Là-Haut

Articles de la-haut

Le covid à l'école

Par Le 04/10/2020

J'ai fêté ma première année de retraite en septembre et Dieu sait combien je suis considérablement soulagé d'être sorti de cette nasse.

Je suis convaincu que dans dix ans au plus, l'état ne trouvera plus assez de candidats pour devenir enseignant et que l'enseignement sera de plus en plus organisé autour de l'enseignement à distance par ordinateurs. Et il ne s'agit pas que du problème lié au covid. Le mal est bien plus profond que ça. D'ailleurs, les marchands se frotteront les mains. Et le sieur Macron pourra vanter la couverture du pays par la 5G... Quand à ceux des campagnes, les enfants continueront peut-être à aller dans des écoles de village. Ce seront les ploucs, les arriérés, les Amish de l'école. L'école des villes et l'école des champs. La Fontaine nous aurait écrit une bien belle fable. 
 

 

Covid, direction d’école, salaires : le ministère se fiche des enseignants

@ Loic VENANCE / AFP

Publié le 

Partager :

  •  

  •  
  •  

Un peu plus d’un mois après la rentrée, le moral des enseignants n’est pas franchement au beau fixe. Entre la situation sanitaire et les principaux dossiers en cours, les profs ont comme l’impression qu’on se fiche pas mal d’eux, rue de Grenelle.

Covid : l’entourloupe statistique

« On est prêt », nous assurait-on. Comme on nous avait déjà fait le coup lors du confinement, on était méfiant, et on n'avait pas tort : il a fallu à peine une semaine au scénario officiel pour voler en éclats.

Le 1er septembre le protocole sanitaire était clair en cas d’élève covid+ : classe fermée, tous les élèves et l’enseignant testés et en quatorzaine. Une semaine plus tard, il y avait tant d’élèves positifs dans certaines régions (à Marseille, à Paris, notamment) que la consigne, off, a commencé à circuler : « On ne ferme plus de classe ». Le problème ? Quand on ferme une classe pour 1 cas positif, ce sont 30 enfants à garder à la maison, et 30 parents qui ne peuvent pas aller travailler.

Et puis les cas ont continué à proliférer, au point qu’il a fallu changer le protocole : désormais, on ne ferme une classe qu’à partir de trois cas positifs. Des milliers d'élèves sont positifs, mais rarement trois dans la même classe, aussi le ministère obtient ce qu’il voulait, il n’y a quasiment plus de fermetures. Le ministre Blanquer peut parader dans les médias pour dire que la situation est sous contrôle à l’école.

La manipulation est énorme, les ficelles se voient comme des câbles haute-tension, on dirait Kevin quand il me montre son dernier tour de magie dans la cour de récréation et que je fais semblant de ne pas voir les cartes dans sa manche. Mais ça passe.

Les enseignants, qui aimeraient bien savoir définitivement si les enfants sont moins contaminants que les adultes (c’est bien possible, vu qu’ils sont largement asymptomatiques) ont franchement le sentiment que le ministère se fiche du monde, avec sa communication nord-coréenne qui n'a qu'un objectif : minimiser les chiffres.

La vérité, qui justifie cette entourloupe statistique, c’est que les écoles doivent rester ouvertes, non seulement parce que les élèves ont besoin de leur enseignant à leurs côtés pour progresser, mais surtout parce que leurs parents ont besoin d’aller travailler. Personnellement, c’est quelque chose que je comprends parfaitement, il est clair que la santé économique du pays est un enjeu considérable, et je n’ai aucune envie d’assister au grand collapse. Mais alors, pourquoi ne nous dit-on pas « vous avez un rôle majeur à jouer dans cette continuité économique, en plus de préparer la nation de demain vous permettez à celle d’aujourd’hui d’exister, c’est parce que vous jouez votre rôle que les autres travailleurs peuvent jouer le leur, et la patrie vous en est infiniment reconnaissante » ?

Au lieu de quoi les profs assistent atterrés aux prises de parole de leur ministre sur l’air de « Madame la marquise », en totale contradiction avec la réalité du terrain, leur réalité.

En guise de cerise sur cet indigeste gâteau, il y a eu l’affaire des masques slips DIM fournis par le ministère aux enseignants, un véritable scandale sanitaire, puisque ledit masque faisait de l’enseignant un cas contact en cas de covid+ dans la classe, contrairement au masque chirurgical. Autant dire que les profs ont doublement eu le sentiment qu’on se foutait d’eux puisqu’il a suffi, là encore, qu’on modifie le protocole pour régler le problème : dans les faits rien n’a changé, mais la définition du cas contact a simplement été modifiée.

Direction d’école : rien n’a changé

Cette semaine on a commémoré le suicide de Christine Renon, il y a un an tout juste. On se souvient de cette directrice d’école de Pantin, suicidée sur son lieu de travail en laissant une lettre qui avait fait grand bruit, dans laquelle elle pointait clairement les responsabilités de l’institution dans le surmenage de nombre de ses collègues et leur solitude dans la gestion quotidienne des problèmes de l’école. Il avait fallu l’émoi de toute une profession pour que le sujet émerge et que les médias s’en emparent, relayant le ras-le-bol des directeurs et obligeant le ministère à communiquer sur le sujet et à promettre des changements.

Il fut d’abord question d’aide à la direction avec la mise à disposition de services civiques, mais les rares SC qui ont été aperçus étaient déjà prévus, et puis il fallait les former, ils ne pouvaient pas faire grand-chose, bref, un sparadrap sur une plaie béante.

Il a fallu attendre la fin de l’année scolaire pour voir la suite, sous la forme de la « loi Rilhac » (du nom de la députée LREM) sur les directeurs d’école votée en juin dernier. Dans les faits, la loi, vidée de sa substance par les députés… LREM, a enterré l’emploi fonctionnel de directeur d’école, maintenu le rôle du directeur dans le flou, lui accordant un maigre droit de véto au sein du conseil d’école, mais surtout pas les jours de décharges tant demandés par les directeurs : l’article 2 qui prévoyait des décharges de direction pour les écoles de 8 classes a été purement et simplement abandonné (pas de budget pour ça). Côté rémunération, pas d’augmentation puisque pas « d’emploi fonctionnel », mais un simple avancement accéléré en forme d’os à ronger.

Bref, comme l’a parfaitement résumé un député de l’opposition : « A partir de maintenant tout sera comme avant ».

… Entretemps, les directeurs d’école ont eu à gérer la crise covid de plein fouet, ce furent notamment les seuls interlocuteurs de parents déboussolés et énervés, lors du déconfinement, par les contradictions entre la réalité du terrain et ce que vendait abusivement la parole ministérielle et gouvernementale ; à nouveau depuis la rentrée, avec la multiplication des cas d’enfants et d’enseignants positifs au covid, les directeurs d’école se retrouvent en surmenage, à devoir jouer (en plus d’enseigner, pour nombre d’entre eux, et en plus de gérer les habituels problèmes administratifs), le rôle de rustine, de piston, de courroie de transmission, bref, à se démultiplier dans tous les sens pour que l’école fonctionne. Le ministère a promis une prime covid pour les directeurs d’ici la fin de l’année, mais en attendant, leur situation est sans doute pire qu’il y a un an, lorsque Christine Renon s’est donné la mort.

Salaires : roupie de sansonnet

On se souvient, c’était il y a un peu moins d’un an (décidément, que de promesses faites, fin 2019…), le ministre et le gouvernement avaient garanti aux profs une revalorisation sans précédent, on parlait de 10 milliards par an de budget supplémentaire de l’EN consacrés aux salaires des profs, on allait voir ce qu’on allait voir, ceux qui osaient douter se faisaient reprendre de volée, si si, on vous assure, cette fois-ci c’est pour de bon, imaginez un peu, des centaines d’euros mensuels pour tous les profs, à terme, on allait enfin rattraper le retard de salaire par rapport aux collègues étrangers, enrayer la vertigineuse baisse du pouvoir d’achat.

Un an plus tard, on ne voit toujours rien venir. Les quelques euros en plus sur la fiche de paie début 2020 étaient dus aux accords PPCR passés sous le précédent gouvernement et que le présent avait confisqués une année durant en repoussant leur mise en place. Et puis, rien d’autre, si ce n’est qu’au printemps la baudruche avait commencé à se dégonfler, il n’était plus question d’augmentation jusqu’à 2037 (non mais, quelqu’un y a-t-il vraiment cru, ailleurs qu’au Figaro ?) mais d’un simple plan quinquennal sous la forme d’une loi de programmation portant sur la période 2022-2026 suscitant juste quelques rictus désabusés chez les profs.

Cette semaine, le budget de l’EN pour 2021 a été annoncé, l’enveloppe allouée aux augmentations de salaire se résume à 400 millions d’euros, et non plus 500 millions d’euros comme prévu initialement. De l’extérieur cela peut sembler une coquette somme, mais dans les faits on ne peut tellement rien faire avec qu’il faut faire des choix et celui du ministère consiste à favoriser les profs débutants, qui auront droit l'année prochaine à quelques dizaines d'euros de plus sur leur fiche de paie chaque mois. Tant mieux pour eux, sincèrement, mais on n’est pas dupes de la manœuvre : le ministère cherche à relancer l’attractivité du métier en proposant des salaires d’entrée un peu moins repoussoirs, mais les jeunes profs doivent comprendre qu’en contrepartie leur salaire va stagner plus longtemps avant de rejoindre celui des autres profs, qui eux, verront une nouvelle leur pouvoir d'achat baisser en 2021, comme depuis des années.

Quant aux profs qui auraient l'idée de dire « ah mais comment, on sort des centaines de milliards d’euros pour relancer le pays, et il n’y a rien pour les profs qui s’appauvrissent depuis deux décennies ? », ma foi ils auront une idée de l’estime que leur porte le président avec ces propos, tenus au ministre Blanquer qui avait demandé, une fois n’est pas coutume, la création de 3 000 postes de profs : « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ».

Pour boucler cette bien belle semaine, on a découvert le calendrier du bac 2021… dans les journaux (le Figaro). Les syndicats eux-mêmes n’étaient pas au courant : comme d’habitude le ministère s’est débrouillé de son côté, sans consulter, et son calendrier semble aberrant et totalement hors-sol, les épreuves commencent en mars, c’est intenable. C’est ce qui arrive quand on ne demande pas leur avis aux gens qui bossent sur le terrain : on fait un peu n’importe quoi.

Voilà, sinon le sujet de la semaine n’a été aucun de ceux-là, il était bien plus urgent, visiblement, de parler de la manière de s’habiller des collégiennes, du retour de l’uniforme (on le répète, il n’y a jamais eu d’uniforme en France dans le public, tout au plus des blouses) et de faire des sondages sur le degré d’acceptabilité des décolletés de ces demoiselles.

Suivez l’instit’humeurs sur Facebook et sur Twitter @LucienMarboeuf.

la 5G et ceux des campagnes.

Par Le 04/10/2020

On ne pourra pas dire qu'il n'y a pas de problème. Un sérieux problème...Il y aurait donc pour les fournisseurs, des marchés juteux et puis les autres. Il n'y aurait donc pas de "services aux communications" mais la néceéssité de développer un nouveau réseau plus rentable. Il faut bien voir que ces zones non couvertes constituent des dangers pour les services médicaux et non seulement une "gêne" quotidienne. Il nous est arrivé de ne pas pouvoir communiquer avec nos garçons partis en montagne, sans savoir où ils étaient, même une fois redescendus dans la vallée d'où ils étaient partis. Il faut donc imaginer ce que ça donnerait pour un simple randonneur accidenté et seul dans une zone non couverte. pas besoin d'être sur des sommets des Alpes. Juste dans une forêt en Corrèze par exemple. On l'a vécu il y a quelques jours. Zéro réseau. A 700 mètres d'altitude. Quand on se balade et qu'on aimerait avoir sa position sur le GPS, c'est juste un peu embêtant mais ça n'a rien de grave. Ca peut le devenir en cas d'urgence. Une femme enceinte qui ne parvient pas à joindre les secours avec un incident à la maison, une personne âgée qui est tombée chez elle, un bûcheron qui s'est entaillée la jambe avec la tronçonneuse...Et tout le monde ne connaît pas le numéro 112. Quant à la catastrophe dans la vallée de la Vésubie, on voit bien l'importance considérable d'un réseau simplement de qualité. 

"

Accessible même en cas de panne de réseau

Le 112 est un numéro d’appel destiné aux situations d’urgence. Il est gratuit et accessible même en cas de panne de réseau ou de forfait épuisé. Il permet de contacter tout type de services d’urgence comme le SAMU, les pompiers ou la police. Il peut être composé sur un fixe comme sur un téléphone portable, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept."

 

 

Les débats sur la 5G sonnent dans le vide pour les habitants des zones blanches : "Chez moi, j'ai toujours zéro barre !"

 

Alors que l'arrivée de la 5G fait polémique, de nombreuses communes restent privées de réseau mobile fonctionnel. Reportage dans plusieurs villages du Morvan où, avant de parler de cafetières connectées et de voitures autonomes, on aimerait déjà pouvoir... téléphoner.

Mathias Dolidon, habitant de Brassy (Nièvre), a pris l\'habitude de s\'asseoir sur le muret de son jardin pour capter le réseau mobile.
Mathias Dolidon, habitant de Brassy (Nièvre), a pris l'habitude de s'asseoir sur le muret de son jardin pour capter le réseau mobile. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

De l'avis général, la saison touristique a été "très satisfaisante" pour le village de Brassy, dans la Nièvre. Blottie dans le parc naturel du Morvan, à environ une heure et demie de Dijon, la commune attire les visiteurs grâce à son lac endormi et ses épaisses forêts, sur lesquelles l'automne peint désormais ses premières couleurs. Mais si les voyageurs sont conquis par les charmes de ce village de 600 habitants, ils le sont un peu moins par son réseau mobile à la traîne. "On voit souvent des touristes belges ou hollandais qui crient dans leur téléphone, près de l'église, grimace une habitante installée sur l'une des terrasses du bourg. Car ici, on n'entend presque rien au bout du fil."

Avec d’autres communes alentours, Brassy se trouve en effet dans ce que l'on appelle encore une zone blanche, l’une des plus vastes de France d'après la carte de l’Arcep, le régulateur des télécoms. Alors que l'Etat vient de vendre aux enchères les fréquences du réseau 5G, et avec elles la promesse de débits ultra-rapides, des centaines de communes de l'Hexagone restent trop loin des antennes existantes. Un problème évoqué par les partis d'opposition, La France insoumise notamment, lors des débats sur la 5G, alors que le gouvernement promet de prendre le problème à bras-le-corps. Car en zone blanche, la qualité des appels est souvent médiocre, avec des coupures fréquentes. Sans parler d'internet depuis un téléphone : pour y accéder, il faut s'armer de patience et parfois même partir en balade, en quête d'une hypothétique connexion.  

"Qu'on nous mette d'abord la 1G !"

Dans ce coin du Morvan, la question de la 5G fait sourire, au mieux. "Ce n'est pas fait pour nous", tranche Denise, 58 ans, qui habite le hameau de Plainefas (commune de Saint-Martin-du-Puy) depuis trois ans. "Mon mari doit sortir pour consulter ses e-mails, ce n'est pas sérieux, souffle-t-elle, qu'on nous mette d'abord la 1G, ce serait bien !" Avec "deux barres, en moyenne", la situation n'est guère meilleure chez Anne-Marie, une voisine retraitée. "Même pour des choses simples comme les appels, ça va, ça vient", raconte-t-elle. Il y a bien le téléphone fixe et la box ADSL comme solution de repli, mais leur fonctionnement reste aléatoire. "Les intempéries peuvent nous couper du monde, et pour un dépannage, il ne faut pas être pressé", déplore Denise, qui s'est retrouvée sans internet pendant quatre semaines l'été dernier. 

En arrivant au hameau de Plainefas (Nièvre), le réseau mobile ne permet plus d\'accéder à internet.
En arrivant au hameau de Plainefas (Nièvre), le réseau mobile ne permet plus d'accéder à internet. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

Deux cents mètres plus bas, la route sinueuse amène au hameau de l'Huis-Rabeux, qui regroupe quelques maisons de campagne. Alain, la cinquantaine, s'affaire dans l'écurie de sa résidence secondaire, où il aimerait vivre toute l'année. "Ici, je rate beaucoup d'appels et de SMS", raconte-t-il, planté dans ses bottes, une casquette couleur crème vissée sur la tête. Pour remédier à cet isolement, il a développé une technique. "Je monte en voiture quelques kilomètres plus haut et là, je ramasse tous les messages", explique-t-il, pas plus gêné que ça.

Même s'il se sent "peu concerné" par la 5G, Alain a suivi les nombreux débats autour du déploiement de cette technologie et reste mitigé sur ses bienfaits supposés. "Si on veut nous l'installer, je ne serais pas contre. On ne se plaint pas quand la mariée est trop belle, sourit-il. Mais je ne suis pas pour le progrès à tout prix." Parmi ses craintes, le quinquagénaire évoque les effets des ondes sur l'environnement. Il redoute aussi que la France ne devienne trop dépendante des Etats-Unis et de la Chine, deux pays à la pointe de la recherche sur la 5G. "Autant de débit, c'est quand même un caprice. Tout le monde n'a pas besoin de jouer aux jeux vidéo en ligne avec des Australiens.

La maraîchère Valentine Cuillier, sur le marché de Brassy (Nièvre), le 30 septembre 2020.
La maraîchère Valentine Cuillier, sur le marché de Brassy (Nièvre), le 30 septembre 2020. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

Quinze minutes de départementale séparent le hameau de Plainefas et la commune de Brassy. Dix quand on est habitué aux virages serrés. Sur la place de l'église, "l'endroit où ça capte", c'est jour de marché, comme tous les mercredis, à Brassy. Depuis son stand, Valentine Cuillier, maraîchère de 35 ans, confirme qu'elle a bien du réseau ce matin-là. "Mais c'est loin d'être toujours le cas, tient-elle à rappeler. Alors on n'imagine pas la 5G ici." Pour l'agricultrice, ce nouveau bond technologique répond surtout à la logique du "toujours plus", à laquelle elle entend s'opposer. "Je n'ai pas de smartphone par choix, et je n'ai pas envie d'avoir un frigo ultra-connecté non plus", assume-t-elle. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer, à l'instar de la plupart des villageois, un réseau plus stable. 

"Quand on m'appelle sur l'exploitation, je décroche mon portable mais je dois très souvent remonter et rappeler depuis le fixe", détaille-t-elle. Outre les démarches en ligne et son activité d'hébergement en gîte, ce sont ses proches qui sont parfois affectés. "Cet été, mon beau-frère avait besoin de recevoir des codes importants par texto, se souvient-elle. Il a dû monter en haut de la colline pour réussir à les obtenir, puis redescendre en vitesse avant qu'ils n'expirent."

Le hameau des Blancs, sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre), fait partie de la zone très mal desservie par les opérateurs mobiles.
Le hameau des Blancs, sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre), fait partie de la zone très mal desservie par les opérateurs mobiles. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

Dans les zones blanches plus qu'ailleurs, le confinement face à l'épidémie de Covid-19 a souligné le besoin d'avoir une connexion digne de ce nom et un téléphone fonctionnel. A Plainefas, les enfants de Denise ont réussi tant bien que mal à télétravailler depuis la maison familiale. "C'était tout justeOn parle beaucoup des citadins qui voudraient s'installer ici, mais ils ne tiendraient pas plus d'une saison avec ce réseau, on ne peut pas compter dessus."

"Obligé de placer mon portable sur la cheminée"

Même constat à Quarré-les-Tombes (Yonne), à une vingtaine de minutes en voiture à travers les plateaux boisés. "Les Parisiens veulent du vert, mais avec internet, résume Sébastien, accoudé au comptoir de sa brasserie. On a besoin d'être connectés pour redynamiser le village." Debout à ses côtés, Dario, son jeune apprenti, ne peut qu'acquiescer : "Ça a été très dur pour les cours, je n'ai pas l'ADSL dans mon logement et je suis obligé de placer mon portable sur la cheminée, pour l'utiliser comme modem", explique-t-il. Une solution branlante à plus d'un titre. "Parfois quand je rentre, ça ne veut pas marcher, souffle le jeune homme, et puis mon portable s'est cassé plusieurs fois en tombant."

Assis sur un muret, Mathias Dolidon cherche à capter le réseau mobile à Brassy (Nièvre).
Assis sur un muret, Mathias Dolidon cherche à capter le réseau mobile à Brassy (Nièvre). (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

Travailler à distance depuis une zone blanche, Mathias Dolidon en connaît la difficulté. Voilà deux ans que ce développeur informatique de 37 ans s'est installé à Brassy, notamment pour élever sa fille "tranquillement". En découvrant le réseau mobile capricieux, il a procédé à quelques ajustements. "Les mauvais jours, c'est mort partout, chez moi j'ai zéro barre, s'amuse-t-il, il faut aller dans le coin derrière pour capter, ou alors dans le jardin." Pour ses coups de fil importants, Mathias Dolidon a ses habitudes : s'asseoir sur le muret en pierre au bout de l'allée. Il privilégie aussi les messageries en ligne comme WhatsApp plutôt que les SMS, car elles limitent davantage les pertes. "Je rate des appels, mais je peux compter sur mon réseau fixe pour la visioconférence", tempère-t-il.

On connaît les communes qui ont un bon réseau. En cas de besoin, on y va.Mathias Dolidonà franceinfo

Quand on lui parle des débits faramineux de la 5G, le développeur se frotte la barbe sans trop y penser. "Je n'arrive pas à me sentir concerné, confie-t-il. C'est un truc de citadin pour regarder des séries dans le métro, ce sont des choix sociaux en fin de compte." Avec sa connexion ADSL relativement stable, il se sent déjà "privilégié" par rapport aux habitants des hameaux qui n'y ont pas du tout accès. "Pour les touristes, c'est pittoresque, mais pour les professionnels, c'est quand même pénible", lâche-t-il avec une mine plus sombre. "C'est comme pour les routes avec la neige ou en cas de chute d'arbre. On est habitués à être aidés en dernier", conclut-il. 

"On attend de voir le 'New Deal mobile'"

La situation devrait toutefois s'améliorer à Brassy, avec l'installation d'une antenne-relais "très prochainement", assure Jean-Sébastien Halliez, maire (PS) de la commune depuis 2008. Le dernier round d'un long combat mené par l'édile. "On en a signé, des pétitions..." sourit-il. Paiements en ligne, livraisons, terminaux de carte bancaire, régulation à distance du système d'eau : la liste des activités dépendantes d'un réseau stable est longue.

