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Boléro de Ravel en mode confinement

Par Le 30/03/2020

VIDEO. Coronavirus : les musiciens de l'Orchestre national de France jouent le Boléro de Ravel depuis chez eux

Chaque artiste s'est filmé à la maison jouant de son instrument. Les vidéos ont ensuite été assemblées pour former un morceau de quatre minutes.

FRANCE MUSIQUE / RADIO FRANCE

Les musiciens de l'Orchestre national de France ont joué le Boléro de Ravel à domicile et diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux, raconte France Musique, lundi 30 mars.

Un cadeau à son public privé de concert

Chaque musicien, confiné chez lui, a filmé une courte présentation avant de se lancer, avec son instrument, dans l'interprétation du grand classique de Maurice Ravel. Les vidéos ont ensuite été agrégées pour reformer le morceau de quatre minutes.

C'est un cadeau que l'Orchestre offre à son public, privé de salle de concert, en pleine période de confinement lié à l'épidémie. "La musique semble capable de s'envoler et de nous rapprocher, et quoi de mieux que le Boléro envoûtant de Ravel pour mettre du baume au cœur", explique France Musique. 

"Et les gens restèrent chez eux."

Par Le 30/03/2020

Et les gens restèrent chez eux – Kitty O’Meara

 

PAR  · PUBLIÉ  · MIS À JOUR 

Et les gens restèrent chez eux

Et les gens restèrent chez eux. Ils lurent des livres, écoutèrent, se reposèrent, firent de l’exercice, firent de l’art, jouèrent à des jeux et apprirent de nouvelles façons d’être.

Et ils écoutèrent davantage.

Certains méditaient, d’autres priaient, d’autres encore dansaient.

D’autres rencontrèrent leurs ombres.

Et les gens se mirent à penser différemment.

Et les gens guérirent.

Et, en l’absence de personnes ignorantes, dangereuses, insensées et sans coeur, la terre commença à cicatriser.

Et quand le danger fut passé, et que les gens se rassemblèrent à nouveau, ils pleurèrent leurs pertes, firent de nouveaux choix, rêvèrent de nouvelles images, et créèrent de nouvelles façons de vivre et de guérir la terre pleinement, comme ils furent guéris.

– Kitty O’Meara

 

Ce texte court sur le net depuis quelques jours et il est mentionné qu'il date de 1839. Il y a bien eu une Kathleen O'Meara née à Dubin en 1839, mais elle n'a pas écrit ça ! 



Ce poème est contemporain, et l'oeuvre d'une Kitty O'Meara bien vivante. Ce petit texte est devenu viral mais l'auteure est discrète au point que de faux comptes Instagram à son nom ont vu le jour. La pauvre...




https://www.oprahmag.com/.../and-the-people-stayed-home.../
 

  • Kitty O'Meara's prose poem inspired by the coronavirus pandemic—which begins with the line, "And the people stayed home," is going viral.
  • The poem has inspired thousands of posts on InstagramTwitter, and YouTube.
  • But who is Kitty O'Meara, the mysterious author of this work that has so deeply resonated with people? We spoke to O'Meara herself, and got some answers.

Kitty O'Meara is the poet laureate of the pandemic. Her untitled prose poem, which begins with the line, "And the people stayed home," has been shared countless times, on countless backgrounds, with countless fonts, since its first posting. It was most widely popularized by Deepak Chopra, and has since been shared by everyone from Bella Hadid to radio stations in Australia. The poem has become shorthand for a silver-linings perspective during the coronavirus outbreak—the hope that something good can come out of this collective state of "together, apart."

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The poem begins with the evocative line: "And the people stayed home," and goes on to describe an idyllic version of the months to come. Through O'Meara's lens, the era of social distancing could be taken up by purposeful activity like meditation, exercise, and dancing, and result in a kind of global healing.

The poem reads like a cross between a proverb, Instagram poem, and, if you're feeling optimistic, psychic prediction.

And the people stayed home. And read books, and listened, and rested, and exercised, and made art, and played games, and learned new ways of being, and were still. And listened more deeply. Some meditated, some prayed, some danced. Some met their shadows. And the people began to think differently.

And the people healed. And, in the absence of people living in ignorant, dangerous, mindless, and heartless ways, the earth began to heal.

And when the danger passed, and the people joined together again, they grieved their losses, and made new choices, and dreamed new images, and created new ways to live and heal the earth fully, as they had been healed.

It's obvious why this meditative poem has resonated so deeply with people: It inserts the idea of individual agency back into something out of our control, and imagines that the time after this will not only exist—it'll be better than before.

Instead, the major mystery has become the identity of its mysterious author, a woman whose online presence boils down to a blog, a Facebook page, and lots of people askingWho is Kitty O'Meara?

Coronavirus : "Monsieur le Président"

Par Le 30/03/2020

https://www.franceinter.fr/emissions/lettres-d-interieur/lettres-d-interieur-30-mars-2020?

"Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie..." :

Annie Ernaux

 

3 minutes

PODCASTS

Podcast  "Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie..." : Annie Ernaux

Copié dans le presse-papier

Annie Ernaux est écrivain. Elle vit à Cergy, en région parisienne. Son oeuvre oscille entre l'autobiographie et la sociologie, l'intime et le collectif. Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge la rhétorique martiale du Président.

"Monsieur le Président, je vous écris une lettre..." "Monsieur le Président, je vous écris une lettre..." © Getty / AnthiaCumming

Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.  

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » -  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux

Coronavirus : dette des Etats.

Par Le 29/03/2020

Il est évident depuis le début de cette crise sanitaire que le risque majeur supplémentaire se situe au niveau de l'économie.
Les chiffres qui sont donnés par les banques centrales pour renflouer l'économie dépassent l'entendement. 

Cet argent créé de toutes pièces vient s'ajouter à une dette qui est déjà colossale. 

Même en tentant de rester informé sur la situation du monde financier, il devient sacrément ardu de se représenter clairement tout ce que cela implique.

Ce qui est certain, en tout cas, c'est que la menace d'une implosion du système financier est un risque bien plus supruissant que n'importe quel virus...On entre là dans l'anticipation chaotique...

 

Derrière l'épidémie de coronavirus, le spectre d'une nouvelle grande crise de la dette

 

 

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Domino

Pixabay

Les faibles taux d'intérêt de l'après-crise de 2008 ont incité les entreprises à s'endetter à peu de frais. Selon Moody's, le volume des dettes des entreprises atteint 32.000 milliards de dollars rien que dans la région Asie-Pacifique. Sans compter l'augmentation inquiétante des prêts risqués aux Etats-Unis.

Le cœur de l'épidémie du coronavirus est en Europe. Mais une nouvelle crise financière est-elle en train de germer en Asie? C'est une inquiétude qui est en train d'enfler, à mesure que les perspectives sur l'économie mondiale se font de plus en plus sévères. Car 2020 devrait bien être l'année de la récession, entraînant avec elle son lot de faillites d'entreprises.

Si en Europe, la priorité est justement d'éviter ces défaillances, quoi qu'il en coûte pour paraphraser le président français Emmanuel Macron, ce n'est pas forcément le cas en Asie-Pacifique où la mesure de l'impact de la crise reste encore à être déterminé. Une chose est sûre: les ingrédients sont réunis pour une grave crise financière. Selon Moody's, les dettes émises par les entreprises de la région Asie-Pacifique atteignent désormais 32.000 milliards de dollars. Une somme qui s'est amplifiée depuis la crise financière de 2008 grâce aux taux bas.

Résultat, l'épidémie a entraîné une crise des liquidités qui menace la stabilité de cette pyramide de dettes, explique le Financial Times. "Nous constatons une augmentation des demandes de renseignements des entreprises qui souhaitent obtenir des conseils sur la façon de prévenir un éventuel cas d'insolvabilité" explique John Park, directeur général de la société de restructuration FTI Consulting.

Immobilier chinois et secteur bancaire vietnamien

Un des secteurs les plus inquiétants reste l'immobilier chinois, endetté à hauteur de 647 milliards de dollars d'obligations (libellées en devises locales) selon Dealogic, qui alerte depuis plusieurs années sur le gonflement de la dette chinoise. En parallèle, les mises en chantier dans le pays auraient baissé de 20% même s'il toujours difficile d'évaluer réellement la reprise économique du pays. Si on pouvait, par exemple, se fier à la consommation énergétique pour constater la production industrielle, une récente enquête a mis en évidence des fraudes pour feindre une reprise. 

Ainsi, quel avenir pour le promoteur géant Evergrande, endetté de plus de 100 milliards de dollars? "Too big to fail"? Pékin va probablement devoir intervenir pour ce conglomérat, et pour d'autres.

Mais la Chine n'est pas le seul pays qui craint les faillites. La Thaïlande ou le Vietnam ne disposent pas d'une large marge de manoeuvre, notamment dans leur fragile secteur bancaire. Le Cambodge, déjà asphyxié de dettes, va particulièrement souffrir de cette crise, faute de touristes et d'approvisionnement depuis la Chine.

Des records de dette mondiale

De façon plus générale, cette crise du coronavirus met en exergue un risque toujours plus prégnant, celui de la dette mondiale, qui n'a jamais été aussi élevée. Elle était évaluée à 253.000 milliards de dollars fin 2019 (ménages, entreprises et Etats compris) selon l'Institute of International Finance (IIF), avec un ratio dette/PIB à 322%, là encore un record. Selon la Banque mondiale, la dette totale (là encore publique et privée) des seuls pays émergents a atteint un nouveau record historique en 2018: 168% de leur PIB, soit 55.000 milliards de dollars. Et la hausse n'a jamais été aussi rapide.

Mais ce sont surtout les prêts à effet de levier (leveraged loans) qui inquiètent aujourd'hui. Estimés à 1.800 milliards de dollars, ce sont des prêts octroyés à des entreprises déjà très endettées, notamment aux Etats-Unis. Avec ce choc économique, le risque est majeur. D'autant plus que "le marché des leveraged loans est caractérisé par l’importance des investisseurs non-bancaires (CLOs, fonds d’investissement, fonds de pension, assureurs, hedge funds)" alertait déjà la Banque de France en juillet 2019. "À la différence des banques qui, sous l’impulsion des régulateurs, ont fortement réduit leur niveau de risque depuis la crise financière, les investisseurs non bancaires ont profité d’un cadre réglementaire moins contraignant pour accroître leur part sur ce marché". Les entreprises de l'énergie, qui souffrent déjà de la guerre des prix du brut, sont en première ligne.

Ces dernières semaines, l'indice Leveraged Loan 100, qui suit les prix des plus grands prêts à effet de levier, a plongé de près de 20%. "Nous avons affaire à l'inconnu" reconnaît Ruchir Sharma, stratège en chef de Morgan Stanley, au Washington Post. "Mais étant donné l'énorme augmentation de prêts à effet de levier, le système est fragile et vulnérable".

La grande question, désormais, est de connaître l'avenir de ces prêts? Les entreprises pourront-elles encaisser le choc? Là encore, les Etats devraient renflouer… et faire gonfler un peu plus la dette mondiale.

Coronavirus : Surveiller les ordonnances

Par Le 29/03/2020

Il se pose un problème démocratique majeur en ce moment. Les ordonnances.

Ici, on a un exemple.

Accélération de l'implantation de la 5G, semble-t-il, sans passer par toutes les procédures habituelles. Sous couvert de Covid...Le terme 5G n'est pas utilisé mais je ne vois pas à quoi tout cela ferait référence en dehors de ça...Je vous laisse imaginer la manne financière que ça représente et les pressions gigantesques de toute l'industrie qui est concernée...

Il va devenir crucial de lire attentivement tous les textes gouvernementaux...

"https://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2020-03-25/faire-face-a-l-epidemie-de-covid-19?fbclid=IwAR0g6AXzngxBkzu3e_nXopz9bkqUn5rCFD2fD5VxLC2AgYLJInW8qc3bpLA

6. Le ministre de l’économie et des finances et le secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances et du ministre de l’action et des comptes publics, chargé du numérique, ont présenté une ordonnance :

- l’ordonnance relative à l’adaptation des délais et des procédures applicables à l’implantation ou la modification d’une installation de communications électroniques afin d’assurer le fonctionnement des services et des réseaux de communications électroniques.

Dans un contexte de mise sous tension des réseaux de communications électroniques résultant d'un accroissement massif des usages numériques du fait de la mise en œuvre des mesures de confinement de la population, l’ordonnance introduit, pour la durée de l’état d’urgence sanitaire, des adaptations des procédures applicables pour garantir la continuité du fonctionnement des services et de ces réseaux. Quatre procédures administratives préalables en vue de l'implantation ou de la modification d'une installation de communications électroniques sont ainsi aménagées :

- suspension de l’obligation de transmission d'un dossier d'information au maire ou au président d'intercommunalité en vue de l'exploitation ou de la modification d'une installation radioélectrique ;

- possibilité pour l'exploitant d'une station radioélectrique de prendre une décision d'implantation sans accord préalable de l'Agence nationale des fréquences ;

- réduction du délai d’instruction des demandes de permissions de voirie relatives aux installations de communications électroniques implantées à titre temporaire et dans le cadre d’interventions urgentes ;

- dispense d’autorisation d’urbanisme pour les constructions, installations et aménagements nécessaires à la continuité des réseaux et services de communications électroniques ayant un caractère temporaire."

"L'échelle de la reconnaissance sociale"

Par Le 29/03/2020

Est-ce que les sociologues, philosophes, historiens, ... seront davantage écoutés que les scientifiques ne l'ont été avant cette crise ?

Est-ce que l'impact émotionnel sera suffisamment puissant pour que les peuples eux-mêmes réclament des changements de très grande ampleur ou est-ce que le simple soulagement d'un retour à la "normale" signera l'arrêt de mort de toutes les réflexions qui émergent ? 

On est en droit de se demander d'ailleurs si l'expression, "retour à la normale" ne contient pas toute l'absurdité de la situation. C'est sans doute parce que nous considérons ces modes de vie comme étant la norme que toutes les aberrations peuvent émerger et s'étendre.

"C'est normal, c'est le progrès, il faut vivre avec son temps..."

Quitte à en mourir ? ...

https://www.franceculture.fr/economie/dominique-meda-il-faut-revoir-lechelle-de-la-reconnaissance-sociale-et-de-la-remuneration-des?

 

Dominique Méda : "Il faut revoir l'échelle de la reconnaissance sociale et de la rémunération des métiers"

 

Par Catherine Petillon

Entretien |Pour la sociologue et philosophe, les différences d'exposition des travailleurs face à l'épidémie mettent en lumière les grandes inégalités du monde du travail et invitent à reconsidérer les métiers essentiels.

Une femme âgée tient le bras d'une infirmière en juillet 2018 dans un Ehpad. Une femme âgée tient le bras d'une infirmière en juillet 2018 dans un Ehpad.• Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Rester chez soi ou assurer la continuité de l'activité économique ? L'épidémie de coronavirus et le confinement ont mis en lumière les inégalités dans le monde du travail. Pour la sociologue et philosophe Dominique Méda, qui dirige l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso) à l’Université Paris-Dauphine, la crise invite à repenser la reconnaissance et l'utilité des métiers.

Les travailleurs sont très inégalement exposés au Covid-19, qu’est-ce que cela reflète de la structuration du marché du travail ? 

Il y a évidemment une immense différence entre ceux qui peuvent télétravailler, et sont donc protégés des contacts potentiellement à risques, et ceux qui sont au front. C’est-à-dire les soignants, évidemment, mais aussi les caissières, les livreurs, et, d'une manière générale, tous ceux qui continuent à travailler en côtoyant les autres. Il y a vraiment une distinction entre le front, ceux qui sont au contact, et l'arrière : le contact est devenu source de danger. Cela concerne donc potentiellement tous les métiers de services puisque nous sommes une société de services.

Il est important de souligner qu'il y a énormément de femmes en première ligne, sur le front. Parce qu'elles sont majoritaires dans les métiers du soin, du care : les aides-soignantes, les infirmières, les aides à domicile, les auxiliaires de vie et bien sûr, les médecins. Les femmes sont également majoritaires dans les métiers de la vente, particulièrement mobilisés.

Or ces travailleuses sont déjà particulièrement précaires ?

Oui, car ce sont aussi les emplois les moins bien rémunérés, en raison du temps partiel, très développé dans ces professions, notamment la vente, ainsi que de la construction des grilles de classification. Une partie de ces métiers sont considérés comme peu ou non qualifiés, car les compétences qui y sont déployées sont vues comme un prolongement des compétences naturelles. Avec l’idée que soigner, être souriante, avoir du relationnel, les femmes sauraient le faire de toute éternité. Des chercheuses comme Séverine Lemière et Rachel Silveira ont bien montré combien ce raisonnement là était à l'origine d'une sous-rémunération chronique de ces emplois. Et elles ont proposé une révision de ces classifications, de manière à atteindre les mêmes niveaux de détail que dans les autres classifications - souvent masculines - et à prendre en compte les compétences - souvent techniques - mobilisées. Etant donnée la situation, il faudrait non seulement augmenter les salaires de ces professions mais aussi s'engager très rapidement dans une révision de ces grilles.

