Articles de la-haut
Tous les invisibles
Ceux qu'on voit à peine, les petits, ceux qu'il faut chercher pour les trouver ou tout au moins être vigilants pour ne pas les manquer.
Ceux-là sont dans le potager, ils viennent boire quand on arrose les plantations, quand on remplit les assiettes avec les pierres où ils peuvent se poser, ils viennent à l'ombre, ils se reposent, je connais certaines de leurs cachettes, je sais où je peux les voir, parfois, un mur, un tas de tuiles, le lierre, une haie, le tronc du saule pleureur, celui qui doit être centenaire, incroyable tout ce qui vit là.
Ils chassent aussi.
On est heureux de savoir qu'ils ont un refuge en ces temps de canicule et de sécheresse.
Et je pense aux millions d'entre eux qui meurent dans les incendies. On voit des images de chevreuils et de biches, les grands animaux qui tentent de s'enfuir. Mais les autres, les petits, les invisibles, ils sont condamnés.
Je veux planter une forêt entière avant de mourir, une petite forêt préservée, un mélange de tout, avec un bassin, une mare, des cachettes pour tous ceux qu'on ne voit pas.












Avec un temps de retard...
Depuis plus de trois semaines que les gens en parlent sur les réseaux sociaux, les "décideurs" ont enfin réagi...C'est bien aussi que des "forces de l'ordre" se retrouvent auprès des pompiers. Ils hésiteront peut-être à leur taper dessus la prochaine fois qu'ils demanderont des moyens supplémentaires. On n'oublie pas...
Des camions lanceurs d'eau de la police nationale désormais engagés contre l'incendie en Gironde
Utilisés traditionnellement lors des manifestations, ces engins auront pour mission de protéger des sites sensibles et d'attaquer la lisière du feu, depuis les routes praticables.
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Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié le 30/07/2026 14:48 Mis à jour le 30/07/2026 14:51
Temps de lecture : 2min :quality(50)/2026/07/30/6a6b3d2c54cca016297772.jpg)
Plusieurs camions lanceurs d'eau des CRS sont arrivés en Gironde pour prêter assistance aux pompiers. (POLICE NATIONALE)
Et maintenant, des camions de la police nationale contre les flammes. Sept engins lanceurs d'eau sont mobilisés contre l'incendie en Gironde, a annoncé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, jeudi 30 juillet. "Ce sont des moyens employés traditionnellement pour la gestion des manifestations qui ont été mis à disposition", a-t-il déclaré devant la presse. Ils auront pour mission de "protéger des sites sensibles" ou "d'attaquer la lisière du feu", à "partir de voies carrossables". Cela faisait plusieurs jours que cette option était évoquée, alors que le traitement des lisières de l'incendie mobilise d'importants moyens (feux tactiques, déboisement, etc.).
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Plusieurs véhicules lanceurs d'eau des CRS ont été envoyés en Gironde pour sécuriser des bâtiments sensibles potentiellement menacés par les flammes. (CRS UN1TE)
Les premiers camions sont arrivés de Bordeaux et Rennes (CRS 14 et CRS 9) durant la soirée, avant d'être rejoints durant la nuit par des véhicules venus de Lyon (CRS 45), explique à franceinfo Fabien Compayrot, secrétaire régional du syndicat Alliance CRS. Ils sont déployés à Saint-Médard-en-Jalles, près du feu en cours au camp militaire de Souge, et se tiennent prêts pour épauler les pompiers en bordure de route, si les flammes devaient se propager vers la Direction générale de l'armement. "Il ne s'agit pas de véhicules tout-terrain, et ils ne pourront pas partir en forêt ou sur des zones sableuses", avertit toutefois le syndicaliste.
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La mission actuelle de ces véhicules est de protéger les bâtiments sensibles, précise à franceinfo la police nationale. "Ils sont donc plutôt en statique, avec le réservoir plein, et ils sont prêts à arroser si le feu devait arriver." A ce stade, aucun autre renfort supplémentaire n'est prévu concernant ces lanceurs d'eau.
Une possible réserve pour les véhicules de pompiers
Ces véhicules ont une capacité de 6 000 litres ou 10 000 litres, selon les modèles. En fonction des situations, ils peuvent tirer des jets d'eau directs ou pulvériser le liquide depuis les lances. Si besoin, ces véhicules pourront également se brancher aux bornes incendie pour alimenter les véhicules de pompiers, depuis leurs réserves. "Nous sommes là comme une assistance, en renfort des pompiers, précise Fabien Compayrot. Ce sont eux qui décideront et nous, on s'adaptera." A 14 heures, jeudi, les camions des CRS n'avaient pas encore été sollicités par le commandement des sapeurs-pompiers.
"Cela faisait plusieurs jours que nous réclamions à la Direction générale de la sécurité civile le déploiement de ces lanceurs d'eau", explique à franceinfo Olivier Cappe, secrétaire national CRS Un1té, "car on trouvait dommage que des agriculteurs et de simples citoyens viennent en aide aux pompiers avec de simples tuyaux, alors que nous avions du matériel au garage." Le syndicaliste explique que ces véhicules ont "pour vocation de travailler en deuxième ou en troisième ligne" et qu'ils permettront peut-être de soulager un peu les pompiers, dans une phase critique où la fatigue commence à gagner. Olivier Cappe évoque également d'autres pistes, comme celle des motopompes, des moteurs reliés à de longs tuyaux aux bornes à incendie, qui peuvent également arroser. Ou l'acheminement de camions cuisines autonomes, pour venir en aide aux sinistrés.
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Plusieurs véhicules lanceurs d'eau des CRS ont été envoyés en Gironde pour sécuriser des bâtiments sensibles potentiellement menacés par les flammes. (CRS UN1TE)
Au total, une cinquantaine de CRS sont venus prêter main-forte dans le secteur. "Les collègues étaient demandeurs de cette mission, avec vraiment le sentiment de se sentir utile", constate Fabien Compayrot. A ce stade, il est encore trop tôt pour savoir combien de temps va durer l'opération. La police nationale n'est pas la seule composante à avoir engagé ses véhicules. La gendarmerie nationale avait déjà déployé dix blindés Centaure, afin d'appuyer les secours, et les militaires du génie civil avaient dépêché d'importants moyens aériens ainsi que des bulldozers pour élargir des pistes forestières et créer des pare-feu.
L'ombrage, le paillage, l'arrosage.
Voilà ce qui nous guide dans notre "travail" quotidien sur le terrain.
L'ombrage, le paillage, l'arrosage.