Pour l'heure, le lieu d'implantation de la future antenne reste secret. "Tout le monde ou presque veut l'antenne, mais personne ne veut l'avoir plantée derrière chez soi", souligne le maire. Cette nouvelle installation ne bénéficiera pas non plus à tous, car la commune compte une trentaine de hameaux répartis sur 54 kilomètres carrés, "une zone aussi grande que la moitié de Paris"

Dans le Morvan, les antennes-relais sont un équipement convoité. Ici, une installation sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre).
Dans le Morvan, les antennes-relais sont un équipement convoité. Ici, une installation sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre). (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

La faible densité de population et le relief accidenté de la région "expliquent en grande partie la réticence des opérateurs à y installer des antennes", détaille à franceinfo Pierre Bareille, directeur de Nièvre numérique, une structure publique qui épaule les collectivités du département sur ces dossiers. "Une antenne coûte au minimum 100 000 euros, sans parler des travaux de raccordement", ajoute-t-il.

Le réseau mobile est un service, certes, mais pas un service public.Pierre Bareilleà franceinfo

Dans ce département, les autorités recensent une quarantaine de "poches de 20 à 100 logements" à équiper d'urgence. L'Etat, lui, ajoute fréquemment des communes à sa liste de sites prioritaires. Ces dernières années, plusieurs grands plans gouvernementaux ont été lancés pour en finir avec les zones blanches. Mais les opérateurs sont loin de se bousculer pour couvrir ces régions. "Avant de parler de la 5G, on attend de voir le 'New Deal mobile', comme il a été baptisé [par le gouvernement en 2018], explique Pierre Bareille, en espérant que les promesses soient tenues d'ici 2022."

De la patience, les habitants en ont ici à revendre. Certains, comme Valentine Cuillier à Brassy, se préparent même à ce que la 4G n'arrive jamais. "Les touristes viennent surtout ici pour chercher du calme, le mauvais réseau pourrait alors devenir un avantage, avance-t-elle. Pourquoi ne pas jouer cette carte ?" Pas sûr que tous ses voisins soient sur la même longueur d'onde.

Le prix de l'eau

Par Le 04/10/2020

Main basse sur l’eau : la nouvelle guerre a déjà commencé

 

https://lareleveetlapeste.fr/main-basse-sur-leau-la-nouvelle-guerre-a-deja-commence/?

« Il faut faire payer aux gens le véritable prix de l’eau pour qu’ils réalisent que chaque fois qu’ils en boivent une gorgée, il y a un coût. Il faut qu’ils le sentent au niveau du portefeuille. Comment les convaincre de réduire leur consommation si vous leur donnez gratuitement ? »

22 janvier 2020 - Sarah Roubato

FacebookTwitter

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre nouvelle bande dessinée !

Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
Format : 130 pages
Impression : France

 

Commander

C’était le miracle de la vie : un étang où prédateurs et proies viennent s’abreuver, un puits où se retrouvent les habitants d’un village. Une source du voisin où on vient se fournir quand la sienne était à sec. Aujourd’hui, elle est un bien financier retenu par des vannes qui s’ouvrent dès qu’on a acheté sur une application de téléphone portable. L’eau est la ressource la plus convoitée de la planète. 70% de l’eau mondiale est utilisée pour nourrir les hommes. Sans eau, plus de vêtements, plus de voiture, plus de portable, plus de maison et plus de nourriture. Le reportage de Jérôme Fritel nous plonge dans une guerre qui a déjà commencé, et qui sera le grand enjeu de demain.

L’eau, un produit financier comme un autre ?

C’est ce que soutiennent nombre de financiers qui décident d’augmenter le prix de l’eau pour créer un marché comme celui du pétrole. Nous sommes au début de la révolution financière de l’eau. Une guerre a déjà commencé, entre la mainmise des marchés financiers et les mobilisations citoyennes. 

C’est au cœur de la City londonienne que l’eau est devenue une denrée financière. En 1989, Margaret Thatcher, devant la Chambre des Communes, déclare : « La privatisation de l’eau sera un succès ». L’année suivante, le nombre de personnes se voyant coupés l’eau faute d’avoir pu payer leur facture tripla. Dix ans plus tard, une loi interdira cette pratique.

Crédit photo : Robert Bye

Au début des années 2000, Les Fonds de Capital Investissement sont créés. Aussi appelés Fonds Vautours, ils sont créés pour dix ans et cherchent la rentabilité à court terme. McQuarie, un fond australien, en est un symbole. Conscients que la population mondiale augmente, la nouvelle génération d’investisseurs a compris que la consommation d’eau devient un investissement idéal. Dès lors, les factures d’eau augmentent, les dividendes reversés aux investisseurs aussi, et l’évasion fiscale tourne à plein régime.

Ce serait 3 milliards d’euros qui auraient été ainsi ponctionnés chaque année. Et au bout de dix ans, 50 milliards de dettes, que seuls les consommateurs auront à payer. 

L’Australie est le pays le plus chaud de la planète. C’est là que se joue le scénario de ce que deviendra le rapport à l’eau dans le monde. Chaque année, l’État des quotas aux éleveurs, aux industriels et aux villes. Les éleveurs qui le peuvent doivent acheter l’eau sur des marchés privés, s’endettant et risquant de tout perdre si les températures augmentent, ce qui est déjà le cas. L’eau est enfermée dans des vannes qui s’ouvrent automatiquement quand l’éleveur a payé.

Waterfind est la première bourse mondiale de l’eau. Le prix actuel est environ de 350 euros le mégalitre (un million de litres). Tom Rooney, PDG de Waterfind, défend l’argument en vogue dans ces milieux :

« N’est-ce pas bien de donner une valeur à l’eau ? En lui fixant un prix, on apprendra à mieux la respecter. »

1 500 litres d’eau pour faire un steak.

Mais le schéma ne se résume pas à des consommateurs d’eau à la merci d’exploitants avides. Nous, consommateurs, les nourrissons dans un savant cercle vertueux pour la finance : car le marché de l’eau dépend de l’agriculture intensive, en particulier de l’élevage. 1 500 litres d’eau pour faire un steak. Toute forme d’agriculture intensive consomme énormément d’eau. En Australie toujours, les amandes exportées dans le monde entier offrent un excellent rapport quantité d’eau-bénéfices. L’entreprise Webster Company, productrice d’amandes, détient un stock d’eau d’une valeur de 200 millions d’euros. Brendan Barry est le gestionnaire de l’eau. On le voit discuter avec un trader de deux bonnes nouvelles : la sécheresse fait augmenter le prix de l’eau, et les éleveurs ruinés offrent un bon potentiel d’acquisition de terres à bon marché. 

Crédit photo : LilitGray

Mike Young, économiste australien mondialement reconnu, conseiller de l’ONU, a théorisé le marché de l’eau, et annonce : « Les pénuries de l’eau ont déjà commencé. D’ici 2050, la moitié de l’humanité vivra avec des ressources limitées. L’eau doit être gérée d’une manière très précieuse, et utilisée le mieux possible pour gagner de l’argent et nous nourrir. » Partisan de la création de comptes d’eau gérés comme des comptes en banque, il affirmait en 2017 :

« L’Australie a l’un des meilleurs systèmes de répartition de l’accès à l’eau au monde, notamment grâce aux réformes réalisées ces vingt dernières années qui ont permis de redéfinir nos droits à l’eau sous forme de parts ».

Avec le système qu’il a inventé, la météo devient la variable d’ajustement des marchés : plus il fait sec, plus les affaires sont bonnes« Quand l’eau se fait rare, certains doivent arrêter d’en consommer. Les marchés sont là pour découvrir et désigner ceux qui doivent sortir de l’agriculture. » À ses élèves, il dit : « Mon cours vous permettra de faire du monde un meilleur endroit où vivre »

Un éleveur vend sa ferme. Ses machines qui devaient lui apporter la prospérité, ses bâtiments qui faisaient sa fierté, ses vaches dont il a connu les mères, les grand-mères, les arrière-grand-mères, la terre que son père lui a confiée et d’où pour la première fois il devra partir. Cet éleveur n’est pas seulement une victime d’un système : il en est le partenaire consentant et perdant. À son échelle aussi, il a voulu produire toujours plus et créer de la richesse, dans un système dont il ne maîtrisait pas les variables.

Crédit photo : Jong Marshes

Au pays du business de l’eau, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Il y a tout un système qui change et auquel chacun doit s’adapter. C’est ainsi que les écologistes font des deals avec les rois de l’eau, en négociant des zones sanctuaires où l’eau ne sera pas marchandée, contre le vote d’une Réforme de l’Eau favorable aux traders. Les associations écologistes elles-mêmes ont dû acheter de l’eau pour la restituer à la nature. « Si nous voulons être sûrs que la rivière reste vivante, nous devons créer des marchés pour acheter et vendre l’eau », affirme Sarah Hanson-Young, sénatrice du parti écologiste. 

Si l’Australie est un laboratoire de la gestion de l’eau, ailleurs déjà la question se travaille. Willem Buiter, conseiller économique de la banque Citigroup, décrit lui-même les terribles sécheresses qui ravagent deux lieux emblématiques de l’agriculture intensive : la Californie et le sud de l’Espagne. Sa conclusion :

« Il faut faire payer aux gens le véritable prix de l’eau pour qu’ils réalisent que chaque fois qu’ils en boivent une gorgées, il y a un coût. Il faut qu’ils le sentent au niveau du portefeuille. Comment les convaincre de réduire leur consommation si vous leur donnez gratuitement ? » 

Il serait confortable de se dire « Ces gens sont fous ». Ils sont en réalité la rationalité même du système dans lequel nous vivons. Le conseiller demande au réalisateur pourquoi il serait immoral de commercialiser l’eau. Celui-ci répond « Parce que l’eau c’est la vie. » La réponse du conseiller est implacable de réalisme : « Vous payez bien votre assurance santé. » En effet, comment nous offusquer de la privatisation de l’eau alors qu’elle est l’aboutissement logique de tout un système qui régit nos vies et que nous acceptons bout par bout ?  Quand le conseiller affirme « Ce n’est pas parce que l’eau c’est la vie qu’elle ne doit pas avoir de prix », est-il en train d’énoncer une aberration, à l’heure où derrière nos vêtements pas chers ou nos téléphones, se cachent l’esclavage et les vies brisées de millions d’enfants ? Soyons donc horrifiés, mais devant notre propre miroir collectif. 

22 janvier 2020 - Sarah Roubato

Les Amish

Par Le 03/10/2020

Sur ce qui est dit du modèle agricole des Amish, je suis parfaitement d'accord et c'est consternant que le sieur Macron puisse les dénigrer de la sorte. 

 

16 septembre 2020 - La Relève et La Peste

FacebookTwitter

 

https://lareleveetlapeste.fr/oui-les-amish-sont-des-modeles-pour-lautonomie-alimentaire/?

Défendant la 5G pour rassurer le panel d’entrepreneurs de la FrenchTech qu’il avait devant lui, Emmanuel Macron a prononcé lundi la phrase suivante : « Je ne crois pas que le modèle amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine. » Largement relayée et raillée sur les réseaux sociaux, Pierre1911, un géo-trouvetout français de l’autonomie alimentaire et énergétique vient apporter ici sa contribution au débat. Cette phrase qui se voulait piquante vise en fait dans le mille : les Amish sont bien des modèles de la souveraineté alimentaire. Explications.

Notre modèle va droit dans le mur

Le gouvernement startup nation fait la promotion d’un modèle de société qu’il sait non soutenable et dangereux pour l’humanité. Un gouvernement qui ne change pas de logiciel malgré les toutes dernières alertes.

La crise du COVID19 et ses conséquences ont révélé l’extrême fragilité du monde dans lequel nous sommes et la folie de son organisation. En premier lieu sur la question de la souveraineté alimentaire. 

D’ailleurs, ce sont des thèmes que les dirigeants ont été obligés d’aborder face à une menace réelle et fondée. Dans son discours du 12 mars 2020 le président MACRON disait, je cite :

« Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. »

Au début du mois d’avril 2020, l’ONU et l’OMC mettaient en garde l’humanité contre un risque de crise alimentaire mondiale liée au coronavirus.

« Les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation, provoquant elle-même une pénurie sur le marché mondial. », sont des phrases tirées d’un communiqué commun du président Qu Dongyu, de la FAO, de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur-général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de Roberto Azevedo, dirigeant de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le président Français veut déployer un réseau superfétatoire, au coût énergétique et financier abyssale alors que des questions vitales ne sont toujours pas résolues.

Celle bien évidement du climat, mais aussi, celle de notre souveraineté alimentaire. Pendant la promotion de la 5G :

– nous sommes toujours à moyenne de 1,5 suicide par jour chez les agriculteurs.
– les maraichers gagnent en moyenne 300 euros par mois
– la très grande majorité des agriculteurs n’a pas un modèle économique viable sans subvention de type PAC.
– les denrées alimentaires sont totalement dépendantes du pétrole pour sa production comme pour son transport.
– le gouvernement n’a mis aucune action en place pour garantir notre sécurité alimentaire.

Photo du potager de Pierre
La récolte

Nous sommes majoritairement dépendants de l’extérieur pour nous nourrir. Pas seulement pour les fruits et légumes importés, mais aussi pour les intrants comme par exemple le blé que nous exportons contre du phosphore. Ce minerai est absolument nécessaire à la fabrication d’engrais chimiques, engrais dont il est impossible de se passer dans l’agriculture conventionnelle (voir les écrits de Stéphane LINOU à ce sujet).

Dans son discours le président MACRON prétend que la non installation de la 5G serait un retour à la lampe à huile.

Le propos comme l’idée sont purement malhonnêtes. Si la 5G n’était pas déployée le réseau actuel ne serait pas démantelé. Le réseau de communication en place n’est pas composé de sémaphores, la 3G et la 4G sont opérationnels. 

Je suis de ceux qui pensent que cela est suffisant voir déjà trop. 

Et pour information, je suis obligé d’aller dans les bois pour accrocher péniblement la 3G. Pour autant, même si cela pourrait avoir un impact bénéfique direct sur ma petite personne, je ne souhaite pas voir un relais supplémentaire s’installer ici ou ailleurs.

En 100 jours, Pierre et Caroline ont atteint une autonomie alimentaire en légumes pour 6 à 8 personnes – Source

Les amish, un modèle de souveraineté alimentaire

Mais le propos le plus scandaleux est la mention au modèle Amish. Les Amish sont une référence agricole mondiale inégalée à grande échelle. Et nous parlons bien SEULEMENT du modèle agricole. Les autres questions comme par exemple la religion ne sont PAS des modèles. 

Ils sont une référence mondiale sur au moins trois points :

– Une capacité pour l’intégralité de leur communauté à s’autosuffire avec une agriculture sans énergie fossile, respectueuse des sols et à haut rendement y compris sur les céréales.

– la préservation génétique des variétés végétales anciennes, adaptées à leur territoire et plus résilientes face à la crise climatique

– la préservation génétique des chevaux de trait lourds aptes aux travail 

Pierre utilise aussi la traction animale

Résultat : le modèle Amish sur le plan agricole et organisation agricole est l’alternative qui peut sauver immédiatement des centaines de milliers voir des millions de personnes du risque alimentaire. Le modèle agricole tel qu’il est organisé actuellement est une pure folie, ce sont les mots du président Macron dans une de ses allocutions durant la crise du COVID. A méditer.

16 septembre 2020 - La Relève et La Peste

FacebookTwitter

Changements climatiques et épisodes méditerranéens

Par Le 03/10/2020

Oui, c'est effroyable. Les images sont terrifiantes. La vallée de la Vésubie ravagée par les eaux. Des victimes, des maisons emportées, des traumatismes qui ne disparaîtront pas. 

De l'importance d'ailleurs des hélicoptères. J'en parlais hier. C'est à mes yeux un appareil extraordinaire au regard de toutes les vies sauvées, en montagne, en mer, n'importe où... La vallée de la Vésubie est aujourd'hui ravitaillée grâce à leurs pilotes.

J'entends aussi des habitants de la vallée dire qu'ils n'ont jamais vu ça, même les Anciens.

Oui, et rien ne dit qu'il n'y en aura pas de plus violents encore.

Là encore, les scientifiques alertent sur ces risques depuis de nombreuses années et à chaque catastrophe de ce type, les météorologistes le disent encore et encore.

Qu'en est-il dès lors de l'anticipation ? Est-il même possible de faire quelque chose en dehors de raser les maisons trop proches et de reloger leurs habitants ? Elargir le périmètres des zones inondables, c'est une évidence. 

Le défi est gigantesque...

Il y a quelques semaines, on a visité une maison qui dominait une rivière. C'est magnifique quand il fait beau, que l'eau est cristalline. Le jardin dominait le lit de sept ou huit mètres. On pourrait imaginer que c'est suffisant. Non, ça ne l'est pas et ça le sera de moins en moins. 

http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/impacts-du-changement-climatique-sur-les-phenomenes-hydrometeorologiques/changement-climatique-et-episodes-mediterraneens

Changement climatique et épisodes méditerranéens

Changement climatique et épisodes méditerranéensLa Méditerranée figure parmi les « hot-spots » mondiaux du changement climatique. La diminution des précipitations moyennes et l'augmentation importante des températures en particulier en été conduiront à une diminution des ressources en eau et à une augmentation de la sévérité des sécheresses et des canicules.

Rappel : les épisodes méditerranéens en vidéo

 
Tout ce qu'il faut savoir sur les épisodes méditerranéens en une vidéo !

Des conditions climatiques particulières

La présence d'une mer fermée bordée de reliefs, à l'est d'un vaste océan et au nord d'un des plus grands déserts du monde, confère au bassin méditerranéen un climat très particulier. Transition entre climats océanique, continental et désertique, le climat méditerranéen est aussi caractérisé par de fréquents épisodes extrêmes (vents violents, pluies intenses, sécheresses, canicules, etc.).

Parmi eux, les épisodes méditerranéens sont les plus destructeurs : ces pluies intenses provoquent des inondations souvent rapides (crues éclairs). Les phénomènes orageux à leur origine se produisent la plupart du temps en automne, quand l'atmosphère commence à se refroidir alors que la mer est encore chaude.

Une intensification des fortes pluies sur les régions méditerranéennes ces dernières décennies 

L'analyse des événements pluvieux extrêmes méditerranéens au cours des dernières décennies permet de dégager les tendances suivantes pour les régions françaises :

  •  intensification des fortes précipitations dans les régions méditerranéennes entre 1961 et 2015 : +22 % sur les maxima annuels de cumuls quotidiens, avec une variabilité interannuelle très forte, qui explique la forte incertitude (de +7 à +39 %) sur l'ampleur de cette intensification. 
  •  augmentation de la fréquence des épisodes méditerranéens les plus forts, en particulier ceux dépassant le seuil de 200 mm en 24 h.

Intensité des pluies extrêmes en région méditerranéenne de 1961 à 2017

Vers des épisodes méditerranéens plus intenses à la fin du XXIe siècle

L'étude des précipitations intenses et de leur évolution future reste un défi majeur pour les modélisateurs du climat. Ces phénomènes sont en effet relativement mal représentés dans les modèles de climat standard.  Au cours de ces dernières années, le programme international CORDEX* a permis de réaliser et de mettre à disposition des ensembles de simulations climatiques régionales à des résolutions spatiales (~10 km) permettant une meilleure représentation des évènements méditerranéens et donc une meilleure confiance dans leurs projections futures.

Les analyses d'extrêmes appliquées aux modèles CORDEX indiquent une augmentation de l'intensité des précipitations intenses sur la partie nord du bassin méditerranéen. Sur la région méditerranéenne française, l'intensification des précipitations extrêmes devrait être de l'ordre de quelques % sur les cumuls quotidiens par °C de réchauffement.

Même si une augmentation de leur intensité se dessine, l'évolution future des précipitations extrêmes en Méditerranée reste aujourd'hui assez incertaine quantitativement. Les travaux de recherche en cours devraient permettre de progresser sur ce sujet d'une part en combinant mieux les ensembles de simulations globales et régionales de climat et d'autre part en utilisant des modèles climatiques de nouvelle génération pouvant atteindre les échelles kilométriques et représentant mieux la convection atmosphérique. Ces nouveaux modèles devraient également permettre d'étudier l'évolution possible des cumuls de précipitations horaires. 


Changement relatif moyen en 2100 pour la valeur des précipitations quotidiennes d'une durée de retour 20 ans pour 102 bassins versants méditerranéens pour les scénarios RCP4.5 et RCP8.5

Changement relatif moyen en 2100 pour la valeur des précipitations quotidiennes d'une durée de retour 20 ans pour 102 bassins versants méditerranéens pour les scénarios RCP4.5 et RCP8.5

Le programme HyMeX

D'importants efforts de recherche sont fournis pour améliorer les outils de prévision de ces épisodes. Météo-France participe ainsi au programme international HyMeX**, lancé en 2010 pour une durée de 10 ans. HyMeX vise à améliorer les prévisions des épisodes méditerranéens et à étudier leur évolution dans un contexte de changement climatique. 

Initié par Météo-France et le CNRS, ce programme s'intéresse au cycle de l'eau en Méditerranée et aux extrêmes associés. Rythmé par différentes campagnes de mesures s'étalant entre 2010 et 2020, il permet déjà aux chercheurs de travailler sur des modèles climatiques de nouvelle génération.

* Coordinated Regional Climate Downscaling Experiment
** Hydrological cycle in Mediterranean Experiment

 

 

Vol en hélicoptère

Par Le 02/10/2020

Un jour, en se baladant dans le secteur, on a rencontré Flavien, un technicien qui travaillait sur une centrale hydroélectrique.

On a discuté un bon moment d'écologie, de biodiversité, de consommation, de mode de vie. Des échanges très intéressants et enthousiasmants. Au fil de la discussion, il nous a dit qu'il était également pilote d'hélicoptère et qu'il proposait des vols au-dessus des montagnes du secteur (Isère, Savoie ...).

Comme on sait qu'on va quitter la région sous peu, on s'est promis de s'offrir un vol, un jour prochain, pour voir d'en haut ce qu'on a parcouru ici bas. 

Je vous mets ici les tarifs proposés par Flavien. Vous pouvez le retrouver sur sa page Facebook : Flav Vercors.

C'est 10 euros la minute, soit : 300€/30min

                                              : 450/ 45min où 600€/h etc... il

Il y a 3 places passager dans l'hélicoptère.

Voilà quelques photographies prises par Flavien. 

