Là-Haut

Articles de la-haut

La nature de la conscience : Sylvie Dethiollaz

Par Le 20/12/2025

Je ne connaissais pas cette femme, ni ses travaux.

Je l'ai écoutée avec un ressenti de plus en plus joyeux pour finir par une profonde reconnaissance. Je réalise à quel point toutes mes pensées les plus "étranges" sont justifiées, que tout ce que j'ai pu chercher à traduire dans mes romans ne vient pas de rien, que mon histoire personnelle depuis mon enfance m'a mené là, que je ne pouvais échapper à ce cheminement, heureusement.

Il me plaît de réaliser que ces interrogations et ces cheminements personnels ont pris forme à travers des expériences uniques et non a priori des voies intellectuelles. J'avais 14 ans quand j'ai vécu pour la première fois une "sortie corporelle". J'avais 16 ans quand j'ai rencontré la mort, physiquement, spirituellement, émotionnellement, dans ma chair, que j'ai découvert ce que signifiait le néant. J'avais 24 ans quand j'ai exploré le Réel, c'est à dire ce champ de conscience en tant que l'au-delà de notre infime réalité.

Et puis, ensuite, j'ai entamé des recherches, intellectuelles, cognitives, j'ai cherché à savoir si d'autres personnes expérimentaient des situations similaires. Et puis ensuite, j'ai commencé à écrire.

Alors, oui, entendre cette femme est un réel bonheur parce qu'elle oeuvre dans la dimension scientifique et spirituelle et que donc, ma vie intérieure ne relève pas de la psychiatrie. 

"La conscience est le substrat de l'Univers à partir duquel tout prend forme."

Sylvie Déthiollaz

Sylvie Déthiollaz est une docteure en biologie moléculaire, spécialisée dans l'étude des états modifiés de conscience. Elle a fondé à Genève le centre Noêsis, qui est devenu en 2012 l'Institut suisse des sciences noétiques (ISSNOE). Son objectif est d'étudier la conscience à travers des phénomènes tels que les perceptions extrasensorielles, les expériences de mort imminente (EMI) et les phénomènes de décorporation.

Parcours et contributions

Formation : Elle a effectué des études post-graduées à l'Université de Berkeley.

Fondation de l'ISSNOE : L'institut qu'elle a créé se concentre sur la recherche pluridisciplinaire autour des relations entre l'esprit et la matière.

Publications : Elle a co-écrit plusieurs ouvrages, dont un sur les états modifiés de conscience publié en 2011.

Collaborations et projets

Collaboration avec Claude Charles Fourrier : Elle a travaillé avec Fourrier, un psychothérapeute ayant vécu une expérience de mort imminente, pour mieux comprendre et accompagner les personnes ayant vécu des expériences similaires.

Projets de recherche : L'ISSNOE mène des recherches sur les états modifiés de conscience non ordinaires, les EMI et les perceptions extrasensorielles.

Vision scientifique

Sylvie Déthiollaz encourage une approche scientifique ouverte et méthodique pour explorer les phénomènes de conscience. Elle soutient que la science actuelle admet que la réalité perçue est seulement une partie de ce qui existe, laissant la porte ouverte à l'idée que la conscience pourrait exister en dehors du corps physique.

 

 

Contre-nature

Par Le 19/12/2025

 

"Il n'y a pas de fait contre nature ; la nature n'est jamais contre elle-même". Paul Toupin 

 

Les coïncidences, c'est tout de même un phénomène fascinant. Comme à chaque fois que je croise la route d'une phrase qui m'interpelle, m'interroge, me trouble, je la malaxe, la mâche, la décortique, l'autopsie jusqu'à plus faim.

Depuis deux jours, c'est la phrase de Spinoza, présentée dans l'article précédent. Alors, je cherche, je fouille, je sors d'autres ouvrages de ma bibliothèque ou je surfe sur les vagues infinies de l'océan du net et bien évidemment, au fil de mes recherches, il arrive que je croise la route d'une autre phrase, tout aussi importante à ce moment-là. Et cette fois, c'est celle-là, la phrase de Monsieur Paul Toupin dont je n'avais jamais entendu parler et qui me happe au détour d'une lecture.

Et toute la journée, alors que j'avais décidé de repartir en forêt chercher de jeunes arbres à déterrer pour les installer bien à l'abri dans notre terrain, alors que je faisais des trous, que j'installais les nouveaux résidents, que je couvrais le sol de broyats divers et que j'expliquais à ces arbres que ce changement de lieu, aussi perturbant puisse-t-il être, est destiné à leur offrir un espace protégé, je tournais l'expression du "contre nature" dans le terreau de mes pensées. 

Larousse : Contre nature est une locution adjectivale signifiant monstrueux ou contraire à l'ordre naturel, s'opposant à ce qui est naturel ou normal.

Mais alors, si la nature n'est jamais contre elle-même, comment l'humanité peut-elle parvenir à être aussi destructrice ? Serait-ce donc que l'humanité ne puisse être reliée à la nature ou s'en est-elle extraite au fil du temps ? Et comme la quadrilogie sur laquelle je ne travaille plus depuis quelque temps s'intéresse principalement aux comportements humains et à leurs effets, j'ai inséré dans l'histoire cette interrogation de l'idée d'une nature inhumaine ou d'une humanité dénaturée.

TERRE SANS HOMMES (texte qui sera changé, repris, rechangé, revu, modifié, effacé, réécrit, et ne sera peut-être jamais publié)

Chapitre 8

Joachim Nichols avait rencontré Nancy. Et à la fin de la troisième journée à ses côtés, participant avec enthousiasme aux activités de la communauté, écoutant cette femme comme il n’avait jamais écouté ses anciennes compagnes, bouleversé, fasciné, comblé, envahi d’une sérénité joyeuse qu’il n’imaginait pas ressentir un jour, il avait compris qu’il ne retournerait pas dans son fortin, que l’invitation de Nancy ne pouvait plus être rejetée, que sa solitude n’était aucunement une nécessité, que son histoire n’existait plus, que tout avait été effacé, qu’il n’avait plus aucune mission, qu’il était juste un survivant, au même titre que Josh Randall et les autres occupants du centre. Un survivant qui se devait de saisir les opportunités que la vie lui proposait.

Nancy. Ses robes colorées, sa longue chevelure noire, cette silhouette féline, une personnalité mystérieuse et pourtant intégralement disponible, un phrasé posé, modulé par une voix captivante, un sourire lumineux qui réjouissait instantanément celui ou celle à qui il était destiné, des yeux bleus d’océan, des regards pénétrants, aimants, l’impression d’être déshabillé. Oui, c’est la première impression qu’il avait eue, comme s’il n’était pas possible devant elle d’être autre chose que soi.

Il en avait eu peur.

Puis, il avait réalisé que c’était absurde.

Nancy embaumait la vie d’un amour immense.

« Tu portes des choses lourdes, Joachim, lui avait-elle dit. Et tu ne veux pas en parler mais elles parlent pour toi. »

Au potager, en soins pour les plantes aromatiques, à la taille des arbres fruitiers, à l’aménagement des combles pour accueillir de nouveaux arrivants, pendant la préparation des repas, n’importe quand, n’importe où, Nancy pouvait prononcer des paroles inattendues et d’une justesse absolue, avec un sourire délicat, amusé et respectueux, pleinement consciente de la portée des mots et essentiellement tournée vers l’éveil de son interlocuteur, une révélation à entendre, un nœud à défaire, un lien à créer, un soulagement à offrir, une vérité à saisir.

« Oui, Nancy. »

Il n’en disait rien de plus.

Elle souriait. Lui aussi.

Il avait rencontré l’intégralité de la communauté, des gens ouverts, solidaires, impliqués, tous actifs, tous reconnaissants, tous désireux de se montrer utile, de construire un avenir commun.

Il avait été considérablement surpris de réaliser que Walter Zorn ne tournait plus dans ses pensées, que cette mission qui lui avait été attribuée s’effaçait dans une brume opaque, comme une vie lointaine qui ne lui appartenait plus, que cette nouvelle humanité dont il aurait été un organisateur n’avait pas eu besoin de lui pour s’établir, elle était là, devant ses yeux, il y avait trouvé une place, il en était heureux. Chaque soir, une fois rejoint la salle commune où dormaient les hommes célibataires, il voyait s’éparpiller dans son esprit les pièces du puzzle de son ancienne vie et alors qu’il craignait intensément cette idée d’une disparition existentielle, une perte de sens, une dilution morbide dans une continuité morne, il réalisait avec bonheur que ses journées dans le centre le comblaient au-delà de toutes projections. Un basculement. Il avait bien conscience que Nancy jouait un rôle prépondérant dans cette sérénité joyeuse. Il s’amusait en lui-même de cette frivolité juvénile, de ce pétillement interne, cette chaleur en lui quand elle l’invitait à travers le camp, pour une activité précise ou juste pour s’asseoir sur un banc, au bord de la baie.

« On pourrait penser que la nature ne peut agir contre elle-même et pourtant le comportement des humains depuis bien longtemps est contre-nature puisqu’il contribue à porter atteinte à cette nature elle-même. Est-ce que ça signifie que l’humain est un être dénaturé ? Ou est-ce que la nature est inhumaine dans le sens où elle ne peut être associée à l’humanité entière ? »

Elle le regarda en souriant. Le ciel gris plombait les eaux de la baie d’une lourde tristesse, comme un monde éteint à tout jamais et les vents tournoyants ne plaidaient aucunement à une contemplation prolongée. Et Joachim rayonnait intérieurement.

« Une nature inhumaine, j’aime beaucoup la tournure, répondit-il. Les humains qui accusent la nature dans le cas des catastrophes et qui omettent que rien dans ces situations ne relèvent d’une quelconque volonté, d’une intention, d’un projet, d’un objectif. Pour être coupable, il faut être conscient de ses actes. La nature est neutre alors que l’humain est conscient. Il sait ce qu’il fait même s’il est souvent incapable d’identifier les conséquences de ses actes. Donc, oui, l’humain s’est dénaturé, il s’est mis de côté.

-Ou au-dessus, intervint Nancy. Ce qui est encore bien pire. »

Ils s‘étaient levés lorsque le bateau de pêche de George était venu se ranger le long du quai et ils avaient aidé au déchargement des caisses de crabes.

« C’est impressionnant la vitesse avec laquelle les populations de crabes se sont multipliées depuis le début du bordel, lança le marin. Et même chose pour les poissons. Je laisse traîner cinq lignes et au bout de trois heures, je reviens avec dix-sept poissons. Cinq espèces différentes. Plus qu’à les saler. »

Depuis plus de dix ans, le centre avait développé un système de marais salants et la production était réputée pour sa qualité. La vente assurait un revenu en plus des séjours touristiques ou à visées scientifiques. George et Jack avaient même construit un fumoir cinq ans auparavant et la vente des poissons sur les marchés locaux s’était révélée fructueuse. Tout ce qu’il produisait était écoulé. Désormais, tout entrait dans les réserves alimentaires.

« Tout ce qui est contraire à la nature est contraire à la raison, énonça Nancy. C’est un texte de Spinoza. »

Ils avaient rejoint la salle commune du centre, une grande pièce toute lambrissée et au bout de laquelle trônait une belle cheminée. La chaleur des bûches attirait les résidents après les travaux du jour.

Nancy et Joachim étaient assis dans un canapé. Nancy avait couvert ses jambes avec un plaid. Joachim lui avait apporté un mug rempli d’eau chaude. Elle y avait versé un sachet de thé. Et devant la danse des flammes, elle reprenait le fil de ses idées.

« Alors, c’est que l’humanité est déraisonnable depuis bien longtemps, intervint Joachim.

-C’est évident. Mais j’en reviens dès lors à cette hypothèse selon laquelle l’humain n’est plus un être de nature, qu’il est une excroissance, une mutation, un virus, un extra-terrestre en fait. En tout cas, une entité qui par le truchement de son cortex s’est extirpé de son statut de nature. Dès lors qu’il porte atteinte à la nature et donc à lui-même, c’est qu’il ne raisonne plus et si sa raison le conduit à détruire la nature, c’est qu’il n’en fait plus partie. Il est devenu un être contre-nature. »

 

Hors sol et hors de raison.

Par Le 18/12/2025

594966525 1461015069357233 8649038791624777699 n

Il faut prendre conscience du désastre, prendre conscience que le comportement humain est "hors de raison" depuis très longtemps, beaucoup trop longtemps, que l'attitude de l'humain envers l'ensemble de la nature relève de la pathologie étant donné qu'il s'agit de porter atteinte à la vie en nous.

Les climatologues identifient le début des problèmes du dérèglement climatique à l'entrée dans l'ère industrielle, à la découverte et à l'usage des énergies fossiles. Mais, non, en fait, c'est bien avant ça. Les énergies fossiles n'ont été que la conséquence, que la continuité d'une attitude néfaste bien plus ancienne. Je ne chercherai pas à en situer l'émergence. Est-ce que c'est possible d'ailleurs ? Est-ce que ça n'est pas propre à l'humain ? Ne sommes-nous pas en tant qu'espèce "évoluée" destinés à détériorer un mécanisme naturel parfaitement conçu ?

Car si nous établissons un état des lieux en prenant comme point de départ l'an 1000, juste pour donner une date précise, il est évident et indéniable que l'humanité ne peut être considéré autrement que comme un fléau. Au point qu'aujourd'hui, elle met en péril la pérénnité de la vie sur Terre.

J'entends déjà brailler ceux qui diront que la vie ne disparaîtra pas, que c'est l'humanité qui se condamne, que la nature saura se prolonger etc... Mais faut-il donc rappeler sans cesse que l'humanité par son activité a déjà fait disparaître de la terre des espèces entières et qu'elle contribue chaque jour, à chaque heure, à chaque instant à la mort de millions d'animaux, que les océans ne fonctionnent plus normalement, que l'atmosphère est atteinte, que l'eau est polluée, que les sols sont considérablement impactés etc etc... Que la terre nous survive, oui, bien évidemment, le globe tournera toujours mais qu'en sera-t-il de la vie à sa surface ?

Tout ce qui est contraire à la nature est contraire à la raison et nous sommes déraisonnables, condamnés même par notre hégémonie à un comportement de serial killer. 

En ce moment les éleveurs se battent pour préserver leurs animaux, qu'ils ne soient pas abattus sur ordre du gouvernement. Des bêtes qui sont condamnés à l'abattoir pour nourrir grassement des populations qui n'ont pourtant aucunement besoin de viande. Je n'en mange plus depuis vingt ans. Mes prises de sang sont excellentes. Je fais bien plus de sport que beaucoup d'hommes de mon âge. Alors, non, je n'arrive pas à prendre partie pour les éleveurs. Par contre, je comprends parfaitement leur détresse dès lors que c'est leur moyen de subsistance et qu'ils ne roulent pas sur l'or malgré un labeur très dur. Je comprends leur colère mais sur le fond, je ne peux pas défendre leur mode de subsistance. Qu'ils contestent le mercorur, ok, très bien, je suis solidaire de ça parce que les viandes qui viendront du Brésil seront gavés de produits interdits en France. Et qu'il est effectivement possible que l'UE "sacrifie" l'agriculture européenne pour favoriser celle de pays moins "exigeants" en échange de voitures européennes ou d'autres produits. Je n'en sais rien, je l'ai lu, je n'ai aucune preuve et je n'en cherche pas. Je n'ai confiance en rien dès lors que les décisions sont prises à des niveaux politiques qui sont bien trop éloignés de ma vie pour que je puisse m'y opposer. Van der Leyen comme tous les grands pontes de l'UE se contrfichent totalement de ce que je pense, comme ils se fichent des agriculteurs français. Nous ne sommes rien d'autre que des consommateurs. Nous n'existons qu'au regard de notre pouvoir d'achat et de notre carte d'électeur.

Par contre, pour ce qui est de la souffrance animale, des vaches, des cochons, des lapins, des poulets, des canards, des poussins broyés, des poissons d'élevage, je pourrai par exemple poster ici les vidéos du dernier abattoir visé par L214 et dans lesquelles les animaux sont tués dans des conditions effroyables. Hors de raison.

