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’origine du génie. Beaucoup de végétariens soulignent son régime alimentaire, en affirmant que le savant allemand était un des leurs. Après tout, si l’on est ce que l’on mange, et si Einstein était un génie, vous voudriez un peu de ce qu’il a eu, n’est-ce pas ? En fait, la relation d’Einstein avec la nourriture était assez compliquée, influencée à la fois par sa vie personnelle – il se déplaça entre divers pays avant de s’établir finalement aux États-Unis en 1933 – et par les forces politiques et sociales en jeu en Europe au cours des années 20-30.

Le végétarisme, la pratique de s’abstenir de manger toute forme de viande, remonte au moins aux Grecs antiques, et probablement jusqu’au VIIème siècle avant Jésus-Christ. Le grand mathématicien Pythagore est censé avoir été végétarien (peut-être même avoir été membre d’une école végétarienne), et la partie finale des Métamorphoses d’Ovide, une plaidoirie passionnée pour que l’humanité se transforme en une meilleure race, respectueuse de la vie des gens et des animaux, est donnée par le personnage de Pythagore.

C’est une thèse à laquelle on pourrait imaginer qu’Einstein, un pacifiste en paroles, adhèrerait. Dans une lettre datée du 27 décembre 1930, il a exposé sa propre vue de cette philosophie et de ce qui l’attirait : « Bien que des circonstances extérieures m’aient empêché d’observer strictement un régime végétarien, j’adhère depuis longtemps à cette cause par principe. Outre le fait que je suis d’accord avec les buts du végétarisme pour des raisons esthétiques et morales, j’estime que le mode de vie végétarien, par son effet purement physique sur le tempérament humain, aurait une influence des plus bénéfiques pour le sort de l’humanité ».

Cependant pendant les années 20 et 30, Einstein n’était pas en position de choisir soigneusement son régime. En 1917, on lui avait diagnostiqué une grave maladie de l’estomac – pas aidée par les pénuries alimentaires de cette période-là – qui se reproduisit à nouveau tout au cours de sa vie. Un docteur lui ordonna alors un régime de quatre semaines de riz, pâtes macaroni et pain zwieback, le pain croustillant sucré cuit deux fois que l’on mange dans toute l’Europe septentrionale et centrale. Einstein, qui était né à Ulm, en Allemagne, en 1879, vivait alors en Suisse. Son père avait déménagé toute la famille au milieu des années 1890, et c’est à Zurich qu’Einstein se stabilisa formellement dans ses études et commença à développer ses théories novatrices.

Bien que son cœur fût toujours enclin au végétarisme, il mangeait de la viande, et les saucisses avec la soupe de lentilles étaient un de ses plats favoris. Une histoire raconte qu’Einstein, retournant d’un café voisin à son laboratoire, décida d’acheter du foie de veau pour que la femme de son collègue n’ait pas besoin d’aller faire les courses. De retour au laboratoire, elle commença à faire cuire le foie sur un bec Bunsen.

« Qu’est-ce que tu fais ? » demanda Einstein. « Tu fais bouillir le foie dans de l’eau ? ». Quand elle reconnut que c’était ce qu’elle était en train de faire, Einstein déclara : « Le point d’ébullition de l’eau est trop bas. Tu dois utiliser une substance avec le point d’ébullition supérieur, comme le beurre ou la graisse ». À partir d’alors, ses amis indiquèrent le besoin de faire frire le foie plutôt que de le faire bouillir comme le voulait la « théorie d’Einstein ». Au cours des années 30, Einstein entama une amitié plutôt surprenante avec le roi Albert et la reine Élisabeth de Belgique pendant qu’il voyageait pour une conférence. Einstein et la reine partageaient l’amour de la musique – il jouait du Mozart pour elle sur son violon – et essayait de lui expliquer sa théorie de la relativité.

En octobre 1930, il était à Bruxelles pour un congrès et il passa chez le roi et la reine, dans leur palais de Laeken. Ils jouèrent de la musique et ensuite prirent ensemble le dîner.

« J’étais seul avec le roi et la reine pour le dîner » rapporta plus tard Einstein, « pas de serviteurs, de la nourriture végétarienne, des épinards avec des œufs au plat et des pommes de terre, c’est tout. J’ai aimé ce repas énormément ».

Les plats simples attiraient Einstein – un homme qui pouvait être si absorbé par son travail qu’il en oubliait de prendre le déjeuner. Sa femme Elsa lui rappelait de manger, en lui disant : « Les gens ont des siècles pour découvrir ces choses, mais ton estomac, non, il n’attendra pas pendant des siècles ».

Einstein et ses amis Maurice Solovine et Conrad Habicht, fondateurs en 1902 de l’Olympia Academy – un groupe qui se retrouvait dans l’appartement d’Einstein à Berne pour y discuter de philosophie et de physique - vivaient de saucisses, de Gruyère et de fruits. Mais pour marquer l’anniversaire d’Einstein, ses amis lui firent la surprise de mettre trois plats de caviar sur la table. Il était tellement absorbé dans la discussion du principe d’inertie de Galileo, dit-on, qu’il mangea une grosse bouchée après l’autre de ce plat raffiné jusqu’à ce que Solovine lui demande enfin : « Sais-tu ce que tu viens de manger ? ».

« Pour l’amour du Ciel », répliqua Einstein, « C’était donc le fameux caviar ! Eh bien, si vous offrez de la haute cuisine à des paysans comme moi, sachez qu’ils ne vont pas l’apprécier ».

Seulement alors que la fin de sa vie approchait, Einstein arriva enfin à adopter un régime végétarien plus strict. Il avait alors soixante-dix ans passés et vivait à Princeton USA depuis plus de vingt ans. Il était devenu un savant au niveau mondial, avait reçu le Prix Nobel pour la physique en 1921, ainsi que d’autres prix, récompenses et doctorats. Mais il avait encore des problèmes d’estomac et, en 1948, sa santé commença à décliner.

Une chirurgie exploratoire révéla un anévrisme dans l’aorte abdominale que l’on ne pouvait pas enlever.

 « J’ai toujours mangé de la viande avec la conscience un peu coupable », écrivit-il dans une lettre à un ami. Pour mitiger la douleur et la gêne qu’il ressentait dans son estomac, il maintenait alors un régime végétarien simple et strict. Il ne buvait pas non plus d’alcool.