 

120415099-327175681681403-7498044315217703380-n

120553799-806437670122415-100606526694120263-n

120722510-778571182982190-3440950984225695144-n

120737009-1263537067319845-995888121520901123-n

120764120-805885246894084-1249567828994803943-n

120747266-465675164404157-307081098500893876-n

Libéralisme contre écocide

Par Le 02/10/2020

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/convention-citoyenne-sur-le-climat/climat-sept-propositions-de-la-convention-citoyenne-ecartees-par-le-gouvernement-malgre-la-promesse-d-emmanuel-macron_4123179.html

L'ancienne ministre de la Justice, Nicole Belloubet, avait balayé en juin cette mesure.(l'écocide) 

"Pour que notre vie commune puisse fonctionner, il faut concilier droits et libertés. Si vous dites qu’au-dessus de cette conciliation, il y a un principe supérieur, qui est la protection de l’environnement, cette conciliation devient viciée", avait-elle déclaré sur France Inter.


 

Bon, voilà, c'est clair là au moins.

Une loi qui consisterait à mettre un frein à la dégradation de l'environnement pour permettre à chacun de vivre, humains, animaux, plantes, ça serait contraire à la liberté.

Que nous soyons condamnés à voir se réduire la biodiversité et par là même en souffrir n'entre pas dans les considérations du libéralisme. Il s'agit de préserver la "liberté" d'entreprendre, de préserver la liberté de concurrence, la liberté de croître, de faire des bénéfices, de développer les richesses.

C'est effroyable dans les faits mais ça l'est encore plus sur le fond. Car cela signifie que nous ne possédons plus aucun droit envers ceux qui prônent essentiellement la croissance, ça signifie que leur liberté de se développer est prioritaire sur notre liberté de vivre sur une planète préservée et non pillée. 

Plus rien ne les arrêtera sinon, peut-être, un jour les limites naturelles. 

Quand je pense à tous ces individus qui se moquent ouvertement des "survivalistes" qui ont décidé de sortir au mieux de ce système consumériste, personnellement, ça me désole. L'anticipation de ce monde libéraliste ne dépasse pas le niveau des prochaines élections, des prochaines assemblées d'actionnaires, des prochains résultats financiers, des prochaines OPA, des prochains marchés à saisir, des prochaines technologies à développer, même si elles ne répondent à aucun besoin fondamental. Cette anticipation ne dépasse pas la durée d'une vie professionnelle et c'est dérisoire. 

On a ici un exemple concret de ce libéralisme qui s'habille d'oripeaux écologiques quand il ne s'agit que de business.

https://lareleveetlapeste.fr/la-resistance-samplifie-contre-decathlon-qui-veut-betonner-17ha-de-terres-agricoles-vers-montpellier/?fbclid=IwAR0_q8_fuODUxTLndRkOOXeUd_Eji10IkoVcP5ZrTXVoDWdHAq6iOmudX6c

En réponse au groupe Mulliez, la Confédération Paysanne de l’Hérault et le collectif Oxygène défendent un projet agricole alternatif qui permettrait d’employer sur le long terme une trentaine de personnes. Il regrouperait des activités de maraîchage, un petit élevage « type poules pondeuses », de l’arboriculture, de transformation et distribution en circuit court vers la métropole montpelliéraine.

2 octobre 2020 - Laurie Debove

FacebookTwitter

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre nouvelle bande dessinée !

Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
Format : 130 pages
Impression : France

 

Commander

A Saint-Clément-de-Rivièrele groupe Mulliez prévoit de construire un énorme centre commercial « sport et bien-être » à moins de dix kilomètres de Montpellier, déjà bien pourvu en complexes de ce genre. Sur 24 hectares, le groupe veut en bétonner 17 agricoles pour développer quatre hyper surfaces : Decathlon, Truffaut, O’Terra et une enseigne encore inconnue. Afin de sauver ces terres nourricières et la forêt, un collectif de citoyen.ne.s et paysan.ne.s se bat depuis plus de six ans contre ce projet.

Préserver les terres nourricières

Vendredi 25 septembre, 200 personnes ont semé à la volée de l’orge sur 2 hectares et planté une dizaine d’arbres fruitiers sur le site pour rappeler ce fait essentiel : les terres qui doivent être bétonnées ont beau avoir été déclassées pour devenir constructibles, elles restent des terres nourricières. Un bien commun à préserver absolument pour bâtir l’autonomie alimentaire d’une métropole de 457 839 habitants.

« Il faut savoir qu’ici, les terres ne sont plus classées comme des terres agricoles mais sont toujours exploitées par des agriculteurs. Parce qu’elles sont fertiles ! » explique Jean-Michel Hélary, membre du collectif Oxygène, pour La Relève et La Peste

Semis d’orge à la volée – Crédit : Confédération Paysanne de l’Hérault

Preuve en est, sur les 24 hectares prévus pour le méga-complexe « bien-être et sport » de la famille Mulliez (propriétaire des Auchan, Decathlon, Leroy-Merlin etc. au chiffre d’affaires annuel de 85 milliards d’euros), environ 3 hectares seront tout de même gardés pour des activités agricoles.

Au total, 6 à 7 hectares seront laissés à peu près intacts, dont un bois dans lequel sera construit un parc accrobranche, alors qu’il en existe déjà un à seulement quelques kilomètres.

Le reste des terres est destiné à être bétonné pour accueillir parkings, entrepôts et locaux des immenses surfaces commerciales, dont Décathlon (5 250m2), Truffaut (7 924m2) et O’Terra (903m2) ainsi qu’une enseigne culture-loisir qui n’est pas encore définie.

Egalement prévus : des bassins de rétention d’eau pour prévenir les risques d’inondations et « une grande surface de circuits courts » qui inquiète les paysans locaux par la forte concurrence qu’elle risque d’engendrer.

Le groupe Mulliez a beau présenter le projet comme « un futur lieu de vie autour du sport, des activités de plein air, de la culture et des loisirs, de la santé, du bien-être et du bien manger », le collectif Oxygène dénonce une opération de greenwashing et défend la vocation agricole du terrain des Fontanelles.

Plantation d’arbres fruitiers lors du 25 septembre – Crédit : Confédération Paysanne de l’Hérault

Un combat écologique, agricole et social

Formé fin 2014, lorsqu’ils ont découvert les panneaux indiquant la présence du futur projet commercial, les militants du collectif Oxygène se battent depuis six ans pour empêcher le projet de voir le jour : pétition, actions sur le terrain, réunions d’information et de sensibilisation, et recours en justice.

« Au départ, c’était un cri du cœur : ne pas laisser détruire un si beau vallon avec un bois au milieu. Puis on a très vite réalisé l’ampleur des enjeux : l’extermination d’espèces protégées dont des chauve-souris, batraciens et oiseaux, la perte des terres agricoles, la menace sur les nappes phréatiques, les risques d’inondations, et tous les véhicules avec leurs nuisances que va attirer ce type de complexe ! On estime qu’il pourrait y avoir 8000 à 9000 véhicules par jour pendant le weekend ! » énumère Jean-Michel Hélary, membre du collectif Oxygène, pour La Relève et La Peste

La mobilisation citoyenne a tout de suite été accompagnée par la Confédération Paysanne de l’Hérault, à l’origine de la journée d’action du 25 septembre. Face au grignotage des terres agricoles qui se fait dans la Région, le syndicat agricole de l’Hérault veillait depuis longtemps sur ces terres dont le devenir est particulièrement emblématique des enjeux du XXIème siècle : une lutte à la fois écologique, agricole et sociale.

« Il s’agit de démystifier la création d’emplois et de richesses promis par ce type de projet commercial. Ils sont tellement concurrentiels qu’ils entraînent même la suppression des emplois d’un centre commercial à l’autre ! Sans parler de leur impact sur les petits commerçants… » explique Etienne Le Merre, paysan et membre de la Confédération de l’Herault, pour La Relève et La Peste

Crédit : Collectif Oxygène

Le combat a très rapidement pris de l’ampleur avec le soutien d’organisations écologiques et sociales comme Attac, Greenpeace, la CGT, Sud-Solidaires, les Amis de la Terre regroupées avec la Confédération paysanne au sein du collectif Plus jamais ça, dont les propositions pour un avenir désirable ont été lancées pendant la crise du coronavirus.

« On se rend compte que l’arbitrage judiciaire du projet se base sur des normes environnementales dont certaines datent d’il y a 15 ans ! Aujourd’hui, ce projet n’a plus de sens, même les élus commencent à s’en méfier peu à peu. » raconte Etienne Le Merre, paysan et membre de la Confédération de l’Herault, pour La Relève et La Peste

Effectivement, le nouveau président de la métropole montpelliéraine, Michaël Delafosse, s’est publiquement déclaré hostile au projet. De la même façon, la nouvelle Maire de Saint-Clément-de-Rivière, Laurence Cristol, est plus nuancée que son prédécesseur sur son bien-fondé. Un changement de posture qui peut s’expliquer par le fait que la liste d’opposition aux dernières municipales a recueilli 35% des voix en faisant campagne presque exclusivement sur ce dossier. Un soutien de taille pour les militants.

Terres céréalières – Crédit : Collectif Oxygène

Deux visions de la société

En réponse au groupe Mulliez, la Confédération Paysanne de l’Hérault et le collectif Oxygène défendent un projet agricole alternatif qui permettrait d’employer sur le long terme une trentaine de personnes. Il regrouperait des activités de maraîchage, un petit élevage « type poules pondeuses », de l’arboriculture, de transformation et distribution en circuit court vers la métropole montpelliéraine.

« Et pourquoi pas un paysan boulanger sur les terres à vocation céréalière. » sourit Etienne Le Merre

Decathlon a fait savoir au collectif que le groupe ne passerait pas en force tant que l’affaire n’aura pas été jugée sur le fond, courant 2021. En attendant, les militants comptent bien faire monter la pression pour que le juge se range de leur côté.

Crédit : Collectif Oxygène

A convaincre également : la soixantaine de propriétaires terriens qui ont signé un compromis de vente en 2012 et espèrent toujours que le projet se réalise pour gagner une plus-value sur leurs terrains.

« On a essayé d’ouvrir le dialogue avec les propriétaires au début de l’été, à quel point ils vivaient eux les problématiques sociales et environnementales actuelles. Malheureusement, ils sont complètement fermés car ils ont l’impression d’avoir attendu longtemps. C’est un rapport très problématique à la propriété privée qu’on a laissé s’installer dans l’esprit des gens. Pourtant, les intérêts privés ne devraient pas passer avant ceux de l’intérêt général, qui sont devenus criants au moment de la crise covid. » argumente Etienne Le Merre, paysan et membre de la Confédération de l’Herault, pour La Relève et La Peste

Leur réticence est encore vivace. Certains propriétaires ont ainsi invité un huissier lors de la manifestation du 25 septembre, et l’un d’entre eux a carrément déterré les arbres fruitiers qui avaient été plantés sur sa parcelle. Pas de quoi décourager les militants pour autant.

« On fait partie de la fédération « Des Terres, Pas d’Hypers » qui regroupe une grande partie des luttes analogues à la nôtre. Quand on voit qu’Europa City a finalement été abandonné, que Val Tolosa est en très mauvaise posture, ça donne espoir ! »

Si le collectif n’attend pas grand chose du moratoire sur les zones commerciales que le gouvernement rechigne à mettre en place malgré sa promesse à la Convention Citoyenne pour le Climat, il reste prêt à défendre coûte que coûte cette zone agricole du bassin montpelliérain.

« La partie n’est pas gagnée, les adversaires sont redoutables mais on a plus d’espoir qu’au début grâce aux soutiens de plus en plus nombreux. On ne va rien lâcher. » conclut Jean-Michel Hélary pour La Relève et La Peste

2 octobre 2020 - Laurie Debove

 

 

 

Coma

Par Le 30/09/2020

C'est une histoire qui me touche. Enormément. 

Parce qu'elle me rappelle mon histoire et celle de mon frère.

Il était cliniquement mort après un accident de voiture. J'ai refusé de le laisser. Je suis resté avec lui pendant deux mois et demi dans sa chambre d'hôpital. Il avait 19 ans, j'en avais 16.

Il a survécu. Revenu de l'antichambre de la mort. Une jeune infirmière, Charlotte, m'a dit une nuit, pendant son service, que Christian m'avait toujours entendu lui parler ou lui lire des livres, qu'il n'avait jamais été seul, intérieurement, dans le chaos de son cerveau. 

J'ai écrit toute cette histoire mais je ne l'ai jamais fait publier. L'impression que ça ne pourrait servir à personne. Que c'est trop personnel. Un sentiment d'incomplétude également, comme si tout ce qui aurait besoin d'être dit ne l'était pas encore. Mais je sais combien c'est un livre qui pourrait ne pas avoir de fin. Tellement de choses à raconter. 

Il y a quelques jours, j'ai rêvé de mon frère. Il était allongé et il me demandait : "Où est mon histoire ? " Avec insistance. 

Il faudra que j'y repense...

Francesco Totti faisait parfois des miracles sur les terrains de football. Sa voix vient peut-être d'en réaliser un autre. L'ancienne star de l'AS Roma a rendu visite, lundi 28 septembre dans un hôpital de Rome (Italie), à une jeune femme de 19 ans sortie de neuf mois de coma après avoir entendu un message qu'il lui avait adressé.

Plongée dans le coma depuis décembre après un grave accident de la route dans lequel une de ses amies a trouvé la mort, Ilenia Matilli a ouvert les yeux récemment après avoir entendu la voix de l'icône romaine. "Ilenia, n'abandonne pas. Tu peux y arriver, nous sommes tous avec toi", lui disait l'ancien joueur vedette dans un message vidéo envoyé plusieurs mois plus tôt à la jeune femme, footballeuse elle-même pour la Lazio Rome, mais supportrice du grand rival, la Roma.

"Nous nous reverrons quand elle sortira"

"Elle m'a souri, m'a serré contre elle et s'est mise à pleurer. C'était très émouvant de rencontrer Ilenia et nous nous reverrons quand elle sortira de l'hôpital", a déclaré l'ancien capitaine romain après l'entrevue qui a duré plus d'une heure, au cours de laquelle l'ancien attaquant et la jeune femme ont notamment réalisé un selfie.

Francesco Totti, 43 ans, lui a également dédicacé un maillot de la Roma siglé de son ancien numéro, le 10. La jeune Ilenia Matilli ne peut toujours pas parler et c'est par l'utilisation d'une tablette qu'elle a pu échanger avec le champion du monde 2006.

 

LES ÉVEILLÉS

" Juin 1978.

Tout avait volé en éclats.

« Yoann, Yoann, réveille-toi. Christian a eu un accident de voiture. Il faut qu’on parte à l’hôpital. »

C’était rare que sa mère vienne le réveiller. Ça l’avait surpris. Elle avait allumé la lampe de chevet, il avait vu dans ses yeux une peur effroyable, il s’était habillé. Les gestes maladroits et les pensées affolées. Sa mère était descendue, son père sortait la voiture du garage.

Il ne se souvient pas du trajet. Silencieux sans doute, chacun enfermé dans l’angoisse de l’inconnu. Le silence de la peur. Christian. Son grand frère. Qu’avait-il exactement ? Il n’avait rien osé demander. Son père roulait vite. Effroyable tension dans la voiture.

Ils étaient passés à Quimper. Aux urgences, on leur avait dit que l’ambulance était immédiatement repartie vers l’hôpital de Brest.

« Ici, on ne peut rien faire, c’est trop grave. »

Voix express Quimper - Brest.

Il regardait les voitures qui les croisaient, les ombres lointaines des arbres, les collines adossées à la nuit, les champs sombres sans frontières.

Il se disait que ces kilomètres qui défilaient dans le ronronnement forcené du moteur les éloignaient à tout jamais de leur vie passée, qu’un mur gigantesque venait de se dresser entre ce temps à vivre et leur histoire commune.

Il avait seize ans, Christian dix-neuf.

Il pressentait le pire. Sans trop savoir pourquoi, un court instant, il avait espéré qu’il ne se trompait pas. Il avait eu honte, terriblement honte.

Ils avaient eu du mal à trouver les urgences. Un interne avait dit que Christian était dans une chambre.

Pourquoi dans une chambre ? Pourquoi ne le soignait-on pas ?

Ils ne comprenaient pas, ils avaient cherché dans les couloirs, la peur au ventre. Chambre 18. Étrange, c’était son jour de naissance. Il s’était dit que Christian ne pouvait pas y mourir.

Le couloir, odeurs écœurantes, plafonniers à néons, des coulées de lumière pâle qui suintent sur les murs aux peintures délavées. Il suit ses parents.

Un homme, blouse blanche, il est debout devant la porte.

« Bonjour. Vous êtes les parents ?

- Oui. Notre fils est là ? Qu’est-ce qu’il a ?

- Il est cliniquement mort. Je suis désolé. »

Sa mère qui s’affaisse, son père qui la retient.

Il pousse la porte, il entre, une infirmière range des instruments sur un chariot roulant, son frère est là, allongé.

Son frère.

Il le reconnaît à peine. Ce n’est plus un visage mais une plaie violette, boursouflée, éclatée. Un haut-le-cœur broie ses entrailles.

Il s’approche.

Un râle alarmant s’extirpe péniblement de la poitrine, comme des bulles de sang qui crépitent.

Un bruit au fond de la chambre, il se tourne, l’infirmière entreprend de déplacer une table basse, elle la traîne sur le carrelage, un crissement suraigu, son frère se redresse en hurlant, à angle droit dans le lit, terrifiante vision, le râle s’étouffe dans la gorge, il fixe le mur blanc de ses yeux tuméfiés puis il s’écroule sur le lit qui tremble sous le choc.

Il s’approche de l’infirmière, il a envie de la frapper, il soutient son regard, il la prend par les épaules et la conduit fermement à la porte, elle ne résiste pas, ses parents entrent, l’infirmière se réfugie vers l’interne impassible, sa mère se tourne vers le lit, elle pousse un cri qu’elle étouffe sous sa main, son père murmure, une voix brisée qu’il ne reconnaît pas,

« Mon Dieu, Christian, mon petit. »

Mon Dieu …

Cette haine qui l’a envahi en entendant ce nom. S’il avait su comment s’y prendre, il aurait pu tuer ce Dieu, à cet instant-là, que l’humanité entière disparaisse avec lui, il n’en avait rien à faire, juste cette haine dont il fallait user, cette violence incommensurable qui l’étourdissait, il aurait pu tuer n’importe qui, il le sait, il n’a jamais oublié ce désir de mort à donner.

Il le submerge encore parfois. Avec une violence qui lui fait peur.

Et pourtant ce sermon immédiatement prononcé, à voix haute, sans que rien ne l’annonce, comme si sa voix lui échappait, comme si l’idée débordait et qu’il n’avait aucun contrôle.

« Je sortirai de cette chambre avec Christian et il sera vivant. »

C’était un 21 juin. L’anniversaire de sa mère. Tourbillon.

Il a perdu le fil linéaire des évènements. Le temps chronologique est un fatras inextricable. Encore une fois, il se dit que le lecteur éventuel de son histoire aurait beaucoup de mal à s'y retrouver. "

 

Ils savent tout de nous

Par Le 26/09/2020

  
   (AWA SANE, JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

Je dois aimer me faire du mal. Au printemps 2018, j'ai téléchargé l'ensemble des données envoyées à Facebook depuis mon inscription sur le réseau social, en 2007. Ce que j'y ai découvert m'avait donné le tournis : des coordonnées téléphoniques de proches, des souvenirs amoureux plus ou moins heureux, ou encore un historique assez détaillé de mes déplacements à travers le monde grâce aux métadonnées contenues dans mes photos.

>> J'ai fouillé dans les données que j'ai envoyées à Facebook depuis onze ans (et le résultat m'a donné le vertige)

Avec le printemps, m'est venue l'envie de m'attaquer à un plus gros morceau encore : Google. Cette fois, j'ai l'impression de descendre nu dans la fosse aux lions, tant je suis conscient d'avoir depuis treize ans confié au géant du web une masse gigantesque d'informations à mon sujet. La simple énumération des services de Google que j'utilise au quotidien me laisse craindre le pire : mon adresse électronique personnelle est sur Gmail depuis la fin de la présidence de Jacques Chirac, je stocke de nombreux documents sur Drive depuis 2007, je note mes rendez-vous sur Agenda depuis 2008, je navigue sur le web avec Chrome depuis 2010, je possède un téléphone qui fonctionne sous Android depuis 2012, et celui-ci synchronise mon répertoire avec Contacts et envoie automatiquement tous mes clichés vers Google Photos. Sans oublier, bien sûr, mes dizaines de requêtes quotidiennes sur le moteur de recherche et sur le service de cartographie Google Maps. Gloups.

>> VIDEO. Google sait-il tout de vous ?

Pour récupérer les données envoyées à Google, direction la rubrique "Mon compte", accessible en cliquant sur mon portrait, en haut à droite de n'importe quel service de Google. Il me faut ensuite cliquer sur "Données et personnalisation", puis atteindre la rubrique "Télécharger vos données". La suite ne me rassure pas : Google met trois heures pour rassembler toutes mes données dans un seul fichier. Quand je vois sa taille, je manque de défaillir : 22 gigaoctets. Quarante-trois fois plus que mes données Facebook. Voilà ce que j'y ai trouvé.

Tout ce que j'ai fait sur Google+

La plongée dans mes données personnelles commence par une surprise : un fichier qui récapitule ma maigre activité sur Google+, le réseau social de Google qui a fermé sa version réservée au grand public mardi 2 avril. Toutes les données qui y ont été envoyées ont été supprimées à cette occasion. Un petit fichier de 8 kilo-octets me rappelle la liste des amis que j'ai regroupée en "cercles", et tout ce que j'y ai publié, c'est-à-dire une poignée d'articles en 2013 et 2014, lorsque notre rédacteur en chef nous incitait vivement à y partager notre production "car c'est bénéfique pour le référencement". Désolé chef, le futur ne t'a pas vraiment donné raison.

Pour une raison qui m'échappe encore, j'avais toutefois estimé que cette plateforme était le lieu adéquat pour partager avec deux amis les photos d'un voyage commun. Je redécouvre donc avec un certain plaisir les selfies idiots que nous faisions en 2013. 

Tout ce que j'ai acheté en ligne (ou presque)

Une tondeuse à barbe avec lames en titane en décembre 2014 pour 34,99 euros, un vol aller-retour Paris-Séville en juin 2016 pour 180 euros, et plus récemment, une gourde en acier inoxydable à 13 euros. Dans le répertoire "Achats et réservations", je découvre que Google a soigneusement répertorié les emplettes effectuées en ligne via mon adresse e-mail. Au total, 182 fichiers représentant autant de commandes de 2010 à 2018 sont répertoriés.

Je peux également les retrouver sur une page dédiée de la rubrique "Mon compte". Un examen approfondi me permet toutefois de remarquer que l'algorithme de Google n'a pas correctement labellisé l'ensemble de mes achats : la récente commande d'un lave-linge n'apparaît pas dans la liste, au contraire d'un abonnement premium d'un mois à l'application de rencontres Tinder à l'automne 2015. En deux clics, je peux toutefois supprimer ce souvenir des serveurs de Google.