L'élevage n'est qu'un problème parmi des centaines d'autres. Nous avons porté atteinte à la vie depuis bien trop longtemps.

Nous sommes, en tant qu'espèce, hors sol et hors de raison.

Et ça ne pourra pas durer éternellement.

Un shoot d'endorphines

Par Le 15/12/2025

Je sais bien que ça n'est pas recommandé de courir avec une sténose, trois hernies, des crampes liées à la dégénérescence des nerfs.

Marche et petit trot

18,66 km

3:01:02

9:42 /km

Dénivelé positif

703 m

Temps écoulé

3:05:04

 

 

Oui, le parcours était rude, montées, descentes, montées, descentes, dix-huit kilomètres, 700 mètres de dénivelée, trois heures à trottiner, toutes les montées en poussant avec les bâtons, en appui à chaque foulée dans les descentes. J'ai toujours mes bâtons de randonnée parce que les dégâts neurologiques font que mes chevilles se tordent facilement, trop facilement. Je cours avec des chaussures montantes qui serrent la malléole. Elles sont plus lourdes que des chaussures de trail classiques mais je n'ai pas le choix. Une entorse au fin fond d'une gorge, seul, à des kilomètres d'une route fréquentée, je n'ai pas envie de tester.

Donc, je cours. Pas vite mais je tiens le rythme qui me convient. Et là, aujourd'hui, je finissais par une montée de deux kilomètres, avec des portions bien raides, dans la caillasse.

J'avais les écouteurs dans les oreilles, comme toujours et j'ai bien senti arriver le moment du "shoot", quand les endorphines prennent la relève, qu'elles deviennent le carburant alors que les muscles sont durs.

"Les endorphines sont des neurotransmetteurs produits naturellement par le corps, agissant comme des analgésiques naturels et procurant une sensation de bien-être."

Je ne veux pas arrêter. C'est ma drogue. Je ne fume pas, je ne bois pas, je cours. Là, ce soir, je suis cassé, je marche au ralenti, j'ai mal partout, les jambes, le dos, la nuque, je sais que cette nuit, les crampes seront sans doute plus violentes que d'habitude. Mais demain, ça ira.

Et il me reste en mémoire cette dernière montée, quand j'ai ri tout seul, juste pour ce plaisir qui ne se raconte pas, la puissance, la force, les appuis, la bave aux lèvres, les souffles, les yeux exorbités pour déceler les pièges, les pierres de travers, les ornières sous les feuilles, et la poussée des bâtons, la poussée des bâtons, les abdos serrés, ne rien lâcher, tenir, tenir et boire jusqu'à la lie les flots d'endorphines. J'avais dans les oreilles les battements de mon coeur comme une rythmique qui accompagnait la musique, boum, boum, boum, le sang qui gicle et parcourt les artères, l'oxygène nécessaire, c'est tellement insignifiant de se contenter de respirer calmement, c'est tellement insuffisant, il faut pousser la machine, arracher la viande, que ça brûle, que ça soit dur, que les muscles crient misère jusqu'à ce moment libérateur du shoot préhistorique, les endorphines qui ont permis à nos ancêtres de courir plus vite que les prédateurs.

Le seul prédateur qui me concerne aujourd'hui, c'est la vieillesse mais pour l'instant, je cours plus vite qu'elle. Je n'ai aucunement envie de me préserver, de marcher à l'économie, de viser le grand âge. Je l'ai déjà écrit ici : que mon coeur lâche d'un coup au milieu d'une crue d'endorphine me comblerait de bonheur.

Méditer dans son cercueil

Par Le 12/12/2025

Un exercice que je pratique régulièrement.

Le soir. Après avoir lu.

J'éteins, je suis allongé sur le dos, je place mes bras le long du corps. Si la température n'est pas suffisante, je laisse un drap sur moi mais si je ne risque pas d'avoir froid, je retire tout. L'idéal est d'avoir le moins de contact possible avec des éléments extérieurs.

Lumière éteinte, yeux fermés.

L'objectif est de se défaire des sensations corporelles, les points de contact du dos sur le matelas, le drap sur soi s'il est en place, de suspendre totalement les mouvements, jusqu'à la moindre vibration, de ne plus penser, de respirer avec la plus petite dépense d'énergie. Et de ne pas s'endormir.

L'idée est d'être comme mort en sachant pertinemment que c'est impossible. L'idée est de tout limiter, tout rappel à la vie. Puis, lorsque ce "vide" est instauré et malgré les soubresauts infimes qui peuvent survenir, cet orteil qui vient de frotter son voisin, ce point de l'omoplate droite qui gratte, ce gargouillis dans les intestins, il est temps d'engager la suite, la visualisation d'une boule lumineuse, une boule sans matière, juste une énergie condensée, elle a la taille d'un oeuf de poule mais avec la capacité à se réduire selon le lieu où elle se trouve. Cette boule va être guidée pa la pensée, juste une pensée, une volonté, un contrôle permanent, elle va circuler dans l'intégralité du corps, visiter les moindres recoins, des pieds à la tête. L'objectif est de conscientiser à travers cette énergie chaque point du corps, chaque zone, chaque ressenti en sachant que simultanément à cette énergie diffusée par cette boule d'énergie, le reste du corps est "éteint".

Faire en sorte que la vie rayonne dans un corps mort à travers un cheminement guidé.

Je peux vous assurer que les effets sont fascinants. Il m'est arrivé à de multiples reprises de pratiquer cet exercice avec une douleur précise, un point, un noeud, une irradiation, une contracture et m'apercevoir en me réveillant le lendemain que la boule d'énergie l'avait absorbé, effacé, dilué. 

Se préparer au pire

Par Le 12/12/2025

Bien évidemment que ça n'a rien de dépressif et c'est même un moyen extrêmement efficace de saisir pleinement le miracle d'être en vie. 

 

Apprendre à Vivre

Accueil

À propos

Contact

 

Blog

You are currently viewing Se préparer au pire, praemeditatio malorum

Se préparer au pire, praemeditatio malorum

Auteur/autrice de la publication :

Post published:16 juin 2019

Post category:Exercices spirituels / Stoïcisme

Post comments:0 commentaire

Les exercices spirituels des stoïciens sont une pratique mentale qui a pour but de nous aider à mieux vivre tous les jours. On les appelle des exercices car il faut s’entraîner à les faire pour récolter les fruits de leurs effets sur notre santé et notre bien-être. Un des exercices les plus célèbres chez les stoïciens est le pré-exercice des maux (praemeditatio malorum). Il consiste à se projeter dans l’avenir avec pour but d’imaginer tout ce qui peut mal se passer afin d’être préparé au cas où le mal arrive.

À première vue, on dirait un exercice de dépressif et d’hyper-anxieux. Certains diront qu’ils pensent déjà au pire naturellement, et que cela ne fait que les rendre encore plus anxieux. Mais le but de l’exercice n’est pas de déprimer davantage. Ce n’est pas juste de visualiser la situation qu’on craint, et ce n’est certainement pas de penser ensuite qu’on est condamné et impuissant.

Car la situation que l’on craint ne va peut-être pas arriver et les stoïciens diront qu’il ne faut pas souffrir du mal avant qu’il n’arrive. Et si jamais le mal arrive, le fait d’y avoir pensé permet déjà de ne pas être jeté dans l’inconnu car on aura au moins imaginé la situation au préalable, et cela permet aussi de réfléchir à l’avance à comment agir dans ces circonstances malheureuses et de ne pas être complètement sans ressources. En ayant fait l’exercice, on peut savoir ce qui est en notre contrôle et ce qui ne l’est pas, afin d’agir ce qu’il l’est et accepter ce qui ne l’est pas.

Voici ce que dit Pierre Hadot sur la pratique du praemeditatio malorum dans Qu’est-ce que la philosophie antique :

« En le pratiquant, le philosophe ne veut pas seulement amortir le choc de la réalité, mais il veut plutôt, en se pénétrant bien des principes fondamentaux du stoïcisme, restaurer en lui-même la tranquillité et la paix de l’âme. Il ne faut pas avoir peur de penser à l’avance aux événements que les autres hommes considèrent comme malheureux, il faut même y penser souvent, pour se dire, tout d’abord, que des maux futurs ne sont pas des maux, puisqu’ils ne sont pas présents, et surtout que les événements, comme la maladie, la pauvreté et la mort, que les autres hommes perçoivent comme des maux, ne sont pas des maux, puisqu’ils ne dépendent pas de nous et ne sont pas de l’ordre de la moralité.1 »

En vous projetant dans l’avenir et en déroulant toutes les conséquences que vous craignez, vous pouvez vous rendre compte que finalement même si cela arrive, vous pouvez garder votre calme et essayer de vous en sortir car il dépend de vous de réagir avec fermeté devant tout mal dans toute situation. Votre vision de vous-mêmes est que vous êtes capables d’être courageux, que vous avez la volonté de faire le meilleur possible, et que vous n’allez pas être déstabilisés aussi facilement car vous pouvez démontrer toute votre résolution face aux épreuves que les autres n’arrivent pas à surmonter. Le stoïcisme est une construction de soi, et on ne construit pas des châteaux de sable mais des forteresses et des citadelles.

1 Pierre Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique ? Les écoles hellénistiques, le stoïcisme.

La nature côtée en bourse

Par Le 10/12/2025

Cet article date de 2022 et il est depuis rangé dans mes archives. De temps en temps, je relance des recherches pour voir si d'autres articles seraient sortis entre-temps. Car l'idée doit plaire sur les marchés financiers et donc, il s'agit de rester en veille...Je rappelle que les financiers ont bien réussi à instaurer les crédits-carbone, système qui a abouti à un fameux scandale. Je vous laisse chercher, tout est sur le net. 

"Car c’est de notre capacité à imposer une vision anti-utilitariste de la nature que dépendra au final notre survie."

Accueil Opinions Cartes blanches

La nature bientôt cotée en Bourse?

 

Face au déclin alarmant de la faune et de la flore, l’Union européenne s’est déclarée résolue à protéger et restaurer la biodiversité d’ici à 2030. Mais, au cœur de sa stratégie, se trouve un projet extrêmement inquiétant : la possible création de marchés sur la destruction de l’environnement. Une mesure qui aboutirait, ni plus ni moins, à la financiarisation de la nature.

PHOTONEWS_10925786-031

Photonews

Image auteur par défaut

Carte blanche -

Par Philippe Lamberts, coprésident du Groupe des Verts/ALE au Parlement européen; Marie Toussaint, eurodéputée EELV et membre de la Commission de l’environnement; Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme

Publié le 8/12/2022 à 17:00 Temps de lecture: 6 min

La finance ne connaît aucune frontière. Après avoir étendu son emprise à l’ensemble du champ économique et social, elle s’apprête à conquérir un nouvel eldorado : la nature.

Sous l’impulsion notamment de la Commission européenne, la création de marchés sur la destruction de l’environnement pourrait en effet être promue à l’issue de la COP15 de la biodiversité de Montréal, qui s’est ouverte ce mercredi 7 décembre.

Dans un futur proche, donc, les entreprises pourraient avoir la possibilité d’acheter et de vendre en bourse de véritables « permis de détruire » la nature. Concrètement, au lieu d’arrêter la destruction de la nature, ces instruments financiers donneraient à leur détenteur le droit de causer des dommages à la biodiversité dans un lieu donné car ceux-ci seraient « compensés » par la conservation ou la restauration d’un écosystème de « valeur » équivalente ailleurs.

Ces futurs marchés sur la destruction de la nature reposent pourtant sur une double fiction, qui rend leur utilité plus que douteuse.

Illusion de substituabilité

La première est l’idée qu’il serait possible de « compenser » la destruction de biodiversité. Selon cette approche, une entreprise souhaitant, par exemple, construire un aéroport en Espagne à un endroit où se trouve un habitat de flamants roses pourrait en compenser la destruction en plantant des arbres en Roumanie. Or, les écosystèmes ne sont pas substituables : il ne suffit pas de recréer des milieux artificiels pour compenser la destruction de milieux naturels. La biodiversité est en effet une réalité biophysique unique et complexe. Et, à supposer même que les restaurations envisagées soient jugées équivalentes, d’autres problèmes se posent. Tout d’abord, si les dégâts causés sont immédiats et irrémédiables, les restaurations sont par essence progressives et bien souvent temporaires. On ne compte d’ailleurs plus les projets de compensation carbone (boisement, reboisement, etc.) qui sont déjà partis en fumée ces dernières années sous l’effet du changement climatique.

En outre, ces futurs marchés financiers sur la nature poseraient un véritable problème de justice : en suscitant une forte demande pour de vastes espaces naturels destinés à accueillir des projets de compensation biodiversité, ils donneraient lieu à des accaparements de terres et à des expulsions de peuples autochtones et communautés locales. Sans parler du risque de flambée des prix alimentaires mondiaux qui en résulterait, compte tenu de la concurrence accrue pour les terres arables et l’eau.

Marchandisation du vivant

La seconde fiction sur laquelle reposent ces nouveaux marchés est l’idée qu’il est possible de mettre un prix sur la nature. À l’opposé de la logique des écosystèmes, cette approche purement financière s’attache à découper la nature en différents services environnementaux indépendants (tels que la pollinisation, l’épuration des eaux, la protection contre les inondations, etc.), qui peuvent être quantifiables et monnayables. La valorisation monétaire de la nature est en effet un préalable à la compensation : pour pouvoir neutraliser les pertes en biodiversité via des actions de restauration d’une « valeur » équivalente, il est nécessaire de décomposer la nature en unités comparables et échangeables.

Dans un rapport publié en juin 2021, la Commission européenne a ainsi évalué la valeur totale des dix principaux services environnementaux en Europe à 234 milliards d’euros pour l’année 2019. Soit un montant équivalent aux revenus générés chaque mois par l’industrie pétrolière et gazière au niveau mondial. Ce qui démontre l’absurdité d’un tel exercice. En réalité, la nature n’a tout simplement pas de prix, car elle est la condition même de la vie humaine sur Terre. Ce sens commun se heurte néanmoins à l’approche néolibérale de la biodiversité défendue par la Commission, selon laquelle tout doit être mesuré en « valeur de marché ». Elle transparaît notamment très clairement dans son récent projet visant à introduire de nouveaux comptes environnementaux sur les forêts et les écosystèmes dans les statistiques de l’UE.

À ces problèmes conceptuels intrinsèques aux futurs marchés sur la destruction de l’environnement s’ajoute la réalité des faits : dans les pays où des projets de compensation biodiversité ont déjà été mis en œuvre, les résultats sont très largement négatifs. En Australie, par exemple, un rapport du Nature Conservation Council a conclu que dans 75 % des cas, les compensations donnaient lieu à des résultats « pauvres » ou « désastreux » pour la vie sauvage et les terres non cultivées, avec 25 % seulement de résultats « adéquats ». Aucune n’a donné lieu à un résultat « bon » pour la nature. Ce même constat d’échec a été observé pour des projets similaires réalisés aux États-Unis et au Canada.

À tel point qu’aujourd’hui, la compensation biodiversité est devenue très difficile à « vendre » politiquement. C’est la raison pour laquelle la Commission européenne n’y fait plus directement référence dans ses propositions législatives. Elle l’a remplacé par un nouveau terme doté d’un grand capital sympathie : les « solutions fondées sur la nature ». Une pirouette discursive qui lui permet de pousser son agenda en faveur de la financiarisation de la nature, tout en contournant la vigilance citoyenne.

Réguler, interdire, protéger

Alors qu’une sixième vague d’extinction des espèces se dessine, nous ne pouvons pourtant plus nous permettre de privilégier des dispositifs de marché voués à l’échec. La compensation « à la découpe » prônée par la Commission n’est en réalité qu’une diversion visant à maintenir le statu quo, tout en créant de nouvelles opportunités de profits pour le secteur financier. Les scientifiques nous alertent sur l’importance d’une gestion durable des terres, fondée sur le maintien d’une biodiversité dans les sols leur permettant de remplir leurs fonctions dans le stockage du carbone et dans le cycle de l’eau : au lieu de cela, les projets de « compensation » ne sont qu’une continuation de la tendance à exploiter les terres en vue d’objectifs économiques, pour en rentabiliser l’usage autant que possible, aux dépens des communautés locales.