En mars 1955, presqu’un an exactement avant sa mort à Princeton à l’âge de 76 ans, Einstein écrivit une lettre qui montre l’importance du régime qu’il suivait à la fin. « Donc je vis sans matières grasses, sans viande, sans poisson, mais je me trouve très bien ainsi », écrivit-il. « Il me semble presque que l’homme n’est pas né pour être carnivore. »

Il s’agit de l’une des rares théories d’Einstein qui restent encore à prouver.

  

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Photographies animalières

Par Le 02/03/2019

 

Magnifique. Pour le talent du photographe mais bien plus encore pour cette nature si belle, si magique, si créative, émouvante, drôle, étonnante....


https://www.demotivateur.fr/article/il-photographie-la-vie-des-ecureuils-hamsters-et-renards-et-en-tire-des-cliches-hilarants-15687

Un photographe autrichien s’amuse à photographier de écureuils et des hamsters mais aussi des renards dans des positions pour le moins insolites. Et le résultat vaut le coup d’oeil !

Amoureux des écureuils, hamsters et autres renards, nous avons ce qu’il vous faut.

Vous allez adorez ces jolies photos aussi amusantes que réussies, lesquelles mettent en scène ces adorables petites boules de poil, dans des postures parfois hilarantes.

Ces clichés qui nous redonnent illico le sourire, nous les devons au photographe autrichien Julian Rad, qui a en effet pris l’habitude de photographier la vie sauvage des trois animaux pour lesquels il s’est pris de passion.

Un fantastique travail qui lui a d’ailleurs permis de remporter le premier prix du « Comedy Wildlife Photography Awards » en 2015 avec le cliché intitulé « rush our », que vous pouvez découvrir ci-dessous.

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

En regardant ce dernier, difficile de donner tort au jury du concours tant la scène capturée par le photographe s’avère belle et comique à la fois.

Cette photographie est en tout ça l’illustration parfaite des instants magiques que Julian Rad s’amuse à immortaliser pour notre plus grand plaisir.

Du renard hilare au hamster botaniste, en passant par l’écureuil bondissant, difficile de ne pas fondre devant ces jolies petites frimousses.

Découvrez le travail de Julian Rad à travers une série de clichés amusants qui nous mettent instantanément de bonne humeur. Si vous voulez en apprendre davantage sur l’oeuvre du photographe, n’hésitez pas à visiter son compte Instagram.

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

Crédit photo : Instagram julianradwildlife

La philosophie et Mme Sotirakis

Par Le 01/03/2019

A l'époque, la philosophie et Mme Sotirakis, ma professeure, ont été d'un secours indispensable, vital, considérablement plus important que tout ce qui est imaginable. Il ne s'agissait pas d'une philosophie "scolaire" mais de la prise de conscience qu'une vie entière ne peut ignorer ou rester indifférente à ce que Socrate et d'autres ont dit et écrit. Il ne s'agissait pas de travailler en vue du BAC mais pour réaliser que le sens de ma vie dépendait de moi, que j'étais libre dès lors que j'étais conscient de mes limites et qu'il ne dépendait ensuite plus que de moi, grâce à ce travail sur moi-même, que ses limites soient repoussées, sans cesse, avec obstination, comme le fait l'alpiniste qui vise un sommet.

 Deux ans auparavant, mon grand frère avait eu un accident de la route. Déclaré "cliniquement mort", deux mois de coma. J'ai vécu dans sa chambre, alors que je le veillais, des nuits et des jours de pensées, de réflexions, d'interrogations. C'était comme un vacarme inépuisable, une alternance constante entre les moments "d'absence", assis au bord de son lit, des moments de paix intérieure, un silence qui ne pouvait exister qu'en contrepoint du chaos qui m'habitait lorsque je cherchais à comprendre la raison de la souffrance, de la mort, de l'existence de Dieu, du Bien et du Mal, de la futilité du monde adulte. J'ai lu et relu "Citadelle" de Saint-Exupéry et Krishnamurti, encore et encore, j'ai lu "La nausée" de Sartre, " L'homme révolté" de Camus, des milliers de pages puis des milliers d'heures à réfléchir, encore et encore. Ou à ne rien faire, dans un silence intérieur absolu. Je ne savais pas encore à l'époque que je méditais...

C'est lorsque j'ai eu le privilège d'entrer dans la classe de Mme Sotirakis que j'ai compris que moi aussi, je pouvais trouver dans la philosophie la paix intérieure dont j'avais absolument besoin, non pas l'absence de pensées mais la maîtrise du flot. Penser avec raison, penser sans émotions, penser comme on respire. Calmement.


 

LES ÉVEILLLÉS

Extrait :

Il a tellement lu depuis ces jours sans fin. Passer de livre en livre comme un nageur dans l'océan sauverait sa vie en quittant une bouée pour en rejoindre une autre. Et se rapprocher peu à peu de la terre ferme.

Il repense à tous ces ouvrages posés sur les étagères de sa chambre d’adolescent. Il s’endormait parfois le livre ouvert posé sur la poitrine, les mots résonnant dans ses rêves, des flux d’idées parcourant son inconscient, irradié de phrases, assailli de mots désordonnés, il entendait des murmures lui parler d’éveil, d’accomplissement, de quête. La tête ronde de Gurdjieff, sa grosse moustache, ses yeux sombres, une voix caverneuse, « suis ton chemin, tu l’as choisi même si tu ne le sais pas, ne crains rien, » la photo de Saint-Exupéry dans son cockpit, lui aussi était engagé dans un vol de nuit, la nuit de ces jours sombres dont il n'était jamais vraiment sorti, Sartre et ses lunettes rondes dans un café parisien, « l'existence précède l'essence », oui, il n'était rien de vivant tant qu'il ne vivrait pas vraiment, dans l'intégralité de la vie et non des enceintes limitantes, cette photo en noir et blanc de Jack London avec son blouson d’aviateur, celui qui avait peut-être trouvé la mort plus douce que l'existence à moins que la mort se soit trompé de cible, tous ces livres, tous ces mots, ces phrases qu’il apprenait par cœur, qu'il tournait en boucle, qu’il se répétait, la nuit, en vélo, sur la plage, dans les forêts, n'importe où, dès qu'il pouvait se libérer du vacarme envahissant des humains.

