Là-Haut

Articles de la-haut

"La mort est dans le pré"

Par Le 29/06/2014

Suivre les injonctions de l'Etat

Aller toujours plus vers l'exploitation intensive

S'endetter pour rentabiliser...

Une fois endetté, utiliser les pesticides pour rembourser les dettes

Le noeud se resserre, le tabouret vacille, il faut s'empoisonner et empoisonner la population pour ne pas mourir sous la pression des banques. 

C'est effroyable...

Esclavage

Par Le 27/06/2014

Primark : trois appels à l'aide découverts et une grosse question d'éthique qui se pose

M. LE ET S.C Publié le - Mis à jour le 

MAGAZINEUne autre étiquette a été découverte, ainsi qu'une lettre interpellante dans un jeans Primark. Tout ceci relance le débat sur les conditions de travail de ceux qui, dans les pays du Sud ou même en Europe, fabriquent « nos » vêtements. Eclairage avec Jean-Marc Caudron, d'achACT.

 

Primark, l'enseigne irlandaise de vêtements bon marché est à nouveau pointée du doigt depuis deux jours après la découverte interpellante d'une jeune fille. Et il semblerait que cette histoire d'étiquette en guise d'appel à l'aide ne soit pas un cas isolé. Une autre cliente affirme au DailyMail avoir découvert l'inscription "Conditions dégradantes de travail " sur un habit acheté l'an dernier dans le même magasin, celui de Swansea au Pays de Galles. A 21 ans, Rebecca Williams s'est dit choquée en découvrant ce mot cousu main. " J'avais l'habitude d'acheter de nombreux vêtements chez Primark, mais je ne le ferai plus. Ça m'a fait réfléchir sur la façon dont les vêtements sont faits! ", explique-t-elle.

Une autre histoire du même genre commence à tourner sur la toile. Il s'agit de celle de Karen Wisinska . Elle a récemment découvert dans la poche d'un jeans acheté à Belfast chez Primark une lettre manuscrite en chinois dont l'intitulé était plutôt alertant: « SOS! SOS! SOS! », ainsi que la carte d'un ouvrier. L'emplette datait de juin 2011, mais était restée bien rangée sur une de ses étagères jusqu'à aujourd'hui.


Via les réseaux sociaux et Amnesty International, la cliente choquée a pu prendre connaissance de la traduction:

  • Nous sommes prisonniers de la prison de Nan Xiang de la province du Hubei en Chine. Notre travail à l'intérieur de la prison est de produire des vêtements de mode pour l'exportation. Nous travaillons 15 heures par jour et la nourriture que nous mangeons ne serait même pas servie aux chiens ou aux porcs. Nous travaillons aussi dur que des bœufs dans le champ.

De son côté, l'enseigne irlandaise dit enquêter sur ces différents faits qu'elle estime très étranges. Sur Twitter, on peut lire ceci: "Nous continuons à enquêter sur les origines d'une étiquette supplémentaire qui a été trouvé dans une de nos robes."


Le mystère reste entier et ces découvertes déstabilisantes. S'agit-il de faits réels ou d'une manière très efficace de conscientiser les consommateurs? Eclairage avec Jean-Marc Caudron, d'achACT (action acheteurs consommateurs), organise qui lutte pour un travail décent.

De manière très pragmatique, est-ce possible qu’un travailleur soit à l'origine de cette étiquette?
On ne le sait pas. Probable, ça l'est, évidemment. Cela correspond aux conditions de travail harassantes des travailleuses, je le dis au féminin parce que ce sont principalement des femmes qui travaillent dans l'industrie textile. Le message exprimé sur l'étiquette correspond en tout cas à la réalité observée sur le terrain. On en a eu les preuves durant l'année écoulée avec l'effondrement du Rana Plaza (une usine textile qui s’est effondrée le 24 avril 2013 à Dacca au Bangladesh, tuant plus d’un millier de personnes, ndlr) ou les manifestations en Asie sur la question salariale dans l'industrie du vêtement...


Primark faisait justement partie des marques identifiées au Rana Plaza… Illustre-t-elle particulièrement les conditions de travail imposées aux travailleurs du Sud par les enseignes low cost européennes?
C’est une enseigne de plus en plus importante en Europe et en Belgique aussi où plusieurs ouvertures sont prévues. Et on sait en effet qu’elle se fournissait au Rana Plaza. Les bas prix qu’elle propose peuvent nous faire imaginer les conséquences sur les travailleuses asiatiques. Mais cela ne veut pas dire que les enseignes low-cost en font moins que d’autres marques plus luxueuses… Un vêtement vendu plus cher dans nos pays et parfois identifié « made in Europe » – comme Benetton ou Hugo Boss…- peut aussi cacher des conditions de travail désastreuses (lire à ce sujet la récente enquête menée par achACT et la Clean Clothes Campaign) Dans le cas du Rana Plaza, l’enseigne irlandaise Primark a réagi rapidement. C’est elle qui a mis le plus gros montant d’indemnités sur la table.

Cette affaire relance le débat sur les conditions de travail dans l'industrie textile et l’importance du lien entre travailleurs et consommateurs… 
Cela rappelle d’ailleurs le film China Blue qui dressait le portrait d’une jeune fille de 16 ans fabricante de jeans en Chine. Il visait à montrer qu’il y avait une personne derrière le vêtement. Nous défendons ce lien entre consommateurs et travailleurs pour qu’une prise de conscience s’effectue du côté des consommateurs. Mais aussi pour créer une solidarité et que les consommateurs puissent interpeller les grandes marques sur les conditions de travail déplorables qu'elles imposent à leurs employés.


Comment, en tant que consommateur, une étiquette peut-elle nous renseigner sur l’"éthique" du vêtement que nous achetons ?
L’affaire soulève justement la question de la transparence des étiquettes. Dans l’Union européenne, il n’y a pas d’obligation de marquer le pays d’origine. S’ils sont souvent mentionnés, c’est parce que le vêtement est destiné également au marché américain ou canadien, où c’est obligatoire. Les étiquettes ne nous fournissent donc aucune information sur le respect des travailleurs. C’est pourquoi nous plaidons pour avoir un système sur base d’un code chiffré qui identifie le lieu de fabrication d’un vêtement. Cela permettrait de travailler sur la solidarité de la filière et de soutenir les travailleuses. Avec cette étiquette, les travailleuses pourraient aussi savoir vers qui sont destinés les vêtements qu’elles confectionnent.



ALLER PLUS LOIN :

Le site d'achACT http://www.achact.be/ rassemble plusieurs rapports sur les conditions de travail dans le secteur du textile, des jouets ou de l'électronique, pays par pays ; invite à agir à travers plusieurs campagnes ; et livre les outils pour une consommation plus responsable.

Fausse démocratie

Par Le 27/06/2014

. Analyse de notre système politique : l’élection crée notre impuissance politique.

http://lavraiedemocratie.fr/7-i-a-notre-impuissance-politique.html

I. A. Notre impuissance politique est prévue par la Constitution

« Il faut qu’une constitution soit courte et obscure. Elle doit être faite de manière à ne pas gêner l’action du gouvernement. » (Napoléon Bonaparte)

L’ensemble des normes (Déclaration des droits de l’Homme, lois, décrets, contrats…) sont hiérarchisées dans le droit français selon la pyramide des normes. Au sommet de celle-ci se trouve la Constitution, qui s’impose à tous les textes de loi. Pour comprendre les défauts de notre système politique, il convient de s’intéresser à ce texte qui est supposé organiser au mieux les pouvoirs en nous protégeant des abus et en nous assurant du respect d’un certain nombre de libertés fondamentales.

1Nous devons d’abord faire le constat de notre impuissance politique : nous ne sommes que de simples électeurs, notre avis sur la politique nationale ne doit être pris en compte qu’une fois tous les 5 ans. Entre temps, le référendum est laissé à l’initiative des dirigeants et il n’existe aucune possibilité légale de faire annuler leurs décisions si le peuple les conteste (hormis le contrôle de constitutionnalité, mais de nombreuses lois conformes à la constitution de la Ve République ont fait l’objet de contestations populaires). En outre, les mandats ne sont pas impératifs et donc les programmes des candidats ne sont pas des engagements solides.

2Il nous faut aussi constater l’inertie du système : le choix que l’on nous propose lors des élections ne nous permet pas de défendre l’intérêt général. Quel que soit le parti que l’on nous présente, les inégalités sociales et le chômage demeurent voire empirent, nos services publics ne sont pas défendus voire sont menacés... Bref, il n’est pas étonnant dans ces conditions que les gens s’abstiennent de voter. Pour l’anecdote, le bipartisme a été dénoncé avec humour et pertinence par l’ancien premier ministre canadien Tommy Douglas en 1944 dans un discours allégorique connu sur le « pays des souris », invariablement gouverné par des chats (noirs ou blancs)... Un discours aisément transposable à d’autres pays et d’autres époques...

3Nous sommes insuffisamment protégés contre les abus de pouvoir car nous élisons des maîtres qui prétendent abusivement être nos représentants« Pour pouvoir devenir le maître, le politicien se fait passer pour le servant. » (citation attribuée à Charles de Gaulle). Nous avons certes une toute petite garantie : la séparation des pouvoirs (souple, en plus : en pratique, l’exécutif utilise la majorité législative de son bord politique pour légiférer, et l’indépendance de la justice est un idéal menacé). Mais malgré cela, nos dirigeants mènent des politiques qui nous sont défavorables et des inégalités sociales très fortes pèsent sur notre société. La constitution de la Suisse indique dans son préambule, elle, que « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres. ». Ajoutons à cela que nos maîtres politiques sont régulièrement impliqués dans des scandales qui montrent qu’ils défendent des intérêts particuliers et donc abusent de leur pouvoir. Il faut bien comprendre que le concept de « démocratie représentative » n’a été inventé que pour légitimer des régimes instaurés par des gens qui craignaient le pouvoir du peupleAux États-Unis, le philosophe Takis Fotopoulos relève que « Les pères fondateurs de la constitution américaine n’en voulaient pas (fin du XVIIIe siècle) et ont donc inventé la démocratie représentative. Leur objectif réel était de dissoudre le pouvoir populaire, afin de garantir que le système démocratique, qui prétendait répartir le pouvoir à égalité, serait bien compatible avec la dynamique de l’économie de marché, qui provoquait déjà une concentration du pouvoir entre les mains d’une élite. […] Si la démocratie représentative a été inventée, ce n’est pas parce que la population était trop nombreuse. Le raisonnement des pères fondateurs n’était pas : “La représentation est nécessaire parce que la république à un vaste territoire” mais “Il est souhaitable d’avoir une république territorialement étendue pour que la représentation soit inévitable”. La notion de représentation […] a donc été imaginée pour servir de filtre : elle était exactement l’inverse de l’Iségoria, l’impératif d’égalité de parole de la démocratie. […] Ainsi comprise, la démocratie cessait d’être l’exercice du pouvoir politique : on en faisait au contraire l’abandon de ce pouvoir, qui se trouvait transférée, via les élections, à une élite politique. »En France, l’abbé Sieyès (député du tiers-état ayant rédigé le serment du Jeu de paume et participé à la rédaction de la constitution après la Révolution) le reconnaissait lui-même dans un discours du 7 septembre 1789 : « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète,dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. ».

4« Aux yeux des riches, la seule valeur de votre existence, c’est qu’ils ont besoin de votre bulletin de vote à chaque élection pour faire élire les politiciens dont ils ont financé la campagne. » (Michael Moore). Il est quasiment impossible pour un citoyen lambda de s’engager pour participer aux décisions politiques du pays car il n’y a pas d’égalité réelle entre les candidats aux élections. Le mythe de l’égale éligibilité des citoyens ne tient pas : pour être élu par des millions de personnes, il ne suffit pas d’avoir des qualités, il faut se faire connaître par une campagne que seule une personne très riche ou soutenue par des puissances d’argent peut financer. Ceci vaut autant pour l’aspect matériel que pour la présence dans les médias nationaux, l’égalité réelle du temps de parole dans les médias de masse n’existant que pendant quelques semaines avant les élections — et c’est même d’ailleurs déjà trop pour un certain nombre d’éditorialistes. Or ces puissances d’argent (les 1 %, parfois proches des plus gros actionnaires des médias de masse) ont des intérêts particuliers plutôt contraires à l’intérêt général (ou du moins à l’intérêt du plus grand nombre, les 99 %) (exemple : le Code du travail) : l’élection nous assure que nos dirigeants seront redevables de leur élection à des puissances d’argent et non au peuple, donc qu’ils n’agiront pas dans l’intérêt de ce dernier (ou seulement en apparence juste avant les élections pour briguer un nouveau mandat), tout simplement car d’autres intérêts priment. On remarque au passage que, sauf mandat unique prévu par la constitution, les élus doivent travailler à leur réélection en même temps qu’ils exercent leurs fonctions. L’élection prévoit donc intrinsèquement que l’élu ne travaillera pas exclusivement à préserver l’intérêt général (il doit aussi travailler à préparer sa réélection ou à organiser sa succession).

5La constitution qui s’impose à nous aujourd’hui est un héritage de celle du 4 octobre 1958, qui a été écrite pour De Gaulle. Elle a donné un pouvoir démesuré à l’exécutif. Cela avait du sens pour un homme qui voulait sincèrement défendre les intérêts nationaux, mais c’est dangereux pour des présidents moins vertueux. Notre constitution actuelle, bien que réformée sur de nombreux points depuis 1958, a gardé cette esprit d’exécutif fort typique d’une « dictature éclairée » menée par la personne du Président. Est-ce vraiment le meilleur système pour protéger le peuple des abus de pouvoir ? On peut en douter.

« C’est un extrême malheur d’être sujet d’un maître duquel on ne peut jamais être assuré qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa puissance d’être mauvais quand il le voudra. »(Étienne de la Boétie, La servitude volontaire, 1576).

6« Dès qu’on se laisse gouverner, on est mal gouverné. » (Alain). Dans le système actuel, nous sommes dépossédés de tout rôle politique quotidien : notre implication est l’exception au lieu d’être la règle. Nous sommes ainsi éloignés de la politique alors que c’est elle qui est susceptible de protéger nos services publics et nos salaires, de réduire le chômage, la pauvreté, les conflits avec son employeur... Brefs, nos problèmes de tous les jours, qui intéressent forcément chaque individu, même celui qui prétend que la politique ne le concerne pas !

7Si nous tentons de nous révolter, on nous rétorque qu’il suffit d’aller voter et la police nous réprime : notre impuissance politique est rendue possible par l’existence d’élections qui légitiment que l’on étouffe (ou du moins ignore) toutes les contestations qui s’expriment autrement que par la voie électorale (réforme des retraites, aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mariage homosexuel...). Cela se traduit par la tendance de l’oligarchie élue par la majorité à imposer ses vues aux minorités politiques et à éviter toute initiative de délibération à visée décisionnelle au sein du peuple. Ainsi, la prise en compte des intérêts des minorités n’est assurée que par le bon-vouloir occasionnel des élus de la majorité (exemple des droits des LGBT ou des étrangers, longtemps méprisés et encore partiellement ignorés pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas rentable dans un système électif de défendre des minorités puisque c’est la majorité seule qui a le pouvoir de réélire).

8« Le secret d’une autorité, quelle qu’elle soit, tient à la rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu’ils sont coupables. » (Raoul Vaneigem). Au-delà de la légitimation de l’action des élus au détriment de toute contestation extérieure au processus électif, l’élection permet d’attribuer à l’ensemble des électeurs la responsabilité des erreurs des élus. Si les actions de l’élu sont mauvaises, les électeurs sont supposés avoir une part de responsabilité : ils auraient fait un mauvais choix, ils n’auraient pas été capables de prévoir les trahisons possibles dans le futur mandat ! Mais la liberté du choix (qui autorise le blâme postérieurement) ne commence qu’à partir de l’instant où l’on fait la différence entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Cette rhétorique évite en fait aux élus d’avoir à assumer la pleine responsabilité de leurs décisions en laissant dire que leurs erreurs dépendent en partie de la volonté de leurs électeurs.

Suite : I. B. L’élection n’est pas un catalyseur mais un inhibiteur de démocratie

Désobéir

Par Le 26/06/2014

Le droit de désobéir est parfois un devoir. 

 http://www.everyoneweb.fr/presentation_tier/Index.aspx?WebID=LoiEduNat&BoomID=B1&KnooppuntID=K457&KnoopOpen=True&LG

8) Un fonctionnaire peut-il refuser d'exécuter un ordre de son supérieur s'il estime que cela le mettrait en défaut avec la loi et porterait atteinte à l'intérêt public ?

OUI

 

L'article 28 de la Loi n°83-634 du 13 juillet 1983 dite Loi Le Pors indique d'une part que le fonctionnaire "doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique", mais pas "dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public".

 

Remarquons cependant l'aspect très restrictif de ce "devoir de désobéissance". Il ne suffit pas que l'ordre soit illégal, il faut démontrer qu'il l'est manifestement, ce qui laisse une marge d'interprétation non négligeable à celui qui donne l'ordre et aux autorités dont le fonctionnaire solliciterait l'arbitrage. Il faut démontrer, en outre, que l'ordre porte gravement atteinte à l'intérêt public.

