Articles de la-haut
Peter RUSSEL : "La Terre s'éveille"
Je reprends un article qui date de 2011 pour un ouvrage paru en 1982. C'était le premier article sur le blog qui évoquait la situation de la planète et de l'humanité. Ce qui me sidère, c'est de voir que depuis tout ce temps, l'humanité n'a jamais changé sa façon de concevoir la planète et la vie en général et que maintenant que les signes de déréglements se multiplient, on trouve des tas d'articles sur le sujet. L'immobilisme de l'humanité est effroyable et considérablement destructrice.
Liens vers d'autres articles :
Peter Russel : la révolution de la conscience
Peter Russel : une nouvelle conscience
Peter Russel :Sur la conscience de l'unité (conscience)

Peter Russel "La Terre s'éveille. Les sauts évolutifs de Gaïa."
Publié en 1982...
"On a beaucoup écrit et parlé à propos de cette idée qui veut que la Terre elle-même, prise dans son ensemble, soit comparable à un être vivant doté de fonctions vitales et capable de s'auto-réguler et ainsi de demeurer "en vie". En cette époque où pour la première fois l'humanité risque de mettre à mort, littéralement, la planète grâce à laquelle notre évolution depuis les premiers animacules marins et, en fait, notre existence même aujourd'hui, ont été possible.
Le symbole de la déesse Gaia, du nom que les anciens grecs donnaient à la Terre, est devenu un point de ralliement pour tous ceux et celles qui croient en la possibilité d'un changement radicale dans notre manière de voir, percevoir et concevoir notre planète. Les notions d'interdépendance de toute Vie et de grande fragilité des écosystèmes dont dépendent les myriades d'espèces vivantes peuplant notre monde sont maintenant admises par la science et par toutes les couches de la société.
Mais pourquoi alors nous acharnons-nous à détruire l'environnement par notre mode de vie gaspilleur et peu soucieux des conséquences à long terme, demeure un mystère qu'il est urgent d'élucider. Alors que les experts en environnement, aussi bien du gouvernement que des groupes écologiques, nous avertissent que le temps nous est compté pour effectuer des changements majeurs dans notre comportement à l'égard de la planète, il est tentant de se poser la question: "Qu'est-ce qui fera vraiment changer l'être humain au point où il prendra vraiment à coeur la sauvegarde de l'environnement et fera les changements qui s'imposent?" Pour trouver une réponse à cette question vitale, il faudrait peut-être commencer par se demander: "Qu'est-ce qui nous relie aux plans émotionnel, aussi bien que psychologique et spirituel, avec cette matrice de toute Vie qu'est notre planète?" Peut-être est-ce par là qu'il faut commencer à chercher pour trouver l'explication de notre apparente indifférence face aux menaces qui pèsent sur l'avenir de la Vie sur Terre.
Ce n'est que récemment que l'image de la Terre vue de l'espace nous a été rapportée par les premiers astronautes à s'être rendus sur la Lune. Depuis ce temps, la perception que la Terre est notre maison commune, ou notre vaisseau spatial, ou encore un village global uni par la technologie et les communications, et enfin un être vivant capable de contrôler sa température et les différentes composantes chimiques de son environnement global, a marqué à divers degrés l'expérience et la vision que la plupart des humains ont de cette planète. Cette ouverture graduelle de notre esprit à la beauté unique et irremplaçable de la Vie sur cette boule d'eau et de pierre suspendue dans les espaces intersidéraux a permis pour une bonne part l'essor foudroyant des groupes environnementaux et de la conscience écologique qui de nos jours ont atteint le sommet de l'agenda gouvernemental, tel que démontré par la tenue du Sommet Planète Terre(1) de Rio de Janeiro. Bien sûr, les souffrances subies à la suite des catastrophes environnementales de même que les cris d'alarme lancés par les scientifiques à propos de l'avenir de la planète ont aussi grandement contribué à attirer notre attention sur le sort peu reluisant fait à notre bonne vieille Terre.
Pourtant au-delà de cette ouverture d'esprit et de ces préoccupations nées de la menace de cataclysmes écologiques, notre relation à la planète en tant qu'entité vivante et probablement pensante se limite à fort peu de choses. La révolution intérieure qui permet à un être humain de transcender les limites de ce que le scientifique britannique Peter Russell(2) appelle "l'ego encapsulé dans la peau", ne s'est pas encore faite à une échelle suffisamment globale pour affecter de manière significative la façon de penser de la majorité de la population mondiale.
La notion de planète en danger, de Terre nourricière dont toute Vie dépend, est encore bien abstraite et sans résonance émotive pour la plupart des gens, ce qui explique déjà en bonne partie l'indifférence quasi généralisée à l'égard de l'écologie planétaire. Oh, bien sûr, la plupart des gens sont en faveur du recyclage ou de la préservation de la nature par exemple; mais plus souvent qu'autrement, cette intérêt est motivé par des considérations d'ordre pratique comme les coûts élevés d'enfouissement des "ordures" ou du gaspillage de ressources ré-utilisables, et le besoin de loisirs tels la chasse et la pêche, donc la nécessité de préserver les "ressources fauniques".
De même le concept tant vanté du "développement durable" qui vise à faire en sorte que les générations futures puissent encore, comme nous le faisons aujourd'hui, profiter des ressources de la planète, ne constitue en somme qu'une forme de prise de conscience de notre responsabilité de ne pas être trop "goinfres" dans nos appétits de consommateurs insatiables afin que nos enfants ne se trouvent pas devant une table vide lorsque leur tour viendra de s'alimenter au festin planétaire. Et, à la remorque du mythe sacro-saint du développement économique continu, générateur de richesses toujours plus abondantes pour une minorité choyée, on nous encourage, ne l'oublions pas, à favoriser un développement soutenu, transformant ainsi une part de plus en plus grande de la nature en objets de consommation pour l'unique satisfaction de notre seule espèce.
Or qu'en est-il de nos chances de survivre collectivement devant la pression sans cesse accrue que ces modes de pensée "humano-centriques" infligent à un environnement sur le bord de l'effondrement écologique?... Presque nulle, à moins que... À moins que ne survienne globalement un éveil de conscience inespéré face à la fragilité de notre "nid" planétaire et surtout un épanouissement de notre conscience supérieure qui par l'Esprit nous relie à tout ce qui vit. Comme le disait si justement Malraux: "Le 21e siècle sera spirituel ou ne sera pas!"
C'est ici qu'entre en jeu cette fameuse "Hypothèse Gaia", proposée par le scientifique britannique James Lovelock qui, à la suite de recherches, menées dans le cadre des expéditions Voyager de la NASA, visant à découvrir l'existence de formes de Vie sur d'autres planètes, en vint à se demander si la Terre elle-même ne formerait pas un organisme vivant. Rappelons brièvement le fondement de cette idée révolutionnaire qui, depuis sa proposition en 1970, a fait l'objet de vives controverses aussi bien que du soutien inconditionnel d'un nombre croissant de personnes de toutes origines, touchées par la beauté et la simplicité de cette idée.
Constatant que les instruments de lecture à bord du satellite Voyager laissaient voir que notre planète, à la différence de Mars, bouillonne littéralement de Vie, et réfléchissant sur le fait incontournable que depuis son apparition sur la Terre il y a trois milliards et demie d'années la Vie avait peu à peu colonisé les mers et les continents et, ce faisant, modifié la chimie et les conditions atmosphériques de la planète de manière à satisfaire ses exigences essentielles pour assurer sa survie, Lovelock en vint à réaliser que "...l'ensemble ce tout ce qui vit sur Terre, à partir des baleines jusqu'aux virus, et des chênes aux algues, pourrait à maints égards être considéré comme une seule entité vivante, capable de manipuler l'atmosphère de la Terre en fonction de l'ensemble de ses besoins, et possédant des facultés et pouvoirs dépassant de loin ceux de ses parties constituantes". Pour permettre de mieux comprendre les phénomènes fascinants qui contribuent à maintenir cet équilibre global favorisant la perpétuation de la Vie, citons quelques-uns de mécanismes grâce auxquels la Vie contrôle la planète, tel que mis en évidence par Lovelock:
1) La proportion d'oxygène dans l'atmosphère, rigoureusement maintenue à 21%: plus, les forêts brûleraient jusqu'au dernier arbre, moins, beaucoup d'animaux suffoqueraient. Orchestré par toutes les plantes et le plancton microscopique des océans, cet équilibre, grâce à la photosynthèse qui transforme le gaz carbonique en oxygène, se maintient comme par magie depuis plus d'un milliard d'années. De plus, c'est parce que l'oxygène est ainsi apparu que la couche d'ozone a pu se former et la Vie coloniser les surfaces émergées du globe.
2) De même la température moyenne à la surface du monde évite les écarts extrêmes, malgré les épisodes glaciaires qui n'affectent pas la ceinture verte équatoriale, grâce au contrôle par les plantes et le plancton des océans de la proportion du gaz carbonique à "effet de serre" qui retient la chaleur du soleil dans l'atmosphère, un peu comme le font les vitres d'une serre. D'autres facteurs, tels le couvert végétal favorisant une pluviosité régulière grâce à l'évaporation par les feuilles, et l'ensemencement des nuages à l'aide d'un élément chimique particulier produit par de minuscules organismes marins, démontrent une fois de plus le rôle clé de la Vie pour le maintien de conditions propices à son existence continue.
3) Une autre composante essentielle à l'harmonie de la biosphère est le taux d'acidité des pluies qui est maintenu au degré optimal par la présence d'ammoniaque dans l'air, à nouveau fruit de l'activité biologique. Pas assez d'acidité et les sels minéraux indispensables à la bonne santé des plantes ne seraient pas mis en circulation par réaction acide. Des pluies trop acides par contre délavent les sols de leurs éléments minéraux et affaiblissent d'autant les plantes, sans compter l'effet dévastateur d'une eau trop acide pour la survie des lacs et rivières.
4) Le taux de salinité des océans enfin. Par un mécanisme encore incompris, les océans parviennent à maintenir à exactement 3.4% le degré de salinité de leurs eaux, ce qui est le pourcentage idéal pour toutes les formes de Vie peuplant les mers. Sans cesse l'irrigation des continents amène par les fleuves et rivières de nouveaux sels dans les océans, et ce depuis qu'il a commencé à pleuvoir sur Terre. Pourtant, jamais sauf dans la Mer Morte (justement!) le taux de salinité n'a dépassé 3.4%. Deux pourcent de plus et toute Vie disparaîtrait des océans!
Lovelock a répertorié plusieurs autres facteurs semblables qui, réunis ensemble et maintenus stables pendant des centaines de millions d'années, ont permis le foisonnement prodigieux de dizaines de millions d'espèces qui, par le laborieux processus d'évolution, ont façonné le monde et mené à l'apparition de notre propre espèce.
On sait les dommages considérables causés justement par notre espèce au fragile équilibre dont dépend la survie de tout ce qui grouille et respire en ce monde. Comme l'affirme lui-même Lovelock, même si nous parvenons à "bousiller" suffisamment l'écologie de la planète pour mettre notre propre survie en péril, il y a fort à parier qu'une extinction massive d'espèces - ce serait la sixième à survenir dans l'histoire de la Terre, la première provoquée par une seule espèce - ne serait perçue par Gaia que comme une indisposition passagère dont elle se remettrait avec le temps. Quelques millions d'années ne représentent qu'une courte période à son échelle."
L'étau se resserre (2)
Il y a bien longtemps que je ne mets plus les topos de nos sorties sur FB ou sur mon blog et j'ai même effacé tous ceux que j'avais publiés. Le PGHM de Chamonix est effaré du nombre d'interventions de secours qui concernent des "randonneurs" qui n'ont aucunement le niveau, sont mal équipés, partent n'importe où parce qu'ils ont vu des photos sur les réseaux sociaux. En Italie, Suisse et l'ensemble des Alpes, le secours en montagne comptablise un nombre records d'accidents, certains mortels.
J'ai parlé dernièrement du massif de Belledonne et j'ai bien précisé que c'est un massif exigeant, technique où on peut être considérablement isolés et où on ne doit aller qu'avec une grande connaissance de soi et avec un équipement approprié.
Dans notre virée sur le sommet du Taillefer, on est tombé sur une femme seule, engagée dans un couloir à cent mètres de nous, où elle avançait quasiment à genoux, en ayant loupé l'itinéraire parce qu'elle n'avait aucunement l'expérience. On l'a guidée pour qu'elle retrouve le bon passage. Il est clair qu'en continuant à monter dans ce couloir, elle allait droit au casse-pipe. Effrayant.
La montagne est devenue un bien consommable" : la "surfréquentation" touristique des Pyrénées agace les locaux