Il n’était jamais seul. Cette impression lointaine d’être observé, accompagné.

Ce rêve récurrent d’une lumière qui lui parle, une aura bleutée. Aucune explication.

Ce réveil au milieu de la nuit. Christian dormait.

Silence dans les couloirs.

Il avait subitement aimé cette chambre, cet instant suspendu, l’impression d’être à sa place. C’était son chemin, il devait passer par là. Il s’était levé du fauteuil, il s'était approché, il avait pris la main inerte.

Il avait serré les longs doigts fins. Il avait pleuré. Toute cette force en lui, cette énergie qui enflammait son ventre.

Un instant de bonheur.

Il en avait été gêné.

Ce chemin qu’il aurait choisi.

Comment était-ce possible ?

Christian s'était réveillé. Vraiment réveillé. Pas sous la forme de délires ou de crises de folies mais un réveil conscient. Quelques minutes.

Il lisait dans le fauteuil inclinable quand il avait réalisé soudainement que son frère avait les yeux ouverts. Il s'était approché du lit.

Regards croisés. Il avait su immédiatement que Christian était là. Vraiment là.

La joie et la panique. La délivrance et aussitôt la peur de tout ce qu'il allait devoir expliquer.

Comment dire ce qui ne peut être accepté ? Il n'avait jamais imaginé qu'il serait responsable des premiers mots, que c'est sur lui que tomberait la tâche redoutable d'expliquer le désastre.

Christian s'était très vite assoupi, comme épuisé par l'ouverture des yeux et plus encore par cet effort de conscience.

Il était retourné s'asseoir, le cœur battant, immensément soulagé."

 

 

Des retrouvailles inattendues.

Par Le 28/02/2019

J'ai parfois fortement critiqué Facebook pour ses dérives mais il y a un intérêt que je lui reconnais : celui de permettre de retrouver des personnes.

Il y a quelques semaines, j'ai tapé le nom de ma professeur de philosophie, en Terminale. 

Il y a eu quatre propositions. J'ai regardé les photographies de "profil" et je n'ai eu guère d'hésitation. 

Après avoir parcouru les quelques informations disponibles, j'étais quasiment certain.

J'ai envoyé un MP.

Et hier, cette Dame m'a répondu.

Nous avons discuté de nouveau ce soir, pendant un bon moment, et c'est vraiment magique pour moi.

J'ai un profond respect pour cette Dame.

Je l'ai évoquée sur la page d'accueil du blog. Un hommage.

Je sais tout ce qu'elle m'a apporté.

Elle se souvient bien de moi et elle s'est parfois demandé ce que j'étais devenu.

Je n'ai jamais oublié cette "ambiance" particulière de ses cours. 

J'entrais dans cette classe comme dans un temple.

Elle m'impressionnait beaucoup par son calme, sa sérénité. Une énergie très forte pourtant, une voix qui me captivait. 

Parfois, je restais discuter avec elle après les cours.

Elle se souvenait que j'étais passionné par la montagne et l'alpinisme et nous avions eu des échanges sur la passion. Vaste sujet dans la dimension philosophique. J'adorais écrire aussi et j'étais ému de ce qu'elle disait de mes textes.


"Elève intéressant et intéressé. Des qualités. Année très satisfaisante."

.

Je ne regrette rien de mes passions et je continue à penser que les philosophes occidentaux ont une vue étriquée de la chose.

Je veux bien concevoir qu'il existe des passions destructrices mais elles ne le sont pas toutes. Et celles qui ne le sont pas appartiennent à ces individus qui savent en extraire le meilleur et ne se laissent pas entraîner dans des flots néfastes. 

"Une passion dévorante".

L'expression ne laisse aucun doute sur le jugement qui en est fait et je n'aime pas cet amalgame si fréquent qui consiste à dire que ce qui est néfaste dans un domaine précis contamine l'ensemble de ce domaine. 

C'est parce qu'il y a des camping caristes irrespectueux des lieux où ils passent qu'il y a maintenant autant de barrières limitant la hauteur à l'entrée des parkings. Ca ne fait pas de moi un camping cariste irrespectueux. Je subis le comportement de certains, c'est tout. Mais je suis placé dans le même moule par le législateur et même une partie du grand public.

Il en est de même avec la passion chez les philosophes. Que certains individus soient dévorés par leur passion a conduit tous les passionnés à être "condamnés" par la philosophie.

 

Alex Honnold est passionné par l'escalade de très haut niveau et parfois en solo. Est-ce qu'il est fou de risquer ainsi sa vie ? Non, aucunement parce que tout ce qu'il fait est minutieusement préparé, chaque geste, chaque déplacement. Sa préparation mentale est sans faille. Ce qu'il apprend de lui est au-delà de notre vécu. 

Bien entendu que lorsqu'un de ces "conquérants de l'inutile" se tue en montagne, il en est toujours pour dire qu'il l'avait cherché...Et qu'en plus, "ça coûte cher d'aller le chercher"...

Bon, là, je n'essaie même plus d''expliquer quoi que ce soit. Il y a un moment où il faut savoir se protéger de la bêtise du monde. 

La passion est un véhicule et tout se passe bien tant qu'il y a un conducteur. Elle est donc l'opportunité d'apprendre à se connaître et à diriger son existence, mû par l'énergie aimante de la passion et non par sa déraison enivrante. 

J'en parlerai certainement encore avec ma professeur. :) 

Sagesse amérindienne

Par Le 25/02/2019

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Une salutation des sioux Lakota est "Mitakuye Oyasin" c'est à dire au nom de toute ma parenté, ce qui sous entend que tout est relié et que tout ce qui est dans la nature et nous même sommes interdépendants...

”Depuis des centaines d’années, la terre souffre d’une destruction rapide de son équilibre et de sa beauté. Sa souffrance provient des civilisations dominées par les hommes qui ont complètement perdu leur équilibre spirituel. L’homme continue de regarder du côté de la politique, de l’économie et de la guerre pour résoudre les problèmes causés par la politique, l’économie et la guerre. Notre Mère, la Terre continuera de souffrir de notre façon de vivre déséquilibrée seulement jusqu’au moment où elle devra frapper, éliminer la vie humaine si nécessaire, se guérir, revenir à un état d’équilibre et recommencer.