La hiérarchie sociale des métiers est-elle inversement proportionnelle au degré d'exposition ? 

La hiérarchie sociale des métiers ne recoupe pas exactement le degré d'exposition : parmi les personnes les plus exposées aux risques, certaines ont des professions peu qualifiées, mais d’autres, très qualifiées, comme les médecins, les techniciens, les informaticiens, les cadres, etc.
Et c'est la même chose pour les personnes qui ne sont pas exposées professionnellement : on trouve à la fois des professions très peu considérées et d’autres qui le sont beaucoup. Mais évidemment, la différence est la possibilité de se soustraire aux risques ou pas.

Et les situations les plus inquiétantes, révoltantes, sont celles où les personnes sont obligées d'aller travailler alors qu’elles n’ont pas d'équipements de protection ou que les distances ne sont pas respectées. Et sans pouvoir exercer leur droit de retrait parce qu'elles ont peur de perdre leur emploi. Sans compter que ce droit individuel doit être validé par un juge, ce qui est long et compliqué. Les gens vont donc au travail la peur au ventre. C'est le cas évidemment des caissières, des livreurs, des travailleurs dans les entrepôts ou du secteur du bâtiment. 

Faudrait-il limiter davantage le nombre de personnes qui continuent à aller travailler ? 

Toute la question est de savoir ce que l'on considère comme une activité essentielle. Par exemple, on peut s'interroger sur le métier de livreur ou du moins sur le fait qu’ils sont tellement mis à contribution. Est-ce vraiment nécessaire ? Doivent-ils prendre des risques dans les entrepôts pour livrer des biens et services qui ne sont pas toujours essentiels ?  
Et évidemment, on peut craindre que le phénomène des nouvelles domesticités, que l'on a vu se déployer ces dernières années, soit encore plus accru. Je pense aux voituriers, aux livreurs, aux personnes qui ouvrent les portes dans les magasins. 

Le  développement de ces professions s'explique évidemment par les très grandes inégalités de revenus entre les différentes catégories sociales. Les plus aisées achètent le temps des autres et achètent tout simplement, comme cela se passait avant pour la conscription, le fait que des gens prennent des risques à leur place. Il y a là toute une géographie sociale très problématique et qui invite à revoir drastiquement la hiérarchie des métiers et leurs rémunérations. 

Le gouvernement n’a pas souhaité dresser de liste de métiers essentiels, au prétexte que beaucoup d’activités sont imbriquées. Ce faisant, il a entretenu une grande confusion. Puisque d'un côté, on nous dit qu'il ne faut absolument pas sortir ni se rassembler, mais d'autre part, on incite un grand nombre de personnes à aller travailler.
Tout cela est fait pour soutenir notre économie. C’est évidemment un argument tout à fait audible, mais je ne crois pas que ce soit la priorité. 

Aujourd’hui, la priorité, c'est vraiment la santé des personnes. Et il me semble qu'il serait tout à fait préférable de se mettre dans une économie de guerre, c'est-à-dire de désigner quelques métiers particulièrement nécessaires qui permettraient l'obtention des équipements de protection requis. Cela permettrait sans doute de réquisitionner des industries particulièrement nécessaires à notre temps, c'est-à-dire pour fabriquer les produits de santé dont nous avons absolument besoin.

Que considérez-vous comme un métier essentiel ? 

Ce sont les métiers essentiels à notre survie : évidemment, l’ensemble des soignants et ils sont nombreux. Et puis tous les producteurs de biens et services qui permettent cette survie : la surveillance du réseau téléphonique, le secteur de l’énergie, l'informatique, de la qualité de l'eau, etc.
C'est vrai qu'il y a finalement beaucoup de métiers nécessaires à la survie des personnes. Mais cela nous invite évidemment à faire le test très simple proposé par 
David Graebert dans Bullshit Jobs : pour savoir si un métier est utile ou non, imaginez sa disparition et regardez les effets sur la société.

Soudain, les professions souvent les plus dévalorisées apparaissent les plus essentielles et d'autres, aujourd'hui extrêmement bien rémunérées, apparaissent radicalement inutiles.
On peut penser pêle-mêle aux consultants en “New Public Management” qui ont contribué à déstructurer, démanteler et abîmer nos services publics et notamment, ces dernières années, l'hôpital ainsi qu'aux publicitaires, aux traders et aux banquiers non régulés, aux avocats d'affaires… Toutes ces professions qui, certes, contribuent sans doute au fonctionnement de nos sociétés capitalistes, mais ne sont pas essentielles à leur survie. Cela nous donne vraiment beaucoup à réfléchir pour la suite. Il faut revoir l'échelle de la considération, de la reconnaissance sociale et de la rémunération. 

Quels changements vous semblent appeler cette crise ?  

Nous devons dès maintenant penser l’après. Au nom de l’urgence sanitaire, des mesures ont été prises en matière de Code du travail. Il est légitime que tout le monde participe à la sortie de cette crise et je dirais même à la reconstruction, tant la comparaison avec la Seconde Guerre mondiale me semble évidente. Mais il faudra que vraiment tout le monde participe. C'est-à-dire non pas seulement les salariés, mais aussi tous ceux qui ont porté cette idéologie néo-libérale, permis de faire du profit comme jamais, de creuser les inégalités, combattu les nouvelles tranches d'impôt sur le revenu... Et plus généralement combattu la légitimité de l'intervention de l'Etat dans la vie économique. 

Nous devons absolument et dès aujourd'hui revoir tout cela. "

 

 

Coronavirus : Confinement.

Par Le 29/03/2020

Rien ne change pour nous au niveau du confinement étant donné qu'on vit comme ça depuis des années.

On ne "s'enferme" jamais en ville (je n'utilise pas l'expression "sortir en ville" volontairement), je ne sais même pas à quand remonte la dernière visite d'une personne à la maison en dehors de nos trois enfants, on ne va également jamais chez personne, (là, je pense que ça doit remonter à plusieurs années...), on n'est pas allé au cinéma depuis "Avatar", on ne va jamais manger au restaurant ou ailleurs, les achats alimentaires, c'est environ une fois tous les quinze jours au marché local mais là il est suspendu alors on fait avec ce qu'on a et c'est très bien. Le potager permanent nous apporte les ressources et il représente également une activité particulièrement agréable en ce moment. Se "ressourcer" intérieurement en préparant les ressources vitales. 

Il y a toujours des réserves alimentaires à la maison. On n'a pas eu besoin d'acheter quoi que ce soit en urgence. D'ailleurs, ça n'est pas du tout dans notre façon de faire... L'anticipation, c'est une règle dans le survivalisme...


 

Étant donné que nous sommes tous les deux à la retraite, ( trois ans pour Nathalie, sept mois pour moi), nos journées sont totalement libres et différents rituels se sont installés.

On a repris l'Anglais depuis six mois, une heure par jour minimum, yoga quotidien, méditation, musculation, bricolage, décoration artistique (pyrogravure, crochet, peinture, ...), potager (on vient de faire des greffes d'arbres fruitiers), beaucoup de lecture, l'écriture d'articles pour mon blog, écoute musicale...

Randonnées à ski, randonnées à pied, vélo, raquettes à neige...Ces activités sont évidemment suspendues. Les vues sur les sommets enneigés depuis la terrasse de la maison sont magnifiques et simultanément quelque peu douloureuses quand on imagine les conditions de neige. En même temps, on sait à quel point notre confinement est "agréable" comparé à des millions de personnes. 

Un autre rituel qui existe depuis plusieurs années pour nous : le massage.

Deux séances d'une heure par semaine. Sur une table de kiné, devant le feu de cheminée en hiver. Des huiles essentielles légèrement réchauffées. De la musique très douce. Une bougie et un diffuseur d'huiles avec une "fontaine" qui reproduit le bruit de l'eau.

Silence, pas de discussions. Juste les mots du corps.

Il y a un moment déjà, j'avais trouvé dans la recyclerie du secteur un livre qui s'est avéré particulièrement instructif, délicieux à lire et plus encore à mettre en pratique. 

Le Massage - Couverture - Format classique

Du même auteur : Lucinda Lidell

Le Massage : Le guide complet, étape par étape, des techniques occidentales et orientales par Lidell
AJOUTER À MES LIVRES

ISBN : 2221093526
Éditeur : 
ROBERT LAFFONT (09/11/2000)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 2 notes)

Résumé :


Apprendre à masser c’est non seulement acquérir un moyen naturel et efficace d’apaiser le stress, la tension ou d’éliminer mal de tête et mal de dos, mais c’est aussi développer ses pouvoirs de guérison, découvrir le plaisir de soigner les autres, se sentir apprécié et aimé, ou encore savoir interpréter les réactions de son propre corps, bref, pour soi et son entourage, favoriser vitalité, bien-être, bonne santé. Avec ses nombreux dessins et photos, des instructions progressives très claires et des conseils de professionnels, Le Massage enseigne à chacun, de façon limpide et attractive, le pouvoir du toucher, et offre réellement - c’est ce qui a fait son énorme succès - la possibilité de maîtriser rapidement un langage universel et vieux comme le monde.

Cette page en présente un grand nombre.

https://www.babelio.com/livres-/massage/11850

 

L'intérêt de ce confinement est le temps qui nous est proposé. A la retraite, pour notre part, ce temps nous est déjà donné. C'est l'occasion pour les "travailleurs" d'exploiter cette offrande. Et donc de retourner à son propre avantage la contrainte de devoir rester ensemble...Oui, il est probable que pour certains et certaines, il s'agisse d'une "contrainte"...Mais ce qui relève du choix, c'est d'en faire quelque chose de bon...Et le massage, qu'il soit reçu ou prodigué, est une pratique qui relève du bonheur...Je remets ici des liens qui dirigent vers d'anciens articles.

Je ne peux que fortement conseiller le livre de Nathalie Vieyra. Une professionnelle qui m'avait fait l'honneur d'écrire la préface de "KUNDALINI"

https://www.nathalie-vieyra.fr/  (le lien vers son site)

 

Nathalie Vieyra : sur le massage tantrique

Lâchez prise, le livre

28,00 €

Qui n’a pas cherché ses mots pour expliquer une sensation énergétique, un état modifié de conscience ?
Nathalie Vieyra, masseuse tantrique et thérapeute psycho corporel a toujours ressenti et essayé de partager son vécu sensoriel et extra sensoriel. Elle souhaitait trouver un moyen artistique visuel pour montrer cette notion de globalité corporelle, les flux énergétiques qui nous parcourent et nous relient les uns aux autres et l’univers, la conscience.
Ce livre est une invitation au voyage à travers le corps, dans les émotions et l’énergie.

Nathalie Vieyra et Flore-aël Surun

 

Le massage tantrique

Massage ayurvédique.

Le massage métamorphique

Fascias et massage

Pleine Conscience et Massage

Massage aimant

 

  

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Une pratique véritablement enrichissante, pour soi et pour la vie du couple. Depuis quatre ans maintenant que nous partageons ces moments, chaque semaine, nous avons pu voir une étonnante évolution dans la qualité d'émission et de réception. 

La Pleine Conscience est le point crucial du massage.

Le bénéficiaire du massage :  Il ou elle aura pour tâche de visualiser assidûment les mouvements des mains et chaque zone parcourue, de s'extraire des tourments ou des simples pensées intrusives. Il s'agira d'établir un lien sensoriel constant entre les perceptions et leur saisissement. Ce "travail", peu à peu, au fil des semaines, des mois, des années...améliore considérablement la conscience de soi, corporellement mais également spirituellement. L'observation maintenue est un excercice qui deviendra un élément fondamental de l'individu, un besoin, une nourriture, une forme de vie entière. C'est bien évidemment également un lien émotionnel très puissant avec le partenaire de par les échanges d'énergies. 

Cette quête de la Pleine Conscience durant le massage s'étend peu à peu à la vie quotidienne. C'est cela le plus émouvant. Comme si cet état de plénitude et d'absorption, de calme intérieur et de réceptivité parvenait à un certain niveau et devait s'étendre par manque de place ou qu'il finissait par s'infiltrer dans les carapaces de l'individu identifié. Dans le massage, il se crée un effacement profond de l'identité. C'est l'osmose entre le corps et l'esprit qui devient la "norme".

Le dispensateur du massage : Il peut paraître étrange de considérer que le masseur bénéficie lui aussi des bienfaits du massage et c'est pourtant éminemment le cas. Les énergies se "soignent" mutuellement et le masseur, qui a pour intention de prodiguer des bienfaits, se trouve par conséquent dans une "posture émotionnelle amoureuse", dans le sens où il œuvre au bonheur de l'être aimé. Cette énergie qu'il diffuse, par ses mains, s'installe dans un système commun, une boucle, un circuit interne qui relie les deux individus. 

Le masseur est simultanément massé, non pas dans un contact matériel mais par l'entité éthérique créée par le massage conscient. Comme si l'énergie délivrée par le massage revenait en écho dans le corps du masseur. C'est de délivrer le corps de l'être aimé de toutes ses tensions quotidiennes qui génère le flux aimant qui enveloppe les deux partenaires. 

Il nous arrive parfois, le lendemain d'un massage, de ne plus savoir qui a été massé et qui a été masseur...

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On a vu se développer également une sensibilité profonde de chaque zone du corps : les articulations, le creux poplité, les chevilles, les oreilles, le crâne, les doigts, les aisselles… L’exploration par le massage implique une attention immédiate, non pas dans l’attente d’un soulagement mais juste dans le saisissement des contacts.

C’est là, bien évidemment, que cet enseignement de l’instant présent, vient s’adjoindre à la sexualité.  

Tout comme dans le massage, il ne s’agit pas d’avoir une intention mais d’être dans l’attention. L’intention viserait l’orgasme et priverait l’individu du saisissement de chaque instant. L’attention, au contraire, reste impliquée dans cet instant et entraîne les deux individus dans un plaisir constant, un orgasme continu, non pas sur un plan génital mais bien davantage holistique. Un orgasme énergétiquement spirituel avant de devenir physique.

Là aussi, d’ailleurs, tout comme dans le massage où il arrive de ne plus savoir qui est masseur ou massé, les ressentis physiques dans les étreintes longues ne sont plus constamment sexués sur un plan organique, homme-femme mais s’étendent dans une dimension principalement énergétique. Les sensations de l’un et de l’autre s’échangent, comme dans une osmose du féminin et du masculin, une complétude retrouvée, une enveloppe dans une dimension de polarité magnétique, générant une aimantation parfaitement équilibrée.

Le massage intégral engendre bien évidemment une auscultation intérieure de son propre corps mais également de celui de l’autre. De masseur à massé, chaque individu part à l’aventure de territoires inconnus ou délaissés.

La sexualité se nourrira de cette cartographie sensorielle.

Cela ne signifie pas pour autant que les séances de massage doivent être conduites avec une intention érotique. Elles sont essentiellement un lien énergétique, un bien être à vivre pour soi, en soi, sans rien d’autre en tête.

L’attention est toujours le but et l’intention son adversaire.

Le plaisir du massage n’a pas besoin d’être sexualisé pour combler les individus. Le massage des zones érogènes ne sera rien d’autre qu’un massage. Les deux individus, tout entier, corps et âme, sensations et pensées, décideront de la suite.

Il viendra d’ailleurs un temps pour ceux et celles qui sauront se montrer assidus où le massage sera sexuel et la sexualité un massage puisque la corporéité grandissante des individus à travers la pleine conscience de l’attention englobera dans une entité nouvelle les corps et les âmes.

Il arrivera donc un moment où donner ou recevoir un massage deviendra aussi intense qu’une relation sexuée puisque tout ce qui s’éveillera dans ce flux puissant du partage sera nourri par l’amour : l’amour de l’autre, de soi et de la vie en soi et dans l’autre.

C’est un tout, un organisme énergétique, un placenta qui favorise la croissance commune des êtres.

 

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Le massage tient une place très importante dans ce roman...

KUNDALINI.

KUNDALINI : préface de Nathalie Vieyra

 


 

Coronavirus : Aux USA

Par Le 29/03/2020

Là, vraiment, si aucun traitement n'est trouvé dans les jours qui viennent, ça va être terrifiant là-bas.