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Le changement climatique nous oblige à repenser même nos gestes les plus quotidiens, et l’arrosage s’est bien intégré dans le nôtre ces dernières semaines !
Voici comment optimiser cette étape désormais indispensable, en qualité comme en quantité, pour favoriser des systèmes racinaires profonds et autonomes.
Quantité avant tout : le bassinage
L’idée phare est d’arroser les racines et pas le sol. L’arrosage superficiel oblige le système racinaire à pousser en surface et il perd toute robustesse en cas de sécheresse (ou de vacances du jardinier). Je privilégie toujours des arrosages longs et abondants plutôt que des apports quotidiens superficiels. L’objectif ? saturer le sol en eau. Le meilleur réservoir d’eau est DANS le sol, pas dans les cuves ni les tuyaux. J’attends alors (c’est long) jusqu’à ce que la terre n’arrive plus à boire : l’excédent s’infiltre et se stocke alors en profondeur. Les racines s’y développeront alors naturellement et puiseront dans la réserve utile, plutôt que de rester vers la surface brûlante. L’arrosage devient plus long mais n’est plus quotidien car la réserve utile peut rester plusieurs jours (surtout si paillage+ombrage).
Le goutte-à-goutte induit un chemin préférentiel de l’eau et limite donc la surface de réserve utile dans le sol, préférer les tuyaux microporeux, quand c’est possible.
Qualité : adaptée au cycle physiologique du végétal
L’observation est indispensable et arroser uniformément n’a pas de sens car les différents stades n’ont pas les mêmes besoins :
Plantes en phase végétative : jeunes pousses fraîches et tendres. J’arrose abondamment pour maintenir la pousse, même en cas de canicule. Si le cycle repart au végétatif, ça va être lent, voire trop tard pour repartir en croissance.
Plantes en repos physiologique : feuilles vert foncé et dures. Je peux modérer mes apports et les limiter à la survie car elles sont beaucoup moins fragiles.
Timing optimal
Le soir est le pire moment : amplitude thermique importante entre l'eau d'arrosage, souvent froide (issue du réseau), et un sol surchauffé. Une bonne partie de l’eau va s’évaporer en formant de plus des conditions idéales pour les maladies fongiques (coucou mildiou).
« L’eau appelle l’eau », un adage à inscrire partout : un sol déjà humide sera plus apte à accueillir l’arrosage, une pluie ou un bon vieil orage cévenol des familles car le VRAI BON moment pour arroser : c’est avant la pluie !
Paillage, mais est-ce encore nécessaire de le mentionner ? « Sol nu, sol foutu », surtout avec les UV qu’il y a en ce moment, vous stérilisez littéralement votre sol, tout en créant une autoroute pour l’évaporation de l’eau du sol. « Sol couvert, sol prospère » : paillage vivant, mulch divers, tout est bon.
L’ombrage : encore exotique et « novateur » il y a dix ans, est devenu une urgence absolue désormais. Elle fera l’objet d’un prochain post (je suis toujours trop long).
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L'étymologie du mot crise en grec, crisis, signifie : nécessité de discerner et de faire un choix. Et cette cata climatique à défaut d’autre chose nous offre un regard sur nos choix pour demain.
La problématique actuelle n’est pas que le manque d’eau : chaleur, effet sèche-cheveux et brûlures du soleil. Et, pour un sujet encore exotique il y a une dizaine d’année, l’ombrage devient non une « innovation » ou un sujet de discussion, mais une absolue nécessité. Plusieurs possibilités d'ombrage, pour ce post je me contenterais de parler de l’étage clairement grand vainqueur de l’été : les lianes.
Cette année c’est une révélation : tout crève, les lianes restent vertes et poussent. Petit topo sur ce qui me semble LA stratégie pour ce climat de l’enfer qui nous attend.
Pour cela une stratégie gagnante et rapide est d’utiliser les plantes grimpantes pour apporter rapidement protection pour les autres végétaux.
Pourquoi ce super-pouvoir ?
Une facilité à optimiser les ressources en eau :
- la rosée (via des feuilles légèrement pubescentes chez certaines vignes par exemple),
- la condensation ( lierre et clématite),
- l’absorption foliaire : la passiflore peut absorber jusqu’à 30% de ses besoin en eau par les feuilles (études de l’INRAE, 2020).
L’effet parapluie limite
- l’évaporation du sol (jusqu’à 40% d’économie d’eau vs. plantes au sol, source : FAO, 2021)
- le stress thermique : le couvert végétal (grimpantes, arbres, arbustes) réduit la température de surface de 10 à 27°C, avec un moyen de -18°C (étude de l’INRA PACA en 2024)
- La dessiccation par le vent (jusqu’à 30% de perte d’eau en plus sans protection, source : Météo France, 2022).
Physiologiquement, elles peuvent se rapprocher des plantes du désert, par leur :
- feuilles : souvent épaisses avec une large cuticule, parfois cireuses. Pour la vigne, c’est une réduction de 30% de la transpiration vs. feuilles tendres. Certaines les perdent rapidement en cas de sécheresse (stratégie « dormante »), c’est le cas de la bignone. Chez les passiflores, les stomates sont ouverts seulement la nuit pour limiter les pertes la journée.
- tiges : certaines stockent l’eau dans les tiges (kiwi, akebia)
- d’autres dans des rhizomes (glycine tubéreuse).
Contre un mur, l’effet "cheminée" pour l’air chaud :
Les grimpantes sur treillis ou murs créent une circulation d’air qui évacue la chaleur. Ex : une clématite sur un mur en pierre réduit la température du mur de 10°C en 2 heures (étude thermique, 2024).
Pourquoi les grimpantes sont la 1ère solution pour adapter nos systèmes au monde de demain ?
- Elles poussent vite : la glycine tubéreuse peut couvrir 100m² en 6 mois, la vigne pousser de 2 à 5 m/an, etc.
- elles sont adaptées à la canicule et la sècheresse,
- il leur suffit d'un support, simple et rapide : grillage, filets, pergolas, murs,
- une majorité sont comestibles
- elles sont un havre pour la biodiversité.
Le temps de l'adaptation est là et nous n'avons pas les moyens de rater le train !
Les principes de l'agroforesterie
Publié : 18 Juillet 2026
https://www.librairie-permaculturelle.fr/blog/l-agroforesterie-a-l-echelle-du-jardin-une-agriculture-pensee-pour-100-m-a-1-h-n58
L'agroforesterie à l'échelle du jardin, une agriculture pensée pour 100m² à 1 ha
Catégories : Jardinage , Permaculture
1. À quoi sert l'agroforesterie sur un petit terrain ?
2. Qu'est-ce que l'agroforesterie, et en quoi diffère-t-elle de la permaculture ?
3. Passer à l'action : les voies agroforestières adaptées à un petit terrain
3.1 La haie, la porte d'entrée la plus accessible
3.2 Le verger permaculturel, la méthode Sobkowiak
3.3 Le verger classique et la haie fruitière, l'amélioration de l'existant
3.4 Le jardin-forêt, imiter la forêt pour produire toute l'année
3.5 La guilde fruitière, l'unité de base du jardin-forêt
3.6 La syntropie, une agroforesterie inspirée des tropiques
3.7 L'agroforesterie maraîchère, du potager à la microferme
Quels sont les principes de l'agroforesterie ?
Quelle est la différence entre permaculture et agroforesterie ?
Quels sont les inconvénients de l'agroforesterie ?
Quel type d'arbre choisir pour l'agroforesterie ?
Quel est le prix d'une plantation agroforestière ?
Toute la littérature sur l'agroforesterie parle d'exploitations agricoles, d'hectares et de rendements. Rien, ou presque, pour qui possède un jardin, un ancien verger ou une parcelle de quelques centaines de mètres carrés. Voici comment transposer les principes de l'agroforesterie à cette échelle, et par quelle voie commencer selon votre terrain.
1. À quoi sert l'agroforesterie sur un petit terrain ?
Un arbre planté au milieu d'une culture change tout. Il modifie le microclimat, ralentit le vent, ombrage aux heures chaudes et restitue en surface une partie de l'eau et des minéraux puisés en profondeur par ses racines. Sur une grande exploitation, ces effets se mesurent en tonnes de récolte à l'hectare. Sur un terrain de 500 m² ou 1 ha, ils se traduisent très concrètement : un sol qui retient mieux l'eau en été, des cultures moins stressées par la chaleur, une biodiversité auxiliaire (pollinisateurs, oiseaux, insectes prédateurs) qui s'installe durablement.
L'arbre n'est pas un concurrent du potager, c'est son allié le plus sous-estimé.
Cela permet aussi de diversifier la production sur une même surface, de réduire la dépendance à un seul type de récolte, et souvent d'amortir un aléa climatique (gel tardif, canicule) grâce à la variété des strates végétales en présence.
2. Qu'est-ce que l'agroforesterie, et en quoi diffère-t-elle de la permaculture ?
L'agroforesterie associe, sur une même parcelle, des arbres et une production agricole, cultures ou élevage. C'est une pratique agricole simplifiée, structurée en France depuis les années 90. Elle tire ses inspirations d'anciennes pratiques traditionnelles en usage dans les zones tropicales du globe, qu'Emmanuel Torquebiau a nommées "agroforêts" dans son ouvrage de référence.
L'agroforesterie, des arbres et des champs, Emmanuel Torquebiau, propose une synthèse complète sur les origines et les formes de l'agroforesterie à travers le monde, utile pour comprendre d'où viennent les pratiques que l'on retrouve aujourd'hui en France.
Les oasis du désert sont elles aussi une forme d'agroforesterie, elles mélangent toutes sortes d'arbres fruitiers aux cultures pour protéger celles-ci du climat aride. L'agroforesterie telle qu'elle est pratiquée et promue en France reste, en comparaison, une pratique agricole simplifiée. La forme la plus courante aux champs, ce sont des lignes d'arbres d'une seule espèce avec une culture de plein champ entre les lignes, soit deux types de végétaux seulement, quand une agroforêt ou une oasis peut en compter une quinzaine de différentes.
Agroforesterie, des arbres et des cultures, Fabien Liagre, coécrit avec Christian Dupraz, est le manuel de référence pour comprendre les fondamentaux techniques de cette version française : associations arbres-cultures, gestion de la concurrence racinaire, choix des essences selon le sol.
La permaculture, elle, n'est pas une technique mais une démarche de conception globale, elle s'inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels et cherche à en reproduire les principes. Or les écosystèmes les plus résilients sont bien souvent des forêts, ce qui explique que la permaculture utilise si naturellement l'arbre, plante vivace de surcroît, comme pilier central de n'importe quel aménagement. L'agroforesterie s'y intègre donc naturellement, notamment via le jardin-forêt, qui applique ces principes à l'imitation d'un écosystème forestier comestible.
Introduction à la permaculture, Bill Mollison, est le texte fondateur du mouvement, par son créateur. Utile pour situer où s'arrête la technique agroforestière et où commence la démarche de conception qui l'englobe.
3. Passer à l'action : les voies agroforestières adaptées à un petit terrain
Pour le regard d'un permaculteur, il n'existe pas une seule façon de faire de l'agroforesterie sur un petit terrain. Le choix de la forme que vous retiendrez dépend de votre surface, de votre terroir (votre type de sol et le climat spécifique du lieu) et du temps que vous pouvez y consacrer.
3.1 La haie, la porte d'entrée la plus accessible
Sur quelques dizaines de mètres linéaires, une haie champêtre associant essences fruitières, arbustives et fixatrices d'azote (aulne, robinier) constitue déjà une forme d'agroforesterie linéaire. Elle protège du vent, héberge des auxiliaires et peut produire du bois de chauffage à terme.
Planter des haies, Dominique Soltner, est un guide pratique et précis pour choisir les essences selon votre sol et votre climat, calculer les densités de plantation et anticiper l'entretien sur les dix premières années.
3.2 Le verger permaculturel, la méthode Sobkowiak
Le verger permaculturel, forme la plus documentée de verger agroforestier, est issu du travail du québécois Stefan Sobkowiak. Sur son verger de Miracle Farms, il associe pommiers, poiriers et pruniers à des arbustes fruitiers et des plantes couvre-sol, en lignes courbes plutôt qu'en rangs rectilignes, pour rompre la propagation des maladies et faciliter la circulation des auxiliaires.
Le verger permaculturel, Stephan Sobkowiak, filme concrètement la conception et l'entretien d'un verger permaculturel sur plusieurs années, un format particulièrement parlant pour visualiser la méthode avant de se lancer.
3.3 Le verger classique et la haie fruitière, l'amélioration de l'existant
Sur un terrain déjà planté d'un verger classique, en lignes ou en quinconce, il n'est pas nécessaire de tout redessiner pour le rendre agroforestier. Evelyne Leterme a développé le concept de haie fruitière, qui consiste à border ou entrecouper les rangs de fruitiers existants d'arbustes et de vivaces choisis pour leur intérêt mellifère et leur capacité à héberger des auxiliaires.
La biodiversité amie du verger, Evelyne Leterme, explique comment un verger bien conçu attire naturellement pollinisateurs et prédateurs de ravageurs, réduisant d'autant les interventions phytosanitaires, sans nécessiter de replanter l'existant.
3.4 Le jardin-forêt, imiter la forêt pour produire toute l'année
Le jardin-forêt superpose plusieurs strates végétales (canopée, arbustes, vivaces, sol) sur une surface réduite, de 10 m² à plusieurs hectares.
La forêt gourmande, Fabrice Desjours, présente vingt projets concrets, du micro-jardin urbain à la parcelle d'un hectare, avec un niveau de détail qui permet de transposer directement à votre surface.
3.5 La guilde fruitière, l'unité de base du jardin-forêt
La guilde fruitière est l'unité de base du jardin-forêt, et non de l'agroforesterie au sens strict. Elle s'inspire d'une observation de terrain : sur des terroirs similaires, on retrouve souvent les mêmes cohortes de plantes occuper les strates supérieures, intermédiaires et inférieures autour d'un arbre. Pour qui possède déjà un ou plusieurs arbres fruitiers isolés au milieu du jardin, il est judicieux d'y créer une guilde en ajoutant une plante grimpante, des couvre-sols et quelques aromatiques vivaces.
Créer des guildes d'abondance, Lionel Rimbert, détaille des associations testées, arbre par arbre, pour tirer parti de chaque strate autour du fruitier sans concurrence excessive.
3.6 La syntropie, une agroforesterie inspirée des tropiques
Développée au Brésil par Ernst Götsch, l'agriculture syntropique densifie les plantations et accélère la succession végétale pour restaurer un sol dégradé en quelques années. Elle devient une stratégie particulièrement intéressante face aux étés caniculaires qui se succèdent désormais presque chaque année, la densité de plantation et la couverture permanente du sol limitent l'évaporation et protègent les cultures des pics de chaleur.
Bienvenue en syntropie, Anaëlle Théry, adapte ces principes aux climats occidentaux, avec des repères concrets pour un jardin d'abondance sous nos latitudes.
3.7 L'agroforesterie maraîchère, du potager à la microferme
L'enjeu principal de l'agroforesterie maraîchère est la praticité des récoltes, afin d'économiser du temps sur une activité qui en manque déjà. C'est pourquoi on retrouve le plus souvent, chez les maraîchers inspirés par la permaculture, des planches de légumes séparées par des lignes d'arbres fruitiers avec des plantes à petits fruits intercalées, plutôt qu'un mélange dense difficile à récolter.
Permaculture, guérir la Terre, nourrir les hommes, Charles et Perrine Hervé-Gruyer, raconte la ferme du Bec Hellouin, référence française de l'agroforesterie maraîchère à petite échelle.
Agroforesterie et maraîchage, Leon Schleep, plus technique, détaille les associations arbres-légumes qui fonctionnent réellement en planches maraîchères, densités et espacements à l'appui.
Vous n'avez pas besoin d'un hectare pour commencer. Une haie de dix mètres ou une guilde autour d'un pommier suffisent à tester les principes de l'agroforesterie avant de les étendre à l'ensemble du terrain.
Quels sont les principes de l'agroforesterie ?
L'agroforesterie associe sur une même parcelle des arbres et une production agricole, cultures ou élevage. L'arbre y joue plusieurs rôles à la fois : il ombrage aux heures chaudes, améliore la fertilité du sol par son système racinaire profond, favorise la biodiversité auxiliaire et peut lui-même produire du bois ou des fruits. Sur un petit terrain, ces principes se traduisent à l'échelle d'une haie, d'un verger ou d'une simple guilde autour d'un fruitier.
Quelle est la différence entre permaculture et agroforesterie ?
L'agroforesterie est une technique agricole précise, avec des règles de densité et d'association éprouvées. La permaculture est une démarche de conception globale qui s'inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels. Les deux se complètent très bien, vous pouvez intégrer des pratiques agroforestières dans un design permacole, notamment via le jardin-forêt, qui applique ces principes à l'imitation d'un écosystème forestier comestible.
Quels sont les inconvénients de l'agroforesterie ?
La concurrence entre arbres et cultures pour la lumière, l'eau et les nutriments reste le principal point de vigilance. Elle se gère par un bon choix d'essences et un design réfléchi, qui transforment cette concurrence en complémentarité. C'est exactement ce que détaille Agroforesterie, des arbres et des cultures, Fabien Liagre, qui explique comment limiter cette concurrence racinaire selon le type de sol.
Quel type d'arbre choisir pour l'agroforesterie ?
Fruitiers, fixateurs d'azote comme l'aulne ou le robinier, arbres fourragers ou de bois d'œuvre, le choix dépend de vos objectifs et de votre sol. Mieux vaut mélanger les essences plutôt que de miser sur une seule espèce, à l'image de ce que propose Créer des guildes d'abondance, Lionel Rimbert, pour organiser plusieurs essences complémentaires autour d'un même arbre.
Quel est le prix d'une plantation agroforestière ?
À l'échelle d'une exploitation agricole, comptez de 300 à 500 euros par hectare pour environ 60 arbres, selon les essences. À l'échelle d'un jardin, quelques dizaines d'euros suffisent pour démarrer avec de jeunes plants, une haie de dix mètres ou une première guilde autour d'un fruitier existant.
A la maison
Il n'y avait qu'un tout petit potager quand on a acheté cette maison en mars 2025. J'ai tout de suite construit une pergola. L'expérience dans la Creuse pendant quatre ans nous a montré que l'ombrage est absolument indispensable désormais. Rien ne peut survivre en plein soleil. Des paillasses couvrent toute la surface et peu à peu toutes les plantes grimpantes, vignes, akabias, muriers sans épines, chèvrefeuille et autres "lianes" prennent la place.
Maintenant, l'ombrage ne suffit pas. Il faut également protéger le potager du vent chaud, celui qui fait l'effet d'un "sèche-cheveu" et pour ça il faut des arbres, beaucoup d'arbres, une barrière naturelle.
Il n'y avait aucun arbre dans cette zone du terrain quand on est arrivé. Et très peu d'arbres sur l'ensemble de la propriété ( 1 hectare). On connait les bienfaits de l'agro-foresterie. Donc, on a planté, planté, planté et maintenant, on lutte pour que tout ça survive. Quatrième canicule... Le vent brûlant et les températures sont infernales.

La source nous sauve et quand elle ne donne plus assez, on prend sur le réseau. On ne devrait pas avoir besoin d'arroser autant mais si quelqu'un se souvient de quand date la dernière pluie, il a bonne mémoire...Sans ce vent brûlant, ça pourrait tenir mais imaginez qu'on vous passe un sèche-cheveu sur la tête pendant des jours et des jours. Les érables, les frênes, les chênes, les bouleaux, et même les robiniers faux-acacias ont déjà des feuilles sèches, brûlées, elles craquent dans les mains. Heureusement, on voit sous le paillage, des nouvelles pousses qui résistent. On espère qu'elles tiendront jusqu'à l'automne. La plupart des jeunes arbres sont ombragés par des tipis de planches qui les protègent du soleil et leur laissent quand même la lumière. J'ai vu sur le saule tortueux des feuilles qui dépassaient des planches griller en quelques jours alors que le reste de l'arbre tient le coup. Il faut qu'on les sauve, encore un été au moins et ils seront assez enracinés pour résister. Sauf au vent brûlant pour ceux qui seront isolés. Et donc, à l'automne, on va reprendre nos plantations en essayant de faire partir des arbres qui auront au moins un mètre de haut. Plus de résineux sauf les cèdres. Les autres, sapins et épicéas, ne tiennent pas, sauf s'ils sont ombragés.

Il n'y avait aucun arbre à cet endroit du terrain. Pour l'instant, ils survivent. Mais le sol est très "pauvre", les trois gros résineux qui bordent cette partie du terrain ne sont aucunement favorables pour l'amendement du sol. On couvre de broyat et à l'autome, on y dépose toutes les feuilles qu'on ramasse. Dans deux, trois ans, avec tous les feuillus qu'on a plantés, ça ira mieux. Pommiers, pêchers, abricotiers, muriers, saules, frênes, polownia, des amaranthes, des tournesols, oliviers châtaigners etc etc...Nourrir le sol, nourrir le sol, le couvrir, le protéger. Planter pour faire de l'ombre et protéger du vent. On est dans la phase cruciale. Si 90 % des plantations survivent, dans trois, quatre ans, on sera bien.
Si aucun incendie ne vient tout détruire...

Parc solaire géant
Voilà un projet qui pourrait bien refaire surface.
Non, je ne critique pas le solaire. On a seize panneaux solaires sur le toit de la maison.
Non, je ne suspecte pas un feu volontaire pour accélérer les démarches... Disons que certains financiers ne vont pas manquer de revenir à la charge. Le problème n'est ni le solaire, ni l'éolien, ni le nucléaire mais de savoir ce qu'on fait de l'électricité produite. S'il s'agit de s'en servir à des fins secondaires, alors je suis contre toutes les formes de productions électriques. S'il s'agit de les employer à des fins nécessaires, indispensables, incontournables alors, toutes les productions sont justifiables. Je n'inclus pas le charbon, bien évidemment. Le problème, c'est que nous, citoyens, n'avons aucun regard, aucun droit, aucune possibilité d'intervenir sur l'usage fait de l'électricité. Là encore, ce sont les gouvernants et par conséquent les financiers qui les dirigent qui restent les maîtres des choix. Il nous reste le choix d'économiser ou de gaspiller l'électricité qui nous est fournie. Là, en ce moment, pour éclairer mon clavier, j'utilise une lampe solaire sur pied, portable. (45 euros, 7 heures d'autonomie); Pas de télévision. La seule consommation électrique "secondaire", c'est celle de mon ordinateur et celui de Nathalie.
Le plus grand « méga-parc » solaire d’Europe sera-t-il construit en France en 2026 ?