 

Il en résulte que le fonctionnaire n'a plus qu'à choisir entre deux bâtons pour se faire battre. Soit il résiste à son supérieur et s'expose à de graves sanctions immédiates comme c'est le cas des enseignants du mouvement des "Désobéisseurs". Soit il obéit et s'expose au risque de se voir reprocher ultérieurement son zèle dans la mesure où le fait d'avoir reçu des ordres ne justifie pas que l'on transgresse la loi ou la morale.

 

On comprend ainsi le malaise des directeurs d'école sommés de renseigner le fichier "Base Élèves". Les uns résistent et ils subissent des sanctions, comme c'est le cas en Isère, ou à Coulomiersdans la banlieue toulousaine où Alain Refalo mène une résistance courageuse. Les autres obtempèrent et s'exposent à certaines des sanctions très graves (des peines de cinq ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende) que les articles 226-16 à 226-24 du Code Pénal réservent à ceux qui se livrent à des traitements de donnée qui ne respectent pas tous les critères de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 dite "Informatique et libertés". S'il devait leur arriver de répondre devant la loi à de telles infractions, le fait d'y avoir été enjoints par leur hiérarchie ne constituerait pas une excuse. Il existe une jurisprudence des "crimes de bureau".

 

Le destin (2)

Par Le 26/06/2014

Le destin se nourrit de la logique du hasard.

L'intuition... Il convient à mon sens d'analyser ce que nous entendons par là. Premièrement, il me semble que nous sommes obligatoirement au fil du temps engagés dans des schémas de pensées et que ces schémas constituent des chemins sur lesquels nous aimons avancer. Dès lors, nous risquons de voir dans un phénomène la validation d'une pensée ancienne, sa confirmation. C'est là que la vigilance ou la lucidité jouent un rôle essentiel. 
Il est possible par conséquent que le cas surprenant d'une intuition vienne nourrir en moi l'idée de cette âme qui a en charge mon parcours. Ca ne serait donc nullement une preuve mais juste un ressenti qui convient à mon cheminement spirituel.
Mais il est possible également que cette intuition soit en fait nourrie elle-même par l'assemblage hétéroclite de mes anciennes expériences de vie et que ce que j'appelle une intuition ne soit en fait qu'une résurgence inconsciente issue de ma mémoire.
Je prends un exemple.
Je fais de l'escalade. Il m'arrive parfois d'arriver dans un passage particulièrement complexe et je ne sais pas si je dois prendre à droite ou à gauche, rien ne me permet d'être certain de la suite. Et pourtant, il pourrait s'avérer redoutable de ne pas partir dans le bon passage. Alors, j'observe, j'essaie de trouver des repères... Et puis, là, soudainement, j'ai l'intuition que je dois partir à droite... Qu'est-ce qui s'est passé ? On pourrait imaginer qu'en fait, dans ma mémoire, il reste quelques traces d'une ancienne voie, ressemblant quelque peu à celle-ci et que la décision que j'avais prise d'aller à droite s'était révélée juste...Peut-être que la couleur du rocher, la lumière, la structure de la roche, la forme d'un pilier ont suffi à créer dans mon inconscient le rappel de cette décision favorable. Je ne m'en souviens pas, de façon rationnelle, mais ce ressenti est là. Et je vais le suivre.
Si cette décision s'avère être la bonne, selon mes schémas de pensées, je vais considérer cette intuition comme un signe intérieur, une écoute intime, une apparition de mon âme, celle qui a en charge mon parcours.

Ou alors, il ne s'agira que d'un pur hasard, un sacré coup de chance... Aucune intention d'âme mais juste une issue favorable, une tournure qui aurait tout aussi bien pu virer au cauchemar... 

Prenons maintenant le cas d'une décision défavorable. Après une longue traversée ascendante sur des prises ridicules, je me retrouve au pied d'un pilier surplombant absolument infranchissable. Et cette traversée que je viens d'effectuer m'interdit tout retour...Je suis piégé...Selon mes schémas de pensées, je vais voir dans cette situation une sacrée déveine ou une mauvaise intuition... Mais comment peut-on concevoir une mauvaise intuition si on accepte l'idée qu'elle vient de notre âme ? Ça paraît impossible que notre âme soit à la source d'une galère monumentale ?

"Ah, la vache, pourquoi elle me fait ça ????"

Mais dans le cheminement de l'âme, cette galère est nécessaire. Je ne dois pas la voir avec mon mental. C'est là que prend toute la force de cette conception de la vie. Je suis là, c'est à dire moi en tant qu'individu, parce que mon âme a besoin de cette épreuve pour avancer ou pour que tout s'arrête. Il ne me reste donc qu'à entrer en lutte contre mes faiblesses pour voir où cette intuition d'âme veut m'amener. Ça ne dépend pas de moi que je sois là mais ça dépend de moi, pour l'instant, que je mette tout en oeuvre pour m'en sortir...Et là, j'aime mon âme dans ce qu'elle me propose de vivre. Et si je tombe et que tout s'arrête, c'est que l'âme jugeait cette fin idéale dans son parcours d'âme.

Cette question du "destin" dans les mains de cette âme est un sacré problème. 
Si effectivement, nous décidons qu'il existe une "ame", une "énergie", un "Soi", etc ...et que cette âme a une Conscience, non pas notre conscience mentalisée (J'ai conscience en ce moment de ce que j'écris) mais une Conscience qui appartient à une dimension éternelle, universelle, qui prend sa source dans le flux vital et ne peut pas le quitter, une âme qui a besoin de parcours matérialisés dans une enveloppe pour affiner son évolution, alors on peut s'attendre de sa part à un choix objectif, elle sait ce dont elle a besoin, cette Conscience a conscience de ses manques, de ses errances, des paramètres inachevés, elle va donc chercher une "destinée" qui correspondra à ce qu'elle doit apprendre, on peut imaginer une âme étudiant diverses options humaines et choisissant par exemple l'enveloppe de celui qui va devenir "moi". Cela sous-entend qu'elle a donc accès à une vision future, qu'elle peut "imaginer" ce qui va se produire dans la vie de ce "moi", tout ce qu'elle va pouvoir développer au coeur de cette enveloppe...
Dès lors, ce "moi", lorsque sa conscience sera suffisamment évoluée, va chercher à comprendre son "destin", son cheminement, les évènements survenus dans sa vie et sur lesquels il n'avait aucune emprise possible, sa naissance, sa famille, son pays, son physique etc..."Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi ?"...
Et là, on entre tous dans un conflit intérieur parfois redoutable. Nous allons nous plaindre, nous lamenter ou nous réjouir d'un destin qui nous brutalise ou nous comble alors que ce regard est issu d'un mental, de l'ego, de nos identifications et pas de cette âme...Elle, l'âme, elle sait très bien où elle va...Notre vision du Bien ou du Mal doit bien l'amuser d'ailleurs...

Même le nouveau-né qui va mourir deux heures après sa naissance a une âme qui savait ce qu'elle voulait. 
Si on rejette cette éventualité parce qu'elle est insupportable, alors il faut rejeter tout le concept d'âme.

Il faut à mon sens établir une distinction claire et nette entre l'âme et le mental, et ne pas essayer de comprendre l'âme avec ce mental.

 Evidemment, lorsque je vois la catastrophe aux Philippines, je me demande par quelle épouvantable malédction, ce peuple peut encore avoir été frappé, comment un tel acharnement néfaste peut exister... Une vision mentalisée, par compassion...Même si d'ailleurs, dans mon salon, elle ne sert à rien...

 Mais, reprenons l'idée de l'âme. Il y aurait donc dans la vie brisée de tous ces gens le choix volontaire d'une âme... Difficile à accepter... Parce qu'il est très douloureux de se dire que cette immense souffrance est intentionnelle et que cette intention nous sera toujours inaccessible... C'est sans doute cela le plus effroyable... Nous ne connaitrons jamais le projet de cette âme. Nous continuerons à errer au gré des évènements exogènes sans jamais savoir ce qui se trame depuis le début au coeur de cette enveloppe fragile.

 Si, et seulement si, nous considérons cette hypothèse viable...

 

 Car, si ça n'est pas le cas et qu'il faut s'en tenir à un hasard facétieux, ou sordide, alors, il faut accepter cette errance absolue et opter pour l'absurdité définitive de l'existence. Nous n'allons nulle part, ni en tant qu'individu, ni en tant qu'esprit, si jamais il y a autre chose qu'un simple cerveau... Nous nous rapprochons juste des vers qui nous rongeront.

Il faut choisir. Une intention ou le néant.

J'en viens à me demander si cette fameuse intuition ne serait pas une entité à part entière qui se révélerait dans certaines situations mais bien plutôt l'osmose enfin établie entre notre raison et nos émotions.
Imaginons deux voies parallèles : celle tracée par la raison, c'est à dire notre intellect et l'accumulation de connaissances tirées de nos expériences, la capacité à nous servir de ces expériences pour avancer dans la voie de cette connaissance et puis une deuxième voie tracée par nos émotions, le bouleversement généré par l'usage de nos cinq sens, joie, colère, contemplation, des émotions qui se mêlent à l'interprétation faite par notre intellect et par conséquent, bien souvent, un détournement de ces émotions, un alourdissement, des dérives. 
Il est difficile d'imaginer un individu avançant dans une voie sans jamais explorer son parallèle. 
L'intuition consisterait par conséquent, non pas à tracer une troisième voie (sur quelle base serait-elle construite ?) mais bien plutôt à unifier ces deux entités en nous pour construire une voie bien plus large, cesser le passage alterné de la voie de la raison à celle des émotions tout en parvenant à user des deux potentiels pour projeter l'individu dans une unification supérieure, une osmose créatrice. 
Pour Platon, l'intuition est la saisie immédiate de la vérité de l'idée par l'âme, indépendamment du corps.

Au contraire pour Épicure, l'intuition est la saisie immédiate de la réalité du monde par le corps, indépendamment de l'âme. 

Et s'il s'agissait d'une saisie concertée ? L'apparition spontanée de l'individu unifié ? 
Lorsque je suis dans en montagne et que j'ai l'intuition que le passage à suivre est à gauche alors que les éléments visuels me pousseraient davantage vers la droite, n'y a-t-il pas en moi une réunification de TOUS les éléments dont je dispose, à travers la connaissance générée par l'expérience et simultanément, une "divination" des ressentis sensitifs...
Pour Michel Henry, l'intuition est la propriété que possède la vie de se sentir elle-même hors de toute idée.
C'est là que je me retrouve. Toujours cette projection vers un accord absolu avec la Vie. Il ne s'agit pas d'un cheminement volontaire mais d'une offrande de l’Énergie vitale lorsque l'humilité me fait accepter l'idée que je ne suis pas le Maître de mon existence mais que je peux être le Maître de ce que la Vie me propose.

  Le destin se nourrit de la logique du hasard...
Si nous ne parvenons pas à établir une vision claire de l'existence, c'est peut-être parce que nous sommes conditionnés à mettre en opposition plusieurs "interprétations"...Dans un registre scientifique, dans un regsitre religieux, dans un registre spirituel, dans un registre nihiliste. Ou pire que tout, dans une indifférence totale...
Le libre arbitre consiste peut-être tout simplement à reprendre sa liberté de penser et rien d'autre...
Une liberté d'âme...

Grève de la faim

Par Le 25/06/2014

Réforme des rythmes scolaires : la maire de St-Médard-en-Forez annonce son intention de faire une grève de la faim

Evelyne Flacher est en colère. Contre l’État, « qui ne nous entend pas, nous les opposants à la réforme des rythmes scolaires ». Comme le ministre de l’Éducation nationale, Benoit Hamon « qui menace les maires qui n’appliqueront pas la réforme de condamnation ».

L’élue de la petite commune de 976 habitants a  annoncé, ce mercredi 25 juin, à la fin du conseil municipal son intention d’entamer, une grève de la fin ce lundi 30 juin

L’élue de la petite commune de 976 habitants a annoncé, ce mercredi 25 juin, à la fin du conseil municipal son intention d’entamer, une grève de la fin ce lundi 30 juin

Mais aussi contre les médias « qui privilégient ceux qui appliquent la réforme » et contre le conseil d’État « qui n’a toujours pas donné de réponse à notre recours pour l’annulation du décret alors que pour Dieudonné, il n’a mis que quelques heures». 

L’élue de la petite commune de 976 habitants a donc annoncé, ce mercredi 25 juin, à la fin du conseil municipal son intention d’entamer, une grève de la faim ce lundi 30 juin. « ce n’est pas un coup de tête, je vais m’installer devant la mairie, et le gouvernement va devoir se bouger car je suis un tout petit gabarit » prévient Evelyne Flacher

A Saint-Médard-en-Forez où 13 enfants sont concernés par les nouveaux rythmes scolaires, les 11 élus du conseil municipal ont voté une délibération le 15 novembre 2013 sur la non-application du décret Peillon-Hamon.

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Lettre ouverte

Par Le 24/06/2014

Lettre ouverte à Benoit Hamon

 Par  (Express Yourself), publié le 

Monsieur le ministre de l'Éducation Nationale, je suis papa de deux petites filles et je découvre votre prose du 12 juin 2014, le courrier que vous venez d'adresser aux parents de France. 

Tout d'abord, nous n'avons pas en commun la réussite de mes enfants. Comme parents responsables, c'est à mon épouse et à moi-même que revient le devoir de pourvoir aux besoins de nos enfants. Le vôtre est d'y concourir. 

Votre courrier témoigne d'une profonde hypocrisie car nulle part vous n'y faites mention de l'expérimentation en cours. Les rythmes dont vous parlez n'existent pas encore et ils n'existeront pas avant trois ans. Par ailleurs, le propre d'une expérimentation n'est-elle pas d'être volontaire ? Or votre expérimentation nous est imposée à tous. De quel droit ?! 

Sur ce point, la seule once de vérité que l'on puisse trouver à votre diatribe réside dans les cinq matinées travaillées. Est-ce un choix judicieux ? Vous l'affirmez en citant des études internationales. Pourtant, vous ne nous présentez pas ces études, vous ne les expliquez pas et nous devrions pourtant vous croire par la seule force de votre discours. Je m'y refuse ! 

Imaginer que nous puissions boire vos paroles comme texte d'évangile ne peut être que le résultat d'un aveuglement. Ce doit être ce même aveuglement qui vous permet, devant l'Assemblée Nationale, lors des questions au gouvernement posées le 10 juin 2014, de vous ériger en juge. Vous y avez affirmé que tous les recours seront rejetés. Monsieur, vous n'êtes que ministre et si vous avez la possibilité de saisir la justice pour faire appliquer la loi, avez-vous le droit de préjuger du résultat de ces saisines ? 

Quant à moi, j'ai bien l'intention de saisir la justice, si c'est possible et nécessaire, espérant ne pas être le seul, non pas pour réclamer un coup d'arrêt au changement mais pour demander que l'État remplisse ses devoirs envers la Nation. En effet, monsieur le ministre, l'inconsistance des décrets concernés va laisser bien des enfants sur le carreau. Vous vous êtes préoccupés du temps scolaire mais vous avez laissé de côté le temps périscolaire, fuyant lâchement votre responsabilité. 

En conséquence un temps qui aurait pu être mis à profit pour gommer les inégalités va se réduire, dans bien des communes, à de la simple garderie. Le mercredi, jour ouvré autant qu'ouvrable, les enfants n'auront pas accès aux cantines scolaires et, parents, nous pouvons légitimement nous inquiéter pour la sécurité de nos enfants. Pourtant cette sécurité, lorsque nos bambins vous sont confiés, est un devoir de l'État ! Vous l'esquivez en faisant du mercredi, en dehors de la matinée de cours, un temps extrascolaire. Bien sûr, vous pouvez me rétorquer que c'est à moi de m'organiser mais de quels droits remettriez-vous en cause notre droit et notre devoir à travailler ? Comme parents, nous n'avons pas que le devoir d'instruire nos enfants ; nous avons également le devoir de les nourrir, de les vêtir et de les loger. Comme État, la France s'est d'ailleurs engagée à nous y aider de toutes ses forces. La faiblesse avec laquelle ce changement de rythme est conduit vous a fait ignorer la Convention des Droits de l'Enfant, traité international dont la France, je crois, est signataire. Relisez-là ! 

À ce propos, je vous signale qu'à aucun moment, les enfants n'ont été consultés. Pourtant certains, c'est le cas d'une de mes filles, font preuve d'une maturité suffisante. En accord, avec les engagements de la Nation elle aurait dû, et je le suppose d'autres enfants avec elle, être entendue sur un sujet qui la concerne au premier chef. 

Monsieur le ministre, la réforme de l'Éducation Nationale est une promesse de campagne de François Hollande, la seule que vous ne sauriez ignorer car elle engage l'avenir de la Nation, mais on ne peut réussir un tel chantier sans un engagement plein et entier. Le compte n'y est pas ! Et il est évident que le gouvernement essaye d'imposer un changement sans débourser les sommes indispensables. Vous promettez un fond d'amorçage de 50€ par enfant sur deux ans alors que le minimum serait de 150€ par enfant et par an. Et je parle bien ici d'un minimum car je dirais qu'il manque à cette réforme plusieurs millions d'euros, 1,5 milliards si j'en crois l'Association des Maires de France, d'un engagement concret et durable de l'État. Où sont-ils ? Que faites-vous de notre Constitution qui vous impose pourtant le devoir suivant ? 

Article 13 du préambule de la Constitution de 1946 : La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État. 