Le déclin massif de la biodiversité appelle à protéger l’existant, plutôt que de recréer artificiellement la nature. D’où la nécessité de revenir à des politiques environnementales traditionnelles et contraignantes : plus simples et moins coûteuses, elles ont déjà prouvé par le passé leur efficacité, que ce soit l’interdiction des gaz aérosols pour stopper le trou dans la couche d’ozone, l’interdiction de l’amiante ou encore des pots catalytiques.

L’année qui vient sera donc cruciale. Car c’est de notre capacité à imposer une vision anti-utilitariste de la nature que dépendra au final notre survie.

Octobre rose

Par Le 09/12/2025

Une autre demande de dons qui m'interpelle, tous les ans. Evidemment que c'est hypocrite, évidemment que c'est commercial, évidemment que ça ne règle pas le problème à la source.

 

Reportage — Luttes 

https://reporterre.net/Bisounours-Des-malades-du-cancer-critiquent-Octobre-rose

« Bisounours ! » Des malades du cancer critiquent Octobre rose

«<small class="fine d-inline"> </small>Bisounours<small class="fine d-inline"> </small>!<small class="fine d-inline"> </small>» Des malades du cancer critiquent Octobre rose

Des membres du collectif Cancer Colère, postés devant un hôpital parisien, appelaient à politiser la campagne Octobre rose, jugée « bisounours ». Dans leur viseur, l’agro-industrie et ses pesticides cancérogènes.

Paris, reportage

Posté devant l’hôpital, il porte une casquette bleu nuit un poil trop grande, sous laquelle poussent à nouveau de fins cheveux un temps dérobés par la chimiothérapie. Les premiers éclats d’une renaissance : « Il est en rémission d’un cancer du cerveau », sourit sa mère en attrapant le tract que lui tend une dame.

En cette matinée d’octobre, le parvis de l’Institut Curie — centre hospitalier spécialisé en cancérologie du 5e arrondissement de Paris — s’est mué en forum. Cinq bénévoles du collectif Cancer Colère apostrophent les passants, d’abord un brin fuyant face à ce qu’ils imaginent être une énième prospection publicitaire.

Pour Cancer Colère, Thérèse sensibilise les passants au lien entre cancers et pesticides. © Mathieu Génon / Reporterre

« La dernière fois que j’ai mis un pied ici, c’était pour fermer le cercueil d’une de mes meilleures amies », confie Julie. Extirpant de son sac à dos un pavé de dépliants à distribuer, la militante décrit la démarche de cette opération éminemment politique : « La célèbre campagne de communication Octobre rose [contre le cancer du sein] est précieuse à bien des égards, mais regorge d’angles morts. Elle multiplie les injonctions culpabilisatrices, notamment à la féminité, et met uniquement l’accent sur les comportements individuels. Pas un mot n’est consacré aux causes structurelles du cancer. Nous devons briser ce silence. »

Pesticides : la colère monte

Destiné à sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la science, Octobre rose est né en 1985 aux États-Unis sous l’impulsion de l’association American Cancer Society et d’Imperial Chemical Industries, une société britannique. Cotée en bourse jusqu’à son rachat en 2008, cette entreprise aux milliards d’euros de chiffre d’affaires fabriquait certes un médicament contre cette maladie… mais surtout des produits chimiques et des insecticides.

Quatre décennies plus tard, la campagne automnale n’a rien perdu de son aspect commercial. Bien au contraire, elle est pour certaines entreprises un alibi béton pour s’assurer une image progressiste. En communiquant à gogo sur l’émoi que suscite le cancer chez elles, des marques l’utilisent comme véritable levier marketing.

Inès est l’une des bénévoles mobilisées ce jour. Une discrète ligne de maquillage permanent, esquissée sous ses sourcils, témoigne de l’épreuve affrontée ici même « il y a deux ans tout pile ». La trentenaire se remémore les intervenants venus lui dispenser des conseils pour soigner sa peau, fortement abîmée par la chimio. Une fois terminé le cours de make-up, un coffret rempli de produits cosmétiques lui avait été offert. « Pas un seul n’était bio… Seulement des marques comme L’Oréal. Et ça ne choquait personne. »

Et ce alors que les produits toxiques contenus dans les cosmétiques jouent un rôle dans l’apparition des cancers du sein.

Lire aussi : Des produits toxiques dissimulés dans les cosmétiques

La monotonie des injonctions médicamenteuses qu’elle affrontait en cette période a offert à Inès le terreau d’une colère, longtemps restée silencieuse : une obsession pour la responsabilité des pesticides et des perturbateurs endocriniens dans l’apparition de cancers.

Deux ans plus tard, le déclic lui est venu d’une vidéo. Celle dans laquelle Fleur Breteau, perchée sur un balcon de l’Assemblée nationale, hurlait aux députés de droite et d’extrême droite : « Vous êtes les alliés du cancer, et nous le ferons savoir. » La bénévole poursuit : « À ce moment-là, j’ai su que je voulais en être. »

© Mathieu Génon / Reporterre

Face à la viralité de cette séquence, intervenue le jour de l’adoption de la loi Duplomb au Parlement, Fleur Breteau est devenue le visage d’une révolte. En quelques mois, son collectif s’est structuré en une constellation d’antennes locales aux plus de 450 têtes pensantes.

Lire aussi : Des produits toxiques dissimulés dans les cosmétiques

Des malades, et ex-malades, fatigués que seuls le tabagisme et l’alcoolisme soient jugés coupables alors même que les études scientifiques montrant la corrélation entre les cancers et exposition aux pesticides se multiplient. [1] Fatigués que les lobbies et les politiques continuent de cultiver la fabrique du doute pour préserver les intérêts de l’agrochimie.

6 milliards d’euros versés par l’Assurance maladie

En 2021, près de 6 milliards d’euros ont été versés par l’Assurance maladie aux sociétés privées fabriquant des médicaments contre le cancer — et bien souvent, en parallèle, des pesticides et produits chimiques. C’est le cas de Bayer qui commercialise des substances comme le Larotrectinib — une molécule utilisée dans le traitement contre le cancer de la thyroïde par exemple — et dont la filiale Monsanto produit du Round-up, contenant du glyphosate.

« Ce coût [déboursé par l’Assurance maladie] a doublé en quatre ans et augmente de 20 % chaque année, détaille le tract que Thérèse brandit aux passants. L’épidémie explose et les laboratoires imposent des prix exorbitants pour leurs anticancéreux. »

« Les laboratoires imposent des prix exorbitants pour leurs anticancéreux »

Psychologue de profession, cette bénévole a adopté une stratégie bien à elle pour convaincre les inconnus de l’écouter… Les poursuivre, où qu’ils aillent. Tout sourire, elle détaille les combats de Cancer Colère, aborde le scandale du chlordécone et ponctue ses conversations d’un appel au soutien : « Suivez-nous sur Instagram, ce sera déjà un sacré coup de pouce. » Comme Marianne et Inès, elle aussi a eu un cancer. « Du rein, précise-t-elle sans épiloguer. Je m’en suis bien sortie. »

Épandage à l’hélicoptère

Un pin’s à l’effigie du collectif accroché au gilet, Marianne, ancienne professeure d’arts plastiques, interpelle une coquette septuagénaire prête à s’engouffrer dans l’institut. « Le cancer ? Oui, je ne le connais que trop bien malheureusement », lui rétorque cette dénommée Brigitte. Fille d’un éleveur de vaches de Bourgogne, elle énumère ses proches emportés par la maladie. Son père et son grand-père ont succombé au cancer de la prostate. Son cousin céréalier, au cancer du rectum. « Je le vois encore survoler ses champs en hélicoptère pour balancer des cochonneries. L’épandage n’avait aucune limite, regrette cette infirmière retraitée. C’était hallucinant. »

Sa sœur et elle ont aussi eu un cancer du sein. « J’avais 35 ans et venais d’accoucher de mon troisième enfant, poursuit Brigitte. J’ai dû arrêter mon travail. » Une fois achevée la mastectomie, elle a dû changer à plusieurs reprises de prothèse. Traité en 1982, son cancer la poursuit encore aujourd’hui.

« Le plus difficile, c’est cet inconnu, abonde Inès. Mon oncologue m’a prévenu que les risques de récidives demeureraient toute ma vie. Comment avancer paisiblement en sachant que cette épée de Damoclès plane au-dessus de votre tête ? »

Le nombre de cancers chez les moins de 50 ans a bondi de 80 % en trente ans. © Mathieu Génon / Reporterre

À ses yeux, la campagne Octobre rose revêt en ce sens un aspect « bisounours » : « Le cancer du sein est évoqué comme un petit cancer. Non, c’est le cancer le plus meurtrier chez les femmes. » Et lorsqu’il ne tue pas, il pousse parfois les victimes au divorce, au licenciement ou à l’abandon de projets. Débarrassée depuis deux ans de la tumeur, la militante est toujours sous traitement. Des piqûres et des comprimés annihilant ses hormones, jusqu’à placer son corps en ménopause. « Résultat : j’ai dû renoncer pour l’heure à avoir un enfant », déplore-t-elle.

Un « tsunami » de cancers

« Personne ne se sent vraiment concerné par le cancer, avant d’avoir rendez-vous chez l’oncologue, poursuit Inès. Lorsque le mien m’a été diagnostiqué, un immeuble m’est tombé sur la tête. Pour moi, ça n’arrivait qu’aux autres. »

Dans une enquête publiée en mars, Le Monde dévoilait que le nombre de nouveaux cas de cancers chez les moins de 50 ans avait bondi de près de 80 % en moins de trente ans. Les tumeurs digestives et du sein sont les plus concernées par ce que certains chercheurs qualifient déjà d’« épidémie ». Un mois plus tôt, le Pr Fabrice Barlesi, directeur général de l’Institut Gustave Roussy, appelait même à se préparer à « un tsunami » de cancers chez les jeunes. « Ce n’est plus juste la faute à pas de chance », dit Marianne.

En 2022, plus de 164 000 personnes sont mortes du cancer en France. © Mathieu Génon / Reporterre

La bouille débordante d’entrain, Candice contorsionne sa poupée sous l’œil amusé d’un taxi. Il y a un an, un rétinoblastome — tumeur cancéreuse intraoculaire — a été diagnostiqué à la fillette qui soufflera en janvier sa deuxième bougie. « J’ai aperçu un reflet blanchâtre dans sa pupille, témoigne Ingrid, sa mère. Le même que l’on observe chez les chats la nuit. » Dès le lendemain, un pédiatre l’invitait à sauter dans un avion en direction de Paris pour procéder aux analyses. « Nous avons multiplié les allers-retours entre ici et La Réunion le temps du traitement. Et par bonheur, son œil a pu être sauvé. »

Enfouissant le tract de Cancer Colère dans une pochette de la poussette, Ingrid salue les bénévoles et disparaît. Comme pour bien des passants croisés ce jour-là, la polémique entourant la loi Duplomb et le rôle des pesticides dans l’émergence de cancers ne lui étaient guère familiers.

« À force de sensibilisation, ces sujets seront incorporés dans le débat public », espère Thérèse. À la nuit tombée, une autre équipe du collectif s’en ira d’ailleurs placarder les murs de la ville d’affiches appelant à briser le silence.

On ne va pas vous le cacher : à Reporterre, on est inquiets.
Les gouvernements se succèdent, la confiance s’effrite, le débat public se polarise : tout semble instable.
Le vent peut tourner très vite. Et quand l’extrême droite arrive au pouvoir, les médias indépendants en sortent rarement indemnes.

Mais au milieu de la tempête, Reporterre garde le cap.
Nous refusons de céder au sensationnalisme, à la panique et aux raccourcis.
Chaque jour, nous enquêtons, nous expliquons, nous documentons avec une ligne claire : informer plutôt qu’enflammer les esprits.

Chez Reporterre, il n’y a ni actionnaire, ni propriétaire milliardaire : le média est à but non lucratif. Nous sommes financés à 98% par 1,6% de nos lectrices et lecteurs.

Concrètement, ça veut dire que :

Personne ne modifie ce que nous publions.

Nous ne cherchons pas à capter votre attention mais à traiter les sujets qui méritent votre attention.

Nous pouvons laisser tous nos articles en accès libre pour toutes et tous, sans conditions de ressources.

Il n’y a pas d’action collective sans information libre.
Et c’est grâce à vous qu’elle peut exister.

Des entreprises engagées

Par Le 08/12/2025

Bien évidemment que les grandes entreprises ont les moyens de financer des mouvements oeuvrant pour la planète et donc pour l'humanité, tout comme elles peuvent le faire pour la recherche médicale.

1 % par an ne les met pas en danger. On peut même imaginer que ces 1 % seraient inscrits dans une rotation sectorielle de la protection de la nature à la protection de l'humanité. Les missions à mener sont si nombreuses qu'elles ne sont justement pas dénombrables, malheureusement. Imaginons 1% des revenus de Total, LVMH, la sphère Bolloré, Hermès, regardez l'évolution des cours de bourse de ces entreprises... N'ont-elles pas les moyens de subvenir annuellement aux besoins de la recherche médicale par une donation de 1 % ?... Le Téléthon ne devrait pas exister, tout comme les Restos du coeur. Ils existent parce que les individus lambda ont encore en eux la notion de solidarité, d'empathie, de compassion, d'humanité. 

S’engager pour le vivant
et pour la Planète.

Les entreprises membres 1% for the Planet s’engagent à reverser 1% de leur chiffre d’affaires annuel directement aux associations agréées de leur choix.

Nous facilitons leurs choix philanthropiques en les mettant en relation avec les organisations qui leur correspondent.

Et nous vérifions chaque année que la promesse est bien tenue.

Tous ensemble pour la Planète.

 

https://www.onepercentfortheplanet.fr/

 

1 % for the Planet France est un fonds de dotation français, affilié au mouvement international 1% for the Planet, qui encourage les entreprises à reverser 1 % de leur chiffre d'affaires à des associations oeuvrant pour la protection de l'environnement. Créé en 2014[2], il constitue la première structure du réseau en dehors de l'Amérique du Nord.

Origines du mouvement

Le mouvement[3] 1% for the Planet a été fondé en 2002 par deux entrepreneurs américains : Yvon Chouinard, fondateur de Patagonia, et Craig Mathews, créateur de Blue Ribbon Flies. Souhaitant systématiser leur engagement en faveur de la nature, ils ont décidé que leurs entreprises reverseraient 1% de leur chiffre d'affaires annuel à des causes environnementales. Leur initiative a donné naissance à un réseau mondial d'entreprises engagées dans la philanthropie environnementale.

En 2024, le mouvement comptait plus de 4 800 entreprises membres dans plus de 110 pays.

Création de la structure française

En 2014[2], face à la dynamique croissante en France, l'organisation décide de créer un fonds de dotation local. 1 % for the Planet France devient ainsi la première antenne hors Amérique du Nord du réseau. Son siège situé à Bluffy, en Haute-Savoie, et une antenne complémentaire est ouverte à Paris depuis 2022. Le réseau français regroupe plus de 1 100 entreprises membres réparties sur l'ensemble du territoire.

Fonctionnement

Les entreprises membres du collectif s’engagent à reverser 1 % de leur chiffre d'affaires annuel à des associations agréées. Environ 70 % des dons sont versés directement aux associations, tandis que le reste peut transiter par le fonds de dotation. Des contrôles sont effectués chaque année afin de vérifier la conformité des engagements.

L'équipe 1% for the Planet France, dirigée par Isabelle Susini [archive], est composée de professionnels de la philanthropie, de la communication, du développement commercial et de la gestion de projets environnementaux. Un conseil d'administration [archive] composé de personnalités issues du réseau mondial et local encadre l'organisation.

Mission

La protection de l’environnement reste encore marginale dans le domaine de la philanthropie, ne représentant qu’environ 3 % des montants issus du mécénat aux États-Unis et 7 % en France.

Pourtant, les enjeux environnementaux sont considérables. La mission de 1% for the Planet France est de favoriser le développement de la philanthropie environnementale et de renforcer l’impact des actions menées par les associations œuvrant pour la protection de l’environnement, en facilitant notamment leur accès aux financements.