 

 

Le président américain Donald Trump a annoncé samedi qu'il renonçait finalement à placer en quarantaine les États de New York, du New Jersey et du Connecticut, après avoir évoqué cette possibilité plus tôt dans la journée et causé l'émoi dans la région.

Le chef de l'État a indiqué qu'il avait demandé au Centre de contrôle des maladies (CDC), autorité de santé nationale, de diffuser un avis « ferme » dissuadant les déplacements pour entrer ou sortir de ces États, sans pour autant fermer leurs frontières.

« Le CDC demande instamment aux résidents de New York, du New Jersey et du Connecticut d'éviter tout voyage non essentiel (dans le pays) durant les 14 prochains jours avec effet immédiat », a indiqué le Centre dans un court communiqué publié un peu plus tard samedi.

Le président américain refermait ainsi une parenthèse qu'il avait lui-même ouverte en milieu de journée, lorsqu'il avait évoqué la possibilité de placer en quarantaine l'Etat de New York, tout en restant évasif sur la portée exacte de cette mesure.

« Point chaud »

La première puissance mondiale, qui est frappée de plein fouet par le Covid-19, compte désormais plus de 120 000 cas confirmés et 2 100 morts, dont 672 pour la seule ville de New York.

« Certains aimeraient que (l'Etat de) New York soit placé en quarantaine parce que c'est un point chaud », avait déclaré M. Trump au moment de quitter la Maison Blanche.

L'Etat de New York est de loin le plus touché par le coronavirus aux États-Unis, avec 52 318 cas et 728 décès.

« New York, New Jersey, peut-être un ou deux autres endroits, certaines parties du Connecticut, j'y réfléchis », avait-il ajouté, alors que nombre de juristes s'interrogeaient sur la possibilité même pour le président américain d'imposer une telle mesure.

L'objectif ? « Limiter les déplacements », a-t-il répondu. « Ils ont des problèmes en Floride, beaucoup de New-Yorkais se déplacent vers le sud. Nous ne voulons pas cela ».

« Une courte période »

Un peu plus tard, le milliardaire républicain avait assuré qu'une telle mesure n'aurait « aucun impact » sur les échanges commerciaux entre les Etats concernés et le reste du pays.

« Cela serait pour une courte période », avait-il encore dit, assurant qu'il entretenait un très bon dialogue avec le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo.

Ces annonces avaient suscité une vive émotion dans la région de New York, dont les dirigeants politiques avaient été pris par surprise.

Interrogé sur l'éventualité d'une fermeture des frontières de l'Etat décidée par Washington, le gouverneur Cuomo avait prévenu, sur CNN, qu'il s'agirait d'une décision « illégale », s'apparentant à « une déclaration de guerre contre les Etats » de l'Union.

« Cela provoquerait un choc pour les marchés d'une ampleur inédite »

« Je pense que ça paralyserait l'économie », a-t-il expliqué. « Cela provoquerait un choc pour les marchés d'une ampleur inédite. En tant que gouverneur, je ne fermerai pas mes frontières ».

Andrew Cuomo a rappelé que les États de New York, du New Jersey et du Connecticut avaient déjà mis à l'arrêt toutes les activités non essentielles et appelé la population à rester chez elle.

« Quand vous manquez de clarté, cela peut générer de la confusion, qui peut mener à la panique », avait regretté samedi le gouverneur du Connecticut, Ned Lamont.

Ce dernier a indiqué avoir demandé des éclaircissements à la Maison Blanche, qui lui a expliqué que tous les scénarios étaient sur la table, y compris un « lockdown », c'est-à-dire l'interdiction d'entrée et de sortie d'un Etat donné.

« New York, le New Jersey et le sud du Connecticut sont la capitale mondiale du commerce et de la finance », a prévenu le gouverneur Lamont.

« Politique réactionnaire »

« Et si vous tenez autant que le président à voir l'économie redémarrer », a-t-il poursuivi, « il faut faire très attention à ce que vous dites et à ce que vous ne dites pas ».

Signe que l'atmosphère se tend peu à peu, des policiers locaux et des soldats de la garde nationale ont fait du porte à porte samedi dans le Rhode Island, pour aller prévenir les propriétaires de véhicules immatriculés à New York qu'ils devaient s'auto-confiner durant deux semaines après leur arrivée dans cet Etat côtier au nord du Connecticut.

L'auto-confinement pour les voyageurs venant de l'Etat de New York est désormais obligatoire légalement et peut valoir une amende en cas de non respect.

« C'est une politique réactionnaire », a dénoncé Andrew Cuomo. « Et je ne pense pas que ce soit légal. »

Le gouverneur a menacé d'attaquer en justice le Rhode Island s'il ne revenait pas sur sa décision.

En Floride, le gouverneur Ron De Santis a annoncé des mesures similaires à celles prises dans le Rhode Island et des points de contrôle policier ont été installés à l'entrée de l'Etat au nord.

Là encore, il ne s'agit, pour l'instant, que de rappeler aux New-Yorkais entrant sur le territoire floridien qu'ils doivent s'auto-confiner pour 14 jours, sous peine d'amende.

Coronavirus : l'état et la chloroquine

Par Le 28/03/2020

C'est vraiment au-delà du réel cette histoire...

L'Etat et les instances médicales valident la prescription de la chloroquine dans un premier temps puis envoient ensuite un ajustement sous la forme d'un décret indiquant que ce traitement ne doit être prescrit qu'en cas de gravité absolue...Sauf que le professeur Raoult précise depuis des jours que la chloroquine est efficace quand elle est prescrite dès les premiers symptômes...

C'est quoi l'intention ? Montrer que la chloroquine est inefficace ? Casser les travaux du professeur Raoult ? Laisser la place aux laboratoires pour trouver un traitement qui sera bien plus juteux ? 

Si un GVT ne veut pas laisser émerger des thèses "complotistes", il se doit d'être irréprochable...Quant aux plaintes judiciaires contre ce GVT, il va devenir nécessaire de créer un tableau excel pour les comptabiliser...

 

 

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  • POLITIQUE

Coronavirus : le décret modifié pour limiter la prescription d'hydroxychloroquine aux "cas graves"

Par Alexandra Ducamp

Le décret paru, hier, encadrant la prescription d'hydroxychloroquine et de lopinavir/ritonavir a été modifié ce jour.
Le décret paru, hier, encadrant la prescription d'hydroxychloroquine et de lopinavir/ritonavir a été modifié ce jour.PHOTO D.M. / AFP

Le décret paru, hier, encadrant la prescription d'hydroxychloroquine et de lopinavir/ritonavir a été modifié ce jour"Ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut conseil de la santé publique et, en particulier, de l'indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d'une défaillance d'organe".

Des éléments qui ne figuraient pas dans la première version. Interrogé hier à ce sujet, les services du ministère de la Santé assuraient qu'"il n'y avait aucune contradiction avec les déclarations du ministre de la Santé" et avançait un argument technique : "On ne peut pas mettre de données médicales dans un décret. Il faut l'interpréter à l'aune des textes de son visa", en l'occurrence les recommandations du Haut conseil de la santé publique.

La preuve que si. C'est définitivement écrit noir sur blanc : la dérogation gouvernementale ne concerne que les cas graves en milieu hospitalier.

 

Un avis d'un médecin et il en a gros...

 

Une autre prise de position :

 

Coronavirus. ​​​​​​​le Nantais Jean-Luc Harousseau, ancien patron de la Haute Autorité de Santé, prescrit la chloroquine

Jean-Luc Harousseau, l'ancien président de la Haute autorité de santé, est pour un traitement à la chloroquine contre le coronavirus / © MaxPPP Jean-Luc Harousseau, l'ancien président de la Haute autorité de santé, est pour un traitement à la chloroquine contre le coronavirus / © MaxPPP

PARTAGES

Ancien président de la Haute Autorité de santé, spécialiste en Hématologie, le Nantais JL Harousseau s'est clairement engagé pour la prescription immédiate de la chloroquine contre le Covid-19. Débat houleux dans la communauté scientifique. Lui, prend partie sans détours.

Par Jérôme Soulard avec Fabienne Béranger 

"Il n'y a pas de risque, mais on a tout à gagner". Voilà une position extrêmement claire. Celle du professeur Jean-Luc Harousseau, qui le dit lui-même "nous n'avons plus de temps à perdre".

Le protocole de soin contre le Covid19, mis en place par son collègue Didier Raoult, il le soutient, "c'est le seul espoir rapide de guérison".

Et le Nantais a été suivi en en ce sens par le Ministre Olivier Véran, qui s'est conformé à l'avis du Haut Conseil de santé publique, recommandant de "ne pas l'utiliser, sauf pour des formes graves".

 

75 % de guérison en 6 jours

Le professeur Raoult n'a, c'est vrai, pas toujours bonne presse dans la profession, personnage un peu original, au look inhabituel. Oui, admet Jean-Luc Harousseau son étude n'est pas parfaite, mais quand même, "on parle ici de 75 % de guérison en 6 jours".

"A Marseille, le Professeur Didier Raoult dirige le plus grand service Universitaire de virologie", rappelle Jean Luc Harousseau. Il a plus de 800 personnes sous sa responsabilité.
Pourtant son protocole à la chloroquine est vivement critiqué par une partie de la profession.

Le très respecté Professeur Jean-François Bergmann, par exemple, qui refuse de déroger aux règles habituelles. Il exige des preuves scientifiques, de plus longs protocoles, des certitudes.

 

"Là on s'en fout des gardiens du temple"

"Je connais bien Jean-François Bergmann", s'agace le Nantais Jean-Luc Harousseau. "je connais sa rigueur scientifique et je l'apprécie. En temps temps normal, il a 100 fois raison."

Mais l'ancien Patron de la Haute Autorité de la Santé (HAS) va plus loin. Selon lui, les collègues qui s'opposent à la chloroquine sont "des frileux qui restent trop sur leur rigueur. Des gardiens du temple", mais maintenant s'emporte le professeur "là, on s'en fout des gardiens du temple. Ce qu'on veut c'est trouver vite des solutions".

Un protocole réservé aux malades hospitalisés

Selon Jean Luc Harousseau, ce protocole, doit s'appliquer mais uniquement aux malades hospitalisés, les cas les plus graves, les patients suivis dans nos hôpitaux. Il préconise une surveillance quotidienne de l’électrocardiogramme, "car il y a des risques à prendre en compte" rappelle-t-il.

Jean Luc Harousseau exclut donc totalement ce traitement pour la médecine de ville et les patients en relative bonne santé, comme 80% des personnes atteintes du Covid19. "Ces patients n'en ont pas besoin" explique le Nantais et de plus "il y a un risque cardiovasculaire avéré".

 

Avec un bon recueil de données, dans 15 jours, on sera fixés

Même avec moins de 40% d'efficacité du traitement,"cela permettrait de gérer la vague qui s'apprête à submerger nos hôpitaux" ajoute le Professeur Harousseau. "Sanofi est prêt à donner 1 million de doses gratuitement rappelle le Nantais.

Le Nantais refuse l'idée d'un manque de prudence. Il nous rappelle qu'il a été membre de la Haute Autorité de Santé, il revendique la rigueur scientifique mais rappelle le contexte. "On est déjà à plus de 100 morts par jour en France, plus de 600 en Italie. On ne peut pas attendre", poursuit-il.

On n'a rien d'autre de mieux à faire, ce n'est pas dangereux, et ça sera surveillé ! Alors allons-y ! - Jean-Luc Harousseau

 Pour Jean-Luc Harousseau, ce n'est plus un débat scientifique, mais bien un débat politique.

"Le propre des grands dirigeants politiques, c'est de savoir prendre des risques - Jean-Luc Harousseau


Pour le Professeur Harousseau, le traitement s'adresse donc uniquement aux personnes malades, hospitalisées et suivies. Personne d'autre.

Si ces malades très atteints reçoivent le traitement, explique-t-il, on a aura des réponses rapides. "C'est un traitement qui marche vite, on saura s'il est efficace, dans combien de cas et pour quels cas il est efficace ou non. On pourra mieux guider les prescriptions. Avec un bon recueil de données, dans 15 jours on sera fixés !"

Coronavirus : refus pour des tests

Par Le 27/03/2020

Il y a une dissonnance terrible et coupable entre les propos du Président, "nous sommes en guerre" et un rejet de la proposition de ce laboratoire vétérinaire, prêt à pratiquer des tests à grande échelle, tests qui représentent aujourd'hui une nécessité absolue et que l'Etat n'a pas su anticiper...C'est incompréhensible qu'en "période de guerre sanitaire" des textes de lois soient prioritaires.

J'ai lu que l'Etat craignait fortement une mobilisation judiciaire contre lui lorsque la situation sera redevenue normale. 

Il ferait bien effectivement de s'en préoccuper.

L'Etat refuse l'aide du laboratoire vétérinaire d'Indre-et-Loire capable de réaliser 1.000 tests par jour

 

 - Mis à jour le  - 
Par France Bleu Touraine

Indre-et-Loire, France

Le département d'Indre-et-Loire et 3 départements limitrophes viennent d'écrire au ministre de la santé. Ils sont prêts à mobiliser leur laboratoire vétérinaire pour effectuer 1.000 tests Covid-19 par jour. L'Etat refuse.

Illustration Laboratoire Illustration Laboratoire © Radio France - Véronique Julia

Le président du Conseil départemental d'Indre-et-Loire, Jean-Gérard Paumier, vient d'écrire* au ministre de la santé, Olivier Véran, afin de lui proposer les services du laboratoire vétérinaire Inovalys, capable de réaliser 1.000 tests Covid-19 par jour. Ce laboratoire est détenu par les départements de la Sarthe, de l'Indre-et-Loire, de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire, tous co-signataires de la lettre. Ces tests permettraient selon les quatre présidents "d'aider à développer les tests auprès des des personnels qui sont en première ligne dans la lutte contre l'épidémie".

Mais pour l'instant, le ministère refuse pour "un argument juridique" explique les présidents des 4 départements. Le cadre réglementaire est différent "entre médecine humaine et médecine animale, un argument qui n'apparait pas recevable aux départements en période de guerre". 

* Monsieur le Ministre,   

_Notre démarche a pour but de vous aider à développer, le plus rapidement possible, les tests COVID-19 auprès des personnels qui sont en première ligne dans la lutte contre l’épidémie du coronavirus et qui font l’objet d’une suspicion de contamination.  En temps de guerre militaire, il faut réorienter d’urgence et dans l’intérêt général l’appareil économique pour soutenir l’effort du pays.  En temps de guerre sanitaire, il nous faut réorienter d’urgence et dans l’intérêt général l’appareil productif des tests COVID-19, pour soutenir en cas de suspicion de contamination, les équipes en première ligne.  A cet égard, à côté des tests réalisés par les CHU et les laboratoires privés, et que vous souhaitez amplifier, notre laboratoire vétérinaire et de biologie Inovalys dispose des équipes, des compétences et des matériels pour effectuer des analyses de biologie moléculaire (PCR) en grande quantité de l’ordre de 1 000 tests COVID-19 par jour.  L’argument du cadre juridique en cette période de « guerre » ne nous paraît pas recevable. A ce niveau de gravité de la pandémie, il n’est pas possible que les frontières entre médecine humaine et médecine vétérinaire soient aussi étanches alors les organisations internationales évoquent régulièrement le concept « One Health » et que la majorité (60 %) des maladies infectieuses chez l’homme sont des zoonoses selon l’OMS.  Notre laboratoire Inovalys dispose d’une expérience importante dans la gestion de crises sanitaires en milieu vétérinaire (épizooties). Le laboratoire a été mobilisé à plusieurs reprises depuis le début des années 2000 pour réaliser des volumes analytiques importants en situation de crise (ESB, maladie de Schmallenberg, Influenza aviaire, Fièvre Catarrhale Ovine ...).  Le laboratoire Inovalys, qui a été en contact régulier avec le laboratoire de virologie du CHU de Tours, est dirigé par Monsieur Bruno Caroff (pharmacien biologiste médical, titulaire du DES de Biologie médicale et ancien interne de l’APHP). Avec son adjoint, Jean Luc Cheval (vétérinaire biologiste), ils ont échangé à plusieurs reprises avec le Pr Gaudy Graffin sur différentes solutions techniques pour l’automatisation des analyses. Inovalys a également proposé de donner quelques kits de réactifs au laboratoire de virologie du CHU et de les mettre en relation avec différents fournisseurs de réactifs PCR.    Les relations entre les biologistes d’Inovalys et le Pr Gaudy Graffin sont très constructives.   La volonté du GIP Inovalys est de travailler main dans la main avec le CHU de Tours et de pouvoir les aider dans la limite de nos compétences, et en appui des laboratoires privés. Ses appareils sont « ouverts » et permettent ainsi d’utiliser des réactifs non dépendants du seul fournisseur de matériel et d’être ainsi moins sensible à la pénurie de réactifs. Par ailleurs le GIP INovalys est accrédité COFRAC en biologie moléculaire (PCR) depuis de nombreuses années selon le référentiel ISO 17025.  Si des tests COVID-19 devaient être confiés au GIP Inovalys cela ne pourrait s’effectuer que dans les conditions suivantes : * réquisition par l’Etat ; * collaboration étroite avec les laboratoires de virologie des CHU ; * saturation des capacités analytiques des CHU et des Laboratoire d’analyse biologique et médicale ; * validation de notre méthode PCR en lien avec le CHU ; * prélèvements réalisés par le monde médical sur les patients et non par le GIP Inovalys ; * disponibilité suffisante en réactifs (stock réservé pour le moment) * matériels de protection (EPI) disponibles pour les techniciens  * temps nécessaire : 3 jours après livraison des réactifs (matériels déjà en place)  L’objectif est vraiment de travailler en partenariat avec les laboratoires du CHU, sous leur contrôle et en complémentarité étroite avec le recours accru aux laboratoires privés d’analyse que vous avez également souhaité. Nos équipes en première ligne ne comprendraient pas que tous les moyens disponibles, en particulier l’augmentation du nombre de tests, n’aient pas été mis en œuvre par l’Etat pour augmenter le nombre de tests afin de préserver leur santé.  Les Régions Pays de la Loire et Centre Val de Loire ne sont pas à l’heure actuelle parmi les plus touchées, il nous reste quelques jours pour optimiser nos moyens de lutte, en premier lieu les tests. C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, conformément à vos annonces de développer le nombre de tests COVID-19, nous en appelons à votre décision qui nous permettrait d’être rapidement opérationnel et participer activement à la lutte contre cette pandémie.  Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, en l’assurance de notre très haute considération._"