Mais qui suis-je pour interpréter notre Constitution ? Un simple citoyen qui comprend à sa lecture que votre obligation ne s'arrête pas à l'enseignement mais s'étend à tout ce qui y concourt. 

Monsieur le ministre vous tentez de nous rassurer en affirmant que " les équipes académiques ont travaillé, dans chaque commune, main dans la main avec les enseignants, avec vos représentants et avec les élus locaux pour que la modification des temps scolaires se fasse dans les meilleurs conditions ". Si vous le croyez vraiment, c'est qu'on vous a menti. À chacune des réunions auxquelles j'ai participé, dans le canton de Fayence, nous étions seuls. N'étaient présents que les enseignants, la mairie et les parents ; vos équipes académiques ont été inexistantes ! Elles se sont bornées à transmettre vos directives et celles de votre prédécesseur sans jamais participer activement à la mise en place des nouveaux rythmes. De fait, se sont la crainte et la défiance qui se sont immiscées entre les Français alors que vous auriez dû les unir. 

Monsieur le ministre en écrivant cette lettre et en la diffusant mon but n'est pas d'arrêter toute réforme car, c'est une évidence pour beaucoup, la France et son système d'enseignement en ont bien besoin. Mon objectif est de réclamer que l'État et le gouvernement dont vous faites partie prennent toutes leurs responsabilités sans en esquiver aucune. Il y va de mes enfants, de ceux de mes amis, de ceux de mes voisins, de ceux de chaque Français. 

Monsieur Hamon, il est grand temps pour ce gouvernement d'investir pleinement dans l'avenir du pays. 

 

Gauthier Vranken 

Papa et Représentant de parents 

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Le changement

Par Le 23/06/2014

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 T : "Il y a un effet chronique qui pousse au changement. Comme si tout devait immanquablement être transformé, même ce qui fonctionne déjà...C'est la course au changement orchestrée et menée bien souvent par des individus qui n'y voient que l'opportunité de s'inscrire dans l'Histoire et non essentiellement l'idée d'un progrès. Il n'est qu'à voir le désastre actuel dans l'enseignement. Le changement, s'il n'est qu'un produit commercial, politique, égotique, intéressé n'a aucune valeur. Le changement, ça serait peut-être aussi de commencer à comprendre que ce qui fonctionne n'a pas à être changé...

JF :  Le problème, c'est qu'il y a plus de changements que d'individus qui veulent changer, le déséquilibre vient juste de là. Parce que dès lors que l'on accepte le progrès dont le cours est immuable, le changement vient avec, mais on est toujours à la traîne pour appréhender ce changement.

T : Mais c'est l'idée du "progrès" qui me taraude...Est-il inéluctable de vouloir changer ? Quand je repense à mon enfance et aux adultes que je côtoyais, leur vie était bien plus sereine que celle des adultes que je rencontre, dans la grande majorité. Il ne s'agit pas nécessairement de la crise actuelle mais bien de modes de vie, de valeurs humaines, de choix...Et je ne suis pas du tout persuadé que ces choix aient été bénéfiques.

JF :  Tu n'as pas tort...mais le progrès fait inéluctablement parti de l'évolution, non ?

T :  Le progrès pourrait être donc également de ne pas croire à tous prix que tout doit changer, nécessairement, et que ceux qui s'opposent aux changements sont des réactionnaires...Ils sont peut- être tout simplement lucides...Si on observe le monde animal ou végétal, on pourrait considérer qu'il n'y a plus aucune évolution mais c'est peut-être ça justement le bonheur...

De plus, cette course au "changement", dès lors qu'elle est extérieure à l'individu et qu'elle répond uniquement à des critères mercantiles, génère une angoisse relative à cette difficulté constante pour suivre le mouvement et ne pas se retrouver "largué"...Mais largué par rapport à quoi ? La notion de progrès peut-elle être extérieure à l'individu ou ce progrès n'est-il qu'une supercherie ? N'est-il pas préférable d'établir en soi les critères inhérents à ce progrès existentiel et à se concentrer là-dessus ? J'en arrive à penser fatalement que nous sommes victimes du progrès et non les bénéficiaires. Je ne renie pas les progrès de la médecine ou de la technologie mais je conteste l'idée que le progrès ne peut s'établir que dans des domaines environnementaux. C'est en soi qu'il faut progresser pour ne pas subir les progrès rapportés et qui ne nous concernent pas directement. La question fondamentale est donc la suivante : Un individu qui ne se connaît pas peut-il progresser ou ce progrès qu'il absorbe va t-il finalement contribuer à sa propre perdition ?"

Il n'est qu'à voir le Peuple Kogis. Le refus de l'exploitation du café, orchestrée par le gouvernement, signifiait que ce changement occasionnait trop de désordres et qu'ils n'en valaient pas la peine... Le changement n'est pas nécessairement un progrès...L'évolution peut s'établir aussi dans la préservation des valeurs qui fondent, unissent, éveillent...

"LES HÉROS SONT TOUS MORTS"

Les heros sont tous morts

« Cet argent porte la Mort. Tout l’argent du monde porte la Mort mais parfois, les hommes le purifient par la bonté de leurs actes. Nous ne pouvons pas polluer notre Mère avec une histoire emplie de morts. Nous ne pouvons pas retrouver nos racines en souillant la Terre. Nous ne pouvons pas tenter de soigner le territoire de nos ancêtres en répandant dans l’espace les souffrances des âmes perdues. Toute la violence du monde où tu vis se nourrit des âmes perdues. Personne ne cherche à purifier cette histoire et tous les remèdes proposés sont des poisons supplémentaires. Cet argent est un poison pour les âmes et ceux qui ont cherché à construire leur bonheur en se nourrissant de ce poison en sont morts. Nous ne pouvons pas prendre cet argent. Toi-même, depuis que tu as pris cet argent, tu vis dans la peur. Figueras l’a sentie, Ayuka aussi, nous aussi. Ton âme est en souffrance mais tu possèdes aussi en toi l’éveil à la vie. Tu entends des paroles que tu ne saisis pas. Comprends que la vie est en toi, qu’elle te parle, qu’elle te propose un autre chemin, une voie de conscience, une voie d’observation, une exploration de ton espace intérieur. Toutes les tentatives de réparation du Mal sont vouées à l’échec dès lors que les moyens utilisés sont eux-mêmes les piliers de ce Mal. Vous les Petits Frères, vous pensez qu’il suffit d’avoir les moyens pour que tout s’arrange. Mais si les moyens sont employés par des individus en souffrance, la souffrance se répand. Il n’y a que les esprits en paix qui peuvent purifier la Terre. Vous, les Petits Frères, vous portez trop de souffrances. Vous nous voyez comme des êtres pauvres, misérables, sous-évolués. Mais parce que vous cherchez en nous uniquement les moyens que vous utilisez. Votre regard est faussé. Cet argent transforme ton regard. Mais l’argent n’est pas responsable. Il n’est qu’un moyen de combler un vide immense en vous. Il nous est difficile de ne pas succomber aux promesses offertes par cet argent. Nous avons discuté pendant des mois avant de détruire les plants de café donnés par le gouvernement. L’argent qui circulait dans la communauté créait des problèmes immenses, c’est toute la cohésion du clan qui était menacé. Dans vos pays, cette cohésion n’existe plus. Et cet argent porte tous les effets de cette destruction spirituelle. Vous n’avez plus d’esprit. Vous êtes des âmes perdues. »

 

La Vie qui parlait en elle. L’image l’avait considérablement troublée, elle s’était sentie habitée. Et son âme, maintenant, percevait quelques paroles.

 

« Nous sommes très vigilants à purifier les lieux où nous vivons car de nombreuses souillures sont répandues. Il faut expliquer nos actes à la Terre, nos travaux, nos installations, nos pensées, nos rêves, nos émotions. C’est un travail immense et continu. Nous ne pourrions pas appliquer cette purification si nous nous chargeons de choses depuis trop longtemps corrompues. Les dons que nous avons déjà reçus sont offerts par des individus qui ont de belles âmes. Il nous est possible de travailler sur la purification de cet argent parce qu’il contient une émotion positive. »

 

Elle avait deviné la phrase suivante, elle avait compris. Rien ne serait possible.

 

« L’argent que tu transportes est couvert de sang. »

 

Kalén avait expliqué qu’elle ne pouvait pas rester dans le village avec cet argent. Que les narco trafiquants ou des soldats finiraient par percevoir la présence de cette fortune. Que des habitants du clan pourraient même en être affaiblis.

Elle ne comprenait pas. Kalén avait dit que les pensées les plus puissantes se propagent et que celles qui sont attachées à l’argent, à la possession, au pouvoir, au paraître ont une dimension incommensurable, que le monde des Petits Frères est totalement englobé par ces pensées et qu’elles entretiennent le conditionnement de tous, depuis la plus petite enfance jusqu’à la mort. Le clan ne pouvait se permettre de laisser ces effluves se répandre.

Elle devait quitter le village.

Une rupture. Tout ce qu’elle avait espéré, tout ce qu’elle avait imaginé. Un désastre, un chaos.

Elle avait demandé pourquoi le vieil homme qu’elle avait rencontré en arrivant lui avait dit que Figueras était dans son cœur.   

« Figueras a senti ta peur, il a vu les images de tes pensées. Et comme Figueras est un homme bon, il a décidé de t’accompagner pour t’aider à comprendre. »

Là, pendant qu’elle tentait de retenir toutes les paroles entendues, elle imaginait l’âme de Figueras, quelque part en elle. Comment était-ce possible ?

Figueras avait parlé d’un champ de conscience. Tout était lié dès lors que l’Amour nourrissait l’âme des hommes. Les Petits Frères qui aiment vivent tous dans le même monde. Les autres vivent dans un espace individuel, étroit, sombre et néfaste. Il ne s’agissait pas de l’amour primaire entre des individus incomplets mais de l’Amour inconditionnel de la Vie.

Elle ne comprenait pas. Et elle sentait l’épuisement se mêler à la colère.

Partir. Ils ne voulaient pas d’elle, pas de son argent, ils ne voulaient pas de son aide, ils préféraient laisser les terres de leurs ancêtres dans les mains des exploitants forestiers, des exploitants de mines, des dynamiteurs de montagnes. Et bien, tant pis pour eux. Elle saurait bien utiliser cet argent pour elle."

 


 

 

 

Je ne suis pas malade...

Par Le 23/06/2014

Je suis juste entrain d'apprendre quelque chose...


La vision chamanique de la maladie mentale : ce qu’un chaman voit dans un hôpital psychiatrique

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(Source : SpiritScience, extrait de The Natural Medicine Guide to Schizophrenia, par Stephanie Marohn (incluant Malidoma Patrice Somé), pages 178-189, ou dans The Natural Medicine Guide to Bi-polar Disorder)

Famille Dagara. Image : Wikipédia

Dans la vision chamanique, la maladie mentale signale la « naissance d’un guérisseur », explique Malidoma Patrice Somé. De ce fait, les troubles mentaux sont des situations spirituelles critiques, des crises spirituelles, et doivent être considérés comme tels pour aider le guérisseur à naître.

Ce que l’Occident voit comme une maladie mentale, le peuple Dagara (en Afrique de l’Ouest, Dagaaba en anglais) le voit comme « des bonnes nouvelles de l’autre monde. » La personne traversant la crise a été choisie comme médium pour porter un message à la communauté, devant être communiqué du monde spirituel. « Les troubles mentaux, les troubles comportementaux de toutes sortes, signalent le fait que deux énergies incompatibles ont fusionné dans le même champ, » dit le Dr. Somé. Ces perturbations se produisent quand la personne n’est pas aidée pour faire face à la présence d’une énergie du monde spirituel.

Lorsque le Dr. Somé est venu la première fois aux États-Unis en 1980, pour ses études supérieures, l’une des premières choses qu’il a vue a été la manière dont le pays gérait la maladie mentale.  Quand un étudiant qu’il connaissait avait été envoyé dans un hôpital psychiatrique pour « dépression nerveuse », le Dr. Somé était allé lui rendre visite.

« J’étais choqué. C’était la première fois que j’étais confronté directement à ce qu’on fait ici aux gens qui ont les mêmes symptômes que j’avais vus dans mon village. » Ce qui a frappé le Dr. Somé, c’était que de tels symptômes étaient perçus sous l’angle de la pathologie, avec l’idée qu’il faut stopper le trouble. C’était en opposition complète à la manière dont sa culture voyait une telle situation. Alors qu’il regardait les patients dans la salle austère, certains dans des camisoles de force, d’autres shootés aux médicaments, d’autres criants, il se disait, « C’est comme ça qu’on traite les guérisseurs naissants dans cette culture. Quelle perte ! Quel dommage qu’une personne finalement alignée avec une puissance de l’autre monde est ainsi gaspillée. »

Pour le dire autrement, d’une manière peut être plus compréhensible pour la mentalité occidentale, c’est que nous en Occident ne sommes pas formés à faire face aux phénomènes psychiques, au monde spirituel, et personne non plus ne nous apprend à reconnaître son existence. En réalité, les capacités psychiques sont dénigrées. Quand les énergies du monde spirituel émergent dans la psyché occidentale, l’individu est complètement démuni pour les intégrer ou même comprendre ce qu’il se passe. Le résultat peut être terrifiant. Sans un environnement adéquat, et une aide pour faire face à une percée d’un autre niveau de réalité, en fin de compte, la personne devient folle. De fortes doses de médicaments anti-psychotiques aggravent le problème et empêchent une intégration pouvant conduire à un développement de l’âme et une croissance de l’individu ayant reçu ces énergies.

Dans le service psychiatrique, le Dr Somé a vu beaucoup « d’êtres » qui traînaient autour des patients, des « entités » que la plupart des gens ne voient pas mais que les chamans et les médiums peuvent voir. « Elles provoquaient les crises chez ces personnes, » dit-il. Il lui apparut que ces êtres essayaient d’extraire les médicaments et leurs effets des corps des personnes avec qui les êtres voulaient fusionner, et ce faisant ils renforçaient la douleur des patients. « Les êtres agissaient presque comme une sorte d’excavateur dans le champ énergétique des personnes. Ils faisaient cela avec acharnement. Les personnes concernées se mettaient à crier et à hurler, » dit-il. Il ne pouvait pas rester dans cet endroit et dut partir.

Dans la tradition Dagara, la communauté aide la personne à concilier les énergies des deux mondes  – « le monde spirituel avec lequel il ou elle est fusionné(e), et le village et la communauté. » Cette personne a la capacité d’agir comme un pont entre les mondes et aide les vivants en leur apportant les informations et les soins dont ils ont besoin. La crise spirituelle se termine donc par la naissance d’un nouveau guérisseur. « La relation entre l’autre monde et le notre est celle d’un parrainage, » explique le Dr. Somé. « Le plus souvent, la connaissance et les dons qui ressortent de ce genre de fusion sont une connaissance et des dons directement apportés par l’autre monde. »

Les êtres qui renforçaient la douleur des détenus de l’hôpital psychiatrique cherchaient en fait à fusionner avec les détenus pour faire passer des messages dans ce monde. Les personnes avec lesquelles ils voulaient fusionner ne recevaient pas d’aide pour apprendre comment faire un pont entre les mondes et les tentatives des êtres de fusionner étaient contrecarrées. Il en résultait la persistance du trouble initial de l’énergie et l’avortement de la naissance d’un guérisseur.

« La culture occidentale ignore constamment la naissance des guérisseurs, » affirme le Dr. Somé. « En conséquence, l’autre monde aura tendance à contacter de plus en plus de personnes pour essayer de capter l’attention. C’est plus dur pour eux. » Les êtres spirituels sont attirés par les personnes dont les sens n’ont pas été anesthésiés. « La sensibilité est très souvent une invitation,” note-t-il.

Ceux qui développent les soi-disant troubles mentaux sont ceux qui sont sensibles, ce que la culture occidentale définit comme de l’hypersensibilité. Les cultures indigènes ne le voient pas de cette manière et les personnes sensibles ne pensent donc pas qu’elles sont hypersensibles. En Occident, « c’est la surcharge de la culture dans laquelle ils sont qui les détruit, » observe le Dr. Somé. Le rythme effréné, le bombardement des sens, et l’énergie violente caractérisant la culture occidentale peuvent accabler les personnes sensibles.

Schizophrénie et énergie étrangère

Dans la schizophrénie, il y a une « réceptivité spéciale à un flux d’images et d’informations, qui ne peut pas être contrôlé, » déclare le Dr. Somé. « Quand cette sorte de déferlement arrive à un moment qui n’est pas choisi, et particulièrement quand il comporte des images effrayantes ou contradictoires, la personne se met à délirer. »

Dans cette situation, il est nécessaire d’abord de séparer l’énergie de la personne des énergies étrangères venant de l’extérieur, en utilisant la pratique chamanique (ce qu’on appelle un « balayage ») pour nettoyer ces dernières de l’aura de la personne. Avec le nettoyage du champ d’énergie, la personne ne capte plus le flot d’informations et donc n’a plus de raison d’être effrayée et troublée, explique le Dr. Somé.