En 2024, un touriste sur deux pratiquait la randonnée pédestre durant son séjour dans les Pyrénées ariégeoises. • © imageBROKER/Tolo Balaguer / imageBROKER.com
Écrit par Inès Rochetin
Publié le23/08/2025 à 06h00
En Ariège, les sommets sont très prisés cet été. Entre bivouacs et randonnées en montagne, les touristes affluent sur les sommets des Pyrénées. Les parkings au départ des différents lieux de randonnée sont pris d'assaut. Une surfréquentation qui a tendance à agacer certains locaux, entre dégradations et déchets dans la nature.
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Sur les réseaux sociaux, les annonces proposant des randonnées dans les Pyrénées affluent. Plusieurs kilomètres sur les sommets face à des paysages à couper le souffle et ... des centaines d'autres randonneurs. Une surfréquentation pas encore chiffrée pour la saison 2025, mais qui agace certains locaux. Entre détritus, parkings pris d'assaut et non respect de la nature, des Ariégeois demandent des règles pour limiter les nuisances.
Un engouement fort pour la montagne
Olivier parcourt la montagne ariégeoise depuis plus de 30 ans, des randonnées et sorties de plusieurs jours en montagne qu'il documente sur Facebook. Mais depuis la fin de la pandémie de COVID il s'éloigne des sentiers occupés par les touristes. "Il y a eu une vraie évolution de la pratique, la montagne est devenue un bien consommable et il y a de plus en plus de monde. Alors pour éviter la foule j'ai tendance à grimper plus haut et m'éloigner de cette surfréquentation". Mais même sur les sommets ariégeois qu'il a l'habitude de côtoyer, il est témoins de mauvaises pratiques : "Les gens ne se rendent pas compte, la montagne il faut la respecter, on trouve parfois les mouchoirs ou des défécations. Cette année je trouve qu'il y a de plus en plus de mauvais comportements".
Face à la surfréquentation, ils sont plusieurs à décider de passer "un coup de gueule". Frédéric Pasian maire de la commune du Lherm en Haute-Garonne, mais surtout amoureux de la montagne et randonneur aguerri dénonce sur Facebook les déchets laissés par certains en montagne. "Le voilà le véritable élément de distinction entre l'Homme et l'animal. Si tu ne sais pas gérer tes déchets, c'est que tu n'as rien à faire dans ces montagnes". Frédérique Pasian bénévole du challenge du Montcalm (une course de 109 km et 11500 mètres de dénivelé positif traversant la France et l’Andorre), balisait le parcours lorsqu'il a aperçu les détritus, mais pour lui, tout le monde doit respecter : "que l'on soit randonneur, pêcheur, chasseur ou berger nous ne devons pas laisser de traces de nos passages en montagne !".
Une exaspération partagée par d'autres comme Gabriel Bombyx.
Contacté l'Ariégeois détaille : "c'est un sujet tabou depuis trop longtemps. Nos politiques locaux ne veulent rien entendre et ça devient ingérable. Et surtout invivable pour les locaux. Je n'ai rien contre le tourisme mais il doit y avoir des règles vu que, comme sur beaucoup de sujets, les gens sont en majorité irrespectueux. On assiste à se nouvel engouement pour la montagne mais personne n'a anticipé les problèmes, dégradation, dérangement, pollution, insécurité etc...".
De la régulation ?
Pour la plupart, de la régulation est possible. Frédéric Pasian explique : "En Andorre, des barrières sont mises en place pour limiter le flux des voitures et des camping-caristes, les chiens doivent être tenus en laisse. Il y a également des animateurs pour faire de la médiation envers les randonneurs afin de leur expliquer les règles à suivre. Il y a des bonnes pratiques qui existent ce n’est pas si difficile de les mettre en place !"
Olivier partage ce sentiment : "Quand on aime la montagne, on aime la liberté et la gratuité qui en découle. Mais on le voit à Cauteret par exemple les parkings sont payants, l'Ariège devrait peut-être aussi s' y mettre. Je pense que l'Ariège est aussi un des derniers départements à ne pas interdire l'accès routier aux vans et aux camping-cars à Soulcem ou Pla des Peyres contrairement aux Hautes-Pyrénées ou aux Pyrénées orientales".
Des actions ont d'ores et déjà été mises en place dans les Pyrénées : "Ce qui est observé depuis la crise sanitaire, c'est la venue de clientèles "novices", ne connaissant pas les "codes" de la montagne. Des actions sont en cours d'expérimentation à ce sujet : médiation en montagne, avec la présence d'accompagnateurs pour sensibiliser, équiper et faire connaître. Nous sommes en train également, de mettre en place une charte du randonneur" explique Sylvie Courderc, de l'office de tourisme des Pyrénées Ariégeoises
RONE : "Bora vocal"
Paroles de "Bora Vocal" par Rone
Voici les paroles de la chanson "Bora Vocal" de Rone. Ces paroles reflètent l'intensité et la philosophie de la chanson, inspirée par la réflexion d'Alain Damasio sur l'isolement nécessaire à la création et à l'expression de soi.
"Y'a pas de secret, y'a une vérité
Simple, sobre, crue, quoi
Un truc...
Alain, "La Horde du Contrevent"
Tu la réussiras uniquement, quoi
Uniquement si tu t'isoles, si tu t'isoles, quoi
Tu comprends ce que ça veut dire "isoles" ?
Isola, l'île, quoi
Tu crées ton île, et tu l'effaces au maximum, quoi
Il faut que les gens soient extrêmement loin de toi, mais loin,
Parce que ton univers sera vaste, quoi,
Sera immense, sera énorme,
Sera un énorme univers, quoi.
Énorme puissance d'univers, quoi.
C'est ça qu'il faut, et... y'a qu'ça qu'il faut.
Et tu restes collé au vent, collé au vent, collé au vent, quoi.
Et que tu te battes, que tu ne fasses aucune concession sur le reste,
Tu oublies tout, quoi.
T'es pas consultant, t'es rien,
Le consulting, c'est de la merde, quoi !
La seule chose qui ait de la valeur, c'est...
C'est quand t'es capable de faire un chapitre comme celui-là, quoi.
Ça, ça restera, ça mérite que tu vives, quoi.
Tu peux vivre pour écrire ça, ouais.
Là, ça mérite que tu vives, quoi — tu vois.
Là, là, t'es pas né pour rien, t'es nécessaire, quoi.
T'es pas surnuméraire, comme dirait Sartre, t'es pas superflu, quoi.
Là, là, là, t'as une nécessité quand t'écris ça, quoi.
La nécessité d'être, quoi...
Et c'est ça qu'il faut tenir, mec.
C'est ça qu'il faut putain de tenir, quoi.
LÂCHE PAS LE MORCEAU.
T'es pas là pour te faire enculer, te disperser, te fragmenter,
Fais pas de concession, quoi...
Y'a pas de concession avec la vie, quoi.
Y'a pas de concession, quoi.
Tu vis, et faut vivre à fond —
C'est... c'est... c'est...
La nécessité d'être.
Et c'est ça qu'il faut tenir, mec.
PUTAIN DE MERDE, quoi !
C'est quand même extraordinaire !"
Vélo-train
Partir en train avec son vélo pour un raid de plusieurs jours : c'est galère. Et ça serait pourtant l'idéal pour des vacances à faible empreinte carbone.
Mais le nombre de places est beaucoup trop faible.
Il est nécessaire de réserver longtemps à l'avance ce qui signifie deux choses : on ne peut pas tenir compte des conditions météo et pire que tout, la date de retour est prévue et il est donc impératif d'être là. On ne change as de date avec la SNCF. Donc, il faut rouler sous la pluie, il ne faut pas avoir de problèmes mécaniques ou physiques et il faut organiser son trajet en fonction de ce billet retour. Aucune liberté "d'escapade" imprévue.
On me dira que ça n'est pas insurmontable. Non, effectivement mais ça n'est pas l'ambiance dans laquelle on a envie de rouler.
Dans notre périple en Bretagne, on a vu un nombre conséquent de cyclos, bien plus que les années précédentes. Les vélos électriques ont amené de nouveaux pratiquants. On ne peut que s'en réjouir. Mais les trains ne suivent pas. Et c'est pour tout le monde le même problème : ça n'est pas le raid à vélo en lui-même qui est difficile mais c'est son organisation.
Pour notre part, on est allé en Bretagne avec le fourgon et on l'a laissé chez des amis. Et comme on ne fait plus que des circuits en boucle, on ne prend plus le train. Notre expérience de la GTMC ( grande traversée du Massif Central de Clermont-Ferrand à Sète avec les VTT) nous a vaccinés. Une galère monumentale pour réussir à revenir à Clermont récupérer le fourgon. Plus jamais ça.
Ici, en Ardèche, il n'y a même plus de gare...
Quand j'étais adolescent, je prenais le train à Quimper et je pouvais aller n'importe où. Mais les petites lignes ferment les unes après les autres. Donc, pour partir avec un vélo, il faut rejoindre une grande ville. Eh bien, faire du vélo dans une grande ville, il faut être sacrément motivé...On l'a vu encore une fois en traversant Saint-Brieuc. Quel calvaire. C'est ce qui nous a décidé à faire la dernière étape de nuit pour traverser Lorient sereinement. Franchement, les cyclo qui roulent en ville tous les jours pour aller bosser, je leur tire mon chapeau (ou mon casque plutôt)
Accueil » Politique cyclable » Réglementation » Train + vélo c’est 8 minimum, a décidé le gouvernement
par Isabelle Lesens | Jan 20, 2021 | Réglementation | 18 commentaires
Le décret n° 2021-41 du 19 janvier 2021 relatif à l’emport de vélos non démontés à bord des trains de voyageurs est paru au Journal officiel de ce matin 20 janvier 2021.
HUIT
Par ce décret il est décidé qu’il y aura
Huit emplacements pour vélos si le service est librement organisé ;
Huit emplacements pour vélos si le service est d’intérêt national ;
Un nombre correspondant à 2 % du nombre total de places assises fixes, hors strapontins, disponibles à bord, si le service est d’intérêt régional. Ce nombre minimum, arrondi à l’unité entière la plus proche, ne peut être inférieur à quatre et n’est pas supérieur à huit.
Huit emplacements pour vélos si le service d’intérêt régional est organisé en adaptant les conditions d’exploitation d’un service librement organisé ou exploité avec du matériel roulant habituellement affecté à des services librement organisés ;
Un nombre correspondant à 1 % du nombre total de places assises fixes, hors strapontins, disponibles à bord, si le service est organisé par Ile-de-France Mobilités. Ce nombre minimum, arrondi à l’unité entière la plus proche, ne peut être inférieur à quatre et n’est pas supérieur à huit.
En clair il est décidé qu’il y aura un minimum de 8 emplacements de vélo dans la plupart des trains de voyageurs en France, y compris trains trans-frontaliers, mais ni train internationaux ni trains urbains. Cela s’applique en particulier aux trains d’équilibre du territoire conventionnés par l’Etat, aux services librement organisés comme les TGV et aux services d’intérêt régional (TER)1.
8 c’est le nombre qui était demandé par les associations françaises comme par la députée européenne Karima Delli qui s’est beaucoup battue sur ce sujet depuis 2018.
Pas n’importe comment et plutôt bien
Et comme mieux vaut écrire que laisser interpréter, il est précisé aussi que
Les emplacements pour vélos permettent d’entreposer des vélos non démontés sans qu’il soit besoin de les plier ou de les ranger dans une housse.
Les emplacements pour vélos peuvent être modulables pour permettre d’autres usages lorsqu’ils ne sont pas occupés par des vélos.
Les emplacements pour vélos sont identifiés par des pictogrammes apposés à l’extérieur et à l’intérieur du matériel roulant.
Ce sera gratuit ou payant suivant les décisions des exploitants. On ne dit rien sur la facilité d’accès, heureusement les personnes en fauteuil gagnent eux aussi à ce qu’on facilite ceci. A noter que la question des stationnements des vélos en gare reste presque entière.
Pas tout de suite ni tout le temps mais quelquefois même plus tôt que ce qu’exige le décret
Il s’agit des trains de voyageurs « neufs ou rénovés » pour lesquels l’avis de marché a été publié à compter du 15 mars 2021 ou dont la rénovation est engagée ou fait l’objet d’un avis de marché à compter de cette même date. Ceux qui veulent éviter d’être obligés doivent donc passer leur marché avant le 15 mars.
Le ministère souligne que « la SNCF s’est néanmoins engagée à intégrer, dans son programme « TGV du futur » lancé en 2016, un minimum de 4 emplacements vélos » par train, ce qui est la même chose que les 4 par train (voitures 1 et 11) que nous avions souvent. La SNCF n’est donc pas contrainte à équiper les 100 nouvelles rames commandées, mais elle a prévu de le faire avec 6 places pour vélos, croit savoir l’association CycloTransEurope2
Il y a pas mal de réserves dont on espère qu’elles ne seront pas trop utilisées, ruinant les vacances des clients, comme on l’a vu l’année dernière.
« Eu égard aux conditions d’affluence constatées ou prévisibles, l’exploitant peut restreindre, pour certaines périodes qu’il définit, l’accès des vélos à bord des trains. Cela concerne surtout les TER semble-t-il.
Eu égard à des motifs de sécurité ou de sûreté ou en raison de circonstances exceptionnelles, l’exploitant peut restreindre ou refuser l’accès des vélos à bord des trains.
L’exploitant peut fixer des conditions de dimension et de poids aux vélos autorisés à bord. Cela risque de concerner les tandem, les vélos couchés et les vélo-cargos.
L’accès des vélos peut être refusé à l’embarquement dès lors qu’il n’y a plus d’emplacement vélo disponible à bord du train.
Les emplacements vélos peuvent être inférieurs au nombre minimal fixé à l’article D. 1272-5 lorsqu’une impossibilité technique est avérée ou lorsque la viabilité économique du projet de rénovation est compromise. Dans ce cas, l’exploitant ou l’autorité organisatrice de transport transmet au ministre chargé des transports une demande de dérogation permettant d’en apprécier les justifications.
Certains feront mieux
Ces obligations ne concernent pas que les entreprises publiques (entreprise ferroviaire ou autre entité assurant directement ou à la demande de l’autorité organisatrice de transport l’exploitation de services de transport ferroviaire ou guidé de voyageurs), c’est à dire la SNCF, mais aussi toutes les lignes « librement organisées », c’est-à-dire hors SNCF.
Rien n’empêche personne d’en faire plus, comme déjà dans certaines régions touristiques comme le Centre-Val de Loire qui a prévu 9 emplacements par rame, soit au moins 27 vélos par train de trois voitures, ou les entreprises qui vont profiter de la mise en concurrence comme Railcoop, qui exploitera à partir de l’été 20223 la ligne Bordeaux-Lyon, fermée en 2014, avec arrêts à Libourne, Périgueux, Limoges, Saint-Sulpice-Laurière, Guéret, Montluçon, Gannat, Saint-Germain-des-Fossés et Roanne4.
en conclusion
Déjà en novembre 2018 le parlement européen avait voté dans ce sens, mais le conseil européen (les gouvernements) avait réduit à 4 et la France n’avait pas joué le plus beau rôle. Maintenant le seul problème, remarque le collectif d’associations Mon vélo dans le train, c’est que cela ne deviendra effectivement concret qu’à l’occasion de renouvellement … ce qui fait qu’on ne verrait l’effet concret de ce décret que vers 2030… Le collectif espère aussi que les « exceptions » ne seront pas trop utilisées. On peut aussi espérer que les régions s’empareront de leur nouveau droit à devenir propriétaire de leurs « petites lignes » car on se rend compte qu’elle comprennent mieux leur intérêt direct dans cette affaire. (décret d’application de l’article 172 de la loi d’orientation des mobilités, JO du 31 décembre 2020)
Malgré tout il faudrait être un grave pessimiste pour ne pas applaudir à la satisfaction d’une demande qui traîne depuis les années 80, lorsque Jacques Essel organisait des voyages revendicatifs avec retour par le train, entre Paris et Chartres.
Décret n° 2021-41 du 19 janvier 2021 relatif à l’emport de vélos non démontés à bord des trains de voyageurs:
L’historique de l’affaire est dans Vélos dans les trains, les progrès se font attendre, de juillet 2020. On attendait le décret pour septembre. Au moins maintenant savons-nous que l’Europe n’aura pas à nous forcer la main.
On peut relire aussi Les trains transporteront tous des vélos, de octobre 2018, où l’on voit les forces en présence.
Pour les autocars, voir l’article du 22 février 21 : Bientôt 5 vélos par autocar de longue distance
18 Commentaires
Le plus ancien
Olivier Louchard
4 années
On l’attendait avec impatience et, au final, je suis assez déçu par ce décret qui offre de nombreuses échappatoires dans lesquelles vont s’engouffrer les exploitants. Par exemple, en région bordelaise, les lignes TER en période de vacances et les WE qui desservent la pointe du Médoc ou le Bassin sont saturées et on peut parier que le « Eu égard aux conditions d’affluence constatées ou prévisibles, l’exploitant peut restreindre, pour certaines périodes qu’il définit, l’accès des vélos à bord des trains » tourne à plein régime.
Répondre
fred02840
4 années
« Train + vélo c’est 8 minimum , a décidé le gouvernement ». Un titre à la formulation ambiguë : ne serait-ce pas plutôt : « Train + vélo c’est 8 au maximum , a décidé le gouvernement » ? Puisque, comme on le lit, le nombre de vélos admis ne peut être supérieur à huit.
Répondre
Auteur
4 années
En réponse à fred02840
Non, je vous assure. C’est « pas plus de 8 minimum » d’obligé, le gouvernement s’engage à ce que le minimum exigé ne soit pas plus que 8. Il n’y a pas de limite haute à ce qui est autorisé.
Répondre
Thomas Tours
4 années
Les futures levées d’options des Régiolis et Regio2N seront-elles considérées comme des nouveaux avis de marché?
Car avec seulement 370 commandes de Régiolis sur un marché global de 1000, et 480 Régio2N pour 870, ça peut retarder fortement l’application.
Répondre
promeneur
4 années
Cela n’est pas à la hauteur du problème pour ce qui est des trains RER et TER, qui emmènent les gens au travail. Il suffit d’emprunter ceux-ci pour constater que :
– beaucoup de gens pratiquent le transport vélo+train pour aller au travail et utilisent le vélo pour rejoindre la gare ou pour finir le trajet.
– que ça déborde de partout, qu’on ne peut plus circuler dans la rame.
Il faut un wagon entier, sans places assises, réservé aux cyclistes avec des très grandes portes pour faciliter les entrée-sorties.
Les régions qui décident des aménagements sont ignorantes de ce problème alors que ça fait une dizaine d’année qu’il existe.
Répondre
Auteur
4 années
En réponse à promeneur
Un wagon entier nu, absolument, ou une moitié. On peut y mettre des strapontins. J’en ai vu au Danemark et aussi une fois en France (je ne sais plus où). Ce sont des espaces polyvalents, vraiment très bien.
Un message depuis Rouen : pour info en ce moment (hiver + mauvais temps + activités covidées) dans mon train Rouen<>Paris omnibus matin et soir entre 10 et 15 vélos. Le printemps sera chaud (sans compter l’augmentation faramineuse depuis 1 an ou 2 des usagers en grosse trottinette électrique (qui prennent aussi de la place) + des vae (qui prennent de la place car impossibles à accrocher aux « crochets ») …
Répondre
Dehousse
4 années
L’intérieur d’un avion est re-configurable selon les besoins. Pourquoi les concepteurs de trains les rendent si peu adaptables ? La solution de wagons mi-cycles / mi-passagers, autrement dit mi-plate-forme / mi-sièges, et large ouverture, est à étudier d’urgence.
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Jerome
4 années
Ce décret est en effet une bonne nouvelle. Merci d’avoir précisé qu’il n’y a pas de limite haute car le texte peut être interprété d’une autre manière.
Mon observation et ma pratique quotidienne me font abonder dans le sens de « promeneur » plus haut. Sur les lignes TER certains contextes nécessitent aujourd’hui des wagons dédiés au vélo. C’est le cas en région Auvergne-Rhône-Alpes autour de Lyon. Certaines lignes journalières utilisées par les travailleurs ou écoliers sont saturées niveau vélo aux heures de pointes. Également les week-end et en période estivale la randonnée vélo (avec aller ou retour en TER) a en 2020 connu un accroissement impressionnant qui est venu confirmer la progression régulière des années précédentes. Dans de tels exemple si l’on veut continuer de développer le vélo + train notamment pour le tourisme ou le travail, les wagons dédiés semblent indispensables.
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Thomas Tours
4 années
Heureux destinataire des infolettres de CycloTransEurope, j’ai reçu hier leur courriel de réjouissement. Ils indiquent en information post-liminaire « le 20 janvier 2021 la SNCF rend public qu’elle proposera au minimum 6 emplacements vélo dans les TGV-M (100 rames à partir de 2024) et qu’elle étudie d’aller jusqu’à 8 places vélos. » La mentalité semble bien évoluer dans le bon sens. Mais je n’ai pas retrouvé la source officielle de la SNCF [ni ici, où l’information a été reprise.].
La prochaine évolution nécessaire est la prise en compte des vélos dit spéciaux (cargos de différents types, tandems, tricycles, vélos couchés).
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Seul le peuple sauve le peuple.
Les pyromanes ne sont pas les causes principales de ces incendies gigantesques. Ceux-là ne sont que des boucs-émissaires.
L'exode rural vers les villes et donc l'arrêt de "l'entretien" des zones naturelles a favorisé l'expansion d'une végétation sauvage. On pourrait se réjouir que la nature reprenne des territoires abandonnés par les hommes mais il n'en reste pas moins que ceux qui restent se retrouvent "encerclés" par des zones immenses dans lesquelles le feu est libre de progresser. L'activité rurale d'autrefois limitait et contrôlait la végétation. Mais cette vie rurale n'était pas assez "rentable", il était plus bénéfique de développer l'élevage industriel, de le concentrer et toutes les petites exploitations familiales ont disparu. Il ne reste dans ces zones que le tourisme et quelques réfractaires à ce "progrès". Les chèvres qui éliminaient les broussailles ne sont pas rentables, les petites exploitations de vignes ont été arrachées et les moyens alloués à la prévention n'ont cessé de diminuer.
Les pyromanes sont politiques.
Il ne reste que le peuple pour se sauver lui-même.
« Ils nous ont complètement abandonnés » : l’Espagne débordée par des feux incontrôlables
https://reporterre.net/Ils-nous-ont-completement-abandonnes-l-Espagne-debordee-par-des-feux-incontrolables

La vague d’incendies qui ravagent l’Espagne depuis début août suscite la colère contre les autorités, débordées, dans un pays pourtant habitué aux feux de forêt.
Madrid (Espagne), correspondance
« Je n’ai jamais vu un feu comme celui-là », dit au bout du fil Eva Maria Valez Fernandez, une habitante de Molinaseca, en Castille-et-León. Cette région du nord-ouest de l’Espagne est l’une des plus touchées par la vague de gigantesques incendies qui affecte le pays depuis début août.
Des milliers de personnes ont dû être évacuées, des villages entiers sont partis en fumée et des sites historiques comme Las Médulas, une zone d’anciennes mines d’or romaines classée au patrimoine mondial de l’Unesco, ont été calcinés.
« Ça fait dix jours que cet incendie ravage tout, ça me terrifie. Je vois le feu qui avance, mais aujourd’hui [le 18 août] je n’ai entendu aucun avion ou hélicoptère. Où sont-ils ? Ils nous ont complètement abandonnés », se désole Eva. Des images de citoyens luttant contre les flammes avec des moyens du bord, comme des pelles ou des tuyaux d’arrosage, circulent de plus en plus avec à chaque fois le même slogan : « Solo el pueblo salva al pueblo » (« Seul le peuple sauve le peuple »).