Face aux dérèglements climatiques visibles, à la fragilisation des systèmes alimentaires, à la dégradation des milieux naturels ou encore à la raréfaction des ressources en eau, le modèle proposé par 1% for the Planet se veut simple et accessible, avec pour objectif de permettre une action concrète face à ces défis.

Impact : des actions concrètes, un changement global

Depuis sa création, 1% for the Planet prouve qu’un modèle simple peut produire des effets puissants : celui de rassembler des entreprises pour financer des solutions concrètes à la crise environnementale. Grâce à ce mouvement, plus de 728 millions de dollars ont déjà été reversés à des associations environnementales partout dans le monde.

Ce financement a un impact direct sur le terrain :

Des lois ont été modifiées ou empêchées grâce à la mobilisation d’associations.

Des écosystèmes et des espèces menacées ont été protégés.

Des communautés locales ont pu renforcer leur résilience face aux dérèglements climatiques.

Ces avancées sont rendues possibles par des acteurs de terrain convaincus et compétents. Les associations soutenues par 1% for the Planet sont des expertes des enjeux écologiques et mènent des actions ciblées, au plus près des causes des déséquilibres.

En France, l’impact est tout aussi significatif.

Depuis 2004, 74,5 millions d’euros ont été mobilisés au profit de plus de 853 associations agréées [archive] qui agissent pour la préservation de la nature, la transition écologique, la justice environnementale ou la régénération des écosystèmes.

Aujourd’hui, plus de 1122 membres français [archive] s’engagent chaque année à reverser 1 % de leur chiffre d’affaires pour soutenir ces actions. Cela représente 14 millions d’euros par an pour la France à elle seule, sur près de 100 millions à l’échelle mondiale.

Ce 1 % symbolique mais significatif est une preuve d’engagement fort, qui donne naissance à un impact durable, visible et mesurable.

L'impact ne se limite pas à l'aspect financier. Les événements permettent aux entreprises mécènes et aux associations de se rencontrer et de co-créer des projets. De nombreuses collaborations fructueuses voient le jour, telles que celle entre l'association ASPAS et l'entreprise Nümorning [archive], ou entre l'association Water Family et l'entreprise SRDI [archive], parmi d'autres. Ces partenariats et leurs retours d'expérience enrichissent les moments-clés du collectif.

Une démarche simple, transparente et à impact

Un engagement concret pour la planète

Adhérer à 1% for the Planet, c’est bien plus qu’un soutien financier : c’est un engagement à reverser 1 % de son chiffre d’affaires annuel à des associations environnementales agréées, tout en s’impliquant activement dans la transition écologique. Ce modèle simple et transparent permet de soutenir des actions concrètes en faveur du climat, de la biodiversité, de la préservation des ressources naturelles et d’une transition écologique juste.

Soutenir des causes qui ont du sens

Les membres du collectif ont la possibilité de choisir les causes et les projets qu’ils souhaitent soutenir, en fonction de leurs valeurs et de leur ancrage territorial. Ce fléchage permet de redonner du sens à l’impôt, en orientant une partie de ses ressources vers des initiatives environnementales locales ou internationales.

Mobiliser ses équipes autour d’un engagement partagé

Rejoindre 1% for the Planet permet également d’impliquer ses collaborateurs, notamment via du mécénat, dans une démarche porteuse de sens. L’adhésion devient ainsi un levier d’engagement interne, en cohérence avec la raison d’être ou les valeurs de l’entreprise.

Accéder à une communauté active et engagée

Les membres sont invités à participer à des événements tout au long de l’année (cafés, afterworks, webinaires… [archive]), favorisant les échanges, la montée en compétences et les synergies entre acteurs engagés. L’événement phare du collectif, les Rencontres pour la Planète [archive], a lieu chaque année début octobre. Pendant deux jours, des associations environnementales présentent leurs projets directement devant des mécènes, dans une logique de mise en relation et de financement direct. C’est un temps fort de la communauté, propice à la rencontre, à l’inspiration et à la création de liens durables.

Un mouvement mondial, un impact global

Intégrer le collectif 1% for the Planet, c’est rejoindre un mouvement mondial d’entreprises et d’individus déterminés à avoir un impact positif pour la planète. C’est aussi renforcer la crédibilité et la transparence de son engagement environnemental grâce à un modèle reconnu, efficace et accessible.

Modalités d'adhésion

Pour rejoindre le collectif 1% for the Planet France, les entreprises suivent un processus en trois étapes :

Définir un plan philanthropique : il s’agit pour l’entreprise d’évaluer son engagement actuel ou de construire une première démarche de mécénat, en lien avec ses valeurs et ses capacités financières.

Choisir le périmètre d’engagement : l’entreprise décide si l’engagement du 1 % de son chiffre d’affaires concerne l’ensemble de sa structure, une marque spécifique ou une gamme de produits.

Compléter le formulaire d’adhésion : une inscription en ligne est à effectuer, suivie de la signature d’une lettre d’engagement et du règlement d’une contribution annuelle, incluse dans le calcul du 1 %. Cette contribution, appelée « proportion minimale », est due dès l’entrée dans le collectif. Elle permet notamment de soutenir les actions de l’organisation et le développement du réseau.

Une fois membre, l’entreprise peut répartir ses dons sur l’année et bénéficier des avantages liés à son engagement, tels que des réductions fiscales, une visibilité renforcée ou encore la participation à des événements du réseau.

L’ensemble des modalités de versement, des délais de dons et du calcul du 1 % est détaillé sur le site de l’organisation.

Voir aussi

Site officiel de 1% for the Planet France [archive]

Les entreprises et associations du collectif [archive]

Les belles histoires de nos membres et associations [archive]

Rejoindre le collectif [archive]

L'effondrement de l'éducation nationale

Par Le 07/12/2025

Je viens de recevoir une notification pour un commentaire posté à la suite du mien. Le mien date de deux ans, je l'avais oublié. Bon, bien évidemment, depuis ce temps, rien ne s'est arrangé. Et croire que ça va aller mieux dans les années à venir est juste risible. Si tant est que ça soit drôle...

L'imposition des milliardaires

Par Le 07/12/2025

 

Si par hasard des lecteurs, lectrices ont trouvé déplacé le texte sur le Téléthon, je les invite à regarder l'émission de cash investigations sur Bernard Arnault, un milliardaire parmi d'autres. Personnellement, c'est ça que je trouve déplacé et j'en veux à l'état qui laisse ce système de "non imposition" en place et j'en veux à tous les avocats fiscalistes et aux milliardaires et à tous ceux ou celles qui truandent le pays et vivent avec des fortunes que nous n'arrivons même pas à imaginer. Tant mieux si l'argent récolté par le Téléthon permet de faire avancer la médecine et de sauver des vies, bien évidemment, mais dans un pays fiscalement juste, ces soirées de dons ne seraient pas nécessaires. 

 

Enquête France 2

"Les impôts finalement acquittés sont très faibles par rapport aux revenus totaux" : "Cash Investigation" a eu accès aux données fiscales de Bernard Arnault

Publié le 04/12/2025 09:38 Mis à jour le 04/12/2025 14:30

Temps de lecture : 4min - vidéo : 3min

Article rédigé par France 2

France Télévisions

Bernard Arnault est-il un contribuable comme les autres ? "Cash Investigation" a pu consulter le montant de l’impôt payé en 2023 par le milliardaire à la tête de LVMH. Les holdings qui abritent sa fortune lui permettent de payer moins d'impôt. Une enquête à voir dans "Cash Investigation" le 4 décembre 2025, sur France 2.

Après des mois d'enquête, "Cash Investigation" a fini par mettre la main sur les données fiscales de Bernard Arnault. Comme cette information est couverte par le secret fiscal, le magazine ne révélera pas le montant exact de cet impôt payé personnellement, mais a choisi, pour donner des ordres de grandeur, de réaliser une démonstration à l’aide de perles, dont chacune vaut 100 000 euros. Elles seront versées dans trois différentes boîtes — respectivement nommées "holdings", "revenus" et "impôts".

À lire aussi : Vidéo

"Cash Investigation" : comment Bernard Arnault a posé les premières pierres de son empire avec des centaines de millions d'euros d'argent public

Le salaire que déclare Bernard Arnault est de quelques millions d’euros chaque année. Mais ce n’est qu’une partie infime de ses revenus. Ils sont surtout composés des dividendes touchés en tant qu’actionnaire principal de LVMH. Selon les calculs de "Cash Investigation", la famille Arnault a touché, en 2023, 3,17 milliards d'euros de dividendes qui sont remontés dans les holdings familiales. Ce sont ces holdings qui abritent l’immense majorité de leur fortune, c’est-à-dire les millions d’actions LVMH que Bernard Arnault possède avec ses cinq enfants. Selon Le Monde, le milliardaire leur a déjà transmis une majorité de ses parts. Mais jusqu'à sa mort, c'est lui qui en garde les bénéfices et en touche les dividendes.

Si les dividendes demeurent dans les holdings que détient le milliardaire, elles sont très peu taxées : seulement à hauteur de 1,25%. Bernard Arnault laisse la grande majorité de ses dividendes dans ses holdings faiblement taxées et n'en place qu'une infime partie sur son compte bancaire. Cette petite partie sera taxée à hauteur de 30%, c'est la flat tax.

"Le taux d'impôt des milliardaires est vraiment beaucoup plus faible que ce qu'il serait s'ils jouaient les règles du jeu fiscal "

Selon l'économiste Lucas Chancel, professeur à Sciences Po, qui codirige également le Laboratoire sur les inégalités mondiales de l'Ecole d'économie de Paris, le milliardaire n'a aucune raison de sortir ses milliards de dividendes de ses holdings : "L'enjeu, c'est quoi ? C'est avoir un revenu pour financer un train de vie, une consommation, explique-t-il. Mais une fois qu'on a sorti 30 millions d'euros d'une holding, on a un train de vie qui est quand même déjà assez exceptionnel. On ne va pas avoir besoin de se verser 1 milliard, ou 2 milliards, sur un compte bancaire chaque année. On peut laisser le reste dans la holding. Et donc, c'est cela qui va vraiment permettre aux détenteurs des holdings d'optimiser leur impôt."

Concernant le salaire annuel déclaré par Bernard Arnault en 2023 à l'administration fiscale, il est de plusieurs millions d’euros. Là, c’est le taux d'impôt marginal de 45% qui s’applique. Les perles dorées sont ensuite versées dans la boîte "impôts" et l'on peut alors visualiser la totalité des impôts payés par Bernard Arnault et ses holdings, comparée à ce qu’il a gagné en 2023.

Qu'en conclut Lucas Chancel ? "Eh bien, que les impôts finalement acquittés sont très faibles par rapport aux revenus totaux. Les chercheurs qui s'intéressent à ces questions ont démontré depuis de nombreuses années que le taux d'impôt des milliardaires, et des centi-millionnaires, est vraiment très faible, beaucoup plus faible que ce qu'il serait s'ils jouaient les règles du jeu fiscal comme le commun des mortels." La démonstration fiscale de "Cash Investigation" ne s'arrête pas là, la suite est à découvrir ce soir, à 21h10 sur France 2.

Depuis des mois, "Cash Investigation" a sollicité LVMH à de nombreuses reprises, en vain. L’équipe a envoyé au groupe de luxe un mail avec de nombreuses questions, auxquelles LVMH n’a pas répondu.

Extrait de "Bernard Arnault, ombre et lumière d’un empire(Nouvelle fenêtre)", une enquête de Mathieu Robert à voir dans "Cash Investigation" le 4 décembre 2025.

> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo, rubrique "Les émissions(Nouvelle fenêtre)".

Telethon

Par Le 06/12/2025

J'espère bien que des gens ont été sauvés par la science et que les financements obtenus par le Telethon y ont contribué mais il n'en reste pas moins que c'est hallucinant que ça existe encore au regard des fortunes pharaoniques qui sont enregistrées en France et qui ne contribuent que très, très, très moyennement à l'imposition. Que l'état leur prenne 1 % par an pour le Telethon et ça dépassera très, très amplement les dons issus des individus lambda. 

 

Christophe Khider 

  ·

Suivi(e)

deoprStosn401860t014c42g23hl 7a3641fh0utcfm0hf69fm4f7l30m8f7  ·

France-Inter: " N'oubliez pas d'appeler le 36 37 et de participer au Téléthon afin de battre le record de 96 millions d'euros de dons et faire progresser la recherche...".

ahahaha non pardon: AHHAHAHAHHAHHAHAHAHHAHA !

Le Téléthon, cette étrange émission où pendant 30 heures, des artistes et des présentateurs TV grugeurs du Fisc se succèdent toutes les demi-heures afin de demander à des smicards, des RMistes ou des chômeurs de donner à des Lobbys Pharmas blindés à milliards afin d’aider la “ recherche “ à trouver des solutions face à des maladies rares.

Orwell n'aurait pas imaginé mieux.

Un genre de messe laïque sponsorisée par les mêmes types qui pleurent la main sur le cœur mais facturent leurs prestations au tarif PDG, le tout sous des projecteurs qui éclairent davantage leur ego que les avancées scientifiques.

Le Téléthon, au fond, c’est un peu Netflix version misère humaine: ça raconte chaque année la même histoire, avec les mêmes séquences calibrées, mais jamais de final. Et si tu regardes bien, on te vend de l’espoir sous cellophane, alors qu’en coulisses c’est surtout l’industrie pharmaceutique qui turbine comme une centrifugeuse à dividendes.

MERDE.

On pourrait applaudir le concept si on était un peu naïf, un peu beaucoup bête MAIS force est de constater que depuis plus de 30 ans que cette grande messe télévisuelle existe, et MALGRÉ le fait que les millions de dons succèdent aux millions de dons chaque année, cette fameuse “ recherche “ avance autant qu’un myopathe livré à lui-même.

Que les enfants de la Lune sortent toujours avec des combis à la Pesquet en plein soleil pour éviter de finir aussi grillé qu'un steak oublié par un cuistot en plein burn-out, que les gens qui ont la mucoviscidose ont des chances de survie aussi élevées qu’un type ayant bossé à Tchernobyl le jour où le réacteur a décidé de se faire la malle, que ceux qui ont la maladie des os de verre continuent à se casser au moindre contact comme de la porcelaine posée sur une machine à laver.

MERDE.

Les cancers ? Toujours les mêmes suites dégueulasses, avec des chimios et des séances de laser game qui te pètent plus qu’ils ne te réparent, un peu comme si on tentait d’éteindre un incendie au napalm. J'ai vu mon père et Grand-père en mourir à 30 ans de distance c'est dire si j'en suis témoin, aucune avancée majeure à part pour te foutre dans le coltard avant de claquer avec des cocktails de médocs digne d'un camé Porte de La Chapelle !

On va rire avec l'histoire de ma tante, je te le promets, elle, radine comme un Pape qui négocierait le litre d'eau bénite. Quand elle me filait 10 balles pour Noël, elle avait les doigts tellement crispés sur le biffeton, que pour lui prendre, t'avais l'impression de lui arracher son âme.

Cette gourgandine qui avait une partie du même ADN que moi, c'était mis en tête début des années 2000 de sauver le Grégory Lemarchal atteint de mucoviscidose. Donc tous les ans elle filait du blé au téléthon en croyant sauver le Greg alors que Nikos refaisait les peintures de sa baraque en Grèce avec son pèze.

Dix ans plus tard, lors d'un hommage à Lemarchal sur TF1, elle avait notifié toute la famille en hurlant que c'était grâce à ses putain de dons à ELLE que le Greg chantait encore, on a eu beau lui expliquer que le Greg était six pieds sous terre depuis longtemps déjà, elle n'en démordait pas, il était devant lui à la téloche, il était vivant, elle avait gagné ! Un moment, même quand c'est ta propre famille, devant la connerie, t'abdique comme Napoléon après Waterloo. Plus rien à faire.

BREF : avec les tunes donnés, à part les résidences secondaires de Drucker et Sophie Davant D'après, on n’a pas vu l’ombre du commencement d’un début de progrès. Des sommes stratosphériques et indécentes qui servent à tout sauf à leur but initial.