Article publié le 18 septembre 2025
✅ Mis à jour le 4 janvier 2026
Au sud de Bordeaux, Horizeo devait devenir le symbole du solaire français. Engie et Neoen veulent y installer un méga-parc photovoltaïque de 820 mégawatts de puissance sur 680 hectares de forêt, soit l’équivalent de l’alimentation électrique de plus de 600 000 habitants. L’objectif officiel reste une mise en service en 2026, mais le projet est à l’arrêt depuis plus d’un an. La loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN), qui limite les centrales solaires en forêt à 25 hectares, bloque ce chantier hors norme.
Les défenseurs de l’environnement dénoncent déjà la destruction d’un massif forestier unique en Europe et les pompiers du département alertent sur un risque d’incendie accru. Les porteurs du projet assurent que 2026 reste possible, mais tout dépend d’une décision politique qui se fait attendre.
Le chantier du « méga-parc » solaire en suspens
Les demandes d’autorisation ont été déposées en février 2024, mais l’enquête publique n’a toujours pas démarré. Le rapport sur la plateforme énergétique bas carbone et mise en compatibilité du PLU de Saucats, publié le 5 juillet 2025, souligne que « l’État n’a pas fait connaître sa position quant à l’inscription d’Horizeo sur une nouvelle liste de projets de grande ampleur ». La commune de Saucats rappelle aussi que le site consommerait près de la moitié de la capacité foncière prévue par le SCoT local, un chiffre qui alimente la polémique. Sans dérogation de la loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN), impossible de dépasser la limite légale des 25 hectares.
Face à ce blocage, les dirigeants d’Engie et de Neoen ont durci le ton. Le 10 avril 2025, Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, a déclaré au Sénat :
« Je serai bientôt contrainte d’y mettre un terme, malgré le soutien local et les millions d’euros déjà investis. »
Projet Horizeo en Gironde : vers un abandon du plus grand parc photovoltaïque de France ?

En juin 2025, Xavier Barbaro, PDG de Neoen, a ajouté :
« Tout est prêt, à la fois le projet et les zones de reboisement. Ce qui nous manque, ce sont les autorisations zéro artificialisation nette. »
Le gouvernement envoie des signaux ambigus. Michel Barnier, Premier ministre, s’est dit en novembre 2024 « favorable à une exemption de cinq ans pour l’industrie » et, le 1er octobre 2024, il a promis d’« adapter la réglementation de manière pragmatique ». Mais aucun texte n’a encore été adopté. La proposition de loi TRACE, adoptée en première lecture au Sénat en mars 2025, pourrait exclure les projets d’énergies renouvelables du calcul d’artificialisation, mais son parcours parlementaire reste incertain.
La forêt des Landes de Gascogne sous tension
Le site choisi se trouve au cœur du massif des Landes de Gascogne, l’un des plus grands ensembles forestiers d’Europe. Associations écologistes, chasseurs et syndicats sylvicoles redoutent la fragmentation des habitats et un risque accru d’incendie.
Les pompiers rappellent que des départs de feu ont déjà touché des parcs solaires du Sud-Ouest en 2018. Les promoteurs promettent de replanter le double de la surface défrichée, de créer des couloirs de biodiversité et d’installer un vaste système de batteries de stockage pour sécuriser la production, mais la contestation reste vive.

Forêt des Landes
Photovoltaïque : l’Europe avance, la France piétine
Pendant que le dossier girondin stagne, les projets de parcs photovoltaïque géants se multiplient en Europe. En Allemagne, la centrale de Witznitz a été raccordée en 2024 : 605 MW sur 500 hectares, construits en moins de deux ans et sans subvention publique.
Au Portugal, la centrale Fernando Pessoa, annoncée pour 2025, vise 1 200 MWc et deviendra la plus puissante d’Europe, capable d’alimenter près de 430 000 foyers.
En Espagne, la centrale Francisco Pizarro fournit déjà 590 MWc depuis 2022, et d’autres parcs dépassant le demi-gigawatt sont en préparation en Andalousie. L’Italie et la Grèce annoncent elles aussi des centrales de grande ampleur d’ici la fin de la décennie.
Ces chantiers montrent qu’une réglementation plus souple et des procédures rapides peuvent diviser les délais de construction par deux. Pendant que Berlin, Lisbonne ou Madrid renforcent leur indépendance énergétique, la France hésite. Chaque mois de silence administratif élargit l’écart et rend l’ouverture d’Horizeo en 2026 toujours plus hypothétique, malgré les engagements répétés de ses promoteurs.
Le pari économique inédit d’Horizeo
Le projet Horizeo représente un budget d’environ 600 millions d’euros, financé uniquement par des contrats d’achat direct avec de grandes entreprises, sans subvention publique. Les promoteurs défendent des économies d’échelle : un site unique de 800 MW coûterait environ 7 % de moins que cent petites centrales. Ce modèle prouverait la maturité économique du solaire français, mais chaque mois de blocage complique la signature des contrats et repousse la rentabilité.
Ce projet concentre plusieurs débats de la société française : urgence climatique contre protection des forêts, ambition industrielle contre blocage réglementaire… Les écologistes dénoncent un précédent qui pourrait ouvrir la voie à d’autres coupes massives dans les massifs forestiers. Les porteurs du projet maintiennent que 2026 reste possible, mais sans décision rapide du gouvernement, la plus grande ferme solaire d’Europe pourrait rester une promesse plutôt qu’un chantier.