Des habitants aident à éteindre un incendie à Veiga das Meas, dans la municipalité de Vilardevós, le 16 août 2025. © Miguel Riopa / AFP
Les autorités sont débordées par l’intensité et la multiplication des départs de feux ces derniers jours. Plus de 343 000 hectares ont déjà brûlé depuis le début de l’année en Espagne, selon les dernières données du Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis). Soit environ 490 000 terrains de football. Un triste record historique pour le pays, battant celui de 2022, où 306 000 hectares étaient partis en fumée.
Pendant que les incendies font toujours rage dans les régions d’Estrémadure, de Galice et de Castille-et-León, et ont coûté la vie à au moins quatre personnes, dont un pompier, les attaques politiques fusent de toute part. Les gouvernements régionaux de droite et le gouvernement central de gauche se renvoient la balle sur les moyens déployés.
« Il faut arrêter ces attaques politiques. On doit déclencher le niveau 3 [permettant une mobilisation plus importante des ressources] et appeler l’armée en renfort, le temps presse », s’inquiète Eva, qui redoute de devoir évacuer dans les prochaines heures.
Des centaines de personnes ont manifesté le 18 août pour demander la démission du gouvernement régional de Castille-et-León et réclamer l’intervention du gouvernement central dans la lutte contre les incendies. Le gouvernement régional a exclu cette possibilité.
Des conditions propices
L’Espagne a connu un mois d’août extrêmement chaud avec une vague de chaleur de plus de deux semaines et des températures allant jusqu’à 45 °C. L’agence météorologique espagnole (Aemet) avance même que le mois d’août est en passe de devenir le mois d’août le plus chaud de l’histoire en Espagne, comme ce fut le cas pour le mois de juin. À cela s’ajoutent des vents forts et une végétation très dense suite à un printemps très pluvieux.
« Cette combinaison de facteurs crée une sorte de cocktail explosif, explique Cristina Santín, scientifique spécialiste des incendies. On voit maintenant des feux de sixième génération. Ils sont immenses et dépassent nos capacités d’extinction. On ne peut donc pas les contrôler, il faut simplement attendre que le temps change, que le vent tourne ou que le feu atteigne un endroit où il n’y a plus de combustible. »
« Peu de zones végétales peuvent faire barrière aux incendies »
La chercheuse souligne aussi que jusqu’au milieu du XXe siècle, les espaces ruraux formaient une mosaïque de zones montagneuses, de vastes forêts, de terres agricoles et de villages, mais que l’exode rural vers les grandes villes a fait augmenter les risques. « En retrouvant sa liberté, la nature a créé une étendue plus uniforme de combustible végétal, de sorte que peu de zones peuvent faire barrière aux incendies », explique Cristina Santín.
Face à la multiplication des incendies et des services débordés, l’Espagne a fait appel, pour la première fois, au mécanisme de protection civile de l’Union européenne. La France y a notamment répondu en envoyant deux Canadair le 14 août.
Boucs émissaires
« La prévention n’a pas été la pierre angulaire de nos politiques et nous en payons maintenant les conséquences, juge Víctor Resco de Dios, professeur d’ingénierie forestière à l’université de Lérida. Les changements climatiques sont là pour rester et aggraver le problème. On doit consacrer davantage de temps et de ressources à la gestion et à la prévention des incendies. » En visite dans des régions sinistrées le 17 août, le Premier ministre espagnol a annoncé la création d’un « pacte national face à l’urgence climatique ».
Les autorités espagnoles suspectent que la majorité des incendies déclenchés ces dernières semaines soient d’origine humaine, intentionnelle ou non. Au moins 31 personnes ont été arrêtées depuis le début du mois de juin et près d’une centaine d’autres sont sous enquête, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur espagnol.
« En se concentrant uniquement sur les causes de ces incendies, on manque notre but, explique Víctor Resco de Dios. La prévention des incendies est l’une des tâches que les autorités sont censées accomplir, dans le cadre de leurs compétences. Or, faute de le faire, ils cherchent des boucs émissaires. »
Le rêve de l'écrivain
"J'écris pour qui, tombant dans mon livre, y tomberait comme dans un trou, et n'en sortirait plus. "
Georges BATAILLE
Peut-être est-ce parce que j'ai conscience que les lecteurs et lectrices parviendront toujours à sortir de mes livres que je n'ai plus le goût d'écrire.
Peut-être aussi parce qu'il y a d'autres urgences, d'autres douleurs, d'autres passions, d'autres désirs, d'autres instants plus intenses encore que l'écriture.
Peut-être aussi parce que je ne sais pas grand-chose de ce que les lecteurs et lectrices pensent de mes livres. Et que ce que j'en pense ne me suffit plus.
Accident ischémique transitoire
Je ne sais plus quand c'est arrivé. Je devais avoir environ quarante ans. Le trouble principal a pris la forme d'une diplopie binoculaire, sans que ça soit exactement ça. Très troublant et désagréable. Quand je tendais mon bras devant mes yeux, je voyais deux mains et elles étaient à trois kilomètres. Impossible de les fixer. Un vertige très puissant.
Un caillot de sang s'est baladé dans les tuyaux.
Mon médecin généraliste m'a envoyé passer un examen. Rien n'a été décelé. Il aurait fallu passer des examens plus approfondis mais j'ai laissé tomber. J'ai lu quelques documents sur le phénomène. Et puis, je ne m'en suis plus occupé.
Mes parents ont tous les deux été victimes d'un AVC à un an d'intervalle. Et quand je vois dans quel état ils sont aujourd'hui (tous les deux en fauteuil roulant, mon père aveugle, démence sénile, perte totale d'interactions sociales, ils ne savent plus qui je suis, ma mère appelle la sienne à longueur de journée, grabataire etc...), je me dis qu'il ne faut surtout pas que j'arrête la montagne, le vélo, le trail, le ski de rando, le skating, tout ce qui fait pulser mon coeur et en espérant qu'un jour, tout va lâcher d'un coup sec.
Mourir debout, dehors, là-haut, en pleine conscience, que je puisse au moins profiter de ce moment unique. Peu importe l'âge auquel ça arriverait. Peu importe les conditions. Mais mourir debout. C'est tout ce que je souhaite. Et vivre totalement d'ici-là.
Qu'un médecin vienne me dire que je dois relâcher, que je suis un client à risques et patati et patata et je lui répondrai que c'est mon choix. Je n'ai aucunement le projet de durer le plus longtemps possible.
Je me souviens de cette femme de 84 ans, retrouvée morte en montagne, dans un secteur peu fréquenté. Elle était partie seule, sans prévenir personne. La famille a fini par s'inquiéter et des recherches ont été lancées. Deux randonneurs ont finalement trouvé le corps, près d'un lac d'altitude.
Evidemment, les donneurs de leçons s'en sont donnés à coeur joie : "On ne va pas en montagne, tout seul, la montagne c'est dangereux, encore une facture salée pour les secours, on devrait faire payer la famille" et patati et patata...Les hyènes sont moins puantes.
Cette femme connaissait très bien la montagne. Elle n'est pas tombée. Elle s'est éteinte. Elle est montée au plus haut, là où ses forces pouvaient encore l'amener. Il faut imaginer le paysage sur lequel elle a fermé les yeux.
Je ne me souhaite rien d'autre que ça.
Mortelles canicules
Quand on est rentré de notre virée à vélo, on a été sidéré de voir à quel point la nature avait souffert de cette dernière canicule. En dix jours, un des grands chênes sur le terrain a viré au jaune. Il n'y a plus une seule feuille verte. Et quand on regarde à l'horizon, on voit un nombre incalculable de zones entières qui sont grillées. Si on n'avait pas une souce sur le terrain, si on n'avait pas paillé et si je n'avais pas construit une structure en bois pour y poser des paillasses sur toute la surface du potager, tout serait mort. Est-ce que les gens ont bien conscience que l'été va devenir la saison de tous les dangers, celle qui sera la plus mortelle, pour nous et pour la nature toute entière ?...
« Les canicules sont une bascule vers un autre monde »

La canicule amène à un vrai « silence de sécheresse », qui conduit à la mort des animaux et des plantes. L’autrice Irène Gayraud a choisi de montrer ces souffrances par la poésie, pour mobiliser sur l’écologie.
Irène Gayraud est autrice, traductrice et maîtresse de conférences à Sorbonne Université, spécialisée en écopoétique. Passer l’été est un livre composé en vers libres, paru aux éditions de La Contre allée en 2024.
Reporterre — « Passer l’été », votre dernier livre, raconte l’été caniculaire de 2022, le plus chaud jamais enregistré en Europe. Comment est né votre désir d’écrire à ce moment-là ?
Irène Gayraud — Cette canicule de 2022 a été très longue : elle a démarré en juin et s’est poursuivie, par intermittence, jusqu’en septembre. Quand elle a commencé, j’étais chez moi, dans l’Essonne, au sud de Paris, et puis j’ai rejoint un lieu dans l’Aveyron que j’aime beaucoup, au fond d’une vallée, avec des sources, un ruisseau… Un lieu où je vais chaque année depuis l’enfance, et que j’avais toujours imaginé très résistant. Cette année-là, ce lieu aimé était méconnaissable. Tout l’écosystème était dans un grand état de stress. C’est cela qui a déclenché le besoin d’écrire, cette souffrance physique du lieu.
En plein mois de juillet, les arbres avaient déjà perdu leurs feuilles, ou elles avaient déjà roussi. Le ruisseau avait quasiment disparu, lui qui avait toujours été si présent, si sonore, presque comme un être vivant à nos côtés. Dans certains villages plus au sud, par souci d’économie d’eau, ce sont les fontaines qui avaient cessé de gargouiller — un vrai « silence de sécheresse » s’était abattu, une sécheresse conduisant à la mort.
Elle conduit à la mort des animaux, notamment. Vous parlez beaucoup de leurs souffrances dans votre livre, alors qu’elles sont en général invisibilisées.
Les souffrances animales, et même végétales, sont généralement passées sous silence. C’est pourtant poignant de voir, d’entendre des sangliers, des chevreuils aussi, s’aventurer près des zones habitées à la tombée de la nuit pour trouver de l’eau. C’était eux qui souffraient le plus, dans cette ruralité où je me trouvais, les animaux, les arbres, les plantes que nous voyions mourir et que nous n’avions pas le droit d’arroser…
Bien sûr, nous, humains, souffrions aussi de la canicule. Comme je l’ai écrit : « À 8 heures c’est midi / À midi c’est impraticable / On reste à regarder le monde inaccessible par la fenêtre »… Mais, pour la plupart, nous allions quand même nous en sortir, avec l’eau en bouteille, les joggings de nuit en forêt avec une lampe frontale, etc.
« Deux busards passent et repassent
Sur la forêt carbonisée.
Ils crient. »
Il est dommage que ces souffrances des autres espèces ne soient pas davantage éclairées, parce que beaucoup de personnes, même sans affinité avec l’écologie, ont une vraie sensibilité pour les animaux, les plantes, le milieu dans lequel elles vivent. Plusieurs lecteurs et lectrices m’ont d’ailleurs dit que les poèmes qui les avaient le plus touchés dans Passer l’été étaient ceux qui parlent des animaux et des plantes. Peut-être que montrer ces souffrances amènerait davantage de gens à se mobiliser sur les questions écologiques… Qui sait ?
Les médias ne témoignent pas assez de ces souffrances, selon vous ?
Les médias mainstream ne déplacent pas la focale, ils restent sur une focale humaine. Ils disent : « Voilà, c’est terrible, il y a des bois qui sont partis en fumée », presque comme si l’on ne sentait pas que c’étaient des arbres qui avaient brûlé.
Il n’y a pas de prise en considération qu’un arbre, ce n’est pas une chose. C’est un organisme vivant et un lieu d’habitation pour de multiples espèces. Parfois même ce sont des écosystèmes pluricentenaires qui disparaissent ! Notamment quand ce sont des forêts de chênes, et pas des forêts de pins industrielles. Mais les grands médias n’ont aucune hauteur de vue sur cette question. Ils continuent de traiter les incendies selon le point de vue humain, prométhéen — Prométhée, le dieu grec qui vole le feu à Zeus pour le donner aux humains, le dieu qui maîtrise le feu.
La seule question traitée est celle de la maîtrise du feu. C’est vrai que c’est essentiel de stopper les feux, bien sûr, mais notre rôle en tant qu’humains est-il encore exclusivement de dominer la nature, de la calmer, de la gérer, pour en tirer du profit, comme on le fait depuis longtemps dans l’Occident capitaliste ? Ne faudrait-il pas se demander, par exemple, si elle n’est pas en train de devenir immaîtrisable, justement, la nature, et pourquoi ?
La canicule, avec sa sécheresse, ses incendies, ce n’est donc pas seulement un mauvais moment à passer, c’est une bascule vers un « autre monde », selon votre expression ? Même aujourd’hui ?
Il me semble que c’est une bascule vers un autre monde. Cet été-là, on avait encore de l’eau, mais on sentait très bien que l’on était à deux doigts d’en être privé complètement. Cela signifiait la mort de tout : des animaux, des oiseaux, des arbres… Il y avait vraiment quelque chose de préapocalyptique, si je puis dire, à l’échelle du lieu.
J’ai voulu faire sentir cette bascule au lecteur de manière assez sensorielle, notamment en montrant que la sécheresse ne conduit pas seulement à la destruction d’êtres vivants, mais aussi de tout leur environnement, même sonore. Progressivement le monde se vide de ses habitants, de ses sons… Notre langue elle-même se modifie.
« L’air brûle en cramoisi en doré partout
un doré qui fait mal aux yeux
comme un éclat de lame. »
Quand j’allais faire des courses au village, ou rendre visite à ma grand-mère, je n’entendais plus parler que de « fatigue », « accablement physique », « pénurie », « restrictions »… Ce n’étaient pas des mots que nous étions habitués à entendre ; nous n’avions jamais été en pénurie d’eau, elle avait toujours coulé à la demande au robinet. Mais notre nouvelle « triste langue », comme je l’ai écrit, témoignait de cette réalité infiniment triste qui est celle du désastre écologique actuel.
Les conflits commençaient aussi à germer autour des restrictions d’eau. Si beaucoup de gens n’ont d’autre choix que de les respecter, les plus riches, qui peuvent payer les amendes, peuvent utiliser plus d’eau. Tout comme les touristes aisés installés dans des gîtes ou hôtels peuvent profiter de l’eau qui manque aux habitants du lieu. C’est très problématique ! D’ailleurs, cela a engendré de la violence : des jacuzzis, par exemple, ont été vandalisés. L’ordre social était chahuté, l’écologie politique appelée à plus de justice sociale.
Cette année, la chaleur n’est pas comparable dans l’Essonne avec la canicule de 2022. Mais dans l’Aveyron, si, c’est peut-être même pire : mi-août, les températures avoisinaient encore les 40 °C, et les problèmes sont toujours les mêmes.
Quel était votre enjeu d’écrivaine avec ce livre ?
J’ai voulu documenter ce moment gravissime pour le rappeler à la mémoire dans le temps long de la poésie, de la littérature. Éviter qu’il soit balayé par l’actualité, « la vie continue », etc. Cela me paraissait important, dans la mesure où ce moment caniculaire risque de se répéter, et même de devenir la norme.
Avec la poésie, j’ai cherché à traduire davantage les émotions, les sensations ressenties durant cette période que, par exemple, la langue des médias. Pour moi, il était important de permettre aux lecteurs et lectrices de pouvoir les revivre par la suite.
Avec l’essor de la société industrielle capitaliste, notre monde s’est beaucoup désincarné. La presse, par exemple, affectionne les chiffres : « 80 % des insectes auraient disparu en Europe sur les trente dernières années », a-t-on pu lire il y a quelque temps. C’est bien de prendre la mesure de la catastrophe avec des chiffres, mais ça reste abstrait. Il n’y a pas d’émotion autour d’un chiffre, même vertigineux.
Si les citoyens sont coupés de leurs émotions, comment pourraient-ils s’engager pour défendre un monde commun plus viable ? Bien sûr, cette question des émotions n’est pas le problème essentiel — qui est beaucoup plus large, géopolitique —, mais, à mes yeux, elle est quand même très importante.

Passer l’été, d’Irène Gayraud, aux éditions La Contre allée, 2024, 80 p., 15 euros.
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L'étau se resserre
On vient de terminer un périple de 600 km en Bretagne, à vélo, avec les sacoches, en autonomie.
Partis de Guidel ( Morbihan), on est allé à Hennebont par la route (pistes cyclables et routes partagées) puis on s'est engagé sur la voie verte V8, le long du canal du Blavet. On est passé à Pontivy puis on a continué par "la rigole d'Hilvern" jusqu'à Saint-Brieuc. C'est un "chemin blanc", c'est à dire du stabilisé, terre, petits graviers, et empierrements. On voulait ensuite monter à Paimpol puis suivre la côte jusqu'à Perros-Guirrec par "la vélomaritime" mais on a été très déçu par le tracé. C'est vraiment un piège à touristes...Itinéraire principalement routier qui traverse des lotissements et des zones commerciales, la "riviera" briochine, une circulation dantesque, un monde de fou, tout le contraire de ce qu'on aime. On a quitté l'itinéraire quelques kilomètres avant Paimpol pour traverser dans les terres par des petites routes jusqu'à Morlaix puis on a pris une portion de la "Vélodyssée" (sur une ancienne voie ferrée, "chemin blanc "en stabilisé) jusqu'à Carhaix où on a suivi le canal de Nantes à Brest en direction de Mur de Bretagne et le lac de Guerlédan. De là, on a retouvé le canal du Blavet et on est rentré à Guidel en traversant Lorient de nuit.
Je ne sais plus combien de fois on est parti à vélo en France, avec nos vélos de raid. Trois fois en Bretagne, la GTMC de Clermont-Ferrand à Sète à VTT, deux fois la traversée intégrale du Jura, le tour de l'Aubrac, de Pontcharra à Sisteron par la grande traversée des plateaux du Vercors et le Diois, une virée de 700 km en Irlande etc... mais jamais on n'avait eu cette impression "d'encerclement." Au point que lorsqu'on a rejoint la côte nord entre Saint-Brieuc et Paimpol, on en est arrivé au malaise. Une foule permanente, du bruit incessant, des voitures, des vélos électriques à foison...Une difficulté jamais connue pour trouver un coin tranquille pour poser la tente. Des nuits gâchées par des musiques de "fêtes" portées à des kilomètres.
Plus de silence.
C'est effrayant. Cet encerclement par le bruit humain nous a amenés à nous enfuir de la côte et à traverser dans les terres, loin des lieux touristiques. Et c'est devenu difficile, vraiment difficile de trouver un lieu empli de silence.
L'étau se resserre.
L'impression de voir gonfler une masse grouillante et bruyante, nourrie par le désir immodérée de tout envahir, jusqu'aux recoins les plus perdus et pire que tout, à faire entendre leurs venues, sans aucune retenue, sans aucun respect pour ceux et celles qui ont besoin de silence. Je sais qu'on peut me répondre que "c'est l'été, les vacances, la fête, qu'il faut respecter la liberté de chacun"... Mais moi, quand je vis dans le silence, je n'impose rien à personne, je ne dérange personne, personne même ne sait que je suis là. Leur liberté de masse a-t-elle plus de valeur que la mienne parce qu'elle représente la norme ?
Pour quelles raisons les gens ont-ils besoin d'être aussi bruyants ? Ne cherchent-ils donc que ça ? Ne peuvent-ils trouver leur bonheur sans le faire savoir à la ronde ? Pourquoi sont-ils incapables de prendre en considération le fait que moi, et d'autres, nous souffrons de ce vacarme ?
Quand on s'installe sous les arbres, pour un bivouac, près d'un ruisseau ou d'un lac ou d'un chaos rocheux, nous prenons en compte tout ce qui vit là. Les oiseaux, les arbres, l'herbe, le ciel, les nuages, les insectes, tout ce qui vit là, près de nous, et qui ne se plaint pas de notre présence. Nous écoutons et nous parlons à voix basse.
De plus en plus, Nathalie et moi, nous réalisons que nous ne sommes pas "normaux". Et c'est réconfortant.