Elisée Reclus : une philosophie de la nature

Par Le 27/03/2020

Plutôt que de chercher de nouvelles idées pour franchir le pas d'un "après coronavirus", il serait bon de retrouver les écrits laissés par certains penseurs délaissés, considérés comme des rebelles anarchistes, des hurluberlus, des marginaux, des esprits incapables de s'adapter à leur époque...C'est le conditionnement sociétal qui les a placés dans ces cases et non pas leurs idées elles-mêmes, c'est le formatage des puissants et de tous les canaux de diffusion dont ils se servent, c'est notre propre avidité et notre abandon servile. C'est tout cela qu'il faut balayer, totalement, intégralement, sans aucune demi-mesure. Il nous faut reprendre notre liberté de penser et d'agir. 

 

Élisée Reclus : une philosophie de la nature

 

https://ehne.fr/fr/encyclopedie/th%C3%A9matiques/%C3%A9cologies-et-environnements/id%C3%A9es-acteurs-et-pratiques-politiques/%C3%A9lis%C3%A9e-reclus%C2%A0-une-philosophie-de-la-nature#toc-reclus-lentraide-et-lenvironnement-j4mDzKDy

Résumé 

Il s’agit ici d’étudier la contribution que la pensée du géographe anarchiste Élisée Reclus (1830-1905) peut apporter aux débats actuels sur la planète et l’environnement. En analysant les racines intellectuelles de cette approche originale de l’environnement, on découvre la modernité d’une vision refusant toute séparation artificielle entre « humanité » et « nature », servant de puissant dispositif conceptuel pour questionner la prétendue domination de la première sur la seconde.

Portrait d’Élisée Reclus par Nadar, 1889.

Portrait d’Élisée Reclus par Nadar, 1889. Source : Wikimedia Commons

Sommaire


Reclus, l’entraide et l’environnement

Récemment, plusieurs travaux ont abordé la biographie et les travaux d’Élisée Reclus, dont le rôle pionnier dans une géographie sensible à ce qu’on appelle aujourd’hui les « enjeux environnementaux » a été souligné à plusieurs reprises. Fils d’un pasteur protestant du sud-ouest de la France et formé d’abord à la géographie à l’université de Berlin chez Carl Ritter (1779-1859), Reclus passe la plupart de sa carrière en exil comme persécuté politique, dans les premières années du Second Empire (de 1852 à 1857) et après la Commune de Paris de 1871, lorsqu’il est banni pour sa participation au mouvement communaliste et doit se réfugier en Suisse, où il est l’un des fondateurs du mouvement anarchiste international organisé autour de l’Internationale antiautoritaire et de la Fédération jurassienne. Ces troubles ne l’empêchent pas de publier des ouvrages monumentaux comme La Terre (2 vol.), la Nouvelle Géographie universelle (19 vol.) et L’Homme et la Terre (6 vol.). C’est à ses voyages que Reclus doit son attraction pour la nature et pour les activités de terrain (il est aussi un soutien à l’éducation des enfants en plein air), à partir de son séjour de 1856-1857 sur la Sierra Nevada de Sainte-Marthe en Colombie, qui inspire ses premiers écrits sur la « nature tropicale ».

On y trouve déjà une idée de la relation et de l’harmonie intrinsèques que Reclus envisage entre ce qu’on appelle « humanité » ou « culture », et ce qu’on nomme « nature », « milieu » ou « environnement ». Reclus est souvent indiqué comme un précurseur de l’« écologie ». Cependant, si Reclus n’a pas utilisé la définition d’« écologie », ce n’est pas parce que celle-ci n’existe pas à son époque (Pelletier 2013), mais parce qu’elle caractérise alors la pensée du scientifique allemand Ernst Haeckel (1834-1919), dont les positions explicitement antisocialistes s’opposent diamétralement aux idées des géographes anarchistes, notamment Reclus et ses collaborateurs Pierre Kropotkine (1842-1921) et Léon Metchnikoff (1838-1888). Ceux-ci sont alors les inventeurs de la théorie de l’entraide, c’est-à-dire d’une interprétation solidariste du darwinisme considérant la coopération comme un facteur fondamental de l’évolution, contre lesdits « darwinistes sociaux » qui ne conçoivent que la lutte sans trêve et la compétition entre les espèces, ce qu’ils considèrent légitimer aussi les inégalités sociales.

Reclus est personnellement passionné d’escalade et de randonnée, comme il explique dans des écrits célèbres comme l’Histoire d’une montagne. Plusieurs de ses contributions, tels que les articles qu’il publie dans les années 1860 dans la Revue de Deux Mondes, anticipent ce qu’on considère aujourd’hui comme des préoccupations paysagères pour la préservation de la beauté de la montagne contre l’édification des lieux pour leur exploitation touristique. Cependant, Reclus se démarque du concept de « wilderness » exprimé par George Perkins Marsh (1801-1882), ne concevant pas une nature « vierge » et en considérant comme un devoir du genre humain de construire des relations respectueuses avec l’environnement, dont il est partie prenante. L’idée de l’entraide, s’appliquant à la fois à des communautés végétales, animales ou humaines, relève exactement de cette consubstantialité entre mondes humaines et mondes non humains. Cela anticipe les approches contemporaines de l’hybridité et des « géographies plus qu’humaines », qui sont très débattues depuis quelques années. Il est important alors de considérer quelles sont les origines intellectuelles de la théorie reclusienne de la consubstantialité entre humanité et nature, pour comprendre que cela relève de profondes racines intellectuelles qui peuvent encore nourrir les débats environnementaux contemporains. 

Le retour productif de « vieilles » idées

La philosophie de la nature, plus précisément la Naturphilosophie allemande, est un élément fondamental de la formation intellectuelle de Reclus. Des sources biographiques démontrent que le jeune Élisée, avec son frère ainé Élie Reclus (1827-1904), lit les œuvres des Naturphilosophen allemands Friedrich Schelling (1775-1854) et Lorenz Oken (1779-1851), à côté de celles de figures centrales du socialisme français comme Pierre Leroux (1797-1871) et Pierre-Joseph Proudhon (1809-1965). Comme le démontrent des travaux historiques, la philosophie de la nature de Schelling, Oken et d’autres exerce aussi une forte influence sur les travaux de géographes comme Alexander von Humboldt (1769-1859) et Ritter lui-même. Dans les années suivantes, c’est en tant qu’experts de langue et culture allemandes que les frères Reclus offrent leurs services à la Revue germanique, pour laquelle ils souhaitent traduire les travaux des philosophes de la nature, en déclarant leurs idées en matière de philosophie : « Nous nous rattachons à l’école de Spinoza » (Institut français d’histoire sociale (IFHS), 14 AS 232, dossier IX, Lettre d’Élie et Élisée Reclus à A. Nefftzer, 6 janv. 1858).

Baruch Spinoza (1632-1677) est également une inspiration importante pour les Naturphilosophen, car son idée de « nature auto-productive » implique que l’intellect humain ne peut pas être séparé de la nature dont il est un produit. Pour les philosophes de la nature, cela constitue l’un des fondements de leur critique d’Emmanuel Kant (1724-1804), dont la pensée est encore considérée par la critique constructiviste comme l’emblème d’une modernité dissociant intellect et nature. Les géographes anarchistes considèrent aussi la pensée de Spinoza comme une référence pour leur éthique de la liberté, où l’individu a le droit de se révolter contre la domination pour des raisons morales. Dans la correspondance entre Reclus et Kropotkine, on trouve cette référence alors que les deux hommes échangent sur leurs souvenirs respectifs de prison, notamment leurs lectures carcérales, qui incluent le philosophe des Provinces-Unies (Archives d’État de la Fédération russe (GARF), Fondy P-1129, op. 2 khr 2103, f 21, Lettre d’É. Reclus à P. Kropotkine, 24 janv. 1884).  

Le célèbre aphorisme contenu dans l’exergue de L’Homme et la Terre, « l’homme est la nature prenant conscience d’elle-même », s’explique dans le cadre de cette tradition intellectuelle et de l’interprétation originale que les géographes anarchistes en font, en y ajoutant les idées de coopération et de justice sociale. Plusieurs auteurs se sont focalisés récemment sur le retour de « vieilles » idées en plusieurs champs de la connaissance, avec des connotation politiques parfois progressistes, comme dans le cas de la théorie de l’entraide, parfois beaucoup moins comme dans les cas du déterminisme environnemental, du malthusianisme et du créationnisme.

On peut conclure que, aujourd’hui, le retour de thèmes de la philosophie de la nature à travers des auteurs comme Reclus peut nourrir les sciences de l’environnement de plusieurs manières. Celles-ci incluent la nécessité d’une vision hybride des environnements qui ne sépare pas ce qui est « naturel » de ce qui est « humain », et qui abandonne donc tout déterminisme environnemental, en se focalisant sur des interactions complexes où les cadres spatiaux ne sont pas seulement un contexte, mais des acteurs à part entière de l’histoire, une histoire qui est essentiellement environnementale et ne se sépare pas, comme Reclus aurait dit, de la géographie. Du point de vue éthique, le fait que les êtres humains font partie de la nature donne aussi des limites à leurs prétentions de domination sur celle-ci. Cette idée s’est manifestée récemment dans les différentes facettes de la cause animale (véganisme, végétarianisme, etc.) et peut aussi servir, à l’échelle planétaire, pour relancer la pensée géographique et critique dans les discussions qui ont lieu sur des enjeux vitaux pour la planète tels que le climat."

Coronavirus : et après ?

Par Le 27/03/2020

Il y aura un "après" mais un "après" qui précèdera le "prochain".

Il est donc indispensable de s'interroger grandement sur les effets mais bien davantage sur les causes afin, si possible, d'enrayer l'émergence du "prochain" ou à défaut d'en anticiper toutes les actions qui seront nécessaires. Les crises sanitaires précédentes n'ont pas été suivies de réflexions et d'anticipations suffisantes. C'est un constat. 

Des sites scientifiques, des sites de "vulgarisation", des sites économiques et financiers... Quelques analyses commencent à émerger. 

Il n'est plus vraiment utile de se concentrer sur la situation sanitaire. Elle est désastreuse et chacun fait comme il peut à son niveau, Etats comme individus. Avec plus ou moins de réussite...

L'impact environnemental de l'homme est une cause majeure. C'est un fait. Il convient donc maintenant de chercher à établir les moyens de revenir à une "démondialisation écologique", c'est à dire une diminution drastique de tous les déréglements que l'humanité a généré. Il ne s'agira pas d'abandonner un mode de vie dans une dimension morbide mais de créer un élan vital vers une autre forme d'existence. Il ne s'agira pas d'un retour à l'âge de pierre mais d'un tremplin vers l'âge de conscience. Non pas une conscience égotique mais une conscience holistique. Tout est relié...

 

https://lvsl.fr/coronavirus-la-demondialisation-ecologique-est-notre-meilleur-antidote/?fbclid=IwAR2y2PVEP4bgUXwuWyLwaF3ZzBMx-mwA_DNR85DF0mZw_9jLmPMakCiD6MI

 

CORONAVIRUS : LA DÉMONDIALISATION ÉCOLOGIQUE EST NOTRE MEILLEUR ANTIDOTE

 

Par

 Pierre Gilbert

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L’épidémie de coronavirus se répand désormais de manière anarchique et provoque une véritable psychose. Les causes d’un tel chaos sont multiples, mais il est essentiel de les disséquer si l’on veut se donner les moyens de prévenir de prochaines crises. Destruction de l’environnement, grand déménagement du monde, mercantilisme immoral des laboratoires pharmaceutiques, destruction du service public de la santé… Face à ce grand désordre, seule une écologie politique volontariste peut proposer une feuille de route réaliste. Explications.


LA DESTRUCTION ENVIRONNEMENTALE AUGMENTE LE RISQUE DE PANDÉMIE

L’épisode que nous connaissons depuis maintenant bientôt trois mois a une source : le coronavirus rencontre très probablement son patient zéro par l’entremise d’une espèce de chauve-souris, consommée près d’un marché aux animaux de Wuhan, en Chine continentale. D’autres chercheurs évoquent la piste du pangolin, petit mammifère cuirassé menacé de disparition, car chassé et revendu à prix d’or pour sa peau et sa viande. Quoi qu’il en soit, pour le coronavirus comme pour Ebola il y a quelques années, le pathogène nous provient directement de la faune sauvage.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, des centaines de bactéries et de virus sont apparus ou réapparus dans des régions où ils n’avaient jamais été observés. SRAS, grippe aviaire, Ebola, Zika, VIH, coronavirus, etc., 60 % de ces pathogènes sont d’origine animale, et deux tiers de ces derniers proviennent d’animaux sauvages. Si les interactions entre les hommes et les microbes issus du milieu sauvage ont toujours existé, comment expliquer cette augmentation récente de la fréquence d’apparition des épidémies ?

Comme l’explique Sonia Shah dans son article pour Le Monde diplomatique, la destruction méthodique de l’environnement par l’extractivisme forcené a provoqué un phénomène d’atomisation, d’archipélisation du monde sauvage. Les animaux n’ont d’autre choix que de déborder sur les milieux humains, car les humains s’installent partout. Conséquence logique : les chances pour qu’un virus, qui n’est pas dangereux pour son animal porteur, entre en contact avec un organisme humain augmentent.

Une étude sur Ebola menée en 2017 a montré que les apparitions du virus, porté initialement par des chauves-souris, sont plus fréquentes dans les zones d’Afrique équatoriale ayant subi des déforestations récentes. En rasant leurs forêts, les chauves-souris sont poussées à aller se percher sur les arbres des jardins. Il suffit qu’un humain croque dans un fruit déjà mordu par une chauve-souris, et donc couvert de salive, ou se fasse mordre en tentant de la chasser, pour qu’un virus pénètre son organisme.

Globalement, c’est un fait, la destruction des habitats, qui représente la première cause de la 6e extinction de masse, dérégule la biodiversité. Selon l’UICN, sur les 82 954 espèces étudiées aujourd’hui, 23 928 sont menacées. Parmi elles, on compte : 13 % des oiseaux, 26 % des mammifères et 42 % des amphibiens. La disparition de la biomasse d’insectes est encore plus phénoménale puisqu’elle est 8 fois plus rapide que celle des autres espèces animales. En Europe occidentale, nous en aurions perdu 75 % en 30 ans. Or cette biodiversité de proies et de prédateurs empêche les parasites, dont les porteurs de virus comme les moustiques ou les tiques, de se multiplier outre mesure. Selon une étude conduite dans 12 pays, les moustiques sont ainsi deux fois moins nombreux dans les zones boisées intactes que dans les zones déboisées[1].