MERDE.

Et Big Pharma dans tout ça ?

Ces mecs-là, c’est le seul secteur au monde capable de transformer la souffrance en business model.

Ils classent les maladies non pas par urgence médicale mais par rentabilité au kilo, si ça ne rapporte pas, ça n’existe pas.

Ils te parlent compassion, mais ils gèrent leurs priorités comme un trader sous adrénaline: ce qui paie avance, ce qui ne paie pas crève.

Et quand il s’agit de maladies rares, ils deviennent soudain aussi motivés qu’un livreur Uber quand il reste deux minutes pour qu'il touche sa prime, et aussi transparents qu'un Maire corrompu quand on retrouve le Marché public dans son coffre !

Eux, c’est simple : plus la maladie est grave, plus ils voient un marché comme un vautour voit un corps encore tiède.

Et chaque année, ils découvrent miraculeusement une nouvelle “ piste prometteuse ”… juste au moment où ils renégocient leurs budgets. MOUAHAHAHHAHAHAHHA.

Comme par hasard.

Là où un Ponte qui dirigeait un labo m’avait avoué il y a trois ans qu’effectivement les dons servaient déjà en majorité, et prioritairement, à payer les FAMEUX “ frais de fonctionnement “ avant de servir à la recherche et aux Chercheurs…par " frais ", il fallait comprendre: ses vacances à Rio, son SUV Cayenne et l'appart de sa Maîtresse !

En gros, le Téléthon, c’est comme filer de l’eau dans une passoire et espérer remplir une baignoire: ça coule, ça gaspille, et ça sert surtout ceux qui tiennent la passoire.

Alors, y a un moment, HEIN : je dirai quand on a commencé à comprendre que rien que pour avoir un masque en période de pandémie, on avait plus de chance d’en choper un en découpant le bonnet d’un soutif de nos grands-mères que d’attendre derrière l’État et son pseudo soutien, on a compris que les lobbys pharmas servaient plus leurs propres intérêts ET LEURS DIVIDENDES que les pauvres gus atteints de maladies graves, rares ou orphelines…

Ces mecs-là, c’est comme un GPS cassé: ça promet la meilleure route mais ça t’emmène systématiquement dans un cul-de-sac où eux seuls encaissent les péages.

MERDE.

La bise et bon week-end à tous ❤️

Les Anciens le savaient.

Par Le 06/12/2025

Les anciens propriétaires de notre maison avaient aménagé un petit potager mais sans couverture du sol. Pas de paille, pas de broyat, pas de BRF, pas de compost, le sol retourné au motoculteur...On connaît les dégâts.

Depuis le mois de mars, date de notre arrivée, on a quadruplé la surface de ce potager et on l'a amendé. Fumier de cheval, paille, broyats divers, compost (nos épluchures sont directement étalées sur le sol). Toutes les feuilles tombées au sol sur l'ensemble du terrain sont ramassées et déposées dans le potager, tous les arbres qu'on a plantés sont également entourés de broyat et de paille, le sol n'est jamais à nu.

Aujourd'hui, la qualité du sol dans le potager est indéniable, ça foisonne de vie. 

Img 20250724 101416

Img 20250808 121310

 

"L'air pur, l'eau pure et une terre saine... de ces trois choses nous n'en avons plus une seule." Surexploités, érodés, compactés, nos sols crient famine. Et pourtant, en 1971 déjà, des paysans bio comme Monsieur Poffet tiraient la sonnette d'alarme !

 

 

 

Claude Lorius, une vie sur la glace

Par Le 05/12/2025

 

 

"Publiés en 1987 dans Nature, les résultats qui associent courbe des températures et composition de l’atmosphère marquent un tournant dans la connaissance de notre planète. Pour la première fois, on montre que le climat est directement lié à la concentration de l’atmosphère en gaz à effet de serre. Problème : si les variations du taux de CO2 sont infimes entre périodes glaciaires et périodes chaudes – et ce durant des centaines de milliers d’années – elles s’envolent depuis le début de l’ère industrielle, ce qui ne laisse aucun doute sur l’origine anthropique de ce CO2."

https://lejournal.cnrs.fr/articles/claude-lorius-une-vie-sur-la-glace

Terre

Hommage

-A +A

Imprimer

article

Claude Lorius, une vie sur la glace

20.10.2015, par

Laure Cailloce


Mis à jour le 24.03.2023Temps de lecture : 10 minutes

Claude Lorius

Claude Lorius au milieu des manchots, près de la base de Dumont-d'Urville.

EXPEDITIONS POLAIRES FRANCAISES

Partager

Le glaciologue Claude Lorius, médaille d’or du CNRS en 2002, est décédé le 21 mars. Ce chercheur d’exception avait révélé que les glaces antarctiques contenaient la mémoire du climat du passé et mis en évidence le rôle des gaz à effet de serre dans le réchauffement climatique. Voici le portrait que nous lui consacrions en 2015, pour la sortie d’un film consacré à sa vie.

La vie réserve des surprises… Jamais Claude Lorius, lorsqu’il était étudiant en sciences physiques dans son Besançon natal, n’aurait imaginé être un jour le héros d'un film de cinéma ou monter les marches du dernier festival de Cannes à l'âge vénérable de 83 ans. Mais il faut être prêt à tout quand on a le sens de l’aventure ! Et l’aventure, le glaciologue qui totalise près de 20 expéditions en Antarctique – soit l’équivalent de six années passées sur place – en connaît un rayon… Le fondateur de la climatologie moderne, médaille d’or du CNRS en 2002, auquel Luc Jacquet a consacré son film La Glace et le Ciel ne rêvait pourtant pas d’étendues gelées lorsqu’il était adolescent – il voulait devenir footballeur professionnel comme son frère aîné, gardien de but à Sochaux. C’est une petite annonce affichée en 1955 sur les murs de l’université de Besançon qui l’entraîne vers le continent blanc : « On recherche jeunes chercheurs pour participer aux campagnes organisées pour l’Année géophysique internationale. » « C’était la première fois que la recherche s’intéressait aux régions polaires, qui n’avaient jusque-là été parcourues que par des explorateurs, raconte Claude Lorius. On ne savait quasiment rien d’elles… »

Claude Lorius

Les recherches de Claude Lorius ont posé les bases de la climatologie moderne (photo extraite du film La Glace et le Ciel).

ESKWAD-WILD TOUCH-M. PERREY

Partager

Un hivernage à la station Charcot

Pour l’occasion, la France dispose de deux sites d’observation en Antarctique : la base côtière de Dumont-d’Urville, en Terre Adélie, et la station Charcot, fraîchement installée au cœur du continent, à 310 kilomètres de là… Il débarque à Charcot la veille de Noël 1957, après une formation de deux mois au Groenland pour s’initier aux rudiments de la glaciologie et une visite médicale qui l’allège de ses dents de sagesse et de son appendice… « Avec mes deux compagnons, on allait passer une année complètement isolés, on ne pouvait pas se permettre d’avoir une urgence médicale sur place », explique-t-il. Venu là « plus pour l’aventure que pour la science », le jeune homme a néanmoins une mission bien précise : déterminer pourquoi l’Antarctique est si froid. « Je devais mesurer la vitesse du vent, la température de la neige et l’apport énergétique du soleil. » Côté péripéties, lui et ses compagnons sont servis : la tour de 12 mètres destinée à supporter les instruments, les éoliennes et les antennes s’écroule sous la poussée du vent, privant deux mois durant la station d’électricité et de moyens de communication… Des moments difficiles qui n’empêchent pas le jeune homme d’attraper le virus de l’Antarctique, bien au contraire. « Je ne rêvais que d’une chose : revenir ! », confie Claude Lorius.

Durant deux mois, la station Charcot est privée d’électricité et de moyens de communication.

L’occasion lui en est fournie dès 1959 : les Américains veulent entreprendre un raid d’exploration de 2 500 kilomètres sur le continent, le raid Victoria, et cherchent des volontaires aguerris aux milieux polaires. Si l’expédition lui procure la plus grosse frayeur de sa vie – il tombe au fond d’une crevasse de 30 mètres, heureusement sans mal –, elle lui offre surtout la découverte qui déterminera le reste de sa carrière : celle du fameux « thermomètre isotopique », ou comment la glace conserve la mémoire des températures passées. « À chaque étape, on enfonçait un thermomètre à 20 mètres sous la neige. C’est en effet ainsi que l’on obtient la température moyenne du lieu sur l’année, raconte le glaciologue. Moi, je ramassais la neige extraite du trou afin de garder des échantillons. À vue d’œil, on pouvait constater que les grains de neige n’avaient pas la même taille selon qu’ils s’étaient formés en été ou en hiver, comme s’il y avait une sorte de mémoire des saisons… »

Claude Lorius, glaciologue, lauréat de la Médaille d'or 2002 du CNRS

À propos Partager

À propos

Fermer

Année de production: 

2023

L’inventeur du « thermomètre isotopique »

Il était loin de se douter du résultat qu’allaient révéler les analyses faites dans les laboratoires de Saclay à son ­retour : non seulement la taille des grains varie, mais les atomes de la molécule de neige (H20) sont déterminés très précisément par la température de l’atmosphère au moment où les cristaux se forment. En clair, les proportions observées entre les isotopes de l’hydrogène d’une part (hydrogène de masse 1 et hydrogène de masse 2) et les isotopes de l’oxygène d’autre part (oxygène 16 et oxygène 18), sont directement corrélées à la température de l’air. « Quand on a vu que la courbe épousait parfaitement les variations de température, de – 20 à – 60 °C, on a compris qu’on allait pouvoir reconstituer le climat du passé ! »

"Quand on a vu
que la courbe
épousait
les variations
de température,
on a compris qu’on
allait pouvoir
reconstituer le
climat du passé !"

Dès lors, Claude Lorius n’a qu’une obsession : extraire des carottes de glace du plus profond de la calotte glaciaire antarctique – un continent qui n’a pas dégelé depuis 40 millions d’années et où l’épaisseur moyenne de la glace atteint 2 kilomètres –, afin de remonter dans le temps. À Dumont-d’Urville, où il effectue plusieurs missions entre 1962 et 1965, notamment en qualité de chef de base, il réussit à forer jusqu’à 200 mètres et constate que les glaces qui s’étaient écoulées depuis l’inlandsis datent du premier âge glaciaire, il y a 20 000 ans. Il soutiendra sa thèse de doctorat sur ces résultats. Surtout, c’est à Dumont-d’Urville qu’il a l’intuition qui donnera naissance à la science climatique moderne. « Un soir, au retour d’un forage, j’ai mis un glaçon vieux de plusieurs milliers d’années dans mon verre de whisky et j’ai vu s’échapper des bulles d’air à mesure que la glace fondait… J’ai imaginé que ce gaz pouvait être un témoin de l’atmosphère du passé. » Il mettra vingt ans à le démontrer.

video_GlaceCiel_BA

À propos Partager

À propos

Fermer

Description: 

En 1957 Claude Lorius par étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte l’histoire de notre Terre, de notre avenir, un avenir intimement lié à l’impact de l’homme sur notre planète. Une aventure humaine et scientifique hors du commun, le récit d’une vie passée à traquer au plus profond des glaces les secrets bien gardés du climat.

Année de production: 

2015

Durée: 

1 min 56

Réalisateur: 

Luc Jacquet

Producteur: 

Eskwad, Pathé Production, Wild Touch Productions, Kering, CNRS Images

Pour cela, il faut continuer à chercher des endroits susceptibles de couvrir la plus large période de temps possible. « Ce que nous voulions, c’était faire des forages dans l’inlandsis, au cœur du continent, où la glace est peu mobile », explique le chercheur. Les progrès de la technologie, et notamment les avions américains équipés de radars, permettent de reconstituer le relief du socle rocheux antarctique et d’en déduire les épaisseurs de glace. C’est ainsi que le site du dôme C ou dôme Concorde, est identifié dès 1974. « Là, on parvient à forer jusqu’à 900 mètres, soit l’équivalent de 40 000 années de chutes de neige accumulées ! » Analysées en laboratoire, les carottes confirment la validité de l’hypothèse des archives glaciaires. « Les résultats reproduisent parfaitement le ­passage de la dernière période glaciaire, qui s’est achevée il y a 20 000 ans, à la période chaude que nous connaissons depuis 10 000 ans », s’émerveille encore Claude Lorius.

Des forages toujours plus profonds

La collaboration internationale qui se noue dès les premières années autour de l’Antarctique lui fournit une nouvelle occasion de confirmer ses hypothèses. En 1984, le glaciologue débarque en pleine guerre froide avec des avions de l’US Army à la station russe de Vostok. Vostok, c’est LE rêve de tout chercheur polaire, le lieu mythique de l’Antarctique, et pour cause : c’est le point le plus froid de la Terre, avec une température moyenne de – 50 °C et des minima pouvant atteindre… – 89 °C ! « Les Russes foraient avec l’espoir de trouver du pétrole dans le socle rocheux », se souvient Claude Lorius, qui tombe alors sur un trésor : des centaines de carottes de glace extraites sur 2 000 mètres de profondeur ; soit 160 000 ans d’archives glaciaires ! « Cela voulait dire qu’on allait pouvoir reconstituer un cycle climatique complet – soit la période de 100 000 ans pendant laquelle la Terre se “balade” sur son ellipse autour du Soleil, s’en éloignant (période glaciaire), puis s’en rapprochant légèrement (période interglaciaire). »

Publiés en 1987 dans Nature, les résultats qui associent courbe des températures et composition de l’atmosphère marquent un tournant dans la connaissance de notre planète. Pour la première fois, on montre que le climat est directement lié à la concentration de l’atmosphère en gaz à effet de serre. Problème : si les variations du taux de CO2 sont infimes entre périodes glaciaires et périodes chaudes – et ce durant des centaines de milliers d’années – elles s’envolent depuis le début de l’ère industrielle, ce qui ne laisse aucun doute sur l’origine anthropique de ce CO2.

Claude Lorius à Vostok

A Vostok, Claude Lorius (en bleu) tombe sur un trésor : des carottes glaciaires extraites sur 2000 mètres de profondeur.

ESKWAD-WILD TOUCH-CNRS FONDS CLAUDE LORIUS

Partager

Les forages ultérieurs – qui couvriront 420 000 ans de climat dès 1991, 800 000 ans à ce jour – ne font que confirmer ce triste constat. Et les projections issues de la modélisation présagent mal de la suite de l’histoire : si le taux de CO2 dégagé dans l’atmosphère n’est pas réduit drastiquement, la température moyenne de la Terre pourrait gagner 5 °C d’ici à la fin du XXIe siècle. Pour comparaison, 5 °C, c’est l’écart de température enregistré entre une période glaciaire et une période chaude…

Claude Lorius effectue sa dernière mission scientifique en Antarctique en 1998, à l’âge de 66 ans. Pour autant, il n’en a pas fini avec le continent blanc… Il y revient pour des croisières conférences, des documentaires – notamment celui de Luc Jacquet, tourné entre 2011 et 2014. Si celui qui a fait chanter Frère Jacques à tous les Russes de Vostok se remémore avec nostalgie les expéditions passées, il confie ne pas envier la vie dans les bases d’aujourd’hui : « Où est l’aventure quand tout le monde passe son temps sur Internet ? » Son seul vrai regret : ne plus voir arriver en se dandinant, chaque mois de juin, l’interminable file indienne des manchots empereurs venus s’installer pour l’hiver… « C’est le spectacle le plus étonnant que j’aie jamais vu dans ma vie. »

À voir : La Glace et le Ciel(link is external), film réalisé par Luc Jacquet, sortie en salles le 21 octobre 2015.
À lire :
Claude Lorius, le film de sa vie

Lauriane Miara

Par Le 28/11/2025

Une belle personne, un beau parcours. 

"Passe moi les jumelles" est une émission de qualité. De belles histoires, de belles images, des paroles justes.

A 39 minutes, ce que dit Lauriane Miara, c'est ce que je vis, comme beaucoup d'autres. "L'effondrement du vivant, c'est un déchirement."