Rémy Martineau
Originaire des Landes, je vis à Bordeaux depuis une quinzaine d’années. Passionné par le Sud-Ouest, je partage des actus et des bons plans pour faire découvrir la Nouvelle-Aquitaine. Voir les articles de Rémy Martineau →
Comment pourrais-je parler d'autre chose ?
Huit kilomètres aujourd'hui pour arroser tous nos jeunes arbres avec mes arrosoirs de dix litres dans chaque main. J'ai sué et je leur ai parlé à chaque fois que je les arrosais, "Tenez bon, je ne vous laisserai pas, même si je dois prendre l'eau sur le réseau et payer une facture dantesque, je suis responsable de vous, c'est moi qui vous ai plantés ici, je suis responsable de vous."
Nathalie arrose le potager, sème pour les prochains mois, désherbe, coupe, paille, récolte, accroche des plantes grimpantes. Tous les deux, une matinée entière, 8 h - 13 heures.
La source a besoin de trois jours minimum sans tirage pour remonter suffisamment dans le bassin avant qu'on puisse s'en servir. Et je pense à tous ceux et celles qui n'ont pas de source et qui doivent arroser avec le réseau pour sauver leurs productions parce qu'ils en vivent, parce que c'est leur gagne-pain. Un maraîcher du coin se lève à 4 heures tous les jours et finit sa journée à 21 heures, épuisé. Il nous dit que c'est sa dernière année.
Et on guette tous l'horizon, à longueur de journée, pour repérer une fumée suspecte.
On connait très bien le village du Porge, c'est dans ce secteur de la côte qu'on a passé de merveilleux moments avec nos trois enfants, des balades à VTT dans les forêts, des journées plage à jouer dans les vagues, on reconnaît des maisons, des quartiers sur les vidéos de vues aériennes, la boule au ventre pour ces gens qui ont perdu leur bien, 175 maisons totalement détruites. On entend les habitants qui disent que le secteur de Lège Cap Ferret a été rendu prioritaire, on connaît aussi ce secteur et ces villas luxieuses avec des terrains immenses, totalement mûrés, je comprends parfaitement les gens qui parlent de "lutte des classes", le village du Porge, ce sont des gens comme vous et moi (je n'imagine pas qu'un multi millionnaire soit en train de lire mon blog...). Ce qui semble évident dans ces décisions prises par les pompiers de lutter à tel endroit plutôt qu'un autre, c'est bien le manque de matériel et de personnel. Ce qui les oblige à faire des choix, non pas, je l'espère, pour protéger certains secteurs en raison d'un caractère social de la population mais bien pour limiter l'extension des feux. C'est comme un chirurgien de guerre qui décide de sauver tel blessé plutôt qu'un autre parce que le premier a davantage de chance de survivre. Et je n'ose imaginer le conflit intérieur que ça déclenche. Un pompier a le sens de sa mission et devoir choisir est nécessairement douloureux.
Bon, il y aurait tant à dire, tellement de colère, de dégoût envers les gouvernants, ceux de maintenant comme les précédents et ceux à venir. Ils n'en ont rien à faire. Il faut bien en avoir conscience, se rappeler que Macron a fait tabasser les pompiers par les "forces de l'ordre", que la préfette de la Gironde "ne veut pas voir les agriculteurs se promener avec leurs citernes à eau" sur les incendies en soutien aux pompiers, que Attal a refusé l'enveloppe pour le renforcement de la flotte des canadairs etc etc etc etc etc etc etc.
Des pyromanes. Tous.
Il reste pourtant à chercher à comprendre, à quitter les réseaux sociaux pour aller fouiner, sortir les informations passées pour comprendre le présent, analyser la situation en cours pour comprendre les décisions prises, se projeter à partir de tout ça pour tenter de trouver des solutions pour l'avenir. Même si le mot "avenir" est devenu particulièrement anxiogène et qu'on préférerait ne pas en entendre parler.
Une première chose : il est certain que les pompiers vont devoir stopper les feux avant qu'ils n'atteignent la région bordelaise, non pas seulement pour les habitations mais parce que s'y concentrent un nombre conséquent de sites répertoriés dans la catégorie SEVESO, et là on entre dans le domaine de la catastrophe dont les conséquences ne sont pas à l'échelle de l'imaginable.
Je remets en lien ces anciens articles qui, à mon sens, ont toutes raisons d'être lus. De notre côté, l'évacuation est préparée, depuis plusieurs années, c'est une règle de vie : sacs à dos, vêtements, papiers photocopiés, clés USB, pharmacie, réserves d'eau et filtres, nourriture lyophilisée, lampes frontales, sacs à viande et duvets, tapis de sol gonflables etc... On peut penser que c'est exagéré, que vivre dans la peur, c'est malsain etc etc. Ce sont des arguments que j'ai entendus mille fois et je n'en parle plus à personne. Ici, je m'en fiche, j'ai l'habitude de recevoir des commentaires moqueurs et parfois injurieux. Je les supprime, c'est tout. Mais expliquer de vive voix pour quelles raisons il est essentiel d'anticiper, ça ne m'arrive plus. Comme disait ma Mémé Crédou "A chacun sa merde et les culs seront bien torchés" Merci Mémé.
Quant à ceux qui ont un doute sur l'anticipation, qu'ils aillent écouter les témoignages des gens qui ont été évacués à 3 heures du matin. Le temps de s'habiller et c'est tout...Et là, ils pleurent.
Site gouvernemental sur les risques majeurs
Ils doivent bien discuter au sein du gouvernement au vu des risques sur la région bordelaise. C'est sûr que les lotissements des "sans-dents", ne seront pas les priorités.
Bordeaux et sa région, des bastions de l’industrie militaire menacés par les flammes
26 juillet 2026Ecologie, État d'urgence
Guerre et écocide, premières menaces pour la population
La France est le deuxième pays exportateur d’armes du monde, et des usines militaires se trouvent dans tous les départements. Nous écrivions il y a quelques jours que l’industrie de l’armement et le changement climatique étaient une bombe à retardement.
Le 8 juillet, c’est dans le département du Cher qu’une catastrophe a été évitée de peu. Un incendie menaçait une usine de la firme KNDS, qui produit des munitions, notamment des obus. Le feu a atteint le périmètre du site, en enjambant une route départementale, à cause de cendres incandescentes emportées par le vent, et a commencé à toucher les clôtures barbelées de l’entreprise. Les flammes se sont approchées du bâtiment où se trouve «le stockage, ce que l’on appelle la soute à munitions» et les travailleurs évacués en urgence. Par miracle, le feu a été stoppé, faute de quoi, toute la zone aurait été soufflée, des riverains tués et les sols pollués pour longtemps.
Autour de Bordeaux, le risque prend une dimension infiniment plus inquiétante encore. La périphérie de la ville est le cœur du complexe militaro-industriel de la France. Une véritable poudrière, au sens littéral du terme, dont les médias dominants préfèrent ne pas trop parler.
À Mérignac, en banlieue immédiate de Bordeaux, se situe le siège principal de l’entreprise Dassault qui produit les avions de guerre Rafale. On y trouve donc de la très haute technologie militaire, et des chantiers d’avions de guerre, conçus pour larguer des missiles et des bombes nucléaires. Dans la même commune, il y a la firme Thalès qui produit notamment des drones tueurs et des composants électroniques. Toujours à Mérignac se trouvent trois centres nationaux de décision militaire. Au total, ce sont près de 15.000 emplois liés à la production d’armes concentrés sur une même commune.
Juste à côté, à Saint-Médard-en-Jalles, à 15 kilomètres du cœur de Bordeaux, il y a des sites d’ArianeGroup. Des ingénieurs et des ouvriers y construisent des missiles balistiques M51. Il s’agit d’énormes fusées contenant chacune 10 têtes nucléaires, pouvant être propulsées à 10.000 kilomètres, à une vitesse supersonique. Chacune des têtes est 10 fois plus puissante que la bombe d’Hiroshima. Sur ce site d’ArianeGroup, on charge ces missiles en propergol, un produit chimique servant à la propulsion des fusées, hautement dangereux, instable et toxique. Un autre site de la même entreprise, dans la commune de Sainte-Hélène, produit des explosifs.
Plus au sud, à Biscarosse, il y a le Centre d’essais missiles, considéré comme le cœur de la «dissuasion nucléaire française». Ce site est «spécialisé dans les essais en vol de missiles et de cibles aériennes» : l’armée y teste ses nouveaux systèmes de destruction. C’est à Biscarosse que se trouve le deuxième grand incendie qui ravage en ce moment la Gironde.
Le feu s’approche aussi du centre Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (CESTA), situé à Barp, à 30 kilomètres de Bordeaux. Un site du Commissariat à l’énergie atomique, chargé de concevoir les têtes nucléaires. Il héberge le Laser Mégajoule, un outil qui concentre une énergie destructrice phénoménale grâce à des faisceaux, permettant de recréer les conditions qui règnent lors d’une explosion nucléaire.
Pour ne rien arranger, la commune d’Ambès abrite un site de Yara, entreprise polluante stockant de grandes quantités d’engrais, explosifs au contact du feu. Yara a fait l’objet de multiplies alertes dans l’estuaire de la Loire pour non-respect des règles de sécurité. Un site Yara dans les flammes serait une véritable bombe.
La nuit dernière, la préfecture de Gironde expliquait que l’incendie s’est «propagé rapidement sous l’effet combiné de la végétation sèche et du vent, avec des rafales pouvant atteindre 40 km/h», et que le feu est désormais «ingérable» pour les pompiers, qui manquent de moyens. Des pare-feux sont actuellement réalisés pour tenter de contenir sa progression, notamment autour des sites industriels SEVESO. Le département de la Gironde compte 36 sites classés SEVESO, dont 18 «seuil haut».
L’ordre capitaliste s’est imposé par la guerre, les empires se sont constitués sur le sang, le vol et la spoliation. L’avènement d’une société de consommation ultra-carbonnée, basée sur l’industrie fossile, est responsable du désastre climatique en cours. Ainsi, ce système mortifère s’auto-alimente : des guerres pour les ressources, des ressources pillées pour financer les guerres, et toujours plus de pollution entraînant d’autres canicules, incendies et chaos.
Une crise humaine
On est rentré de notre virée en montagne, six sommets, dont certains à plus de 3000 mètres. Il faisait bon là-haut. Et puis en retrouvant le fourgon, on écoutait les infos. Et le décalage nous mettait mal à l'aise. Les paysages de montagne, les fleurs, les animaux, le silence, l'immensité, le calme, les lacs (dont le niveau était déjà très bas...)
Et puis les forêts qui brûlent. En approchant de la maison, on voyait une fumée au loin, pas très loin. Tous les départs de feu ne sont pas mentionnés dans les médias. Ils ne parlent que des plus graves. Demain, ça sera "là-bas", puis ensuite, "là-bas" et puis encore un autre "là-bas". Partout, toute la végatation du pays est en souffrance.
"On entend dire que l'humanité est confrontée à une crise écologique.
Non, c'est faux.
La nature est confrontée à une crise humaine."
Arthur Keller.
Oui, bien évidemment que nous sommes responsables.
Il y a trois sortes de pyromanes :
1) les gouvernants, les décideurs, les financiers
2) les gens qui n'ont jamais rien voulu changer à leur mode de vie
3) les détraqués qui aiment le feu.
Nous sommes la raison de tout ça. Il ne s'agit pas de s'auto-flageller sinon certains vont encore clamer haut et fort qu'ils en ont assez de "l'écologie punitive". Ou que c'est normal puisqu'on est en été.
Il s'agit de prendre conscience que non seulement rien ne changera si nous ne changeons pas mais qu'en plus, nous ne sommes qu'au début des problèmes.
J'ai entendu sur France Info l'interview de ce pilote de canadair. Le texte ne peut rendre pleinement compte de la colère de cet homme.
Je me suis dit qu'en fait, cet homme, comme tous ses collègues, luttent au risque de leur vie, avec acharnement contre des méga-feux contre lesquels les gouvernants n'ont jamais pris les décisions adéquates mais pire encore ont continué à promouvoir le fonctionnement qui contribue à ces incendies. Et qu'un grand nombre des gens qui aujourd'hui en sont victimes ont continué à croire que ce système extractiviste pouvait perdurer sans que les conséquences ne les frappent.
« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »
Jacques-Bénigne BOSSUET
"C'est scandaleux" d'avoir cinq Canadair disponibles sur 12 pour lutter contre les incendies, déplore un commandant de bord de Canadair
Le pilote considère même que le travail des Canadair face aux incendies d'une telle ampleur est "inefficace".
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Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié le 25/07/2026 09:23
Temps de lecture : 2min :quality(50)/2026/07/22/6a60bfc501f6a846604107.jpg)
Illustration d'intervention d'un Canadair (BERTRAND LANGLOIS / AFP)
"Sur les douze Canadair que la France possède, nous n'en avons que cinq disponibles, c'est juste scandaleux", déplore sur franceinfo samedi 25 juillet Grégory Prats, commandant de bord Canadair et chef de noria (nom donné à un groupement de Canadair). Il a été récemment en exercice à Fontainebleau(Nouvelle fenêtre), en Corse et vendredi dans le Var.
"À chaque fois qu'il y a un feu, il faut diviser nos forces par le nombre de feux, puisqu'on essaye d'intervenir sur chacun des feux", explique Grégory Prats, "et on se retrouve avec des norias, des patrouilles d'avions, qui sont insuffisantes, c'est-à-dire deux avions pour un feu et c'est très insuffisant", regrette-t-il. En effet, selon lui, ce manque d'avions rend "pratiquement totalement inefficace" l'action des Canadair. Sur un feu, il faudrait au moins quatre Canadair, quand ils se sont que deux actuellement.
Une maintenance qui ne suit pas
"L'industriel privé qui s'occupe de la maintenance n'arrive pas à suivre le rythme, les pièces détachées n'arrivent pas en temps et en heure" pour réparer les avions Canadair qui ne peuvent pas être actuellement utilisés par les sapeurs-pompiers, relate le commandant de bord de Canadair. Ces avions sont "sont entretenus correctement durant une année normale, mais là nous avons une année exceptionnelle, certaines pièces cassent et il faut les remplacer" et "malheureusement, elles arrivent trop tard", détaille Grégory Prats. Il souligne que la flotte française est "vieillissante", avec des premiers Canadair qui sont "arrivés en France en 1995".
Le pilote est par exemple intervenu à Fontainebleau et "mesure le tragique de situation. J'étais en train d'écoper sur sur la Seine, j'étais en train de prendre de l'eau qui avait coûté 2 milliards d'euros aux Français pour une dépollution, alors qu'avec 2 milliards d'euros on peut acheter quinze Canadair et dix ans de maintenance", se désole Grégory Prats.
"Nous faisons face à des feux d'une puissance énorme."
Grégory Prats, commandant de bord Canadair et chef de noria
à franceinfo
"On change un peu de de logiciel mental à ce moment là. Quand on voit qu'on ne sert pas à grand chose, on va éviter d'aller larguer sur le feu et on se raccroche au principe de base. La protection des personnes, la protection des biens et loin derrière la protection de la végétation. Donc on va garder cette eau pour des largages de sécurité sur des pompiers qui seraient en difficulté ou sur des maisons qui seraient menacées par les flammes. On en est réduits à faire ça" déplore le pilote.
L'avion militaire A400M mobilisé : un effet d'annonce
À propos de la mobilisation de l'avion de transport militaire Airbus A400M, déployé le mercredi 29 juillet en France pour lutter contre les incendies, "c'est un pansement sur une jambe de bois", estime Grégory Prats. "Effectivement, au niveau des chiffres, au niveau des annonces politiques, c'est exceptionnel. Vous avez un avion qui qui emporte 20 tonnes d'eau ou de retardant, mais ce n'est pas comme ça qu'il faut qu'il faut raisonner", balaie-t-il.
"Il faut raisonner en nombre de tonnes délivrées sur un sinistre à l'heure. Cet avion, il ne pourra se poser qu'à Orléans, à Mont de Marsan ou à Istres. Il n'y aura trois bases pour couvrir toute la France, c'est à dire qu'il aura des rotations de plus de 45 à 1 heure. Il va délivrer 20 tonnes sur un chantier toutes les heures ou toutes les heures et demie, alors que quatre Canadair avec un plan d'eau qui en général se situe aux alentours de de 20 kilomètres du début du chantier, nous on est capable de délivrer 120 tonnes à l'heure", conclut le pilote qui se dit "désabusé".
Ecrire en été
Un titre énigmatique mais qui ne l'est pas pour moi.
A cette époque-ci de l'année, on est en montagne, on fait un raid à vélo, on parcourt les Alpes avec le fourgon mais on n'est pas à la maison.
Depuis le début du mois de mai, on est parti trois fois, entre six et huit jours. Alpes et Pyrénées. D'ailleurs, le secteur montagneux du Diois qui a brûlé, on y était au printemps. On sait que ces forêts qu'on a traversées n'existent plus. C'est effrayant.
Donc, c'est un été très peu sportif au regard des années précédentes. Les canicules et la sécheresse, les risques d'incendies, le potager, les jeunes arbres. Voilà une bonne partie de notre vie maintenant. Je ne me plains pas parce que je sais que les maraîchers qui vivent de leur travail sont dans un stress mille fois plus puissant que le nôtre.
Mais c'est quand même la première fois de ma vie que tous les jours, je vérifie le branchement des tuyaux d'arrosage aux deux robinets extérieurs de la maison, je vérifie qu'il n'y a pas de noeuds dans les 50 mètres de tuyaux. Non pas pour l'arrosage des plantes mais pour être prêts à lutter contre un incendie qui atteindrait le terrain. On est entouré de prés et de forêts, au bout d'une impasse, avec une toute petite route unique qui n'offirait que deux voies possibles, gauche ou droite. Si le feu venait du côté de la route, on n'aurait aucune issue.
Jamais on n'aurait pu imaginer qu'un jour on en serait à se poser la question de la protection de la maison et du terrain contre un incendie. Donc, en dehors de ces trois périodes d'échappées montagnardes, on n'a pas quitté la maison.
On repart demain pour dix jours. Il a plu ici pendant une partie de la nuit dernière. Le vent brûlant s'est calmé, les températures ont baissé, le soleil ne cuit plus autant les plantes.
Alors, c'est quoi ce titre ? "écrire en été". Juste qu'hier soir, j'ai réalisé que depuis le mois de mai et la première canicule, j'avais écrit une cinquantaine de pages du tome 4 et que ça ne m'est jamais, jamais, jamais arrivé d'écrire autant à "la belle saison", celle qui désormais porte mal son nom. Mais étant donné que j'écris une histoire qui parle de l'extinction partielle de l'humanité, j'ai bien conscience que je ne sors jamais de cette vision cauchemardesque de notre présent et que cette anticipation n'en est plus une.
Regardez les images des incendies au Canada. Tous les ans, sur des surfaces sans cesse de plus en plus grandes. Comme disait Coluche en parlant des conflits au Moyen-orient (eh oui, déjà à son époque et déjà quand j'étais enfant et ça sera toujours le cas quand mes petits-enfants auront mon âge), "Tout va bien, c'est loin."
Non, ça n'est pas loin, maintenant, c'est ici en France, tous les étés. Et penser que les forêts du Canada qui brûlent, ça ne nous concernerait pas, c'est juste tellement fou que je n'arrive pas à imaginer que des gens en sont toujours là.
Alors, voilà, j'écris, j'écris tous les jours, l'après-midi quand les températures dehors sont intenables et le soir et la nuit. Je suis un privilégié, à la retraite, qui vit dans une maison en pierres avec des murs de cinquante centimètres, il fait frais.
Solidarité pour ceux et celles qui travaillent dehors.
Vivement l'automne.
Marc-André Selosse : l'impasse agricole
INTERVIEW. « On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas » : Marc-André Selosse alerte sur l'impasse agricole
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Publié le16/07/2026 à 06h10
Temps de lecture : 5 min
Alors que les vagues de chaleur mettent à genoux les exploitations françaises, le biologiste Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, oscille entre compassion pour les agriculteurs et colère face à un désastre annoncé. Pour ce spécialiste des sols et de la biodiversité, les crises agricole, climatique et écologique n'en font plus qu'une.
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Professeur au Muséum national d'histoire naturelle, biologiste reconnu pour ses travaux sur les sols et la biodiversité, Marc-André Selosse estime que les crises agricole, climatique et écologique ne font désormais plus qu'une. Alors que les canicules fragilisent les exploitations françaises, il juge que les difficultés actuelles étaient largement prévisibles et que les solutions existent déjà. À condition, dit-il, d'accepter enfin d'écouter la science.
France 3 Occitanie : Le monde agricole traverse une nouvelle crise avec cette canicule. Quel regard portez-vous sur la situation ?
Marc-André Selosse : Aujourd'hui, l'agriculture subit plusieurs crises en même temps. Il y a la chaleur et le manque d'eau, bien sûr, mais aussi la hausse du prix des engrais, qui dépend directement du gaz. Ces difficultés arrivent dans un secteur où les revenus étaient déjà dramatiquement faibles : près de 43 % des agriculteurs ne gagnent même pas le SMIC alors qu'ils travaillent bien davantage que quarante heures par semaine.
Je suis profondément touché par cette situation, parce que j'ai toujours essayé de mettre la biologie au service de l'agriculture. Mais si je fais un pas de côté, il faut aussi dire une chose : cette catastrophe était annoncée. Les changements climatiques, les tensions sur les ressources, tout cela avait été décrit par la science. Le drame, c'est que ceux qui souffrent aujourd'hui sont aussi les victimes d'un monde qui n'a pas voulu écouter ce que la science disait depuis des décennies.
À lire aussi : INTERVIEW. Canicule, scandales sanitaires, féminicides : un sociologue dévoile "la machine à catastrophes" qui nous empêche d'agir
France 3 Occitanie : Vous avez le sentiment que les politiques persistent dans les mauvaises réponses ?
Marc-André Selosse : Oui. Regardez les retenues d'eau. Creuser des trous pour stocker de l'eau, c'est un peu comme les autruches qui mettent la tête dans le sable lorsqu'il y a un problème. Cela peut répondre à une partie de la question, mais quid de la température ? Le vrai sujet est ailleurs. Il faut remettre de la matière organique dans les sols pour qu'ils retiennent davantage d'eau. Il faut restaurer leur vie biologique. Il faut aussi adapter les cultures. Je suis désolé de le dire, mais dans certains territoires le maïs n'a plus sa place. Peut-être faudra-t-il du sorgho, peut-être d'autres cultures. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est simplement la réalité climatique. Si nous avions commencé cette transition plus tôt, nous n'en serions probablement pas là.
À lire aussi : Changement climatique. La culture du sorgho moins gourmande en eau fait son chemin
France 3 Occitanie : La crise est aussi celle de la biodiversité ?
Marc-André Selosse : Oui, et c'est même une partie de la solution. Deux pratiques agricoles détruisent massivement le vivant : le labour intensif et les pesticides. Nous le savons parce que des agriculteurs expérimentent autre chose. Ceux qui abandonnent le labour voient la biomasse des sols augmenter d'environ 20 %. En agriculture biologique, on retrouve environ 50 % de biomasse supplémentaire et près de 30 % d'espèces en plus. Autrement dit, nous avons déjà la démonstration que d'autres modèles fonctionnent.
France 3 Occitanie : Pourquoi la biodiversité est-elle si importante pour les agriculteurs ?
Marc-André Selosse : Parce qu'elle travaille gratuitement. Quand les pesticides ou le labour détruisent les organismes du sol, ils détruisent aussi des champignons microscopiques qui aident les racines à se nourrir. Sans eux, il faut davantage d'engrais. Ils détruisent aussi des pollinisateurs. Aujourd'hui, selon les estimations, entre 30 et 50 % des productions agricoles sont limitées par leur disparition. Dans certaines cultures, comme le cassis, la présence d'osmies peut multiplier les rendements.
Prenons aussi les chauves-souris. Aux États-Unis, leur disparition a conduit à augmenter d'environ 30 % l'utilisation des pesticides dans certaines régions. Autrement dit, on paie pour remplacer un travail que la nature faisait gratuitement. Cette hausse des pesticides s'est même accompagnée d'une augmentation de la mortalité infantile. Tout cela raconte la même histoire : chaque fois que nous détruisons la biodiversité, nous augmentons le coût de notre agriculture. La biodiversité n'est pas un supplément d'âme. C'est un capital économique.
France 3 Occitanie : Vous paraissez partagé entre compassion et colère.
Marc-André Selosse : Je suis partagé entre l'envie de pleurer parce que je vois la souffrance des agriculteurs et l'envie de pleurer parce que cette situation était prévisible. Nous disposons de solutions. Elles existent dans les fermes de démonstration de l'Inrae, dans l'agriculture biologique, dans l'agriculture de régénération des sols. Elles montrent qu'il est possible de réduire les intrants tout en restaurant les sols. Pourquoi continue-t-on alors à défendre des modèles dont nous savons qu'ils aggravent les problèmes ?
France 3 Occitanie : Les nouvelles techniques génomiques (NTG) sont souvent présentées comme une réponse au changement climatique. Vous n'y croyez pas ?
Marc-André Selosse : Pour moi, les NTG sont des OGM. La première embrouille consiste à changer de nom pour faire oublier l'histoire des OGM. La seconde est de supprimer l'étiquetage. Le citoyen ne saura plus ce qu'il achète. Je trouve cela profondément anormal. On nous avait promis que les OGM réduiraient les pesticides et qu'ils régleraient la faim dans le monde. Or les pays qui les utilisent massivement montrent exactement l'inverse. La faim n'a pas disparu. Les pesticides non plus. Certaines plantes résistantes aux herbicides ont même conduit à en utiliser davantage. Ces semences coûtent aussi plus cher et concentrent le marché entre quelques grands groupes. Ce n'est ni une solution écologique ni une solution économique pour les agriculteurs.
France 3 Occitanie : Le climat est-il désormais un sujet politique plus que scientifique ? Christophe Cassou disait récemment qu'il fallait « politiser » cette crise. Partagez-vous son analyse ?
Marc-André Selosse : Oui, complètement. Mais il faut comprendre le mot « politiser » dans son sens premier, celui de la polis, de la cité. Ces questions concernent toute la société. Moi, je serais très heureux de passer mes journées à identifier des champignons. Si je parle aujourd'hui des pesticides, des sols ou du climat, ce n'est pas parce que cela m'amuse. C'est parce que ces connaissances sont utiles aux citoyens.
Si la société ne s'en empare pas, si les responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilités, alors mon travail ne sert à rien. Les impôts qui financent la recherche ne servent à rien. Nous savons déjà ce qui se passe. Nous savons déjà ce qu'il faudrait faire. La question n'est plus scientifique. Elle est devenue profondément politique.
Sentir le pétrichor
On a laissé le bassin se remplir pendant six jours et pendant ce temps, on a arrosé avec le réseau. Sinon, tout serait mort. On a un bouleau qui a plus de vingt ans, il a jauni en une semaine. Les jeunes arbres n'ont aucune chance sans un arrosage régulier.
J'ai fait 82 kilomètres cette semaine avec mes arrosoirs.
Le bassin s'est de nouveau suffisamment rempli pour qu'on puisse se passer du réseau.
Sans les ombrages au-dessus du potager et les ombrages au-dessus des jeunes arbres, tout serait mort.
Je suis en contact avec plusieurs adeptes de permaculture et tous disent la même chose. Aujourd'hui, toute culture en plein soleil est condamnée, qu'il s'agisse de potager ou de jeunes arbres fruitiers.
On rêve tous de sentir enfin ce pétrichor.