Il est alors possible d’aider la personne à s’aligner avec l’énergie de l’esprit qui tente de se manifester depuis son monde, et de donner naissance à un guérisseur. Le blocage de cette manifestation est ce qui crée les problèmes. « L’énergie d’un guérisseur est une énergie à haute tension, » observe-t-il. « Quand elle est bloquée, elle brûle la personne. C’est comme un court-circuit. Les fusibles sautent. C’est pourquoi ça peut faire très peur, et je comprends pourquoi cette culture préfère enfermer ces gens. Ils crient et hurlent, et on les met dans une camisole de force. C’est un triste tableau. » Encore une fois, l’approche chamanique consiste à travailler sur l’alignement des énergies pour qu’il y ait aucun blocage, que les « fusibles » ne sautent pas, et que la personne puisse devenir le guérisseur qu’elle est destinée à être.

Cependant, il convient de noter à ce stade que tous les êtres spirituels qui entrent dans le champ énergétique d’une personne ne sont pas là à des fins de guérison. Il y a aussi des énergies négatives, qui sont des présences indésirables dans l’aura. Dans ces cas-là, l’approche chamanique consiste à les retirer de l’aura, plutôt que de travailler à s’aligner avec des énergies discordantes.

Alex : Fou aux États-Unis, guérisseur en Afrique

Pour mettre à l’épreuve sa croyance que la vision chamanique de la maladie mentale est vraie dans le monde occidental comme dans les cultures indigènes, le Dr. Somé a ramené un patient avec lui en Afrique, dans son village. « J’ai voulu savoir, par curiosité, s’il est véritablement universel que la maladie mentale soit liée à un alignement avec un esprit d’un autre monde, » dit le Dr. Somé.

Alex était un américain de 18 ans qui avait vécu une crise psychotique à 14 ans. Il avait des hallucinations, était suicidaire, et traversait des cycles dangereux de dépression grave. Il était dans un hôpital psychiatrique et avait reçu quantités de médicaments, mais aucun ne l’aidait. « Les parents avaient tout essayé – sans succès, » dit le Dr. Somé. « Ils ne savaient pas quoi faire d’autre. »

Avec leur permission, le Dr. Somé a ramené leur fils en Afrique. « Après huit mois ici, Alex était pratiquement normal, » rapporte le Dr. Somé. « Il pouvait même participer aux soins donnés par des guérisseurs; en restant avec eux toute la journée à les aider, les assistant dans ce qu’ils faisaient avec leurs patients… Il a passé quatre ans environ dans mon village. » Alex est resté par choix, et pas pour être soigné plus longtemps. Il se sentait « bien plus en sécurité dans le village qu’en Amérique. »

Pour aligner son énergie avec l’être du monde spirituel, Alex a effectué un rituel chamanique à cette intention, bien qu’il était légèrement différent de celui utilisé chez les Dagara. « Il n’est pas né dans le village, donc il fallait quelque chose d’autre. Mais le résultat a été similaire, même si le rituel n’était pas exactement le même, » explique le Dr. Somé. Le fait que l’alignement de l’énergie permit à Alex de guérir démontra au Dr. Somé que le lien entre les autres êtres et la maladie mentale est bien universel.

Après le rituel, Alex commença à partager des messages que l’esprit avait pour ce monde. Malheureusement, les personnes à qui il parlait ne comprenaient pas l’anglais (Dr. Somé n’était pas là à ce moment-là). Toute cette expérience a fini par conduire Alex dans une université, où il étudie la psychologie. Il est retourné aux États-Unis quatre ans plus tard car il s’était « rendu compte qu’il avait fait tout ce qu’il devait faire, et qu’il pouvait aller de l’avant dans sa vie. »

Aux dernières nouvelles, Alex est à Harvard en psychologie. Personne n’aurait pensé qu’il aurait pu terminer ses études de premier cycle, et encore moins avoir un diplôme d’études supérieures.

Le Dr. Somé résuma ce que la maladie mentale d’Alex indiquait : « Il demandait de l’aide. C’était un appel d’urgence. Sa tâche et son destin était d’être guérisseur. Il disait que personne n’y portait attention. »

Après avoir constaté l’efficacité de l’approche chamanique sur Alex, le Dr. Somé conclut que les êtres spirituels sont tout aussi problématiques en Occident que dans sa communauté en Afrique. « La réponse à cette question pourrait se trouver ici, au lieu de devoir faire tout le chemin pour la trouver à l’étranger. Il pourrait y avoir un moyen de dépasser toute l’expérience de la pathologie, pour avoir la possibilité de former le rituel approprié pour aider les gens. »

Le désir de connexion spirituelle

Voir le site de Stephanie Marohn

Un point commun que le Dr Somé a remarqué dans les troubles « mentaux » en Occident est « une énergie ancestrale très ancienne qui a été placée en stase, et qui finalement émerge dans la personne. » Il faut alors la retracer, remonter dans le temps pour découvrir quel est cet esprit. Dans la majorité des cas, l’esprit est lié à la nature, surtout aux montagnes ou aux grands cours d’eau, dit-il.

Dans le cas des montagnes, pour donner un exemple illustrant le phénomène, « c’est l’esprit de la montagne qui marche à côté de la personne et qui, en conséquence, crée une distorsion spatio-temporelle qui affecte la personne prise à l’intérieur. » Il est alors nécessaire d’avoir une fusion ou un alignement des deux énergies, « pour que la personne et l’esprit de la montagne ne fassent plus qu’un. » Encore une fois, le chaman réalise un rituel spécifique pour obtenir cet alignement.

Le Dr. Somé croit qu’il est souvent confronté à cette situation aux États-Unis car « la majeure partie du tissu de ce pays est constituée de l’énergie de la machine, et il en résulte une déconnexion et une rupture d’avec le passé. Vous pouvez fuir le passé, mais vous ne pouvez pas vous cacher. » L’esprit ancestral du monde naturel nous rend visite. « Ce n’est pas tant la volonté de l’esprit mais la volonté de la personne, » dit-il. « L’esprit voit en nous une aspiration à quelque chose de grand, quelque chose qui donne du sens à notre vie, et donc l’esprit répond à cela. »

Cet appel, que nous faisons sans même le savoir, reflète un « désir puissant d’une connexion profonde, une connexion qui transcende la matérialisme et la possession des choses, et qui pousse vers une dimension cosmique tangible. Ce désir est en grande partie inconscient, mais pour les esprits, il n’y a pas de différence entre le conscient ou l’inconscient. » Ils répondent aux deux.

Dans le rituel pour fusionner l’énergie de la montagne et l’énergie humaine, ceux qui reçoivent « l’énergie de la montagne » sont conduits dans une zone de montagnes de leur choix, où ils ramassent une pierre qui leur parle. Ils ramènent la pierre pour le reste du rituel et la gardent comme compagnon; certains la portent même sur eux. « La présence de la pierre fait beaucoup pour régler la faculté de perception de la personne, » note le Dr. Somé. « Ils reçoivent toutes sortes d’informations qu’ils peuvent utiliser, c’est donc comme s’ils obtenaient des indications tangibles, venant de l’autre monde, sur la manière de vivre leur vie. »

Quand c’est l’ »énergie d’une rivière », ceux qui sont appelés vont voir la rivière et, après avoir parlé à l’esprit de la rivière, trouvent une pierre dans l’eau qu’ils ramènent pour le même genre de rituel qu’avec l’esprit de la montagne.

“Les gens pensent que quelque chose d’extraordinaire doit être fait dans une situation extraordinaire telle que celle-ci, » dit-il. Ce n’est généralement pas le cas. Parfois, c’est aussi simple que de porter une pierre.

L’approche du rituel sacré pour la maladie mentale

L’une des choses qu’un chaman peut apporter au monde occidental est de permettre aux gens de redécouvrir le rituel, qui fait si cruellement défaut. « L’abandon du rituel peut être dévastateur. Du point de vue spirituel, le rituel est inévitable et nécessaire si l’on veut vivre, » écrit le Dr. Somé dans Ritual:  Power, Healing, and Community. « De dire que le rituel est nécessaire dans le monde industrialisé est un euphémisme. Sans cela, nous avons vu dans mon propre peuple qu’il est probablement impossible de vivre une vie saine. »

Le Dr. Somé ne pensait pas que les rituels de son village traditionnel pouvaient être simplement transférés en Occident, et donc dans le cadre de son travail chamanique, il a conçu des rituels qui correspondent aux différents besoins de cette culture. Bien que le rituel change selon l’individu ou le groupe impliqué, il perçoit que certains rituels sont en général nécessaires.

L’un d’eux consiste à aider la personne à découvrir que sa détresse vient du fait qu’elle est « appelée par des êtres de l’autre monde qui veulent s’allier avec elle pour effectuer un travail de guérison. » Le rituel permet de résoudre cette détresse et de répondre à cet appel.

Un autre rituel dont nous avons besoin est celui de l’initiation. Dans les cultures indigènes du monde entier, les jeunes sont initiés au monde des adultes quand ils atteignent un certain âge. L’absence d’une telle initiation en Occident explique en partie la crise dans laquelle les gens sont ici, dit le Dr. Somé. Il encourage les communautés à réunir « les idées créatives des gens qui ont eu ce genre d’expérience, pour former une sorte de rituel alternatif qui puisse au moins réduire ce genre de crise. »

Un autre rituel qui répond souvent aux besoins des personnes qui viennent demander son aide, consiste à faire un feu de joie, et de brûler tous les « éléments symboliques des problèmes que l’on porte à l’intérieur (…) Ce peut être des problèmes de colère et de frustration contre un ancêtre qui a tué des gens, était esclavagiste, ou quoi que ce soit, un héritage avec lequel doivent vivre les descendants », explique-t-il. « Si ces choses sont perçues comme bloquantes pour l’imagination humaine, le but de la vie de la personne, ou même qu’elles enferment dans une vision négative sur la vie, alors il est logique de réfléchir à comment transformer ce blocage pour en faire un chemin vers quelque chose de plus créatif et de plus épanouissant ».

L’exemple des problèmes avec les ancêtres se retrouve dans les rituels conçus par le Dr Somé, révélant un grave dysfonctionnement dans la société occidentale et dans le processus menant à « l’illumination ». Ce sont des rituels ancestraux, et le dysfonctionnement qu’ils visent est notre attitude, le fait de « tourner le dos » massivement aux ancêtres. Certains des esprits qui tentent de se manifester, comme nous l’avons dit, peuvent être des « ancêtres qui veulent fusionner avec un descendant parce qu’ils souhaitent guérir ce qu’ils n’étaient pas en mesure de faire dans leur corps physique. »

« Quand la relation entre les vivants et les morts n’est en équilibre, c’est le chaos », dit-il. « Les Dagara croient que si un tel déséquilibre existe, il est du devoir des vivants de guérir leurs ancêtres. Si ces ancêtres ne sont pas guéris, leur énergie malade va hanter les âmes et les psychés de ceux qui ont pour responsabilité de les aider. » Les rituels se concentrent sur la guérison de la relation avec nos ancêtres, portant à la fois sur les problèmes particuliers d’un ancêtre individuel, et les problèmes culturels plus généraux que renferme notre passé. Le Dr. Somé a vu des guérisons extraordinaires se produire lors de ces rituels.

Adopter l’approche du rituel sacré pour la maladie mentale, plutôt que de considérer la personne comme un cas pathologique, donne à la personne affectée — mais aussi à la communauté dans son ensemble — l’occasion de regarder les choses de ce point de vue, ce qui conduit à « une pléthore d’opportunités et d’initiatives de rituels qui peuvent être extrêmement bénéfiques pour toutes les personnes présentes, » déclare le Dr Somé.

Note :

Héritage immunitaire

Par Le 23/06/2014

Une mémoire immunitaire chez le fœtus

Malgré un environnement stérile, le fœtus produit in utero une petite population de cellules immunitaires « mémoire », reflets d’une rencontre possible avec un micro-organisme et importantes pour combattre les infections.

Marie-Neige Cordonnier
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vue d'artiste d'un foetus
Sebastian Kaulitzki/shutterstock.com

L’environnement fœtal est considéré comme stérile, aussi pensait-on que les nouveau-nés avaient un système immunitaire immature et « naïf », vierge de toute expérience, et que ce système n'acquiérait une mémoire des infections qu'après la naissance : chez l'enfant et l'adulte, parmi les cellules chargées d'éliminer les micro-organismes infectieux – les lymphocytes T –, certaines gardent une mémoire des agents pathogènes rencontrés, et réagissent ainsi plus vite à une nouvelle agression de ces mêmes agents. On pensait que ces lymphocyte T « mémoire » n'existaient pas encore chez le nouveau-né en bonne santé. L’équipe de Richard Lo-Man, du laboratoire Régulation immunitaire et vaccinologie, à l’Institut Pasteur à Paris (U1041, Inserm), vient de prouver le contraire.

Dans des conditions stériles, les biologistes ont prélevé et caractérisé les lymphocytes T du cordon ombilical de 48 nouveau-nés en bonne santé immédiatement après la naissance. La plupart des cellules étaient naïves : elles ne présentaient aucun signe typique des lymphocytes T mémoire, tel que l’expression de certains gènes impliqués dans le déclenchement d’une réponse inflammatoire spécifique de ces lymphocytes. In utero, les cellules naïves jouent un rôle important dans la tolérance entre le fœtus et la mère (chacun « voyant » l’autre comme un corps étranger).

En revanche, une petite population de cellules présentaient des caractéristiques de lymphocytes T mémoire. Ces cellules ne provenaient pas de la mère, car elles portaient bien le patrimoine génétique de l’enfant. Et elles se comportaient in vitro comme des lymphocytes T mémoire, produisant une réponse immunitaire inflammatoire. Comment se sont-elles activées in utero ? Kjersti Aagaard, du Collège de médecine Baylor et de l’Hôpital pour enfants du Texas, à Houston aux États-Unis, et ses collègues apportent peut-être une piste de réponse.

Ces biologistes ont récemment montré que le placenta, que l’on pensait stérile, abrite en réalité une population de bactéries non pathogènes – un microbiote tels ceux qui peuplent l’intestin, la bouche, le nez, le vagin ou la peau – comparable par analyse génomique au microbiote oral. Les auteurs pensent que les microbes voyagent de la bouche vers le placenta par le sang. La constitution d’une mémoire immunitaire de ces bactéries (dans l’hypothèse où le fœtus se trouverait exposé au microbiote placentaire) pourrait être une première étape de la formation du système immunitaire anti-infectieux.

Richard Lo-Man et ses collègues étudient à présent les événements infectieux anténataux et les traitements antibiotiques susceptibles de perturber la mémoire immunitaire fœtale, afin de mieux comprendre sa mise en place.


 Pour ma part, je verrais bien là un héritage immunitaire issue de vies antérieures. Mais rien ne peut encore être prouvé par la science. Il ne s'agit que d'intuition ou de croyances ou d'hallucinations. Mais il me plaît de fouiller dans cette direction-là...

"Les enfants du siècle"

Par Le 23/06/2014

Un roman étrange, troublant, inclassable et c’est ce qui fait sa richesse.
Des parcours de vies, des personnages engagés ou perdus, l’importance considérable de la Nature, tous les dangers que les hommes font peser sur son maintien, toutes les valeurs humaines les plus profondes, toutes les perditions d’un monde urbain où les individus se perdent, le retour à la terre, l’amour infini des êtres qui ne répondent pas aux mirages de la croissance matérielle mais qui portent en eux les traditions les plus respectables, celles qui ne portent pas atteinte à la Vie, le regard inquisiteur du Pouvoir, son discours sécuritaire quand il ne s’agit que d’une enceinte carcérale, les mirages du Progrès quand il n’est que l’effacement des libertés, la main mise des Puissants, des multinationales et de leurs intérêts destructeurs...
Tout est là, dans une écriture très riche, émotionnelle, visuelle, aimante, sensible, celle d’une femme dont on sent que les réflexions l’entraînent dans des espaces qu’on ne peut qu’aimer. 
Oui, il s’agit bien d’un texte qui laisse des traces, qu’il faudra relire car le foisonnement d’idées ne laisse pas place à la futilité de cette littérature fadasse qui nous environne, un livre qu’il faudrait diffuser... A partager sans modération.

Un livre de EVA WISSENZ

Les enfants du siècle

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Par cheque


Au-delà des temps et des récits, la fable raconte la mise en place puis l’effondrement de la civilisation de Fluxus et ce qui s’ensuivit en Afrique, non loin de Bandiagara, où un autre futur est peut-être possible. Et puisque l’écologie nous enseigne que tout est lié, on rencontrera divers personnages qui font l’histoire sans le savoir... Un paysan d’autrefois, une prisonnière politique, un planteur d’arbres, un moine, des activistes, une conteuse, des refusants, une maire ainsi que de jeunes marcheurs bien décidés à ne pas répéter les erreurs de leurs ancêtres... toute une humanité aboutissant à un autre futur, est-ce possible ?
En 2006, Le Centre National du Livre a accordé une Bourse de Découverte pour soutenir l’écriture de ce roman.
>Voir les commentaires des lecteurs.

L’auteur
Eva Wissenz est née au Maroc, puis grandit en Corse et à Paris. Destinée à une carrière universitaire, elle quitte cette voie et choisit de se consacrer à l’écriture (voir ses premières publications). Aventureuse, artiviste, écrivain, journaliste, elle est active dans l’écologie, l’énergie solaire et les droits humains. Elle vit en Finlande.
Poche — 270 p. — 12 €
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De Léonie Ferry
24 mars 2014
Merci et bravo, c’est vraiment bien écrit, et on ne s’ennuie pas une minute — après le premier chapitre, je l’ai dévoré, je n’arrivais plus à m’arrêter de lire et j’ai adoré ces changements de narrateurs. Je dis après le premier chapitre, car j’ai eu du mal au début avec tous les personnages, la généalogie. La fin est superbe, les témoignages des "sans nous". Ah, je me retrouve tellement !! Je me suis dit que cette fable il fallait que je la fasse voyager autour de moi ! Génialissime !