Tout ce que je fais sur mon mobile

Après avoir jeté un coup d'œil aux répertoires "Drive" et "Photos", dont les 12 gigaoctets contiennent, comme je m'y attendais, l'intégralité des documents et clichés que j'ai volontairement stockés sur les serveurs de Google, mon regard s'arrête sur la rubrique "Mon activité" et ses 730 fichiers.

En cliquant sur le répertoire "Android", je m'aperçois que le géant américain a soigneusement consigné depuis 2015 l'utilisation de toutes les applications ouvertes sur mon téléphone, jour après jour, minute par minute. Que ces applications proviennent de ses services, ou non.

Je peux par exemple retracer avec une précision un peu effrayante la journée du dimanche 15 juillet 2018 (alerte spoiler : à la fin, la France devient championne du monde de foot). Déverrouillage du téléphone à 6h19, messagerie WhatsApp à 7h21, coup d'œil à Instagram à 7h26, lecture de la matinale du Monde à 7h49, lancement d'un podcast trois minutes plus tard, avant d'enchaîner sur l'application SNCF (je prenais un train ce matin-là)... Au total, Google a recensé 95 interactions avec mon téléphone jusqu'à 23 heures (je n'ai pas trop fêté la victoire des Bleus, mes seuls véritables frissons footballistiques n'étant provoqués que par l'OM).

Dans sa rubrique "Aide", Google explique consigner ces données (qui lui ont été envoyées, car mon téléphone utilise le système d'exploitation Android, qui lui appartient) pour "améliorer la précision des résultats de recherche et des suggestions". Pas franchement emballé par ces justifications, je décide tout de même de mettre un terme à cette collecte d'informations. Pour cela, direction la rubrique "Mon activité" des paramètres Google. Je clique sur "Commandes relatives à l'activité", dans la colonne située sur la gauche, puis décoche les cases "Informations provenant des appareils" et "Activité sur le web et les applications".

Le son de ma voix (et même celle de mon frère)

Une autre surprise m'attend dans le répertoire "Voix et audio" de la rubrique "Mon activité". A l'intérieur se trouvent 702 fichiers sons très brefs, au format mp3. Le premier remonte à début 2015. Je l'ouvre et je reconnais aussitôt le son de ma voix : "OK Google, réveille-moi dans 30 minutes." Je réalise que l'entreprise américaine a enregistré et stocké sur ses serveurs chacune des requêtes effectuées via l'assistant vocal de mon téléphone Android et qui, à la manière de Siri sur les iPhone, s'active dès que je prononce les mots "OK Google".

A la fois fasciné et horrifié que ces sons aient été conservés si longtemps, je poursuis mon examen de ces enregistrements. Je comprends vite que j'ai été "écouté" bien plus souvent que je ne le croyais. Sans doute parce que l'algorithme utilisé par mon téléphone pensait m'avoir entendu prononcer l'expression "OK Google", je retrouve une douzaine d'enregistrements involontaires. Me voici, par exemple, en train de discuter d'un article avec mon supérieur hiérarchique fin 2017.

Plus problématique encore, ces erreurs d'enregistrements concernent également mes proches. Les serveurs de Google contiennent ainsi des extraits de voix de mon grand-père et de mon frère, qui n'avaient pourtant rien demandé.

Passablement agacé, je me dirige vers l'aide de Google pour en savoir plus. J'y apprends que le géant américain utilise ces enregistrements pour "reconnaître le son de [ma] voix ; reconnaître la façon dont [je prononce] des mots et des expressions ; reconnaître quand [je dis] 'OK Google'  ; améliorer la reconnaissance vocale dans tous les produits Google qui utilisent cette fonctionnalité".

Visiblement, il y a encore des améliorations à apporter. Je m'empresse de supprimer tous ces enregistrements dans la catégorie "Activité vocale et audio" de la page "Mon activité". Je désactive aussi immédiatement l'historique des enregistrements pour que mes prochaines requêtes ne soient plus conservées sur les serveurs de Google.

La trace de presque tous mes déplacements

En poursuivant mon exploration, Google m'explique ne pas avoir réussi à récupérer dans mes archives l'"historique des positions". Je lève un sourcil : je me souviens de l'avoir déjà consulté par le passé, et même de l'avoir volontairement laissé activé tant le résultat m'avait captivé. Je me rends illico sur la rubrique "Vos trajets" de l'application Google Maps pour en avoir le cœur net. Bingo ! Depuis cinq ans, tous les déplacements effectués lorsque la connexion internet de mon téléphone était activée ont été consignés sur une carte du monde. Un outil "Calendrier" me permet même de les retrouver jour après jour, précisément minutés.

Google m'apprend ainsi que j'ai quitté mon domicile à 11h47 le 27 octobre 2015 pour déjeuner avec mon grand-père dans un restaurant italien du 11e arrondissement de Paris (qui était, de mémoire, tout à fait convenable). Après avoir flâné dans le quartier jusqu'à 14 heures, je me suis rendu à mon auto-école (j'ai obtenu tardivement mon permis, merci de ne pas me juger) pour effectuer deux heures de conduite qui m'ont emmené à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Visiblement satisfait, j'ai ensuite rejoint mon domicile à 16h18 avant de le quitter un peu plus tard pour retrouver des amis dans un bar voisin jusqu'à une heure que la décence m'interdit de rapporter.

Une autre fonctionnalité m'interpelle : Google a noté les lieux où je m'étais rendu le plus grand nombre de fois. Outre mon domicile et le siège de France Télévisions, je souris en apprenant que le Stade-Vélodrome se trouve à la onzième place de ce classement, mais je ressens un malaise en y retrouvant l'adresse d'une ancienne petite amie perdue de vue depuis plusieurs années.

Heureusement, cette machine à voyager dans le temps est désactivable. Depuis un ordinateur, il faut à nouveau se rendre dans la rubrique "Mon activité", puis cliquer sur "Commandes relatives à l'activité", avant de décocher la case "historique des positions". Depuis un appareil Android, direction les paramètres, puis "Google" (ou directement l'icône "Paramètres Google"), puis "Localisation" ou "Position", et "Historique des positions Google".

La liste de tout ce que j'ai lu, vu et cherché

Sans surprise, mon archive contient également des pages de texte interminables qui consignent les mots-clés recherchés sur Google depuis 2013. J'apprends ainsi qu'entre le 13 février 2013 et le 25 mars 2019, j'ai effectué près de 150 000 requêtes sur le moteur du géant américain, soit une moyenne quotidienne de 67 recherches. Ce nombre me semble élevé, même si mon travail de journaliste implique une utilisation intensive des moteurs de recherche. Les mots-clés que j'y découvre montrent de toute manière que mon usage de Google n'est pas caractérisé par un professionnalisme à toute épreuve. Particulièrement un mardi de 2014, à 6h04 du matin.

Cette plongée dans le passé concerne aussi la plateforme de vidéo YouTube, rachetée par Google en 2006. Outre les vidéos privées que j'ai moi-même mises en ligne, j'y retrouve l'historique de toutes mes recherches depuis 2011, mais également la liste des vidéos regardées depuis 2014. J'apprends donc que le 12 août 2015, à 15h47, j'admirais une obscure vidéo de Pikachu se trémoussant sur Boogie Wonderland. Quelle vie trépidante.

Google sait à peu près tout ce que je fais sur le web. Mon historique de navigation est en effet envoyé sur ses serveurs par le navigateur Chrome. Je croyais avoir pris l'habitude de le supprimer régulièrement, mais je m'aperçois que plus d'une année est passée depuis mon dernier ménage. Je m'empresse d'y remédier : direction le menu historique de Chrome (touche Ctrl+H sur PC, ou Pomme+Y sur Mac), puis "Effacer les données de navigation".

Il est également possible de supprimer et désactiver l'historique de YouTube depuis la section idoine de la plateforme vidéo ou la rubrique "Mon activité", où l'on peut également effectuer cette démarche pour les simples recherches Google.

Mon profil publicitaire

Que fait Google de toute cette masse d'informations ? Contacté, le géant du web m'explique que ces données "permettent d'améliorer l'utilité et la pertinence [de ses] services", tout en ajoutant laisser aux utilisateurs une certaine latitude pour décider quel type de données sont exploitées. Selon les chiffres que m'a communiqués Google, 70 millions de personnes visitent chaque mois la rubrique "Mon activité" liée à leur compte et la moitié d'entre elles en profitent pour y supprimer des données.

Google, qui promet "ne pas vendre" les informations collectées au sujet de ses utilisateurs, reconnaît tout de même s'en servir "pour proposer des annonces pertinentes dans les produits Google, sur les sites Web partenaires et dans les applications mobiles".

Un coup d'œil dans la rubrique "Paramètres des annonces" me permet d'avoir un aperçu de la manière dont le géant d'internet cerne mes différents centres d'intérêt. Le résultat est d'une pertinence variable. Selon Google, je suis un homme âgé de 25 à 34 ans (c'est correct), qui passe beaucoup de temps sur YouTube (je dois bien le reconnaître), et qui nourrit entre autres une passion pour les jeux vidéo (exact), les émissions de téléréalité (je l'ignorais), le rugby (je DÉTESTE ce sport) et les achats de véhicules (raté). Il est cependant possible de désactiver la personnalisation des annonces directement depuis cette page.

Je ressors de cette exploration numérique avec des sentiments mitigés : si la plupart des informations présentes dans mon archive ne m'ont pas surpris, l'existence de certaines, comme les enregistrements de ma voix et de celles de mes proches, m'a sidéré. D'autant plus que je me considérais – sans doute naïvement – comme relativement sensibilisé à la question de la protection des données. Il est heureusement assez facile de reprendre la main sur ces informations, notamment via la rubrique "Mon activité", créée en 2016. Mieux encore, depuis quelques semaines, il est possible d'automatiser une suppression régulière de certaines de ces données dans cette rubrique.

Visiblement conscient que ces fonctionnalités sont encore peu connues, Google m'a indiqué avoir "lancé en février une campagne de sensibilisation". Des "ateliers numériques" seront organisés à ce sujet cette année à Rennes, Montpellier, Nancy ou encore Saint-Etienne. Reste à savoir si le géant américain a vraiment intérêt à inciter ses utilisateurs à supprimer des informations dont il tire un avantage commercial.

Qu'en est-il de la 5G ?

Par Le 26/09/2020

Un commentaire d'un internaute à la suite de cet article :

"L'intérêt principal des industriels de la 5G est-il ? :

- votre santé

- les dividendes des actionnaires

- l'environnement

Vous avez une minute. Une seule réponse possible."

 

Des antennes-relais au sommet du mont Aigoual, dans le Massif central, le 13 septembre 2019.
Des antennes-relais au sommet du mont Aigoual, dans le Massif central, le 13 septembre 2019. (BENJAMIN POLGE / HANS LUCAS / AFP)

Il y a comme de la friture sur la ligne. Près de 70 élus, parmi lesquels des nouveaux maires écologistes de grandes villes (Marseille, Bordeaux ou Lyon), ont demandé à Emmanuel Macron et au gouvernement un moratoire sur le déploiement de la 5G. Leur requête, formulée dans Le Journal du dimanche, le 13 septembre, a été balayée d'un revers de la main par Emmanuel Macron dès le lendemain. Le président a assuré que "la France [allait] prendre le tournant de la 5G", ironisant au passage sur ceux qui préféreraient "le modèle amish" et le "retour à la lampe à huile".

Pour appuyer leur revendication, qui reprend l'une des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, les signataires de la tribune avancent pourtant une série d'arguments contre la téléphonie mobile de cinquième génération. Franceinfo les a passés en revue, afin de voir s'ils disent vrai ou "fake", alors que les enchères pour l'attribution des premières fréquences doivent se tenir fin septembre, avec en ligne de mire des offres commerciales d'ici à la fin de l'année.

"Cette décision intervient sans étude d'impact climatique et environnemental" : vrai

Des sénateurs ont conduit une mission d'information sur l'empreinte environnementale du numérique. Au cours de leurs travaux, ils ont entendu début février le président du conseil d'administration de l'Agence de la transition écologique (Ademe), Arnaud Leroy. Celui-ci a réclamé "une étude d'impact environnemental sérieuse sur le déploiement de la 5G". Dans son rapport, rendu fin juin, la mission du Sénat écrit qu'elle "regrette" cette lacune. Elle demande une évaluation "complète", sur l'ensemble de la chaîne technologique (de la fabrication à l'utilisation, des antennes aux smartphones).

S'appuyant sur le Code de l'environnement, le président du Sénat en a fait la demande début mars par courrier au Haut Conseil pour le climat. De son côté, le gouvernement vient, mi-septembre, de confier une mission conjointe à l'Ademe et à l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques des postes et de la distribution de la presse).

Réaliser une telle étude risque toutefois de ne pas être chose aisée. "Il faut disposer de données qui viennent des constructeurs d'équipements et ces données ont été très longues à obtenir. Elles sont arrivées il y a un peu moins d'un an en ce qui concerne la consommation énergétique", relève Hugues Ferreboeuf, directeur de projet au Shift Project, un groupe de réflexion sur la transition énergétique. Frédéric Bordage, fondateur de GreenIT.fr, qui milite pour un numérique plus responsable, voit lui un obstacle plus grand encore : "Aucun pays n'a déployé totalement la 5G avec un parc de terminaux, des contenus disponibles et des usagers qui l'utilisent concrètement."

La 5G est "une nouveauté technologique dont l'utilité reste à démontrer" : à nuancer

Signataire de la tribune, le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, avait fait de son propre aveu "un petit raccourci légèrement provocateur", en affirmant au "Grand Jury" sur LCI début juillet que "grosso modo, la 5G, c'est pour nous permettre de regarder des films pornos, même quand vous êtes dans votre ascenseur, en HD". Cette vision est toutefois réductrice.

La promesse technologique de la 5G est celle d'une téléphonie mobile avec "un meilleur débit" et "plus de capacité", permettant d'échanger "une quantité beaucoup plus importante de données", résume l'Arcep"L'industrie va s'appuyer sur ces très hauts débits pour proposer de nouveaux usages, de nouvelles expériences", assure Frédéric Bordage.

"Les utilisateurs vont pouvoir regarder une vidéo en très haute définition en déplacement, en se servant de leur smartphone comme d'une box", illustre l'expert. "On pourra évoluer vers des jeux vidéo en très haute définition, en réalité virtuelle et en streaming", ajoute Hugues Ferreboeuf.

Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms et secrétaire général du groupe Orange, imagine des villes intelligentes.

Avec la 5G, vous pourrez avoir des réseaux d'éclairage public qui vont s'allumer s'il y a des besoins, s'il y a des voitures ou des gens qui passent.Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms

"Vous pouvez rendre vos poubelles intelligentes. Vous pouvez constater leur taux de remplissage et mieux organiser vos tournées de ramassage", indique encore Nicolas Guérin.

L'Arcep liste d'autres applications possibles : l'agriculture connectée, les robots industriels, les navettes autonomes, la gestion du trafic automobile, la télémédecine...

"Son déploiement en France aboutira à un 'effet rebond' (...) synonyme d'une très forte consommation d'énergie" : vrai

C'est l'une des inquiétudes des élus qui ont signé cette tribune : la 5G "est conçue pour permettre des débits dix fois supérieurs à la 4G sur les smartphones". De quoi entrainer une forte consommaton d'énergie. "Les antennes 5G consomment trois fois plus d'électricité que les antennes 4G, mais produisent 15 fois plus de débit, donc à débit constant elles sont 5 fois plus efficaces énergétiquement aujourd'hui et, d'ici cinq ans, dix fois plus efficaces énergétiquement", oppose Nicolas Guérin. 

Mais ce calcul de l'efficacité énergétique à usage constant est biaisé. Olivier Roussat, le président-directeur général de Bouygues Telecom, l'a lui-même exposé, lors de son audition devant le Sénat début juin. "La 5G permet, lorsque l'on transporte des données, de le faire avec moins d'énergie. En revanche, elle augmente considérablement les débits et permet donc un usage beaucoup plus important, donc de transporter davantage de données, ce qui est beaucoup plus consommateur. Il est donc erroné d'affirmer que la 5G permettra des efforts en matière d'énergie. Après la première année de déploiement, la consommation énergétique de tous les opérateurs affichera une augmentation importante."

Cet effet rebond se produira, c'est tout à fait certain. Il est complètement consubstantiel au fonctionnement de l'écosystème numérique depuis 15 ans.Hugues Ferrebœuf, directeur de projet au Shift Project

"Au lieu de regarder des vidéos en SD ou en HD sur son smartphone, on va les regarder en 4K ou en 8K, illustre Hugues Ferrebœuf. Et à chaque fois qu'on change de standard de qualité, on multiplie par trois le volume de données qu'on utilise." L'expert en veut pour preuve le cas sud-coréen, où le déploiement de la 5G est déjà bien avancé. "En Corée du Sud, un opérateur a constaté que ses clients 4G, en passant à la 5G, multipliaient par trois le volume de données qu'ils consommaient sur le réseau en quelques semaines."

La 5G va entraîner "un renouvellement d'une large part du matériel, augmentant encore l'empreinte écologique" : vrai

"Le déploiement de la 5G va exponentiellement accélérer l'exploitation de ressources naturelles non renouvelables, la pollution due à l'extraction des métaux rares, et la génération de quantité de déchet pas ou peu recyclable", craignent les signataires de la tribune. En cause notamment : la conception d’appareils adaptés à la nouvelle technologie.

Tout comme il a fallu acheter un portable compatible pour bénéficier de la 4G, il faudra faire l'acquisition d'un smartphone équipé d'une puce 5G pour se connecter au nouveau réseau. 

Quand on accélère l'obsolescence des smartphones 3G ou 4G en déployant la 5G, on augmente significativement ses impacts environnementaux.Hugues Ferrebœuf

A l'heure actuelle, la fabrication des smartphones, tablettes et autres objets connectés représente 47% de la pollution générée par le numérique, loin devant le réseau (28%) et les centres de données (25%), évalue l'Ademe dans une analyse de novembre 2019. Pour produire un appareil électronique, il faut entre 50 et 350 fois son poids en matières premières, soit 800 kilos pour un ordinateur portable. Un smartphone contient 70 matériaux différents, dont quelque 50 métaux, qu'il faut extraire au prix d'une forte pollution, chiffre l'Ademe dans une autre étude. Le numérique est responsable d'environ 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre à la surface du globe. Cette empreinte carbone pourrait même doubler d'ici à 2025, compte tenu de l'augmentation des usages.

Trois Français sur quatre ayant actuellement un smartphone, selon l'Ademe, même si tous ne passent pas à la 5G dans l'immédiat, "des dizaines de millions" d'appareils seront malgré tout mis au rebut, estime Frédéric Bordage. Bien que le président de la Fédération française des télécoms mette l'accent sur les efforts des acteurs du secteur en matière de recyclage, l'Ademe évalue à 15% seulement le nombre d'appareils collectés. En outre, la complexité des alliages rend leur réutilisation compliquée. En faisant naître de nouveaux usages, la 5G va accélérer ce phénomène, redoute Frédéric Bordage. "Cet effet rebond est certainement la source d'impacts environnementaux dont on doit avoir le plus peur."

Cependant, pour Numerama, il n'est pas dit que la 5G précipite ce renouvellement du parc. Les Français changent déjà de téléphone tous les deux ans en moyenne et 88% le font alors que leur appareil fonctionne encore, pointe l'Ademe. Leur prochain changement de smartphone pourrait donc tout simplement coïncider avec l'arrivée des offres 5G. Les sites spécialisés invitent d'ailleurs les consommateurs à ne pas se précipiter sur les nouveaux smartphones 5G, tant que le réseau n'est pas pleinement déployé.

La 5G "aboutira à une hausse du niveau d'exposition de la population aux ondes" : vrai

"Il y aura forcément une exposition plus importante, puisqu'on va exploiter des bandes de fréquences supplémentaires", commente Hugues Ferrebœuf. Deux nouvelles bandes vont en effet être ouvertes pour la 5G : celle des 3,5 GHz dans un premier temps, puis celle de 26 GHz. Reste à savoir quelles seront les conséquences pour la santé.

Une évaluation spécifique sur les effets en la matière a été demandée à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), qui a rendu un rapport préliminaire (PDF) en octobre 2019. L'Anses y constate "un manque important voire une absence de données relatives aux effets biologiques et sanitaires potentiels" d'une exposition aux fréquences 5G. L'expertise finale, attendue au premier semestre 2021, après le lancement des offres commerciales, doit indiquer si les connaissances actuelles peuvent être extrapolées à cette nouvelle technologie.

En attendant, le gouvernement a confié en juillet à quatre administrations une mission portant notamment sur cet enjeu de santé publique. Celles-ci ont passé en revue les dizaines de milliers d'études parues dans le monde sur les radiofréquences et les milliers menées sur la téléphonie mobile.

Elles ont rendu leur rapport en septembre, précisant qu'"il n’existe pas, selon le consensus des agences sanitaires nationales et internationales, d’effets néfastes avérés à court terme" des ondes sur la santé, lorsque les valeurs limites d'exposition recommandées ne sont pas dépassées. Les effets à long terme sont "difficiles à mettre en évidence" et "à ce stade, pour l'essentiel, non avérés". Ils font toujours l'objet de débats au sein de la communauté scientifique.

"La réglementation actuelle est basée sur les phénomènes d'échauffement et elle nous protège des effets thermiques", assure Yves Le Dréan, membre de l'Institut de recherche en santé, environnement et travail à Rennes. "Même si vous avez un appareil qui émet au maximum de la norme, on va mesurer un échauffement de quelques dixièmes de degrés au niveau de la peau. Mais on est très loin d'un effet thermique. L'énergie de ces ondes ne sera pas suffisante pour provoquer des dommages cellulaires", souligne l'expert.

"L'arrivée de la 5G risque surtout d'aggraver les fractures numériques existantes" : à nuancer

Les habitants des grandes villes seront les premiers à bénéficier de la 5G et ceux des campagnes risquent d'attendre longtemps. Les acteurs du secteur n'en font pas mystère. "Les opérateurs ont tout intérêt à l'installer dans les zones urbaines", a reconnu le PDG de Bouygues Telecom devant les sénateurs. "Les opérateurs télécoms lancent en général leurs services dans les zones où la clientèle est la plus importante, en pratique les zones les plus habitées", explique l'Arcep. C'est là où ils ont déjà bâti un réseau dense d'antennes 4G, sur lesquelles ils pourront ajouter des émetteurs 5G.