Tracé en jaune fluo



Emballement climatique
Tout le monde a suivi l'incendie dans l'Aude.
Les images sont "brûlantes", tout comme l'est le problème de "l'emballement climatique".
Je vous invite à regarder la vidéo en lien ici : https://www.youtube.com/watch?v=6DbOZmbkh_o "
Emballement climatique 1 : Définition"
Le partage sur le blog n'est pas autorisé.
Si vous trouvez la force et que cette première vidéo ne vous a pas plombé le moral pour les dix prochaines années, il existe toute une série issue du même site :
épisode 2 : "conséquences"
épisode 3 : fonte du permafrost
épisode 4 : incendies de forêts
etc...
Un article du "Journal du CNRS" (2021)
https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-rechauffement-semballe-t-il
Le réchauffement s’emballe-t-il ?
29.10.2021, par
Mis à jour le 03.11.2021Temps de lecture : 13 minutes

De nombreux incendies dus à des chaleurs extrêmes ont touché la Grèce cet été, dont le village de Markati évacué le 16 août 2021.
Angelos Tzortzinis / AFP
Aucune région du monde n’est épargnée par le dérèglement climatique et la responsabilité des activités humaines ne fait plus aucun doute. L’heure est grave, et l’humanité doit réagir sans délais. État des lieux avant la Cop 26 qui débute le 1er novembre à Glasgow, en Écosse.
Cet article est issu du dossier « Climat : notre avenir en question », publié dans le n° 11 de la revue Carnets de science (link is external)(CNRS Éditions, en librairie le 4 novembre).
Le 9 août dernier, en entendant les membres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) deviser devant les médias du monde entier du premier volet de leur nouveau rapport (le sixième du genre depuis 1990), même les moins avertis se sont dit que l’affaire devait être grave. Inutile de le nier : l’affaire est grave. D’où les titres chocs des quotidiens, le lendemain : « Nos sociétés sommées d’agir » (Le Monde), « Au pied du mur » (La Croix), « Au bord du gouffre » (Libération)… « Ce rapport basé sur l’évaluation de 14 000 études publiées et approuvé par 195 pays n’est pas plus alarmant que les précédents, mais beaucoup plus solide scientifiquement, commente Jean Jouzel, ancien vice-président du Giec et membre de l’Académie des sciences. Il ne remet en cause aucune des conclusions antérieures du Giec mais les détaille, les affine, les enrichit, ce qui explique sans doute l’inquiétude qu’il suscite. »
L’effet de serre qui régule naturellement la planète s’est littéralement emballé au cours des quatre dernières décennies, dont la dernière est très probablement la plus chaude depuis 100 000 ans.
Une inquiétude renforcée par les événements climatiques graves survenus cet été, tels que les dômes de chaleur apparus sur le continent américain et le bassin méditerranéen, les inondations destructrices qui ont frappé l’Allemagne et la Belgique, ou encore les mégafeux qui ont sévi sur les différents continents. Le temps est loin où le président des États-Unis pouvait qualifier sans vergogne le réchauffement de « canular », et les climatosceptiques traiter leurs contradicteurs de… « nullards ». Certes, le climat terrestre n’a jamais été stable et fluctue naturellement depuis des millénaires.
Mais l’effet de serre qui régule naturellement la planète s’est littéralement emballé au cours des quatre dernières décennies, dont la dernière est très probablement la plus chaude depuis 100 000 ans. Un réchauffement vertigineux, véritable rupture aux échelles géologiques, est donc en marche depuis le début du XXIe siècle, 2020 ayant rejoint 2016 sur le podium des années les plus chaudes.
Surchauffe anthropique
À qui la faute ? Sans surprise aux êtres humains, locataires bien souvent insoucieux de leur propre « niche écologique » car cracheurs compulsifs de gaz à effet de serre (GES). Quelque 2 400 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (CO2), le principal de ces gaz, se sont envolées dans l’atmosphère depuis 1850 ! Inédite par son ampleur et sa rapidité, la surchauffe actuelle de la basse atmosphère, où les GES s’accumulent avec une efficacité qui tient à leur longue durée de vie (plusieurs centaines d’années pour le CO2), est exclusivement imputable aux actions humaines (industrie, transport, agriculture, élevage, production d’énergie, usage des sols, déforestation…). Le léger doute qui subsistait, il y a peu encore, quant à l’influence possible des changements de l’activité solaire et du volcanisme est désormais levé. « Le rapport du Giec montre pour la première fois, sans équivoque possible, que l’entièreté du réchauffement observé au cours de la dernière décennie est d’origine anthropique », indique Christophe Cassou, chercheur au laboratoire Climat, environnement, couplages et incertitudes1 et l’un des auteurs du rapport.

Une centrale thermique au charbon rejette ses fumées dans un quartier de Shanxi, en Chine, le 26 novembre 2015.
Kevin Frayer / Getty Images Asiapac via AFP
De combien la température terrestre a-t-elle augmenté, globalement, depuis l’ère préindustrielle ? Le diagnostic est net et précis : 1,1 °C, chaque fraction de degré supplémentaire signifiant des bouleversements plus intenses, plus fréquents, plus longs et à plus grande échelle. « Le changement climatique n’est toutefois pas un phénomène homogène, ses effets ne sont pas identiques dans toutes les régions du globe, précise Pascale Braconnot, chercheuse au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement2. Les continents se réchauffent plus vite que les océans (+ 1,6 °C contre + 0,9 °C) et le réchauffement est particulièrement marqué aux hautes latitudes de l’hémisphère Nord (Sibérie, Canada septentrional) où il est deux à trois fois supérieur à la moyenne mondiale. Les zones qui se réchauffent le moins sont l’océan Austral et l’Antarctique. L’Arctique se réchauffe davantage parce qu’il est entouré de continents et l’Antarctique moins parce qu’il est encerclé par un océan. »
Concentration record de CO2
Bien d’autres chiffres laissent pantois. En 2019, les concentrations de CO2, en hausse de 47 % depuis le milieu du XVIIIe siècle, date d’apparition de la machine à vapeur, ont atteint 410 parties par million (ppm), un niveau sans précédent depuis 2 millions d’années. Celles de méthane, autre gaz à effet de serre particulièrement puissant, ont grimpé de 156 % et celles de protoxyde d’azote (issu principalement des engrais azotés et de certains procédés industriels) de 23 %, du jamais vu depuis 800 000 ans.
« La montée du niveau des mers est irréversible. Même si nous parvenons à réduire très fortement nos émissions de GES d’ici le milieu du siècle, le phénomène va continuer à augmenter pendant des siècles, voire des millénaires », selon Christophe Cassou.
Non moins inquiétant, les glaciers fondent à un rythme inédit depuis 2 000 ans. Et les océans, de moins en moins riches en oxygène et de plus en plus acides, au grand dam des poissons, des coraux et des coquillages, se sont réchauffés plus rapidement au cours du XXe siècle qu’à tout autre moment depuis la fin de la dernière glaciation, voilà 11 000 ans. Sans oublier l’élévation du niveau des mers, de l’ordre de 1,4 mm par an entre 1901 et 1990 et de 3,6 mm par an entre 2006 et 2015. Une hausse due principalement à l’expansion thermique (à hauteur de 50 %), la régression des glaciers continentaux (22 %) et des calottes polaires (20 %), et plus rapide depuis 1990 qu’au cours des trois derniers millénaires.
« La montée du niveau des mers est irréversible, dit Christophe Cassou. Même si nous parvenons à réduire très fortement nos émissions de GES d’ici le milieu du siècle, le phénomène va continuer à augmenter pendant des siècles, voire des millénaires. »
Quand l’extrême devient la norme
Une très mauvaise nouvelle pour les zones côtières et deltaïques. « Les grands deltas de la zone intertropicale (Gange, Irrawaddy, Mékong, Niger, Nil...), extrêmement fertiles, donc extrêmement attractifs, représentent moins de 2 % des terres émergées de la planète mais hébergent 7 % de la population mondiale, rappelle Mélanie Becker, chercheuse au laboratoire Littoral, environnement et sociétés3. Entre 1968 et 2012, le niveau des mers a progressé de 3 mm par an en moyenne dans le delta du Gange qui est le plus vaste et le plus densément peuplé (200 millions de personnes). Cette augmentation, qui résulte de la hausse globale du niveau des océans, est amplifiée par l’affaissement du sol (la “subsidence”), un processus lié à des facteurs naturels (tectonique des plaques, arrivée de près d’un milliard de tonnes de sédiments par an) et des actions humaines comme le pompage des nappes phréatiques par l’agriculture et l’industrie. Entre 1993 et 2012, le sol du delta s’est enfoncé de 1 à 7 mm, selon les endroits. Ce qui veut dire que d’ici à 2100, même dans un scénario de réduction des émissions de GES, la montée des eaux pourrait atteindre 85 à 140 cm suivant les régions et plusieurs millions de personnes être déplacées. » Au-delà de ce cas, selon un rapport de la Banque mondiale paru en septembre, le changement climatique pourrait contraindre 216 millions de personnes à migrer à l’intérieur de leur pays d’ici à 2050.

Comme le montre cette carte mondiale des feux d’août 2021, peu d’endroits ont été épargnés par les incendies ravageurs qui ont sévi cet été.
Source Nasa FIRMS application (https:// firms.modaps.eosdis.nasa.gov/) operated by the Nasa/GSFC ESDIS Project
Les événements extrêmes figurent, hélas, eux aussi en bonne place dans l’inventaire des répercussions liées au réchauffement. Vagues de chaleur et feux ravageurs dans l’Ouest canadien, en Californie, Sibérie, Turquie, Grèce, Algérie…, pluies diluviennes et crues dévastatrices en Wallonie, Allemagne, Chine, Australie… : l’été 2021 n’a pas été avare en catastrophes dont le nombre flambe presque partout depuis quelques années.
Le lien entre le réchauffement et les incendies, les inondations, les canicules et autres sécheresses hors norme est désormais clairement établi.
« Le lien entre le réchauffement et les incendies, les inondations, les canicules et autres sécheresses hors norme est désormais clairement établi », assure Pascale Braconnot. « Il faut considérer le changement climatique comme un amplificateur de phénomènes extrêmes déjà existants, et ce que nous vivons aujourd’hui comme un avant-goût de ce que nous vivrons demain », renchérit Christophe Cassou.
Bref, le futur ne s’annonce guère riant. D’autant que continuer à brûler des combustibles fossiles ne peut qu’amener les océans et les terres forestières, qui ont absorbé jusqu’à présent 56 % des émissions de CO2, à jouer moins efficacement leur rôle de « puits de carbone ». Autres épées de Damoclès pendues au-dessus de nos têtes : les événements dits « de faible probabilité mais à haut risque » tels que le dépérissement des forêts à l’échelle mondiale, la disparition rapide de la calotte glaciaire en Antarctique ou la perturbation des courants océaniques de l’Atlantique Nord. « Ces événements ont peu de chance de se produire mais, s’ils arrivaient, ils constitueraient des points de basculement pour le système climatique et leurs impacts sur les écosystèmes terrestres et marins, ainsi que sur les sociétés humaines, seraient dévastateurs », commente Christophe Cassou.