De Jean Ziegler, vice-président du Comité des droits de l’Homme des Nations-Unies
1er nov. 2013
Je vous remercie vivement de votre beau, très important livre, Les Enfants du siècle. Amicalement.

De Martin Matin
9 oct. 2013
Drôle de livre. Trouvé par hasard, complètement hors normes. C’est une histoire mais pas vraiment, comme une frontière entre ici et là-bas, maintenant, hier et demain, une vision certainement. On dirait que ça part dans tous les sens mais en fait non, c’est comme un ensemble vivant, organique et ça nous tend un miroir, en fait ça m’a beaucoup décalé. On suit des veines qui traversent l’Histoire et des histoires singulières et à la fin on arrive quelque part, un lieu plus qu’un dénouement. On reconnaît des événements (Bhopal ?), des lieux (Cuba ?) mais notre attention est attirée par autre chose tout le temps, par la vie en fait. Il se dégage de tout ça une énorme énergie de vie. On a dit "la littérature à l’estomac", je me souviens plus qui, là je dis qu’elle vient et va au cœur. Je suis curieux de savoir si ce livre peut trouver son chemin vers des lecteurs contemporains.

De Anna Cantavenera
9 août 2013
Il faudrait qu’il y ait plus de livres comme celui-ci ! Très touchée par cette histoire totalement actuelle et universelle. Si beaucoup de gens pouvaient le lire ça accélérerait la prise de conscience en responsabilisant davantage les gens par rapport à ce qui se passe. C’est une écriture forte et un style très particulier.

De boudet
8 juin 2013
J’ai beaucoup aimé "Les enfants du siècle" et particulièrement l’idée de revenir au début du développement et de remettre ainsi les pendules à l’heure, de réfléchir à comment tout a commencé. C’est un livre surprenant, riche en rencontres humaines qui tout en nous projetant dans le futur nous amène à nous interroger sur notre présent, sur ce qu’Eva Wissenz appelle très justement le monde d’hier, un monde absurde où les écarts et les inégalités règnent. Troublant comment ce livre extra-ordinaire nous donne à penser : sur notre planète, notre avancé dans le temps, l’écologie, l’humanité. Et comment nous en sommes arrivés là... 

Le destin (1)

Par Le 23/06/2014

Le destin désigne, au moment présent, l'histoire future d'un être humain ou d'une société telle qu'elle est prédéfinie par une instance qui est soit considérée comme supérieure aux hommes (éventuellement divine) dans les conceptions finalistes du Monde, soit comme immanente à l'univers (éventuellement la Philosophie de l'histoire ou la nature) dans les conceptions déterministes.

Face à son destin

Dans ces conceptions, il est souvent considéré comme très difficile – voire impossible – à un homme ou à une société d'échapper à son destin, au moins dans ses grandes lignes. La notion de destin s'oppose ainsi à celle de libre arbitre.

wikipedia

 


À COEUR OUVERT

"Nous vivons dans des schémas de pensées, des répétitions rassurantes sur lesquelles nous bâtissons l’identification qui nous convient et que les autres adoptent. C’est l’habitude. Un leitmotiv ronronnant. Tout ce qui porte atteinte à cette mélodie connue est considérée comme une agression, une atteinte à cette liberté que nous croyons posséder. Alors, nous renforçons les défenses. Accumulation de biens, accumulation de relations, accumulation de connaissances. Mais il n’y a aucune compréhension interne. Tout cela reste tourné vers l’environnement immédiat, une scène onirique. Personne n’est là, réellement. C’est un théâtre de marionnettes. La révélation du drame vient fermer le rideau, les acteurs disparaissent, le jeu s’arrête, le public a quitté la salle, les lumières se sont éteintes. Si les résistances sont suffisamment puissantes, l’individu concerné prend peur. Il appelle au secours, il crie, il hurle, il maudit la vie et ses épreuves. Mais si la rupture est totale, la porte s’ouvre. L’individu découvre une autre forme de perception. Il ne comprend rien mais pourtant, tout tombe en lui comme dans un puits ouvert. Plus aucune résistance. À cœur ouvert. C’est ainsi que je nomme cet état.Coeur188

-Et pourquoi dites-vous qu’il n’y a pas de hasard ?

-Parce que c’est une intention. Celle de la vie elle-même. Elle a un projet. L’extrême complexité du phénomène vivant ne peut pas être vide de raison. Non pas une raison cartésienne et castratrice mais une raison comme un objectif. Il y a une raison à tout ça.

-Et le drame serait une ouverture ?

-Parce que nous rejetons d’emblée l’idée d’une exploration. Le paradigme établi sert de modèle éducatif. Nous nous sommes trompés.

-Cela signifierait que la vie n’a pas su prévoir ce qui arriverait ?

-Peut-être avions-nous le potentiel et qu’elle nous a laissé le choix de nous en servir. Certains y parviennent sans attendre. D’autres sont sur le seuil. Ils ont juste besoin d’une aide provisoire, un coup de pouce de ce destin qui n’en est pas un.

-Pas de destin non plus alors ? Tout comme le hasard ?

-Non, évidemment. Mais il y a une volonté qui ne nous appartient pas. L’idée de destin suppose que nos vies sont écrites d’avance. Ce qui existe, ce n’est pas un destin fixe et irrémédiable, mais des tendances, des influences profondes, liées à notre passé, nos racines, notre milieu social, notre époque, toute notre éducation. Le destin qui concerne notre futur est une invention du passé. Tout ce qui a été vécu est projeté dans l’avenir si l’individu n’en a pas conscience. C’est comme s’il polluait à priori un espace vierge. Il n’y a rien d’écrit mais il existe un réseau gigantesque d’influences. Il dépend de chacun de les identifier et de s’en extraire si nécessaire. Le destin n’existe pas fondamentalement, c’est l’apathie spirituelle qui le créé. C’est là que je pense que se situe la volonté de la vie. Que nous devenions lucides. Le destin est une vision étroite de nos existences. La volonté de la vie est de nous apprendre à aller voir plus haut."

 


Si je considère qu'au ciel tout est écrit et que je suis soumis à un destin, il est totalement antinomique de se croire doué d'une puissance capable de changer ce destin. Car un destin qui pourrait être changé ne serait pas un destin. L'éventuel changement du destin annihile l'idée même du destin.

Si je considère que je possède la puissance nécessaire pour changer mon destin, il est possible que je m'illusionne car ce changement au regard d'un parcours bien tracé n'est peut-être que la continuité même de mon destin. Je crois être intervenu alors que je ne fais que suivre ce qui est déjà tracé.

Le fait que je quitte l'enseignement alors que tout pouvait laisser supposer que je continuerais ainsi jusqu'à l'âge de la retraite n'est sans doute pas une intervention de ma part sur une destinée toute tracée mais la suite programmée de mon parcours. Sans que je ne puisse aucunement ni le prévoir, ni même m'y opposer...

"Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous la forme du destin."

Carl Gustav Jung

 

Je pense que c'est là que se situe le libre arbitre. Dans le CHOIX d'analyser la vie, non pas seulement dans ses événements quotidiens mais dans la compréhension profonde de nos actes et de nos pensées. 

Nous sommes libres de comprendre les raisons de nos chaînes...

Le destin est-il nourri par la logique du hasard? ...

Site : La seiche.

Par Le 22/06/2014

Dans l'océan du net, des chroniques et plus de 1000 adresses fiables, éthiques et bio.



http://www.laseiche.net/

Les chroniques de La Seiche

Changeurs de Monde

Par Le 22/06/2014

Soyez le monde que vous désirez vivre. À lire, à partager, à soutenir. 

Changeurs de Monde – L'Humanité des Grands Chemins

par Eva Wissenz - tags : Agriculture Culture Développement durable Ecologie Edition Société et social

 


Présentation

Retrouvez le journal quotidien de la campagne sur LaSeiche.net

Soyez co-créateur et co-éditeur d'une autre histoire de l'humanité !

Cette mini-collection de 3 volumes présente ceux et celles qui font l'humanité des grands chemins pour vous faire découvrir quelque 200 pionniers déjà engagés dans des changements de société très forts. Sans attendre qu'on le fasse pour eux, ils et elles changent déjà le monde. Mon vœu est de mettre à disposition de tous et des jeunes en particulier une autre histoire, positive, active et qui soit une ressource pour se sentir relié à la meilleure part de notre histoire collective.

NB : Vous pouvez soutenir le projet par carte bleue via ce site ou bien en envoyant directement un chèque au porteur de projet qui ne l'encaissera qu'à la fin de la collecte.

Soutiens du projet

« Parce que nous pouvons chacun, en tant qu'individu, changer le monde par des pratiques responsables, un engagement ou l'adhésion à une cause, je soutiens le projet des Changeurs de Monde. »

Claire Nouvian – auteur du livre Abysses en 2006, productrice de l'exposition éponyme itinérante en 2007, elle a fondé l'association BLOOM fin 2004, qui réalise un travail titanesque pour nous informer sur l'exploitation irrationnelle des grands fonds et modifier les pratiques industrielles.

« Parce que je crois que depuis la nuit des temps, les hommes ont tracé des voies pour magnifier les rencontres, j’apporte mon entier soutien au projet d'une humanité des grands chemins. »

Bernard Ollivier – journaliste, écrivain, marcheur le long des 12 000 km de la route de la Soie, il partage la puissance transformatrice de la marche avec son équipe au sein de l'association « Seuil » pour amener des jeunes en difficultés sur d'autres chemins.

1€/livre sera partagé et versé aux associations BLOOM de Claire Nouvian et SEUIL de Bernard Ollivier.

Les 3 volumes des Changeurs de Monde

Organisés par thème, ces 3 livres de poche vont raconter une autre histoire, celle où beaucoup est possible, beaucoup plus que ce à quoi les récits, films, romans, articles et autres nous ont habitué. Il s'agit ici de fabriquer avec votre soutien 3 outils anti-déprime et surtout anti-sentiment d'impuissance.

Car bien sûr que si on peut changer les choses... la preuve :

Volume 1 :

On démarre par une introduction présentant quelques pionniers historiques de Socrate à Rumi en passant par Bouddha et les Rastafari. Puis ce volume abordera les thème suivants :Agriculture (Masanobu Fufuoka et son riz naturel, Jean Nolle et sa cassine, Pierre Rabhi et l'agro-écologie...), Altruisme  (Abbé Pierre, Jean Ziegler, le projet StayHome...), Ancêtres (Les mamies du Barefoot College, Les Elders), Animaux (Gary Yourofsky), Apprentissage, Argent, Autonomie, Aventure, Beauté, Clavier, Communication, Convivialité pour finir avec laCoopération et quelques exemples historiques comme l'Andalousie (1013-1212) quand les trois religions du livre vivaient en harmonie ou actuellement Sarvodaya au Sri Lanka...

Volume 2 :

L'histoire se poursuit en questionnant la Croissance avec le collectif Roosevelt, puis on aborde tout ce que la Culture peut changer du rap aux romans de Christophe Léon en passant par les toiles de Picasso. Ensuite Ensemble illustrera les résultats obtenus par des mobilisations et on passera ensuite aux Entreprises qui font autrement puis les thèmes continuent : Esclavage, Fleuve, ForêtGastronomie, Grèves, Guerre (Mohamed Ali, Carl von Ossietzky, Jacques Pâris de  Bollardière, Thich Nhat Hanh, Fridtjof Nansen, Emily Green Balch... Humour ,Informer (de Pièces et Mains d'oeuvre en passant par David Suzuki, Julian Assange ou François Veillerette), Jardins, Liberté, Magie, Mémoire... qu'y mettons-nous dans cette mémoire nous qui sommes des peuples du stock et de la trace ?

Volume 3 :

Incontournable de notre histoire en cours, le Nucléaire (Gunther Anders, Russell-Einstein Manifesto, Józef Rotblat et Pugwash, les gens de  Jaïtapur, Ken Saro Wiva, Michèle Rivasi...),Océans  (Charles Moore, Sea Sheperd, Haidar El Ali...), Pesticides (Rachel Carson, Sofia Gatica, Paul François...), Politique (le Bouthan, les maires contre les OGM, s'indigner et désobéir : les Anonymous...), Propriété (Les femmes du Chipko en Inde, la ré-appropriation de l'eau à Cochabamba...),  Racisme, Relier, Réparer, Résistances, Ruines, Sagesses, Santé, Semences,  Séquelles,  Sciences (et industrie), Sols et enfin Terre (accès à la).

Le but de ce travail n'est pas l'exhaustivité mais de montrer la multiplicité des changements possibles avec un récit vivant. Montrer aussi à quel point tout est lié et combien chaque changement compte. On ne s'occupe pas ici des zones d'ombres, on s'occupe des zones de lumières pour montrer que ce que l'on croit marginal ne l'est pas du tout !

Le récit sera ponctué très librement par des illustrations d'Anne Steinlein.

Tout le plan du livre est prêt et peut-être envoyé aux souscripteurs sur simple demande.

Fiche technique

Date de parution des 3 volumes : 10 décembre 2014
80-100 pages environ/volume. Format poche 17x11 cm.
Avec des illustrations en noir et blanc.
Vendus par 3 uniquement au prix de 15€ (soit 5€/volume) - 1€/livre sera partagé et versé aux associations BLOOM de Claire Nouvian et SEUIL de Bernard Ollivier.

Éditions Seepia édite une littérature alternative et engagée. Seepia est née en 2013 avec 15 titres au catalogue en juin 2014. Le fonctionnement de cette plate-forme est ultra-léger et les livres sont faits-maison. Imprimés à la commande, il n'y a pas de stocks, pas d'invendus, pas de pilon. Diffusion dans toute la francophonie (internet et librairies). Impression sur papier non-acide, sans plomb, tamponné, élaboré à partir de la pulpe de bois et certifié FSC, SFI, et PEFC.

Qui sommes-nous ?

Eva Wissenz : de doctorante à La Sorbonne en littérature étrangère, je suis devenue jardinière. Je plante des graines de légumes, des graines de mots avec mes livres et des graines d'énergie avec le projet GoSol.
Depuis 4 ans, j'anime bénévolement le site de LaSeiche.net qui explore les alternatives pour les ados et pour lequel j'ai déjà effectué  des recherches qui serviront au projet des Changeurs.
Durant l'hiver 2013, j'ai porté avec succès une campagne de levée de fonds sur Babeldoor pour réaliser la traduction française de l'essai de Janisse Ray, Ceux qui sèment – Graines de résistance. Ce projet a été soutenu par Vandana Shiva, 170 personnes et 10 entreprises.
Ce texte sur la nouvelle CIA vous donnera un rapide aperçu de mon style.

Anne Steinlein est peintre voyageuse. Créatrice fertile et nomade, elle peint pieds nus des femmes sauvages, des glaneuses, des fruits… et des carnets de voyage autour du monde dans des natures encore vivantes et préservées. Très engagée dans les alternatives,  elle va concevoir les couvertures et ponctuer ces histoires de grands chemins avec des illustrations originales.

Elle a travaillé, entre autres, pour Grands Reportages, Terre Sauvage, Détours en France, Gallimard... et à exposé aux Étonnants Voyageurs, au Musée de la Poste à Paris... Son site : http://annesteinlein.com/

Quel est l’objectif précis de la collecte ?

Le budget minimum de réalisation de ce projet est de 9580€ pour les 3 livres (3200€/livre).

Le budget du projet se décompose ainsi :
4500€ (1500€/volume) pour le travail de rédaction des 3 volumes
1600€ pour la création des couvertures originales et les illustrations internes
2200€ pour le travail d'édition (révision du texte, notes, ressources, maquette, suivi de fabrication, promotion et diffusion)
850€ pour les contreparties aux souscripteurs
430€ pour les frais de la plate-forme

Ce budget calculé au minimum nous permettra de réaliser toutes les étapes éditoriales de cette aventure rapidement et en toute indépendance.

Avec vous, en atteignant notre objectif, la parution des 3 livres sera pour décembre 2014. Pile pour offrir à tous les jeunes de votre entourage !

Avec un budget de 13 000€ (4300€/livre) nous réaliserons ce projet dans de vraies bonnes conditions et avec un budget de 16 500€ (5500€/livre) la traduction anglaise des 3 volumes sera publiée en mai 2015.

Le détail des contreparties est présenté dans le paragraphe ci-dessous ; vous pourrez aussi le consulter sur la page dédiée au choix de contreparties qui s'ouvre lorsque vous cliquez sur le bouton "Soutenir ce projet".

Compensations

  • Non merci Je ne souhaite pas de contrepartie, je veux juste recevoir des nouvelles et aider le projet

  • Pour 5 € ou plus: Intention : Un grand merci, chaque changeur compte !

  • Pour 15 € ou plus: Signature : Votre nom imprimé dans les Mercis du livre.

  • Pour 25 € ou plus: Trace : Votre nom dans le livre à côté d'une citation que vous nous enverrez qui vous inspire et vous accompagne souvent.

  • Pour 35 € ou plus: Passeur : Vous signez dans le livre un très court texte écrit par vous présentant un Changeur ou une Changeuse que vous connaissez personnellement (300 signes max) + 10 % de réduction sur vos 3 volumes.