Pour éviter que la 5G n'augmente la fracture numérique, il faut compléter la couverture 4G afin que 99% du territoire y ait accès dans des conditions d'efficacité satisfaisantes. Il est aussi nécessaire que la couverture assurée par la 5G soit la même qu'en 4G.Hugues Ferrebœufà franceinfo

En échange de l'attribution des nouvelles fréquences, le gouvernement a fixé des obligations aux opérateurs en matière de couverture. Au moins 25% des sites 5G devront se situer en zone industrielle ou rurale. La 4G doit également être renforcée sur tout le territoire, rappelle l'Arcep. Dans le cadre de ce "new deal mobile", les zones rurales sont prioritaires pour la construction des nouveaux relais. Les opérateurs devront aussi offrir la 4G+, c'est-à-dire un débit quatre fois plus élevé que le débit obligatoire actuel de la 4G. "Les zones blanches vont être résorbées quoi qu'il se passe sur la 5G", promet le patron de la Fédération française des télécoms.

"Le déploiement massif d'objets connectés allant de pair avec la 5G participe de l'accaparement de données personnelles" : possible

La 5G et surtout la multiplication annoncée des objets connectés pourront entraîner plus de transmissions de données sur internet, expose l'Arcep. Le risque est donc accru de voir des informations personnelles être captées par les entreprises du secteur, mais aussi par les pirates informatiques.

Ce risque est d'autant plus réel qu'il est à la base du modèle économique des acteurs dominants du secteur du numérique.Hugues Ferrebœufà franceinfo

Les enceintes connectées et les assistants vocaux ont déjà fait parler d'eux non seulement parce qu'ils enregistraient leurs propriétaires à leur insu, mais aussi parce que Google, Amazon ou Apple avaient recours à des oreilles humaines pour écouter les fichiers audio de leurs propriétaires, comme l'a révélé Bloomberg fin 2019.

Ces objets peuvent aussi être vulnérables. En août, Amazon a ainsi corrigé une importante faille de sécurité de son assistant vocal Alexa. Celle-ci permettait d'accéder aux informations personnelles de ses utilisateurs (adresses, numéros de téléphone, historique des données bancaires).

Il existe toutefois un garde-fou. Le Règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD) européen est censé encadrer la manière dont les géants du numérique gèrent les informations dont ils disposent sur leurs utilisateurs.

La dernière phrase de l'article m'a bien fait rire...Je rappelle à ceux qui l'ignoreraient que nos conversations sont analysées par l'entremise des smartphones et cela a des fins de ciblage publicitaire : 

 

Mythe ou réalité : votre téléphone vous espionne-t-il vraiment ?

https://www.cnetfrance.fr/news/mythe-ou-realite-votre-telephone-vous-espionne-t-il-vraiment-39896041.htm

Il vous est probablement déjà arrivé d’actionner Google Assistant ou Siri sans le faire exprès. D'après ma propre expérience, l’assistant de Google se lance (trop) souvent quand ce n'est pas souhaité, au moins une fois par jour. Il me répond quelque chose, à côté de la plaque forcément, mais le problème n’est pas là : au fond, le fait que mon smartphone réagisse dès que je dis « OK », signifie que ce dernier est perpétuellement en  « veille », guettant des mots-clés bien précis.

Il vous est aussi, peut-être, déjà arrivé de discuter avec des amis d’un sujet anodin (exemple, un projet de voyage au Mexique), puis de découvrir quelques heures plus tard, en surfant sur le web avec votre smartphone, des publicités liées à vos conversations passées (une pub pour le Mexique). Coïncidence ? Nos smartphones nous « surveilleraient »-ils ?

 

« Écoutes clandestines » contre fantasmes

En 2018, un consultant en cybersécurité canadien expliquait à Vice qu’outre les assistants personnels, des applications tierces auraient aussi accès aux données captées par nos micros.

« De temps à autre, des extraits audio sont envoyés aux serveurs (comme ceux de Facebook), mais, officiellement, on ne sait pas quels en sont les déclencheurs. Ça peut être le moment, le lieu ou l’utilisation de certaines fonctions. Les applications ont l’autorisation d’utiliser le microphone et s’en servent occasionnellement. Toutes les applications locales cryptent les données qu’elles transmettent à leurs serveurs, il est donc très difficile de déterminer quel est exactement le déclencheur », indiquait-il et la rumeur était née.

Des médias américains, comme Forbes, se sont ainsi fait l’écho « d’écoutes clandestines » prétendument menées par Facebook, en relayant par exemple une tribune de la société d'études de marché américaine Forrester qui rapportait qu'au moins 20 de ses propres employés avaient vécu le phénomène des publicités étrangement liées à des conversations anodines.

Pour que de telles publicités ciblées, basées sur nos conversations existent, il faudrait qu’une entreprise (Facebook, Google, Apple, par exemple), soit techniquement capable d’activer votre micro, de capter du contenu audio, de l’analyser, puis d’envoyer des informations tirées de ces analyses à des clients annonceurs.

Des démentis en bloc

Évidemment, les géants du Web démentent avoir jamais eu pour objectif de nous écouter et de nous enregistrer, afin de partager tout cela avec des publicitaires. « Nous n’avons jamais utilisé les microphones des téléphones pour influencer la publicité et le fil d’actualités », explique par exemple Facebook. Son fondateur, Mark Zuckerberg, est allé jusqu’à combattre « la rumeur » devant le Congrès américain en 2018.

Si comme le font valoir certains commentateurs, notamment des blogueurs et des chercheurs, le risque d’un bad buzz est « trop grand » et empêcherait naturellement les entreprises privées de « cibler leurs publicités en fonction de conversations écoutées », une chose est certaine : ces rumeurs ne viennent pas de nulle part. Ainsi, nos appareils mobiles sont bel et bien capable de capter des sons et de nous enregistrer, même quand ils sont en veille, grâce à des micros intégrés.

Un journaliste de France Info expliquait par exemple en juin 2019 avoir découvert, après avoir téléchargé tout ce que Google avait collecté sur lui, que l’entreprise avait enregistré plus de 700 sons, pendant au moins 2 ans, afin de « reconnaître le son de sa voix » et d'améliorer la reconnaissance vocale de ses produits.

 

Une simple coïncidence ?

Nos micros peuvent très bien s’activer seuls. Sans que nous le voulions, vraiment ? Normalement, pour qu’une application ait accès aux micros de votre smartphone Android ou iOS, vous devez l’accepter au moment de l’installation. Mais sachant que seuls 7% des internautes français lisent attentivement les conditions d’utilisation, il est permis de douter de l’accord « éclairé » de la majorité des utilisateurs.

Rassurez-vous, tout de même : les fabricants de smartphones tentent de verrouiller au maximum les systèmes d’exploitation (OS) pour éviter que les utilisateurs ne se méfient trop d’eux. Google, par exemple, bloque l’accès à la caméra et au micro pour toute application tournant en arrière-plan. Mais ces fonctionnalités, « No camera for idle uids » et « Don't record audio if UID is idle », n’existent que depuis Android Pie 9. Or, combien d’utilisateurs continuent d’utiliser des smartphones « anciens », pas mis à jour, avec d’anciennes versions d’Android ?

De l'espionnage, vraiment ? 

Sur le sujet d’un possible « espionnage » audio de nos smartphones, les chercheurs sont divisés. En septembre 2019, l’entreprise de sécurité informatique britannique Wandera a réalisé des tests sur un iPhone et un Samsung Galaxy : dans une « salle de test audio », ils ont diffusé des enregistrements de conversation portant sur de la nourriture pour animaux, en boucle.

Résultat : « nous n'avons rien trouvé qui suggère que nos téléphones activent le microphone ou transfèrent des données en réponse aux sons. La consommation de données et la consommation de la batterie ont été minimes et, dans la plupart des cas, il n'y a pas eu de changement du tout. Nous n'avons pas vu de publicité d'aliments pour animaux de compagnie passer sur nos écrans après les tests ».

En outre, Wandera a analysé la consommation de données des assistants virtuels (Siri, Google Assistant) : « les volumes des données de nos tests sont beaucoup plus faibles que celles des assistants sur une période de 30 minutes, ce qui suggère que l'enregistrement constant des conversations et le téléchargement dans le cloud ne se produit sur aucune de ces applications testées. Si c'était le cas, on s'attendrait à ce que l'utilisation des données soit aussi élevée que la consommation de données des assistants virtuels. » 

D'autres solutions pour pister les utilisateurs 

L’entreprise de cybersécurité rappelle en outre que les annonceurs « n'ont pas besoin d'écouter nos conversations, parce qu'ils ont d'autres moyens astucieux pour pister les utilisateurs. Les données de localisation, le comportement de navigation, les adresses IP, les cookies et les profils de médias sociaux fournissent suffisamment d'informations pour prédire ce que vous voudrez acheter ».

Et s’il ne s’agissait que d’une coïncidence, finalement ? Si des publicités viennent vous parler de sujets que vous venez d’aborder avec vos amis, par exemple un voyage au Mexique, c’est peut-être parce que vous avez visité des sites qui ont fait naître en vous l’idée inconsciente de partir en voyage en Amérique latine, et que ces visites en ligne ont « guidé » les algorithmes de Facebook ou Google de la même façon. Ou peut-être, aussi, que les voyages au Mexique sont à la mode en France. Ou encore que vos propres amis ont effectué des recherches sur le Mexique peu de temps après avoir discuté avec vous, et que les algorithmes ont fait le lien.

 

Techniquement, c’est possible

Mais au-delà des théories du complot, d’autres scientifiques ont mené leurs propres tests, et viennent contredire ceux menés par les experts de compagnies de cybersécurité telles que Wandera. En Allemagne, deux chercheurs en IA et en réseaux de l’Université Technique de Berlin ont réalisé une véritable enquête, compilant des recherches antérieures et menant leurs propres expérimentations, afin d’étudier « la faisabilité de l'écoute des smartphones ».

Dans leur étude, dévoilée en juillet 2019 lors de l’IFIP (International Federation for Information Processing - Fédération internationale du traitement de l’information), en Caroline du Sud, ils « remettent en question l’hypothèse répandue selon laquelle les craintes d’espionnage sont infondées ».

Ainsi, écrivent-ils, « tout en confirmant l'absence de preuves empiriques confirmant les soupçons d’entreprise écoutant secrètement leurs utilisateurs à des fins publicitaires, nous ne pouvons exclure la possibilité que des attaques sophistiquées d'écoute clandestine à grande échelle soient couronnées de succès et ne soient pas détectées. En tenant compte des mécanismes de contrôle d'accès existants, des méthodes de détection et d'autres aspects techniques, nous soulignons les vulnérabilités et les lacunes de la recherche qui subsistent ».

Le rôle des "bibliothèques logicielles" 

Les chercheurs berlinois remarquent notamment que pour « inclure des fonctions d’analyse et de publicité » dans leurs applis, nombre de développeurs utilisent des codes écrits par d’autres sociétés, dans des « bibliothèques logicielles ». Ces bibliothèques tierces « partagent des permissions multimédias, comme l'accès au microphone, avec leur application hôte correspondante et bénéficient souvent d'un accès direct à Internet ».

Mais outre le fait qu’elles sont facilement privilégiées par les développeurs, « il est problématique de constater que ces derniers ont souvent une compréhension limitée ou nulle du code de la bibliothèque utilisée, qui peut également être modifié de façon dynamique au moment de son exécution », notent-ils. Ainsi, non seulement les utilisateurs, mais aussi les développeurs d'applications eux-mêmes peuvent ne pas être au courant de potentielles fuites en matière de protection de la vie privée, fondées sur l'abus des permissions accordées.

Un problème, des vulnérabilités 

Une vulnérabilité récemment mise à jour par la société de sécurité Checkmarx illustre bien ce dernier problème. Une faille d’Android permettait ainsi d’espionner les utilisateurs via la caméra et le microphone de leur smartphone, et était exploitable via des applications « vérolées », sans qu’il y ait besoin de demander l’autorisation des utilisateurs (donc à leur insu). Google semble avoir corrigé la faille, mais combien d’autres vulnérabilités similaires n’ont pas encore été découvertes ?

Techniquement, tout semble donc possible. « Le fait qu'aucune preuve d'écoute clandestine mobile à grande échelle n'ait été trouvée jusqu'à présent ne doit pas être interprété comme une évidence générale. Cela pourrait seulement signifier qu'il est difficile, voire impossible, dans les circonstances actuelles, de détecter efficacement de telles attaques », notent les chercheurs de l’Université Technique de Berlin.

En outre, ils constatent aussi que les fabricants tels qu’Apple et Google eux-mêmes pourraient fort bien être capable d’espionner leurs utilisateurs. Mais leurs OS étant « opaques » (même dans le cas d’Android, qui est basé sur un code open source, mais dont plusieurs applications et composants systèmes propriétaires sont fermés), « il n'y a aucune raison de supposer que les OS s'abstiennent d'utiliser des techniques sophistiquées d'obscurcissement pour dissimuler leurs pratiques de collecte de données ».

« Faisabilité technique » contre « faisabilité économique »

Concernant la « faisabilité économique » de telles pratiques, l’étude explique que les données collectées étant surtout susceptibles d’être analysées « hors contexte », difficile donc à priori pour des annonceurs d’en tirer une grande valeur.

De son côté, Wandera estime que l'enregistrement audio n’est pas le meilleur moyen pour recueillir des informations, car la retranscription de sons en textes pour analyse nécessiterait de très importantes capacités de calcul, surtout dans le cas d’une utilisation à grande échelle, et de gros progrès en matière d’IA (pour l’instant, la reconnaissance vocale n’est pas encore totalement au point). L’entreprise de sécurité note tout de même que si de telles pratiques se développaient, ce serait probablement sous forme de hackers parrainés par des États, dont la mission serait de pêcher des “poissons plus gros que les consommateurs moyens”.

La pub ciblée, le nerf de la guerre 

Mais selon les chercheurs allemands de l’Université Technique de Berlin, « on peut généralement supposer que les conversations privées contiennent beaucoup d'informations précieuses pour le profilage, surtout lorsque les personnes discutant entre elles expriment leur intérêt pour certains produits ou services. Il convient également de mentionner que certaines des plus grandes entreprises du monde tirent une part importante de leurs revenus de la publicité - pour Google et Facebook, cette part s'élevait à 85 % et 98 % en 2018. Il ne fait aucun doute que les données des capteurs des smartphones peuvent être très utiles à cette fin ».

Enfin, même s'il ne serait logiquement pas dans l’intérêt des GAFA de capter vos conversations à votre insu, au risque de salir leur image en cas de scandale, ceux-ci n’ont pas toujours un contrôle total sur ce que font les développeurs d’applis.

Diverses possibilités d'écouter 

Mais finalement, toujours sur un plan technique, il pourrait être possible de nous écouter sans jamais actionner les micros de nos smartphones. Les détecteurs de mouvement et « l’accéléromètre » de votre appareil, qui permettent à la base à certaines applis (de bien-être, ou encore de cartographie) d’orienter votre écran, de compter vos pas et de mesurer votre vitesse de déplacement, ou encore de détecter si vous êtes en voiture ou à pied, sont de plus en plus utilisés pour nous envoyer des pubs ciblées en fonction de notre géolocalisation et de nos mouvements.

Mais selon des chercheurs de l’université de Stanford et de Rafael Advanced Defense Systems, l'autorité israélienne pour le développement d'armes et de technologie militaire, ces « gyroscopes » peuvent aussi permettre de « reconstruire » des conversations en captant les vibrations de nos voix, puis en utilisant des algorithmes suffisamment sophistiqués. Des pirates informatiques pourraient ainsi aisément développer des programmes pour détourner l’accéléromètre, et nous espionner en « réassemblant » des signaux vocaux.

Si ce n’est donc pas nécessairement parce que votre micro est ouvert que vous risquez d’être écouté, ce n’est pas non plus parce qu’il est éteint et « bloqué » que votre smartphone ne demeure pas un mouchard potentiellement à l’écoute.

Mais s’il est possible, techniquement, de nous « écouter », tout dépend finalement de l’attitude des géants du Web, des développeurs et des fabricants. Pour que leurs pratiques demeurent éthiques, à nous, utilisateurs, de continuer à faire entendre nos voix. Sans les laisser nous échapper.

 

Macron, la 5G et les Amish

Par Le 26/09/2020

Plus rien ne m'étonne venant de lui. 

Qu'il soit méprisant pour tout ce qui ne correspond pas à sa vision du monde est une banalité dont tout le monde à conscience. 

Qu'il ignore même les alertes lancées par divers scientifiques à travers le monde et qu'il les assimile donc à une population Amish qui pour lui vivent toujours à l'âge de pierre ne le trouble pas un seul instant. Il englobe tous ceux qui n'ont pas sa vision comme des arriérés incurables, bas peuple ou scientifiques de renom. Peu importe. Lui a raison. 

Personnellement, je vois ce mépris du monde scientifique équivalent à celui que connaissent depuis plus de quarante ans les climatologues. Ou les épidémiologistes qui parlaient de l'émergence de zoonoses et des risques que l'humanité prenait. 

On voit bien où ça nous a mené. 

“Oui la France va prendre le tournant de la 5G” a annoncé Emmanuel Macron le 14 septembre 2020 à l'Elysée...

AFP

“Oui la France va prendre le tournant de la 5G” a annoncé Emmanuel Macron le 14 septembre 2020 à l'Elysée devant des entreprises du numérique, en ironisant sur ceux qui préfèreraient “le modèle Amish” et le “retour à la lampe à huile”.

La chemise sans cravate façon start-upper, les mains écartées sur son pupitre et le corps en avant comme le télévangéliste néolibéral qu’il a été en 2017, le président de la République s’apprête, devant un public conquis d’avance, à écraser une fois plus de son mépris celles et ceux qui n’embrassent pas avec enthousiasme les dessins que la classe bourgeoise conçoit pour les autres. Le lancement de la 5G est une étape essentielle pour toute une fraction de la classe dirigeante, une étape historique qui ne répond à aucune autre nécessité que celle d’offrir aux entreprises des télécommunications et à leurs actionnaires un relais de croissance.

Le petit parterre de chefs d’entreprise a-t-il été soulagé par la réaction du président face à l’opposition croissante au développement de la 5G dans le pays? Ou s’y attendaient-ils déjà? Certainement. Mais la sortie du chef de l’Etat a dû les ravir: non seulement elle valide la fuite en avant nommée 5G, et toutes les retombées financières qu’elle charrie, mais en plus elle apporte une charmante justification idéologique à de ce qui n’est finalement qu’un vulgaire business plan dépourvu de toute considération sociale, sanitaire et écologique, car c’est ainsi que fonctionne le capitalisme, n’en déplaise à ses chargés de communication.

Une charmante justification idéologique à ce qui n’est finalement qu’un business plan dépourvu de toute considération sociale.

Emmanuel Macron est venu rendre à ce relais de croissance (de dividendes) ce supplément d’âme qui manque tant aux développeurs de la 5G. Et si l’on a principalement retenu de sa sortie la référence drôle et exotique aux Amish –communauté nord-américaine dont on n’avait plus parlé en France depuis la sortie du thriller de Night Shyamalan en 2004– ce n’est pas le plus révélateur dans son propos.  

Macron est entre amis: les patrons de la French Tech ont massivement donné pour sa campagne de 2017, notamment lors de petits-déjeuners à Londres organisés par Albin Serviant, tête de pont du réseau londonien du patronat français des télécommunications. Il se sent soutenu, aimé, admiré, et c’est avec emphase qu’il aborde le sujet de la 5G: “La France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation” commence-t-il d’un ton résolu.

Qu’importe s’il claque le bec de sa Convention Citoyenne pour le Climat, sa réponse “démocratique” à la crise des gilets jaunes, des citoyens tirés au sort pour donner des préconisations écologiques suite au fiasco de la taxation du carburant et qui avait réclamé, à la fin de ses travaux en juin dernier, “un moratoire sur la mise en place de la 5G”.

Car l’Histoire n’attend pas. Le président, qui arbore le bronzage des gagnants de la mondialisation et le sens des certitudes écologiques de quelqu’un qui s’est éclaté en jet ski, n’a que faire de ces jérémiadespour lui, tournant de la 5G=tournant de l’innovation donc il faut y aller. Pas de débat possible. Pourtant, dans toute l’histoire du débat économique, le terme d’“innovation” n’a jamais induit la fin de la discussion car c’est un terme lui-même sujet à débat: il y a une définition purement économique, introduite par Joseph Schumpeter au début du 20e siècle, qui revient à caractériser une nouveauté qui peut sortir le capitalisme d’une stagnation à venir –c’est le cas de la 5G, c’est vrai. Mais il y a aussi une définition sociale, qui est plus qualitative, et qui nomme innovation une nouveauté qui répond à un besoin et présente une amélioration. Par exemple, le jet ski pour tous les plagistes amateurs de sensations fortes et de je m’enfoutisme écologique.

Or, dans une enquête récente sur les consommateurs européens, Le Monde concluait que “L’utilité du réseau de téléphonie de nouvelle génération ne semble pas évidente aux yeux des consommateurs des pays où il est déjà disponible. Ils n’y voient pour le moment aucun usage nouveau ou indispensable.” Ce n’est pas le cas de Stéphane Richard, le PDG d’Orange, qui a déjà annoncé que les forfaits 5G seront forcément un peu plus chers, et qu’il faudra changer de smartphone. Lui et ses actionnaires ont donc besoin de la 5G, mais les consommateurs? Rien n’est moins sûr.

Le président, qui arbore le sens des certitudes écologiques de quelqu’un qui s’est éclaté en jet ski, n’en a que faire: pour lui, 5G = innovation. Pas de débat.

Macron est bien conscient que le monde n’est pas composé de PDG d’Orange et de jeunes cadres enchantés par la perspective de pouvoir commander du Uber Eat plus vite que leur ombre, livrés par des jeunes précaires que le moindre accident de la route ruinera plus vite que l’éclair. Aussi a-t-il décoché sa seconde flèche avec une particulière délectation: “Et j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent, poursuit-il d’un ton navré, pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile: je ne crois pas au modèle Amish.”

Avant de parler des Amish, notons que le président introduit l’un des concepts favoris de la classe dominante sûre de son bon droit: la “complexité du monde contemporain”. Ce lieu commun selon lequel on vivrait dans un monde “de plus en plus complexe”, sous-entendu “de plus en plus difficile à comprendre”, c’est-à-dire en fait “impossible à saisir pour le Français moyen”. Bref, laissez faire les pros, que “jojo le gilet jaune” rentre chez lui.

Le monde est-il vraiment “de plus en plus complexe”? Il faudrait demander à un historien si l’Europe des guerres de religions, du commerce triangulaire et de la colonisation du monde pouvait s’appréhender avec un simple petit schéma. Toujours est-il que Macron dit à ses semblables, assemblés devant lui, qu’eux et lui savent bien que dans ce monde “complexe” la 5G a son rôle, alors que les demeurés qui pensent que le monde est binaire et basique pensent qu’elle est inutile voire nocive. Bref, ils veulent revenir à la “lampe à huile”. Ils veulent le Moyen Age. Ils veulent vivre dans une communauté Amish. Alors qu’on peut s’éclater en jet ski. Navrant.