Source: DR
L’odeur que vous sentez après la pluie ne vient pas de la pluie : elle était là bien avant que la première goutte ne tombe
par L'équipe Sciencepost 31 mai 2026, 10 h 41 min
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Première goutte. Le sol se fissure à peine sous l’impact et déjà l’air change. Cette odeur de terre mouillée, entre champignon et herbe froissée, surgit avec une précision presque chirurgicale. Tout le monde la connaît, quasi personne ne sait ce qu’elle est vraiment. La réponse est dans le sol, pas dans le ciel : cette odeur était là bien avant la pluie.
À retenir
Les bactéries du sol produisent l’odeur bien avant l’arrivée de la pluie
Notre nez détecte la géosmine à des concentrations impossibles pour la plupart des laboratoires
Ce signal olfactif a 500 millions d’années : c’est un système de communication entre espèces souterraines
Sommaire
Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds
Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse
Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années
Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire
Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds
Dans un seul gramme de sol, les scientifiques estiment qu’il y aurait entre un et deux milliards de micro-organismes. C’est ce fourmillement invisible qui fabrique, jour après jour, le parfum que l’on croit venir du ciel. Le principal contributeur à cette odeur est une famille de bactéries appelées actinobactéries. Ces micro-organismes se trouvent aussi bien en milieu rural qu’urbain. Leur rôle : décomposer la matière organique morte en composés simples qui deviennent des nutriments pour les plantes. Sous-produit de cette activité, une molécule organique nommée géosmine.
La géosmine est donc la molécule principalement responsable des notes terreuses du pétrichor. Elle est produite par les bactéries Streptomyces et autres actinobactéries vivant dans les sols. Son nom vient du grec, « gê » (terre) et « osmê » (odeur), ce qui en dit long sur l’ancienneté de ce phénomène. Cette odeur est en réalité un exemple de communication chimique vieux de 500 millions d’années, ayant évolué pour aider certaines bactéries à se reproduire. Autant dire que ce n’est pas un accident de la nature : c’est un mécanisme rodé depuis avant l’apparition des premiers dinosaures.
La géosmine est un type d’alcool, comme l’alcool à 90°. Mais là s’arrête la comparaison avec un produit banal. Le nez humain perçoit la géosmine à des concentrations aussi basses que 5 parties par trillion. Cette sensibilité extraordinaire aurait probablement évolué parce que la molécule signale la présence d’eau dans l’environnement. Pour donner une échelle : détecter 5 parties par trillion, c’est repérer une goutte d’encre dans l’équivalent de 20 piscines olympiques. Notre odorat est, sur ce point précis, bien plus performant que la plupart des instruments de laboratoire.
Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse
Pendant les longues périodes de sécheresse, l’activité de décomposition des actinobactéries ralentit. Juste avant la pluie, l’air devient plus humide et le sol commence à s’humidifier. Ce processus accélère l’activité des bactéries, qui produisent alors davantage de géosmine. le sol « sent » l’orage arriver et s’active en réponse. La pluie, elle, n’est que l’étincelle finale d’un processus déjà bien engagé.
Quand les gouttes tombent sur le sol, surtout sur des surfaces poreuses comme la terre meuble ou le béton rugueux, elles s’éclatent et éjectent de minuscules particules appelées aérosols. La géosmine et les autres composés du pétrichor présents au sol ou dissous dans les gouttes sont libérés sous forme d’aérosol et transportés par le vent. Ces bulles qui s’effondrent projettent dans l’air des gouttelettes ultrafines contenant de la géosmine. De plus, des spores bactériennes et d’autres métabolites. Ce processus, nommé aérosolisation par projection, explique également comment des communautés microbiennes aériennes se forment pendant les orages, reliant chimie atmosphérique et microbiologie terrestre.
Il y a un autre acteur dans cette symphonie olfactive, moins connu : le pétrichor désigne aussi un liquide huileux sécrété par certaines plantes, absorbé par le sol et les roches argileuses pendant les périodes sèches. Après la pluie, cette huile combinée aux composés de sédiments dégage des composés organiques volatils qui, en se combinant avec la géosmine, produisent cette odeur de terre très particulière qui reste peu de temps dans l’atmosphère. Éphémère par nature : si la pluie est trop abondante, elle noie les molécules avant qu’elles atteignent nos narines. C’est précisément la première averse, sur un sol sec, qui donne le résultat le plus intense.
Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années
Le terme pétrichor a été forgé en 1964 par Isabel Joy Bear, chimiste, et Roderick G. Thomas, minéralogiste, tous deux Australiens, à partir du grec ancien « pétra » (pierre) et « ikhṓr » (le sang des dieux dans la mythologie grecque). Le sang des dieux distillé dans la terre. Pour une fois, la poésie scientifique n’exagère pas.
Des chercheurs ont identifié que les collemboles, de minuscules animaux vivant dans les sols humides, sont très réactifs à la géosmine. Ces arthropodes sont attirés par les bactéries Streptomyces, qui constituent une excellente source de nourriture. En échange, les collemboles dispersent les spores des Streptomyces. Les deux organismes y gagnent. La géosmine n’est donc pas seulement une odeur : c’est un signal de rendez-vous entre espèces, un langage chimique que la pluie se contente de traduire en parfum perceptible pour nous. Ce phénomène est si particulier et si complexe qu’il n’a jamais pu être synthétisé : cette odeur reste purement naturelle et éphémère.
Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire
Si la pluie est suffisamment forte, le parfum de pétrichor peut se propager rapidement sous le vent et alerter des personnes situées à distance que la pluie est imminente. Un système d’alerte météo gratuit, embarqué dans nos narines depuis des millénaires. Certains chercheurs avancent que les humains apprécient si instinctivement cette odeur parce que nos ancêtres dépendaient de la pluie pour survivre dans des environnements arides : l’eau signifiait la vie, et son signal olfactif annonçait la survie.
La géosmine est également présente dans la betterave rouge, ce qui explique son goût légèrement terreux, et dans le vin contaminé par certaines bactéries, où elle constitue un défaut recherché par les dégustateurs. Ce composé organique d’origine microbienne est aussi un marqueur de contamination de l’eau potable par des micro-algues. La même molécule qui enchante au bord d’un sentier peut alerter un ingénieur d’une station de traitement des eaux. Tout est affaire de contexte, et de concentration. La prochaine fois que la pluie arrive, ce que vous respirez, c’est la signature chimique de milliards de bactéries qui travaillaient en silence depuis des semaines, attendant patiemment leur instant de visibilité.
Sources : radiolac.ch | slate.fr
Rédigé par L'équipe Sciencepost
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Blindés lanceurs d'eau
J'ai entendu une personne témoin des incendies dans les Pyrénées orientales dire que les blindés lanceurs à eau de l'état auraient pu intervenir pour protéger les habitations. Il ne s'agissait pas d'entrer dans les forêts comme le font les pompiers mais d'agir sur les lisières des routes en protégeant les habitations. C'est un usage déjà pratiqué en Allemagne.
Les agriculteurs qui arrosent avec leur citernes à eau ne sont pas pompiers et pourtant ils montent au front.
Les blindés à eau, j'imagine qu'on en trouve dans les grandes zones urbaines, ça doit pouvoir se poser sur des poids-lourds de l'armée pour être acheminés rapidement...Bref, la France a des blindés à eau pour les manifestations mais pas pour les incendies...Ils vont peut-être les faire défiler pour le 14 juillet...

https://www.leparisien.fr/faits-divers/manifestations-on-trouve-de-tout-dans-les-canons-a-eau-23-09-2018-7899438.php
Un véhicule lanceur d’eau utilisé lors d’un entraînement de CRS aux techniques de maintien de l'ordre sur un terrain militaire au Camp des garrigues, près de Nîmes. LP/Yann Foreix
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Laissés au garage pendant longtemps, les engins lanceurs d'eau (ELE), couramment appelé « canons à eau », ont refait leur apparition, en France, depuis dix ans. Lorsque la manifestation dérape, ce sont eux que l'on retrouve en première ligne. « C'est vraiment efficace », témoigne un CRS major de la section des moyens spécialisés de Chassieu (Rhône).
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Ces canons pulvérisent différents liquides. De l'eau, bien sûr, mais aussi plus généralement des émulsifs. Soit le même liquide mousseux que celui employé par les pompiers, qui peut être coupé avec différents additifs, ajoutés directement dans la citerne.
Le plus courant pourrait être un gaz lacrymogène, mais de récents problèmes techniques en ont limité l'usage. Le 1er mai, à Paris, c'est une mousse très spéciale qui a été utilisée. Le canon projetait ainsi « des protéines de viande macérées, mélange de sang séché et d'os broyés », à l'odeur pestilentielle. « Les manifestants ont été réellement surpris, commente un opérateur. Ils ne savaient pas de quoi il s'agissait. »