  • Pour 50 € ou plus: Inspirateur : Vous signez dans le livre un très court texte de vous racontant qui ou ce qui vous a fait changer (450 signes max) + vos 3 volumes offerts.

  • Pour 85 € ou plus: Changeur : Vous signez votre récit de changement (450 signes) + vos 3 volumes + 3 volumes envoyés à une association qui s'occupe des jeunes.

  • Pour 150 € ou plus: Pilier : Votre nom sur le livre + votre récit de changement (450 signes) + les 3 volumes pour vous + 3 volumes envoyés à une association qui s'occupe des jeunes + 1 livre de votre choix dans le catalogue Seepia.

Partenaires du projet

Eva Wissenz

Par Le 21/06/2014

Eva Wissenz : ne jamais rentrer dans les cases mais créer les siennes

http://www.femininbio.com/agir-green/actualites-nouveautes/changer-vie-plusieurs-fois-73

Eva Wissenz : ne jamais rentrer dans les cases mais créer les siennes
Eva Wissenz a parcouru beaucoup de chemin jusqu'à la Finlande.
Adepte de tous arts. Baroudeuse à petit budget. #Lecture #Nature #Liberté - Journaliste stagiaire @FemininBi

Est-ce que le changement de vie se fait en une fois ? Eva Wissenz, éditrice, écrivaine et autoentrepreneuse, ne le sait pas. Ce qui est certain, c'est que rien ne la destinait au chemin qu'elle a pris. Première génération familiale à pouvoir faire de hautes études, elle a quitté sa vie confortable à Paris pour des aventures plus qu'incertaines. De Marseille à la Finlande, en passant par Cuba, elle nous raconte comment sa vie n'a cessé d'évoluer.

En 1989, j'ai 18 ans. On dit qu'il n'y a plus de travail mais il me semble qu'il y a tout à faire ! Je ne veux pas résumer ma vie à la gagner. Je veux aider, être utile à quelque chose de bon mais quoi ? Ce sera la culture, la beauté, la poésie. Je plonge dans l'étude de mes racines italiennes et passe une dizaine d'années à lire, étudier, traduire, enseigner un poète philosophe lucide, Giacomo Leopardi. Je deviens assistante à La Sorbonne, en doctorat, et passe bien des dimanches à l'hôpital en bénévolant aux urgences pour enfants malades. Je vois le système de santé se détruire. 

Durant mes nombreux voyages en Europe où je constate l'uniformisation, je ne m'habitue pas à la misère urbaine, à l'indifférence. A l'époque, une entreprise de prises Internet s'appelle « Noos » ce qui en grec veut dire « âme », je vois que la langue au service de la sur-consommation est une langue morte, je n'en peux plus, je craque, je cherche la source, je me rends compte que je ne sais rien faire des mes dix doigts, je tombe malade, longtemps et par réel miracle je guéris. Ainsi, commence le changement.

Renouveau dans une forêt du Canada, découvrir le nucléaire et devenir végétarienne en Grèce

Refusant de disséquer plus longtemps la Poésie, je quitte poste et avenir prometteur à la fac. J'apprends la danse indienne. Un jour, pour la première fois dans une forêt d'Algonquin au Canada, je suis si prise de sacré que je me déchausse, me sens chez moi, enfin.

Mais je vis à Paris, je dois gagner ma vie, survivre et la compétition règne. Free-lance dans l'édition et le tourisme, j'absorbe les douleurs de villes et écoute leur faux silence. Je découvre le nucléaire, j'en parle à mes amis, cela n'intéresse encore personne.

Je cesse alors de tergiverser et décide d'ouvrir en grand les portes de ma passion pour l'écriture, notamment vers l'écriture d'un livre qui va s'appelerFluxus. Je quitte mes jobs à Beaubourg, dans la presse, l'édition, j'arrête la danse, rassemble mes petites économies et j'écris. Sans filets, je m'ouvre à une vie à l'essentiel, une traversée du désert fondatrice. Je découvre les montagnes du nord de la Grèce où j'ai voyagé seule à pied tout un hiver. J'apprends à faire un feu, je dors à la belle étoile et deviens végétarienne. Je suis bien.

Quitter Paris, arriver à Cuba et découvrir la vie sans pétrole

De détour en détour, il devient évident qu'il me faut quitter Paris si je veux garder une vraie qualité de vie et ne pas passer mon temps à chercher de l'argent et confondre mon confort avec ma liberté. C'est à Marseille que je migre. J'y découvre le yoga, les stages d'agro-écologie que je ne peux me payer, je dors souvent à la belle étoile dans les Calanques et le Luberon. Quelques mois par an, je travaille pour des guides touristiques car ma vie a changé mais pas complètement : cet arrangement précaire me permet d'écrire mais j'en suis malade, je ne veux plus contribuer à ce système, je veux être libre et choisir totalement tout ce qui fait ma vie.


Début 2007, mon ordre de mission pour un guide touristique est à Cuba. Je refuse d'aller écrire sur la beauté des plages dans cette dictature. Mais j'ai besoin d'argent et je pars. 

Un jour, près de l'une des plus belles plages pourries de tourisme sexuel, je manque mon bus. Dans le bus suivant, deux jeunes Canadiens de 21 ans voyagent pour diffuser leur Solar Fire, des concentrateurs solaires en open source. Ils l'ont déjà fait en Amérique Latine, au Mexique, avec les paysans pour torréfier le café et le chocolat. Une coopérative est née.

Je rentre métamorphosée par ce que j'ai vu à Cuba et qu'on pourrait appeler une façon de vivre sans pétrole (ou très peu).

Les plantes me "parlent", et c'est normal

En quelques mois j'absorbe énormément de l'actualité, je débusque le Codex Alimentarius, j'arrive à la Révolution verte, je lis Gunter Anders, je comprends que pour être en cohérence je dois quitter la ville une fois pour toutes et être cohérente. J'ai envie de devenir bergère. Mais il faut un diplôme pour aller garder des moutons dans l'Ariège que je viens de découvrir et dont la beauté me subjugue ! Un diplôme, une école, des sous, que je n'ai pas.

Je pars vivre dans le Limousin avec un budget minime et découvre la théorie du choc de N. Klein, la propagande de Edward BernaysHoward Zinn, l'arnaque d'avoir remplacé la pauvreté par la misère et celle du développement, etc., ad nauseam. Entre temps, l'amour est là.

Ensemble, nous développons le Solar Fire depuis une maison humide d'un hameau du Limousin louée par un ami d'ami où l'eau suinte par les murs. Je n'ai pas de travail, mon époux non plus, donc allocations minimales, pas de voiture pendant deux ans. Les courses se font à vélo ou à pied par les bois jusqu'à l'épicerie bio et le début de belles rencontres avec des gens de terrain pour qui l'écologie se définit par un fort sentiment de lien. Dans tout cela, on nous prête des bouts de terre, on fait des jardins, je découvre la seule école valable, les plantes me “parlent” et c'est normal. 

L'Inde et une rencontre avec l'anti-Américanisation

Un jour où on allait tout lâcher avec notre Solar Fire , Mr Desai, un entrepreneur Indien nous contacte. Small is beautiful. Il travaille dans la lignée de Gandhi. On y va. On construit nos machines sur le toit de son usine à Rajkot. Premier pied en Inde, intensification de beaucoup de choses évidemment. On y retournera plusieurs fois. On verra comment les Occidentaux sont des proies spirituelles faciles. On développera notre technique jusqu'à permettre des machines de 90m².

Chez Mr Desai, je rencontre Jeff Knaebel. Un Américain qui a tout quitté, brûlé son passeport, sillonne l'Inde pour avertir les paysans des dangers de l'Américanisation. Ailleurs, la crise, les Anonymous, la Grèce qui dérape, l'Indignation d'Hessel partout. Je me dis que Jeff Knaebel est un exemple extraordinaire. Je le traduis en français, l'envoie partout, refusé partout. Qu'à cela ne tienne, je vais l'éditer moi-même dès que possible ! Je recycle mon métier de « guide » touristique en « guide » en ressources alternatives pour les ados, totalement bénévole depuis 4 ans sur un site que j'appelleLaSeiche et qui est en avant-poste des sites radicaux, un outil de tri fiable justement pour ceux qui ont envie de changer de vie ! Je deviens aussi membre des JNE (Journalistes pour la Nature et l'Environnement).

Installation en Finlande et lancement dans l'édition

Il devient assez évident qu'il faut quitter la France pour avancer dans les alternatives. Ce sera la Finlande, où se trouve une partie des ancêtres de mon époux, peu de corruption, plus d'arbres que de gens, un culte du silence, de la liberté, des lacs grands comme des mers...
Entre temps, je suis devenue maman, j'ai appris à me soigner seule pour la plupart des choses, et à me nourrir intelligemment aussi, local et bio autant que possible.

Notre association Solar Fire devient une entreprise sociale (il faut 1h pour créer une entreprise en Finlande), et d'autres passionnés nous rejoignent. L'intuition du livre pour l'écriture duquel j'ai tout quitté, Fluxus s'est accomplie il y a deux ans. La fable s'appelle maintenant Les enfants du sièclerécemment salué par Jean Ziegler.
J'ai créé
 Seepia, ma plate-forme d'édition avec impression à la demande, pas de stock, pas de pilon, un fonctionnement très simple parce que je pense que nos imaginaires doivent être irrigués par d'autres récits. Un ami m'a envoyé récemment cette magnifique citation : "L’action s’invente à partir de l’imagination d’un monde meilleur, et, par conséquent, à partir de l’avenir." Robert Misrahi.

 

Avec une amie, nous avons réalisé l'hiver dernier sur Babeldoor une campagne de co-financement d'un très beau livre de Janisse Ray, « Ceux qui sèment – Graines de résistance » qui a été soutenue par Vandana Shiva, des partenaires et 170 personnes. Il est sorti début juin. C'est une très belle énergie.

Voilà, comme je ne rentrerai jamais dans aucune case, j'ai créé les miennes, les plus ouvertes possibles !

>> Soutenez le projet d'Eva Wissenz "L'humanité des grands chemins" sur Babeldoor ! 

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (fin)

Par Le 21/06/2014

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (1)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas." (2)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas." (3)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (4)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (5)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (6)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (7)

"Si vous regardez un abricot, vous pouvez décrire sa couleur, sa texture, son parfum, le goût de sa chair, la dureté de son noyau, mais tout ça n'est pas l'abricot. C'est juste sa matérialisation physique. L'énergie qui le constitue n'est pas visible alors que c'est justement sa réalité profonde. Il en est de même avec la vie. Elle est tout ce qui n'est pas visible. Effacez la vision que vous en avez et observez ce qui reste."

Un an maintenant qu'il avait rencontré ce thérapeute. Il ne croyait plus au hasard. Son âme avait décidé de cette rencontre et c'est parce qu'il était parvenu, dans un moment de lucidité, à entendre ce message qu'il avait basculé...

Basculé...

Il aurait rejeté l'idée dans son ancienne vie. Le déséquilibre lui aurait été insupportable. Perdre l'équilibre et basculer. Mais l'équilibre de quoi ? D'une vie nourrie d'expédients et de tromperies, des valeurs marchandes comme guide suprême. Il avait eu une vie de déséquilibré. Et c'est parce qu'il avait perdu cet équilibre éducatif qu'il avait appris à se tenir debout sasn vaciller. Il avait eu peur de perdre pied quelquefois mais avec l'impression immédiate qu'il y gagnait bien davantage. Sans parvenir pour autant à exprimer ses ressentis.

Le thérapeute lui avait conseillé d'écrire.

Il avait acheté un beau cahier avec une couverture cartonnée, bien solide. 

"Écrivez sans y penser, laissez-vous emporter. Ne jetez rien, même si dans l'instant, ce qui surviendra vous paraîtra dérisoire ou incompréhensible. Ce que votre âme éprouve n'est pas de l'ordre du mental. Les résistances éducatives sont extrêmement solides. Tout le système repose sur ces résistances. Ne vous inquiétez pas. Contentez-vous d'écouter."

Le thérapeute communiquait parfois par mail et il les lisait avec beaucoup d'attention. Il avait même constitué un dossier personnel et il tentait de retranscrire ses émotions immédiates, les pensées, les idées, les images...

C'est par un matin de printemps, assis sur la terrasse, dans la contemplation du ciel, que ce texte lui était venu. Il avait rejoint son bureau et il avait écrit, enflammé, frissonnant, délivré.

Une rencontre qui se répétait désormais. Cette entité qui parlait en lui, sans que les mots ne soient recherchés, sans que les idées ne soient cartographiés, soumises à un mental inflexible et étroit.

Elle était là. Elle lui parlait. Il écoutait.

Et l'idée qu'un jour, cette âme déchirerait son enveloppe ne l'effrayait plus car il savait que désormais, elle aurait de longs feuillets à lire. 


 

La réalité de l'amour (sexualité sacrée)

Par Le 20/06/2014

 

Unnamed

 

Si vous regardez un abricot, vous pouvez décrire sa couleur, sa texture, son parfum, le goût de sa chair, la dureté de son noyau, la matière de son noyau mais tout ça n'est pas l'abricot. C'est juste sa matérialisation physique. L'énergie qui le constitue n'est pas visible alors que c'est justement sa réalité profonde. Il en est de même avec l'amour. Il est tout ce qui n'est pas visible. Effacez la vision que vous en avez et observez ce qui reste."

 

Kundalini web

Lettre à Peilhamon

Par Le 19/06/2014

Lettre à Vincent et Benoit (réforme des rythmes scolaire en dedans)

Chers Vincent et Benoît.

Je m’adresse à vous deux bien que je sais pertinemment que Vincent, toi, tu t’en bats les tomates de cette réforme puisque tu es désormais député européen! Mais bon, vu que c’est toi qui  a pondu cette débilité de réforme, je te mets dans le lot hein!

BD reforme rythme scolaire

Soit dit en passant, c’est pas joli joli de mettre le dawa et après refiler le bébé aux copains hein!

Bref, je voudrais vous parler de cette réforme. Sachez le, j’habite dans un village de campagne, avec 500 habitants environ, une école et une boulangerie, seul commerce du village (si on ne compte pas les maisons de champagne).

Votre réforme là (je dis « votre » parce que c’est aussi la tienne désormais, Benoît), qu’est ce qu’elle va changer au quotidien pour les enfants de mon village?

Déjà, par rapport au système actuel, ils seront en classe 15 minutes de plus par jour (si ils ne vont pas à la garderie du soir, sinon c’est 1h de plus) en plus du mercredi matin. Comment est ce possible? J’t’explique Benoît, t’excite pas. Ton ami Vincent a décrété que les enfants travaillaient mieux et sont plus attentifs le matin. Soit, je ne dis pas le contraire. Ensuite, il a dit que ça serait tip top coolos de la laïfe que la culture, le sport, la vie quoi, entre à l’école sous forme d’activités l’après-midi en remplacement de travail scolaire classique et que ça serait fait par des animateurs, éducateurs, bénévoles, que sais-je encore. Ok, c’est bien pour tous les gamins qui n’ont pas d’activités extra-scolaire.

Chez nous ça donne ça:

planning rythmes scolaireVous ne voyez rien, bah cliquez sur l’image bande de buses!

Mais alors what’s ze phoque? Prenons l’école de mon village comme exemple (parce que bon les autres, j’m’en cogne…. rôô ça va je déconne!).

Alors dans le désordre (j’aime pas ranger):

  1. Qui peut aller chercher son enfant à 16h15 sérieux?! Même pour les parents au foyer, ça va être sport! En plus, maintenant, faudra payer cette heure d’étude surveiller 1,80€ (mais l’école n’est donc pas gratuite bon sang!).
  2. Les enfants resteront plus longtemps à l’école le soir, en plus du mercredi. Donc ils seront crevés le mercredi matin au lieu du jeudi! Mais à part ça, ils seront plus à l’écoute en classe hein! Magnifique…
  3. L’étude surveillée sera faite par les enseignants. Actuellement, elle consiste à revoir les leçons non acquises et /ou à faire les devoirs. Sauf que comme le dit l’alinéa 1 ci-dessus: « Qui peut aller chercher son enfant à 16h15 sérieux?! ». Du coup, il y aura un nombre important d’élèves ce qui rendra l’étude difficile et donc se soldera en récré par exemple.
  4. Les enseignants ont accepté de prendre en charge le TAP (Temps d’Activités Péri-éducatifs) dans la limite de leurs compétences. Autrement dit, si on a la chance d’avoir un prof champion d’échec, de sport en tout genre, de loisirs créatifs, de musique, de Jeopardy, de pompon et de bonshommes en allumettes le tout en même temps, ça peut le faire!
  5. Concernant les animateurs et autres éducateurs pour assurer ces TAP, quelle personne sensée accepterai de faire 20kms aller-retour pour travailler une heure payée au SMIC? AUCUNE! Simplement parce que prix de l’essence + SMIC = travailler pour rien et on rajoute l’horaire en milieu de journée = difficile de cumuler avec un autre emploi (ou si, un emploi de nuit à la limite). Même les étudiants, ça va les faire chier (bah oui, ils ont cours eux aussi)!
  6. Le budget des familles va en prendre un coup parce que quand tu bosses, soit, tu mets ton gosse de 8h à 18h et ça coûte 11€ par jour et par enfant. Soit, tu bosses à mi temps mais avec le temps de trajet et tes horaires qui seront les mêmes que tes gosses tant qu’à faire, bah tu les mets toute la journée et ça te coûte 11€ par jour et par enfant!
  7. Les enfants qui seront à l’école de 8h à 18h, vont vadrouiller de la salle perisco, à la salle de classe, à la cantine, à la salle de classe, à la salle polyvalente, à la salle perisco. J’espère bien qu’ils auront des jambes en béton pour en faire des futurs champions de cyclisme!
  8. Autre souci, les parents qui travaillent le mercredi (oui c’est dingue je sais!), comment vont ils faire si ils n’ont aucune solution pour aller chercher leur gamin le midi? Et oui, c’est ouf mais tout le monde n’a pas de papi ou mamie à proximité dispo et/ou qui ne bosse pas! Et bah ceux là mettront leurs enfants en ville ou  dans le privé. Imagine la perte sur 52 élèves! Même si une minorité part, on peut craindre une fermeture de classe… C’est balot, on vient juste d’investir 1 800 000€ dans la rénovation de l’école primaire…

Donc, je constate que déjà dans les villes c’est le bordel mais alors en campagne… Bien sûr cet exemple n’est que supputation et ne concerne qu’une seule école! Mais on parie combien que j’ai bon?