Depuis plus de trente ans, c’est l’argument le plus vendeur du capitalisme néolibéral: c’est nous ou le chaos / L’URSS / La Corée du Nord. Avec la montée des aspirations écologistes, nouveau pan de la critique du capitalisme, le thème varie: la seule alternative au productivisme serait désormais le retour à la bougie, les pulls qui grattent et donc la lampe à huile.

Bien entendu, si le Président de la République avait eu face à lui des contradicteurs, il aurait été forcé d’être un peu plus sérieux. Car, on l’a vu, sa sortie n’est qu’un tissu de mensonges, d’exagérations et de caricatures mais qui prend les atours de la raison, du bon sens et de la vérité scientifique. C’est ce qu’on appelle une idéologie: une vision du monde sans grand rapport avec la réalité sensible et qui demeure en surplomb de celle-ci afin de préserver et d’étendre les intérêts d’un groupe. La classe bourgeoise se nourrit par exemple d’un ensemble de mots (“innovation”, “collaborateurs”, “complexité”…) et de mythes (“les riches ont pris des risques”, “le capitalisme peut être éthique” etc…) qui n’ont aucun lien avec la réalité vécue mais qui sont régulièrement utilisés par des journalistes, artistes et politiques qui, par aplomb et répétition, rendent crédibles et naturels ces mensonges.

 

L'argument le plus vendeur du capitalisme néolibéral, c’est nous ou le chaos/l’URSS/la Corée du Nord. Avec la montée de l'écologie, le thème varie: c'est le productivisme ou la bougie.

 

Macron a cette fonction, en plus de celle d’appliquer des politiques favorables aux intérêts des plus riches: déployer son talent et son “aura” présidentielle pour masquer la réalité des rapports sociaux, des enjeux climatiques, de la violence sociale derrière un discours mensonger mais convainquant par imprégnation.

“Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler” déclarait-il sans complexe à des passants en 2016, véhiculant le mythe selon lequel on obtient argent et prestige par un simple travail acharné –et l’idée selon laquelle porter un costard est quelque chose de désirable. “Je traverse la rue et je vous en trouve” avait-il déclaré à un jeune chômeur en 2018, validant le mythe selon lequel le chômage est d’abord lié au manque de volonté –et non au manque d’emploi.

La sortie sur les Amish n’est donc que la poursuite d’une mission idéologique qui passe par l’ironie et le mépris car Macron est un idéologue d’un genre particulier, en parfaite cohérence avec la violence sociale de son époque. Il n’est ni un orateur ni un pédagogue, il est un provocateur: mettant les rieurs de son côté, il défend sans complexe la classe sociale qui l’a porté aux nues en 2017, et qui demeure sa base électorale la plus fidèle. Il leur a offert la fin de l’ISF, les ordonnances travail et il leur servira la 5G sur un plateau d’argent, l’humour et le mépris en cadeau.

 

Après le chaos et l'URSS, le nouveau diable Amish du télévangéliste

LE PASSAGER CLANDESTIN

“La guerre des mots, combattre le discours politico-médiatique de la bourgeoisie” de Nicolas Framont et Selim Derkaoui, à paraître le 22 octobre, en savoir plus ici

 

"Derrière nos écrans de fumée"

Par Le 26/09/2020

"Jamais, dans l'histoire, il n'y a eu cinquante concepteurs prenant des décisions ayant un impact sur deux milliards de personnes."

Tristan Harris, éthicien, ancien cadre chez Google

Cette phrase est effectivement effrayante. Il est si facile d'accuser un tel d'être un dictateur dans son pays. C'est peut-être vrai mais si on observe la puissance des algorithmes et leur influence sur les populations du monde entier, ne doit-on pas se poser la question de cette forme de puissance. Une puissance qui ne dit pas son mom mais qui oeuvre véritablement à son propre pouvoir. Tout comme le fait n'importe quel dictateur. Quels qu'en soient les effets sur la population. Maintenant, il est clair, comme le fait l'auteur de l'article, qu'on doit s'interroger sur les intentions des concepteurs de ce documentaire qui encourage les spectateurs à le diffuser sur les réseaux sociaux. On sait combien les dictateurs sont parfois remarquablement doués pour s'attirer l'adhésion des peuples en dénonçant des maux dont ils sont eux-mêmes les concepteurs. Il n'est qu'à constater d'ailleurs que le documentaire ne propose clairement pas de solutions à ce constat. C'est très représentatif des fonctionnements des médias de toutes sortes : la dénonciation, la mise en avant des problèmes, la recherche de coupables, les projections alarmistes. Mais rien de concret quand il s'agit de concevoir une autre voie.

Le monde politique est très doué pour dénoncer les défauts de leurs adversaires et pour proposer des solutions. Les politiciens sont tout autant doués pour ne pas les appliquer quand ils ont pris le pouvoir. 

Il ne faut pas davantage attendre de propositions des réseaux sociaux puisqu'ils sont aux mains de gens qui n'ont aucunement l'intention que ce monde consumériste change. Dénoncer les fonctionnements pervers de ce monde n'est juste qu'un moyen d'augmenter les revenus. 

Et moi alors ? Pourquoi est-ce que je ne propose rien puisque je ne fais que dénoncer un fonctionnement que je considère comme néfaste ? Et qu'en plus, j'use des réseaux sociaux pour dénoncer leurs dérives...

Mais moi, je ne suis rien. Et je ne demande rien de plus. 

Les solutions que je connais, je me les applique. C'est à chacun, en son âme et conscience, de chercher sa voie. 

Disponible sur Netflix depuis le 9 septembre, le documentaire \"Derrière nos écrans de fumée\" est une violente diatribe contre les géants de la Silicon Valley, accusés de mener l\'humanité à sa perte.
Disponible sur Netflix depuis le 9 septembre, le documentaire "Derrière nos écrans de fumée" est une violente diatribe contre les géants de la Silicon Valley, accusés de mener l'humanité à sa perte. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

Ils sont ainsi une quinzaine à se relayer pour décrypter le modèle économique de Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Google et tant d'autres. L'objectif : alerter sur les effets de la dépendance aux smartphones, qu'ils comparent à une "tétine numérique". Rien de nouveau. Sauf que cette fois, le message est porté par d'anciens cadres dirigeants, ingénieurs ou fondateurs de ces services, qui semblent lancer un cri d'alarme, dans ce documentaire choc, qui soulève beaucoup de problèmes, sans toutefois apporter de solution.

Un format efficace

La particularité de ce film réalisé et coécrit par l'Américain Jeff Orlowski, déjà aux manettes de documentaires sur le changement climatique, est d'entrecroiser ces interviews avec une fiction mettant en scène une famille ordinaire. Tous plus ou moins dépendants à leur téléphone, les membres de la famille ne communiquent presque plus entre eux. La benjamine, complexée après avoir reçu un commentaire sur son physique, souffre d'un problème d'estime de soi. L'aîné succombe peu à peu aux sirènes de l'extrême droite, à force de regarder les vidéos YouTube que lui recommande un algorithme. Celui-ci est représenté sous la forme d'un centre de contrôle dirigé par trois individus qui observent jour et nuit ses interactions numériques. Leur objectif est clair : le rendre captif, le plus de temps possible, par tous les moyens.

Slyler Ginsondo interprète Ben dans la partie fictionnelle de \"Derrière nos écrans de fumée\".
Slyler Ginsondo interprète Ben dans la partie fictionnelle de "Derrière nos écrans de fumée". (EXPOSURE LABS / NETFLIX)

Si ces scènes ont parfois l'apparence d'un épisode raté de Black Mirror, elles ont le mérite, surtout pour les plus jeunes spectateurs, de mettre en scène les propos parfois très théoriques des intervenants. Le procédé est grossier, mais efficace pour démontrer les actions engendrées par nos comportements, aussi anodins soient-ils. De l'autre côté, on prête évidemment une attention toute particulière aux interviewés alignant des CV qui forcent le respect, comme devant l'inventeur du bouton "J'aime" ou du défilement infini.

Les données collectées ne sont pas le problème

On agite souvent le spectre de la data, ces données personnelles que collectent toutes ces entreprises pour les vendre au plus offrant. Derrière nos écrans de fumée pousse l'analyse beaucoup plus loin. Ce ne sont pas seulement les données le problème, mais le comportement des utilisateurs. Il est rappelé que si nous ne payons pas pour un produit, alors, c'est que nous sommes le produit. Et si l'on assiste à une "dérive" des usages depuis quelques années, c'est parce que celle-ci fait intégralement partie de la stratégie de ces sociétés.

Jamais, dans l'histoire, il n'y a eu cinquante concepteurs prenant des décisions ayant un impact sur deux milliards de personnes.Tristan Harris, éthicien, ancien cadre chez Google

Il ne s'agit pas d'un phénomène qui aurait totalement échappé aux concepteurs des réseaux sociaux, explique Derrière nos écrans de fumée. Le défilement infini (scrolling), les notifications incessantes qui poussent à consulter en permanence son téléphone, les "..." qui clignotent lorsqu'un interlocuteur rédige un message, tout est pensé pour que nous ne décrochions pas de ces écrans. Pas seulement dans le but de vendre de la publicité. Le dessein est beaucoup plus ambitieux : influencer nos actions et même notre façon de penser.

D'autant qu'il est facile d'être manipulé, lorsque les occurrences suggérées par le moteur de recherche de Google ou par le fil d'information de Facebook sont ultra-personnalisées et dépendent de la personne qui les consulte. Au fil du temps passé à renseigner plus ou moins directement les différents algorithmes, chacun finit par n'accéder qu'à sa propre réalité.

Progressivement, on intègre l'idée fausse que tout le monde est d'accord avec nous, parce que notre flux d'actualité ne montre que cela. Une fois dans cette disposition, on se fait aisément manipuler.Roger McNamee, investisseur aux débuts de Facebook

La démonstration, anxiogène à souhait, est implacable. Soutenus par des images d'émeutes dans le monde, agitant la perspective d'une guerre civile, les témoignages se veulent extrêmement alarmistes.

Des révélations qui sont à temporiser

Qu'il s'agisse de la polarisation des débats dans nos démocraties, de l'augmentation exponentielle des hospitalisations pour automutilation, ou des suicides chez les adolescentes américaines, tout serait de la faute des réseaux sociaux ? La réalité est un peu plus complexe et le documentaire manque cruellement de contre-point et de contextualisation historique. Comme le rappelle le site américain The Verge (en anglais)"il est choquant de constater à quel point l'idée que les réseaux sociaux sont les uniques responsables de tous les maux de notre société plaise à autant de personnes". Car le documentaire cartonne. Depuis sa mise en ligne, il se classe dans de nombreux pays (dont la France et les Etats-Unis) parmi les dix contenus les plus vus sur Netflix.

On peut également s'interroger sur ce qui pousse ces anciens cadres et ingénieurs qui avaient vendu leurs âmes au dieu de la tech à se repentir ainsi. Dans un texte publié par The Conversationalist (en anglais), l'essayiste irlandaise Maria Farrell les compare au fils prodigue de l'Évangile selon saint Luc, pour leur côté "j'étais perdu, mais je suis retrouvé". Tous ces ex-employés donnent l'impression d'avoir enfin vu la lumière. Comme Justin Rosenstein, qui a contribué à créer le bouton "J'aime", dont il assure qu'il était destiné à "favoriser l'optimisme et l'amour dans le monde".

Hypocrisie du procédé

Il est aussi assez paradoxal que Derrière nos écrans de fumée soit diffusé sur Netflix, qui utilise justement des algorithmes pour faire des suggestions à ses abonnés. Le comble de la tartuferie apparaît à la fin du documentaire, lorsque le réalisateur invite le public à se rendre sur son site web. Parmi les actions recommandées pour éviter la fin de l'humanité, le spectateur est encouragé à promouvoir le documentaire… sur les réseaux sociaux. On sera sensible à l'ironie, ou l'hypocrisie, du procédé.

Tristan Harris, éthicien du web témoigne dans le documentaire \"Derrière nos écrans de fumée\".
Tristan Harris, éthicien du web témoigne dans le documentaire "Derrière nos écrans de fumée". (EXPOSURE LABS / NETFLIX)

Et maintenant, on fait quoi ?

Quelle est l'utilité d'un tel documentaire ? Les intervenants ne proposent pas vraiment de solution, une fois le constat alarmant exposé. Il faut attendre la toute fin pour que soit esquissé un semblant de solution. Pour Tristan Harris, "cette machine ne fera pas marche arrière sans une énorme pression des gens", en usant des technologies s'il le faut. D'autres recommandent de "désinstaller les applications qui nous font perdre notre temps, comme les informations et les réseaux sociaux", de supprimer (ou réduire) les notifications, de remplacer Google par Qwant, le moteur de recherche qui ne conserve pas d'historique, de ne jamais regarder une vidéo suggérée par YouTube...

De son côté, le site internet The Quint (en anglais) a listé les dix choses à faire après avoir regardé Derrière nos écrans de fumée, et propose des actions concrètes. Vous pouvez vous y mettre dès maintenant, avant d'éteindre votre téléphone.

Cotation de l'eau en bourse

Par Le 26/09/2020

Il fallait s'y attendre...

La particularité des marchés boursiers, c'est l'anticipation.

Les financiers anticipent donc que l'eau va devenir une ressource de plus en plus rare. Et comme tout ce qui est rare est chère, ils inventent un marché de l'eau.

Il n'y a pas de morale dans les marchés financiers, il n'y a que le business. Et pour comprendre le monde économique, rien ne vaut de tenter de décrypter les mouvements des marchés financiers. Ça donne une idée de l'avenir. 

Je suis grand-père depuis deux jours. Un petit garçon. Et autant la joie est intense, autant l'inquiétude de son avenir dans ce monde est forte. 

 

Par David Wagner 

Investing.com – Il existe des contrats à terme (futures) sur à peu près toutes les matières premières, des matières premières les plus connues comme l'or et le pétrole, aux produits plus spécifiques comme le bétail ou le jus d'orange.

Mais jusqu'à présent, il n'existait pas de contrats à terme sur l'eau.

C'est désormais chose faite, puisque l'opérateur boursier CME Group a annoncé jeudi qu'il avait lancé un contrat à terme sur l'eau en collaboration avec le Nasdaq. Le contrat sera basé sur le Nasdaq Veles California Water Index, qui a été créét en 2018.

Le groupe CME a déclaré dans le communiqué de presse annonçant le contrat à terme sur l'indice Nasdaq Veles California Water Index qu'il "sera un outil innovant, le premier du genre, pour fournir aux utilisateurs agricoles, commerciaux et municipaux de l'eau une plus grande transparence, la découverte des prix et le transfert des risques - ce qui peut aider à aligner plus efficacement l'offre et la demande de cette ressource vitale".

Chaque contrat représentera 10 acres-pieds d'eau et sera réglé sur la base de l'indice. Chaque semaine, l'indice fixe un prix au comptant pour les droits d'eau, basé sur la moyenne des prix pondérés en fonction du volume sur les cinq plus importants marchés de l'eau couvrant l'immense État.

L'utilisation de l'eau est une préoccupation particulièrement pressante en Californie, car de grandes parties de l'État sont arides, recevant peu de pluie ou de neige. Dans le même temps, la région de la Central Valley abrite certaines des fermes américaines les plus importantes et les plus actives, qui produisent des denrées alimentaires destinées à être vendues sur le marché national et même à l'étranger, et qui consomme des quantités astronomiques d'eau. En effet, selon le CME Group, 40 % de la consommation d'eau de l'État est utilisée à des fins agricoles.

Mais les préoccupations en ce qui concerne l'eau dépasse largement les frontières de cet Etat.

"Avec près des deux tiers de la population mondiale qui devrait être confrontée à des pénuries d'eau d'ici 2025, la pénurie d'eau présente un risque croissant pour les entreprises et les communautés du monde entier, et en particulier pour le marché de l'eau californien qui représente 1,1 milliard de dollars", a déclaré Tim McCourt, responsable mondial de l'indice des actions et des produits d'investissement alternatifs de CME Group.

"Il est de plus en plus important pour CME Group de développer des outils de gestion des risques qui répondent aux préoccupations environnementales croissantes. Ce nouveau contrat innovant dans le domaine de l'eau s'appuie sur notre solide partenariat avec le Nasdaq, ainsi que sur nos 175 ans d'expérience dans l'aide aux utilisateurs finaux et aux autres acteurs du marché pour la gestion des risques sur les marchés des matières premières essentielles, notamment l'agriculture, l'énergie et les métaux".

"Le Nasdaq Veles California Water Index contribue à améliorer les résultats des acteurs du marché de l'eau grâce à la découverte vérifiable des prix", a déclaré Lauren Dillard, vice-présidente exécutive et responsable des services d'information mondiaux du Nasdaq.

"Notre collaboration avec CME Group a le pouvoir d'apporter une plus grande transparence autour de la gestion d'une ressource naturelle importante" a-t-elle ajouté.

On peut toutefois également supposer que le développement des produits dérivés basés sur l'eau entrainera des spéculations et pourrait avoir un impact haussier sur le prix de la ressource, ce qui pourrait ouvrir la voie à de nombreux problèmes. Dans tous les cas, cela "monétise" en quelques sortes l'eau, ce qui ne semble pas réellement être une bonne idée pour une ressource naturelle qui est indispensable pour tous les êtres vivants.

Les prédictions de Didier Raoult

Par Le 22/09/2020

Je sais bien que ce professeur est la cible de tas de gens, des spécialistes, des non-spécialistes, des financiers qui aimeraient que Gilead ou autres soient les premiers à sortir un traitement, autre que l'Hydroxychloroquine, des politiciens qui aimeraient être assurés qu'il faut soutenir ce Professeur ou le démolir pour le dévellopement de leur propre carrière,  etc etc etc

Mais bon, le mieux, dans tout ce fatras, pour essayer de comprendre, c'est de chercher dans les bases de données historiques.

Et là, ce document de la main du professeur Raoult, mérite d'être lu. Il a été écrit et diffusé en 2003.

Je ne prends pas partie. Je ne suis pas compétent. J'essaie de comprendre des données qui ne sont pas diffusées par les médias. 

http://www2.cnrs.fr/sites/thema/fichier/bioterrorisme03.pdf

5° - La cinquième menace est celle de virus émergents.

Les années 1970 ont permis de voir apparaître les virus des fièvres hémorragiques en Afrique et en Amérique du Sud (Lassa, Ebola, Machupo). Les épidémies ont été pour l’instant limitées, mais ont posé le problème de la manipulation d’agents extrêmement pathogènes, éventuellement contaminants par aérosols au laboratoire et qui, avec une mortalité brutale et fréquente, constitueraient une menace équivalente à celle de la grande peste du Moyen-Age si la transmission interhumaine par aérosol devenait naturelle.

Les années 1980 ont été celles du Sida et les années 1990 celles de l’hépatite C. Le risque actuel d’apparition de mutants de virus respiratoires, en particulier de la grippe, est le phénomène le plus redoutable. Un nouveau mutant grippal est apparu en 1999 à HongKong. Ce virus d’origine aviaire, fréquemment mortel, a rapidement pu être contrôlé mais le prochain mutant grippal pourrait ne pas l’être.

Le risque épidémique par les maladies Rapport de Mission Pr. D. Raoult 22 transmises par voie respiratoire est extrêmement important, du fait de la densification de la population humaine.

Actuellement, plus d’un milliard 600 millions d’hommes vivent dans des villes dont 24 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants, la plupart se trouvant maintenant dans des pays de faible niveau économique.

Entre 500 millions et 1 milliard de voyages par avion se dérouleront dans tous les coins de la planète au cours de l’année 2003, et la mutualisation d’un virus transmissible par voie respiratoire sera extrêmement rapide. Ce type d’événement, la mutation brutale puis l’introduction d’un virus d’origine animale dans le monde humain, sont des événements rares, chaotiques mais qui peuvent avoir des conséquences extrêmement rapides et extrêmement dangereuses.

Seule l’implantation durable de centres de recherche et de surveillance en pays tropical permettra la détection précoce de ces nouveaux agents.

Notre préparation face à ces événements chaotiques est faible ; ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que l’époque ne prête pas à la prévision d’événements catastrophistes (Cassandre est toujours ridicule !).

Les besoins sociaux relayés par la presse sont des besoins immédiats ; ils répondent à des peurs spontanées qui sont rapidement chassées par d’autres peurs ou inquiétudes.

Dans ces conditions, mettre en place un système qui permette d’éviter les conséquences dramatiques d’événements improbables et à long terme est extrêmement difficile. Il est même vraisemblable que cela soulèverait dans la presse des commentaires extrêmement négatifs dénonçant le catastrophisme, la paranoïa, voire le gaspillage. Pourtant, le coût des réactions en urgence est bien supérieur à celui de la prévention.

Pour exemple, le coût généré par la prévention de l’infection par le nouveau variant de la maladie de Creutzfeld-Jacob (maladie de la vache folle) dans les hôpitaux, par rapport au bénéfice en terme de santé publique, est invraisemblablement élevé. Ainsi donc, une politique de surveillance à long terme nécessite le courage politique d’investir dans des phénomènes qui ne sont pas médiatiquement intéressants, qui sont parfois même inquiétants pour la population (construction de P4, de P3) et qui nécessitent un peu de pérennité dans les choix.

Par ailleurs, les maladies contagieuses contredisent l’évolution individualiste spectaculaire de notre société ces dernières années. En effet, la gestion des maladies Rapport de Mission Pr. D. Raoult 23 infectieuses peut amener à remettre en cause la liberté individuelle. C’est le cas de l’isolement nécessaire pour éviter la contamination lorsque les patients sont contagieux, c’est le cas de la déclaration obligatoire des maladies et c’est le cas de la vaccination obligatoire dans le cadre des maladies contagieuses. Ce peut être aussi la justification de l’obligation de soins pour d’autres maladies contagieuses.

Les hommes constituant une espèce unique, le comportement individuel des humains peut avoir une conséquence sur la santé de l’ensemble de la population. C’est ainsi que l’on a pu identifier un étudiant guinéen qui a importé le choléra en Afrique noire à partir d’URSS et qui a causé secondairement des millions de morts. Ainsi donc, la liberté individuelle de chacun et les choix personnels peuvent contredire les besoins de la société d’une manière très tangible.

La différence de développement qui est en train de se creuser entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres laisse espérer pour les plus riches que les maladies des plus pauvres resteront cantonnées dans le tiers monde. S’agissant des maladies contagieuses, ceci n’est pas vraisemblable.