En somme, si l’on veut limiter le risque de propagation des pathogènes, il faut permettre à la nature d’ériger de nouveau ses barrières biologiques. En termes de politiques publiques, cela passe avant tout par une transition agroécologique d’ampleur, faisant la part belle aux arbres, aux haies… et la guerre aux pesticides, principale cause de la disparition du vivant. Cette note très complète de l’Institut Rousseau explique comment sortir complètement des pesticides en moins de 10 ans. Dans un même élan, la lutte contre la déforestation, nationale ou importée, doit être implacable. Plus de 80 % de la déforestation est à visée d’exportations agricoles, de viande notamment. La puissance publique doit donc s’atteler, pour limiter le risque de pandémie, à combattre l’élevage industriel au profit d’un élevage local, intégré dans les cycles agroécologiques.

Seules les forces politiques qui proposent une telle orientation sont en cohérence avec l’objectif de diminution des risques de pandémie, mais il faut voir plus loin. Dans les pays du Sud, la déforestation est également largement motivée par la nécessité de prélever du bois de chauffe et de cuisson. Ce phénomène ne peut être combattu sans une politique de codéveloppement écologique, visant par exemple à électrifier les usages du bois : four solaire, chauffage électrique… Parmi les acteurs politiques, n’envisager qu’un repli sur soi, lorsqu’on est un pays comme la France, n’est donc pas à la hauteur des enjeux sanitaires.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE AUGMENTE ÉGALEMENT LES RISQUES SANITAIRES

Le changement climatique impacte de nombreuses façons notre vulnérabilité aux pathogènes.

En premier lieu, avec l’augmentation de la température, le cycle de l’eau est bouleversé : avec +1,1°C par rapport à l’air préindustriel, l’évaporation de l’eau est 7 % plus élevée que la normale. Il en résulte à la fois davantage de sécheresses et des pluies diluviennes. La combinaison des deux entraîne généralement un durcissement des sols et une stagnation plus longue des eaux, qui n’arrivent plus à pénétrer la terre. Des conditions idéales pour le développement du choléra par exemple, dont les bactéries remontent les cours d’eau depuis la mer. Les moustiques, qui se reproduisent dans l’eau stagnante, s’en trouvent également avantagés.

Les anophèles, une espèce de moustique originaire d’Égypte et principaux porteurs du paludisme, sont en pleine expansion vers nos latitudes, à cause du réchauffement climatique. Résultat, l’Organisation mondiale de la santé estime que le changement climatique entraînera 60 000 décès supplémentaires liés au paludisme chaque année entre 2030 et 2050, soit une augmentation de près de 15 % par rapport à aujourd’hui. Le moustique tigre, vecteur de plus de 20 virus dangereux, dont le Zika, le chikungunya, la dengue et fièvre jaune, n’est pas en reste. En 2050, 2,4 milliards d’individus seront à sa portée, dans son aire de répartition.

La fonte du permafrost, dans le cercle arctique, pourrait également libérer des glaces de dangereux pathogènes oubliés, comme l’anthrax ou la grippe espagnole – qui avait fait plus de morts que la Première Guerre mondiale en 1918-1920, avec plus de 50 millions de victimes. La multiplication des événements extrêmes, comme les ouragans ou les inondations, affaiblit également les communautés humaines en détruisant les infrastructures et en désorganisant les chaînes d’approvisionnement. Les migrations climatiques, si elles sont si massives qu’annoncées par l’ONU – entre 250 millions et 1 milliard de réfugiés climatiques en 2050 – peuvent faciliter la propagation de pathogènes.

Pour ces raisons, la lutte contre le changement climatique et la prévention des risques sanitaires ne peuvent qu’aller de pair. Mais si le néolibéralisme s’avère incapable de réguler seul sa consommation d’énergies fossiles – responsables à 71 % du réchauffement climatique – et d’alléger sa prédation sur les milieux, il faut comprendre que cette logique destructrice expose également davantage nos organismes. L’effondrement de la biodiversité animale a son corolaire méconnu : l’effondrement de la biodiversité dans le corps humain.

UN AFFAIBLISSEMENT TENDANCIEL DES DÉFENSES IMMUNITAIRES HUMAINES

Nous ne pourrions pas survivre sans les quelques deux kilos de microbes que nous hébergeons. Ces milliards de microorganismes sont présents sur notre peau, dans nos muqueuses et dans nos intestins. Ils sont spécialisés pour traiter telle ou telle substance présente dans un aliment par exemple. Ils les prédigèrent, synthétisent des molécules essentielles à l’organisme : notre corps veille à cette symbiose en maintenant un environnement optimal. Pour l’intestin, ce sont quelques 200 millions de neurones qui y veillent, soit autant que dans le cerveau d’un chien. Notre santé dépend donc intimement de note diversité microbienne.

Or, durant les quarante dernières années, nous assistons à une diminution drastique de cette biodiversité intestinale. L’effondrement du microbiote ressemble d’ailleurs, dans son ordre de grandeur, à l’effondrement du reste de la biodiversité. Ce sont là les conclusions des travaux de Joël Doré et ses équipes de l’INRA, un des plus grands spécialistes français du microbiote intestinal. La faute à l’appauvrissement des aliments d’une part, qui ne nourrissent plus nos microbes, car n’apportent plus autant d’éléments qu’avant. En cause : les engrais qui boostent la croissance des plantes sans leur laisser le temps d’accumuler les nutriments. De l’autre, nos aliments sont gorgés d’antibiotiques qui massacrent indifféremment nos bactéries auxiliaires.

Les antibiotiques ont permis de sauver des millions de vies. Ils sont apparus avec la pénicilline, découverte en 1928 par l’Écossais Alexander Fleming. Ce dernier pointait cependant, dès 1943, le développement de résistances découlant de l’utilisation excessive de ce médicament. Lorsqu’on emploie un antibiotique, seules survivent – et se reproduisent – les bactéries dotées de systèmes de défense contre cette molécule. La mise en garde ne fut pas entendue. Aujourd’hui, la communauté scientifique observe avec angoisse la multiplication de bactéries résistantes et même multirésistantes.

Plus de la moitié des antibiotiques produits dans le monde sont destinés aux animaux. Sans antibiotique, pas d’élevage industriel, car les infections se propageraient trop facilement. Les lobbies pharmaceutiques ont toujours été très puissants. Aux États-Unis, qui utilisent bien davantage d’antibiotiques que dans l’Union européenne, le gouvernement de Jimmy Carter proposait dès 1976 de réguler l’usage des antibiotiques dans l’agriculture. Sans succès, les membres du Congrès, financés par les lobbies de l’agroalimentaire, se sont opposés fermement à toute mesure de ce genre. Aujourd’hui, aux États-Unis, 80 % de la production d’antibiotiques – les mêmes que ceux administrés aux humains – est destinée à l’élevage. Avec les différents accords de libre-échange passés par l’Union européenne, nous importons massivement de la viande américaine, au détriment de notre résilience bactérienne.

Selon les estimations de l’OMS, environ 700 000 personnes meurent chaque année dans le monde à cause d’infections résistantes aux antibiotiques, dont 25 000 en Europe et sans doute le triple rien qu’en Inde. De fait, plus de 90 % de nos antibiotiques sortent des usines chinoises ou indiennes, dont une partie des effluents finissent dans l’environnement, créant des foyers d’antibiorésistance capables de se diffuser mondialement. Un phénomène d’ailleurs globalement accentué par le changement climatique : des études ont démontré qu’il y a un lien entre l’émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques et un climat plus chaud.

S’il ne faut pas confondre bactérie et virus (sur lesquels les antibiotiques sont inefficaces), il ne faut pas minimiser le lien entre les deux : un organisme affaibli par sa vulnérabilité à certaines bactéries est beaucoup plus vulnérable aux attaques de virus. Au même titre, la multiplication des perturbateurs endocriniens, qui dérèglent le système immunitaire, augmente la sévérité potentielle des épidémies.

SANTÉ, CLIMAT… PRIS AU PIÈGE D’UNE MÊME IRRATIONALITÉ

Il n’y a pas d’écologie politique sans vision holistique des systèmes et de leurs interactions. L’essor du productivisme capitaliste fut permis par l’énergie phénoménale libérée par les fossiles. La puissance brute de cette énergie – 1 litre de pétrole contient autant d’énergie que 10 ouvriers travaillant une journée entière – a permis à l’industrie de s’immiscer partout pour remplacer, avec de la chimie, des symbioses autrefois naturelles et gratuites. On a ainsi remplacé les apports de nutriments entre les plantes et les animaux par des engrais de synthèse et des pesticides. De la même manière, on a remplacé les interactions entre la diversité de microbes naturels et nos systèmes immunitaires par des médicaments, pour la plupart issus de l’industrie chimique. En somme, on a fait éclater les cycles naturels pour y immiscer de la marchandise.

À mesure que les équilibres naturels sont remplacés par des dérivés de pétrole et les médicaments chimiques, ils s’effondrent. Pour compenser, il faut toujours plus d’intrants pétrolier et médicamenteux. C’est le cercle vicieux de la dépendance, dont le seul bénéficiaire est le marché. Si l’on retire le pétrole, les rendements agricoles s’écroulent d’un coup, avant de remonter quelques années plus tard au fur et à mesure de la reconstruction des cycles naturels. C’est identique avec les médicaments : si l’on retire d’un coup les antibiotiques, les organismes deviennent hyper vulnérables, avant que la biodiversité microbienne, microbiotique, se renforce et nous protège de nouveau de la plupart des pathogènes.

L’enjeu d’une politique fondamentalement écologique, c’est de renforcer rapidement les cycles naturels, de manière à éviter les chocs majeurs que constitueraient une disparition du pétrole, ou des médicaments conventionnels. Pour cela, dans le domaine de la santé, il faut une politique d’ampleur visant à réconcilier prévention et soins, en organisant une décroissance progressive de certaines molécules chimiques. Autant dire que ça ne va pas forcément dans le sens des laboratoires privés, dont le but est de vendre un maximum de médicaments.

UN SECTEUR PHARMACEUTIQUE COMPLÈTEMENT DÉRÉGULÉ ET INCAPABLE D’ANTICIPER LES RISQUES

Le milieu pharmaceutique est certainement l’un des plus caricaturaux en matière de course au profit. Alors que 800 antihypertenseurs et anticancéreux – des médicaments à forte valeur ajoutée – font actuellement l’objet de recherches cliniques, seulement 28 antibiotiques sont à l’étude, dont tout au plus deux seront commercialisés[2]. La mise au point d’une nouvelle molécule antibiotique demande 10 à 15 ans de recherche et coûte 1 milliard de dollars. Et il n’y a pas de retour sur investissement, car au bout de 5 ans, 20 % des bactéries seront résistantes à ce nouvel antibiotique. C’est pour cette raison que la plupart des laboratoires pharmaceutiques ont tout simplement délaissé la R&D en la matière. La dernière nouvelle classe d’antibiotiques lancée sur le marché date de… 1984.

Nos laboratoires pharmaceutiques ont choisi l’appât du gain plutôt que de remplir leur mission de sécurité collective. En 2019, le laboratoire Sanofi est par exemple le deuxième distributeur de dividendes en France, derrière Total et devant la BNP Paribas. La recherche et développement, qui devrait constituer l’essentiel des investissements de ces entreprises pour trouver de nouveaux remèdes, est réduite à peau de chagrin. Souvent, elle s’attache à trouver de nouveaux « débouchés » pour des molécules déjà existantes, de manière à maximiser les retours sur investissement. Il en résulte parfois des drames, comme celui du fameux Médiator du laboratoire Servier, une molécule initialement élaborée pour les personnes en surcharge pondérale atteintes de diabète de type 2, mais prescrite largement comme coupe-faim avec la complicité de la direction. Il fallait vendre. Le médicament aurait entraîné le décès de 1 000 à 2 000 personnes en France en raison de son risque augmenté de valvulopathies cardiaques.

Plus fondamentalement, à force de faire la course aux dividendes plutôt que de déployer une R&D efficace, les laboratoires se sont coupés des moyens de réagir rapidement en cas de risque nouveau, comme le coronavirus. De son côté, la recherche publique, rattachée aux différentes universités et CHU, souffre de baisses de budget constantes et se réduit malheureusement à peu de choses.

Sans doute encore plus inquiétant à court terme, l’approvisionnement en médicaments et protections élémentaires nous guette. De fait, nos laboratoires pharmaceutiques français ont délocalisé la plupart de leur production de médicaments génériques, pour ne conserver sur notre territoire que la production de molécules à forte valeur ajoutée. 80 % de l’ensemble des substances actives sont fabriqués en dehors du territoire européen, principalement en Inde et en Asie, contre 20 % il y a trente ans[3].

L’Agence européenne du médicament (AEM) admet que « l’épidémie de coronavirus pourrait affecter la capacité de fabrication et la stabilité de l’approvisionnement des principes actifs des médicaments en raison de fermetures d’usines et de réseaux de transport qui pourraient entraîner une pénurie de médicaments dans le monde », même si à ce stade l’AEM estime que ce n’est pas encore le cas. De leur côté, les autorités américaines ont indiqué avoir identifié un premier cas d’une pénurie de médicaments liée directement à la crise du coronavirus, le fabricant concerné ne pouvant plus produire en raison du manque d’un ingrédient pharmaceutique actif.

Pour l’ensemble de ces raisons, il ne peut y avoir de réponse politique cohérente à cette crise sans évoquer la nécessaire création d’un pôle public du médicament. Ce dernier devra articuler remontée en puissance de la R&D publique et réencastrement de l’activité des laboratoires privés dans une stratégie de sécurité nationale. Pour ça, plus que de l’argent, il faut du courage politique et la volonté d’affronter lobbies et commissaire européen à la concurrence. Un tel pôle public serait en effet une excellente opération financière pour l’État, dont la sécurité sociale n’aurait plus à rembourser des médicaments au prix infiniment plus élevé que leur coût de fabrication. Le secteur pharmaceutique est un secteur hautement stratégique qui ne peut être pris en otage par des intérêts privés. Il faut reconstruire des filières médicamenteuses nationales de toute urgence, avant que le savoir-faire n’ait complètement disparu.

L’HÔPITAL PUBLIC DOIT ÊTRE RENFORCÉ, ET NON DÉTRUIT COMME C’EST LE CAS AVEC LES GOUVERNEMENTS LIBÉRAUX

Le coronavirus arrive en pleine crise de l’hôpital public, fortement mobilisé contre sa destruction programmée par le bloc néolibéral. Depuis vingt ans, 100 000 lits ont été supprimés, un sur cinq, alors que la fréquentation augmente constamment, notamment aux urgences où le nombre de passages a été multiplié par deux en 20 ans. Le virage ambulatoire, la tarification à l’acte, etc. sont autant d’accélérateurs dans la logique de marchandisation des soins et la montée de l’hôpital privé, sur le modèle américain.

Or, cette logique d’augmentation du flux de patient et de la réduction du temps passé sur place est contradictoire avec une stratégie de lutte contre le coronavirus. En effet, pour le coronavirus, il faut pouvoir isoler les patients pendant un certain temps tout en les soignant, et être prêt à massifier l’opération. Les dernières données montrent d’ailleurs que le virus peut se réveiller après guérison, ce qui plaide pour une surveillance plus longue. Or, pour cela, il faudrait avoir de nombreux lits à disposition, ainsi que du personnel. Ce dernier est déjà à bout, pressuré par des diminutions drastiques d’effectifs et un management robotisant.

Un pouvoir régalien à la hauteur du contrat social élémentaire – garantir la sécurité des citoyens – doit donc impérativement renforcer l’hôpital public. Il apparaît toujours plus difficile de reconstruire que de détruire, mais il faut en tirer les conséquences politiques : face à l’ampleur des dépenses publiques à réaliser, il va falloir sortir les investissements écologiques et les investissements hospitaliers de la règle du calcul des déficits publics imposé par Bruxelles. Ce qui n’est d’ailleurs pas contradictoire avec les traités, mais nécessite de taper du poing sur la table vis-à-vis de pays historiquement obnubilés par le déficit de ses voisins pour des raisons doctrinales comme les Pays-Bas.

LE RISQUE PANDÉMIQUE ZÉRO N’EXISTE PAS, NÉANMOINS UNE POLITIQUE DE PROTECTIONNISME ÉCOLOGIQUE PEUT RÉDUIRE DRASTIQUEMENT LES RISQUES

Pour l’ensemble des raisons exposées, seul le camp de l’écologie politique peut opposer une réponse cohérente lors de situation de pandémies dopées par le néolibéralisme. Un simple repli sur soi n’est non seulement pas une solution, car les virus passeront toujours les frontières tant que les marchandises, les hommes et les animaux les passeront, mais c’est d’une inconsistance dramatique pour un pays comme la France. En effet, la reconstruction écologique mondiale a besoin de locomotives, et la France l’a souvent été dans son histoire. Son poids diplomatique et symbolique doit être mis tout entier au service de cette transition, et du renforcement du multilatéralisme. Le multilatéralisme, via l’OMS notamment, est notre meilleure arme contre le risque pandémique. Une France verte et universaliste devrait peser pour réarmer ces outils. Voilà pourquoi ni les néolibéraux, ni l’extrême droite ne peuvent être à la hauteur de ce genre d’enjeux. Le camp de l’écologie sociale peut l’être, mais en assumant de vouloir s’en donner les moyens, c’est-à-dire recouvrir une puissance publique digne de ce nom, un État fort capable de maîtriser ses frontières et de se libérer des carcans.