Alors chers Vincent et Benoît, sans déconner les mecs, vous n’avez pas autres choses à foutre que d’inciter un des deux parents (au hasard Baltazar, la mère hein) à rester à la maison parce que bosser reviendrait à pisser dans un océan de violons qui ressortent par l’oreille gauche? Il est où le retour à l’emploi? (bah pas avec la réforme du congés parental apparemment) (oups, je m’égare là) (j’écrirais une lettre à Najat).

Il est où le bien être de nos gosses? C’est déjà pas super simple et complètement inconscient de faire des gosses à notre époque (crises conimiques toussa toussa), mais là, les gars, vous voulez avorter les futurs embryons bordel (j’assume qu’à moitié ce jeu de mot pourri).

Vous avez pondu une réforme à la va-comme-je-te-pousse histoire de dire « on avait qu’on le ferai hein, votez pour nous putain ». Mais réveillez vous, la réalité, vous connaissez un peu? Nan c’est pas « plus belle la vie » les mecs… Sortez de vos bureaux et mettez vos gosses dans des écoles publiques. Après on en reparle de la réforme okay!

BD reforme rythme scolaireBD reforme rythme scolaireBD reforme rythme scolaireBD reforme rythme scolaire

Bref, votre réforme en deux mots: c’est de la merde (bon ok, ça fait plus que deux mots).

BD reforme rythme scolaire

#fucklaréforme

Crise de l'enseignement

Par Le 19/06/2014

http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/18/francois-dubet-recruter-les-profs-a-bac5-cest-erreur-252636

Comment en est-on arrivé à recruter des profs avec 4 de moyenne au concours ? Les réponses de François Dubet, sociologue de l’éducation, qui propose un recrutement à bac+1 puis une formation jusqu’à bac+5.


Le sociologue de l’éducation François Dubet en 2006 (Rillon/Neco/Sipa)

Les instituteurs, une espèce en voie de disparition ? En mai, Rue89 a publié une enquête sur l’impressionnante pénurie des candidats au concours de professeurs des écoles. Elle montrait qu’en 2014, certains d’entre eux étaient admis avec des notes très basses à l’examen afin de pourvoir, coûte que coûte, les postes vacants (voir l’infographie en haut de cette page).

Instits en colère, parents inquiets, élèves désabusés : les réactions à cet article n’ont pas manqué. Pourquoi cette pénurie de profs ? Et comment rendre le métier de nouveau attractif ? Les réponses de François Dubet, sociologue de l’éducation, professeur à l’université de Bordeaux et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Rue89. La carrière de professeur des écoles n’attire plus. Dans les académies de Créteil et Versailles, plus de 85 % des candidats ont été admis au concours cette année, le dernier recruté ayant dans ces deux zones une note moyenne inférieure à 5/20...

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Cet entretien a été publié en avant première le 7 juillet 2014 dansnotre magazine Rue89 Week-end pour tablette. Chaque jeudi soir, vous y retrouvez le meilleur de Rue89.

François Dubet. Avec un chômage de 25 %, une telle profession dans la fonction publique devrait attirer. Ce n’est plus le cas et c’est une énigme. Elle est mal payée, c’est vrai, mais ce n’est pas nouveau  : dès les années 60, on disait déjà que les profs étaient mal payés, ils l’étaient moins que les policiers, par exemple.

Aujourd’hui, un ménage de jeunes enseignants, avec deux salaires et avec une sécurité de l’emploi totale, ne démarre pas dans la vie dans les pires conditions. Dans les pays dont les écoles sont considérées comme excellentes, comme la Suède, la Norvège ou la Finlande, les salaires des professeurs ne sont pas considérablement supérieurs à ce qu’ils sont en France. Mon sentiment, c’est donc que le salaire n’est pas fondamental dans l’explication de la désaffection que nous constatons aujourd’hui.

Il y a pourtant eu une paupérisation. Autrefois, en France, l’instituteur étaient un notable. Son train de vie était plus confortable.

Pas tant que cela. C’était un notable, mais son salaire n’était pas considérable.

Il était mieux payé qu’un plombier...

Oui, si l’on prend le fameux cas du plombier. Mais l’enseignant ne gagnait pas tellement plus que l’ouvrier très qualifié, par exemple. Les profs n’ont jamais été bien payés, mais la profession avait un prestige indiscutable.

Dans un monde du travail bien plus dur qu’il ne l’est aujourd’hui – avec un chômage qui vous plongeait dans la misère, des accidents de travail... –, cette profession, même mal rémunérée, vous donnait un prestige social et une forte stabilité de l’emploi. Mais les profs vivaient modestement, même si certains avaient un logement de fonction.

Si on augmentait le salaire des enseignants de 20 %, je ne suis pas sûr qu’on améliorerait considérablement le recrutement. D’ailleurs, regardez  : un maître de conf’ de fac est payé autant qu’un prof de lycée. Or, des centaines de candidats se présentent quand vous ouvrez un poste à la fac.

Dans l’Education nationale, les enjeux symboliques sont toujours plus importants que les enjeux matériels.

Les deux peuvent se rejoindre  : si les profs étaient mieux payés, le regard de la société sur eux changerait...

Possible, mais ce n’est pas un facteur décisif.

Si le niveau de vie n’est pas une des explications importantes de cette crise du recrutement, quelles sont-elles  ?

Il y en a deux. D’une part, un problème d’image. L’image, c’est celle d’un métier difficile. Celle d’un enseignant qui souffre, face à des élèves qui ne veulent pas apprendre, à des parents d’élèves qui l’enquiquinent, à une administration qui lui gâche la vie...

Le discours que produisent les enseignants sur eux-mêmes est celui de la plainte. Autrefois, c’était un discours sur la grandeur de la profession, le plaisir d’enseigner, de faire la classe... Il y avait une mise en scène positive, une représentation du métier qui pouvait donner envie de l’exercer.

Aujourd’hui, quand les enseignants parlent d’eux-mêmes collectivement, c’est pour dire  : « Nous souffrons, nous ne sommes pas reconnus, nous sommes méprisés, nous avons un métier de chien, c’est extrêmement difficile, nous sommes soumis à la violence »... L’image qui s’est répandue, c’est que tous exercent dans des collèges de ZEP violents, ce qui est rarement le cas.

L’image de l’école elle-même s’est renversée  : l’école qui intégrait la société, qui fabriquait des citoyens, qui les préparait à vivre quelque chose de commun a laissé place à l’image de la machine à diviser, à trier, à créer des inégalités. Les sociologues ne sont pas pour rien dans cette image, mais elle a peu à peu été intériorisée par les Français.

L’école, c’est « l’endroit où mon gamin risque de se faire jeter » et dans certains quartiers, c’est carrément « la machine faite pour nous exclure ». A cela s’ajoute une perte de confiance dans la culture scolaire. Cette dernière n’est plus perçue que comme un moyen de sélectionner  : la « vraie culture » est ailleurs...

Dans les médias, vous ne trouvez plus beaucoup d’image positive des enseignants, à part ce vieux feuilleton, L’Instit, qui présente un enseignant idéal, positif, qui a des relations formidables avec les gamins et roule à moto...

Et qui travaille en milieu rural...

Oui ! L’action se passe aujourd’hui, mais c’est un enseignant d’autrefois. Le reste du temps, les enseignants sont soit ridicules, soit en souffrance. Le temps de La Gloire de mon père, de Marcel Pagnol [autobiographie où il livre son admiration pour son père instituteur, ndlr], c’est fini. Il y a eu un renversement de l’image des enseignants, produit pour une part par le monde enseignant lui-même.

Un exemple frappant se trouve dans une récente enquête, on demandait à des sondés : « Souhaiteriez-vous que vos enfants soient enseignants  ? » La profession qui souhaitait le moins que ses enfants soient enseignants, c’était les enseignants  ! C’est terrifiant. On ne peut pas dire indéfiniment  : « Passez un concours pour faire un métier de chien. »

Quand ce changement de discours s’est-il produit et qu’est-ce qui l’a déclenché  ?

Ce changement de discours des enseignants sur eux-mêmes a eu lieu il y a une vingtaine d’années. D’abord, le métier est devenu objectivement beaucoup plus difficile qu’il ne l’était. Dans un collège normal, quand il a une heure de cours, un prof en passe la moitié à établir l’ordre scolaire. Je crois aussi qu’on a assisté à une évolution du syndicalisme enseignant, devenu extrêmement défensif.

Il était pendant longtemps axé sur les revendications salariales et les conditions de travail, mais il appelait ausi à la grandeur de l’éducation. Il se réclamait d’un grand projet culturel, démocratique, national... Aujourd’hui, c’est terminé.

Pour avoir des enseignants qui vous parlent très positivement de leur métier, il faut leur parler en tête à tête. Il faut qu’un individu vous parle de l’intimité de son boulot. La parole collective, elle, est toujours négative. On ne demande plus d’augmenter les salaires parce que le travail avec les élèves est important, mais parce qu’il est épouvantable  !

Et pourtant, si le métier est effectivement devenu plus difficile, c’est un métier qui a ses bonheurs, ses voluptés. Une autre chose qui a selon moi complètement changé le recrutement, c’est le bac+5 exigé pour passer le concours. Au fond, pendant très longtemps, le choix d’être enseignant était un choix positif et précoce.

Une « vocation »...

J’aime bien le mot de vocation, mais il évoque souvent une période passée dans laquelle l’enseignant se sentait investi d’une mission morale et politique. Là, je parle simplement d’un goût pour le métier, qui était défini précocement.

Jusqu’aux années 60, pour devenir instituteur, on était recruté dans les écoles normales au niveau la troisième. Vous alliez dans une école normale, vous passiez le bac et vous deveniez instituteur... C’est un choix que vous faisiez positivement et tôt. Quand vous faisiez des études de lettres, vous saviez au sortir du bac que l’enseignement était grosso modo votre destin.

QUAND ON EMBAUCHAIT LES PROFS ENCORE ÉTUDIANTS

En 1957 sont créés les Instituts de préparation à l’enseignement secondaire (Ipes), alors que la scolarisation jusqu’au collège devient de plus en plus courante.

« “Construire un collège par jour” [expression d’un ministre de l’époque, ndlr] ne suffisait pas, il fallait aussi assurer attirer vers le métier de professeur, puis fidéliser, de nombreux étudiants », rappelle la syndicaliste Marianne Auxenfans dans un article consacré aux prérecrutements dans l’Education nationale.

« Recrutés par concours locaux dans les universités à bac+1, les “Ipésiens” percevaient un “prétraitement” correspondant à 171 % du smic de l’époque, avec l’obligation d’assiduité et aussi de réussite universitaire. »

Il y avait même à cette période un système qui s’appelait les Ipes [instituts de préparation à l’enseignement secondaire, lire encadré, ndlr]. Vous passiez après le bac un petit concours assez facile qui vous donnait l’écrit du Capes. Et au lendemain de votre licence, vous passiez l’épreuve orale du Capes. Les choix professionnels se définissaient assez tôt.

Aujourd’hui, que se passe-t-il  ? Les étudiants vont à l’université, généralement au terme de choix souvent négatifs  : « Je n’ai pas pu faire une classe prépa, une fac sélective, un IUT... » Tendanciellement, les futurs enseignants ne sont plus les meilleurs étudiants  : il faut quand même le dire  !

Les meilleurs étudiants, eux, font tout pour ne pas aller à la fac. Une école d’assistantes sociales ou d’éducateurs a un quota de candidats sur le quota de reçus plus considérable que l’Education nationale. Ce ne sont pas des métiers tellement mieux payés ou tellement plus faciles.

Les étudiants font leur licence  : en histoire, en langues, en français en sciences, etc. Ils se demandent alors ce qu’ils vont faire  : « Si je pense que je suis très bon, je fais une thèse. Si je pense que je suis bon, je fais un master compétitif. Si je pense que je suis bon en sciences, je m’oriente vers une formation d’ingénieur »...

Beaucoup parmi les autres, ceux qui pensent qu’ils ne sont pas assez bons, qui ne sont pas trop sûrs, vont vers les concours d’enseignants.

Ce ne sont plus les meilleurs étudiants. Et je dirais même qu’en sciences, ce ne sont non seulement pas les meilleurs, mais ce sont souvent les moins bons.

Au Capes, on a un mal fou à recruter en maths, en physique, en chimie...

Le choix professionnel, qui était positif et précoce, est devenu avec le système bac+5 un choix souvent contraint, parce qu’il n’y pas d’autre voie, et qui n’est pas fait par les meilleurs des étudiants.

Prônez-vous le rétablissement de filières précoces, à la manière des écoles d’ingénieur ou des facs de médecine  ?

Je pense que les filières que choisissent les bons étudiants, ce sont des filières à sélection précoce, celles qui garantissent leur avenir. L’étudiant préfère un IUT, une école d’ingénieur, une école de commerce. Il y trouve d’emblée l’image d’un avenir professionnel, et c’est pour lui un choix « positif ».

Il faudrait donc recruter les futurs enseignants à bac+1 ou bac+2  ; ensuite,on les formerait jusqu’au master. Pourquoi se bagarre-t-on pour devenir infirmière, alors qu’on n’arrive pas à recruter des enseignants  ? Les infirmières ne sont pourtant pas mieux payées que les enseignants... et leur métier n’est pas plus facile. Mais elles ne sont pas recrutées à bac+5  !

On a commis une erreur. On est passé de l’idée, juste, qu’il faut que les enseignants aient un niveau bac+5 à l’idée, fausse, qu’il faut donc les recruter à bac+5. Ce sont deux choses qu’on a eu le tort de confondre.

J’ajoute que si l’on recrutait à bac+1 ou bac+2, on aurait des chances de recruter de bons élèves d’origine populaire. Parce que des bons élèves d’origine populaire, on en trouve à bac+1, mais ils ont presque disparu à bac+4. Ils n’ont pas survécu dans le système : il faut tenir  ; quatre ans d’études, c’est long.

Tenir financièrement, dans votre filière « professeur des écoles », serait plus facile  ?

Oui, parce que vous avez la garantie, une fois passé le concours d’entrée, que vous passerez la sortie. Si on disait  : « Tu es un bon élève, tu as une mention au bac, tu auras une bourse, et à la fin tu feras des stages et au bout tu auras un métier », je suis persuadé qu’on rendrait le métier plus attirant.

Je vois mes propres étudiants qui passent le Capes. Ils sont là, ils passent la licence, ils arrivent en maîtrise et se demandent ce qu’ils pourraient bien faire. Et souvent ils choisissent instit’, parce qu’ils ne quitteront pas la région. Ils regardent aussi le Capes, mais c’est très compliqué  : il y a le risque d’atterrir dans un établissement de ZEP où personne ne veut aller...

Ce type de calculs n’existerait pas si vous mettiez en place un recrutement plus précoce. Comme les polytechniciens, les ingénieurs, les médecins, les infirmières, les travailleurs sociaux... Si vous croisez cela avec l’image très négative du métier, cela ne déclenche pas l’enthousiasme.

En même temps, on embourgeoise le recrutement. On se retrouve avec des candidats pas très bons d’origine sociale favorisée...

Pourquoi cette idée de recrutement précoce n’aboutit-elle pas  ?

J’en avais parlé à Vincent Peillon [précédent ministre de l’Education, ndlr]. Il n’y était pas hostile.

Mais il se heurtait à deux obstacles majeurs. Le premier, c’était les universitaires, qui veulent que les étudiants s’inscrivent chez eux avant d’entrer dans une école professionnelle – sinon, c’est une perte sèche pour les universités. La seconde raison, c’est que le syndicat Snes [Syndicat national des enseignements de second degré, ndlr] est un défenseur absolu de l’idée qu’on doit recruter sur un niveau académique, qui selon lui fait la valeur d’un prof.

Quand vous avez sur les bras les facs (et notamment les facs de lettres) et le Snes, ça devient compliqué.

Dans le système actuel, vous êtes censé être spécialisé dans une discipline avant de devenir enseignant. Et dans le cas des professeurs des écoles, vous n’avez même pas d’obligation disciplinaire. On se retrouve avec des gens qui disent : « Je vais faire instit, mais moi les maths, je ne peux pas. » C’est embêtant.