À l’intérieur du cockpit d’un ELE, un policier est au volant du véhicule, un autre est aux commandes du canon. /LP/Yann Foreix LP/Yann Foreix
À terme devraient également être mis en œuvre des PMC, des produits de marquages codés, comme l'indique une touche spécifique dans le « cockpit » des engins. Inodores et invisibles, ils peuvent rester jusqu'à trois semaines sur la peau, beaucoup plus sur les vêtements, et ainsi matérialiser la présence d'un individu dans une manifestation. « Il suffit d'un éclairage ultraviolet pour les mettre en évidence, décrypte un spécialiste. C'est possible y compris depuis un hélicoptère. »
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Alors qu'il avait été évoqué une possible expérimentation discrète le 1er mai, alors que les CRS faisaient face à plus d'un millier de Black Blocs, une analyse en laboratoire d'échantillons de liquides projetés, diligentée par le site Taranisnews, a montré qu'ils n'en contenaient pas. Pour cette fois.
Figueras : un témoin
Figueras est un indien, proche des Kogis.
Il apparaît dans le tome 1, "Les héros sont tous morts".
Il est celui qui observe. Il ne prend pas partie, il n'intervient pas, il assiste.
La seule chose qui lui importe, c'est la protection de la nature, pas celle de l'humanité.
LES HEROS SONT TOUS MORTS : Figueras, un personnage majeur
TERRE SANS HOMMES
CHAPITRE 32
Figueras avait vu les deux immenses cheminées, comme des fûts de canons gigantesques tournés vers le ciel, comme deux bouches béantes et l’usine à leurs pieds, il avait lu déjà un article sur ces constructions, une revue qu’un passager avait abandonné dans le train, l’utilisation de l’énergie des atomes, il n’en avait pas compris la technologie mais il savait qu’un nuage émanant des constructions ne pouvait qu’être empoisonné, rien ne sortait des cheminées mais des bâtiments avaient été déchiquetés, démembrés, éviscérés et les émanations qui fusaient de ce corps éventré tuaient la vie, toute la vie, il ressentait le conflit entre les molécules irradiées et l’air pur, un combat dont l’issue ne pouvait être favorable et ne pouvait être stoppé. C’était de ses technologies que les petits frères dominaient jusqu’à ce qu’elles leur échappent et qu’ils restent démunis. Il ne savait pas où cela avait eu lieu mais le problème dépassait totalement l’espace concerné. Les nuages n’ont pas de frontières.
Il avait songé la nuit précédente à cet échange avec un prêtre catholique, l’homme était monté dans le train, il s’était assis face à lui, il voulait parler aux populations locales, sa robe noire, la croix qu’il portait bien en évidence sur son torse et ce livre qu’il avait sorti de son sac, un livre épais, serti de cuir. « C’est la Bible », avait-il annoncé et il avait tenu à lui en lire quelques extraits, à lui expliquer la parole de Dieu, le sacrifice de Jésus, une histoire qui parlait des hommes comme de l’espèce suprême et Figueras n’avait rien contesté, il avait écouté. Le prêtre avait tenu à lui donner une feuille sur laquelle était écrit un message, « c’est la genèse, expliqua-t-il, ce que les hommes sont et ce que Dieu leur a demandé de réaliser. »
Figueras n’avait jamais oublié.
« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. »
Et là Figueras avait compris que les petits frères seraient les poisons de la vie sur Terre.
"Bonne canicule à toutes celles et ceux..."
Il arrivera un jour, malheureusement trop tard, où effectivement, les peuples, nous et tous les autres, partout sur la planète, prendront conscience que nous avons été trompés, que nous avons été bercés d'illusions, que les mécanismes économiques auxquels nous avons adhéré nous ont conduit dans une impasse. Il se pourrait effectivement que ces peuples, nous et tous les autres, partout sur la planète, décident de demander des comptes mais comme il sera bien trop tard pour sauver les meubles, il restera toujours la possibilité de les pendre haut et court.
Un texte de Eric LENOIR
À toutes celles et ceux qui, depuis des années, freinent les engagements sociétaux qui auraient permis de limiter le réchauffement climatique global
À toutes les crevures qui entretiennent la désinformation depuis des décennies, tournent en ridicule scientifiques et lanceurs d’alerte
À tous les responsables politiques qui ont empêché et ralentissent encore l’adaptation à cet enfer, qui ont rejeté les solutions connues depuis des années pour que les classes populaires puissent continuer de vivre à peu près normalement
À tous les abrutis qui votent pour eux en connaissance de cause ou se gargarisent de leurs émissions ou chaînes vidéos
À toutes les personnes qui, au lieu de prendre leur part de responsabilité, se cachent derrière des arguments tels « les chinois font pire »
À toutes les râclures qui ont empêché et continuent d’empêcher le déploiement à temps de l’agroécologie pour que les productions agricoles puissent continuer de nourrir nos territoires sans les assécher
À celles et ceux qui agitent des leurres en permanence pour attirer les regards loin des vrais problèmes
À toutes et tous ces irresponsables égoïstes et couards qui favorisent la finance et la guerre plutôt que l’élan collectif pour rendre nos territoires et nos foyers plus habitables dans ce contexte intenable, prévu depuis plus de cinquante ans, mais d’autant pire et brutal qu’on a retardé ce qui pouvait le freiner,
À celles et ceux qui taxent d’escrolos ou d’écoterroristes celles et ceux qui tentent de les protéger de ça,
Je souhaite une bonne canicule.
Puisse-t-elle vous faire morfler, souffrir dans vos chairs et vos esprits, vous affamer et vous assoiffer au même titre que toutes les personnes qui la subissent à cause de vous, sans votre confort.
Soyez maudit.e.s. et jugé.e.s
L’Histoire se souviendra de vous. Et le peuple vous demandera des comptes avant longtemps.
Sécheresse et rendements agricoles
Si vous tapez cet intitulé dans un moteur de recherche, vous verrez que sur les dix dernières années, les articles se sont multipliés.
Ceux émanant des ministères sont essentiellement orientés sur les dédommagements pour les exploitants... Le court terme. Par contre, on peut lire des articles issus du monde agricole lui-même et qui au fil du temps commencent à évoquer des "adaptations" sur le long terme, l'agroforesterie en premier lieu... On avance, on avance...En sachant que ces préconisations ont commencé à émerger dans les années 1980 chez les scientifiques... C'est bien cela qui est consternant. Que de temps perdu...
Changement climatique et agriculture : quels impacts et quelles adaptations ?
Le mardi 9 septembre 2025
Résultats scientifiques & techniques
Canicules, sécheresses, gels tardifs, ravageurs en hausse : le changement climatique bouleverse déjà les productions agricoles. Ses conséquences se traduisent par une baisse des rendements et, dans certains scénarios, par une perte de terres cultivables. Quelles sont les menaces concrètes et comment l’agriculture peut-elle s’adapter ?

Des bouleversements climatiques déjà visibles dans les champs
Le changement climatique impacte fortement les productions agricoles à travers des phénomènes extrêmes comme les canicules, les sécheresses, les gels tardifs, la salinisation ou encore l’augmentation des ravageurs et maladies. Selon le GIEC, jusqu’à 30 % des terres agricoles mondiales pourraient devenir inadaptées d’ici 2100, et la production globale de céréales a déjà reculé de près de 10 % entre 1981 et 2010.
L’évaluation de l’impact se fait grâce à des indicateurs climatiques (températures moyennes et extrêmes, pluviométrie, durée des sécheresses, déficit hydrique, rayonnement solaire), mais aussi à des indicateurs agro-climatiques et phéno-climatiques. Ces derniers croisent les variables climatiques avec les stades sensibles des cultures : nombre de jours où la température dépasse 25 °C durant la croissance des céréales, humidité du sol au moment de la floraison, ou encore vulnérabilité des élevages aux vagues de chaleur. Ces données permettent de cerner la vulnérabilité des systèmes de production, mais aussi d’identifier certaines opportunités locales, comme la possibilité de réaliser des doubles cultures dans des régions qui auparavant ne le permettaient pas.
Réinventer les pratiques agricoles face aux aléas
L’adaptation passe à la fois par la réduction des émissions et par l’évolution des pratiques agricoles. L’agriculture étant responsable d’environ 20 % des émissions de gaz à effet de serre, des leviers comme l’intégration de légumineuses dans les rotations, l’usage accru d’engrais organiques, le développement de la méthanisation ou l’agroforesterie contribuent à limiter l’impact climatique tout en favorisant le stockage de carbone dans les sols.
Parallèlement, les systèmes de production doivent être réorganisés pour faire face aux nouvelles conditions. Le choix d’espèces ou de variétés plus résistantes à la chaleur, à la sécheresse et au stress hydrique devient central. La diversification des cultures et l’allongement des rotations offrent une réponse aux risques sanitaires et économiques. Les calendriers de semis et de récolte évoluent également afin de mieux coller aux réalités climatiques. Dans le même temps, la gestion de l’eau doit être optimisée, qu’il s’agisse d’irrigation de précision, de collecte des eaux pluviales ou de paillage pour réduire l’évaporation. Les démarches agroécologiques et l’agroforesterie renforcent aussi la résilience en introduisant des haies ou des arbres qui protègent les cultures, stockent du carbone et soutiennent la biodiversité. Enfin, les outils d’aide à la décision, comme Climadiag ou AgriClim, offrent aux agriculteurs une meilleure anticipation des aléas climatiques à l’échelle locale.
Vers une agriculture plus résiliente mais incertaine
L’adaptation au changement climatique repose donc sur un ensemble de leviers qui combinent des mesures techniques à court terme et une transformation structurelle plus profonde vers des systèmes agroécologiques. Si ces approches offrent des pistes solides pour renforcer la résilience des exploitations, leur efficacité face à l’accélération du changement climatique reste entourée d’incertitudes. La sécurité alimentaire mondiale dépendra de la capacité des filières à mettre en œuvre ces stratégies dans les prochaines décennies, en conciliant atténuation, adaptation et maintien de la productivité agricole.
Concepts clés et définitions : #Changement climatique
Vol de l'eau
En complément de l'article précédent et pour bien montrer que nous, ici en France, nous ne devons pas nous croire à l'abri.
« Vol d’eau » dans le Marais poitevin : des sabotages au profit de l’agro-industrie ?

Deux barrages du Marais poitevin ont été ouverts en pleine nuit au cœur d’une sécheresse historique. Fragilisant écosystèmes et activité économique, ces actes de sabotage auraient profité aux grandes exploitations céréalières du marais desséché.
Arçais (Deux-Sèvres), reportage
Dimanche 28 juin, 1 h 30 du matin : un agent de l’Institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise (IIBSN), alerté par l’effondrement du niveau d’eau dans un canal du Marais poitevin, se rend sur le barrage du Poissonnet, à Arçais (Deux-Sèvres). Armoire électrique fracturée, vannes grandes ouvertes… En moins de deux heures, l’ouvrage a laissé filer 100 millions de litres d’eau, abaissant le niveau d’eau des canaux de 8 centimètres. Trois jours plus tôt, c’était le barrage de La Rabatière à La Ronde, quelques kilomètres en aval, qui s’était ouvert — sans effraction cette fois-ci.
Au total, 300 000 m3 d’eau auraient été transférés du Marais mouillé vers le Marais sec, l’équivalent de la moitié de la mégabassine de Sainte-Soline. L’IIBSN ainsi que le Syndicat des Marais mouillés des Deux-Sèvres (propriétaire des barrages) ont porté plainte pour vandalisme. De l’avis des acteurs du dossier interrogés par Reporterre, le motif de ces sabotages ne fait pratiquement aucun doute : il s’agirait d’un vol d’eau au cœur d’un épisode de sécheresse historique.
Une fuite d’eau qui profiterait aux grandes exploitations céréalières
Cette hypothèse s’appuie sur le fonctionnement complexe de l’eau dans le Marais poitevin. Le bassin de la Sèvre niortaise a été aménagé en escalier pour descendre à petits pas les 10 mètres d’altitude qui séparent Niort et l’océan. À chaque étage — nommé bief —, les barrages maintiennent un niveau d’eau déterminé pour alimenter les écosystèmes et les activités humaines (principalement l’agriculture et la batellerie).

Le barrage du Poissonnet, à Arçais, dans le Marais poitevin. Capture d’écran/Siemp/EPMP
Or les deux barrages ouverts ces dernières semaines se situent sur le bief des Bourdettes, la « frontière » entre le très touristique et arboré Marais mouillé et le Marais desséché étalant ses plaines de maïs, colza et autres tournesols jusqu’à la côte. En attendant qu’une éventuelle enquête désigne des responsables, tous les observateurs semblent s’accorder sur le fait que l’eau transférée par ces sabotages a directement bénéficié aux exploitations céréalières vendéennes.
« Je suis désespéré de voir des individus vider une partie du Marais pour en remplir une autre : c’est illusoire ! »
Dans le bief en amont des barrages, les conséquences se sont immédiatement fait sentir. « J’ai été contacté dès lundi matin par des éleveurs : leurs bêtes ne trouvaient plus d’eau à boire dans les fossés, se remémore consterné Dominique Giret, directeur technique pour le Parc naturel régional du Marais poitevin. Je suis désespéré de voir des individus vider une partie du Marais pour en remplir une autre : c’est illusoire ! »
Au port d’Arçais, les bateliers ont trouvé leurs barques à fond plat la proue dans la vase : « Un peu d’eau a été relâchée pour remonter les niveaux mais nous allons en manquer toute la saison, déplore Maxence, chef de quai à l’embarcadère Au Martin pêcheur, pas étonné pour autant. Nous sommes le dernier rempart du Marais mouillé avant le Marais desséché : il y avait déjà eu des sabotages dans le coin. »

Sabotage au niveau de l’embarcadère d’Arçais. Le 3 juillet 2026, on voyait encore les traces de l’eau ayant reculé. © Sylvain Lapoix / Reporterre
« Une guerre pour l’eau dans le marais »
Dans la nuit du 30 au 31 juillet 2022, le barrage de la Cheintre-Cornue également situé à Arçais, avait déjà fait l’objet d’une ouverture irrégulière, faisant perdre 4 à 6 cm d’eau à l’amont. Déjà, l’IIBSN avait porté plainte, sans qu’aucune suite n’y soit apportée à notre connaissance.
« Il y a toujours eu une guerre pour l’eau entre le marais sec et le marais mouillé avec ce genre de sabotage, relativise Jean-Jacques Guillet, militant de Bassines non merci et ancien maire de la commune voisine d’Amuré. La seule différence, c’est qu’avec les niveaux informatisés, on s’en rend compte immédiatement. »
Contactés par Reporterre, les représentants de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire et productiviste, ne préfèrent pas s’exprimer : « Personne n’est au courant », nous assure le président de la branche de Charente-Maritime. « Une enquête est en cours, les élus n’ont pas de commentaire », répond-on côté Vendée.
D’autres victimes de ce conflit restent silencieuses : peupliers noueux, nuées d’odonates, libellules solitaires, poissons et batraciens nourrissant les oiseaux qui nichent aux alentours (cigognes, hérons cendrés et hérons pourprés)… « Dans ces écosystèmes fragiles, chaque centimètre d’eau compte », insiste Dominique Giret. Contactée par Reporterre, l’association Nature Environnement 17 a annoncé déposer plainte auprès du pôle régional environnemental du parquet de La Rochelle.
"La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?"
Il ne s'agit pas de rester focalisé sur les événements en cours, aussi dramatiques qu'ils soient, mais de se projeter plus loin. Quelles seront les conséquences des sécheresses à répétitions dans les années à venir ? Se croire à l'abri parce que la France est considérée comme un pays tempéré serait une grave erreur. Premièrement parce que toutes les études le montrent, nous sommes directement concernés et deuxièmement parce que les situations catastrophiques d'un nombre toujours plus grands de pays contribuera à cet exode massif que de nombreux chercheurs entrevoient. Qui donc aurait l'ignominie de juger néfastes les tentatives de survie de populations qui ne peuvent plus rester là où elles sont nées et qui viennent chercher refuge dans un pays censé plus vivable ? Pas moi en tout cas. D'autant plus qu'un grand nombre de pays touchés aujourd'hui par des sécheresses sans fin ne font absolument pas partie des pays les plus pollueurs de la planète. Il y a là une injustice effroyable.
Ici, dans "l'Ardèche verte", certains cours d'eau sont à l'arrêt. Il ne reste plus que des mares qui ne sont plus reliées entre elles. Les poissons qui y sont piégés sont condamnés et toute la faune aquatique avec. Mais les champs de maïs sont arrosés tous les jours. Les céréaliers pompent dans des lacs artificiels qui leur sont dédiés. Les cours d'eau ont été captés ou déviés pour passer dans ces lacs et bien évidemment, pendant la pousse du maïs, les vannes de rejet sont fermées. Rien n'alimente les cours d'eau en aval. A qui est destiné ce maïs ? Au bétail. Rien que ça suffit à faire de moi un humain qui ne mange pas d'animaux.
L'eau n'est plus réellement et pleinement un bien commun. Mais il faut que chacun choisisse à quel monde il veut participer.
La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?
14.12.2023, par
Temps de lecture : 17 minutes