Certaines personnes croient que nous détruisons la planète. Cette croyance est un symptôme de l’orgueil démesuré de l’homme, de son “complexe de Dieu”. Nous avons abusé de notre pouvoir en nous détruisant nous même. Même si nous choisissons d’abuser de notre pouvoir en nous détruisant nous même, ma Mère la Terre survivra. Elle se guérira même si cela lui prend plusieurs milliers d’années pour se débarrasser de la saleté et des ravages de l’histoire humaine, ce n’est finalement qu’un temps très court à l’échelle de la vie de la planète Terre. Depuis les temps anciens, les Lakotas se sont toujours vus comme les gardiens de la Terre. Nous ne croyons pas que la Terre nous appartient, nous savons que nous appartenons à la Terre. Nous savons, et cela a toujours été une part de nos enseignements, que toute chose et que tout être dans leur nature sont duels, positif et négatif, masculin et féminin. Cette dualité est présente dans chaque forme d’existence, du plus simple atome à la plus grosse masse de matière de l’univers. Cette dualité existe aussi dans le Créateur.

Nous connaissons le Créateur comme masculin et féminin mais nous avons pris l’habitude d’oublier la partie féminine du “Grand-Mystère”. Nous avons été si profondément influencés par la société en place que nous avons permis à nos tendances négatives d’aller de plus en plus loin dans le déséquilibre. Dans toutes les histoires des civilisations qui se sont engagées dans ces tendances et croyances de la société dominante, il y a des mythes, légendes et écritures religieuses qui décrivent Dieu comme purement masculin. Ils disent que Dieu a fait l’homme à son image et qu’ensuite il a fait la femme pour la donner à l’homme. Beaucoup de gens croient que se sont les femmes qui ont apporté le mal, la douleur et la souffrance de ce monde. Ils utilisent ceci comme une excuse non seulement pour dominer et contrôler la femme, mais aussi pour rabaisser tout ce qui est féminin en incluant bien sûr ma mère la Terre. Ceci a conduit la vie à un monde dirigé par le cerveau gauche. La société vénère les fonctions les plus masculines : mathématique, science, stratégie militaire. Elle accorde beaucoup moins d’importance aux aspects féminins tels que l’intuition, une éducation plaçant les enfants au dessus de toutes les autres priorités ainsi qu’un comportement harmonieux.

Il y a quelque vérités spirituelles de base que tous les peuples doivent suivre pour pouvoir diriger leur vie dans leur propre religion, leur propre chemin spirituel.

Ce qui est créé par la Source est sacré. Tout ce qui est créé par l’homme ne l’est pas. La Terre a été créée par la Source aussi elle est sacrée. Les frontières et les gouvernements ont été créés pour servir les intérêts des hommes, aussi ne sont-ils pas sacrés. Le plus haut et le plus noble peut être corrompu.

Le plus puissant et le plus fort peut devenir faible et tomber. L’homme peut les changer, les corrompre, les détruire et les reconstruire. La Terre continue avec ou sans eux.
Faces of the world
Les ressources et les richesses de cette Terre ont été créées par la Source, elles sont sacrées. Les animaux, les plantes, les arbres, l’air, l'eau, aussi, ils sont sacrés. Les grands groupes, les systèmes économiques, la bourse, la complexité moderne et les structures politiques ont été faites par l’homme pour servir ses intérêts, ils ne sont pas sacrés. Une poignée de gens peut ainsi amasser des biens matériels pendant que beaucoup de gens souffrent. De grandes quantités de formes de vie disparaissent aussi à cause de ces mêmes personnes. Ils peuvent continuer sur les chemins de la destruction pour le pouvoir et le profit jusqu’à ce qu’eux-mêmes ne puissent plus survivre sur leur propre tas d’ordures laissant par la même occasion derrière eux une planète inhabitable pour les générations futures. La Terre se purifiera et se guérira d’elle-même.

Ce n’est pas à nous de décider qu’une forme de vie est plus sacrée qu’une autre. Nous devons apprendre à vivre sans dépenser plus que ce dont nous avons besoin. Prendre la vie d’un animal n’est pas pire ou meilleur que de prendre la vie d’un arbre ou de n’importe qu’elle autre plante.

Chaque jour et chaque nuit, les gardiens de la tradition Lakota prient pour l’humanité, les animaux, les plantes, ceux qui sont dans le monde des esprits, la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air. Nous prions pour les animaux quand nous les tuons pour la nourriture et pour manger leur viande. Nous prions pour les plantes quand nous les cueillons pour les cérémonies et les guérisons.

Nous, Lakotas, croyons que toute chose crée par la Source est sacrée et en tant que partie de la Création nous sommes aussi “connectés". A chaque fois que nous prions, nous finissons nos prières par les mots “MITAKUYE OYASIN” (Nous sommes tous reliés). Avec cette petite phrase, nous prions pour toutes les choses.“

Archie Fire Lame Deer
Chief Archie Fire Lame Deer

Jacques Gamblin au parlement des écrivains

Par Le 24/02/2019

C’est l’histoire d’une vidéo qui connaît actuellement un beau succès sur le web. Pendant 23 minutes, l’acteur Jacques Gamblin captive l’attention dans un discours donné à Nantes, au Lieu Unique, le 28 novembre 2015 lors d’une journée consacrée au rôle de la poésie pour livrer « autrement le monde ». Un véritable bijou d’éloquence où il s’attarde sur notre peur de changement et interroge notre désir d’être surpris et de surprendre.

Ressentis en partage

Le parlement sensible des écrivains devait initialement avoir lieu le 14 novembre dernier à l’Assemblée nationale afin de souligner le rôle de la littérature et des écrivains pour parler autrement du climat. Annulé en raison des attentats qui ont frappé la capitale la veille, cette initiative – accompagnée de la publication d’un ouvrage (Du souffle dans les mots, Ed. Arthaud) – est plutôt passée inaperçue. Certains des 30+1 auteurs et poètes regroupés à cette occasion ont pourtant été réunis le 28 novembre 2015 lors de l’événement « Autrement le monde » organisé par la maison de la poésie de Nantes pour aborder les liens entre écologie et poésie.