Vincent Peillon a réformé la formation, en créant les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espe). Est-ce un simple retour aux Instituts universitaires pour la formation des maîtres (IUFM)  ?

Il y a de grandes chances pour qu’il ne s’agisse que d’un retour aux IUFM. Certes, le recrutement est un peu plus précoce, mais cela pose un problème aux étudiants, le concours ayant lieu avant le master. Alain Boissinot [président du Conseil supérieur des programmes, ndlr] a proposé par provocation de supprimer le concours. Car soit on recrute au niveau master, soit on recrute par concours...

Aujourd’hui vous pouvez avoir le master des métiers de l’enseignement, mais pas le concours qui permet d’enseigner  ! Imaginez que vous fassiez une formation de médecin, que vous alliez jusqu’au bout de cette formation, et qu’on vous dise à la fin  : « OK, mais vous ne pouvez pas exercer la médecine... » En tout cas, on n’a pas basculé dans un autre modèle. On est dans une situation ambiguë, et l’ambiguïté, cela refroidit les étudiants.

Vous dites que le salaire n’est pas déterminant dans les problèmes de recrutement. Ne peut-on pas cependant imaginer que les professeurs travaillant dans les établissements difficiles soient beaucoup mieux payés que les autres  ?

Je suis totalement favorable à cette piste. Mais ce n’est pas si simple. D’une part, si vous faites cela, vous avez 300 000 types dans la rue demain, au nom de l’unité de la fonction publique, l’unité de la République, l’égalité des traitements sur le territoire, etc. On touche là à une vache sacrée.

D’autre part, cela supposerait un changement fondamental du mode d’affectation. Aujourd’hui, il se déroule « à l’aveugle »  : on considère que tous les enseignants se valent  ; l’administration, qui contrôle le recrutement, affecte les enseignants en fonction des postes disponibles. En général, les jeunes vont là où personne ne veut aller.

Ils y vont, ils obtiennent des points, certains se pacsent parce que cela fait des points supplémentaires, puis ils vont rejoindre des endroits plus paisibles. C’est désastreux pour les élèves de ces établissements difficiles  : ils sont victimes à la fois du turn over des profs et ce sont les enseignants les moins expérimentés qui font le boulot le plus difficile.

Si vous voulez changer cette situation, ce qui me semble nécessaire, il faut changer complètement de système. Il faut adopter celui qui est en vigueur dans la plupart des autres pays  : vous avez un titre professionnel (par exemple, professeur d’espagnol) mais c’est l’établissement qui vous recrute. Et certains établissements peuvent avoir des moyens supplémentaires afin de pouvoir vous recruter à de meilleurs conditions financières.

Pour dire les choses de manière brutale  : il faudrait généraliser le système d’affectation en vigueur dans les écoles privées. Mais aucun syndicat n’acceptera un tel changement, à part peut-être le Sgen [Syndicat général de l’Education nationale, ndlr]. Il faudrait pourtant le faire. Nous sommes dans la pire des conjonctures  : on a massifié l’université, il y a du chômage, et on ne parvient pas à recruter les enseignants. Peut-on continuer ainsi  ?

Faut-il aussi changer la façon dont on gère les carrières des professeurs, dont on évalue leur travail ? Orienter ceux qui ne sont pas aptes à enseigner vers d’autres postes  ?

Ce sujet est encore plus tabou. Logiquement, si l’on recrute bien et si l’on forme bien, l’écrasante majorité des enseignants doit être apte à enseigner. Au quotidien, on croise très peu d’ingénieurs « non aptes », très peu d’infirmières « non aptes »... Non  ?

Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on a tous eu de très mauvais profs à un moment...

Oui et on sait que « l’effet prof » est considérable. Par exemple, la qualité d’un prof de CP est déterminante pour le parcours scolaire d’un élève, quelle que soit son origine sociale. Au fond, les enseignants sont maltraités  ; quand ils rencontrent des difficultés, ils sont laissés à eux-mêmes  : ils se démerdent.

Logiquement, dans un milieu professionnel, quand vous rencontrez des difficultés, vous êtes aidé pour les surmonter  : on vous forme de nouveau, on vous soutient... Ce n’est pas le cas dans l’éducation  : vous êtes seul dans votre classe. Vous souffrez le martyr et il ne se passera rien.

Ce qui m’étonne, c’est que les enseignants ne protestent pas contre cela. Le système actuel leur apparaît comme une protection, mais elle est illusoire. Beaucoup sont victimes de ce système.

De même, ils préfèrent être évalués par un inspecteur qui vient tous les sept ans assister à une heure de classe avant de leur mettre une note à peu près automatique, plutôt que d’être soumis à une évaluation collective de leur établissement, où leurs difficultés seraient examinées de façon constructive... Les enseignants tiennent au système actuel, qui les protège du regard des collègues, du chef d’établissement, des parents, des élèves... Résultat : on ne sait pas quoi faire des gens qui déconnent.

Il y a un autre problème. Je crois qu’il faudrait qu’on forme les enseignants suffisamment bien pour qu’ils connaissent d’autres modes d’exercice de leur métier. Aujourd’hui, vous êtes professeur des écoles, vous ne dépasserez jamais le CM2  ; vous êtes professeur de collège, vous n’irez jamais dans une école élémentaire.

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas, dans une vie professionnelle, changer d’exercice. On pourrait imaginer une formation commune collège/école élémentaire. Qu’est-ce qui empêche un instit d’enseigner en sixième ou en cinquième  ?

Vous êtes depuis longtemps défenseur d’un rapprochement entre le collège et l’école élémentaire. Pourquoi est-ce important  ?

Je pense qu’une des réformes essentielles consisterait à décrocher le collège du lycée et de le rapprocher de l’école élémentaire. Il y a trop de gamins qui sortent faibles de l’école élémentaire, et qui ne peuvent pas être sauvés par le collège.

Parce qu’ils sont perdus avec dix professeurs différents  ?

Oui, et parce que ces professeurs ont des niveaux d’exigence définis par le lycée.

Notre système ne coule pas complètement, parce qu’il y a des armées de profs généreux, ouverts, travaillant comme des brutes... Heureusement  ! Mais cela ne fonctionne que grâce à la vertu de ces individus. Le système, lui-même, n’est pas vertueux.

L’éducation était la grande priorité du président François Hollande, et l’école primaire, la grande priorité de l’ancien ministre Vincent Peillon. Est-ce un échec sur toute la ligne  ?

L’affaire des rythmes scolaires a flingué le projet. Même si ce changement finit par se mettre en place, il aura épuisé la capacité de réforme du quinquennat. Sur le « socle commun de connaissances », le rapprochement collège-école élémentaire, on s’oriente vers des mesures d’une extrême timidité  : on parle de quelques dispositifs qui pourraient être mis en place entre l’école et le collège.

Au lieu de s’embarquer dans des réformes que le gouvernement a eu du mal à mettre en place, Vincent Peillon aurait pu dire  : « Nous recrutons désormais sur un nouveau statut. » Les 60 000 postes créés auraient alors trouvé un sens. On aurait dit  : « Les candidats qui passent le nouveau concours seront mieux payés, mais ils auront une autre obligation de service, ils seront recrutés par les établissements. »

Enfin, il reste un enjeu plus difficile encore sur la table  : le déséquilibre financier du système. Le lycée est surfinancé. Un lycéen coûte en France, 38% de plus que la moyenne des lycéens de l’OCDE. L’élève de l’école élémentaire coûte 17% de moins. Vous serez bien obligé d’organiser un transfert du lycée vers l’école.

Il faudra arrêter les options invraisemblables, les filières superfines, les classes européennes et autres « seconde théâtre ». C’est sympa, mais ça coûte très cher. Cependant, je n’imagine pas que ce gouvernement aura le courage de s’attaquer à ce dossier. Il y a quelques mois, Vincent Peillon a lancé une sonde sur les salaires des profs de prépa. Douze heures après, il a plié bagage.

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (7)

Par Le 18/06/2014

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (1)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas." (2)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas." (3)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (4)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (5)

"Apprends à écouter ce que tu n'entends pas. " (6)

Il ne pouvait faire autrement. 

Il était retourné chez le thérapeute.

Ce rêve était d'une telle puissance. Jamais, il ne s'était réveillé en pleurant, jamais il n'avait été aussi bouleversé par des images oniriques.

Il était allongé sur la table de massage. Une musique de fond qui l'intriguait. Une musique de film certainement. 

Il racontait. Le cheval qui galope au bord de l'Océan, une force qui le réjouissait, une course joyeuse nourrie par un bonheur infini, comme si coulait en lui l'énergie de l'animal, il était dans son sang, dans ses muscles, dans sa joie, dans cette conscience ultime de la vie en lui...

Et sans que rien ne le laisse présager, sans aucune alerte, sans aucun prémices, le cheval s'était écroulé dans une gerbe de sable, il avait roulé sur lui-même et s'était immobilisé. Mort. 

Et c'est lui qui s'était approché. Il n'était plus dans ce corps éteint où luisaient encore des rigoles de sueur. Rien, aucun mouvement dans la poitrine, aucune souffle suspendu, tout s'était arrêté avec une soudaineté effroyable.

Les yeux ouverts de l'animal. Une brillance étrange, comme des larmes figées. 

Il n'avait pu en supporter davantage. Une douleur insupportable qui l'avait réveillé en sursaut. 

"Qu-avez-vous ressenti?

-Une épouvantable tristesse, une horreur, cette certitude incompréhensible que c'était moi. 

-Et vous n'avez pas supporté de vous voir mort ?

-Évidemment. Comment pourrais-je le supporter ? 

-Que pensez-vous de la mort ? 

-C'est la pire invention de la création."

Une voix sèche, cassante, déterminée.

Le thérapeute se leva du fauteuil et vint se placer au bout de la table. Regards croisés.

"Permettez-moi de vous donner ma vision de la mort. Vous en ferez ce que vous voulez. 

-Vous n'avez jamais cherché à m'imposer quoi que ce soit de toute façon.

-Je suis très heureux que vous l'ayez ressenti ainsi. 

-Je vous écoute."

Un sourire qui s'esquisse, comme un bonheur discret.

C'était la première fois qu'il voyait le thérapeute exprimer ainsi une émotion intime. Il avait toujours été impassible au fil des séances et il s'était même demandé si cet homme éprouvait parfois quelques embrasements, quelques bouffées de bonheur ou de quelconques moments de mélancolie, tout ce que lui vivait à de multiples reprises. 

"Que faites-vous lorsque vous recevez un courrier ? Imaginez une grande enveloppe marron. Vous ne connaissez pas l'expéditeur. 

-Et bien, je déchire l'enveloppe et je sors la lettre ou le document. 

-Que faites-vous de l'enveloppe ?

-Je la jette sans doute. Aucune raison que je la conserve. Je vérifie juste avant que l'adresse de l'expéditeur soit bien inscrite sur la lettre.

-Et que faites-vous du courrier? Il s'agit d'une longue lettre en fait. Plusieurs feuillets écrits à la main. 

-Je la lis bien entendu. 

-Et cette lettre vous bouleverse, elle vous concerne en tous points, elle parle de vous, elle vous connaît parfaitement, elle s'est écrite elle-même.

-Comment ça ?

-Cette lettre, c'est votre âme. L'enveloppe, c'est votre corps. Vous avez déchiré l'enveloppe pour pouvoir lire le courrier. Je pense que c'est ce qui se produit à notre mort physique. Je dis bien physique, c'est à dire lorsque l'enveloppe se déchire. 

-Qui déchire l'enveloppe ?

-Votre âme lorsqu'elle considère qu'il est temps pour elle de lire le courrier, c'est à dire l'ensemble de son parcours terrestre. La mort de son enveloppe la libère de toutes les contingences de la vie terrestre et c'est dans la paix de l'âme qu'elle pourra analyser clairement ce qu'elle aura vécu et ce qu'elle se doit de vivre encore. 

-Comment ça de vivre encore ?

-Dans un prochain parcours, dans une autre enveloppe, celle qui lui permettra d'éprouver de nouvelles épreuves, de nouvelles expériences, de nouvelles situations. Toujours dans l'intention d'aller vers une connaissance ultime de soi. Non pas de nous en tant qu'individu, nous ne sommes que des enveloppes, mais la connaissance spirituelle, une connaissance qui n'est pas du registre humain mais dans une dimension divine. 

-Vous voulez dire que notre âme décide de notre mort corporelle pour se libérer d'un parcours qui devient sans intérêt ? 

-Je ne dis pas qu'il est sans intérêt mais en tout cas, le parcours effectué lui suffit. Et il lui est par contre devenu contraignant de devoir s'y soumettre. Donc, elle déchire l'enveloppe. 

-Qu'y a-t-il d'écrit sur la lettre?

-Votre parcours de vie, les évènements ou les situations quotidiennes, vos pensées, vos tourments, vos passions, vos amours, vos espoirs, vos désillusions. C'est votre âme qui parle mais c'est votre mental qui transcrit. Tout le problème vient du fait que le mental n'est pas capable parfois d'entendre ce que l'âme lui murmrure parce qu'il est inscrit dans un vacarme constant, celui de l'agitation de votre condition humaine. Certains auront à lire des milliers de pages, d'autres ne disposeront que d'un brouillon râturé et très bref, un condensé dérisoire d'une vie manquée. 

-Vous avez hâte de lire votre courrier ?

-Je n'ai aucune impatience ou peur à avoir étant donné que cette étape ne dépend pas de moi. 

-Et si vous vous suicidiez ?

-Ce serait le choix de mon âme.

-Et si vous étiez mort le jour de votre naissance ?

-Ce serait le choix de mon âme.

-C'est un peu facile, je trouve. Comme une soumission à des évènements dramatiques sur lesquels vous ne voulez pas intervenir.

-Je ne pense pas comme vous. Il me semble qu'il est bien plus difficile d'accepter l'inéluctable que de le fuir. Cette peur qui vous terrorise, vous la fuyez peut-être dans l'agitation de votre vie mentale et vous n'entendez plus votre âme. 

-Apprendre à écouter ce que je n'entends plus. " C'est ça que vous vouliez me dire ?

-C'est à vous de le décider. 

-Et à quoi me servira-t-il d'écouter ce que je n'entends pas ?

-À faire en sorte que votre âme puisse lire des milliers de pages. Que décidez-vous de faire de votre parcours de vie ? Voilà la question essentielle. Vous allez me répondre que vous avez réussi à créer l'entreprise dont vous rêviez, vous ne manquez de rien, matériellement, vous avez une femme qui vous aime et que vous aimez, vous avez deux enfants et vous les accompagnez au mieux, vous avez des projets, chacune de vos journées a un objectif qui s'inscrit dans cette vie sociale. Mais qu'en est-il de votre âme ? Que connaissez-vous d'elle ? Lui avez-vous déjà apporté la moindre importance ? Avez-vous déjà imaginé que cette vie sociale n'est peut-être qu'une ébauche ou même pire un paravent ?"

La première fois qu'ils percevait chez le thérapeute un certain énervement, une intonation appuyée, loin de cette voix monocorde qui caractérisait chaque séance. 

"Je n'ai jamais pensé au fait que je puisse avoir une âme. Et je pense qu'il ne s'agit que d'une interprétation de votre part. Rien ne vient affirmer avec certitude que cette âme existe.

-Et pourquoi avez-vous pleuré alors en écoutant cette musique, la séance passée et pourquoi encore en écoutant celle que je vous ai envoyée et pourquoi avez-vous fait ce rêve du cheval mort ?

-Peut-être tout simplement que je suis plus fatigué que d'habitude, davantage de stress, peut-être que c'est le résultat de nos séances, peut-être que ça réveille en moi une sensibilité plus forte. 

-Quand vous dites sensibilité, vous pensez sans doute à sensiblerie et ça vous dérange de vous voir sous cet angle, ça ne correspond pas à l'image que vous voulez préserver de vous. Mais vous êtes attiré malgré tout, vous voulez en savoir davantage et donc, vous êtes revenus alors que vous aviez décidé d'arrêter.

-Comment le savez-vous ?

-La façon dont vous m'avez dit au revoir. Vous n'étiez déjà plus là. 

-Et qu'est-ce que je dois faire pour comprendre ce que mon âme désire ?

-La vie se chargera de vous faire vivre ce que votre âme désire dès lors que vous serez capable d'écouter. 

-Vous voulez dire que si je parviens à écouter mon âme, les événements correspondront à cette voie spirituelle ?

-C'est exactement ça. Je pense que nous vivons ce dont notre âme a besoin et qu'elle a déjà choisi mais que cela n'est possible que si nous l'écoutons. Vous vous en apercevrez par vous-même. Les changements ont déjà commencé. Il ne vous reste qu'à écouter si vous souhaitez qu'ils s'amplifient. 

-J'aimerais bien écouter chez moi cette musique. Qu'est-ce que c'est ? 

-Funeral March. Dans le fim de Terence Malick "A tree of life".

-J'en ai entendu parler mais ça ne me tentait pas.

-Ça n'est pas un film pour le mental. Il faut le regarder et l'écouter avec son âme. Et vous voyez, cette musique-là, il y a deux mois, elle vous aurait irrité. Maintenant, elle vous attire."

Il ne répondit rien,. Fin de la séance. 

Il s'appliqua à saluer le thérapeute de façon à ce qu'il sache qu'il reviendrait...


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