Autres événements extrêmes dus au dérèglement climatique : les tempêtes et les inondations destructrices comme celles qui ont frappé la ville d’Erftstadt-Blessem, en Allemagne, en juillet dernier.
Rhein-Erft-Kreis / Zuma Press / REA
Des cinq scénarios d’émissions de GES présentés par le Giec, seul le moins émissif, celui prévoyant une élévation de la température moyenne de la planète de 1,6 °C entre 2040 et 2060 (comparé à la période 1850-1900), et de 1,4 °C à l’horizon 2080-2100, respecte l’Accord de Paris scellé en 2015 par la quasi-totalité des dirigeants mondiaux et visant à rester « bien en deçà » de +2 °C. Or, au rythme actuel de réchauffement et vu la faible motivation de certains pays industriels pour baisser vigoureusement leurs émissions, les +1,5 °C ont de grandes chances d’être atteints entre 2030 et 2040, et la température de la planète d’avoisiner au minimum +3 °C vers 21004.
Demain, un monde zéro carbone ?
Qu’il faille aller plus vite et plus loin pour rattraper la bonne trajectoire ne fait aucun doute. Mais à quelques jours de la 26e conférence climat de l’Organisation des Nations unies (COP 26) organisée à Glasgow (Écosse) du 1er au 12 novembre, « moins de la moitié des pays signataires de l’Accord de Paris ont revu à la hausse leurs engagements de réduction de GES, constate Jean Jouzel. Le monde politique a pris la mesure des mises en garde des scientifiques, mais on est encore très loin du compte, d’autant que la principale aspiration des économies, à la sortie de la pandémie, est de repartir comme avant et non d’accélérer la transition écologique. Les ventes d’avions ont repris, le numérique poursuit de plus belle son expansion… »
« Le monde politique a pris la mesure des mises en garde des scientifiques, mais on est encore très loin du compte, d’autant que la principale aspiration des économies, à la sortie de la pandémie, est de repartir comme avant et non d’accélérer la transition écologique », constate Jean Jouzel.
Si l’Inde, la Russie, le Brésil, l’Australie, le Mexique, l’Indonésie, la Turquie, l’Arabie saoudite…, se montrent peu enclins à mettre en œuvre un mode de développement bas carbone, le « paquet climat » présenté à la mi-juillet par la Commission européenne ambitionne d’atteindre la neutralité carbone en 2050 moyennant, notamment, l’interdiction de la vente des véhicules à moteur à combustion dès 2035 et la refonte du marché du carbone. Autre signe encourageant, la Chine, premier pollueur mondial, s’est fixée comme objectif d’atteindre son pic d’émissions de CO2 vers 2030 et vise la neutralité carbone d’ici 20605 bien que Pékin ait annoncé début août la réouverture de quinze anciennes mines de charbon pour éviter une pénurie d’électricité…
De leur côté, les États-Unis ont promis de freiner l’emballement de la machine climatique en réduisant leurs émissions de GES entre 50 % et 52 % d’ici à 2030 par rapport à 2005. « Les Américains ne pouvaient pas ne pas emboîter le pas des Chinois, pointe Jean Jouzel. Le développement économique se fera, à plus ou moins long terme, dans un monde zéro carbone. La seule solution raisonnable, pour les trois blocs Europe/ Chine/États-Unis, est non seulement de participer à cette transition inéluctable, mais aussi et surtout d’en devenir le leader. Qui prendra la tête de la lutte contre le réchauffement gagnera la suprématie économique. »
Reportée d’un an pour cause de Covid-19, la COP 26 s’annonce comme la plus importante depuis 2015. Les négociateurs parviendront-ils à relancer une dynamique qui conduise à des engagements plus importants pour gagner la bataille contre le réchauffement ? « L’Union européenne va mettre dans la corbeille son engagement de réduire ses émissions de GES de 55 % d’ici à 2030, dit Jean Jouzel. Les États-Unis sont de retour sur la scène de la diplomatie climatique depuis l’élection de Joe Biden. Concernant les Chinois, la bonne nouvelle serait qu’ils annoncent un pic d’émissions pour 2025 et une descente rapide par la suite. Il faut en outre espérer davantage de solidarité vis-à-vis des pays en voie de développement. Sans financements adéquats, les pays du Sud n’auront aucune chance de faire face aux effets du changement climatique dont ils ne sont pratiquement pas responsables. Limiter le réchauffement de la planète, avant qu’il ne soit trop tard, reste un défi réalisable, mais l’effort à faire suppose une politique extrêmement volontariste. » ♦
Notes
1. Unité CNRS/Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique.
2. Unité CNRS/CEA/Université de Versailles Saint-Quentin.
3. Unité CNRS/La Rochelle Université.
4. Une étude parue en septembre dans Nature a conclu que pour ne pas dépasser la barre des 1,5 °C, il faudrait laisser dans le sol, d’ici 2050, près de 60 % des réserves de pétrole et 30 % de celles de charbon. Dire que le monde n’est pas sur cette trajectoire est un euphémisme.
5. « La Chine surprend en s’engageant à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060 », A. Garric et F. Lemaître, Le Monde, septembre 2020.
L'énergie qui guérit.
Presque vingt ans plus tard, je n'ai toujours pas d'explication. Ma jambe gauche était hors de contrôle, paralysée, les douleurs étaient au-delà de l'imaginable, je n'aurais jamais imaginé que ça puisse avoir cette ampleur, j'étais détruit, à ne plus être conscient de grand-chose sinon de ce mal permanent en moi. Je pourrais tenter de le décrire pendant des milliers de pages que ça ne servirait à rien. Cette réalité n'a pas de mots. Elle n'est qu'un désastre.
Et il aura suffi de quatre heures avec Hélène pour que je ressorte en marchant et j'aurais pu rentrer à pied chez moi. Mais au-delà de cette rémission incompréhensible et inespérée, ce que je m'explique encore moins, c'est l'extraordinaire voyage spatial, interstellaire, au-delà des confins, dans cette dimension éthérée où je n'étais plus que cette conscience plongée au coeur de la vie, une vie si miraculeuse que j'en suis revenu guéri.
Hélène m'a toujours affirmé qu'elle n'avait rien fait d'autre que de servir de "transmetteur", un point de contact entre mon âme et l'Esprit, le souffle créateur, la vie originelle, celle qui donne forme, celle qui anime, celle qui nourrit. Elle m'a toujours répété que je n'avais plus le choix, je devais tout abandonner pour accueillir l'énergie.
"Nous sommes comme des noix; pour être découverts, nous avons besoin d'être brisés". Khalil Gibran
J'étais sidéré par cette guérison mais plus encore par le fait de ne plus avoir peur de rien, ni que le mal revienne, ni que je perde au fil du temps les sensations phénoménales qui m'avaient envahi. Tout est toujours là.
C'est depuis cette période qu'il m'arrive parfois de rêver que je vole au-dessus des montagnes, je sens l'air, la vitesse, le déplacement de mon corps, je maîtrise totalement le parcours et je peux décider de ce que je veux aller voir. Il me suffit d'y penser pour y être aussitôt. Il m'arrive tout autant de retrouver les auras bleutées qui me parlaient, des formes légères, similaires à des méduses lumineuses, emplies de miroitements, comme des étincelles douces. Je n'ai jamais oublié les contacts de cette période et les phrases qui me restaient au réveil.
"Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va."
Comment pourrait-on oublier ça ?
J'ai une sténose canalaire lombaire, une ossification du ligament jaune, une crête dure en bas du dos. Les hernies se sont solidifiées. Je ne devrais pas pouvoir marcher sans douleurs, dormir sans douleurs, rester assis sans douleurs, vivre sans douleurs. Et je n'ai rien. Je ne prends aucun médicament. Et je marche toujours, je monte sur les sommets, je fais des milliers de kilomètres à vélo. C'est inexplicable, médicalement parlant. J'ai une "électrification" dans le mollet gauche et des périodes de crampes nocturnes, une atrophie musculaire dont je limite l'extension par le sport d'endurance. Je suis toujours debout. Et il m'arrive de penser que c'est cette vie rencontrée, ce souffle vital dont j'ai pris conscience qui est toujours là.
"Je" ne suis pas debout; le souffle vital me tient debout.
Je sais que je ne serais pas le même si je n'avais pas vécu cette expérience. Je sais aussi combien il est difficile pour les autres de concevoir tout ça. Il m'est arrivé, de rares fois d'en parler, de vive voix. Je n'aimais pas ce que je ressentais, cette impression aux yeux de mes interlocuteurs d'être un "illuminé" ou un déglingué ou un mythomane.
Alors, j'écris. Et je reste caché.
LES ÉGARÉS
"L’apparition d’Hélène.
Un conseil d’une amie, une médium magnétiseuse, Leslie avait pris rendez-vous. Il avait étouffé les douleurs en triplant les doses de morphine. Se lever, marcher en traînant la jambe gauche, elle ne réagissait plus. Elle l’avait soutenu jusqu’à la voiture. Plus rien à perdre.
Une petite maison dans la montagne, un jardin très soigné, des volets et un portail violets.
Hélène en haut de l’escalier. Ce premier regard. Inoubliable. Tellement de force et tellement d’amour. Elle avait demandé à Leslie de les laisser. Elle lui téléphonerait quand ça serait fini. Il s’était effondré sur une banquette moelleuse. Les effets de la morphine qui s’estompaient, la terreur des douleurs à venir, tous ces efforts qu’il allait devoir payer. Une petite pièce lambrissée, aménagée pour la clientèle, des bougies parfumées, quelques livres. Ils avaient discuté, quelques minutes, tant qu’il pouvait retenir ses larmes puis elle l’avait aidé à se déshabiller.
« Je vais te masser pour commencer. Tu as besoin d’énergie. »
Il s’était allongé en slip sur une table de kiné.
Les mains d’Hélène. Une telle chaleur.
Elle parlait sans cesse. D’elle, de ses expériences, de ses patients, elle l’interrogeait aussi puis elle reprenait ses anecdotes, des instants de vie.
« Tu veux te faire opérer ?
- Non.
- Alors, il faut que tu lâches tout ce que tu portes. »
Il n’avait pas compris.
Elle avait repris son monologue, son enfance, ses clients, ses enfants, son mari, son auberge autrefois, maintenant la retraite, quelques voyages. Et tous ces clients. De France, de Suisse, de Belgique, de la Réunion … Elle n’avait rien cherché de ses talents. Ils étaient apparus lorsqu’elle avait huit ans, une totale incompréhension, des auras qui lui faisaient peur et puis elle avait fini par comprendre, nourrie par des révélations incessantes descendues en elle comme dans un puits ouvert.
Des auras … Les rêves qui habitaient ses nuits. Interrogations. Lui aussi ?
Les mains d’Hélène, sa voix, la chaleur dans son corps, ce ruissellement calorique. L’abandon, l’impression de sombrer, aucune peur, une confiance absolue, un tel bien-être, des nœuds qui se délient, son dos qui se libère, comme des bulles de douleurs qui éclatent et s’évaporent, une chaleur délicieuse, des déversements purificateurs, un nettoyage intérieur, l’arrachement des souffrances enkystées, l’effacement des mémoires corporelles, les tensions qui succombent sous les massages appliqués et la voix d’Hélène.
« Tu sais que tu n’es pas seul ?
- Oui, je sais, tu es là.
- Non, je ne parle pas de moi. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu portes et tu en as plein le dos. Il va falloir que tu le libères. Lui aussi, il souffre. Vous êtes enchaînés.»
Il n’avait pas encore parlé de Christian.
Les mains d’Hélène, comme des transmetteurs, une vie insérée, les mots comme dans une caisse de résonance, des rebonds infinis dans l’antre insondable de son esprit, une évidence qui s’impose comme une source révélée, l’épuration de l’eau troublée, les mots comme des nettoyeurs, une sensation d’énergie retrouvée, très profonde, aucun désir physique mais une clairvoyance lumineuse, l’impression d’ouvrir les yeux, à l’intérieur, la voix qui s’efface, un éloignement vers des horizons flamboyants, il vole, il n’a plus de masse, enfin libéré, enfin soulagé, effacement des douleurs, un bain de jouvence, un espace inconnu, comme une bulle d’apesanteur, un vide émotionnel, une autre dimension, les mains d’Hélène qui disparaissent, comme avalées doucement par le néant de son corps, il flotte sans savoir ce qu’il est, une vapeur, plus de contact, plus de pression, même sa joue sur le coussin, tout a disparu, il n’entend plus rien, il ne retrouve même pas le battement dans sa poitrine, une appréhension qui s’évanouit, l’abandon, l’acceptation de tout dans ce rien où il se disperse, le silence, un silence inconnu, pas une absence de bruit mais une absence de tout, plus de peur, plus de douleur, plus de mort, plus de temps, plus d’espace, aucune pensée et pourtant cette conscience qui navigue, cet esprit qui surnage, comme le dernier élément, l’ultime molécule vivante, la vibration ultime, la vie, il ne sait plus ce qu’il est, une voix en lui ou lui-même cette voix, la réalité n’est pas de ce monde, il est ailleurs, il ne sait plus rien, un océan blanc dans lequel il flotte mais il n’est rien ou peut-être cet océan et la voix est la rumeur de la houle, l’impression d’un placenta, il n’est qu’une cellule, oui c’est ça, la première cellule, le premier instant, cette unité de temps pendant laquelle la vie s’est unifiée, condensée, un courant, une énergie, un fluide, un rayonnement, une vision macroscopique au cœur de l’unité la plus infime, des molécules qui dansent.
Où est-il ?
Fin du Temps, même le présent, comme une illusion envolée, un mental dissous dans l’apesanteur, ce noir lumineux, pétillant, cette brillance éteinte comme un univers en attente, concentration d’énergie si intense qu’elle embrase le fond d’Univers qui l’aspire, la vitesse blanche, la fixité noire, la vitesse blanche, la fixité noire, le Temps englouti dans un néant chargé de vie, une vie qui ruisselle dans ses fibres, des pléiades d’étoiles qui cascadent, des myriades d’étincelles comme des galaxies nourricières dans son sang qui pétille.
Il est sorti en marchant.
Que s’est-il passé ?
Aucune réponse.
Il ne sait rien.
Il se souvient d’Hélène qui l’embrasse sur le front alors qu’il est encore allongé. Il n’arrive pas à ouvrir les yeux. Comme l’abandon refusé d’un espace scintillant et la plongée douloureuse dans la lumière sombre de sa vie réintégrée.
Il aurait préféré ne jamais revenir."
Jarwal et moi

« Bon, ça y est, le mollet gauche durcit, il va vers la crampe.
-Et plus tu y penses, plus tu accélères le processus.
-C’est facile à dire, ça, cher Jarwal, mais toi, tu ne l’as pas cette douleur, tu ne dois pas la gérer.
-Et si tu commençais par arrêter de vouloir la gérer, cette douleur.
-Ah, eh bien, ça m’intéresse de savoir comment.
-Arrête d’y penser et pense à tout ce qui fonctionne en toi. »
Silence.
« Est-ce que tu réalises vraiment, cher ami, que tu demandes à ton corps de fonctionner à la perfection et que lorsqu’un élément est perturbé, tu ne penses qu’à lui ? Tu n’as pas l’impression d’être quelque peu irrespectueux ? Est-ce que tu réalises que tu vieillis et que tu vas vers la mort et qu’elle peut même survenir n’importe quand ? Est-ce que tu ne crois pas que tu ferais mieux de te réjouir d’être là, en montagne, là-haut, ces lieux que tu aimes tant ? Ne crois-tu pas que ce bonheur que tu négliges au point de l’oublier pourrait nourrir les forces dont tu as besoin ? Ne comprends-tu pas que c’est toi qui te détournes de ce bonheur en te focalisant sur cette douleur ? Quand vas-tu comprendre que cette plainte que tu entretiens n’est qu’une forme de victimisation et que, non seulement elle ne t’apporte rien, mais elle te prive de la joie de vivre ? La joie de vivre guérit les douleurs. Voilà ce que tu dois saisir, non pas mentalement mais dans tes fibres, dans ton âme, dans l’intégralité de ton être.
-Pourquoi dis-tu que je me complais dans un rôle de victime ?
-Je n’ai pas dit que tu t’y complais. Je dis simplement que lorsque tu te laisses emporter par des ressentis néfastes, tu entretiens ce statut de « pauvre bonhomme tout abîmé avec son dos cassé » et en même temps une espèce « d’héroïsme » puisqu’en parallèle à ce constat médical, tu continues à marcher en montagne. Tu réalises combien tout ça est très infantile ? »
Silence.
J’ai mis deux bonnes heures à encaisser le coup, je tournais tout ça en boucle en continuant l’ascension vers le sommet, la pente était rude, des éboulis instables, parfois je devais pousser sur la plante des pieds, je me concentrais sur l'appui des bâtons, sur la poussée des épaules, sur la sangle abdominale serrée sans que ça ne perturbe la respiration, sur le cheminement que je devais trouver, puis sur la visualisation de mon sang dans mes muscles, puis sur l'absolue beauté de ce silence minéral, juste le crissement des pierres sous mes pas, ce rythme régulier, comme celui de mes souffles, j'ai levé les yeux aussi, vers les cimes et vers les nuages punaisés sur le bleu du ciel, j'ai veillé sur Nathalie dans les passages vertigineux, j'ai cherché le rapace qui venait de lancer son cri aigu, je l'ai vu dans les ascendances, parfaitement immobile, maître de son vol, puis on a traversé un champ de neige, un rescapé de l'hiver à l'ombre d'une falaise et le sommet s'est dessiné, à quelques encâblures.
Et j’ai réalisé soudainement que mon mollet gauche fonctionnait parfaitement.
Deux heures sans y penser.
Et j’ai éclaté de rire.
Les sommets de Belledonne
J'ai fait le tour de mes photos des sommets de Belledonne et ça doit tourner entre 500 et 600...Et je pense que si je vis encore quelque temps, j'en referai tout autant. Des photos aux quatre saisons, à pied, à skis de randonnée, en raquettes, à neige, à VTT, dans les lacs, dans les torrents, dans les forêts, dans les tempêtes, sous le soleil, sous les nuages, dans le brouillard, sous la pluie, le matin, la nuit.
J'ai vu les rares glaciers qui subsistaient dépérir inexorablement mais pour le reste, rien ne change. Il n'y aura pas d'installations à touristes ici, pas d'extension de stations de ski et le Collet d'Allevard aura même du mal à tenir.
Il y a longtemps déjà que je ne mets plus les topos précis de nos sorties sur le blog et je sais que même si je parle de ce merveilleux massif, ça n'amènera pas grand-monde et que sans la motivation nécessaire, les curieux ne tiendront pas longtemps.
Belledonne se mérite. Ou se quitte.





Les précieux cairns qu'il faut trouver pour se repérer dans la brume.









Chercher les meilleurs passages tout en veillant sur elle. Trente-six ans à crapahuter ensemble dans les montagnes.
Les bouquetins de Belledonne
Belledonne est un massif difficile d'accès, pentes raides, des étendues de rochers laborieux à franchir, peu de balisages, des sentes parfois difficiles à trouver et parfois rien du tout, des montées à vue, avec la carte et son "sens" de l'itinéraire, les vallons isolés sont nombreux.
Sur les crêtes, les arêtes, les sommets, au bord des lacs, on peut voir de nombreux bouquetins. Etre silencieux, sans gestes brusques, sans vouloir s'approcher trop près, surtout si les mères protègent leurs petits (tout le monde s'enfuira), ne pas avoir de chien avec soi, bien évidemment (et d'ailleurs, comment espérer voir des animaux sauvages en montant avec un chien...) C'est "amusant" de voir aussi ces groupes de quatre, cinq, six personnes qui montent en parlant fort et qui demandent s'il est possible de voir des marmottes, des chamois, des bouquetins... Et je leur réponds,
"Non, vous n'en verrez pas, ils sont partis depuis longtemps.
- Ah, mince, il n'y en a plus ici ?
-Si, il y en avait avant que vous arriviez, au revoir."
Je ne supporte pas les gens qui parlent en montagne autant qu'ils respirent.









L'expérience nécessaire
On a passé sept jours dans le massif de Belledonne, un massif qu'on aime infiniment. D'abord parce qu'il est complexe, que les itinéraires pour atteindre un sommet ne sont jamais évidents, que les balisages se résument à pas grand-chose et qu'il faut de l'expérience, l'oeil du montagnard pour trouver le cheminement parmi les chaos rocheux, les arêtes, les crêtes, les couloirs, les éboulis, les sentes, les vires.
Pour atteindre le sommet de la Belle Etoile, sur le versant du col du Glandon, on a marché 20 kilomètres, passé les 2000 mètres de dénivelée, six heures de marche effective, aller-retour et on a vu six personnes au bord des lacs des Sept-Laux et plus personne au-dessus...Seuls avec les bouquetins. Dans un silence minéral absolu. Le vallon final qu'il faut remonter est si large qu'il y a de nombreux passages possibles mais il faut trouver le bon, celui qui consommera le moins d'énergie possible car atteindre le sommet est une chose mais en montagne, la sortie est finie au retour en bas, et pas avant. Donc, il faut savoir se préserver.
La sortie au Pic nord du Merlet n'a pas abouti par exemple. Parce que le final était devenu trop dangereux en raison de la brume tenace qui couvrait les sentes terreuses et les rendait trop glissantes, un cheminement invisible au-dessus des barres, les rochers mouillés, on a abandonné à 200 mètres du sommet après 1200 mètres de dénivelée et 3h30 de montée. Une chute sur l'arête finale aurait été fatale.
Par contre, on a atteint le sommet de l'Aup du Pont malgré une arête finale quelque peu délicate dans des couloirs ruiniformes où les prises n'avaient rien de bien solide. Mais rien n'est venu nous assurer qu'il était temps de faire demi-tour.
L'expérience.
La montagne n'est pas un lieu de facilité. Dès qu'on sort des sentiers balisés et qu'on s'engage dans des pentes aléatoires, on ne sait pas si on sortira en haut mais décider d'un demi-tour fait partie de l'expérience. Et pour accumuler de l'expérience, il faut rester en vie.
L'expérience, c'est ce qui permet d'assurer le cheminement. Elle se nourrit des milliers d'heures passées pour se projeter en avant en appliquant les connaissances pour que le pas à faire soit le plus sûr possible.
C'est évidemment cette exigence qui nourrit notre amour pour les montagnes.
Là-Haut, l'individu construit intérieurement un espace qu'il connaît, un assemblage parfaitement stable, chaque pièce du puzzle venant s'ajouter aux autres pour que l'image entière s'étende, s'agrandisse, prenne une ampleur qu'il n'est même pas possible d'estimer car on ne peut présager des événements, des situations complexes, des moments de sérénité, des peurs assumées, des émotions engrangées, des bonheurs accumulés et des savoirs acquis. Et tout ça construit l'expérience. Tant qu'on reste en vie.
Dans un couloir où je passais en premier à la recherche de l'itinéraire, Nathalie a préféré s'engager dans une brèche sur la gauche et elle s'est retrouvée bloquée, n'arrivant ni à monter, ni à descendre. J'étais trois mètres au-dessus d'elle et je suis redescendu au mieux pour revenir sous elle et la guider vers le couloir que j'avais commencé à remonter. Tous les deux, on a senti que la situation était tendue. Il ne fallait pas tomber, pas là. Mais on a vécu l'épisode du canyoning ( voir le lien "Délivrance") et de nombreux autres cas où la tension était réelle et ces expériences-là sont comme des ancrages qui affermissent les prises glissantes sous les pieds, décuplent l'acuité de la vision pour trouver "la" prise qu'il fallait trouver, nourrissent les forces nécessaires pour passer le pas.
L'expérience.
Rééduquer le regard.
Totalement en phase avec les propos. Il s'agit de changer raidalement notre regard sur le Vivant et non continuer à se l'attribuer dans des schémas économiques.
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https://basta.media/les-montagnes-sont-des-lieux-ou-encore-possible-resister-a-appropriation-capitaliste-Nastassja-Martin
Nastassja Martin : « Les montagnes, ces franges qui ont su résister à l’appropriation capitaliste »
Pour espérer répondre à la crise écologique, il faut repenser nos imaginaires, notre lien à la nature en général, aux montagnes et aux glaciers en particulier. Ce à quoi invite l’anthropologue Nastassja Martin avec « Les Sources des glaces ». Entretien.
par Barnabé Binctin
25 juillet 2025 à 09h30 Temps de lecture : 13 min.