En somme, la crise du coronavirus, comme toute crise, doit marquer un avant et un après. L’après, c’est se rendre compte qu’il faut planifier une véritable résilience sanitaire, donc écologique, au sein d’un projet universaliste et antilibéral. Il faut lutter contre le grand déménagement du monde, remettre de l’ordre là où le néolibéralisme a tailladé les membranes protectrices, laissant pénétrer les virus au plus profond de nos sociétés.

[1] Katarina Zimmer, « Deforestation tied to changes in disease dynamics », The Scientist, New York, 29 janvier 2019.

[2] « Antibiotique, la fin du miracle », Documentaire Arte le 12 mars 2019

[3] Académie Nationale De Pharmacie : « Médicaments : ruptures de stock, ruptures d’approvisionnement » https://www.acadpharm.org/dos_public/Recommandations_ruptures_de_stocks_et_appro_VF_2013.04.24.pdf

Coronavirus : chloroquine et les autres...

Par Le 26/03/2020

Personnelllement, avec tout ce que je lis, je finis par trouver, en recoupant les diverses données et analyses, qu'il y a quelque chose de "pas net" dans le tapage orchestré par le professeur Raoult. Et les conséquences sont déjà visibles. 

 

Home Featured  Chloroquine : faut-il suivre le professeur #Raoult ? #cdanslair 24.03.2020

Chloroquine : faut-il suivre le professeur #Raoult ? #cdanslair 24.03.2020

 

 

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Excellent C’est dans l’air sur la manière dont la chloroquine a été médiatisée par le Dr. Raoult et ses partisans sur les réseaux sociaux et les dégâts que ses rodomontades ont causés. Quelques points à relever en particulier.

Le professeur Raoult, un anti-conformiste, victime de la pensée unique?

Personne ne conteste l’expertise mondiale du Prof. Raoult. Mais on relève que cette renommée lui a été accordée par cette même communauté scientifique qu’il dénigre soudainement. S’il a mérité une telle reconnaissance, c’est parce qu’il a appliqué les principes de base de la science, ceux-là même qu’il prétend maintenant jeter aux orties, au nom de l’urgence sanitaire. En effet, jusqu’à ses sorties tonitruantes sur YouTube, le Prof. Raoult était presque un parfait inconnu dans le grand public. Du moins, il ne se détachait pas plus que les autres chercheurs qui trouvent du temps pour publier une chronique régulière dans un hebdomadaire et sortir quelques livres.

Ensuite, contrairement à ce qui est souvent prétendu, la communauté scientifique n’a pas de problème avec les originaux qui sortent des sentiers battus. Ils sont même généralement plutôt appréciés. L’affirmation qu’il serait la victime d’une cabale à cause de son look un peu bizarre et de son style direct relève donc du fantasme conspirationniste.

Par ailleurs, si le professeur Raoult a beaucoup travaillé sur la chloroquine, c’est dans le traitement de bactéries, pas de virus. Et les doses, proposées pour combattre le Sars-CoV-2, sont bien plus élevées que celles utilisées dans les antipaludéens ou dans d’autres traitements. Or, le problème est que ces doses se rapprochent dangereusement des doses toxiques.

Se dépêcher n’est pas se précipiter à l’aveuglette

L’urgence implique certes d’aller vite en besogne, mais pas non plus de se précipiter aveuglément sur le premier bout d’os qu’on nous tend. Surtout, ça ne signifie pas faire des paris sur la comète. Or, pour l’instant, on n’a aucune preuve que la chloroquine ait un quelconque effet sur le Sars-CoV-2. Exiger maintenant de le distribuer systématiquement, à des doses se rapprochant dangereusement des seuils toxiques, à toute personne testée positive, sans aucune données probantes, relève bien de cette précipitation. En temps normal, Didier Raoult se ferait lynché comme un dangereux apprenti-sorcier, piétinant le principe de précaution.

Les invités expliquent bien que les protocoles exigés pour les tests de médicament ne visent pas à simplement faire plaisir aux scientifiques. Ils existent pour réduire autant que possible les marges d’erreurs. Or, ces erreurs, en pharmacologie et en médecine peuvent mener à des morts ou à des traumatismes à vie. Ce n’est pas parce que nous sommes dans une situation de crise que l’on devrait soudainement jeter aux quatre vents ces principes de base. Certains semblent oublier un peu trop vite les scandales sanitaires qui ont justement mené au renforcement de toutes ces mesures ces 40 dernières années.

En résumé, ce n’est pas parce que nous sommes en crise sanitaire qu’on peut se permettre de bâcler les essais cliniques et de faire n’importe quoi. Le problème, c’est que c’est un peu ce qu’a fait le Prof. Raoult avec son équipe, comme le montre bien cet article de Florian Gouthière et celui d’Olivier Belli, ou encore celui de Justine Henry.

Les graves conséquences sanitaires et médicales de l’engouement pour la chloroquine

Les sorties tonitruantes du prof. Raoult ont donné lieu à un déluge de communication à tord et à travers sur la chloroquine. On a tout dit ou écrit et tout lu ou entendu. La chloroquine serait un remède miracle qui guérirait du covid-19 (on n’en sait rien); il permettrait de prévenir le covid-19 (on n’en sait rien non plus); il permettrait de réduire la charge virale (on n’en sait rien non plus) et donc de ralentir la diffusion de la maladie, etc. Résultat? Le président des USA annoncent la distribution de chloroquine avant même que la FDA ne l’ait avalisé. Des personnes lancent des pétitions en ligne pour exiger des autorités qu’elles autorisent l’usage généralisé de cette substance. Des médecins mettent les pieds au mur et exigent que tout le personnel soignant puisse en bénéficier, etc.

Dans le sillon de cet emballement médiatique, l’IHU que dirige le prof. Raoult annonce alors qu’il offira un test de dépistage à tout patient se présentant avec des symptômes et un traitement à la chloroquine. Dès le lendemain, l’établissement faisait face à un afflux de plusieurs centaines de personnes, agglutinées devant ses portes….C’est sûr que pour ralentir la diffusion du virus, rien de tel qu’un rassemblement de plusieurs centaines de personnes….alors qu’il est interdit de se retrouver à plus de 10 au même endroit!

Pire encore. Les médias se font maintenant le relai de tentatives désespérées d’individus pour se fournir en chloroquine, craignant une pénurie. C’est ainsi que les gens se précipitent sur leurs pharmacies un peu partout et tentent d’en obtenir pour l’utiliser en auto-médication. En Afrique, il semblerait que les pharmacies ainsi que les marchés informels aient été ratiboisés. Et aux USA, on déplore un premier mort et une personne dans un état critique, après avoir consommé du phosphate de chloroquine, un produit utilisé pour nettoyer les aquariums. 

Alors, certes, le Prof. Raoult n’a jamais conseillé à qui que ce soit de prendre ce médicament seul, sans suivi médical. Mais ses fanfaronnades dénigrant les  autorités n’ont fait que renforcer l’angoisse des gens face à des États qui leur semble de moins en moins compétents pour gérer cette pandémie. Les gens en viennent à des comportement hyper-individualistes et essaient ainsi de se préparer tous seuls dans leur coin. On l’a déjà vu avec les vols massifs de masques médicaux dans les hôpitaux et les cabinets de médecins. On le voit maintenant, avec la chloroquine. Ce faisant, les patients souffrant de lupus ou d’arthrite rhumatoïde, qui ont besoin de la chloroquine pour leur traitement, risquent de se retrouver dépourvus.

Les invités ont aussi relevé une autre conséquence de ce battage médiatique autour de la chloroquine. Il s’agit de la difficulté à recruter des patients pour les essais cliniques qui viennent d’être lancés sur d’autres traitements. En effet, les gens à qui l’on propose cette possibilité risquent de la refuser pour exiger d’être traité à la chloroquine, persuadés que c’est le meilleur candidat pour soigner le covid-19, alors que c’est justement loin d’être le cas! Cela signifie que l’on risque de perdre du temps pour la recherche médicale à cause de cette monstrueuse publicité faite à une substance dont on n’a pourtant pas la moindre raison de penser qu’elle fonctionnera sur ce coronavirus et chez l’homme. C’est quand même un comble, alors que les réseaux sociaux enguirlandent les chercheurs pour leur lenteur!

En bref

Même si l’intuition du Prof. Raoult devait s’avérer juste, il n’en reste pas moins qu’il est, pour l’instant, lancé dans un pari, fondé uniquement sur sa conviction personnelle.  Le principal problème réside dans le forcing qu’il est en train de provoquer en mobilisant les gens tout-azimut sur les réseaux sociaux et par l’intermédiaire des grands médias. Qu’un chercheur de renom se sente obligé d’user de telles méthodes laisse sérieusement songeur. Il le justifie en revendiquant l’urgence sanitaire qui rendrait les mesures habituelle de précaution obsolètes.

On croirait entendre ces gens qui estiment que les droits de l’homme ne sont valables qu’en temps de paix. Mais, en période de crise collective, ils deviendraient soudainement des boulets. Or, les protocoles scientifiques, en recherche pharmaceutique et biomédicale, tout comme les droits de  l’homme, visent à protéger l’ensemble des individus contre des erreurs graves. On nous dit donc qu’en tant de troubles, il faut prendre le risques de faire de graves erreurs dans l’espoir, plus ou moins improbables, de résoudre la crise.

Pour moi, cela relève d’une vision à très court terme, qui fait totalement l’impasse sur ce qui nous a poussé à adopter ces mesures. C’est un peu comme si nous devenions soudainement amnésiques et ne pensions plus que pour ce qui peut arriver à notre propre nombril, dans l’immédiat, en grossissant exagérément le danger, tout en oubliant les autres  bien plus réels.  Par exemple, j’ai eu la très grande surprise de voir Corrinne Lepage, grande prêtresse du principe de précaution devant l’Éternel, quand il s’agit de pesticides ou d’OGM, réclamer sur Twitter, la distribution immédiate de la chloroquine à tous les patients…..

Coronavirus : le savon et le lavage des mains

Par Le 26/03/2020

Une explication fort intéressante et de grande utilité par les temps viraux qui courent...

Comment éliminer le coronavirus sur sa peau

VIDÉO. Le savon vient à bout du Covid-19. Mais comment se débarrasse-t-on vraiment de ce virus en se lavant les mains ? Une scientifique nous l'explique…

 

 Par Lise Abiven*, 

 

Modifié le  - Publié le  | Le Point.fr

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Une fois à l'intérieur de notre organisme, le Covid-19 est difficile à combattre, alors ne le laissons pas entrer ! Nous pouvons nous protéger nous, nos proches et la population en général grâce à un geste simple : le lavage régulier des mains. Comment un geste aussi simple peut-il être efficace contre un virus si virulent ?

Qu'est-ce qu'un virus ?

Un virus est un objet de taille nanométrique, d'environ 100 nanomètres de diamètre. Il est 100 fois plus petit qu'une cellule humaine et 1 million de fois plus petit qu'une balle de tennis. Cette nanoparticule se compose d'une enveloppe virale, formée d'une membrane lipidique (c'est-à-dire du gras) et de protéines, encapsulant une macromolécule codant le génome du virus.

Légende : Schéma d’un virus avec ses principales composantes chimiques : à l’intérieur, il y a le matériel génétique du virus. Il est enveloppé dans une membrane lipidique (grasse), composée de différentes protéines. Sur l’enveloppe de certains virus, des protéines en pointe, « Spike » en anglais, agissent comme des clefs pour ouvrir les portes de nos cellules, et permettre au virus de pénétrer à l’intérieur. © Lise Abiven/ DR

Comment le savon détruit-il les virus ?

Les principes actifs du savon sont des tensioactifs, des molécules qui peuvent être assimilées à des pieds-de-biche, utilisables à l'échelle nanométrique pour démanteler le virus. Ces molécules sont composées d'une partie qui aime l'eau et d'une autre qui aime les corps gras – on les qualifie d'amphiphiles (« amphi » veut dire « double » en grec). La membrane du virus est un corps gras, comme l'huile.

Tensioactif : une partie qui aime l’eau et les composés aqueux ; une partie qui aime le gras et les composés gras. © Lise Abiven / DR

La partie hydrophobe des tensioactifs contenus dans le savon s'accroche à la membrane du virus et, au moment du rinçage, la partie hydrophile est attirée par les molécules d'eau. La résultante des forces exercées sur le virus entraîne la rupture de sa membrane grasse, décomposant l'enveloppe, puis la molécule d'ARN. Le virus devient inactif et se décroche de la peau grâce à l'action des tensioactifs, du frottement des mains et du débit d'eau.

Action du savon sur un virus : les tensioactifs du savon se fixe sur l’enveloppe du virus et agissent comme des pieds-de-biche, déchirant la membrane, qui se disperse au rinçage. © Lise Abiven / DR

« Faites l'expérience suivante : versez un peu d'huile dans l'eau. Les deux corps ne se mélangent pas. Ajoutez maintenant du savon et agitez. Que se passe-t-il ? Des microgouttes d'huile se forment dans l'eau sous l'action du savon. On appelle ces particules des micelles. Sous cette forme, l'huile est soluble dans l'eau. »

Pourquoi le virus devient-il inactif après un lavage de mains avec du savon ?

Un virus n'est pas un organisme autonome : il a besoin d'une cellule hôte pour se reproduire. Le virus y rentre par le même principe qu'une clé dans une serrure. Les protéines S (pour Spike en anglais, signifiant pointe), présentes au niveau de l'enveloppe virale des coronavirus, se fixent à certains récepteurs cellulaires. Le virus est ensuite internalisé. Une fois à l'intérieur de la cellule, le « virus père » se divise en plusieurs « virus fils » qui iront à leur tour contaminer les cellules voisines. Le Covid-19 est un virus à ARN. Cela signifie que son génome est codé sous la forme d'ARN, pour acide ribonucléique. L'ARN, tout comme l'ADN, est composé d'une suite de briques chimiques appelées les nucléotides. Par rapport à un virus à ADN, le Covid-19 gagne du temps ! En effet, l'ARN permet la synthèse directe de protéines, alors que l'ADN doit être d'abord transcrit en ARN avant d'être traduit sous la forme de protéines.

Comment le virus pénètre dans une cellule et s’y multiplie. © Lise Abiven / DR

Lorsque nous nous lavons les mains avec du savon, on l'a vu, le savon démantèle l'enveloppe du virus. Ce dernier n'a plus la clé pour entrer dans nos cellules. L'ARN viral est également détruit, car il devient accessible aux tensioactifs du savon : en effet, la macromolécule d'ARN possède des groupements hydrophobes ayant une forte affinité avec la partie qui aime les corps gras des tensioactifs. Ces derniers vont séparer les briques chimiques composant l'ARN de la même manière qu'ils agissent sur la membrane lipidique du virus. Le virus est maintenant décomposé en petites parties qui vont se lier aux molécules de tensioactifs du savon pour créer des micelles, solubles dans l'eau.

Il se passe le même phénomène que lorsque nous rendons l'huile soluble dans l'eau en ajoutant du savon. En conclusion, un lavage de mains au savon et à l'eau décompose le virus et le prive de sa capacité à pénétrer dans les cellules, le rendant inactif. Il débarrasse également la peau des fragments de virus comme il le fait pour toutes les autres matières grasses (saletés). L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de se frotter les mains pendant vingt secondes pour une action efficace sur toute la surface des mains.

Et le gel hydroalcoolique ?

L'alcool en solution dans l'eau (de 60 à 90 % en volume) dénature certaines protéines de l'enveloppe virale, rendant le virus incapable d'entrer dans une cellule. Par contre, contrairement au savon qui « lave », le gel hydroalcoolique n'est pas efficace sur des mains sales. L'alcool est désactivé par la présence de matières grasses présentes en trop grande quantité sur la peau (souillures visibles). Le gel hydroalcoolique doit être utilisé sur une peau sèche, non souillée et sans blessures. Ainsi, l'OMS préconise un lavage de mains au savon et à l'eau lorsque nous sommes chez nous et l'utilisation du gel hydroalcoolique lors de nos déplacements pour les courses ou le travail.

Pourquoi le virus s'attache-t-il davantage à certaines surfaces qu'à d'autres ?