C’est à cette occasion que l’acteur et poète Jacques Gamblin s’est exprimé dans un texte intitulé « Mon Climat ». Partant de la notion de température ressentie inventée il y a quelques années pour parler de la température extérieure (« La science en ce domaine (la météorologie, ndrl) a donc fait un grand pas dans son désir d’être toujours plus précise au point de ne plus l’être du tout », lance-t-il), l’acteur en profite pour introduire son propos et livrer son ressenti (« Le ressenti individuel ayant supplanté la réalité générale, je me permets donc de donner le mien en toute humilité »).

S’il ne reproche à personne de lui faire « manger de la merde », il n’en ressent pas moins un profond malaise d’imaginer que nos enfants et nos petits enfants devront payer notre irréalisme. « Je pense que notre plus profond désir à tous pourrait être de laisser l’endroit plus propre que nous l’avons trouvé en entrant. Rien n’est réellement à moi, ni ma petite ou grande maison, mon petit ou grand jardin, je vis sur un morceau de terre et sous un morceau de ciel qu’on me prête : je ne suis pas le premier à le dire, quelqu’un me prête ce que je possède, quelqu’un d’avant, avant avant, c’est à dire… personne » rappelle-t-il avant d’évoquer la seule chose en laquelle il croit : le rôle du vivant qui nous entoure… « tout ceci m’est offert et je dois être prêt à le rendre à personne qu’à lui-même ».

Se qualifiant de « militant de peu qui ne se retrouve pas dans la logique consumériste« , il rappelle à quel point il aime la modernité et ses inventions tant qu’elles soulagent la vie des gens sans créer des désirs inutiles. « La liste est longue d’une simple logique qui part en vrille, parce qu’avec le temps le simple bon sens s’est fait la malle. Que voulons nous comme vie ?« , interroge-t-il aussi.

Que tout le monde s’active maintenant, maintenant !

Pour lui, il est temps de lutter contre nos « bonnes vieilles peurs du changement » et ces hésitations stériles qui tuent le désir, qui tuent la fraîcheur et « engendrent la résignation et la morosité »« Cette peur ancestrale de ce qui est nouveau ou différent, qui dit non avant de dire oui, nous fragilise et nous abîme. Lorsque cette peur se fissure et se calme, ne sommes-nous pas les premiers à être heureux et fiers d’avoir essayé ? La peur n’est pas le bon moteur : quand une décision est prise, alors on se retrousse les manches, on solidarise, on transpire ensemble, on se sent intelligents ensemble, on bouge, on essaye, on tente et la tristesse se dilue », plaide-t-il avant de le dire tout net : « C‘est cette joie là, moi, que j’ai envie de suivre: dire oui, on y va, on fonce, on est courageux, on a du cran. Ne serait-ce pas au fond de nous de cela dont nous avons envie. D’être surpris et de se surprendre ? »

Vient ensuite un hommage au monde associatif, « qui est joyeux parce qu’il agit ». Avec notamment ce passage très fort (minute 10:47 dans la vidéo suivante) où il invite à passer à l’acte : « Nous sentir responsables de nous même et de ceux qui vont nous suivre est une chance. C’est ce qui nous rend vivants. L’irresponsabilité rend bête, s’abstenir rend bête, la faute aux autres rend bête, la faute à pas de chance rend inactif, la résignation rend amorphe, la victimisation rend triste. Alors faisons le boulot nous même, individuellement, 1+1+1+1 car il n’est plus l’heure d’accuser, la liste est en effet trop longue et l’efficacité, nulle. Il est juste l’heure de mettre les mains dedans, de faire des toutes petites choses multipliées par des milliards de toutes petites qui montrent le chemin de nos désirs aux politiques peureux, de montrer l’exemple à nos décideurs qui décident si peu parce qu’ils pissent dans la culotte de leur impopularité. Rassurons les, ils en ont besoin. Montrons leur qu’ils ne craignent rien, que nous sommes prêts, que nous sommes conscients et fiers de l’être, que nous avons envie de bouger pour nous, pour nos gamins et les gamins de nos gamins, parce que c’est le plus bel héritage que nous leur devons, et qu’ils soient fiers de nous. Invitons les au grand banquet des éléments ».

 

Et le poète de continuer : « Je vous en prie, bougez-vous maintenant les gars ! (…) Intéressez vous aux hommes, à leur chair, à leur peau, à leur coeur, plutôt qu’à leur retraite anticipée et leur porte monnaie », lance-t-il aux politiques. Il incite également les médias à déployer « les gorges de ces inconnus qui inventent de l’alternatif positif tous les jours au réveil (…) Il y a des milliers de conquérants dans l’ombre qui ont arrêté la glose et creusent des solutions à main nue, à main propre. Nous voulons les connaître, nous, vos chers auditeurs. Entendre leur souffle, leur geste, leurs idées qui transpirent, la sueur perlée de leur conscience. Ils s’en foutent, eux, du ressenti du climat, de la langue de bois déracinée de certains nos élus, et de l’info des kilomètres de bouchon au petit matin. Eux ils avancent dans le réel et le pragmatique avec des initiatives qui imposent le respect et soulève les casquettes. Ces hommes là, qui ont décidé le bonheur de faire et de créer, de prouver que le pire n’est jamais sûr, n’attendent plus rien de quiconque. Ils cultivent, ils cherchent jour et nuit, prennent de l’avance sur les vieilles habitudes, inventent un autre confort, une autre cohérence, une autre philosophie, un autre art de vivre moderne et sans frontière. Oui, ce sont ceux là que j’ai envie d’écouter avec mes oreilles bien ouvertes et disponibles. C’est avec ceux-là qu’il faut faire des Unes et qu’il faut faire du bruit« .

Les chiens, la vie, la mort

Par Le 24/02/2019

 

 

Pourquoi les chiens vivent moins longtemps que les gens ?

Voici la réponse (selon un enfant de 6 ans) :

En tant que vétérinaire, on m'a appelé pour examiner un chien irlandais de 13 ans appelé Belker.
La famille du chien, Ron, sa femme Lisa et leur fils Shane, étaient très proches de Belker et attendaient un miracle.
J'ai examiné Belker et j'ai découvert qu'il mourait d'un cancer. J'ai dit à la famille que je ne pouvais rien faire pour Belker, et j'ai proposé de faire la procédure d'euthanasie chez elle.
Le lendemain, j'ai ressenti leurs sentiments de plein fouet quand Belker a été entouré par sa famille. Shane semblait si calme, caressant le chien pour la dernière fois, et je me demandais s’il comprenait ce qui se passait. Au bout de quelques minutes, Belker tomba paisiblement en dormant pour ne jamais se réveiller.