Nastassja Martin, anthropologue, spécialiste du Grand Nord. © Mathieu Génon
Basta! : Dans Les Sources de glace (Paulsen, 2025), que vous publiez avec le photographe Olivier de Sépibus, vous invitez à renouveler en profondeur notre regard sur les glaciers. Vous y écrivez : « Voilà le gouffre : nos idées sur le monde ne sont plus tenables, ne sont plus vivables, comme les montagnes et leurs glaciers, elles ne tiennent plus debout. […] L’image qui préside à nos imaginaires de la montagne se disloque. » Que voulez-vous dire par là ?
Nastassja Martin : On peut partir de l’actualité récente : le 28 mai dernier, un glacier s’est effondré en Suisse, et a inondé un village entier. Cette catastrophe nous rappelle que parler d’ « effondrement » n’est pas une métaphore, et que des événements d’une telle amplitude sont de plus en plus probables. D’où la nécessité de repenser nos relations à ces entités, et la terminologie que nous utilisons pour les comprendre.
La modernité nous a enfermés dans une lecture qui ne nous permet plus de comprendre les transformations actuelles. Plus encore qu’un problème d’imaginaire, c’est un problème conceptuel, issu de la méthodologie naturaliste qui a forgé notre manière de percevoir le monde : en Occident, nous avons complètement désanimé ce type d’entités, ainsi que les relations que nous pouvons entretenir avec elles. Nous considérons les glaciers comme des milieux abiotiques [où la vie serait impossible, ndlr], ou comme des objets composant un « paysage », privés de toute puissance d’agir.
L’anthropologue Nastassja Martin vient de publier Les Sources de glace, avec le photographe Olivier de Sépibus (Paulsen), où elle nous invite à renouveler en profondeur notre regard sur les glaciers. Elle avait publié Croire aux fauves, chez Verticales, en 2019.
Pourtant le changement climatique devrait bouleverser profondément cette perspective, puisque ce sont bien ces entités-là qui se lèvent et menacent nos vies humaines. Les glaciers qui fondent, les montagnes qui s’effondrent, les rivières en crue, les tornades : ce sont aujourd’hui des éléments qui deviennent littéralement acteurs des transformations de nos milieux.
Il nous faut donc, en quelque sorte, rééduquer notre regard pour pouvoir penser différemment les glaciers, et c’est autour de cet enjeu que l’on s’est rencontrés avec Olivier. Ce sont toujours des mots et des images qui sous-tendent nos relations au monde, raison pour laquelle nous voulions réfléchir à un nouvel imagier – lui dans le travail de la photographie et moi à travers l’écriture – qui soit plus à même de répondre aux métamorphoses en cours.
Vous pointez notamment la responsabilité de l’art pictural de la Renaissance dans cette « objectivation de la nature ».
Je prolonge l’hypothèse formulée par [l’anthropologue] Philippe Descola dans Les Formes du visible (Seuil, 2021), selon laquelle notre vision scientifique du monde, aujourd’hui, serait bien plus un effet de peinture que le résultat d’une approche philosophique. C’est à mon sens une question centrale que de se demander si c’est bien la construction de cette réalité picturale qui a façonné nos épistémologies, et non l’inverse.
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Lorsque l’on s’intéresse à l’histoire de l’art du XVe et du XVIe siècle, on se rend compte que bon nombre de peintres, des Flandres jusqu’à Florence – Campin, Van Eyck, Dürer, Fra Angelico –, ont façonné le concept même de « paysage », la nature visuellement confinée dans un monde extérieur aux humains. Et on a fini par systématiser ce point de vue, cette perspective sur les choses. Cette extériorisation a entraîné une forme de réductionnisme des attachements pluriels que l’on peut entretenir avec, entre autres, les montagnes et les glaciers.
Par exemple, on se réfère aujourd’hui principalement aux glaciers comme à des ressources et à des stocks d’eau, aux fonctions essentielles dans le cycle de la vie. On parle de gain de neige en amont, de perte d’eau en aval, de services écosystémiques, de bilans négatifs ou positifs. S’il faut évidemment continuer de se doter de moyens pour mesurer l’évolution de ces glaciers, on constate néanmoins que le champ lexical des sciences de l’écologie a été largement infiltré par les mots du discours économique.
Or ces mots produisent des effets sur nos imaginaires, sur nos façons de penser les glaciers. Ils nous coupent de la possibilité de s’y relier autrement et, de fait, le principe même d’animation de ces entités reste quasi-impensable dans notre société.
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Comment faudrait-il alors appréhender les glaciers, si on ne doit plus les voir comme des ressources, ni même seulement comme une fonction dans le cycle de la vie ?
C’est une très bonne question, à laquelle je ne peux justement pas répondre : non pas parce que je n’en ai pas envie, mais parce que c’est un devoir de laisser la réponse en suspens. Nous savons être normatifs, nous avons quantifié, mesuré, évalué, décrit et défini telle ou telle ressource, tel ou tel stock. Et pourtant, toutes ces entités que nous pensions connaître se disloquent à grand fracas et de manière accélérée. Les forces qui sont à l’œuvre nous dépassent, et continueront de nous dépasser malgré ce qu’en disent les adeptes du techno-solutionnisme.
Le Dôme du Goûter (4304 m), sur le massif du Mont-Blanc, 2022.
© Olivier de Sépibus
Nous avons aujourd’hui un problème de méthode : si nous restons coincés dans notre épistémologie habituelle, nous ne pourrons pas répondre à la crise autrement que par du conservationnisme ou de la géo-ingénierie. Re-pluraliser nos modes de relation aux glaciers passe par un travail d’ethnographie, c’est-à-dire qu’il faut pouvoir documenter toutes les manières différentes de se relier à ces entités – j’utilise ce terme, mais il n’y a pas une seule et bonne manière de les nommer.
Quand vous discutez avec des bergers, des chasseurs, des guides de haute montagne, des grimpeurs, des naturalistes, et que vous leur demandez de décrire leurs attachements à la montagne, vous obtenez des réponses inattendues, bien loin du discours naturaliste classique. C’est toute une constellation qui se dessine, qui ne se résume pas à l’objectivation froide de la montagne.
« Le champ lexical des sciences de l’écologie a été largement infiltré par les mots du discours économique »
Il y a de nombreuses manières de dialoguer avec les glaciers. Elles résonnent souvent avec des formes d’animisme, qui n’est certainement pas un mode de pensée circonscrit aux peuples autochtones vivant de l’autre côté de la planète, dans les lointaines forêts, toundras ou déserts. Le problème, c’est que ces voix-là ne sont plus écoutées dans les plans de gestion, qu’ils soient « aménagistes » ou conservationnistes.
Et vous, à titre personnel, quel rapport entretenez-vous avec la montagne ?
J’y habite, pour commencer. Je pratique l’alpinisme, le ski de randonnée, l’escalade ; j’aime ce rapport physique à la verticalité. Cela a presque à voir avec une pratique thérapeutique, il y a quelque chose de l’ordre d’un élan vital. Je crois que la montagne est le seul endroit où je peux retrouver ces idées d’ « engagement » et de solidarité qui caractérisent les relations que j’ai pu nouer avec les Even [un peuple nomade d’éleveurs de rennes, ndlr], dans le cadre de mon travail d’anthropologue, au Kamtchatka [péninsule située en Extrême-Orient russe, ndlr]. La notion de risque y est permanente et quasi-quotidienne dans leurs vies. Y faire face demande de tisser de forts liens de dépendance choisie entre humains.
La cordée en montagne, c’est pareil : c’est un micro-collectif en mouvement qui apprend à se faire confiance, à compter l’un sur l’autre pour avancer ensemble sur un terrain instable. Lorsqu’on évolue sur un glacier plein de crevasses et de séracs ou sur une face remplie de cailloux branlants, la question de l’incertitude redevient totale, primordiale. La montagne est un endroit qui nous confronte à nos vulnérabilités et à nos limites.
On a beau mettre dans nos gestes toute la puissance dont on dispose, on a beau tenter de tout garder sous contrôle, la montagne risque toujours de nous déborder, de nous surprendre, de nous faire chuter. Il reste toujours une part d’inconnu, même quand les voyants sont au vert et que les conditions paraissent bonnes.
Quand on entre en relation avec la montagne de manière physique, sur le terrain – je veux dire, pas de façon contemplative, en la dessinant ou en l’observant depuis sa chaise – on sent bien qu’il y a quelque chose qui pulse, qui gronde. On comprend que c’est une puissance élémentaire – on peut aussi la nommer ainsi – avec son propre rythme. Ce n’est pas un endroit « sécurisé » fait par et pour les humains. Or, c’est une possibilité de relation à l’altérité dont la modernité a fini par nous priver au fil du temps, et qui ne subsiste que marginalement sur certains territoires peu anthropisés.
« La montagne est l’un de ces déserts pour exilés » écrivez-vous. Vous utilisez aussi plusieurs fois le terme de « refuge ». Pour fuir ou se protéger de quoi, exactement ?
Les montagnes, comme les toundras, les steppes ou certaines forêts font encore partie de ces franges qui ont su résister plus longtemps à l’appropriation capitaliste, à la domestication, à la mise en disponibilité de chaque partie du monde. Ce sont des lieux où il est encore possible de vivre sous d’autres normes. Cela rejoint tout mon travail d’anthropologue : mes recherches visent à montrer qu’il existe encore des manières d’être au monde, certes minoritaires, qui résistent à un schéma de pensée dominant.
Vedretta di Fellaria, au dessus de la vallée d’Engadine, l’une des plus haute vallée d’Europe (2400 m) à la frontière entre la Suisse et l’Italie.
© Olivier de Sépibus
La tragédie actuelle, c’est que ces poches sont de plus en plus rares, elles se réduisent comme peau de chagrin. Je le vois tous les jours sur le canton de La Grave (Hautes-Alpes), où j’habite : il suffit de changer de versant de montagne pour tomber sur la station de ski des Deux Alpes. Tout l’inverse de la montagne « refuge » : un endroit parfaitement lissé, balisé et sécurisé pour que le touriste CSP+ puisse venir (se) « dépenser » de la façon la plus confortable possible.
On a même installé des escalators dans les téléphériques, on s’y déplace désormais comme dans des aéroports. On est là en présence d’une montagne complètement objectivée, convertie en formidable parc d’attractions grandeur nature, c’est-à-dire en ressource au sens parfaitement économique du terme.
Lors du One Planet - Polar Summit, premier sommet consacré aux glaciers et aux pôles en novembre 2023, Emmanuel Macron s’était engagé à placer 100 % des glaciers français « sous protection forte d’ici 2030 ». Vous n’y croyez pas ?
C’est un engagement important, même si on sait que dans les faits, ça risque d’être plus compliqué. Et puis tout dépend de la manière dont ça va être mis en place. J’avais noté une phrase qui m’avait alertée : en décembre 2023, quelques jours après cette annonce, le sénateur [écologiste] Guillaume Gontard avait proposé un premier engagement très concret à travers la protection du glacier de la Girose [à La Grave, ndlr].
Le gouvernement lui avait répondu qu’il allait y avoir – je cite – « le lancement imminent d’une initiative, co-pilotée par les préfets de région et les présidents de région concernés, ancrée sur les territoires, pour que chacun puisse s’approprier les enjeux de ces nouveaux espaces à haute valeur ajoutée de biodiversité »…
Rien ne va dans cette formulation, si l’on regarde attentivement les termes : on est encore dans un vocabulaire très économiciste, avec l’idée qu’émergeraient de nouvelles ressources à travers la question du dérèglement climatique, et qu’on va pouvoir en faire quelque chose, que ce soit dans une logique d’aménagement ou de conservation. On en revient à notre point de départ : la formulation du problème. S’il est impossible de formuler le problème autrement, que va-t-on bien pouvoir changer ? Rien. Nous n’allons que reproduire les mêmes logiques, sous des formes peut-être renouvelées, mais avec un fond identique.
Faudrait-il envisager de donner des droits aux glaciers, dans le même mouvement de personnalisation juridique qui concerne déjà des fleuves ou des forêts à travers le monde ?
C’est une question sur laquelle j’aimerais me pencher, prochainement. On a vu les effets positifs que cela a pu produire à différents endroits, avec le fleuve Whanganui en Nouvelle-Zélande ou ailleurs en Amérique du Sud. C’est un outil juridique qui peut être très intéressant, même s’il soulève de nombreuses questions. Dans le droit roman-germanique, une entité sujet de droit est également soumise à des devoirs : quels seraient-ils pour un glacier, ou une montagne ?
Si c’est pour finir par penser ces devoirs sous la forme de « services écosystémiques » rendus par les entités – comme la captation de carbone pour une forêt, ou, imaginons, le stock d’eau potable pour un glacier – le risque est de retomber dans une logique économicisante, où l’on attribue un prix et une valeur monétaire à chaque chose. Soit toute la logique du capitalisme vert… Il faut y réfléchir sérieusement, pour que le remède ne se révèle pas pire que le mal.
Votre texte est empreint d’un certain pessimisme, à l’image de cette question que vous posez : « Pourquoi vouloir agencer de faibles mots autour des montagnes qui s’effondrent quand tout hurle autour ? » Comme si vous doutiez de votre posture de chercheuse, et du sens de votre travail…
Bien sûr que je doute, sinon je ne serais pas une bonne chercheuse. Et bien sûr que je me pose la question du sens que cela peut encore avoir dans la conjoncture actuelle. Il y a de la fatigue, la tentation de la stupéfaction, voire de l’aphasie devant l’incroyable emballement de la machine. Parler des glaciers quand tous les matins, à la radio, on compte les morts à Gaza et en Ukraine, vraiment ? Oui, parfois, on se dit qu’il vaudrait mieux se taire. Pourtant, justement, je pense que résister à la pétrification, c’est aussi croire aux formes de vitalité qui subsistent ça et là, malgré la violence, la guerre, la mort, malgré toute l’absurdité et l’ignominie des processus de destruction en cours.
À l’écriture, je me suis beaucoup inspirée de René Char, dont j’ai repris plusieurs vers pour scander le texte. C’est le poète de la résistance par excellence, les agencements de mots parmi les plus forts qu’il ait pu écrire l’ont été pendant l’horreur absolue de la Seconde Guerre mondiale, vers 1943-1944. Sa poésie devint l’aiguillon du désir de rester vivant.
« Parler des glaciers quand tous les matins, on compte les morts à Gaza et en Ukraine, vraiment ? »
Les chercheurs, eux aussi, à l’instar de René Char, doivent mettre au travail leur réflexivité, et repenser les idées et les concepts qu’ils manient pour saisir le monde. La posture d’extériorité et d’objectivité présumée des chercheurs est devenue obsolète. Réajuster nos mots et reformuler nos épistémologies peut nous aider à répondre collectivement aux processus d’effondrement en cours.
Mais que peut encore « l’épistémologie », aujourd’hui, à l’heure du règne de Cyril Hanouna, des fake news et de la post-vérité ?
Je pense qu’il y a un gros travail de réflexion à mener sur les dispositifs que l’on met en place, aujourd’hui, pour produire de la recherche, partager des savoirs et créer du commun en dehors d’une petite sphère de happy few. L’enjeu n’est plus uniquement de faire venir des étudiants à l’université pour écouter des séminaires de professeurs tout à fait brillants. On sent bien que les lieux classiques du savoir scientifique sont en perte de vitesse, les gens n’y croient plus, il y a de moins en moins de débouchés et de perspectives puisque les financements vont ailleurs.
C’est pour ça qu’il y a trois ans, avec la journaliste et éditrice Anne de Malleray, on avait organisé l’événement Un refuge pour la pensée, sur le canton de la Grave. L’idée c’était de faire se déplacer les chercheurs pour les mettre un peu les pieds dans la boue, si j’ose dire, et les confronter aux habitants, aux habitantes et aux problématiques locales, telles qu’elles sont vécues au quotidien sur le territoire. Et en même temps, de permettre à ces habitants de discuter avec tous ces gens qui, même s’ils n’ont pas nécessairement la même relation incarnée aux problématiques qui traversent le territoire, ont néanmoins passé leur vie à réfléchir à ces questions de tourisme en montagne, de pastoralisme, de glaciers, etc.
Toutes ces questions sur l’habitabilité de la Terre ne peuvent plus être formulées uniquement par des chercheurs, car cela reviendrait à se complaire dans un « extractivisme scientifique » du savoir.
« La posture d’extériorité et d’objectivité présumée des chercheurs est devenue obsolète »
Ces questions doivent se construire avec et sur les territoires, par tous les gens qui sont directement traversés par ces problématiques. La rhétorique de la « co-construction des savoirs » est un peu mise à toutes les sauces aujourd’hui, mais rares sont ceux qui le font vraiment. L’enjeu est pourtant bel et bien que la normativité n’émane pas toujours des mêmes cercles et des mêmes personnes.
Vous vous êtes beaucoup engagée au sein du collectif La Grave autrement, qui s’oppose au projet d’extension d’un téléphérique sur le glacier de la Girose. En octobre 2023, une ZAD – la plus haute d’Europe, à 3 400 mètres d’altitude ! – s’y était même organisée pour alerter contre « l’exploitation et l’artificialisation des montagnes ». Est-ce aussi à travers ce genre d’actions militantes que l’on peut aujourd’hui parvenir à « murmurer d’autres possibles chez nos contemporains », pour reprendre votre formule de conclusion ?
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On se pose tous la question des meilleurs leviers. Les ZAD en font certainement partie. Il faut multiplier les collectifs citoyens qui se ressaisissent des questions politiques, économiques, sociales qui traversent leur territoire. Parce qu’ils ont bien compris que pour produire du commun, on ne peut pas se contenter de déléguer l’aménagement de son territoire à de grandes entreprises, et la protection ou la conservation aux instances de gestion étatique. On a besoin de reprendre le dialogue, tout simplement. Je ne vois pas d’autres manières, en réalité.
Les nouveaux récits communs, la construction de nouvelles « cosmopolitiques » ne peuvent être que le résultat de la rencontre et des échanges au sein de ces collections citoyens, entre les habitants, les chercheurs, les militants. Parfois, je me dis qu’on a peut-être mis un peu la charrue avant les bœufs : à quoi bon tenir de grands discours sur le réenchantement du vivant et remettre au goût du jour des manières animistes de se relier aux non-humains si l’on n’est pas déjà capable de dialoguer entre humains et de partager les attachements multiples aux entités qui composent nos mondes ?
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Journaliste, orienté écologie (et) politique, avec quelques tropismes assumés autour de la montagne, de l’Inde, ou du football. Pour Basta, je réalise notamment des enquêtes et des grands entretiens. Après avoir co-fondé Reporterre, je collabore désormais avec le groupe So Press (Society, So Foot, So Film, etc.) et Le Parisien Magazine, dans le cadre de reportages en France et à l’étranger.
"Et au fait, la collapsologie ? "
Cet article pose tout le problème de la main-mise des réseaux sociaux et de la frénésie de l'actualité.
Les premiers s'accaparent les idées pour créer du buzz et de l'audimat et la seconde renvoie aux abysses les problèmes les plus cruciaux parce que l'audimat reste le maître absolu. Quelle que soit l'importance de l'idée, dès qu'elle n'est plus suivie, entretenue, approfondie, il faut que les réseaux sociaux, et les médias les plus importants en font partie, trouvent un autre sujet, une autre source de buzz.
Est-ce que la situation planétaire au regard de la collapsologie s'est améliorée ? Non, aucunement, bien évidemment. On continue à rouler à tombeau ouvert vers le mur ou le ravin. Ceux qui s'informent le savent. En même temps, je n'ai pas besoin des réseaux sociaux et des médias mainstream pour en avoir conscience. Mais il n'en reste pas moins que cette manipulation de masse me désole.
En fait, je pense que les médias officieux, ceux qui ont la plus grande audience, entretiennent cette inconscience mais la plus grande responsabilité, c'est la masse qui la porte. Il faudrait que les gens qui se servent des réseaux sociaux soient beaucoup plus exigeants sur les sujets qu'ils veulent lire et les algorithmes suivraient le mouvement.
Sur ma page Facebbok, les sujets qui me sont proposés en lecture sont les reflet de mes centres d'intérêt. C'est certain que ceux ou celles qui passent leur temps à lire ou regarder des sujets insignifiants ne risquent pas d'influencer favorablement les algorithmes.
Chacun et chacune est responsable de son ignorance ou de son évolution, même à travers les réseaux sociaux.
Au fait, qu’est devenue la collapsologie ?
Au fait, qu’est devenue la collapsologie ?
Couverture de l'ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens paru en 2015.
« 2015, c’était l’époque de la COP21 et du Laudato si’ du pape François. Il y avait quelque chose de l’ordre de la fin du monde qui était dans l’air », se souvient Pablo Servigne aujourd’hui. Pour l’ingénieur agronome de formation, devenu l’une des figures médiatiques les plus en vue sur le sujet, le concept avait alors permis de combler « un angle mort de la société. » À savoir l’articulation des différents risques majeurs dans des domaines variés – le climat, la biodiversité, le pétrole, la finance, etc. – pour penser les « méga-risques » auxquels la civilisation humaine est confrontée.
Ce que c’était à l’époque
Il y a dix ans, le concept fait mouche auprès des militants écolo, inspirant la création de collectifs comme Extinction Rebellion (qui lutte explicitement contre « l’effondrement écologique et sociétal ». Mais la collapsologie séduit aussi une audience plus large, sans forcément que cette notion ne soit vraiment bien comprise. Porté par le buzz médiatique, le mot a fini par « échapper [à ses créateurs] comme le monstre de Frankenstein », raconte Pablo Servigne. Alors que l’objectif de départ était de fonder une discipline scientifique, la collapsologie s’est peu à peu muée en « un mouvement social pluriel regroupant diverses tendances : les effondristes, les gens qui disent que c’est foutu, ceux qui disent que ce n’est pas le cas… C’est un peu passé à la trappe, comme un film hollywoodien qu’on regarde pour se faire un peu peur et qu’on oublie aussitôt. »
« C’est un peu passé à la trappe, comme un film hollywoodien qu’on regarde pour se faire un peu peur et qu’on oublie aussitôt. »
Pablo Servigne
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Au fond, ajoute Pablo Servigne, « le système politique actuel n’est pas du tout conçu pour traiter des enjeux aussi complexes et énormes ». Les adeptes de la collapsologie, eux, ont fini par s’épuiser à force d’explorer ses nombreuses ramifications (apprendre à faire son potager, imaginer des voies pour mettre en place la sobriété énergétique, etc.) Tant et si bien qu’après quelques années, plus grand monde ne se revendiquait de ce mouvement.
Ce que c’est devenu
Une rapide recherche sur Google Trends confirme ce diagnostic : après un pic au printemps 2020, la courbe des recherches Google du mot « collapsologie » s’effondre brusquement. La pandémie de Covid-19 a confirmé l’existence de chocs systémiques. Mais elle a aussi eu l’effet inverse : « Certains se sont dit : il y a eu un choc systémique global et il ne s’est rien passé, la société est toujours là », constate le chercheur, sorti du monde universitaire et qui se décrit comme « in-terre-dépendant ».
Capture d'écran sur le site Google Trends, montrant l'évolution des recherches Google du mot "collapsologie" entre 2015 et 2025.
Idem pour l’intensification de l’urgence écologique. Alors que la situation n’a jamais été aussi préoccupante – la limite des +1,5 °C prévue par l’Accord de Paris a officiellement été enterrée en juin 2025, et une septième limite planétaire est en passe d’être franchie – « tout le monde en a marre de l’écologie et de la collapsologie », soupire Pablo Servigne. « Du côté des écolos, il faut du positif sinon ça ne marche pas (ce qui me semble assez vaseux), et de l’autre côté, celui de la droite et de l’extrême droite, les gens n’ont en ont plus rien à faire et l’assument clairement. »
Surtout, la « disqualification de la collapsologie a bien fonctionné », relève le politiste Bruno Villalba. Lorsque le concept était encore en vogue, des voix s’élevaient de tous les côtés pour le critiquer. À droite, par des « anti-catastrophistes » comme Luc Ferry et Pascal Bruckner. Mais aussi à gauche, où la réception a été assez ambigüe. Si certains ont « repris un certain nombre d’arguments clés de la collapsologie, notamment sur l’état de gravité de la crise écologique et son accélération actuelle », poursuit l’auteur de l’ouvrage Les collapsologues et leurs ennemis (PUF, 2021), d’autres ont gardé leurs distances, en dénonçant par exemple un risque de dérive « réactionnaire » (et « incitant au repli »), à l’image de l’organisation altermondialiste ATTAC. Dans une tribune parue dans Libé en 2019, l’historien des sciences et de l’environnement Jean-Baptiste Fressoz pointait quant à lui du doigt un courant « anthropomorphique » (faisant peu de cas du vivant non-humain) et « occidentalocentré ». « Les critiques sont essentiellement venues de philosophes, des gens qui sont un peu hors sol, réagit Pablo Servigne. Beaucoup d’entre elles reposent sur des malentendus, même s’il y a aussi eu quelques critiques constructives. »
« Il y a un vrai travail conceptuel à faire pour fonder la collapsologie en tant que discipline »
Pablo Servigne, chercheur et auteur du livre "Comment tout peut s'effondrer" (Seuil, 2015)
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Autre élément qui n’a pas servi la réputation du mouvement : sa propension à penser en dehors des cadres, en incluant dans son champ une dimension « intérieure » forte, incarnée par la « collapsosophie ». Un concept théorisé dans le livre Une autre fin du monde est possible (2018), consistant à se préparer mentalement à la perspective des effondrements en s’appuyant sur la philosophie et la spiritualité. « L’intuition et l’émotion occupent une place clé dans la collapsologie. Sauf que dans une société très cartésienne, où le rapport à l’émotion n’est pas valorisé dans l’espace politique, qui est le lieu de l’affrontement et de la violence, il est très facile de vous disqualifier quand vous faites appel à ce type de ressorts », souligne Bruno Villalba.
Au-delà du « collapso-bashing », la « contre-proposition politique de la collapsologie n’a pas été suffisante, juge le professeur de science politique à AgroParisTech. Qu’est-ce qu’elle apporte fondamentalement de plus que la proposition de l’écologie politique ? » Selon lui, la brèche ouverte par Pablo Servigne et ses collègues n’a pas débouché sur des pistes concrètes pour construire un futur à la fois crédible et souhaitable, capable notamment d’articuler « fin du monde » et « fin du mois » (comme le voulait le slogan qui avait tenté de raccrocher les Gilets jaunes au mouvement climat en 2019).
De fait, beaucoup n’ont retenu de la collapsologie que le diagnostic déprimant. « La collapsologie a été caricaturée en “tout est foutu”, mais je n’ai jamais dit ça, regrette Pablo Servigne. Tout ce qu’on a fait, c’est lancer une alerte. Les gens ont flippé, c’est normal. » La notion de « catastrophisme éclairé » empruntée au philosophe Jean-Pierre Dupuy, consistant à considérer le cataclysme comme certain pour avoir une chance de l’éviter, n’a selon lui pas été bien comprise.
Ce que ça pourrait devenir demain
À écouter Pablo Servigne – qui s’apprête à publier en octobre un nouveau livre sur l’entraide, intitulé Le réseau des tempêtes : Manifeste pour une entraide populaire généralisée (éd. Les Liens qui libèrent) – tout n’est pas « foutu » pour la collapsologie. Avec Raphaël Stevens, le chercheur planche désormais sur la suite d’Une autre fin du monde est possible (2018), pour imaginer une « collapso-praxis ». Son objectif : poser des pistes d’action, justement.
Portrait de Pablo Servigne © Pascal Bastien
« J’ai bien envie de redomestiquer le mot de “collapsologie” et d’essayer de voir ce que ça donne », confie Pablo Servigne. Le chercheur se dit convaincu qu’une « deuxième vague de la collapsologie » est en train d’arriver, dans un contexte marqué non seulement par la « désagrégation » croissante de la société et de la biosphère, mais aussi par le retour des fascismes – qui constitue, selon lui « l’un des stades de l’effondrement » – et les bascules à venir entraînées par la percée fulgurante des IA.
À ses yeux, « il y a un vrai travail conceptuel à faire pour fonder la discipline », chose que Raphaël Stevens et lui n’ont pas pris le temps de faire. « Mais ça prend des décennies de fonder une discipline », estime Pablo Servigne, qui cite l’exemple de la climatologie, construite sur un agrégat de différentes disciplines scientifiques allant de l’océanographie à la physique des fluides.
À l’international en tout cas, les recherches sur le sujet vont bon train. Mais pas forcément sous la bannière de la « collapsologie ». De nouveaux mots sont en train d’émerger, comme celui de « polycrise », devenu « le buzzword à l’ONU » – une alternative « beaucoup plus neutre, gentille et bureaucratique » au néologisme né d’une boutade dix ans plus tôt, estime Pablo Servigne. Qui reste plus que jamais persuadé que « le problème, ce sont les gens qui n’acceptent pas l’effondrement de la société, empêchant les choses d’évoluer. » Autrement dit, même si le mot collapsologie disparaît, le futur qu’il décrit reste toujours d’actualité.
Démocratie ou pas ?...
On est resté quatre ans dans la Creuse. Effarés par les dégradations sur l'environnement. On en est parti pour se rapprocher de la famille mais on avait vite compris que l'avenir de ce territoire était des plus sombres.
Dans le Limousin, les militants face à la criminalisation de l'écologie politique
Par Eloi Boyé , publié le 11 July 2025