L’espèce humaine est unique, les microorganismes se déplacent et toute émergence d’un nouveau pathogène dans n’importe quel pays du monde lui permettra une rapide extension sans qu’aucun contrôle ne soit réalisable aux frontières. Ceci signifie que les pays les plus riches (y compris dans le cadre du plus parfait égoïsme) doivent se préoccuper d’une manière très attentive de la santé en terme de maladies contagieuses des pays les plus pauvres. Ceci est d’autant plus vrai que la constitution progressive de mégapoles, quand elles ne sont pas associées au développement sanitaire permettant un minimum d’hygiène, va donner, par l’augmentation de la population et la promiscuité, l’opportunité pour de nouveaux pathogènes de se développer extrêmement rapidement.

Les conditions dans ces mégapoles sont réunies pour permettre l’apparition de microorganismes extrêmement dangereux."

Iain Levison

Par Le 21/09/2020

Un autre auteur que j'ai découvert ces derniers temps. 

Des lectures addictives. Policiers et société américaine, celle de la rue, celle des politiciens, celle des truands, des petites gens, celle de la corruption ou de la débrouillardise, celle de l'amitié ou du mensonge, de la trahsion ou de l'honneur, celle de la guerre, de ceux qui la font et ceux qui en profitent. J'ai lu ses quatres derniers ouvrages. Pas une seule ligne ne mériterait d'être retirée. 

 

"Pour services rendus"

Pour services rendus par Levison
AJOUTER À MES LIVRES

 

LIRE UN EXTRAIT


Fanchita Gonzalez Batlle (Traducteur)

EAN : 978B082MMC87G
236 pages
Éditeur : 
LIANA LÉVI (09/01/2020)


Note moyenne : 3.81/5 (sur 81 notes)

Résumé :

En 1969, ils étaient au Vietnam, embourbés dans la jungle et dans une guerre de plus en plus absurde. Fremantle, sergent aguerri, à la tête d'une section de combat, Drake, jeune recrue pas très douée. En 2016, ces deux-là se retrouvent, après quarante-sept ans? L'ancien sergent dirige sans enthousiasme le commissariat d'une petite ville du Michigan, et le soldat malhabile est un sénateur en campagne pour sa réélection. Ce dernier a raconté ses faits d'armes au Vietnam, version Disney Channel, pour s'attirer un électorat de vétérans, et il recourt à son ancien chef pour les valider. Ce ne sera qu'une petite formalité, une interview télévisée amicale, dans laquelle Fremantle ne devra pas vraiment mentir, non, il devra juste omettre de dire toute la vérité. Pas de quoi fouetter un flic?Un roman au vitriol, où le mensonge est le nerf de la guerre et de la politique.

EXTRAIT : 

Un dialogue entre un flic, vétéran du Vietnam et un politicien.

"Qu'est-ce qu'il y a de si dur dans le fait de perdre ?

-Perdre ? " L'horreur de perdre est chez Devlin un sujet d'exaltation instantanée. Il se penche sur la table, les yeux brillants, la voix plus animée que Fremantle lui a jamais entendue.

"Vous n'avez pas envie de perdre dans une campagne. Parce que tout ce que vous faites n'aura servi à rien. Absolument tout. Tous les appels pour mendier de l'argent, tous les tracts, les pin's, les pancartes,  les locations de voitures, l'enthousiasme. Tout ça pour des clous. Et vous savez ce qui est le pire ? Vous faites des choses terribles. Vous divulguez des informations personnelles sur votre adversaire ou vous laissez entendre qu'il a eu des rapports sexuels avec une mineure ou vous montez un coup pour proposer de la drogue à un de ses enfants et pouvoir le prendre en photo en train de se faire une ligne de coke dans la semaine suivant sa cure de désintoxication. Et vous perdez quand même. Vous perdez, putain. Si vous faites des horruers et que vous gagnez, c'est bien, parce que vous êtes maintenant dans le foutu gouvernement américain et qu'il a fallu ça pour que vous arriviez là. Mais si vous faites des horreurs et que vous perdez, vous n'avez rien. Vous n'êtes qu'un foutu raté qui a vendu son âme pour un camion-benne plein de pancartes. 

-C'est ce que vous avez fait ? demanda Freemantle en faisant allusion à la drogue proposée à l'enfant de l'adversaire. 

Devlin ne le regarde pas. Il a un rire amer.

"Vous autres, vous pensez que nous sommes fiers de ce que nous faisons. Vous croyez que nous ne savons pas faire la différence entre le bien et le mal. Mais nous savons. C'est un choix. Nous l'assumons et nous faisons ce qu'il faut pour gagner, parce qu'il n'y a pas d'autres choix possible. Il n'y a pas d'autre façon d'effacer cette sensation que de gagner. Vous ne savez pas ce que c'est que renoncer à votre honneur et perdre.

-Bien sûr que si. J'étais au Vietnam."

 

Iain Levison

AJOUTER UNE PHOTO

Note moyenne 3.78 /5 (sur 1633 notes)

394 Critiques

BIOGRAPHIE & INFORMATIONS

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Aberdeen (Ecosse) , 1963
Biographie :

Iain Levison, est né en 1963 à Aberdeen ( Écosse), a grandi aux États-Unis et vit en Caroline du Nord.

Son premier livre, Tribulations d'un précaire est un récit autobiographique sur les 42 petits boulots qu'il a exercés à la fin de sa licence de lettres.

À la fin de son parcours universitaire, il a exercé toutes sortes de métiers pendant dix ans, de conducteur de camions à peintre en bâtiments, de déménageur à pêcheur en Alaska avant d’écrire son premier roman! Tous ces jobs inspireront son premier livre , "Un petit boulot", traduit dans plusieurs pays, très remarqué par la presse et le public et adapté pour le cinéma par Pascal Chaumeil avec Romain Duris et Michel Blanc.

"Une canaille et demie" (Piccolo 2007) et "Tribulations d’un précaire" (Piccolo 2009) ont été également très bien accueillis.

Son roman "Arrêtez moi là !" (2011) est inspiré de faits réels, il se met à la place d'un chauffeur de taxi accusé à tort de l'enlèvement d'un enfant.

Carlos Ruiz Zafon

Par Le 21/09/2020

 

Carlos Ruiz Zafón

Meilleur Livre - Etranger - 2004

 

 

"Le moyen le plus efficace de rendre les pauvres inoffensifs est de leur apprendre à vouloir imiter les riches."

 

Cette phrase...Il y aurait tellement à en dire. Elle est si cruellement juste. La majeure partie de l'humanité est ancrée dans ce fonctionnement. Nous, peuple d'en bas, ne sortirons jamais de ce marasme existentiel tant que nous resterons emprisonnés par cette quête matérialiste qui nous prive de notre liberté de penser, d'agir, de vivre, par ces images de la puissance financière des nantis. Le problème vient du fait que nous sommes insérés dans une matrice économique qui nous bride, nous épuise, nous formate. La seule solution est d'en sortir, autant que faire se peut. C'est là que la quête de l'autonomie alimentaire, de l'autonomie énergétique, de l'autonomie spirituelle ouvre le champ des possibles. C'est là que le choix de la décroissance offre l'opportunité de mieux vivre, de vivre plus sereinement, sans se soumettre à cette course sans fin de l'accès à l'autonomie financière. Nous ne serons jamais financièrement autonomes car c'est une dmension qui n'est jamais assouvie et qui de surcroît s'auto-entretient par la peur constante de la perdre. Il n'est qu'à voir les Warren Buffet, Jeff Bezos ou autres multi-milliardaires qui n'ont de cessse d'augmenter encore et encore leur magot. Ils appartiennent à leur puissance financière. Si nous voulons atteindre une vie sereine, ça n'est pas l'enrichissement ou les rêves d'enrichissement ou les contemplations jalouses des "people" qui nous la donneront. Parce que nous ne serons jamais libres, intérieurement. 

1894 Critiques

BIOGRAPHIE & INFORMATIONS

Nationalité : Espagne
Né(e) à : Barcelone , le 25/09/1964
Mort(e) à : Los Angeles , le 19/06/2020
Biographie :

Carlos Ruíz Zafón est un écrivain espagnol.

Fils d'un agent d'assurances et d'une mère au foyer, il a passé onze ans chez les jésuites, au collège Saint-Ignace à Barcelone. A l'âge de quatorze ans, il écrit son premier roman, à vingt ans, il choisit pourtant de faire carrière dans la publicité, où il monte vite en grade, devient un créatif convoité.

En 1992, il quitte l'agence publicitaire pour se consacrer à son roman jeunesse "Le prince du brouillard" ("El principe de la niebla", 1993), le premier tome du "Cycle de la brume" ("La trilogía de la niebla"), qui gagne le prix de la jeunesse d'Edebé en 1993.

Son premier roman pour adultes, "L'Ombre du vent" ("La sombra del viento", 2001), décrit un Barcelone des années 1950, mystérieuse, écrasée sous le poids du franquisme, où des écrivains fantômes disparaissent après avoir signé des livres de légende.

Il a obtenu de nombreux prix dont le prix du Meilleur livre étranger 2004.

Premier tome de la série "Le Cimetière des livres oubliés" ("El cementerio de los libros olvidados", 2001-2016), il a été couronné de nombreux prix, dont le prix du Meilleur livre étranger 2004, traduit dans plus de trente langues et vendu à 14 millions d'exemplaires et l'introduit à la cinquième place des écrivains de fiction les plus vendus en Europe en 2009.

Ses romans, "Le jeu de L'Ange" ("El juego del ángel", 2008) et "Le Prisonnier du ciel" ("El prisionero del cielo", 2011) connaissent également un large succès.

Depuis la parution de "L'Ombre du vent", Carlos Ruiz Zafon est l'auteur espagnol vivant le plus lu au monde. En janvier 2010, le classement de plusieurs magazines dédiés à l'édition, dont "Livres-Hebdo" en France et "The Bookseller" en Grande-Bretagne, l'introduit à la cinquième place des écrivains de fiction les plus vendus en Europe en 2009.

Le romancier souffrait d'un cancer du colon depuis des années. Il est mort à 55 ans.

Pour les dix prochaines années

Par Le 12/09/2020

Voilà ce qui occupe nos pensées et ce qui va se mettre en place : le jardin forêt. Il faut compter dix ans pour être en situation de production pérenne. 

On voit tous à quel point les sécheresses successives deviennent considérablement difficiles pour la nature et pour les terres nourricières. Il existe un "contre-feu" qui permet de maintenir la production des plantes alimentaires, même par manque de pluviométrie: le jardin forêt. Youtube propose de nombreuses vidéos sur le sujet. 

On pourrait rétorquer que dix ans, c'est trop long mais ça sera encore plus long si on ne démarre pas le plus vite possible...De toute façon, sans ça, il ne faudra pas compter parvenir à l'autonomie alimentaire au vu des hausses de température et de la baisse de la pluviométrie dans les années à venir.

 

« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il nous prenne par la gorge. » » Winston Churchill

C'est la maxime idéale par les temps qui courent. 
Et il faut lui adjoindre la suivante pour ceux qui seraient encore réticents à s'engager dans cette voie.

"Entre la civilisation et la barbarie, il y a cinq repas." Winston Churchill.

 

Il s'agissait des deux phrases en exergue du tome 3 en cours d'écriture :

"Les héros sont tous morts/ Tous, sauf elle/ Il faudra beaucoup d'amour."

 

Mais au final, ces livres ne me nourriront pas. Ils ne sont donc pas prioritaires. Ils auront par contre contribué à me convaincre que tout ce que j'écrivais là-dedans est inéluctable. Mais il me servirait à quoi de l'écrire si je ne fais rien dans la réalité ? 

 

 

Pierre Rigaux.

Par Le 12/09/2020

« L’être humain ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de la réflexion sur l’avenir de la planète »

 

Durée de lecture : 18 minutes

26 avril 2019 / Entretien avec Pierre Rigaux
 

     https://reporterre.net/L-etre-humain-ne-devrait-pas-etre-l-alpha-et-l-omega-de-la-reflexion-sur-l
 

«<small class="fine d-inline"> </small>L'être humain ne devrait pas être l'alpha et l'oméga de la réflexion sur l'avenir de la planète<small class="fine d-inline"> </small>»

Quel est le rôle des naturalistes dans la défense de la biodiversité ? Faut-il connaître la nature pour la protéger ? Quelles contraintes pèsent sur les ONG environnementalistes ? Pierre Rigaux, dans cet entretien, explique pourquoi il a quitté la Ligue de protection des oiseaux pour s’engager publiquement, notamment contre la chasse et les tirs de loups.

Reporterre poursuit une série d’entretiens de fond avec celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui. Parcours, analyse, action : comment voient-elles et voient-ils le monde d’aujourd’hui ? Aujourd’hui, Pierre Rigaux, naturaliste spécialiste des mammifères, membre de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) et de Cap loup, militant contre la chasse et les tirs de loups.


Reporterre — Comment en êtes-vous venu à l’écologie ?

Pierre Rigaux — J’ai grandi à l’interface entre la banlieue et la campagne, au nord de l’Île-de-France. Enfant, j’ai été frappé par l’urbanisation qui avançait à vue d’œil. En quelques mois, un bosquet était remplacé par des lotissements. Il y avait aussi la culture intensive : dans notre lieu de vacances, là où je voyais des pies-grièches dans des haies, il n’y avait l’année suivante qu’un immense champ vide. J’étais attiré par tout ce qui est sauvage, sans emprise humaine, et je voyais ça être détruit petit à petit.



Comment acquiert-on une telle connaissance sur le monde sauvage ?

J’ai passé beaucoup de temps sur le terrain. À l’époque, il n’y avait pas Internet, j’ai appris dans des ouvrages sur les traces d’animaux ou dans les numéros de La Hulotte. J’avais des cassettes avec les chants d’oiseaux et des jumelles offertes par mes parents, et j’essayais de mettre en correspondance ce que je voyais avec les jumelles et les dessins dans les livres, ce que j’entendais comme chants et la cassette. Jusqu’à 20 ans, je n’ai jamais rencontré personne qui s’intéresse à ce sujet. Je me suis formé en autodidacte.



Pourquoi vous intéressez-vous aux mammifères ?

Nous sommes des mammifères ! Quand on est en contact avec un mammifère, il se passe un truc qui ne se passe pas avec un oiseau. C’est un monde très varié : des petits, des grands, des modes de vie différents. Rien à voir entre étudier un mulot et un loup. Ils sont plus difficiles à observer, ce qui explique en partie le moindre nombre de naturalistes spécialisés à leur sujet. Moi, j’aime ce côté défi.



Vos études de biologie à l’université ont-elles été complémentaires de votre savoir pratique ?

J’ai choisi les plantes, une spécialité que je connaissais peu. C’était un enseignement riche, même si parfois déconnecté du terrain. En maîtrise, après quatre ans à étudier le fonctionnement d’une plante, la plupart des étudiants ne savaient pas identifier un hêtre ou un chêne. Ce n’est pas pour les blâmer, mais pour montrer les absurdités de la formation. Lors d’un stage à l’Inra [l’Institut national de la recherche agronomique], mon maître de stage ne faisait pas la différence entre deux herbes distinctes d’une prairie. Il étudiait la biologie de la prairie en passant les brins d’herbe au scanner !

« Par rapport aux autres enjeux écologiques, la biodiversité est très peu prise en compte. »

Comment en êtes-vous venu à travailler à la Ligue de protection des oiseaux ?

J’ai toujours voulu travailler dans la protection de la nature. Étudiant, j’étais bénévole dans des associations environnementales et je faisais beaucoup d’inventaires d’oiseaux. C’est comme ça que j’ai été embauché. Mon premier travail à la LPO consistait à aller dans les recoins de la région et à noter tous les oiseaux que je voyais. Le rêve !

Mais, au bout de quelques années, j’ai été lassé et déçu du fonctionnement associatif. Pour moi, l’engagement associatif doit viser à faire bouger le système, mais les ONG de protection de la nature en France sont complètement dans le système. Elles ont deux modèles économiques possibles : les subventions ou le don. Mais les gens adhèrent et donnent peu en France. Quant à la dépendance aux subventions, elle crée un fonctionnement aberrant. L’objectif principal n’est plus de résoudre tel problème environnemental, mais de payer les quatorze salariés et donc éviter de vexer le conseil régional, le conseil départemental, les « partenaires ». Par exemple, ne pas froisser EDF qui gère les barrages hydrauliques, parce que l’entreprise pourrait nous payer pour faire un suivi intéressant sur la biodiversité aquatique.

Quand j’étais salarié de la LPO à la région Paca [Provence-Alpes-Côtes d’Azur] sur les mammifères, le directeur m’avait interdit de parler, d’intervenir ou de faire une action sur le loup, par crainte de déranger des élus anti-loups qui financent l’association. L’association se contentait d’un petit communiqué ou d’une action juridique de temps en temps pour satisfaire les adhérents, mais il ne fallait surtout pas faire trop de bruit à ce sujet.



Une autre source de financement des ONG est les études d’impact préalables à un chantier…

Oui, et cela produit toujours un débat interne. Certains disent qu’en faisant les études d’impact, on peut influer sur les projets. D’autres qu’on ne parvient jamais à faire bouger les choses et qu’on sert plutôt de caution. Ce n’est pas blanc ou noir, mais à cause des études d’impact et des subventions publiques, la marge de manœuvre des ONG est très faible, avec une autocensure immense.



Est-ce pour cela que vous avez quitté la LPO ?

J’ai été fortement aidé dans ma décision puisque j’ai été licencié économique. Mais je pense que mon licenciement n’est pas étranger au fait que j’ai pris publiquement position sur certains sujets comme le loup. Paradoxalement, le fait que je sois engagé pour l’écologie gênait. Certains dirigeants redoutaient que cela donne une image d’association engagée. Dans les Hautes-Alpes, à la suite d’un recours juridique d’associations contre un arrêté préfectoral de tirs de loup, le préfet a dû retirer son arrêté et le président du conseil départemental a annoncé qu’il arrêtait les subventions à la LPO.



Quand on pense naturaliste, on imagine un explorateur découvrant de nouvelles espèces. Aujourd’hui, qu’est-ce que les naturalistes peuvent encore nous apprendre ?

Dans certaines zones du globe, il reste plein de choses à découvrir. En Europe, la liste des espèces ne s’allonge plus trop, les seules nouvelles découvertes sont le fruit de la génétique. Par exemple, à la suite d’un séquençage du génome, on a « découvert » qu’il existait deux espèces de taupes différentes dans le Sud-Ouest… pourtant visuellement les mêmes !

Notre rôle n’est plus tant de découvrir que de préserver. Les naturalistes et les ONG font un énorme travail de recueil de données quantitatives, ce qui permet de voir les tendances. En recomptant les oiseaux, les mammifères, les insectes avec les mêmes protocoles année après année, on constate concrètement la baisse des animaux. Informer, alerter, c’est essentiel.



Comment voyez-vous la situation écologique aujourd’hui ?

Catastrophique, désespérante. Le système libéral est totalement incompatible avec une réelle écologie. À l’inverse du discours des aménageurs, qui se plaignent de ne plus pouvoir rien faire à cause des normes environnementales, nos campagnes continuent d’être détruites.

L’unique amélioration est la prise en compte nécessaire des espèces protégées. Même si dans le principe « éviter, réduire, compenser » censé guider les politiques publiques, c’est toujours compenser qui est retenu, jamais éviter.

Par rapport aux autres enjeux écologiques, la biodiversité est très peu prise en compte. Les conseillers du ministère de l’Écologie sur ces questions, diplômés de grandes écoles, n’ont aucune culture naturaliste. On est obligé de leur expliquer le B.A-BA du fonctionnement d’un écosystème.

« Dans un monde meilleur, il n’y aurait pas besoin d’ONG de protection de la nature et je serais photographe nature plutôt que naturaliste. »

Pourquoi ce manque d’intérêt pour la biodiversité ?

La déconnexion des gens avec la nature. Ils n’ont pas de contact avec un arbre, un oiseau. On me demande parfois : qu’est-ce que ça va changer dans ma vie si un crapaud disparaît ? Je réponds à cette question rhétorique par l’absurde. La disparition d’une espèce n’entraîne pas de bouleversement écologique et n’a donc pas de conséquence sur les humains ; mais, si l’on élimine tout ce qui ne nous apporte rien de concret dans l’immédiat, à la fin il ne restera rien. D’ailleurs, les effets cumulés ne sont jamais pris en compte dans les études d’impact. Quand il détruit une zone humide, l’aménageur indique que l’impact est faible puisqu’il ne s’agit que du millième des zones humides du département. Il n’y a pas de vision globale.

Malheureusement, on utilise souvent — et c’est mon cas, par déformation professionnelle — l’argument utilitaire de l’impact pour les humains parce que c’est le seul qui est écouté par les politiques et certains citoyens. Mais la question qu’on devrait se poser est : a-t-on le droit de faire disparaître une espèce ? Un crapaud est important pour lui-même. L’être humain ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de la réflexion sur l’avenir de la planète.

La conscience n’est pas le propre de l’humain, mais nous avons quand même une conscience particulièrement développée de nos actes. Cela nous confère une responsabilité de faire attention aux conséquences et le devoir de ne pas détruire.



Faites-vous le lien entre connaître la nature et de la protéger ?

Il n’y a pas besoin d’une connaissance précise pour une protection globale. Du moment qu’on refuse que la prairie soit détruite et qu’on ne veut pas d’un nouvel aéroport, peu importe si ce qu’on protège est telle ou telle sous-espèce de tulipe sauvage. Et à l’inverse, des gens passionnés par l’observation et l’étude des animaux sauvages prennent l’avion tous les ans pour aller voir tel oiseau en Australie ou la banquise qui fond !

La connaissance naturaliste peut être utile quand il s’agit d’empêcher concrètement un projet. Il faut avoir la connaissance technique pour identifier une espèce, savoir si elle est protégée et comment faire un recours. C’est par défaut qu’on a besoin de nous. Dans un monde meilleur, il n’y aurait pas besoin d’ONG de protection de la nature et je serais photographe nature plutôt que naturaliste.



Que pensez-vous des programmes de sciences participatives entre le Muséum national d’histoire naturelle et nombre d’ONG, avec cette idée qu’en encourageant les gens à observer, on les sensibilise à la protection ?

Même si on parvient à intéresser les gens au monde sauvage, cela n’empêche rien car ils sont pris dans un système de consommation. Quand Nicolas Hulot faisait ses émissions télé sur l’Amazonie, il donnait envie aux gens d’aller voir la forêt, donc de prendre l’avion. On pousse davantage les gens à agir quand on leur montre le côté crade. Au départ, c’est surtout voir des petits jardins ouvriers, des friches ou des petits bouts de forêt disparaître à côté de chez moi qui m’a poussé à agir. Il faut que ce soit concernant.