Une personne contaminée peut déposer des « gouttelettes » respiratoires, vecteurs du virus, sur une surface (plastique, métal, carton, peau humaine). Une personne non infectée qui touche cette surface peut contracter le virus si elle porte ensuite ses mains à sa bouche, son nez ou ses yeux. Une étude parue dans The New England Journal of Medicine au début du mois de mars 2020 indique que le Covid-19 peut être détecté jusqu'à vingt-quatre heures sur du carton et trois jours sur du plastique ou de l'acier inoxydable. Même si le virus reste vivant un certain temps sur une surface, très vite, il devient trop faible pour nous contaminer efficacement. Au bout de quelques heures, il n'est probablement plus actif.

L'adhérence des virus aux surfaces se fait principalement via des interactions hydrophobes et électrostatiques. Le virus a une affinité plus ou moins importante avec certains types de matériaux en fonction de ses propriétés physico-chimiques, par exemple la morphologie de son enveloppe ou sa « charge de surface » qui dicte les interactions électrostatiques. Pour l'instant, le lien entre les propriétés physico-chimiques des virus et la contribution des différentes forces d'interaction n'est pas encore bien établi, mais la physique des principales forces d'interaction en jeu est connue.

Les interactions hydrophobes sont fréquentes dans notre vie quotidienne : si vous déposez une goutte d'eau sur une table, elle n'est pas absorbée par la surface. Le revêtement de la table est hydrophobe et a donc une bonne affinité avec la membrane lipidique du virus.

Pour comprendre les interactions électrostatiques, il faut penser que les contraires s'attirent et que la matière est constituée d'atomes. Un atome est formé de particules élémentaires chargées positivement – les protons – et négativement – les électrons. D'une manière générale, la matière est neutre et tend à le rester. Cela signifie qu'elle comporte autant de charges positives que de charges négatives. Les interactions électrostatiques résultent d'un mouvement des électrons d'un corps vers un autre. Elles permettent à la matière de revenir à un état de neutralité lors d'un déséquilibre des charges. La composition chimique de l'enveloppe d'un virus peut lui conférer une charge de surface neutre, positive ou négative.

Interactions entre un virus et une surface : les interactions hydrophobes en rose ont lieu car le virus possède une membrane lipidique, c’est-à-dire grasse. Les interactions électrostatiques en noir dépendent des « charges de surface » du virus, et de la surface. © Lise Abiven / DR

Si cette charge est négative, le virus va avoir une bonne affinité avec les matériaux ayant une charge positive, c'est-à-dire pouvant présenter un défaut d'électrons en surface, comme le papier ou le nylon. Si la charge de surface du virus est positive, ce dernier sera attiré par des matériaux pouvant présenter un excès d'électrons en surface, comme certaines matières plastiques telles que le PVC ou le film Cellophane.

Le développement d'un vaccin contre le Covid-19 est un travail au long cours. Tous ensemble, nous commençons un marathon visant à ralentir sa propagation. En comprenant le virus, sa composition physico-chimique, ses mécanismes d'action et son mode de propagation, nous comprenons aussi les raisons qui rendent les gestes barrières efficaces pour nous protéger et protéger les autres. Mettons-nous dans la peau du virus et nous nous laverons les mains de la bonne manière et au bon moment.

*Lise Abiven est doctorante au laboratoire de chimie de la matière condensée de Paris (LCMCP) de l'université de la Sorbonne (Paris)

Précurseurs de l'écologie

Par Le 26/03/2020

Heureusement, il existe beaucoup d'autres thèmes à étudier que l'actualité et l'Histoire contient des sujets passionnants. 

Ici se trouvent des "hommes remarquables" comme le disait Gurdjieff. Il est désolant de voir à quel point les sociétés "modernes" ont rejeté dans les tréfonds de l'Histoire de tels esprits...Combien de personnes aujourd'hui connaissent les écrits et les pensées de ces hommes ?...

 

 

Thoreau, Virgile, Elisée Reclus, François d'Assise... sept précurseurs de l'écologie

 

https://www.franceculture.fr/philosophie/thoreau-virgile-elisee-reclus-francois-dassise-sept-precurseurs-de-lecologie?utm_medium

Ils ont repensé le rapport à la nature, aux animaux, à la place de l'humain sur la Terre, voici, en vidéo, le portrait de sept précurseurs de la pensée écologiste.

Bien avant le succès des partis écologistes, ces sept philosophes, écrivains ou artistes ont repensé la place de l'humain dans la nature. Voici, en vidéo, sept portraits de ces pionniers de la pensée écologiste. 

1- Elisée Reclus, lanceur d'alerte 

Il se dit "légumiste" (l'ancêtre du vegan) et oppose au "progrès" les "regrès", soit les conséquences environnementales du progrès. Découvrez la pensée écologiste d'Elisée Reclus, géographe anarchiste.

2- Henry David Thoreau, théoricien de la décroissance

"Un homme est riche de tout ce dont il peut se passer." Théoricien de la "simplicité volontaire", Thoreau est le père de l'idée de décroissance. Au XIXe siècle, en pleine industrialisation, le philosophe américain porte un regard critique sur les sociétés marchandes. Il préfère vivre de simplicité et se réfugie dans sa cabane au fond des bois.

3- Virgile, précurseur du retour à la terre

Il y a 2 000 ans, alors que les guerres civiles éclatent, Virgile théorise déjà un concept que l'on croit très actuel : "le retour à la terre". Sept ans de recherches et de réflexion auront été nécessaires au poète latin pour rédiger Les Géorgiques, un ouvrage qui prône l'otium, ce temps où l'on se retirait des affaires commerciales notamment pour contempler la nature. 

4- John Muir, le protecteur des parcs naturels 

Il aurait pu être millionnaire, mais il a choisi de devenir vagabond. Né en 1838, le scientifique et aventurier John Muir est un poète géologue, un explorateur alpiniste, un philosophe botaniste hors du commun. Il s'attache toute sa vie à sanctuariser les espaces naturels américains. Il réussira même à convaincre le président Theodore Roosevelt de le soutenir dans son engagement pour préserver la vallée de Yosemite en Californie. 

5- François D'Assise, défenseur des animaux 

Dès le XIIIe siècle, François D'Assise prône l'égalité entre tous les êtres vivants, jusqu'aux animaux, allant ainsi à l'encontre de la pensée dominante véhiculée par l'Eglise catholique. Pour lui, la nature est "l'oeuvre de Dieu", c'est pourquoi il faut la préserver, dialoguer avec elle plutôt qu'essayer de la dominer. 

6- De Vinci, pionnier du biomimétisme

Attentif à la nature environnante, Léonard de Vinci développe très jeune une sensibilité au vivant. Sans apprentissage classique, il se forge des connaissances notamment grâce à l'analyse poussée des oiseaux. C'est ainsi que le génie italien est le premier à théoriser le biomimétisme : s’inspirer de la nature pour développer le progrès technique.

7- Alexander Von Humboldt, climatologue avant l'heure

Son nom est peu connu, pourtant Alexander von Humboldt est l’un des plus grands savants du XIXe siècle. Le naturaliste allemand est notamment l’un des premiers à avoir compris que l’activité humaine avait un impact négatif sur le climat.

Coronavirus : Raoult, Levy, Buzyn

Par Le 26/03/2020

Je n'ai aucune idée de la véracité de tout ça, de l'objectivité de l'article, des prises de position qui ne sont pas clairement exprimées, des intérêts cachés, etc etc... mais c'est effrayant de constater à quel point les egos peuvent avoir une portée inconcevable... Il s'agit de sauver des vies...Ou pas...Il s'agit de la recherche médicale, de la science, de l'engagement de l'Etat, de son soutien envers les chercheurs, de la prise en considération de la population dans son ensemble...

On en arriverait presque à imaginer un jour l'établissement d'un interrogatoire médical imposé aux patients avec l'obligation pour eux de préciser de quel côté ils sont avant de décider s'ils sont de "bons patients" qui méritent d'être soignés...

"Un jour un médecin m’a demandé comment je pouvais nommer quelqu’un avec un tel tempérament. Il n’était pas bon soldat, cela ne plaisait pas." - Didier Raoult, Agnès Buzyn, Yves Lévy.

"Un jour un médecin m’a demandé comment je pouvais nommer quelqu’un avec un tel tempérament. Il n’était pas bon soldat, cela ne plaisait pas." - Didier Raoult, Agnès Buzyn, Yves Lévy. - © Maxppp/AFP

POLITIQUE

"Paris-périphérie"

Didier Raoult et le milieu médical parisien : histoire d'une détestation réciproque

Par Etienne Campion

Le conflit entre Didier Raoult et Yves Lévy, l'époux de l'ex-ministre Agnès Buzyn, représentant du milieu médical parisien, est avéré. Ces rivalités ont-elles pu retarder la prise en considération des travaux du professeur marseillais ? Récit.

Il est l'homme dont tout le monde parle. Celui qui suscite toutes les théories, même les plus complotistes. Ce mardi 24 mars, il a encore créé l’événement. Alors que le gouvernement a donné son accord pour étendre les essais cliniques sur la chloroquine, dont il dit qu'elle soignerait le coronavirus, le professeur Didier Raoult s'est mis en retrait du Conseil scientifique, et s'en explique à Marianne : "Je parle toujours au président de la République et respecte les institutions, mais nous ne sommes pas sur la même longueur d'ondes avec le Conseil scientifique, qui souhaite attendre six semaines pour avoir les résultat des études cliniques sur la chloroquine..."

La polémique sur les possibles bâtons dans les roues reçus par le professeur marseillais des plus hautes sphères de l’État va enfler. Forcément. Et si cela avait pu ralentir l’émergence d’un potentiel traitement du Covid-19 ? Sur les réseaux sociaux, dans des chaînes d'e-mails qu'on se transmet d'un rapide copier-coller, la relation entre l'iconoclaste infectiologue et le couple Agnès Buzyn-Yves Lévy, longtemps aux commandes du ministère de la Santé et de l’Inserm, agite les fantasmes. Non, la chloroquine n'a pas été classée comme vénéneuse parce qu'il fallait faire taire le médecin franc-tireur. En revanche, il ressort de l'enquête de Marianne que les rapports entre le scientifique et le milieu médical parisien confinent effectivement à la détestation. Ce qui ne facilite pas les rapports de travail.

DES CRITIQUES ANCIENNES CONTRE L'INSERM

Chez Didier Raoult, il n'y a pas que le style - à mi-chemin entre Panoramix et Gandalf - qui est iconoclaste, il y a aussi la pensée. Toutes les sources interrogées l'affirment : l'homme de 68 ans méprise les "médecins parisiens donneurs de leçon" autant que le "système" de recherche médicale qu'ils incarnent. Le Marseillais, qui ne cultive pas la modestie et se targue d'être le numéro un mondial dans sa catégorie selon un classement du site "Expert scape", a un "goût prononcé pour l'irrévérence et l'affrontement", souffle l'un de ses proches. Le cocktail adéquat pour ne pas s'entendre avec Yves Lévy, PDG de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale de 2014 à 2018, époux de l'ex-ministre Agnès Buzyn et sommité si représentative du milieu de la recherche médicale parisienne. Car l'Inserm, pour Raoult, c'est l'establishment médical par excellence. Qu'il exècre.

Depuis de nombreuses années, le chercheur attribue à l'institution la perte d’influence de la recherche médicale française dans le monde. A partir de l'arrivée à sa tête d'Yves Levy, Raoult a même redoublé de violence à l'égard de l'Inserm. Ses tribunes dans la presse en sont pleines : "De Gaulle créa l'Inserm. Hélas ! Les structures dérivent et les CHU ont fini par oublier que la recherche était un élément essentiel de leur existence." (Le Point, septembre 2016) ; "L'Inserm recrute essentiellement des fondamentalistes qui ne sont pas des praticiens du soin. Il faudrait donc, soit réformer l'Inserm, soit créer un nouvel institut afin de recruter des 'infirmières scientifiques'" (Le Point, janvier 2017) ; "Tant que le même candidat à un poste de chercheur se présentera à la fois au CNRS et à l'Inserm, le paysage ne sera pas clarifié. Et la recherche médicale continuera à décliner, comme les chiffres." (Les Echos, avril 2017).

Dans un livre paru ce lundi 23 mars, Épidémies : vrais dangers et fausses alertes (Michel Lafon), il juge que lorsque des données importantes lui sont adressées, "l’Inserm fait un rapport un an et demi plus tard". Sa conclusion ? Cruelle, forcément : "Il est d’ailleurs passé à côté de toutes les surcauses de mortalité pendant trente ans." Aujourd'hui, il nous précise sa pensée : "L’Inserm ne finance pas la recherche médicale, mais la recherche à propos de la médecine. Il y a un problème de fond derrière cela, que j'ai mis en lumière."

Cette façon de penser n'a guère plu à Yves Levy. Mais en réalité, les divergences entre le Gandalf de la médecine marseillaise et l'immunologue parisien de 62 ans remontent à plus loin. A leurs domaines de recherche. Voilà des années que Didier Raoult critique l'engagement de fonds colossaux dans la recherche d'un vaccin contre le Sida. "C'est un fantasme qui a coûté des milliards et qui n'arrivera pas : Yves Lévy a été scandalisé que je le dise", explique aujourd'hui à Marianne l'infectiologue, pour qui les propriétés spécifiques du virus VIH rendent cette recherche illusoire. Or, le traitement contre le VIH, c'est justement le domaine d'expertise d'Yves Lévy depuis le début de sa carrière. Ce dernier n'a, pour l'heure, pas répondu à nos sollicitations.

LA QUERELLE DES IHU

Le conflit entre Yves Levy et Didier Raoult prend un tour plus personnel à l'occasion d'une tentative de réforme des statuts des instituts hospitalo-universitaires (IHU). L'infectiologue dirige celui de Marseille. Créés en 2010, les IHU incarnent un modèle de recherche médicale pour lequel le Marseillais a longtemps manifesté son attachement : dans un rapport au ministre de la Santé d’avril 2003 qu'il conclut en affirmant que nous sommes "un des pays les moins bien préparés à un problème d’épidémie massive", le médecin en appelle à la création de telles structures, extraites des carcans de la recherche médicale en vigueur. Le fonctionnement des IHU ? Ils profitent du statut de "fondation" pour obtenir des financements privés et une plus grande liberté de recherche par rapport à l’État.

Mais l’arrivée d’Agnès Buzyn au ministère de la Santé en 2017 bouleverse les choses : si, déjà, le soupçon du conflit d’intérêts plane sur elle parce que son époux Yves Lévy dirige l’Inserm, une décision interministérielle du 2 octobre 2017 enfonce le clou. La ministre décide de torpiller les IHU en les transformant en groupements d’intérêt public (GIP). Concrètement, il s'agit de mettre fin au modèle "fondation" des IHU, et d'abaisser leurs crédits de 400 à 200 millions d’euros. Le tout selon les critères souhaités par son mari Yves Lévy, qui voulait la peau des IHU et comptait les ramener dans le giron de l’Inserm, comme le Canard enchaîné et Marianne le révélaient à l'époque dans de longues enquêtes.

C’est là que Didier Raoult se rebiffe publiquement. L'infectiologue n’hésite pas, alors que le couple Buzyn-Levy est au faîte de sa puissance, à dire ce qu'il pense dans les médias. "Les IHU sont un enjeu d’autorité et de territoire pour Yves Lévy. Il voudrait les diriger depuis Paris", déclarait-t-il sans détour auprès de Marianne. Si la décision a suscité la colère de nombreux chercheurs, c’est bien Raoult qui est monté en première ligne, déclarant la guerre. Il persiste et signe aujourd'hui : "Yves Lévy donnait des ordres à tout le monde, il croit qu’il peut nous faire obéir. Les grands scientifiques n’obéissent à personne."

Sur la question du conflit d'intérêts impliquant le couple Buzyn-Lévy, la ministre aura alors la réponse toute trouvée : ce n’est pas son ministère mais Matignon qui a opéré cette décision. La même pirouette qui lui avait permis, à son arrivée à la Santé, de balayer d'un revers de la main les critiques en annonçant qu’elle se déporterait de tout dossier concernant l’Inserm.

"TENSION ENTRE PARIS ET LA PÉRIPHÉRIE"

Raoult aura finalement gain de cause. Le 6 octobre 2017, le neurologue suisse Richard Frackowiak, président du jury international des IHU, censé sélectionner les projets et attribuer les subsides, démissionne avec fracas pour dénoncer ce changement du mode de gouvernance des IHU : l’indépendance du jury est remise en cause à ses yeux. Il explique aujourd’hui à Marianne : "J’avais vu les liens entre le ministère et l’Inserm. J’ai alors présenté ma démission en défendant le modèle des IHU et les 200 millions qu’on nous prenait. Finalement j’ai obtenu gain de cause car leur position était intenable."