Carmen et Vincent, naturalistes et habitants de la Creuse. Photos : Eloi Boyé
Le plateau de Millevaches, en Limousin, est connu comme un territoire d’alternatives et de luttes écologiques et sociales. Dans le contexte réactionnaire actuel, ses habitants sont pris en tenailles entre une accélération des destructions environnementales et la stigmatisation des défenseurs du vivant.
5 octobre 2024. Des manifestants déambulent dans les rues de Guéret, en Creuse, pour s’opposer à l’« accaparement des forêts ». Organisée par des collectifs citoyens locaux, la manifestation, qui réunit plus de 2 000 personnes, vise principalement deux projets industriels : l’extension de la scierie Farges Bois à Égletons, en Corrèze, et la construction d’une usine de granulés de bois destinés au chauffage, à Guéret.
Article de notre n°70 « Qui veut la peau de l'écologie ? », en kiosque, librairie, à la commande et sur abonnement.

Le Limousin est en effet devenu depuis quelques années le théâtre d’une opposition entre ceux défendant une vision extractiviste de la gestion forestière et ceux qui appréhendent la forêt dans sa dimension économique mais aussi écologique et sociale. Des acteurs industriels aux visées court-termistes s’approvisionnent massivement dans la région. « On se sent submergé de projets industriels néfastes pour la forêt », témoigne Laurent Carayol, 58 ans, participant à la manifestation et membre de l’association L’Aubraie, créée pour promouvoir « une forêt vivante en Limousin ».
Des dispositifs policiers disproportionnés
C’est ainsi que le cortège est composé de jeunes militants écologistes, de membres de la filière bois, de nombreux retraités et de parents accompagnés de leurs enfants, qui déambulent joyeusement sous le soleil automnal. Une mobilisation « pacifique, bon enfant et très familiale », affirme Laurent Carayol, loin de la « convergence des luttes avec la participation d’éléments incontrôlables » crainte par la préfecture de la Creuse. Dans son arrêté pris avant la manifestation1, la préfète Anne Frackowiak-Jacobs envisageait une mobilisation qui devait « fédérer au sein de l’ultra-gauche » aux actions « radicales et violentes » et même la « propagation des violences urbaines au département de la Creuse ».
En prévision, la préfète avait déployé un « dispositif policier disproportionné », se souvient David quelques mois plus tard. Ce menuisier de 43 ans, natif du Limousin, vient d’achever une année de formation professionnelle en sylviculture et bûcheronnage. Il considère que la préfecture de la Creuse souhaitait « réprimer » les manifestants réunis à Guéret : un point de vue partagé par de nombreux militants présents.
« Cette criminalisation des mouvements écologistes provoque une mise sous silence : c’est une forme de censure. »
« Il fallait voir le déploiement des forces de l’ordre dans la ville, raconte Carmen, naturaliste habitant en Creuse. La préfecture avait été cloisonnée, il y avait des hélicos, des drones. » De tels déploiements de forces de l’ordre sont fréquemment constatés par des habitants dans le cadre de luttes forestières locales. Composé d’habitants du territoire dont une bonne part de sexagénaires, le groupe « forêt action » du Syndicat de la Montagne limousine s’oppose à la gestion industrielle des forêts, notamment au modèle de gestion par coupes rases.
Lors d’une de leur rencontre dans un bourg du plateau de Millevaches, l’un des membres évoque la présence d’agents des renseignements territoriaux à une réunion publique : « Mais de toute façon, ils sont tout le temps là ! » réplique Rémi, habitué à cette surveillance.

David, membre de divers collectifs de défense des forêts limousines.
Les relevés de plaques d’immatriculation par des gendarmes sur des lieux de rassemblement pacifique, les survols d’hélicoptères lors d’événements en pleine campagne ou les convocations en gendarmerie sont devenus monnaie courante, même lors d’actions parfaitement légales : « une criminalisation de l’écologie politique » que ces militants perçoivent comme croissante. Thibault, un autre membre du « groupe forêt », évoque ainsi sa certitude d’être « fiché » ainsi que d’autres habitants inscrits selon lui sur des fichiers de renseignement pour leurs actions militantes. « Ça met une pression. On se sent surveillé », témoigne-t-il.
La prévention face à l’intervention des forces de police est ainsi devenue un sujet de débats entre habitants militant pour la protection du vivant, qui se questionnent notamment sur la médiatisation de leurs luttes : « En même temps il faut qu’on informe le grand public, mais si on médiatise on va subir de la répression, affirme Thibault. Finalement, cette criminalisation des mouvements écologistes provoque une mise sous silence : c’est une forme de censure. »
Les écolos comme épouvantails
Cette présence policière et cette surveillance sont justifiées par la crainte de violences venues de l’« ultra-gauche » : un poncif des autorités publiques et de l’opposition politique aux mouvements écologistes du Limousin. Le terme est utilisé par les préfectures locales pour justifier des décisions administratives contre des militants, par des médias, ou par des représentants politiques : à l’image du député de Creuse Bartholomé Lenoir (Union des droites pour la République, UDR). Ce dernier, après avoir publié une pétition « contre l’ultra-gauche dans la Creuse », pointait le risque d’« implantation d’une ZAD en Creuse » lors d’une question au gouvernement à l’Assemblée nationale en novembre 20242.
Ce climat d’« acharnement » s’amplifie avec l’émergence des « mouvements populistes mondiaux », selon Thierry Letellier, maire de la petite commune de La Villedieu. Installé en Creuse depuis plusieurs décennies, cet éleveur d’ovins à la retraite représente une figure locale des combats alliant agriculture paysanne et protection du vivant. « C’est très facile de brosser les gens dans le sens du poil et de leur dire de se battre contre ceux qui vont les empêcher de prendre leur bagnole », constate-t-il, l’air soucieux.
« Les paysans peuvent casser et saccager absolument tout ce qu’ils veulent. Et simplement, tu mets trois écolos dans un champ, et il y a des centaines de policiers qui sont prêts à mutiler des gens. »
Carmen et Vincent témoignent de la haine que concentrent les personnes identifiées comme écologistes. Les deux naturalistes racontent les menaces subies du fait de leur engagement pour la protection des deux loups installés sur le plateau de Millevaches et leur coexistence avec l’élevage : « On nous menace sur les réseaux sociaux, il y en a qui menacent de débarquer chez nous », raconte Carmen. Les deux naturalistes témoignent également de l’aggravation du climat local faisant suite au déclassement du loup au sein de la convention de Berne, en décembre 2024 : « Ça a encore débridé le comportement de certains éleveurs : ça les conforte dans leur position. »
Ainsi, en mars 2025, la projection de leur documentaire La Part du loup à l’école forestière de Meymac a été annulée en raison de pressions exercées par la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs de Corrèze sur l’établissement d’enseignement professionnel. Carmen et Vincent évoquent également l’intrusion suivie de dégradations commises par des membres de la Coordination rurale dans les locaux de l’Office français de la biodiversité (OFB) en novembre 2024 : « C’est quand même une attaque frontale ! s’exclame Carmen. Mais on les laisse faire. »

Élevage ovin dans le Limousin.
Dans ce contexte de violence de certains acteurs agricoles, l’ancien éleveur Thierry Letellier dénonce le « deux poids, deux mesures » des autorités : « Les paysans peuvent casser et saccager absolument tout ce qu’ils veulent, constate-t-il. Et simplement, tu mets trois écolos dans un champ, et il y a des centaines de policiers qui sont prêts à mutiler des gens. »
L’entretien du clivage néo vs anciens ruraux
À l’image de l’hétérogénéité des opposants à une gestion industrielle des forêts, le clivage entre néoruraux sensibles aux questions écologistes et ruraux de longue date est loin d’être figé. En revanche, il est savamment entretenu. « Beaucoup de personnes ont un intérêt à stigmatiser le plateau, les néoruraux, l’ultra-gauche, témoigne un membre de Méga-Scierie Non Merci. Ça permet de rendre plus compliquée la contestation en faisant croire à une mobilisation étant le fait d’une minorité violente et dangereuse. »
« Le problème, c’est que ce genre d’accusations de violence des écolos perce ensuite dans l’opinion », déplore David. Originaire de Haute-Vienne, il s’installe en 2015 à Châtelus-le-Marcheix, en Creuse, département voisin. Entré au conseil municipal en 2022, il raconte avoir été rapidement assimilé à un néo-rural et à un militant violent du plateau de Millevaches à la suite de propositions sur les questions écologiques.
Il propose notamment de mettre en place une régie communale agricole, un outil permettant à la collectivité de porter elle-même une activité de production agricole et d’en contrôler le cahier des charges. « Les gens ont assimilé ça à des propositions du Syndicat de la Montagne limousine, se souvient-il. Ils reprennent tous ce que les médias dominants, la préfecture et Bartholomé Lenoir leur vendent et ils se complaisent dans cette définition : ça leur permet de rejeter en bloc toutes contraintes environnementales qui seraient en opposition avec la pleine jouissance de la propriété privée. »