L'enfant semblait accepter la transition de Belker sans difficulté. Nous nous sommes assis un moment pour nous demander pourquoi le malheur fait que la vie des chiens est plus courte que celle des êtres humains.
Shane, qui avait écouté attentivement, a dit : " je sais pourquoi ''

Ce qu'il a dit ensuite m'a surpris : je n'ai jamais entendu une explication plus réconfortante que celle-ci. Ce moment a changé ma façon de voir la vie.
Il a dit : " les gens viennent au monde pour apprendre à vivre une belle vie, comme aimer les autres tout le temps et être quelqu'un de bien, hein ? ''

" Et bien, comme les chiens sont déjà nés en sachant comment faire tout ça, ils n'ont pas à rester aussi longtemps que nous. ''

La morale de l'histoire est :

Si un chien était ton professeur, il t’apprendrait des choses comme :

* Quand vos proches arrivent à la maison, il faut toujours aller dire bonjour ;

* Ne laissez jamais passer une occasion d'aller se promener ;

* Faites l'expérience de l'air frais et du vent ;

* Courez, sautez et jouez tous les jours ;

* Améliorez votre attention et laissez les gens vous toucher ;

* Évitez de " mordre " lorsque seul un " grognement " serait suffisant ;

* Dans les jours chauds, allongez-vous sur l'herbe.

Et N'oubliez jamais : " quand quelqu'un aura eu une mauvaise journée, restez silencieux, asseyez-vous près de lui et doucement faites-lui sentir que vous êtes là...

C'est le secret du bonheur que les chiens nous apprennent tous les jours. 

Aucune description de photo disponible.

JUSQU'AU BOUT : Birgitt et Yolanda

Par Le 24/02/2019

Image 3Pierre a rencontré deux jeunes Hollandaises sur une plage naturiste.

 

Elles l'ont invité au bungalow qu'elles occupent dans un centre naturiste.


 

EXTRAIT

Il vit un gros livre au bout du banc. Sri Aurobindo. Il ne déchiffra pas le titre.

« C’est ça on lit depuis un moment, expliqua Birgitt. C’est difficile mais c’est bien.

- C’est quoi le titre ?

- Ça veut dire, la vie…comme Dieu. »

Elle disparut dans le salon et revint avec un dictionnaire. Elle tourna les pages rapidement.

« Ça veut dire la vie divine.

- Et ça parle de quoi ?

- Oh ! c’est très difficile de raconter. Avec le hollandais, c’est déjà difficile de comprendre la première fois. On lit encore et encore pour savoir quoi il explique. Mais tout à l’heure à la plage, c’est quelque chose comme dans le livre tu as raconté. »

Il fut étonné de connaître lui-même un phénomène qui semblait si difficile à comprendre. Il se corrigea en pensant qu’il avait simplement senti des choses étranges mais qu’il ne les connaissait pas.

Yolanda revint avec des fruits.

« Vous pouvez me parler un peu de ce que vous savez ? »

Elles échangèrent un regard sceptique puis Birgitt joignit les mains devant son visage dans une attitude d’intense réflexion.

« C’est un risque de pas comprendre tout quand on explique mal, commença-t-elle. Les mots sont inconnus pour nous en français mais on peut essayer. Pas de dire ce livre mais les choses on connaît un peu avec tous les livres. C’est le plus difficile de commencer, c’est beaucoup tout mélangé.

- C’est pas grave, ça sera quand même intéressant, j’en suis sûr. »

Elle vida son verre et réfléchit. Elle ouvrit le dictionnaire et commença à chercher. Elle nota les traductions sur un papier.

« A Utrecht, on a fait du yoga dans un centre, avec un professeur, expliqua Yolanda. On a beaucoup appris avec lui. C’est très bon pour toi si tu fais et c’est bon aussi pour rester calme et mieux vivre avec toi. Aussi, on connaît un professeur de Tao, mais ça c’est encore plus compliqué. Avec le yoga, on a appris à trouver le calme mais c’est pas le calme juste pas de bruit. C’est le calme dans ta tête et dans ton corps. Quand tu es dans le vrai calme, tu oublies le monde, tu as plus de souvenirs, plus de pensées. C’est très difficile à faire. Tu crois que c’est facile de pas penser mais si je te dis de penser pendant trois minutes à une seule chose comme…la balle des raquettes, juste la balle, tu vas croire tu as pensé à elle pendant trois minutes mais en vrai tu as pensé à beaucoup des autres choses. Tu as vu la plage, la raquette dans ta main, le soleil, la balle qui roule, un nuage devant le soleil, c’est plein des images qui vont avec la balle et ça c’est pour penser à une seule chose alors si c’est pour penser à rien, c’est beaucoup plus difficile. Avec le yoga, on fait ça. Mais c’est très long pour faire ça une fois. Dans la tête, c’est plein de gens qui te parlent, s’exclama-t-elle en riant. Tu connais les choses tu penses mais tu sais pas où tu es toi. »

Elle regarda les notes prises par Birgitt et continua.

« Dans le calme, si tu as pas de pensées, tu es dans la…conscience, articula-t-elle lentement. Tu sais où est ton esprit et qui tu es. »

Birgitt ferma le dictionnaire et relut ses notes. Elle regarda Yolanda qui lui fit un petit signe de tête.

« Dans la philosophie éternelle, commença-t-elle, tu cherches le moi pur. C’est comme la partie de toi dans toutes les choses vivantes de l’univers mais tu as l’habitude de voir toi, comme toi tout seul. Tu peux pas voir tu appartiens à quelque chose de plus grand et c’est déjà en toi, mais c’est très caché. Il faut chercher cette lumière, c’est beaucoup de travail. Les sportifs, ils connaissent un peu ça quand ils sont très fatigués comme les coureurs ou les gens sur les vélos, ils arrivent à plus penser à rien et ils voient eux très fort. Mais ça, c’est pas eux tout seul, c’est eux avec l’univers. C’est l’unité. C’est ça la vraie réalité. A côté, c’est le monde des hommes et c’est tout un mensonge. Beaucoup de choses cachées avec l’agitation. Alors comme on sait pas chercher le moi pur, on pense beaucoup à plein des choses qui sont pas importantes mais on dit c’est important. C’est le mauvais modèle du moi. Si tu es…illuminé, tu sais tu es un individu mais tu sais aussi tu es uni avec l’univers. Alors tu laisses ton… ego et tu penses pas pareil. »

Elle s’arrêta et regarda Yolanda qui l’encouragea d’un sourire. Elle observa son petit papier et continua.