Le Tage à sec dans la région de Guadalajara, en Espagne.
Manu Reino/SOPA via ZUMA Wire
Avec le changement climatique, un tiers de la population mondiale devrait se retrouver confrontée à la raréfaction de la ressource en eau. Cela ne va pas sans susciter des tensions croissantes, à l’international comme à l’échelle locale, et interroge la façon dont nous gérons et utilisons la ressource en eau.
Début octobre 2023, le président français Emmanuel Macron était en visite d’État de deux jours en Suisse, avec à son agenda une négociation d’un genre particulier : le chef d’État venait demander très officiellement d’augmenter le débit du Rhône, dont le « robinet » se trouve en Suisse et est contrôlé par le barrage du Seujet, en plein cœur de Genève. « Le débit du Rhône est un sujet extrêmement sensible, car une bonne partie de la chaîne hydronucléaire de la France en dépend », explique Stéphane Ghiotti, géographe au laboratoire Acteurs, ressources et territoires dans le développement1 de Montpellier. Outre le transport fluvial, l’irrigation des cultures et l’alimentation en eau potable de grandes villes comme Lyon, la France a en effet besoin de l’eau du Rhône pour refroidir ses quatre centrales nucléaires présentes le long du fleuve et alimenter une vingtaine de centrales hydroélectriques… et ce alors que le niveau du Rhône baisse de manière préoccupante, notamment durant la période estivale.
Plus de précipitations, mais pas partout
Le réchauffement du climat planétaire dû aux activités humaines rebat en effet complètement les cartes de la distribution mondiale de la ressource en eau. « Le réchauffement global accélère le cycle de l’eau, explique Bertrand Decharme, hydrologue et modélisateur au Centre national de recherches météorologiques2, à Toulouse. Il y a plus d’évaporation, donc plus de précipitations à l’échelle mondiale, mais celles-ci ne se répartissent pas de manière homogène. » Résultat : selon les dernières projections, un tiers de la population mondiale devrait voir (et voit déjà) sa ressource en eau diminuer de façon drastique dans les décennies qui viennent. « C’est le cas de tout le pourtour méditerranéen, de l’ouest des États-Unis, de l’Afrique australe ou encore de l’Australie, explique le chercheur. À l’inverse, d’autres régions devraient voir leurs précipitations annuelles moyennes augmenter, comme par exemple le nord de l’Europe – pays scandinaves, Pologne, Ukraine, etc. –, le Canada et l’Alaska, toute la Sibérie et une partie du sud de l’Asie. »

Modélisation des précipitations dans le monde à l'horizon 2070-2100. En bleu les régions qui vont voir la ressource en eau augmenter, en jaune celles qui vont la voir diminuer.
Maya Costantini et. al, Projected Climate-Driven Changes of Water Table Depth in the World's Major Groundwater Basins, 2023
Le paradoxe, c’est que les régions du monde qui vont voir leurs ressources en eau augmenter sont celles qui en ont déjà en abondance, et que les régions où la diminution sera la plus forte sont celles où il existe déjà de forts besoins, notamment pour le secteur agricole.
Le cas de la France est plus difficile à trancher, le pays se trouvant dans la zone de transition entre deux zones aux évolutions diamétralement opposées : le nord de l’Europe et la région méditerranéenne. Si les scientifiques prévoient, et constatent déjà, que la ressource en eau va significativement diminuer dans la partie sud du pays, ils ont plus de mal à modéliser ce qu’il va se passer au nord de la Seine. « Le paradoxe, c’est que les régions du monde qui vont voir leurs ressources en eau augmenter sont pour beaucoup celles qui en ont déjà en abondance, et que les régions où la diminution sera la plus forte sont celles où il existe déjà de forts besoins, notamment pour le secteur agricole », poursuit Bertrand Decharme. Ce n’est pas le seul : car même les régions où les précipitations devraient augmenter en moyenne annuelle doivent se préparer à faire face à une irrégularité de la ressource, du fait d’une plus grande amplitude saisonnière, avec des hivers plus arrosés et des sécheresses plus sévères l’été.
Conséquence de ces bouleversements : « les instances internationales, et notamment celles chargées de la sécurité et de la défense, estiment que l’eau va devenir la première source de conflits sur la planète », explique la juriste Nathalie Hervé-Fournereau, spécialiste en droit de l’environnement à l’Institut de l’Ouest : Droit et Europe3, à Rennes. Et ce, d’autant que 40 % des ressources en eau sont transfrontalières, qu’il s’agisse des nappes phréatiques comme la nappe alluviale du Rhin, plus grande nappe phréatique d’Europe à cheval entre la France et l’Allemagne, ou des 250 bassins hydrographiques partagés par plusieurs pays : Rhône, Rhin, Danube, Nil, Mékong, etc. Entre l’Espagne et le Portugal, c’est aujourd’hui autour du Tage que le torchon brûle, les associations écologistes portugaises accusant les Espagnols de trop puiser dans le fleuve coulant de l’Espagne vers le Portugal pour l’irrigation de la vaste zone agricole située tout au sud de l’Andalousie. « Ils remettent en cause la convention d’Albufeira, signée il y a 25 ans entre les deux pays et qui à l’époque prévoyait un transfert des eaux du fleuve vers le sud de l’Espagne », raconte Nathalie Hervé-Fournereau.

En Espagne, l'eau du Tage a été en partie détournée pour irriguer les cultures en Andalousie, tout au sud du pays.
JOSE JORDAN / AFP
Vol d’icebergs
Les fleuves sont loin d’être le seul sujet de frictions. Plus proches des pôles, c’est la propriété des icebergs qui est source de débats. Ainsi, des tensions entre le Canada et le Groenland (région autonome du Danemark) sont apparues autour des blocs d’eau gelée qui se détachent de la calotte glaciaire groenlandaise et dérivent jusque dans les eaux canadiennes. « Le Canada a autorisé l’exploitation de ces icebergs pour fabriquer de l’eau douce, notamment, mais le Groenland a contesté cette utilisation au motif que c’est une ressource naturelle lui appartenant », détaille la juriste. À l’autre bout du globe, c’est la ville du Cap, en Afrique du Sud, qui envisageait très sérieusement en 2018 de remorquer jusqu’à la côte un petit iceberg détaché de la calotte glaciaire antarctique pour fournir en eau potable sa population.
Un sommet exceptionnel sur l’eau organisé par l’ONU en mars 2023 a pris acte des tensions croissantes et appelé les États à davantage de coopération sur la question.
« Il y a un vrai flou juridique autour de la qualification de ces plateformes glaciaires, commente Nathalie Hervé-Fournereau. De quoi parle-t-on exactement ? Car ces objets bougent, circulent… Une chose est sûre : avec 100 000 icebergs qui fondent en mer chaque année, selon le décompte de l’Organisation des Nations unies (ONU), la question de leur statut va continuer de se poser – même si le coût de leur remorquage et de leur exploitation reste à ce jour prohibitif et limite de facto les initiatives. »
L’ensemencement des nuages, destiné à les faire éclater au-dessus des zones agricoles qui le nécessitent, est une autre source de tension potentielle. Et ce, alors que les projets de géo-ingénierie se multiplient en Amérique, au Moyen-Orient ou encore en Chine, où la centaine de programmes actuellement en développement ne laisse pas d’inquiéter les voisins du géant asiatique. « En France, l’ensemencement avec des particules d’iodure d’argent est utilisé dans une vingtaine de départements pour neutraliser les nuages de grêle », précise la juriste. Si l’efficacité de la technique imaginée dès les années 1960 reste à évaluer scientifiquement, elle pose d’ores et déjà la question : À qui appartiennent les nuages ?

Ensemencement de nuages par l'armée de l'air en Malaisie.
SADIQ ASYRAF / AFP
Problème : à ce jour, aucune organisation internationale n’est en charge de réguler la question de l’eau, pas plus que de l’environnement. Un sommet exceptionnel sur l’eau organisé par l’ONU en mars 2023 a pris acte des tensions croissantes et appelé les États à davantage de coopération sur la question… « Mais sur la question de l’eau, les États sont jaloux de leurs prérogatives et peu enclins à revenir sur leur souveraineté », souligne la juriste.
Mais le sujet de l’eau dépasse de loin le cadre des relations internationales. À l’échelle plus locale, la raréfaction de la ressource, ou à tout le moins son irrégularité dans le temps et dans l’espace, embrase le débat public et soulève la question de son partage. Ainsi, les tensions nées autour des projets de mégabassines dans l’ouest de la France – des bassines alimentées par le pompage dans les nappes phréatiques durant la période hivernale, afin d’irriguer les cultures durant la période estivale – posent avec une acuité nouvelle la question des usages dans l’Hexagone.
Quantité et qualité en baisse
« Pendant des décennies, en France comme dans de nombreux pays développés, on a pensé que la ressource en eau était inépuisable. On a puisé dedans sans se poser de questions », raconte Gilles Pinay, écologue et biogéochimiste au laboratoire Environnement, ville et société4, à Lyon. Des interventions majeures sur le cycle de l’eau ont été opérées, à tous les niveaux. « Nos sociétés ont bouleversé le cycle de l’eau sans attendre le changement climatique et sont devenues extrêmement dépendantes de cette ressource en eau, confirme Florence Habets, hydroclimatologue au Laboratoire de géologie de l’École normale supérieure5, à Paris. Pour répondre aux besoins croissants des secteurs industriel et agricole, notamment, on a détourné des masses d’eau considérables, via la construction de barrages, de dérivations en tout genre… Au point qu’aujourd’hui, la moitié des débits des fleuves de la planète sont dérivés et en partie consommés par les humains, et que les volumes d’eau stockés sont quatre fois plus importants que la quantité de neige qui tombe chaque année. »
Nos sociétés ont bouleversé le cycle de l’eau sans attendre le changement climatique et sont devenues extrêmement dépendantes de cette ressource.
Des actions bien souvent irréversibles, comme les modifications opérées dès les années 1950-1960 sur le cours de la Durance, l’un des affluents du Rhône. Des barrages comme celui de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes), la construction d’innombrables canaux d’irrigation et la déviation de la Durance vers l’étang de Berre, en toute fin de course, ont bouleversé le fonctionnement de ce cours d’eau qui, désormais, ne vient quasiment plus grossir le débit du Rhône. « La Durance est une rivière dont la particularité aujourd’hui est que son débit diminue de l’amont vers l’aval – normalement, c’est l’inverse qui se produit ! », commente Florence Habets.
La Durance n’est pas un cas isolé. En plus des interventions sur les fleuves – barrages, réservoirs en tout genre destinés à sécuriser la filière hydronucléaire de la France… –, de nombreuses rivières ont été « rectifiées » pour accompagner la modernisation du secteur agricole. « Avec l’intensification de l’agriculture, on a agrandi les parcelles, ce qui a impliqué de modifier le trajet des rivières, décrit Florence Habets. Dans les zones humides de l’ouest de la France, les champs ont été drainés afin que les tracteurs puissent passer et que les plantes ne soient pas saturées en eau, au moyen de tuyaux enterrés à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur. Pour évacuer toute cette eau, les rivières ont été approfondies, ce qui a eu pour dommage collatéral de faire diminuer le niveau des nappes phréatiques… »

Construit sur la Durance, le barrage de Serre-Ponçon, dans le sud-est de la France, fait partie des nombreux aménagements qui ont totalement modifié le fonctionnement de ce cours d'eau qui, désormais, ne vient quasiment plus grossir le débit du Rhône.
Thibaut Durand / Hans Lucas via AFP
« Nos sociétés n’ont pas arrêté d’accélérer la circulation de l’eau et de l’évacuer, l’évacuer…, constate la scientifique. Et aujourd’hui, ce que l’on a fait se révèle extrêmement néfaste pour notre adaptation au changement climatique. » Sans compter la dégradation de la qualité des eaux de surface et souterraines, qui a notamment pour effet d’entraîner la fermeture à ce jour d’environ 25 % des points de captage d’eau potable depuis 1980 dans l’Hexagone, réduisant un peu plus la quantité d’eau réellement disponible.
Débat sur les usages
Conséquence : le débat sur les usages – qui, de l’industrie, de l’agriculture ou de la production d’eau potable, a les besoins les plus légitimes –, commence à virer à l’orage. « Les grandes masses d’eau prélevées en France sont connues dans les grandes lignes. Il est globalement admis que 32 milliards de mètres cubes sont prélevés annuellement dans les eaux de surface et souterraines, avance Stéphane Ghiotti. Sur ce total, les prélèvements industriels représenteraient 8 %, les usages agricoles 9 %, l’alimentation des voies de navigation 16 %, la production d’eau potable 17 % et le refroidissement des centrales nucléaires et thermiques 50 %. » Mais ces chiffres n’ont de valeur qu’indicative, selon le géographe, tant il est difficile d’estimer les quantités réelles d’eau ponctionnées – ainsi, une grande partie des prélèvements pour l’irrigation agricole sont individuels, c’est-à-dire sans contrôle ou basés sur la seule déclaration. De plus, ils ne donnent qu’une vision incomplète des usages.
Quand on voit les niveaux des nappes phréatiques baisser et de plus en plus de cours d’eau asséchés l’été, il est clair que nos pratiques ont un impact et qu’il faut les revoir.
Car la réalité, lorsqu’il s’agit de l’eau, s’avère d’une redoutable complexité. Ainsi, les prélèvements ne sont pas tous de même nature : la plupart de l’eau utilisée par le secteur industriel (pour refroidir, nettoyer, etc.) finit par revenir dans le cycle local de l’eau, de même que l’eau potable qui, une fois utilisée, est traitée et rejetée dans les cours d’eau… sans préjuger de sa qualité. Tandis que l’eau prélevée par le secteur agricole pour irriguer est consommée en quasi-totalité par la plante ou évaporée et ne revient pas dans les sols, les nappes ou les cours d’eau.
Résultat : « Si l’on regarde uniquement les volumes d’eau consommés, c’est-à-dire l’eau qui ne retourne pas dans les écosystèmes, les proportions changent, précise Stéphane Ghiotti. Sur les 4,1 milliards de mètres cubes consommés en France annuellement, 57 % sont en effet de l’eau agricole, utilisée pour l’irrigation – une pratique en plein essor depuis les années 1980 et l’expansion de la culture du maïs sur le territoire français, sur des sols et/ou dans des régions pas toujours adaptés à cette plante. Le reste se partage entre l’eau potable (26 %), le refroidissement des centrales nucléaires (12 %) et l’industrie (5 %). »