C'est réjouissant de lire tous les commentaires déjà publiés à la suite de cette vidéo, tous ces gens touchés, émus, emportés, c'est réjouissant de voir que beaucoup encore sont en quête de cette sérénité, de cette douceur, de la qualité d'âme.

 

Violences femmes info : 3919

Par Le 25/11/2025

C'est un drame quotidien. J'ai entendu que ça concerne une femme tuée toutes les dix minutes dans le monde. Est-ce que c'est exact, exagéré ou loin de la réalité ? Je n'en sais rien. Mais juste une femme, c'est déjà beaucoup trop.

C'est un sujet qui me pèse énormément, j'ai beaucoup de mal à exprimer ce que je ressens. En dehors d'une totale incompréhension. Et d'un total dégoût envers ces hommes. Lire les récits ci-dessous, ça me noue, ça me révulse, c'est viscéralement insupportable. Je ne comprends pas, c'est au-delà de toute réflexion. S'il est possible pour un homme de se montrer violent envers une femme, alors, c'est que l'espèce humaine n'est pas finie, qu'elle n'est encore qu'une ébauche, une espèce en formation, une sorte d'expérimentation avec tous ses ratages, ses manquements, ses errances. Et cette violence faite aux femmes, dès lors qu'elle existe, alors c'est que toutes les violences sont possibles. C'est une violence qui ouvre toutes les portes vers l'horreur.

La femme, c'est la mère, celle qui donne la vie. 

Si cet ultime symbole est bafoué, alors le Mal est et restera le maître. 

 

 

Violences conjugales Cinq féminicides en une semaine : qui étaient ces femmes tuées par leur conjoint ou ex ?

 

3919 - Violences femmes info

Un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violence. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.

Zaïa, 27 ans, Laure, 32 ans, Mélina, 45 ans, Élodie, 50 ans, et Béatrice, 56 ans, ont toutes été tuées la semaine dernière, quelques jours avant la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. 

L.G. avec AFP - Hier à 16:56 | mis à jour aujourd'hui à 14:27 - Temps de lecture : 5 min

Avant Zaïa, Laure, Mélina, Élodie et Béatrice, des dizaines d'autres femmes ont été victimes de féminicides en France en 2025, comme l'ont rappelé des collectifs féministes lors de la manifestation de samedi. Photo Sipa/Michel Setboun

Avant Zaïa, Laure, Mélina, Élodie et Béatrice, des dizaines d'autres femmes ont été victimes de féminicides en France en 2025, comme l'ont rappelé des collectifs féministes lors de la manifestation de samedi. Photo Sipa/Michel Setboun

La série noire des féminicides ne s'arrête jamais vraiment, mais l'actualité de la semaine dernière a particulièrement illustré le caractère systémique des violences conjugales. Entre mercredi et jeudi, cinq femmes ont été retrouvées mortes. Leurs conjoints ou ex-conjoints respectifs ont tous été mis en examen et sont soupçonnés de les avoir tuées. 

A lire aussi

Hausse des féminicides : les baisses de subventions aux associations pointées du doigt

Pôle violences intrafamiliales : vers une justice spécialisée pour mieux protéger les victimes

Féminicides : pourquoi les mesures prises contre les violences conjugales peinent à sauver des vies

Samedi, des milliers de manifestants ont bravé le froid à travers toute la France pour exprimer leur colère face à la persistance des violences contre les femmes, avant la journée mondiale prévue mardi. En 2024, le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint s'élevait à 107, soit une hausse de 11% par rapport à l'année précédente. Pour 2025, le collectif Nous toutes – qui se base toutefois sur une définition plus large du féminicide – en recense déjà 149. 

Chaque jour en France, plus de trois femmes sont victimes de féminicide ou tentative de féminicide conjugal, selon la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof). Voici les histoires de Zaïa, Laure, Mélina, Élodie et Béatrice, toutes mortes la semaine dernière.

Zaïa, aide-soignante de 27 ans

Zaïa, surnommée Zazou par ses proches, était aide-soignante dans un Ehpad situé à Crémieu (Isère). « Elle était appréciée de tous pour sa bienveillance, son dévouement et sa gentillesse », selon le directeur de l'établissement, cité par Le Dauphiné libéré. « Elle était notre rayon de soleil. », confirme une collègue.

Le corps de la jeune femme de 27 ans a été retrouvé mercredi dernier calciné dans une voiture, dans une forêt de Saint-Marcel-Bel-Accueil.

Digiteka PlaceHolder


Veuillez fermer la vidéo flottante pour reprendre la lecture ici.

Son compagnon, un homme de 39 ans déjà condamné pour des violences, a raconté s'être disputé avec Zaïa à son retour chez elle (à L’Isle-d’Abeau), peu de temps après en être parti – une surprise qu'elle n'aurait pas appréciée.

Il a expliqué l'avoir poussée violemment lors de cette dispute, ce qui aurait provoqué sa chute et son décès. Selon le procureur, il a ensuite « mis en place tout un stratagème » pour couvrir ses traces, allant jusqu'à la déshabiller, la nettoyer, transporter son cadavre et l'asperger d'essence avant de l'incendier. La version du suspect serait loin de « coller » avec les constatations réalisées par les enquêteurs au domicile de Zaïa, poursuit Le Dauphiné libéré.

Laure, fan de foot de 32 ans

Laure, 32 ans, habitait à Besançon (Doubs) et soutenait le club de football de la ville. Elle faisait même partie de la Brigatia Vesontio, un groupe de supporters du Racing Besançon, relate L'Est républicain.

Elle a été abattue jeudi par arme à feu sur le parking de son immeuble, alors qu'elle s'apprêtait à partir au travail. Son ancien petit ami, un homme de 34 ans, a reconnu être l'auteur des tirs. Sur les réseaux sociaux, le trentenaire partageait ses difficultés à se remettre de leur séparation. Récemment hospitalisé dans un service psychiatrique, il avait déjà été condamné par le passé, notamment pour des violences et pour avoir harcelé moralement une autre femme. 

Digiteka PlaceHolder

Laure avait porté plainte contre lui en février pour « atteinte à la vie privée » et il devait être convoqué devant la justice en novembre dans cette affaire. Au mois d'octobre, Laure avait à nouveau déposé plainte contre lui, après des dégradations survenues sur son véhicule. Elle avait demandé un dispositif d'alerte, qui lui avait été fourni par une association le 24 octobre. Il n'a hélas pas permis de la sauver.

Mélina, maman de 45 ans

Mélina, 45 ans, vivait à Saint-Ciers-d’Abzac, près de Libourne (Gironde). Celle qui préférait se faire appeler Mélanie était la mère de deux adolescents, une fille et un garçon, et vivait avec le père de ce dernier, rapporte France 3 Nouvelle-Aquitaine. « C’était une femme gentille, toujours souriante et prête à aider les autres. », témoignent dans Sud Ouest ses voisins, selon qui « elle venait de trouver récemment un poste d’assistante dentaire ». 

Jeudi, le conjoint de Mélina a appelé les gendarmes, admettant avoir tué sa compagne. D'après nos confrères, elle lui avait récemment dit vouloir mettre fin à leur relation. Cet homme de 60 ans, déjà condamné pour des violences sur une ex-compagne, a indiqué que « cette situation l'avait placé en situation de détresse, notamment financière ». 

Selon sa version, une remarque de Mélina sur le rangement d'une rallonge et le bruit de l'aspirateur qu'elle était en train de passer aurait été un « élément déclencheur ». Le sexagénaire l'aurait menacée avec un fusil de chasse et elle aurait tenté de « s'enfuir ». Il a ensuite évoqué un « corps à corps ». Sud Ouest indique qu'il a frappé sa compagne « avec la crosse du fusil avant de lui asséner un, voire deux coups de lame, et de l’étrangler avec une rallonge ».

Élodie, 50 ans

Élodie était une femme de 50 ans, sans profession. Elle entretenait une relation avec un journaliste de 61 ans, mais ne vivait pas avec lui. Son corps sans vie a été retrouvé jeudi au domicile de cet homme, à Beaucaire (Gard).

Le suspect, originaire du Royaume-Uni selon le collectif "Féminicides par compagnons ou ex", s'est dénoncé à la police mais a contesté la cause criminelle du décès de sa conjointe. « Elle aurait fait une chute », sur fond de consommation d'alcool, a-t-il assuré, selon des propos rapportés par le parquet.

Mais Élodie a été retrouvée morte le visage tuméfié. L'an dernier, le sexagénaire avait été interdit de contact avec sa compagne pendant trois mois après un premier épisode de violences.

Béatrice, professeure de 56 ans

Béatrice était mère de trois enfants et enseignante d’histoire-géographie dans un collège de Douzy (Ardennes). Elle a, elle aussi, été retrouvée morte jeudi, dans le sous-sol de son domicile, situé à Sedan.

Son conjoint a admis le meurtre, après avoir été blessé dans un accident de la route, qu'il aurait délibérément provoqué pour mettre fin à ses jours. Selon le parquet de Reims, cité par L'Ardennais, cet homme de 58 ans « souffre de troubles psychiatriques a priori soignés ». Toujours d'après le parquet, il aurait évoqué une « dégradation de la vie conjugale » et une dispute avec sa compagne au sujet d'une de leur fille pour expliquer son geste, ajoute France 3 Grand Est.

Le quinquagénaire, sans casier judiciaire, a frappé Béatrice au crâne avec une statuette, a tenté de l’étouffer avec un oreiller, avant de la poignarder à plusieurs reprises. Sept plaies par arme blanche ont été constatées au niveau du front, du cou et du thorax de la mère de famille.

3919 - Violences femmes info

Un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violence. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.

Acidification des océans.

Par Le 24/11/2025

 

 

Environnement

Acidification des océans : une septième limite planétaire est désormais franchie

Sous l’effet de l’augmentation des gaz à effet de serre, le pH des océans baisse, bouleversant les équilibres marins et affaiblissant leur rôle essentiel d’absorption du CO2.

De Romane Rubion

Publication 17 nov. 2025, 16:14 CET

Les Îles Salomon se trouvent dans une région de l’océan Pacifique que l’on appelle le Triangle ...

Les Îles Salomon se trouvent dans une région de l’océan Pacifique que l’on appelle le Triangle de corail en raison de son étourdissante diversité corallienne. De nombreux coraux du monde entier sont aujourd’hui confrontés à des menaces dues au réchauffement et à l’acidification des océans, mais celui-ci se trouve dans une poche d’eau profonde et froide qui la protège possiblement de ces changements.

PHOTOGRAPHIE DE Manu San Félix, National Geographic Pristine Seas

L’humanité vient de franchir un nouveau seuil critique. Après le changement climatique, la déforestation, l’érosion de la biodiversité, la pollution chimique, la raréfaction de l’eau douce et la perturbation du cycle de l’azote, l’acidification des océans dépasse désormais elle aussi la limite considérée comme sûre. Selon le rapport Planetary Health Check, publié le 24 septembre par l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique, sept des neuf limites planétaires définies par la communauté scientifique sont désormais dépassées. Seules la couche d’ozone et la concentration d’aérosols atmosphériques se situent encore dans des zones jugées non dangereuses.

Le cadre des limites planétaires, présenté en 2009 par une équipe internationale menée par le Suédois Johan Rockström, visait justement à établir ces seuils à ne pas dépasser pour maintenir la stabilité du « système Terre ». Cette stabilité, qui dure depuis environ douze mille ans, a permis l’essor des sociétés humaines. Lors de sa publication, trois limites étaient déjà franchies. En 2025, il y en a sept.

La dernière en date est l’acidification des océans, un phénomène étroitement lié aux émissions massives de CO2. En absorbant une partie de ce CO2, les mers voient leur équilibre chimique se modifier et les écosystèmes marins s’en trouvent fragilisés.

L’AUTRE PROBLÈME DU CO2

Pour Fabrice Pernet, chercheur en écologie et physiologie des organismes marins à l’Ifremer, « l’acidification des océans est l’autre problème du CO2 », moins visible mais tout aussi préoccupant que le réchauffement climatique. « On émet du CO2 dans l’atmosphère, [qui] se dissout à l’interface atmosphère-océan et forme de l’acide carbonique », explique-t-il. Cette réaction chimique abaisse le pH de l’eau et réduit la disponibilité des ions carbonate, indispensables à la formation du calcaire.

Pour surveiller cette limite planétaire, les scientifiques mesurent l’état de saturation en calcaire, notamment celui de l’aragonite, un minéral très sensible à la baisse du pH. Plus la saturation diminue, moins l’eau contient de carbonate pour permettre au calcaire de se former. La limite de sécurité a été fixée à 80 % du niveau préindustriel. Mais « cet état de saturation […] a diminué d’à peu près 20 % » depuis l’ère industrielle, note le chercheur. 

La baisse de saturation affecte directement les organismes calcifiants. « Dans une eau qui s’acidifie, le calcaire a tendance à se dissoudre plutôt qu’à se précipiter », explique-t-il. Or ce matériau constitue « le squelette de la grande majorité des organismes marins », des coraux aux huîtres en passant par certaines espèces de phytoplancton. Si la saturation diminue, leur squelette se forme plus difficilement, voire se dissout. En conséquence, « la plupart des organismes calcifiants […] montrent une difficulté à grandir ».

Des signaux sont déjà visibles, notamment dans les océans Arctique et Austral. L’acidification progresse particulièrement vite dans ces régions polaires, où « l’eau froide dissout plus facilement les gaz que l’eau chaude ». Selon le chercheur, « on observe déjà, depuis une quinzaine d’années, des organismes [comme les ptéropodes] corrodés par l’acidification qu’on n’observait pas avant ». Leurs coquilles présentent « des petits trous, des petites irrégularités […] qui montrent un effet de l’acidification ».

L’étoile de mer figurant à gauche a été élevée dans de l’eau normale, à Kiel (Allemagne) ...

L’étoile de mer figurant à gauche a été élevée dans de l’eau normale, à Kiel (Allemagne) ; celle de droite, au départ identique, a été élevée dans des conditions que l’on pourrait trouver en mer Baltique en 2100. Dans certaines eaux côtières, l’acidification océanique est amplifiée par la pollution issue de la terre, favorisant des efflorescences microbiennes, qui puisent de l’oxygène dans l’eau et y rajoutent du CO2. Les photographies sont à l’échelle. L’étoile de mer de droite ne pèse qu’un cinquième de sa congénère.

PHOTOGRAPHIE DE David Liittschwager

Les effets physiologiques vont au-delà de la calcification. L’excès de CO2 dissous perturbe aussi la respiration des organismes marins. « Trop de CO2 peut provoquer des problèmes d’hypercapnie […] et finalement d’acidoses dans le sang ». L’accumulation de protons aggrave encore ces déséquilibres en perturbant l’équilibre acide-base et les mécanismes de régulation physiologique.

« Ce qui fait la fragilité du corail, c’est l’acidification, certes, mais c’est surtout le réchauffement », poursuit Fabrice Pernet, évoquant « une double peine ». Le chercheur rappelle que l’effondrement des récifs coralliens entraînerait des conséquences considérables. « C’est toute une pêche vivrière associée au récif qui va s’effondrer. C’est des systèmes qui pourraient transiter vers de nouvelles espèces », souligne-t-il. À long terme, « l’acidification, […] c’est une perte de biodiversité : moins de richesses, moins d’espèces, moins de diversité et donc un état de déséquilibre, impossible à prévoir ».

L’acidification affaiblit aussi l’un des principaux régulateurs du climat : l’océan. « Un océan acidifié absorbe moins de CO2 qu’un océan non acidifié », rappelle le spécialiste. Cette capacité d’absorption dépend de l’alcalinité : plus on ajoute d’acide, plus elle diminue. Aujourd’hui, l’océan capte environ 25 % des émissions mondiales de CO2, tandis que les forêts en absorbent environ 30 %. Mais « la capacité de l’océan à nettoyer notre atmosphère […] diminue ». Les observations du Global Carbon Project montrent en effet que « le puits océanique de CO2 est en train de s’affaiblir », un phénomène « tout à fait attendu », souligne Fabrice Pernet.