« Si tu es illuminé, tu connais l’amour pour toutes les choses vivantes. C’est pas l’amour avec les corps mais c’est l’amour avec ton esprit et c’est possible aussi de faire ça avec le sexe. Avec une autre personne qui est comme toi, c’est très fort de faire l’amour. C’est pas pareil. C’est les énergies très profondes tu fais venir, pas le plaisir mais plus fort, c’est difficile de dire. »

Yolanda qui lisait le papier sur la table continua.

« C’est l’orgasme cosmique. C’est pas ton corps qui est là, c’est pas celui de l’autre avec toi, c’est un seul qui est dans la lumière, c’est les moi purs ensemble. C’est ça l’unité…originelle. Et si tu es comme ça, c’est pas l’excitation du corps, c’est l’excitation de l’esprit le mieux, ça peut rester très longtemps.

- C’est ça que j’ai senti à la plage. C’était pas de l’excitation physique, jamais, mais je sentais mon esprit qui brûlait. »

Il réalisa soudainement ce qu’il venait de dire et s’en étonna.

« C’est pour ça, je te dis tu peux faire du yoga ou d’autres choses pour chercher. Tu connais déjà des choses importantes.

- Oh ! je ne les connais pas, je les ai juste senties, reprit-il déçu.

- Mais c’est très bien ! Tu sais c’est beaucoup des gens qui ne trouvent rien avant des années !

- Pourquoi ?

- C’est la vie qui est pas bonne, c’est difficile de garder la philosophie tous les jours. Maintenant, nous on veut ça, on veut pas être dérangées par des choses…extérieures. »

Il se sentit concerné un court instant mais refusa d’y penser davantage.

« C’est bien si tu restes avec les idées tous les jours et tu penses mais si tu travailles pas agréable c’est des pensées pas bonnes et tu peux pas être avec toi. Tu es dans tout le reste dehors de toi et pas avec l’univers. Si tu es avec les hommes, tu peux pas être bien. C’est sûr pour nous deux.

- C’est les hommes comme toi tu peux parler pour pas te perdre, c’est tout. La peinture, c’est bien pour nous aussi pour penser et faire le calme. Et ici aussi, avec la nature.

- Et les gens dehors, ils ne vous gênent pas ? J’en ai vu tout à l’heure qui avaient oublié leurs corps. Ils étaient gros, une horreur !

- Oui, on sait ça mais on va pas voir, c’est tout.

- Et c’est pas toujours la faute à eux, c’est peut-être une maladie mais dedans, c’est des gens ils cherchent.

- Oui, tu as raison Birgitt. Je condamne toujours trop vite.

- C’est toi tu es pressé et tu vois peut-être le mal partout mais c’est des choses belles aussi avec les autres pas comme toi. Il faut écouter.

- Et tu perds ton énergie si tu es toujours contre les autres. Il faut être avec eux ou pas penser, c’est mieux pour toi, c’est comme ça tu avances dans ton moi pur. Et aussi tu fais aller mieux le monde, c’est moins de violences et de méchancetés. Si beaucoup de gens pensent dans le calme, c’est possible les autres sentent aussi le calme et ils font pareil. C’est comme une chaîne plus grande et encore plus grande. Il faut pas penser mal sinon c’est tout cassé et c’est le mal encore plus fort. Si tu fais méditer c’est bon pour toi mais c’est bon pour le monde autour de toi. C’est …drôle.

- Etrange, reprit Pierre.

- Ah ! oui, étrange, continua Yolanda. C’est ça aussi, il dit le Dalaï-Lama.

- C’est une histoire très …étrange je connais avec des singes. C’est un singe, sur une île, il lavait des fruits ou des patates, je sais plus, avant de manger mais pas les autres. Et un autre a fait, et puis un autre encore mais ça allait pas vite pour tout le groupe lave les patates. Mais un jour, c’est un nombre assez grand pour donner envie à tous les singes de faire comme ça. D’un coup c’est toute la tribu. Et après, c’est même des singes dans une autre île, ils ont fait pareil. C’est l’idée, elle est arrivée là-bas ! C’est étrange !

- Avec un peu des hommes, ils méditent bien, c’est pareil, un jour, ils font méditer le monde entier. Et c’est bien pour le monde entier. Il faut passer dans le bon nombre de gens et c’est possible.

- Avec les enfants dans l’école, c’est possible de faire ça. Si tu es calme et gentil, si tu écoutes bien les enfants et tu fais attention à eux, ils sont heureux et alors ils travaillent bien, et comme ils travaillent bien ils sont fiers et encore plus heureux. Ils ont pas peur de venir à l’école et même avec le travail c’est bien si tu es gentil et tu les aides. Tu peux aussi leur apprendre le calme. Alors ils parlent de l’école à la maison et le papa et la maman, ils sont heureux aussi ensemble et tout est mieux pour tout le monde. C’est pas difficile pour le bonheur. Il faut pas des choses tristes et difficiles pour la vie et alors c’est le bonheur. Les hommes, ils veulent le bonheur pas le malheur. La télévision, elle fait du mal si elle parle beaucoup des choses violentes, tristes et c’est les gens ils font ça aussi après. Alors, il faut pas dire ça avec les enfants. C’est mieux les mettre dans la nature et le calme. C’est mieux pour eux et pour le monde entier.

- Comment est-ce que je peux apprendre le calme aux enfants ?

- Tu dis la différence entre écouter et entendre, répondit Birgitt. Tu dis d’écouter toutes les discussions dans leur tête et d’essayer de les faire diminuer une à une pour plus rien avoir à entendre. C’est passer de l’esprit actif, avec plein de choses dans la tête qui se parlent et se répondent ou parlent les unes par-dessus les autres pour arriver à l’esprit passif qui écoute mais n’entend plus rien. Avec la respiration, tu peux les aider. Ils respirent bien normalement, un peu doucement et ils comptent les respirations. Ils soufflent, ça fait un, une autre fois, ça fait deux, une autre fois, ça fait trois et encore pour faire quatre. Il faut juste compter, pas penser à rien d’autre, juste la respiration et compter. Avec ça, ils vont réussir à entendre et pas à écouter. Tu peux faire tout à l’heure si tu veux avec nous.