L’eau prélevée par le secteur agricole pour irriguer est consommée en quasi-totalité par la plante ou évaporée et ne revient pas dans les sols, les nappes ou les cours d’eau.
Laurent GRANDGUILLOT/REA
Raisonner sur des bilans globaux et entrer dans une bataille d’interprétation des chiffres trouve rapidement ses limites, pour l’écologue Gilles Pinay. D’autant que les contextes sont extrêmement variables d’une région de France à l’autre. Une chose est sûre : « Quand on voit les niveaux des nappes phréatiques baisser et de plus en plus de cours d’eau asséchés l’été, il est clair que nos pratiques ont un impact et qu’il faut les revoir », assène le scientifique. Les revoir, mais comment ? Et en priorisant quels usages ? En d’autres termes : à qui appartient l’eau, dans notre pays ?
Partager l'eau
« En France, le principe, c’est que l’eau est la chose commune. Une chose qui n’appartient à personne et dont l’usage est commun à tous. Cette approche patrimoniale, inscrite dans le Code civil, empêche l’appropriation de la ressource, précise Nathalie Hervé-Fournereau. Seules exceptions : l’eau de pluie et les sources situées sur des propriétés privées. » Depuis la loi sur l’eau de 1964, l’eau est gérée à l’échelle des grands bassins hydrographiques – Adour-Garonne, Seine-Normandie, Rhin-Meuse… – par des établissements publics (les agences de l’eau) réunissant l’ensemble des acteurs : élus locaux, industriels, agriculteurs, associations d’usagers. « Ces agences que d’aucuns à une époque ont appelé les “parlements de l’eau” sont censées assurer un partage équitable de la ressource en eau et hiérarchiser ses usages », explique la juriste.
Dans le cas des mégabassines en projet en Poitou-Charentes, dont le financement est assuré à 80 % par de l’argent public, l’agence de l’eau Loire-Bretagne a d’ailleurs demandé un moratoire sur l’édification de ces ouvrages destinés à l’usage d’un petit nombre d’agriculteurs – un avis à l’époque outrepassé par les préfets des départements concernés, dont certaines des autorisations font aujourd’hui l’objet de recours devant la justice administrative française6.
Les solutions techniques évoquées pour pallier la raréfaction de la ressource, telles que les bassines ou l’emploi controversé des eaux usées pour l’irrigation, ne peuvent être que des solutions ponctuelles et ne nous dispenseront pas d’un nécessaire débat démocratique.
Les instances européennes se retrouvent aussi régulièrement sollicitées sur la question de l’eau. « De nombreuses associations environnementales portent les litiges devant les institutions européennes en s’appuyant sur les directives comme la directive-cadre sur l’eau (DCE), un cadre juridique majeur mis en place au niveau européen au début des années 2000 pour restaurer le bon état écologique des masses d’eau », précise Nathalie Hervé-Fournereau. C’est le cas de l’association Eaux et rivières de Bretagne, en lutte contre les pollutions diffuses issues du secteur agro-alimentaire, nitrates en tête. « La question de l’eau est d’ordre politique et social, et doit être démocratiquement envisagée, considère Stéphane Ghiotti. Les solutions techniques évoquées pour pallier la raréfaction de la ressource, telles que les bassines mais aussi le dessalement de l’eau de mer ou l’emploi controversé des eaux usées pour l’irrigation7, ne peuvent être que des solutions ponctuelles et ne nous dispenseront pas d’un nécessaire débat démocratique. »

Des manifestants protestent contre la construction de la première mégabassine française à Mauzé-sur-le-Mignon, dans le Marais poitevin, en 2022.
PHILIPPE LOPEZ / AFP
Au-delà des seuls usages humains, la raréfaction de la ressource en eau demande à réfléchir d’urgence au partage équitable de celle-ci avec les non-humains. « Les écosystèmes dépendent directement de l’eau des sols, des nappes et des rivières, rappelle Nathalie Hervé-Fournereau. Il est intéressant de noter que ce sont d’ailleurs leurs besoins que la directive-cadre sur l’eau cite en priorité, avant l’eau potable ou les besoins agricoles. » La juriste invite à s’inspirer des exemples internationaux pour faire évoluer le droit à l’eau « vers un cadre moins anthropocentré et individualiste » : en Amérique latine et en Nouvelle-Zélande, certains fleuves se sont vu attribuer une personnalité juridique, tandis qu’en Espagne, avec la Loi Mar Menor de 2022, c’est désormais une lagune d’eau salée qui bénéficie de cette protection. L’eau, un bien commun aux humains comme aux non-humains. ♦
A lire sur notre site
« Les mégabassines ne résoudront pas la crise de l’eau » (point de vue par Vincent Bretagnolle, écologue)
L'hydraulique, une histoire vieille de 9000 ans (entretien avec Louise Purdue, géoarchéologue)
Notes
1. Unité CNRS/Cirad/Université Paul Valery Montpellier/Université Perpignan Via Domitia.
2. Unité CNRS/Météo-France.
3. Unité CNRS/Université de Rennes.
4. Unité CNRS/École nationale des travaux publics d’État/ENS Lyon/Ensa Lyon/Université Jean Monnet/Université Lumière/Université Jean Moulin.
5. 5. Unité CNRS/ENS-PSL.
6. Le tribunal administratif de Poitiers a annulé mardi 3 octobre 2023 deux projets de mégabassines représentant quinze ouvrages au total. Des projets « surdimensionnés », qui ne tiennent « pas compte des effets prévisibles du changement climatique », selon la juridiction.
7. Parmi les réserves à l’égard de l’utilisation des eaux « grises » pour l’irrigation, leur forte concentration en polluants. Bien que traitées, les eaux usées comportent encore de nombreuses substances chimiques telles que les médicaments et d’autres molécules de synthèse. Des polluants qui jusqu’à présent se diluaient dans les rivières où ils étaient rejetés.
La désertification
Depuis cinq ans, j'écris une fiction sur l'élimination quasi totale de la population humaine.
Je ne suis plus dans le registre de l'auteur qui aime imaginer et raconter des histoires. Je suis dans l'anticipation, non pas d'une fiction mais de la réalité prochaine.
Depuis le printemps (eh oui, en mai, on était encore au printemps), les medias parlent de canicules et maintenant d'incendies et de toutes les dévastations que ces phénomènes génèrent. On parle de sécheresse qui serait la cause des désastres, un réchauffement climatique que beaucoup refusent encore de s'attribuer.
La cause de tout, c'est notre mode de vie, d'exploitation, de domination.
Tout ce qui survient n'est que la conséquence de notre présence, de notre positionnement au regard de la planète. Nous sommes des prédateurs mais dès lors que la Terre, elle-même, est devenue notre proie, nous allons au devant de notre extinction.
Les conflits prendront leur source dans l'absence d'eau et dans la réduction drastique des ressources alimentaires. L'atteinte phénoménale à la biodiversité nous condamne. En tuant la vie pour le profit, nous nous passons la corde au cou. C'est désormais inéluctable.
L'idée, dans l'écriture de cette dystopie, est donc de mettre un terme à ce désastre et puisque les humains ne le décideront pas d'eux-mêmes, ça leur sera imposé. Je ne crois aucunement, pas un seul instant, à une prise de conscience suffisante pour appuyer sur le frein et stopper la machine. Ni de la part des gouvernants, ni de la part des populations.
Je m'applique à préserver ma santé au mieux pour durer encore suffisamment longtemps. Je veux tenir pour voir la suite.
Le tome 3 s'appelle "LE DESERT DES BARBARES". Dans la désertification vers laquelle nous allons, les barbares feront la loi.
La belle saison
Autrefois, l'été, on l'appelait la belle saison.
Je vais avoir 64 ans. Cet "autrefois" n'est pas bien loin. Qu'en sera-t-il demain à l'allure où ça va ?
Je ne vais pas parler des incendies, il suffit d'aller sur les réseaux sociaux pour les voir.
"Pas de victimes à déplorer".
Cette phrase, entendue maintes fois, me noue le ventre parce qu'elle ne prend en considération que les humains. Et elle est finalement très représentative de notre positionnement au regard du Vivant. Il y a "nous" et le reste.
Il est impossible de comptabiliser le nombre de victimes, dans l'ensemble du Vivant.
"Pas de victimes humaines à déplorer" serait bien différent. Je rappelle d'ailleurs qu'un pompier de 22 ans est mort en Savoie et qu'un autre est en urgence absolue.
Pour ce qui est des effets de la canicule, les funérariums en zone urbaine sont tellement surchargés qu'ils envoient les corps dans les funérariums de campagne.
"Le taux d’occupation des chambres funéraires « qui, d’habitude, est plutôt autour de 30 à 45 % sur les mois d’été », dépassait ce lundi 29 juin 66 % au niveau national, et atteignait « 100 % », soit la « saturation », sur certaines zones urbaines denses", selon Élisabeth Charrier, déléguée générale de la FNF (la fédération nationale du funéraire), citée par l’AFP.
Ici, depuis la maison, on voit le panache de fumée des incendies dans le Diois. L'étau de l'enfer se resserre, partout. Et nous, humains, sommes les attiseurs de ce feu. Les gouvernants sont en première ligne dans le registre de la responsabilité. Les citoyens les suivent de près. Combien sommes-nous à avoir décidés de ne plus rien attendre de la sphère politique et à nous être engagés dans la voie de la sobriété, de la simplicité volontaire, dans cette prise de conscience que chacun d'entre nous constitue la masse ?
Le plan agricole, c'est à dire celui de la FNSEA, je ne veux pas en parler. J'ai décidé d'arrêter de les prendre en considération. Tous, politiciens, industriels de l'agriculture et financiers sont les maîtres de notre souffrance et de celle du Vivant et rien de bon ne viendra d'eux.
Je n'ai pas de solution. Parce qu'il n'y en a pas. Pas dans ce système de pensées qui nous élève au-dessus du Vivant. Il faudrait une catastrophe majeure. C'est horrible de l'envisager mais tant que des forêts de massifs montagneux seront en flammes, tant que quelques maisons brûleront, tant qu'il n'y aura "pas de victimes humaines" à déplorer, à grande échelle, rien ne changera.
Aux prochaines élections présidentielles, les électeurs vont se focaliser sur le candidat qui sera le plus convaincant sur la croissance, le niveau de vie, la baisse du chômage, le pouvoir d'achat. Les élections auront lieu au printemps, juste avant la belle saison. Pas grand-monde ne se souviendra de l'été 2026. Qui ne fait pourtant que commencer.
Alors, nous, tous les matins, on se lève à 6 heures, on prend un café et on va sur le terrain. On est des privilégiés, des retraités, notre pension tombe tous les mois. Loin de moi l'idée de porter un jugement envers tous ceux qui ont pour priorité d'améliorer leur existence, qui travaillent, qui sont inquiets pour leurs fins de mois.
Je n'ai pas de solution. Nous sommes engagés dans une voie très étroite, une ligne toute tracée et nous ne sommes pas prêts à en changer.
Les phénomènes climatiques vont nous y forcer.
Triste
La source est à sec.
Le potager survit péniblement. Les jeunes arbres souffrent le martyr.
On ne peut plus rien, nous sommes démunis.
Je pourrais poster des dizaines d'études, des constats, de tout ce qu'il faudrait engager à l'échelle de la planète toute entière et je sais que rien n'adviendra. Pour les gouvernants, la situation n'est pas encore assez grave et c'est effrayant de l'écrire. Ils nous parlent de climatisation, c'est à dire une méthode qui aggrave le problème général. Des fous.
Les services de pompiers alertent, les incendies ont démarré.
La mortalité chez les animaux ne peut même pas être comptabilisée. Celle des humains ne fait que commencer.
Les sécheresses sont générales sur le pays. Ici, dans "l'Ardèche verte", les champs sont grillés. Encore une ou deux semaines et on commencera à voir les feuillages jaunir dans les forêts.
Je n'ai pas envie d'écrire ici et je ne lis plus rien sur les réseaux sociaux. Quand je vois des smileys rigolards sur des articles climatiques, j'ai juste envie de tuer ces gens.
Je vais faire comme les arbres, entrer en "survie".
Qu'est-ce que le stress hydrique ?
Hêtre dépérissant - ©Lilian DUBAND/ONF
Un léger manque de pluie n'affecte pas les arbres. L’éponge que constitue le sol va leur permettre de bénéficier de l’eau emmagasinée lorsque les pluies ont été plus abondantes. Tant que la terre n'est pas trop asséchée, les arbres peuvent donc se développer sereinement.
En revanche, la situation se complique lorsque le manque de précipitations se prolonge et que le réservoir en eau du sol n’est plus rempli qu'à 40 % et moins. A ce stade, les arbres souffrent du manque d'eau, plus difficile à extraire par les racines, on peut alors parler de stress hydrique. Les gros et vieux arbres, qui ont besoin de plus d'eau que les jeunes, sont particulièrement touchés.
C’est ce qu’on constate quand les sécheresses se succèdent ou sont plus intenses. Les feuilles des arbres flétrissent, roussissent puis tombent pour leur permettre de faire des économies d’eau. Les fortes températures brûlent également les feuilles qui ne deviennent plus fonctionnelles et tombent.
Quand les arbres arrêtent de transpirer, l’humidité atmosphérique qui protège les feuilles des rayonnements du soleil disparaît. Les feuilles situées en plein soleil sont brûlées et tombent quand celles demeurées à l’ombre restent vertes .
Brigitte Musch, cheffe de département ressources génétiques forestières à l'ONF
Le manque d’eau, un risque réel pour les arbres
La défoliation précoce
Si les sécheresses se répètent ou se prolongent, lorsque chaleur et sécheresse se conjuguent, les arbres n’ayant plus d’eau à disposition dans le sol, ferment leurs stomates et se débarrassent de leurs feuilles pour limiter leur transpiration et leur respiration. Les moyens de défense en place les affaiblissent.
Avec une fermeture partielle des stomates voire une chute trop précoce des feuilles, les arbres se retrouvent alors "sous-alimenté en carbone" car ils ne peuvent plus faire suffisamment de photosynthèse et doivent puiser dans leurs réserves. Or, ils ont en besoin l'année suivante pour refaire des feuilles. Les arbres deviennent également moins aptes à se défendre contre les insectes, les champignons et les maladies.
"La défoliation peut également s'accompagner de mortalité de petites branches, puis de branches plus importantes, or moins il y a de branches, moins il y a de feuilles. Et si la sécheresse dure, les arbres peuvent aussi produire de plus petites feuilles l'année d'après. Ils font ainsi moins de photosynthèse, moins de réserves pour l'hiver… C'est un cercle vicieux" précise Brigitte Musch, cheffe de département ressources génétiques forestières à l'ONF.
La cavitation
Quand le besoin en eau de l’arbre est trop élevé par rapport à l’eau disponible dans le sol et que les stomates ne sont pas totalement fermés, des bulles d'air se forment dans les vaisseaux de l'arbre et empêchent la conduction de l'eau, créant une embolie qu’on appelle cavitation.
« Quand il n’y a plus d’eau dans le sol, les arbres aspirent de l’air. Comme chez les humains, les bulles d'air bouchent les vaisseaux et causent la mort des branches qui étaient irriguées par ces vaisseaux » explique Brigitte Musch.
La sensibilité à la cavitation est très variable d’une espèce forestière à l’autre : certaines espèces comme les saules y sont très sensibles, d’autres comme les cyprès, adaptés à des climats chauds, sont plus résistantes.
La conjonction du manque de réserves, de la sensibilité face aux attaques diverses et du niveau de cavitation peut entraîner le dépérissement de l’arbre et à terme sa mort.