Face à l’acidification des océans, la seule réponse durable reste la baisse massive des émissions de CO2. « Aujourd’hui, on n’est pas du tout sur cette trajectoire-là », constate-t-il, rappelant que la cible des 1,5 °C sera dépassée d’ici quatre ans et que le monde se dirige plutôt vers un réchauffement d’environ 2 °C à l’horizon 2050. Les conséquences seraient dramatiques pour les récifs. « Ce qu’on dit, globalement, c’est qu’à plus de deux degrés à l’horizon 2050, c’est tous les coraux tropicaux, tous les coraux d’eau chaude, qui disparaissent de la planète. C’est la Grande Barrière de corail, c’est tous les coraux du Pacifique, des Caraïbes […] qui n’existeront plus. Tout ça, ce ne sera plus qu’une carte postale », alerte-t-il.

Des leviers locaux existent toutefois pour atténuer ponctuellement les effets de l’acidification, notamment « la végétalisation des océans ». Le recours à des végétaux marins, en particulier certaines espèces de macroalgues, peut aider à capter le CO2 et à améliorer localement la chimie de l’eau. Une solution utile mais limitée, qui ne peut en aucun cas remplacer une réduction rapide et globale des émissions.

La Grande Barrière de corail compte parmi les environnements marins les plus diversifiés au monde, abritant ...

La Grande Barrière de corail compte parmi les environnements marins les plus diversifiés au monde, abritant 5 000 types de mollusques, 1 800 espèces de poissons et 125 espèces de requins. Une grande partie de cette diversité est menacée par le réchauffement des océans et leur acidification.

PHOTOGRAPHIE DE David Doubilet, National Geographic Creative

UN CADRE POUR COMPRENDRE L’URGENCE

L’acidification des océans est l’une des dimensions suivies dans le cadre des limites planétaires, un référentiel qui évalue jusqu’où nous pouvons exercer des pressions sur la planète sans entrer dans une zone de danger. Aurélien Boutaud, consultant indépendant et chercheur associé à l’UMR 5600 du CNRS, co-auteur de Les limites planétaires, invite à manier ce concept avec prudence et à ne pas surinterpréter les dépassements. « Ce n’est pas parce qu’on a franchi [sept] limites que, pour autant, tout va s’effondrer. Mais c’est une alerte supplémentaire ».

Ce cadre vise à « faire passer des messages auprès du public et des décideurs », bien qu'il reste encore discuté. « Fixer de telles limites, c’est extrêmement difficile », souligne le chercheur, car il faut choisir les bons indicateurs et déterminer à partir de quel niveau une pression devient dangereuse. Les scientifiques ne sont d’ailleurs « pas forcément tous d’accord sur la manière de définir une limite ou une frontière planétaire ».

Malgré ces débats, les limites planétaires gagnent en légitimité année après année. « Dans la sphère académique, c’est vraiment un référentiel qui a une tendance quand même à s’imposer », note Aurélien Boutaud. Dans l’action publique, son influence reste limitée, même si « certains acteurs publics s’y intéressent et décident de poser ce référentiel dans le débat ». En France, il a par exemple été utilisé dans des publications du ministère de la Transition écologique.

Pour Aurélien Boutaud, l’un des apports majeurs des limites planétaires est de montrer que la crise écologique ne se résume ni au changement climatique ni à la biodiversité. « Le concept de limites planétaires a permis de faire prendre conscience qu’il existait d’autres thématiques très importantes à intégrer », tout en révélant « la dimension systémique de la crise planétaire ». Les différentes variables sont en effet « en bonne partie inter-reliées ». L’acidification des océans illustre bien cette interdépendance puisqu’elle menace la biodiversité et perturbe également le climat.

Selon le chercheur, le concept a aussi le mérite de faire comprendre la notion de « point de bascule », un seuil au-delà duquel « les changements deviennent irréversibles et nous feraient sortir de l’équilibre écologique propre à l’Holocène », la période stable qui dure depuis environ 12 000 ans. « Ce que cherchent à définir ces fameuses frontières planétaires, c’est ce moment-là : celui où le point de bascule devient possible. Cela ne veut pas dire qu’il est certain, mais qu’on entre dans une zone où la situation devient dangereuse », précise-t-il.

Tuvalu

Par Le 24/11/2025

 

« C'est parce que chaque nation pense à son propre intérêt que nous nous sommes retrouvés dans ce pétrin », relève Kofe. « Nous devons cesser de nous comporter comme si nous étions tous sur des îles. »

 

Environnement

Cette île du Pacifique est en train de disparaître

Tuvalu, État insulaire du Pacifique, est aux avant-postes de la crise climatique. Ses habitants luttent pour conserver leurs terres et leur identité.

 

De Simone Stolzoff

Publication 10 juil. 2024, 15:50 CEST

Un couple à moto passe dans le coin le plus étroit de l'île Fongafale à Funafuti, ...

Un couple à moto passe dans le coin le plus étroit de l'île Fongafale à Funafuti, une région de Tuvalu. L'océan Pacifique s'étend à droite et un bassin à gauche. L'atoll corallien a été identifié comme l'une des îles les plus vulnérables au changement climatique.

PHOTOGRAPHIE DE Sean Gallagher

À la naissance de Taukiei Kitara, ses parents ont coupé son cordon ombilical en deux morceaux, comme le voulait une tradition de son pays natal, Tuvalu. Ils ont planté l'un des morceaux du cordon ombilical à la base d'un cocotier, à environ neuf mètres du rivage et ont offert l'autre à l'océan. Pendant son enfance, Kitara se rendait à l'arbre pour prendre connaissance de son état de santé et brossait les feuilles tombées au sol. 

Tuvalu est un État insulaire habité par moins de 12 000 personnes, et situé à mi-chemin entre Hawaï et l'Australie. L'altitude moyenne du pays est inférieure à trois mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui le rend particulièrement sensible aux effets du changement climatique. Les scientifiques estiment qu'en 2050, 50 % de Funafuti, la capitale dans laquelle plus de la moitié des habitants vit, sera submergée.

Beaucoup considèrent Tuvalu comme un exemple de ce à quoi les autres communautés côtières seront confrontées dans les années à venir. Des chercheurs prévoient que d'ici à 2050, les habitants seront sûrement forcés de migrer à cause du changement climatique. La position précaire de Tuvalu l'a forcé à se poser une question existentielle : que se passe-t-il lorsqu'un pays n'a plus de terres ?

Le mot « terre, territoire » se dit fenua en tuvaluan et fait référence au territoire physique, mais aussi au sentiment d'appartenance enraciné dans l'identité d'une personne. À Tuvalu, les terres sont détenues par la communauté et transmises de génération en génération. Les Tuvalais enterrent leurs ancêtres dans des mausolées à proximité de leurs portes d'entrée. La terre abrite leurs proches, leur histoire et leurs traditions, ce qui rend la question de leur départ insoluble.

« Nous ne pouvons pas considérer que la migration est un fait acquis », explique Maina Talia, ministre du changement climatique de Tuvalu. « Mais si nous nous réveillons demain matin et que la moitié de la population a été anéantie par l'océan, qui devrons-nous blâmer ? »

Dans l'ombre de cette menace existentielle se cache une question personnelle pour les Tuvalais : dois-je rester ou partir ? Certains Tuvalais considèrent l'option de partir pour être en sécurité, mais la majorité des personnes avec qui j'ai pu échanger veulent rester.

« C'est vrai que le changement climatique nous affecte, mais on veut rester », explique Fenuatapo Mesako, un chargé de programme à l'Association de santé familiale de Tuvalu. « On ne veut pas être des Tuvalais dans un autre pays. On veut être des Tuvalais à Tuvalu. »

Une vue aérienne de l'extrémité méridionale de Funafuti à Tuvalu. Partout dans le monde, la montée ...

Une vue aérienne de l'extrémité méridionale de Funafuti à Tuvalu. Partout dans le monde, la montée des eaux empiète sur les régions côtières. Les États insulaires comme Tuvalu sont particulièrement vulnérables. Les régions les plus peuplées de l'état pourraient se retrouver submerger à la fin du siècle.

PHOTOGRAPHIE DE Kalolaine Fainu, Guardian, Redux

EN PREMIÈRE LIGNE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Lorsque l'on arrive en avion, l'atoll de Funafuti apparaît comme un croissant de lune vert dans un vaste ciel aquatique.

Au total, les neuf îles qui constituent Tuvalu ont une superficie d'environ vingt-six kilomètres carrés. En plus d'être à la limite de la crise climatique, Tuvalu est connu pour deux choses : c'est l'un des États les moins visités au monde et il possède le suffixe de domaine .tv, qui est la deuxième plus grande source de revenus du pays après la vente des droits sur ses territoires de pêche.

Quelques minutes avant l'atterrissage de l'avion à l'aéroport international de Funafuti, une sirène se déclenche en ville pour inciter les gens à dégager la piste. La piste d'atterrissage, qui n'accueille que quatre vols par semaine, sert à la fois d'autoroute à plusieurs voies, de terrain de volley-ball et de lieu de pique-nique, selon l'heure de la journée.

Le changement climatique est incrusté dans presque tous les aspects de la vie quotidienne. L'eau de mer s'est infiltrée dans le sol de l'île et a rendu difficile la culture de produits de base du régime alimentaire de Tuvalais, tels que le taro, l'arbre à pain et la noix de coco. Les marées royales, qui se sont progressivement intensifiées ces dernières années, balaient l'île depuis l'océan une fois par mois, inondant la piste d'atterrissage et les maisons des habitants.

Des enfants font du vélo sur la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Funafuti à Tuvalu. ...

Des enfants font du vélo sur la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Funafuti à Tuvalu. Il n'y a que très peu de vols par semaine dans l'atoll. Lorsqu'elle n'est pas utilisée, la piste d'atterrissage est l'endroit où se déroulent des activités communautaires.

PHOTOGRAPHIE DE Kalolaine Fainu, Guardian, Redux

« Quand j'étais plus jeune, la vie était différente », souligne Menimei Melton, âgée de vingt-cinq ans. « J'ai connu le changement climatique lorsque j'étais enfant, mais je ne voyais pas vraiment à quel point ça nous affectait. »

Bien que le changement climatique ait contribué à rehausser le profil du pays sur la scène internationale, les habitants veulent s'assurer que Tuvalu n'est pas défini uniquement par sa relation avec une crise qu'ils n'ont que peu contribué à produire. D'après Climate Watch, Tuvalu est l'un des vingt-cinq pays dont l'empreinte carbone par habitant est la plus faible au monde.

« Je pense que les nouvelles effraient inutilement les gens », soupire Afelee Falema Pita, l'ancien ambassadeur de Tuvalu auprès des Nations unies, qui a quitté une vie à New York pour ouvrir avec sa femme un centre de villégiature écologique. « Nous pouvons organiser un atelier après l'autre, mais si nous passons 365 jours par an à parler du changement climatique, nous ne vivons pas nos vies ici. »

C'est un équilibre délicat à trouver. D'une part, le changement climatique n'est pas un phénomène lointain à Tuvalu : il exige une attention immédiate. Et pourtant, Tuvalu ne se résume pas à ses marées montantes.

En marchant dans les rues de Funafuti, les mélodies des hymnes religieux se mêlent aux voix des familles qui chantent au karaoké. Vous tomberez peut-être sur quarante personnes âgées jouant au bingo sous le toit de chaume de la salle des fêtes, ou sur un groupe de jeunes d'une vingtaine d'années pratiquant le fatele, la danse traditionnelle des Tuvalais, où les danseurs se déplacent sur un rythme de plus en plus rapide jusqu'à ce qu'ils soient pris d'un fou rire contagieux.

À Tuvalu, les valeurs ne sont pas juste évoquées, elles sont vécues. Falepili se manifeste de multiples façons, qu'il s'agisse de l'absence de criminalité et de sans-abri, des fréquents repas publics ou de la politique étrangère du pays. La culture qui fait de cet État ce qu'il est n'est pas facilement transposable sur un autre continent.

COMPORTEMENTS INSULAIRES

En novembre dernier, Tuvalu et l'Australie ont signé un accord bilatéral sur le climat et la migration, l'accord Falepili, qui offre à Tuvalu 16,9 millions de dollars australiens (environ 10 millions d'euros) pour des projets de restaurations côtières et des visas pour 280 Tuvalais qui deviendront des résidents permanents de l'Australie la même année. Les habitants de Funafuti ont des opinions mitigées concernant cet accord. Certains le voient comme un parcours de bienvenue pour ceux souhaitant partir. D'autres ont peur que cet accord empiète sur la souveraineté de Tuvalu.

« La meilleure chose que l'Australie puisse faire pour soutenir des pays comme Tuvalu est d'arrêter ses industries de combustibles fossiles », déclare Richard Gorkrun, directeur exécutif du Tuvalu Climate Action Network.

Le gouvernement essaie d'assurer que Tuvalu gardera sa souveraineté et ses droits dans ses territoires de pêche même si le changement climatique rend les îles inhabitables. En septembre dernier, le Parlement de Tuvalu a adopté à l'unanimité un amendement visant à conserver son statut d'État à perpétuité, qu'il demande à présent aux autres nations de reconnaître officiellement.

Le pays fait également l'objet de deux projets d'infrastructure de grande envergure. La première est une initiative de récupération des terres, principalement financée par le Fonds vert pour le climat des Nations Unies, qui consiste à transporter du sable depuis le milieu de l'océan pour construire cinq kilomètres carrés de nouvelles terres protégées à Funafuti. Le second est le projet Future Now, une « migration touristique » des services gouvernementaux et des objets historiques vers le métavers, qui permettra à Tuvalu de conserver son identité culturelle même si sa terre disparaît sous les flots.

Un projet de récupération des terres dans le centre de Funafuti vise à fournir de nouveaux ...

Un projet de récupération des terres dans le centre de Funafuti vise à fournir de nouveaux bâtiments pour le gouvernement local. Du sable transporté depuis le milieu de l'océan a permis de créer cinq kilomètres carrés de terre à Tuvalu.

PHOTOGRAPHIE DE Sean Gallagher

Dans la mesure de ses possibilités, Tuvalu essaie de laisser ses valeurs communautaires guider sa façon de naviguer dans l'incertitude de l'avenir. Lorsque des feux de forêt meurtriers ont ravagé l'Australie en 2020, par exemple, le gouvernement tuvalais a fait don de près de 280 000 € pour soutenir les opérations de secours, même s'il s'agissait, à l'époque, d'un don plus important en proportion du PIB que ce que l'Australie avait jamais donné à Tuvalu. Certains fonctionnaires du gouvernement ont refusé : « 300 000 $, c'est qu'une goutte d'eau dans l'océan pour un pays aussi gros que l'Australie, ont-ils pensé. Quelle différence cela ferait-il ? »

Mais le montant du don n'a pas d'importance. « Il ne peut y avoir de décalage entre la manière dont nous agissons au sein du gouvernement et la façon dont nous vivons au niveau communautaire », a déclaré Simon Kofe, qui était à l'époque ministre des Affaires étrangères de Tuvalu. « Si c'est le cas, nous nous comportons comme n'importe quelle autre nation, guidés uniquement par notre intérêt général. »

Ainsi, si la communauté internationale prend Tuvalu en pitié en raison de sa vulnérabilité à l'élévation du niveau des mers, ce sont peut-être les Tuvalais qui devraient plaindre les pays occidentaux développés qui, dans leur quête d'une richesse matérielle et d'une croissance sans fin, ont largement perdu de vue l'action collective nécessaire pour faire face à la crise climatique.

« C'est parce que chaque nation pense à son propre intérêt que nous nous sommes retrouvés dans ce pétrin », relève Kofe. « Nous devons cesser de nous comporter comme si nous étions tous sur des îles. »

Rendre des comptes

Par Le 24/11/2025

"Il est impératif que les responsables rendent des comptes"

 

On pourrait en rire si ce n'était si grave. Jamais, aucun gouvernement, n'attaquera les multinationales responsables des atteintes à la vie de la planète. Personne ne touchera jamais à la croissance même si cette croissance accélère d'autant le processus de dévastation. Et je ne limite bien évidemment pas cette dévastation à l'humanité mais bien à l'ensemble du vivant. Et le jour où l'ensemble de l'humanité prendra conscience que l'atteinte à l'ensemble du vivant condamne l'humanité toute entière, il sera trop tard. Et il ne sera plus temps de trouver des coupables. 