Pourtant, vous partagez aussi sur les réseaux sociaux des quiz sur les empreintes d’animaux, les chants d’oiseaux… Pourquoi ?

Parce que si je pense qu’il faut choquer, je n’en suis pas sûr non plus. J’essaie de voir ce qui marche et ce que font les autres. Souvent, les ONG font 80 % de caméra cachée dans les abattoirs, 20 % de petit agneau gambadant dans l’herbe.



D’après vous, contre quoi faut-il se battre en priorité pour protéger la biodiversité ?

Contre soi-même. Le système politico-économico-social est incompatible avec une réelle mise en œuvre d’un programme écologique. Au ministère, c’est totalement verrouillé. Pour changer le système, il faut que les gens le veuillent et luttent contre leur envie de confort facile. J’ai des amis naturalistes qui tiennent un discours écolo mais prennent l’avion cinq fois par an pour le bout du monde. Moi-même, j’ai un smartphone depuis peu de temps. Si l’on ne remet pas en question son mode de vie, on ne peut pas demander à un gouvernement de devenir écolo.



Comment avancer dans ce combat ? Comment choisissez-vous vos actions, par exemple votre appel pour la suppression du rayon chasse de Decathlon ?

J’agis avec mes petits moyens là où je pense pouvoir être le plus efficace. Les animaux et la nature sont mon cœur de métier et mon intérêt premier et je connais bien la chasse. Si j’étais ingénieur physicien nucléaire, je m’intéresserais aux centrales nucléaires.

J’essaie de cibler une action et d’obtenir quelque chose. Je ne vais pas obtenir tout seul la fin de la chasse aux oiseaux migrateurs. Mais Decathlon, une enseigne parmi les préférées des Français, vend des produits de chasse et participe à faire accepter socialement cette activité comme un loisir. Si l’on arrive à faire bouger ça ou au moins à le médiatiser, peut-être que les gens se diront qu’il n’est pas normal qu’un loisir se pratique avec un fusil.

« S’il n’y avait plus d’élevage, les cultures serviraient principalement à l’alimentation humaine. »

Vous parlez beaucoup d’actions individuelles. Est-ce parce que pour vous la lutte ne passera pas par des structures organisées comme les ONG et les partis politiques ?

Les ONG peuvent être très efficaces pour obtenir de petites choses concrètes. Ces dernières décennies, il y a plein d’exemples d’espèces protégées grâce à des ONG, de recours d’ONG qui ont permis d’éviter la destruction de telle zone… Mais ce sont des victoires ponctuelles, qui ne nous font jamais changer de direction.



Vous vivez à la campagne, auprès de chasseurs et d’éleveurs et vous luttez contre la chasse et les tirs de loup. Comment mobiliser en milieu rural sur ces questions qui peuvent être très clivantes localement ?

Je cherche à parler au plus grand nombre. Mais je ne dépense jamais d’énergie à essayer de convaincre quelqu’un qui ne sera jamais d’accord. Quand j’habitais dans la Drôme, mon voisin agriculteur était chasseur ; il n’était pas d’accord avec moi mais je n’allais pas me lancer dans un débat avec lui.

Je ne vais pas changer de discours pour autant. C’est pour ça que certains petits éleveurs me détestent. Je les connais, je connais leurs moutons, je vois ce qu’ils font. Ça les dérange que je raconte ce qui se passe. Pareil pour la chasse. Quand j’étais dans la Drôme, j’ai diffusé la photo d’un cerf tué par les chasseurs, en masquant les visages. Pour moi, c’était de l’information. Un chasseur a réagi en venant me menacer de mort chez moi : il a sorti une balle de sa poche et m’a dit qu’elle me finirait entre les deux yeux si je n’arrêtais pas de dire du mal de la chasse.

Si un gars de Paris parle de la chasse, comme les chasseurs se revendiquent de la ruralité, ils jouent sur le clivage ville/campagne. Mais si c’est un mec de la campagne qui le fait…



Pensez-vous qu’il y a trop d’urbains et qu’il faut réinvestir les campagnes pour changer notre rapport à la nature ?

Si beaucoup de gens de la ville allaient vivre à la campagne, les campagnes deviendraient la banlieue. Il y a déjà beaucoup d’étalement urbain et de zones dortoirs en périphérie des villes. En parallèle, les surfaces agricoles déclinent, de moins en moins de gens y travaillent et une grande partie des plantes cultivées servent à l’alimentation des animaux d’élevage.

On n’a pas besoin d’exploiter tous ces animaux et de les envoyer à l’abattoir, pour leur viande ou leur lait. S’il n’y avait plus d’élevage, les cultures serviraient principalement à l’alimentation humaine et on aurait besoin de moins de terres agricoles. On pourrait adopter des modes d’agriculture moins chimiques, moins mécanisés, qui feraient travailler plus de monde — des gens qui s’installeraient à la campagne mais pour y travailler et la faire vivre. Certes, les prairies sont très importantes, mais on peut imaginer les maintenir en y installant des animaux qui ne serviraient pas à la production agricole, dans des fermes-refuges par exemple — ça existe déjà.

Les terres agricoles qui ne serviraient plus à l’alimentation animale pourraient être « réensauvagées ». Redevenir des zones humides par exemple, des milieux essentiels qui ont peu à peu disparu à cause de l’urbanisation et des pratiques agricoles. On pourrait aussi laisser évoluer spontanément des forêts, car les forêts exploitées sont beaucoup plus pauvres écologiquement.



Mais alors, comment reconnecter les gens à la nature en ville ?

En leur montrant ce qui existe près de chez eux, la vie sauvage à l’intérieur des villes. Et en leur enseignant des rudiments de biologie : comment pousse une plante, vit un animal… On n’a pas besoin d’être au cœur de la campagne ou de la forêt pour connaître ça, et encore moins partir en voyage organisé sur la banquise ou en Australie. Et j’en reviens à ma première idée : se reconnecter à la nature, c’est bien, mais regarder ce qui ne va pas l’est autant, voire plus.

« Sur des sujets aussi clivants, on s’en prend plein la tronche : des chasseurs qui menacent, des gens au ministère qui sont censés être des alliés mais qu’on en vient à considérer comme des adversaires, etc. »

Quelle serait la première mesure politique à prendre pour protéger la biodiversité ?

On pourrait revoir le statut des espaces naturels. Aujourd’hui, face à un projet d’aménagement du territoire, les naturalistes font des inventaires en espérant trouver des espèces protégées, parce que la protection des espaces est faible et que c’est la seule manière d’éviter ou de limiter la destruction d’un site. J’ai été contacté un jour par la Dreal [la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement] du Limousin parce qu’un agriculteur était en train d’assécher une zone humide et qu’elle n’arrivait pas à l’empêcher réglementairement. Elle avait trouvé des campagnols amphibies sur le site et voulait que je l’aide à rédiger un argumentaire technique sur cette espèce, pour montrer que l’agriculteur risquait de l’impacter avec son tracteur-pelle. Pour protéger une zone humide, on est obligé de recourir à l’argument d’une espèce ! Ces zones humides devraient être protégées en tant que telles.



Dans ce monde dans lequel on vit, est-ce que ça vaut le coup de faire des enfants ?

Une mesure écologique individuelle forte est de ne pas faire d’enfant. Si l’on consomme végétarien, bio et local, qu’on essaie de ne pas trop prendre la voiture et l’avion, c’est pour réduire son impact ; une réduction d’impact encore plus forte est de ne pas créer un individu en plus qui produit tous ces impacts. Je n’ai pas d’enfant et je ne prévois pas d’en faire. Mais je ne me permettrais pas de juger les gens qui ont des enfants et je ne sais pas si un jour je ne serai pas rattrapé par la passion et les circonstances. Tout cela est tellement triste !



Qu’est-ce qui vous fait tenir malgré tout ?

99 % du temps, l’action ou le combat ne va pas aboutir. En ce moment, avec une ONG, nous demandons au ministère de protéger le putois d’Europe, menacée à cause de la destruction de son habitat et du piégeage mais toujours classé comme nuisible. Les institutions, les naturalistes, le ministère, l’ONCFS [l’Office national de la chasse et de la faune sauvage], le Muséum, tout le monde est d’accord pour dire que l’espèce est menacée. Mais les gens du ministère disent que la protéger déplairait aux chasseurs. Les chasseurs ne s’intéressent pas au putois d’Europe, mais si on leur retire une espèce, ils vont hurler que c’est la porte ouverte aux interdictions. Donc, cette mesure ponctuelle nécessaire a peu de chances d’aboutir.

Je pars du principe qu’une action, normalement, ne va pas aboutir. Cela me permet de ne pas être déçu. Les rares fois où ça fonctionne, ça fait vraiment plaisir. En 2012, on a obtenu la protection du campagnol amphibie, une espèce rare mais assez répandue sur le territoire. Cela permet d’améliorer des projets d’aménagement. Je suis aussi porté par le soutien des gens. Sur des sujets aussi clivants, on s’en prend plein la tronche : des chasseurs qui menacent, des gens au ministère qui sont censés être des alliés mais qu’on en vient à considérer comme des adversaires, etc.

Enfin, quand je m’accorde des pauses, être dans la nature. S’asseoir au bord d’une rivière ou en montagne, arrêter le téléphone et regarder le paysage. Il reste des endroits préservés, même s’ils sont minoritaires. Hier, j’ai regardé le coucher du soleil au bord de la Drôme, à un endroit où la rivière est vraiment sauvage et où elle fait des tresses. C’était somptueux. On se dit « waouh ! merci la nature ». Ça aide à vivre !

  • Propos recueillis par Lorène Lavocat et Émilie Massemin

Pour lire les autres entretiens de cette série consacrée à celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui, cliquez-ici.

Chasseurs et forces de l'ordre.

Par Le 11/09/2020

Que parmi les chasseurs, il existe des crétins finis n'est pas surprenant. D'ailleurs, il y en a partout, dans tous les milieux. Ce qui me gêne considérablement dans ces témoignages, c'est le comportement des "forces de l'ordre". Chacun se fera son idée...

Intimidations, agressions… Quand les chasseurs font leur loi

 

https://reporterre.net/Intimidations-agressions-Quand-les-chasseurs-font-leur-loi

Durée de lecture : 9 minutes

11 septembre 2020 / Justine Guitton-Boussion (Reporterre)
 

     
 

Intimidations, agressions… Quand les chasseurs font leur loi

Vendredi 11 septembre se tient le procès d’un chasseur, poursuivi pour violence, au tribunal de Draguignan. En 2019, il a agressé une femme parce qu’elle lui demandait d’arrêter de chasser près de sa propriété. Un cas loin d’être isolé : les associations constatent une augmentation de la violence envers les militants et les riverains anti-chasse.

« Ça fait un an qu’on est exilés. » D’une voix enrouée, Nathalia Covillault essaie de trouver ses mots pour exprimer sa douleur. Il y a dix mois, cette femme de 38 ans a été agressée par deux chasseurs, chez elle, à Forcalqueiret, dans le Var. Elle habitait sur son terrain depuis plusieurs années, dans une caravane, en compagnie de ses chevaux et de sa chienne, ses chats et ses poules. Le lieu avait été inscrit en tant que « Refuge LPO », pour y interdire la chasse. « J’avais remarqué beaucoup d’espèces d’oiseaux différentes sur mon terrain. Je voulais en faire un petit jardin d’Éden et le protéger au maximum », se souvient-elle.

Le doux rêve de Nathalia a volé en éclats le 15 novembre 2019, lorsqu’elle a demandé à deux hommes qui chassaient près de sa propriété de s’en aller. En quelques minutes, l’altercation a dégénéré. L’un d’eux, furieux que Nathalia les filme (sur un conseil du garde-chasse de Forcalqueiret), s’est rué sur elle, a frappé sa main pour la faire lâcher son téléphone, l’a bousculée puis poussée au sol. « Ils m’ont traité de pute, de salope, raconte Nathalia, la voix teintée de colère. Ils ont menacé de tuer ma chienne et de ’revenir fumer mes canassons’. C’est une phrase qui reste dans ma tête encore aujourd’hui. » Une fois les deux hommes partis, Nathalia a déposé plainte. Puis s’est retrouvée seule, terrifiée. « Je m’attendais à des représailles », explique-t-elle.

Trois semaines ont passé, avant qu’une bagarre n’éclate devant un bar de Forcalqueiret, impliquant le compagnon de Nathalia, un des chasseurs et le père de celui-ci. Deux jours plus tard, en pleine nuit, le père s’est introduit, armé, sur le terrain de Nathalia et a forcé la porte de son habitation. Paniquée, la Varoise et son compagnon se sont barricadés et ont attendu les gendarmes. À leur arrivée, une heure plus tard, l’homme avait disparu.

« J’ai peur de retrouver mes chevaux avec trois balles dans la tête »

« À partir de là, le cauchemar a commencé, souffle Nathalia. J’ai fait un gros blackout, je ne me souviens de quasiment rien. J’ai passé la nuit à faire des crises de tétanie. On est allés déposer plainte, mais je ne m’en souviens pas vraiment. De ce qu’on m’a raconté, mes animaux ont été éparpillés, des amis se sont débrouillés pour les accueillir chez eux. En 24 heures, on a déplacé notre habitation mobile, on a enlevé toute notre vie du terrain parce qu’on a senti que si on n’avait pas surpris ce mec armé chez nous... » Nathalia ne finit pas sa phrase. Depuis un an, « 10.000 scénarios » tournent dans sa tête. Et si elle avait été seule chez elle, que se serait-il passé ? Est-ce que l’homme voulait seulement les effrayer ? Ou réellement leur faire du mal ?

En tout, Nathalia a reçu 16 jours d’ITT, 16 jours où elle a été « clouée au lit, incapable de manger, traumatisée ». La jeune femme n’avait plus ses animaux ni sa maison, avait perdu ses repères et ne se sentait pas soutenue par les forces de l’ordre. Désespérée, Nathalia a tenté de mettre fin à ses jours. Elle a dû se faire hospitaliser pendant un mois.

Nathalia vit désormais chez des amis (avec ses animaux qu’elle a réussi à rassembler), à une centaine de kilomètres de Forcalqueiret. « Il n’y a pas un seul jour qui passe sans que j’ai envie de rentrer chez moi, soupire Nathalia. Mais j’ai peur de revenir, de m’absenter pour faire des courses et de retrouver mes chevaux avec trois balles dans la tête. J’attends que les personnes qui m’ont fait du mal soient punies par la justice pour être en confiance avec mon avenir. »

L’audience de l’homme l’ayant frappé sur son terrain est prévue aujourd’hui, vendredi 11 septembre, au tribunal de Draguignan. Celle de l’individu s’étant introduit chez elle la nuit aura lieu le 9 octobre 2020. Nathalia espère qu’ils n’auront plus le droit de porter d’armes, et que leur permis de chasse leur sera retiré. Le même jour, un autre procès de chasseur se déroulera, cette fois au tribunal correctionnel de Privas, en Ardèche. En août 2019, un homme de 22 ans a abattu le chiot de quatre mois de ses voisins, au motif que celui-ci aboyait trop fort et risquait d’effrayer le gibier, à quelques jours de l’ouverture de la chasse.

« J’espère que tu vas prendre un coup de fusil un jour »

Selon différents collectifs de défense des animaux, ces cas sont loin d’être isolés. L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) recense de plus en plus de conflits entre habitants et habitués de la chasse. Elle énumère : en 2019, par exemple, des chasseurs ont tiré dans le jardin d’un éleveur de vaches en Ille-et-Vilaine. À Kerbors (Côtes-d’Armor), un riverain a été giflé et menacé de mort par des chasseurs venus sur son terrain. « Ça fait cinq ans que j’habite ici, cinq ans que je subis des agressions, témoigne l’homme, interrogé par ReporterreJ’ai perdu quinze kilos, ma famille ne me reconnaît plus. Pour moi, c’est une mafia française qui sème la terreur. » Il a porté plainte.

Fin août 2020, c’est tout un quartier de la ville de Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord, qui a été traumatisé par une partie de chasse. Celle-ci s’est déroulée sans interruption de 5 h 30 à 22 h. « C’était atroce, on se serait cru en période de guerre, raconte une habitante, citée par le journal local L’Observateur du Valenciennois [1]. Sous les yeux de nos enfants, nous avons assisté à un massacre en règle de 25 oies qui ne savaient plus dans quelle direction aller. Des plombs sont retombés sur les toits de nos maisons. » Quelques jours plus tard, des coups de fusil ont même été tirés vers les fenêtres d’une habitation. « Les gens se sont installés dans ce quartier car il est calme, et ils se retrouvent à avoir peur de sortir de chez eux », s’indigne Florence Masselot, déléguée locale du Nord à l’Aspas.

Chaque semaine, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) reçoit des messages de menaces sur ses réseaux sociaux.

Aux agressions physiques et aux craintes de se promener en période de chasse, s’ajoutent désormais les menaces reçues sur les réseaux sociaux. Le naturaliste Pierre Rigaux milite contre la chasse depuis vingt ans, et a toujours connu des conflits avec les chasseurs. « Depuis que j’ai une page Facebook, précise-t-il, ça a décuplé. Avec des menaces de mort et de violence sur les réseaux sociaux notamment. » Les messages reçus chaque semaine vont de « J’espère que tu vas prendre un coup de fusil un jour » à « On va l’éjointer [couper le bout de l’aile des oiseaux d’élevage afin de les empêcher de voler] lui, il va manger ».

La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) n’est pas épargnée. Des photos de guillotine lui sont parfois envoyées sur Twitter et Facebook. « Les menaces se sont radicalisées avec l’apparition des réseaux sociaux, témoigne Yves Verilhac, directeur général de la LPO. Mais c’est aussi une forme de laxisme des dirigeants cynégétiques et agricoles qui ne condamnent jamais les actes délictueux et les menaces. » À la place, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) évoque sur son site internet un « chasse bashing » et propose un formulaire en ligne pour signaler « les violences morales, physiques et matérielles que les chasseurs subissent régulièrement ». Contactée, la FNC n’a pas répondu à notre demande d’interview.

« Le sujet n’est pas pris au sérieux »

Les poursuites judiciaires contre les chasseurs se produisent, mais rarement. « Il y a une impression que le sujet n’est pas très pris au sérieux par la justice », regrette Pierre Rigaux. En avril dernier, le naturaliste a été frappé par un chasseur, à quelques centaines de mètres de chez lui. À l’heure actuelle — cinq mois plus tard donc — l’agresseur n’aurait toujours pas été auditionné.

Souvent, les preuves viennent à manquer. « Ce qu’on dit aux riverains, c’est que leur premier réflexe doit être de sortir leur téléphone portable et d’allumer la vidéo, conseille Rodolphe Trefier, porte-parole du collectif Abolissons la vénerie aujourd’hui (Ava). Les images peuvent constituer des preuves. » L’association est notamment connue pour filmer des parties de chasse à courre. Les militants sont régulièrement gênés dans leur entreprise par des chasseurs qui les empêchent de tourner des images.

Plus que la pratique en elle-même, ce sont les sentiments de toute-puissance et d’impunité que des victimes dénoncent. « Je ne me considère pas comme une militante anti-chasse, je fais la part des choses sur le comportement de chaque individu, dit Nathalia Covillault. J’ai reçu beaucoup de soutien de la part de certains chasseurs sur les réseaux sociaux. Mes agresseurs sont surtout des voyous qui terrorisent les gens et les animaux. Ce n’est pas en payant un permis de chasse à 46 euros qu’on peut s’octroyer le droit de détruire des vies. »

Mafia laborantine

Par Le 09/09/2020

Juste pour informations , pour ceux et celles qui auraient encore un semblant de confiance envers le milieu médical. Nous ne sommes pas des "patients", nous sommes des clients. Et quant au problème de la sécurité sociale, le gouvernement, avant de taper sur les citoyens au regard de leur "consommation" devrait déjà enquêter, vraiment, profondément et puis sanctionner les pratiques de cet ordre. Des milliards à récupérer...

 

Les laboratoires Novartis, Roche et Genentech ont été condamnés à verser une amende de 444 millions d’euros pour « pratiques abusives » contre la concurrence.

Une usine du laboratoire suisse Novartis à Stein, en Suisse en 2017. | ARND WIEGMANN / REUTERS

Ouest-Franceavec AFPModifié le  Publié le 

Novartis, Roche et Genentech ont été sanctionnés à hauteur de 444 millions d’euros pour « pratiques abusives » par l’autorité française de la concurrence, qui accuse les laboratoires d’avoir cherché à « préserver » les ventes d’un médicament traitant la dégénérescence maculaire (DLMA) au détriment d’un traitement concurrent moins cher. C’est la plus forte amende collective jamais prononcée par l’autorité à l’encontre de laboratoires pharmaceutiques.

Elle explique dans un communiqué que « les laboratoires Genentech, Novartis et Roche ont mis en œuvre un ensemble de comportements (abus de position dominante collective) visant à préserver la position et le prix du Lucentis, en freinant l’utilisation hors autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’anticancéreux Avastin ».

Un coût 30 fois plus élevé

Le Lucentis est un traitement de la DMLA, une maladie de la rétine liée à l’âge, développé par Genentech (qui a des liens capitalistiques avec les groupes Roche et Novartis).

Toutefois, les médecins se sont rendu compte qu’un autre médicament de Genentech, l’anticancéreux Avastin, avait des effets positifs sur la DMLA et se sont mis à le prescrire bien qu’il n’ait pas d’autorisation de mise sur le marché pour cette maladie.

Or, l’Avastin a un coût 30 fois moins élevé que le Lucentis : une injection du premier coûte 30 à 40 euros, contre 1.161 euros pour le second.

Novartis commercialise le Lucentis à l’échelle mondiale en dehors des États-Unis, et Roche l’Avastin.

Des pratiques « particulièrement graves »

Selon l’autorité de la concurrence, Novartis « a cherché à faire échec aux initiatives des médecins ophtalmologistes qui, dans le cadre de leur liberté de prescription, décidaient de prescrire Avastin, hors autorisation de mise sur le marché, en ophtalmologie ».

« Novartis, Roche et Genentech ont par ailleurs été sanctionnés pour avoir mis en œuvre un ensemble de comportements de blocage et pour avoir diffusé un discours alarmant, et parfois trompeur, auprès des autorités publiques sur les risques liés à l’utilisation d’Avastin pour le traitement de la DMLA ».

L’autorité juge que « les pratiques en cause sont particulièrement graves, car elles sont intervenues dans le secteur de la santé, où la concurrence est limitée, et plus spécifiquement, dans un contexte de débat public sur l’impact sur les finances sociales du prix extrêmement élevé du Lucentis », remboursé à 100 %.

  • 65
  • 66
  • 67
  • 68
  • 69
  • 70
  • 71
  • 72