- Ah oui, j’aimerais beaucoup commencer avec vous !

- Mais attention, c’est un travail long. Il faut pas être énervé si tu arrives pas. C’est pas tout de suite la réussite. Et pour les enfants aussi. C’est plus facile si c’est déjà calme dans eux.

- Mais toi, c’est pas calme dedans !

- C’est beaucoup plus calme qu’avant pourtant », dit-il.

Et ce temps lui sembla très lointain, comme une autre vie. L’impression d’avoir eu à franchir une chaîne de montagnes gigantesques, avec des efforts douloureux, la peur de l’échec, des décisions extrêmes à prendre, sans le temps nécessaire à la réflexion, toujours dans l’urgence et la menace permanente de la chute dans les vallées sombres et que maintenant, de l’autre côté, il redescendait dans une vallée de calme, de connaissance et de plénitude. Il sentit combien le cheminement pour parvenir jusqu’ici ne devait pas être dévoilé…Ce serait à tout jamais sa part d’ombres.

« Vous croyez que je peux trouver des professeurs de yoga en Bretagne ?

- On ne connaît pas là-bas mais c’est possible, je pense. C’est avec les livres aussi tu peux trouver beaucoup de choses. Mais c’est mieux les vivre. Avec la nature, c’est déjà beaucoup de découvertes.

- Tu sais, reprit Birgitt, au début c’est toujours difficile mais si tu penses beaucoup un jour tu comprends. Et tu penses plus pareil. C’est comme avec les singes, il faut beaucoup de nombres de pensées pour l’esprit passe de l’autre côté. Tu cherches, tu cherches, c’est difficile et pourtant un jour, ça y est tout arrive et tout devient clair. Et si tu comprends bien, les gens avec toi ils vont comprendre mieux aussi. Des choses différentes mais ça sera mieux pour eux. Tu vas leur faire du bien.

- C’est ce que vous faites avec moi. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce que je comprends depuis que je vous ai rencontrées. Et parfois ce sont des choses dont on n’a pas parlé mais qui se sont quand même révélées. Ca aussi c’est étrange. C’est comme si tout mon esprit s’ouvrait parce que vous avez poussé une porte. »

Elles se regardèrent en souriant.

« Ça nous fait très plaisir ça, tu sais, c’est très important pour nous. On veut essayer aussi d’aider le monde. C’est notre participation à cet univers qui est en nous, à cette lumière de tout le monde.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette lumière ? Qu’est-ce que c’est exactement ?

- Impossible de répondre. Il y a beaucoup trop de réponses. Chaque peuple a sa réponse. C’est Dieu peut-être. Pour moi Dieu, c’est une sensation pour tous les êtres vivants, une espèce… de complicité ! Tu as dit ça aussi. Le dauphin il saute, l’oiseau il chante, l’enfant il rit, c’est Dieu aussi en eux, tu vois une sorte de bonheur, c’est tout le monde vivant il sent ça parfois. Nous, c’est devant un beau paysage, une jolie personne, une belle musique. C’est la lumière de Dieu, elle brille en nous et elle nous réunit avec toutes les espèces vivantes. Mais les hommes, ils appellent ça Dieu, c’est dommage, ça fait trop penser à une personne humaine. C’est pas une personne bien sûr, c’est pas une forme, c’est juste une sensation, un bonheur sans nom, c’est trop important pour lui donner un nom, il faut laisser la liberté à chacun. C’est le nom tu veux lui donner le bon. C’est tout. Mais Dieu, c’est la rencontre dans toi de toutes les lumières qui sont dehors, alors c’est le grand bonheur. Ta lumière brille plus fort et tu es heureux. Très fort. Ta lumière, elle rencontre les autres lumières de l’océan, du vent, du soleil, des étoiles, de la pluie, de la neige, d’un animal, d’une plante, d’un être humain, d’une musique, d’un paysage, d’un grain de sable. La main d’un enfant dans la tienne, c’est les deux lumières ensemble, alors elles brillent plus fortes. Elles s’ajoutent l’une à l’autre et pourtant elles restent à l’intérieur des deux. C’est formidable. Mais c’est la joie pour faire briller les lumières, pas le malheur. C’est pour ça, on dit toujours le malheur c’est noir. C’est les gens sans la lumière intérieure. C’est pas juste une image, c’est la réalité. Et c’est la vie elle cache la lumière aux gens. Alors, il faut faire un effort pour la retrouver. C’est grave pour les enfants s’ils entendent jamais ça. Nos parents avec le naturisme, c’était aussi pour nous aider à trouver. Souvent, ils nous ont parlé de ça. C’est pour ça les parents, c’est important. C’est pour envoyer les enfants sur le chemin de la lumière. Si tu passes du temps à lutter contre le mal, tu t’occupes du mal et tu lui sacrifies ton énergie. Mais ça ne fait pas remonter la quantité de bien. Il restera pareil. Tu peux même finir par tomber du côté du mal. Mais si tu t’occupes du bien, tu le développes, tu élèves un mur de plus en plus important devant le mal. Et un jour c’est le mal qui se retrouve en position inférieure. Avec les enfants, c’est pareil. Il faut les mettre toujours sur le chemin de la lumière. C’est ça ils cherchent dans leurs vies. Ici beaucoup d’hommes cherchent à obtenir tout le contraire de la lumière. La honte d’avoir gâché la vie les envoie vers le mal. Il faudra beaucoup de gens illuminés pour renverser cette direction. »

Il comprit enfin le dégoût qu’il avait si souvent éprouvé. Lutter contre le mal et devenir le mal…Il s’était laissé piéger. Sa mission avec les enfants était essentielle mais il s’était trompé de méthode. Il reprendrait tout à zéro. Ce n’était pas juste pour eux mais pour le monde entier. Comme une goutte tombée dans la mer et dont les effets, apparemment infimes, feraient le tour de la planète. »

 

 

 

 

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