 

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme dénonce les résultats "faibles" de la COP30 et déplore "l'inaction fatale" des dirigeants

 

La 30e conférence des Nations unies sur le climat s'est achevée samedi à Belem au Brésil par l'adoption d'un accord a minima.

Article rédigé par franceinfo avec AFP

France Télévisions

Publié le 24/11/2025 13:40

Temps de lecture : 2min Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Turk, à Genève, en Suisse, le 8 septembre 2025. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Turk, à Genève, en Suisse, le 8 septembre 2025. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Il ne mâche pas ses mots. Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a déploré, lundi 24 novembre, les "faibles résultats" de la COP30 au Brésil. L'inaction fatale" des dirigeants pourrait un jour être considérée comme un "crime contre l'humanité", prévient-il. (C'est déjà le cas, dans les faits.)

À lire aussi

Adaptation au changement climatique, énergies fossiles, forêts tropicales... Ce qu'il faut retenir de la COP30 après l'accord trouvé à Belém


Lors d'une intervention au Forum des Nations unies sur les entreprises et les droits de l'homme à Genève, Volker Türk, a mis en lumière un arrêt récent de la Cour internationale de Justice stipulant que
"les gouvernements doivent prévenir toute atteinte grave à notre climat, notamment en réglementant les entreprises".

La Cour interaméricaine des droits de l'homme a également reconnu le droit à un climat stable et a appelé les pays à "imposer aux entreprises le devoir de diligence et à prévoir des réparations pour les préjudices liés au climat", a-t-il rappelé.

"Il est impératif que les responsables rendent des comptes"

La 30e conférence des Nations unies sur le climat s'est achevée samedi à Belém, au Brésil, par l'adoption d'un accord a minima, sans évocation explicite des énergies fossiles, mais salué par certains comme une preuve que le multilatéralisme fonctionnait encore. Volker Türk a estimé pour sa part que les "maigres résultats" illustraient comment "les déséquilibres de pouvoir des entreprises se manifestent dans l'urgence climatique". "L'industrie des combustibles fossiles génère des profits colossaux tout en dévastant certaines des communautés et des pays les plus pauvres du monde", a-t-il déclaré. "Il est impératif que les responsables de cette injustice, et de tous les autres préjudices liés au dérèglement climatique, rendent des comptes".

À lire aussi

COP30 à Belém : voici comment le thermomètre mondial s'emballe, malgré les objectifs de l'accord de Paris

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait salué samedi, l'adoption de plusieurs textes au terme de la COP30 au Brésil(Nouvelle fenêtre) tout en reconnaissant que "beaucoup peuvent se sentir déçus" par le résultat des discussions. "Les COP fonctionnent par consensus, et en période de fractures géopolitiques, parvenir à un consensus est plus difficile que jamais", a-t-il observé. En matière de lutte contre le changement climatique, "je continuerai à plaider pour une ambition plus élevée et une plus grande solidarité", a encore dit le chef de l'ONU.

Droit dans le mur

Par Le 24/11/2025

Pour ceux et celles qui n'auraient pas percuté sur le message d'hier, il suffira de lire le compte-rendu de la COP 30 pour constater qu'il n'est jamais question de décroissance...

Jamais.

Donc, en conclusion, on va droit dans le mur. 

 

Adaptation au changement climatique, énergies fossiles, forêts tropicales... Ce qu'il faut retenir de la COP30 après l'accord trouvé à Belém

 

Article rédigé par Camille Adaoust, Robin Prudent

France Télévisions

Publié le 22/11/2025 18:42 Mis à jour le 22/11/2025 18:44

Temps de lecture : 13min Le président de la COP30, Andre Correa do Lago, applaudit lors de la plénière de clôture du sommet de Belém (Brésil), le 22 novembre 2025. (PABLO PORCIUNCULA / AFP)

Le président de la COP30, Andre Correa do Lago, applaudit lors de la plénière de clôture du sommet de Belém (Brésil), le 22 novembre 2025. (PABLO PORCIUNCULA / AFP)

Le sommet pour le climat qui se déroulait à Belém, au Brésil, s'est terminé samedi, après deux semaines de négociations. Franceinfo résume les avancées obtenues.

Pendant deux semaines sous la chaleur et les averses torrentielles, les négociateurs ont eu un aperçu de la vie sous un climat équatorial. La COP30 s'est terminée à Belém, au Brésil, samedi 22 novembre, et le coup de marteau du président du sommet, André Correa do Lago, a officialisé l'adoption, par près de 200 pays, d'un texte commun(Nouvelle fenêtre) sur l'action climatique.

À lire aussi • Direct

COP30 au Brésil : les Etats adoptent un accord climatique a minima, sans plan de sortie des énergies fossiles

Titré "Mutirão(Nouvelle fenêtre) mondial : unir l'humanité dans une mobilisation mondiale contre le changement climatique", le document rappelle la "décennie cruciale" qui est en cours, acte le retard pris dans la lutte mondiale contre le phénomène et annonce plusieurs avancées. Voici ce qu'il faut retenir de cette COP30, qui s'est déroulée aux portes de l'Amazonie brésilienne.

Pas de feuille de route de sortie des énergies fossiles

Le sujet a fait l'objet de négociations acharnées : certains pays, dont ceux de l'Union européenne, souhaitaient réaffirmer l'objectif de sortir des énergies fossiles, comme l'avait vivement souhaité le président brésilien Lula lors de l'ouverture. Le texte final ne mentionne finalement pas le sujet. "Les combustibles fossiles sont la cause profonde de la crise climatique et il n'existe aucune voie crédible pour atteindre des objectifs climatiques fondés sur la science sans une sortie rapide, équitable et financée de ces énergies", a commenté Rachel Cleetus, directrice de la politique pour le programme Climat et Energie de l'Union des scientifiques préoccupés.

A la COP28 de Dubaï en 2023, plus de 190 pays s'étaient engagés(Nouvelle fenêtre) à "opérer une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques". Mais depuis deux ans, les négociations n'ont pas produit d'avancées notables sur sa mise en pratique. "La feuille de route [de sortie des énergies fossiles] telle qu'on l'imaginait inscrite dans le texte n'est plus là", a déploré la ministre de la Transition écologique française, Monique Barbut. Toutefois, André Correa do Lago a annoncé la création d'une feuille de route sur le sujet pour les pays volontaires, une initiative en dehors des négociations officielles, qui sera "guidée par la science".

Le texte de Belém fait toutefois référence au consensus de Dubaï, et lance un "Accélérateur mondial de la mise en œuvre", une "initiative coopérative, facilitatrice et volontaire" pour constater le retard pris et y remédier. "Le nouveau texte mentionne bien explicitement un programme de travail sur l'accélération avec un focus sur le consensus des Emirats Arabes unis, ce qui revient dans les faits aux mêmes effets que d'avoir une feuille de route sur la transition vers l'abandon des énergies fossiles", note depuis Belém Sébastien Treyer, directeur général de l'Institut du développement durable et des relations internationales. Ce n'est pas pour moi un échec sur ce sujet, parce que ça permet aussi de ne pas rouvrir la discussion sur la formulation de cet objectif durement gagné à la COP28."

En parallèle, la Colombie a rassemblé une coalition de pays du Pacifique, d'Amérique latine et d'Europe (mais pas la France) pour soutenir "l'appel à élaborer une feuille de route pour une transition juste, ordonnée et équitable vers l'abandon des combustibles fossiles, afin d'intensifier l'action collective et sa mise en œuvre". Le pays a aussi annoncé la tenue de la première conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles les 28 et 29 avril 2026, en partenariat avec les Pays-Bas.

Un meilleur financement pour l'adaptation au changement climatique

Alors que 71 pays ont soumis des plans nationaux d'adaptation au changement climatique, la plupart d'entre eux manquent de financements. Le texte final de la COP souligne donc "l'urgence de fournir et de mobiliser des ressources publiques et des subventions ainsi que des financements à des conditions très avantageuses pour l'adaptation dans les pays en développement, en particulier ceux qui sont particulièrement vulnérables (...), tels que les pays les moins avancés et les petits Etats insulaires en développement".

Les pays réunis à la COP30 ont décidé de tripler les financements alloués à l'adaptation d'ici à 2035. "La COP30 n'a pas répondu à toutes les attentes de l'Afrique, mais elle a permis de faire progresser les choses. Il est désormais plus clair que les acteurs historiques ont des devoirs spécifiques en matière de financement climatique", a salué Jiwoh Abdulai, ministre de l'Environnement et du Changement climatique de Sierra Leone.

Une réaffirmation de l'accord de Paris

Dix ans après la COP21 et l'accord de Paris qui, pour la première fois,(Nouvelle fenêtre) avait fixé un cap et des objectifs de réduction des gaz à effet de serre, les Etats devaient présenter, lors de cette conférence au Brésil, leurs nouveaux plans climatiques pour maintenir le réchauffement mondial sous la barre de +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle. Si cet objectif est désormais jugé hors d'atteinte, l'accord de Paris a permis de limiter les dégâts : au lieu de se diriger vers un réchauffement de l'ordre de 4°C, la planète suit une pente l'amenant vers +2,5°C.(Nouvelle fenêtre)

À lire aussi

COP30 à Belém : voici comment le thermomètre mondial s'emballe, malgré les objectifs de l'accord de Paris

A la COP30, les pays ont ainsi constaté ces "lacunes". "Malgré les progrès accomplis, les trajectoires mondiales des émissions de gaz à effet de serre ne sont pas encore conformes à l'objectif de température de l'accord de Paris, et la fenêtre d'opportunité pour rehausser les ambitions et mettre en œuvre les engagements existants afin d'y parvenir se réduit rapidement", déplore le texte. Les Etats "réaffirment avec force" leur engagement envers le multilatéralisme et les objectifs de l'accord de Paris et s'engagent "à rester unis dans la poursuite des efforts". Et ce avec "l'espoir que l'accord bénéficiera à nouveau d'une quasi-universalité", référence à la sortie récente des Etats-Unis(Nouvelle fenêtre).

Une petite piqûre de rappel est faite aux pays qui n'ont pas encore publié leur feuille de route nationale, puisque seuls 122 l'ont fait dans les temps. La COP30 lance par ailleurs une "Mission Belém pour 1,5°C", afin de "renforcer l'ambition et la mise en œuvre" de ces plans.

Un fonds d'un nouveau genre pour protéger les forêts tropicales

La COP30, qui s'est déroulée en Amazonie, souligne "l'importance de conserver, protéger et restaurer la nature et les écosystèmes". Elle affiche ainsi la volonté d'intensifier "les efforts visant à stopper et inverser la déforestation et la dégradation des forêts d'ici à 2030". C'est cet enjeu même qui a fait l'objet de l'une des premières grandes annonces du sommet : le président brésilien a créé un mécanisme d'un nouveau genre pour protéger les forêts tropicales, la Facilité de financement des forêts tropicales(Nouvelle fenêtre) (TFFF). Concrètement, il s'agit d'un fonds d'investissements, qui sera abondé d'abord par des Etats, puis par des entreprises pour investir sur les marchés et financer la transition énergétique. Les profits, après paiement des intérêts aux investisseurs, seront reversés aux pays tropicaux présentant de faibles taux de déforestation.

À lire aussi

"Approche concrète" ou "capitalisme vert" ? On vous présente le nouveau fonds de lutte contre la déforestation annoncé par Lula pour la COP30

L'objectif est de rendre plus rentable la préservation des arbres par rapport à leur abattage, surtout dans les pays en développement, où se situent la majeure partie des forêts primaires. Ce fonds vise un rendement moyen de 5,5% sur vingt ans, soit 3,4 milliards de dollars de liquidités par an. De quoi tripler le financement international non remboursable alloué aux forêts. Plusieurs pays ont déjà annoncé qu'ils participeraient à ce fonds, dont le Brésil, l'Indonésie, la Norvège, le Portugal, l'Allemagne et la France.

Ce nouveau système ne fait toutefois pas fait l'unanimité : "Sans une réglementation stricte visant à mettre fin aux flux financiers vers les industries destructrices, le TFFF risque de devenir un énième mécanisme bien intentionné pris au piège dans un système défaillant", a réagi Tom Picken, de l'organisation environnementale Rainforest Action Network. La Global Forest Coalition estime de son côté que ce fonds est une "fausse solution" et dénonce le "capitalisme vert". Malgré les réticences, ce nouveau fonds "vaut mieux que d'attendre la solution parfaite, nuance Mauricio Voivodic, de l'ONG WWF, qui a participé à son élaboration. Il n'y a pas de solution miracle." Une feuille de route pour arrêter la déforestation a par ailleurs été annoncée par la présidence de la COP, samedi.

Une meilleure prise en compte des peuples autochtones

C'est l'image qui restera de la COP30. Des dizaines de représentants des peuples autochtones ont bloqué pacifiquement l'entrée de la conférence de l'ONU(Nouvelle fenêtre), samedi 15 novembre. "Nous espérons que les dirigeants mondiaux réunis à la COP30 prendront en considération notre existence et respecteront nos droits", ont notamment réclamé les membres du peuple des Munduruku.

À lire aussi : Reportage

"C'est pour montrer que nous existons" : à Belém, en marge de la COP, des milliers de militants et d'indigènes marchent pour le climat

Réunis samedi 22 novembre, les pays du monde entier ont signé en faveur d'une reconnaissance "des droits des peuples autochtones, ainsi que leurs droits fonciers, et leurs savoirs traditionnels", et souligné leur "rôle important et [leur] engagement". Lors de la clôture du sommet des Peuples(Nouvelle fenêtre), organisés en marge de la COP30, dimanche 16 novembre, le gouvernement brésilien a annoncé que plus de démarcations – et donc de protection – de leur territoires seraient actées dans l'année à venir. La démarcation est une étape intermédiaire dans le processus de reconnaissance des terres appartenant aux autochtones, qui obtiennent le statut de réserves inviolables et protégées après homologation par le président. De nouveaux territoires ont déjà été délimités dans sept Etats du pays, au bénéfice des peuples munduruku, tupinamba, guarani-kaiwa et pataxo notamment, selon un communiqué de l'exécutif brésilien.

Des engagements pour diminuer les émissions de méthane 

Invisible, inodore, mais très nocif… Plusieurs engagements ont vu le jour durant la COP30 concernant le méthane(Nouvelle fenêtre). Généré par les bovins et les rizières et par les fuites de gaz fossile dans les gazoducs et les installations gazières, il est le deuxième plus important gaz à effet de serre après le CO2. Sept pays, dont la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Canada, se sont engagés à réduire presque à zéro leurs émissions de méthane liées aux énergies fossiles, "le moyen le plus rapide de ralentir le réchauffement climatique" selon une déclaration commune.

À lire aussi

La guerre est déclarée contre le méthane, gaz à effet de serre plus puissant que le CO2 mais plus simple à combattre

Egalement à l'occasion de la COP30, le Brésil et le Royaume-Uni ont lancé un programme de trois ans visant à réduire les émissions de super-polluants dans les pays éligibles à l'aide publique au développement, visant à enrôler 30 pays d'ici à 2030 en mobilisant 150 millions de dollars. Enfin, deux organisations, le Global Methane Hub et le Global Green Growth Institute ont annoncé un partenariat pour accélérer la réduction des émissions de méthane dans les pays en développement, avec l'espoir de mobiliser 400 millions de dollars.

Une déclaration pour accélérer la transition vers des carburants durables

Les dirigeants de 19 pays, dont le Brésil, le Canada et le Japon, ont adopté une déclaration visant à accélérer la transition vers les carburants durables, et ainsi s'éloigner de la dépendance persistante au gaz et au pétrole. Concrètement, l'objectif annoncé est de multiplier par quatre l'utilisation des carburants durables d'ici 2035, par rapport à 2024, en passant notamment par une utilisation plus importante de l'hydrogène, des biogaz et des biocarburants.

 

 

 

 

 

  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • 11
  • 12
  • 13