La Villedieu, en Creuse.
Tout en percevant un réel climat anti-écologiste chez certains habitants du territoire, des membres du collectif Méga-Scierie Non Merci nuancent l’importance du clivage entre néoruraux et anciens habitants. « Certains ruminent mais ils boivent aussi un coup avec toi ! On arrive à se parler », déclare l’un d’entre eux. « Les réactions anti-écolos viennent aussi du fait que les luttes écologistes sont perçues comme une critique morale des gens, complète son camarade. Mais nous, on s’attaque au modèle économique et aux gros projets industriels : pas aux pratiques des personnes qui font des coupes rases pour gagner leur vie. »
Ainsi, la plupart des militants insistent sur les nombreuses convergences possibles entre habitants du territoire. « Face au climat national de multiplication de projets industriels totalement incohérents d’un point de vue écologique, il y a aussi un côté rassurant, estime David. Parce qu’en face, une prise de conscience gagne le cœur des populations et une fronde sérieuse s’organise : les habitants tissent des liens militants. C’est un système immunitaire écologique. »
1. Arrêté préfectoral modifiant l’arrêté n°23-2024-10-01-008 du 1er octobre 2024 autorisant la captation, l’enregistrement et la transmission d’images au moyen de caméras installées sur les aéronefs, préfecture de la Creuse.
2. « Vote solennel sur la première partie du projet de loi de finances pour 2025. Suite de la discussion de la seconde partie du PLF 2025 ». Assemblée nationale, 12 novembre 2024.
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Duplomb et la FNSEA
Ce soir, la pétition contre la loi Duplomb dépasse le cap du million de signatures.
https://reporterre.net/Loi-Duplomb-un-texte-ecocidaire-redige-par-la-FNSEA
Loi Duplomb : un texte écocidaire rédigé par la FNSEA

La proposition de loi sur l’agriculture a été largement coécrite par la FNSEA. Concentré de reculs environnementaux, elle est portée par le sénateur Laurent Duplomb, lui-même ancien élu du syndicat productiviste.
« Enfin ! » : mardi 6 mai, Arnaud Rousseau ne cachait pas sa joie. Le patron de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) saluait l’arrivée à l’Assemblée nationale de la proposition de loi « visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ». Un texte controversé, au contenu explosif : réautorisation des néonicotinoïdes, soutien aux projets de mégabassines et d’élevages industriels... Du pain bénit pour l’agrobusinessman, qui encensait ce « moteur législatif dont notre agriculture a besoin pour redémarrer ».
Si le président du puissant syndicat agricole apparaît si satisfait, c’est que le texte — examiné les mardi 13 et mercredi 14 mai en commission des affaires économiques — reprend quasiment mot pour mot ses revendications productivistes. Fin août 2024, FNSEA et Jeunes agriculteurs présentaient en effet leur loi idéale, pour « entreprendre en agriculture ». Au menu, déjà : l’épandage par drone, la réintroduction de pesticides interdits et la remise en cause du fonctionnement de l’Anses, l’agence chargée de donner le feu vert à la vente des produits phytosanitaires.
« Connivence » avec la ministre de l’Agriculture
« Clairement, il y a une filiation entre les demandes du syndicat et plusieurs articles de la loi », remarque Yoan Coulmont, chargé de mission plaidoyer de l’association Générations futures. Rien d’étonnant à cela : avant d’être le sénateur portant cette proposition de loi, Laurent Duplomb a été président FNSEA de la chambre d’agriculture de Haute-Loire, président pour sa région du géant du lait Sodiaal, membre du conseil de surveillance de la marque Candia. En bref, il est le petit messager de l’agro-industrie au palais du Luxembourg.
Une liaison dangereuse facilitée par « la connivence » entre l’élu auvergnat et la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, selon Thomas Uthayakumar, directeur des programmes et du plaidoyer de la Fondation pour la nature et pour l’Homme. La locataire de la rue de Varenne s’est toujours montrée en phase avec les positions du syndicat majoritaire. Sans surprise, elle a défendu bec et ongles cette proposition de loi, qu’elle juge « consensuelle ».
« Le RN agit comme le relais parlementaire de la FNSEA »
Mais la FNSEA ne s’est pas contentée de tenir le stylo du sénateur Duplomb. Comme relevé par « l’éco-lobbyiste » Jordan Allouche, la députée Renaissance Danielle Brulebois a ainsi déposé huit amendements explicitement coécrits avec le syndicat agricole. Ceux-ci proposent de supprimer la séparation entre vente et conseil en matière de pesticides, de reconnaître les bassines comme d’intérêt majeur, ou encore de restreindre la définition des zones humides afin de limiter leur protection.
Même scénario avec le Rassemblement national : sur les 54 amendements du parti d’extrême droite, pas moins de 15, tous déposés par la députée du Lot-et-Garonne Hélène Laporte, ont été « travaillés en collaboration avec la FNSEA ». La plupart concernent les élevages industriels, selon le pointage de Jordan Allouche, pour qui « le RN agit comme le relais parlementaire » du syndicat.
Par ailleurs, d’autres articles déposés par des députés du Rassemblement national reprennent fidèlement les positions de la FNSEA, sur l’Anses, notamment. Aucun de ces amendements n’est sourcé, mais rien n’oblige les députés à le faire. « C’est là que le bât blesse, pour le lobbyiste citoyen. Cette opacité pose une question de transparence démocratique. »
Coup de téléphone à François Bayrou
Outre cette influence rédactionnelle, l’organisation agricole a fortement poussé pour accélérer l’examen du texte. Mi-mars, Arnaud Rousseau téléphonait directement à François Bayrou afin de mettre la proposition Duplomb en haut de l’agenda parlementaire.
Avec succès. « Alors qu’on croule sous les textes à examiner, qu’on peine à trouver du temps pour débattre de l’énergie ou de la fin de vie, on arrive à débloquer une semaine entière pour étudier ce texte, s’agace la députée écologiste Marie Pochon. Et ce, alors même que des textes qui parlent plus directement des revenus agricoles, comme celui baptisé Egalim 4, ont été remis aux calendes grecques. »
Dernier point de pression, et non des moindres : nombre de députés ont reçu lettres, courriels et coups de fil de représentants agro-industriels les incitant à voter le texte. L’association nationale des producteurs de noisettes a par exemple écrit aux parlementaires du Sud-Ouest en dénonçant « les situations de distorsion de concurrence auxquelles ce texte pourrait mettre fin ». Lors d’une rencontre avec les élus de la Loire, la FNSEA leur a remis une « note d’analyse » — que Reporterre a consultée — sur la proposition de loi, rappelant la position « favorable » du syndicat sur ce texte.
Lire aussi : Pesticides : la fuite en avant des cultivateurs de noisettes
Une force de frappe inégalée par les associations écologistes. Tandis que certaines ONG ne sont jamais reçues par le ministère de l’Agriculture, « le syndicat majoritaire a ses entrées dans le bureau d’Annie Genevard », illustre Henri Clément, membre de l’Union nationale de l’apiculture française.
Pour l’apiculteur, le poids de la FNSEA tient aussi à ses muscles. « Ils peuvent bloquer des routes avec leurs tracteurs, mettre le bazar jusque dans des ministères [comme le saccage du bureau de Dominique Voynet en 1999], rappelle-t-il. Et bien souvent, ils ne sont pas — ou peu — poursuivis. »
« Ces revendications n’émanent pas de la base »
Qu’il soit discret ou offensif, « il y a un fort lobbying de la FNSEA », constate Pierrick Courbon, député socialiste de la Loire et apiculteur amateur. Avec un discours bien rôdé : « Tandis qu’ils minimisent fortement les enjeux autour des néonicotinoïdes, ils sur-dramatisent la portée de ce texte, observe-t-il, avec des propos comme “si vous êtres contre ce texte, c’est que vous êtes contre apporter une réponse à la crise agricole”. »
D’après l’élu, l’effervescence autour de la loi Duplomb tient surtout de « la mobilisation corporatiste ». En clair : le texte est davantage porté par la direction nationale de la FNSEA plutôt que par une volonté paysanne. « On entend partout que la loi répondrait aux demandes des agriculteurs, mais je n’ai pas entendu d’agriculteurs réclamer plus de néonicotinoïdes ou d’élevages industriels, abonde Marie Pochon. Ces revendications n’émanent pas de la base. »
« La FNSEA et les sénateurs de droite savent qu’ils ont l’oreille attentive de la ministre de l’Agriculture, donc ils foncent »
Un avis partagé par le sénateur socialiste de la Loire Jean-Claude Tissot, lui-même agriculteur : « Est-ce que le fait de supprimer toutes les avancées environnementales va apporter du revenu aux agriculteurs ? Pas du tout », nous disait-il en janvier. Le texte ne propose rien sur les prix agricoles, rien non plus sur le changement climatique. Selon un sondage du collectif Nourrir, seuls 4 % des agriculteurs répondants se disent préoccupés par « l’interdiction et la réduction de l’usage des phytosanitaires », quand ils sont 21 % à s’inquiéter du dérèglement climatique.
Alors, pourquoi une telle offensive ? « C’est une politique de la terre brûlée, estimait Jean-Claude Tissot en janvier. La FNSEA et les sénateurs de droite savent qu’ils ont l’oreille attentive de la ministre de l’Agriculture, donc ils foncent. » Pour Marie Pochon, les défenseurs de l’agroproductivisme entendent également surfer sur la vague réactionnaire. « Il existe une “internationale fasciste” qui a une lourde capacité d’entraînement et d’influence, dit-elle, avec des relais politiques et médiatiques qui sont des fabriques de l’ignorance et des fake news. »
Des décennies de bataille
Apiculteur retraité, Henri Clément connaît bien la FNSEA, pour avoir ferraillé contre elle depuis trente ans. « C’est l’agrobusiness qui pilote le syndicat, estime-t-il. Et c’est le syndicat qui copilote les politiques agricoles en France depuis des décennies. » Pour lui, la loi Duplomb n’est donc qu’un énième épisode dans une bataille de longue date.
« Dès la fin des années 1990, le syndicat agricole et ses antennes, comme l’Association générale des producteurs de maïs, ont tout fait pour défendre les néonicotinoïdes, se souvient le défenseur des abeilles. Ils n’ont jamais cessé de se battre contre leur interdiction. »
Dit autrement, les dirigeants syndicaux profitent d’un contexte favorable à leurs idées productivistes pour pousser leur avantage. Mais cette machine apparemment bien huilée n’avance pas sans embûches. Le 7 mai, la commission développement durable de l’Assemblée a vidé de sa substance la proposition de loi, en supprimant toutes les mesures controversées. Bien que cette instance n’ait été saisie que « pour avis », « c’est une première victoire, insiste le député insoumis Sylvain Carrière. Il y a un fort rejet de ce texte, parmi la population et parmi les députés. »
Le texte doit désormais être examiné les 13 et 14 mai par la commission des affaires économiques, dont la version sera soumise en séance plénière à la fin du mois.
Sur notre terrain
Je précise tout de suite que le "notre terrain" n'est qu'une vision administrative, résultant d'un passage chez le notaire et par là même l'encaissement de son chèque par l'état. Si encore, je pouvais savoir à quoi cet argent va servir...
Bref.
On a donc acheté une maison et un hectare de terrain dans ce qui est dénommé "L'Ardèche verte". Plus vraiment verte en ce moment et qui le sera de moins en moins année après année.
On est resté quatre ans dans la Creuse et en quatre ans, on a planté des dizaines d'arbres, creusé une mare, organisé un potager bio.
Au niveau biodiversité, quand on est arrivé, c'était la misère. En dehors des mouches, on ne voyait pas grand-chose. Quand on est parti, ce terrain aurait fait le bonheur d'un entomologiste ou celui d'un ornithologue. Le terrain grouillait de vie.
Quant au potager, entièrement paillé, broyat, compost, multicultures, le sol était devenu en quatre ans, un concentré de vie.
On recommence tout à zéro ici. Le terrain n'était qu'un jardin d'agrément. On a déjà planté une vingtaine d'arbres et à l'automne, ça sera une cinquantaine de plus. Le potager est en place, entièrement couvert par des paillasses pour être à l'ombre. Dans deux ans, il sera ombragé par les robiniers faux-acacias dont la croissance est très rapide.
Pour ce qui est de la biodiversité, c'est très pauvre. On amende le sol autant que possible. Les engrais verts sont à la base de tout.
Engrais verts : comment enrichir et protéger le sol naturellement
https://engrais-biocorn.fr/engrais-verts-enrichissement-sol/
Un sol vivant et fertile est essentiel pour obtenir un jardin productif et des cultures en bonne santé. Pourtant, entre deux cultures ou pendant la période hivernale, il peut être mis à rude épreuve : érosion, perte de nutriments, compactage… Pour éviter ces désagréments et améliorer la structure du sol, les engrais verts constituent une solution naturelle et efficace.
Cette technique agricole utilisée depuis des siècles permet d’enrichir le sol, de fixer l’azote, de stimuler la biodiversité et de préserver l’humidité.
Mais comment choisir les engrais verts adaptés à votre terrain ? À quel moment et comment les semer pour en tirer tous les bénéfices ? Voyons en détail comment intégrer cette méthode dans un jardin bio.
Pourquoi utiliser des engrais verts ?
Améliorer la fertilité du sol
Les engrais verts jouent un rôle clé dans l’enrichissement du sol. En poussant, ils captent les éléments minéraux disponibles et les restituent lors de leur décomposition. Ils constituent ainsi un apport de matière organique naturel qui améliore la structure du sol et favorise le développement des micro-organismes bénéfiques.
En fonction des plantes utilisées, ils peuvent également fixer l’azote atmosphérique, un élément essentiel pour la croissance des cultures suivantes. C’est notamment le cas des légumineuses comme la féverole ou le trèfle.

Protéger le sol de l’érosion et du compactage
Pendant l’hiver ou lors des périodes de jachère, un sol nu est vulnérable. Le vent, la pluie et les écoulements d’eau peuvent entraîner une perte importante de matière organique et de nutriments.
Les engrais verts couvrent rapidement le sol, limitant ainsi l’érosion et le lessivage des éléments minéraux. Leurs racines, en pénétrant profondément, structurent le sol et le rendent plus perméable, limitant ainsi le compactage dû aux intempéries ou au piétinement.
Limiter la prolifération des adventices
Un sol couvert est un sol où les mauvaises herbes ont plus de mal à s’installer. En occupant l’espace, les engrais verts empêchent les adventices (les plantes non désirées ou mauvaises herbes pour certains) de germer et de proliférer.
Certains engrais verts, comme la moutarde ou le seigle, sécrètent même des substances qui ralentissent la germination d’autres plantes. Cette action allélopathique (interactions biochimiques réalisées par les plantes) est un atout supplémentaire pour réduire naturellement la pression des adventices sans recourir à des herbicides.
Attirer les auxiliaires et stimuler la vie du sol
Les engrais verts ne profitent pas qu’au sol : ils sont également bénéfiques pour la biodiversité du jardin. En fleurissant, certaines espèces attirent les insectes pollinisateurs et nourrissent la faune locale.
Sous terre, la présence de racines stimule la vie microbienne et favorise le développement des vers de terre, qui améliorent encore la structure et l’aération du sol.

Les différents types d’engrais verts
Il existe plusieurs catégories d’engrais verts, chacun ayant des propriétés spécifiques. Selon votre sol et vos objectifs, vous pouvez choisir l’un ou plusieurs types de plantes.
Les légumineuses : fixatrices d’azote
Les légumineuses sont des engrais verts de choix pour enrichir naturellement le sol en azote. Elles ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique grâce aux bactéries présentes sur leurs racines.
Quelques exemples :
Trèfle blanc, rouge ou incarnat : idéal pour améliorer un sol pauvre en azote.
Luzerne : très utile pour les sols compactés, grâce à son système racinaire profond.
Féverole et vesce : riches en biomasse et adaptées aux rotations culturales.
Les graminées : protectrices du sol
Les graminées sont particulièrement intéressantes pour stabiliser le sol, limiter l’érosion et piéger l’azote.
Exemples :
Seigle : très résistant au froid, il couvre efficacement le sol en hiver.
Ray-grass : pousse rapidement et protège efficacement contre le lessivage.
Avoine : idéale pour améliorer la structure des sols lourds et humides.
Les crucifères : biofumigation et restructuration
Certaines crucifères, comme la moutarde ou le radis fourrager, sont utilisées pour lutter naturellement contre les parasites du sol grâce à leurs propriétés biofumigantes. (voir notre précédent article sur le sujet)
Elles sont aussi efficaces pour améliorer l’aération du sol grâce à leurs racines pivotantes qui brisent les couches compactes.
Comment semer et utiliser les engrais verts ?
Périodes idéales de semis
Le choix du moment pour semer dépend de votre objectif :
En automne : pour couvrir le sol pendant l’hiver et limiter le lessivage.
Au printemps ou en été : pour structurer le sol et enrichir la terre avant une culture principale.
Méthode de semis et densité
Semez vos engrais verts à la volée sur un sol légèrement préparé. Ratissez ensuite pour enfouir légèrement les graines et arrosez régulièrement en cas de sécheresse.
Veillez à respecter les densités recommandées afin de garantir une bonne couverture végétale.
Quand et comment les enfouir ?
Les engrais verts doivent être broyés et incorporés au sol avant leur floraison, pour éviter qu’ils ne montent en graines et deviennent envahissants.
Après la coupe, laissez sécher les résidus quelques jours avant de les enfouir légèrement pour favoriser leur décomposition.
Bonnes pratiques et erreurs à éviter
Choisir la bonne espèce : adaptez votre engrais vert à votre type de sol et à vos besoins.
Ne pas laisser fleurir : les engrais verts doivent être enfouis avant la floraison pour conserver leur efficacité.
Varier les espèces : alterner les engrais verts en fonction des saisons améliore la structure du sol et limite les maladies.
Ne pas oublier l’arrosage : certains engrais verts, comme la luzerne, ont besoin d’un sol légèrement humide pour se développer correctement.
Les engrais verts sont une solution simple, économique et écologique pour améliorer la fertilité et la santé du sol. En les intégrant dans vos rotations culturales, vous optimisez la structure du sol, limitez l’érosion et stimulez la biodiversité de votre jardin.
Que vous soyez jardinier amateur ou maraîcher bio, l’utilisation des engrais verts est un excellent moyen d’entretenir votre sol naturellement tout en préparant les prochaines récoltes.