"Un jour un médecin m’a demandé comment je pouvais nommer quelqu’un avec un tel tempérament."

Le professeur se souvient du conflit en gestation avec Yves Lévy : "Ce que Didier Raoult défendait à l’époque face à Yves Lévy, c’était l’idée de centres d’excellence en dehors de Paris." Richard Frackowiak insiste sur la "tension entre Paris et la périphérie" qu’il dit voir alors : "On discerne le même genre de choses aujourd’hui dans les attaques que reçoit l’IHU de Marseille des médecins parisiens, alors qu’ils ont raison d’agir ainsi." Il tient à nous livrer une anecdote : "Je me souviens des propos véhéments contre la personnalité iconoclaste de Raoult. Un jour un médecin m’a demandé comment je pouvais nommer quelqu’un avec un tel tempérament. Il n’était pas bon soldat, cela ne plaisait pas." Didier Raoult peste en effet contre l'hyper-centralisation de la recherche médicale qui contribue, selon lui, au retard du pays dans le domaine. Interrogé, il ne peut s'empêcher une punchline égo-centrée : "Ce pays a un problème depuis quelques années, pas avec moi, mais avec les stars en général. Il fait chier les bons. C’est un vrai problème. Moi je m'en fiche, ma cour de jeu n'est pas la France mais le monde."

LA QUERELLE DES LABELS

Tensions entre Paris et la périphérie. C’est dans ce contexte que débute l’année 2018, et le transfert des laboratoires de recherche du professeur Raoult dans le nouvel IHU de Marseille. Il réorganise ses pôles de recherche et doit alors obtenir leur labellisation venant des grands établissements publics scientifiques, un gage d’excellence. Sauf que, en plus de l'affaire du statut des IHU, l’année 2017 a été émaillée d’accusations de harcèlement à l’IHU de Marseille, avec des remous médiatiques et le passage des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'Inserm et du CNRS, notamment.

Sur la base de ces événements, Yves Lévy dit vouloir analyser méticuleusement la labellisation des unités de recherche de Didier Raoult. Ce dernier ne reçoit pas le label de l'Inserm, huit ans après avoir remporté le grand prix de l'institut en 2010. Une vengeance après l’échec de la réforme des IHU ? "Yves Lévy a toujours détesté Raoult et n’a pas supporté cet échec, il s’est servi de ces accusations de harcèlement contre des membres de l’équipe de Raoult pour le décrédibiliser auprès du monde scientifique", estime le journaliste Hervé Vaudoit auteur du livre-enquête L’IHU méditerranée infection - Le défi de la recherche et de la médecine intégrées (Michel Lafon).

Par ailleurs, l’inauguration du nouvel IHU de Marseille en mars 2018 se fera sans la présence ministérielle d’Agnès Buzyn. Lorsqu'elle était en poste, la candidate à la mairie de Paris a toujours ignoré l'infectiologue. "J'ai demandé des rendez-vous, on m'a répondu que la ministre n'avait pas le temps", raconte-t-il.

"A cause des critiques qu'il lui a portées, Yves Lévy a toujours détesté Raoult."

Ces querelles auraient-elles un lien avec le classement de l’hydroxychloroquine sur la liste II des substances vénéneuses en janvier 2020 ? Didier Raoult assure que ce médicament est efficace contre le Covid-19. Dans l'esprit de certains internautes un brin paranos, cela ne fait donc aucun doute. Mais les faits montrent qu’il s’agit surtout d’un curieux hasard : cette décision a été motivée par une demande de l’ANSM de 2018 pour faire classer l’hydroxychloroquine au même standard que la chloroquine, molécule dont elle est dérivée. Pour Didier Raoult, il est "sidérant, estomaquant" de classer ainsi l'hydroxychloroquine au niveau d'une drogue. Pour autant, "le savant ne se risquerait pas à établir un lien de causalité" entre cette décision et ses recherches sur la molécule, nous fait-il savoir.

En réalité, c'est surtout l’absence de labellisation de l'IHU marseillais par l'Inserm et le mépris affiché par Didier Raoult à l'encontre du monde de la recherche médicale qui peuvent en partie expliquer l'indifférence avec laquelle l'annonce réalisée par l'infectiologue le 25 février dernier a été accueillie. Ce jour-là, il affirme que des résultats sur la chloroquine sont "prometteurs". Telle est du moins l'analyse d'Hervé Vaudoit : "Cette absence de labellisation et le profil atypique de Didier Raoult ont créé les conditions du tir de barrage reçu par ce dernier de la part de ceux qu'il appelle les 'médecins parisiens' et les journalistes établis au moment où il évoque la chloroquine."

ICONOCLASTE

Les "décideurs parisiens", justement, attendront presque un mois pour intégrer l'hydrohychloroquine à un test clinique européen, le 22 mars. Ironie du sort : c'est l'Inserm (dont Yves Lévy, qui a obtenu le Conseil d'Etat entre-temps, n'est plus le PDG depuis octobre 2018) qui conduira le test pour la France. Égal à lui-même, Didier Raoult réagit au quart de tour : "L'Inserm, aujourd'hui, je m'en fous." Avant de déblatérer sur le Conseil scientifique : "Je suis trop occupé pour passer deux heures à écouter des couillonnades. Il faut faire des choses efficaces si c'est une guerre. Faire une étude dont on aura les résultats dans six semaines, nous sommes avec des fous."

La conclusion de cet étrange feuilleton en milieu médical est suspendue à la révélation finale de l'efficacité de la chloroquine. "Si la molécule fonctionne, pourquoi les familles des victimes ne pourraient-elles pas questionner juridiquement les raisons du retard à l'allumage du gouvernement ?", conclut un proche de Didier Raoult. Sûr de la force de son champion. A croire que l'orgueil est un virus contagieux.

Coronavirus : "J'ai la rage"

Par Le 25/03/2020

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J'ai la rage

 

Par Claude Baniam (pseudonyme), psychologue à l'hôpital de Mulhouse — 

Une victime du Covid-19 évacuée de l'hôpital de Mulhouse, le 17 mars 2020
Une victime du Covid-19 évacuée de l'hôpital de Mulhouse, le 17 mars 2020 Photo Sebastien Bozon.AFP

Un psychologue de l'hôpital de Mulhouse crie sa révolte contre ceux qui ont détruit le système de santé au nom des restrictions budgétaires. Une fois la pandémie passée, ceux-là mêmes rendront des comptes.

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     J'ai la rage

Tribune. Je suis en colère et j’ai la rage, quand ils défilent dans les médias, montrent leur trogne à la télévision, font entendre leur voix parfaitement maîtrisée à la radio, livrent leur discours dans les journaux. Toujours pour nous parler d’une situation dont ils sont un facteur aggravant, toujours pour pérorer sur la citoyenneté, sur le risque de récession, sur les responsabilités des habitants, des adversaires politiques, des étrangers… Jamais pour nous présenter leurs excuses, implorer notre pardon, alors même qu’ils sont en partie responsables de ce que nous vivons.

Je suis en colère et j’ai la rage, car en tant que psychologue dans l’hôpital le plus touché, celui de Mulhouse, je vois toute la journée des dizaines de personnes arriver en urgence dans nos locaux, et je sais que pour une bonne partie d’entre elles, elles n’en ressortiront pas vivantes, souriantes, insouciantes, comme ce pouvait être le cas il y a encore deux semaines.

Je suis en colère et j’ai la rage, car je sais que ces personnes, ces êtres vivants, ces frères et sœurs, pères et mères, fils et filles, grands-pères et grands-mères, mourront seules dans un service dépassé, malgré les courageux efforts des soignants ; seules, sans le regard ou la main de ceux et celles qui les aiment, et qu’ils aiment.

Je suis en colère et j’ai la rage, devant cette situation folle qui veut que nous laissions nos aînés, nos anciens, ceux et celles qui ont permis que notre présent ne soit pas un enfer, ceux et celles qui détiennent un savoir et une sagesse que nul autre n’a ; que nous les laissions donc mourir par grappes dans des maisons qui n’ont de retraite que le nom, faute de pouvoir sauver tout le monde, disent-ils.

Le deuil impossible des familles

Je suis en colère et j’ai la rage, en pensant à toutes ces familles qui vivront avec la terrible douleur d’un deuil impossible, d’un adieu impossible, d’une justice impossible. Ces familles auxquelles on ne donne pas accès à leur proche, ces familles qui appellent sans cesse les services pour avoir des nouvelles, et auxquelles aucun soignant ne peut répondre, trop occupé à tenter une intervention de la dernière chance. Ces familles qui sont ou pourraient être la nôtre…

Je suis en colère et j’ai la rage, quand je vois mes collègues soignants se battre, tous les jours, toutes les minutes, pour tenter d’apporter de l’aide à toutes les personnes qui se retrouvent en détresse respiratoire, y perdre une énergie folle, mais y retourner, tous les jours, toutes les minutes. Je suis en colère et j’ai la rage, devant les conditions de travail de mes collègues brancardiers, ASH, secrétaires, aides-soignants, infirmiers, médecins, psychologues, assistants sociaux, kinés, ergothérapeutes, cadres, psychomotriciens, éducateurs, logisticiens, professionnels de la sécurité… car nous manquons de tout, et pourtant, il faut aller au charbon.

Je suis en colère et j’ai la rage, car, lorsque je me rends à mon travail, et lorsque j’en pars, je croise en quelques minutes trois ou quatre véhicules d’urgence, transportant une personne pleine de l’espoir d’être sauvée… Comment ne pas avoir confiance dans nos hôpitaux ? Ils sont à la pointe, ils sont parfaitement en état de fonctionner, de protéger, de guérir… et pourtant, combien de ces ambulances mènent leur passager vers leur dernier lieu ? Combien de ces patients refranchiront la porte sains et saufs ?

Je suis en colère et j’ai la rage, car cela fait des années que nous crions notre inquiétude, notre incompréhension, notre dégoût, notre mécontentement, devant les politiques de santé menées par les différents gouvernements, qui ont pensé que l’hôpital était une entreprise comme une autre, que la santé pouvait être un bien spéculatif, que l’économie devait l’emporter sur le soin, que nos vies avaient une valeur marchande.

Je suis en colère et j’ai la rage quand je constate que nos services d’urgences demandent de l’aide depuis si longtemps, quand je pense que les personnes qui arrivent avec le Samu posent leur regard (souvent le dernier sur l’extérieur) sur ces banderoles disant «URGENCES EN GRÈVE», qu’elles se trouvent face à des médecins traitants à la retraite du fait du départ des urgentistes, ces spécialistes de l’urgence qui seraient tant nécessaires en ces jours sombres…

De l’exploitation des étudiants infirmiers

Je suis en colère et j’ai la rage devant la manière dont on exploite nos étudiants en soins infirmiers ou aides-soignants, qui se retrouvent à faire des travaux d’une dureté que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi, qui, a à peine 20 ans, doivent mettre les corps de nos morts dans des sacs mortuaires, sans préparation, sans soutien, sans qu’ils et elles aient pu se dire volontaires. Pourquoi demander ? Cela fait partie de leur formation, voyons ! Et ils devraient s’estimer heureux, ils reçoivent une gratification de quelques centaines d’euros, vu qu’ils interviennent en tant que stagiaires.

Je suis en colère et j’ai la rage, car la situation actuelle est le fruit de ces politiques, de ces fermetures de lits comme ils aiment le dire, oubliant que sur ces lits, il y avait des humains qui en avaient besoin, de ces putains de lits ! De ces suppressions de postes, parce qu’un infirmier, c’est cher, ça prend de la place sur le budget prévisionnel ; de ces externalisations de tous les métiers du soin, puisqu’un ASH en moins dans les chiffres du nombre de fonctionnaires, c’est toujours un fonctionnaire en moins dont ils peuvent s’enorgueillir.

Je suis en colère et j’ai la rage, car celles et ceux qui sont au boulot tous les jours, malgré la peur ancrée au ventre, peur d’être infecté, peur de transmettre le virus aux proches, peur de le refiler aux autres patients, peur de voir un collègue sur le lit de la chambre 10 ; celles-ci et ceux-là se sont fait cracher dessus pendant des années dans les discours politiques, se sont retrouvés privés de leur dignité lorsqu’on leur demandait d’enchaîner à deux professionnels tous les soins d’un service en quelques minutes, bousculés dans leur éthique et leur déontologie professionnelle par les demandes contradictoires et folles de l’administration. Et aujourd’hui, ce sont ces personnes qui prennent leur voiture, leur vélo, leurs pieds, tous les jours pour travailler malgré le risque continu d’être frappées par le virus, alors que ceux qui les ont malmenés sont tranquillement installés chez eux ou dans leur appartement de fonction.

Je suis en colère et j’ai la rage, parce qu’aujourd’hui, mon hôpital fait face à une crise sans précédent, tandis que celles et ceux qui l’ont vidé de ses forces sont loin. Parce que mon hôpital a été pris pour un putain de tremplin pour des directeurs aussi éphémères qu’incompétents qui ne visaient que la direction d’un CHU et qui sont passés par Mulhouse histoire de prouver qu’ils savaient mener une politique d’austérité bête et méchante… Parce que mon hôpital a été la cible d’injonctions insensées au nom d’une obscure certification, pour laquelle il semblait bien plus important de montrer une traçabilité sans faille plutôt qu’une qualité de soin humain.

Parce qu’en gros, mon hôpital ne fut rien de plus qu’un cobaye pour des administrateurs dont seule l’autovalorisation égoïste avait de l’importance. Parce qu’au-delà de mon hôpital, ce sont les personnes qui y sont accueillies qui ont été considérées comme des valeurs négligeables, des chiffres parmi d’autres, des variables sur la ligne recettes/dépenses. Parce que dans l’esprit bêtement comptable de la direction générale de l’organisation des soins, patients et soignants sont tous dans le même panier d’un lean management des plus écœurants…

Les premiers de cordée et leur respirateur

Je suis en colère et j’ai la rage, quand je me souviens des premiers de cordée censés tenir notre pays, censés être le fer de lance de notre pays, censés nous amener, nous, petites gens, vers des sommets ; et que ce sont ces petites gens, ces caissières de supermarché, ces éboueurs dans nos rues, ces ASH dans nos hôpitaux, ces agriculteurs dans les champs, ces manutentionnaires amazone, ces routiers dans leurs camions, ces secrétaires à l’accueil des institutions, et bien d’autres, qui permettent aux habitants de continuer de vivre, de se nourrir, de s’informer, d’éviter d’autres épidémies… Pendant que les premiers de cordée lorgnent leur respirateur artificiel personnel, le prospectus de la clinique hi-tech dernier cri qui les sauvera au cas où, regardent les fluctuations de la Bourse comme d’autres comptent les cadavres dans leur service.

Je suis en colère et j’ai la rage envers ces hommes et ces femmes politiques qui n’ont eu de cesse de détruire notre système social et de santé, qui n’ont eu de cesse de nous expliquer qu’il fallait faire un effort collectif pour atteindre le sacro-saint équilibre budgétaire (à quel prix ?) ; que «les métiers du soin, c’est du sacrifice, de la vocation»… Ces politiques qui aujourd’hui osent nous dire que ce n’est pas le temps des récriminations et des accusations, mais celui de l’union sacrée et de l’apaisement… Sérieux ? Vous croyez vraiment que nous allons oublier qui nous a mis dans cette situation ? Que nous allons oublier qui a vidé les stocks de masques, de tests, de lunettes de sécurité, de solutions hydroalcooliques, de surchaussures, de blouses, de gants, de charlottes, de respirateurs (de putain de respirateurs tellement primordiaux aujourd’hui) ? Que nous allons oublier qui nous a dit de ne pas nous inquiéter, que ce n’était qu’une grippe, que ça ne passerait jamais en France, qu’il ne servait à rien de se protéger, que même pour les professionnels, les masques, c’était too much ?

Que nous allons oublier l’indifférence et le mépris pour ce qui se passait chez nos sœurs et nos frères chinois, chez nos sœurs et nos frères iraniens, chez nos sœurs et nos frères italiens, et ce qui se passera sous peu chez nos sœurs et nos frères du continent africain et chez nos sœurs et nos frères latino-américains ? Nous n’oublierons pas ! Tenez-le-vous pour dit…

Je suis en colère et j’ai la rage, car je vis depuis une semaine avec cette satanée boule dans la gorge, cette envie de me prostrer, de pleurer toutes les larmes de mon corps, quand j’écoute la détresse et la souffrance de mes collègues, quand ils et elles me parlent du fait de ne pas pouvoir embrasser leurs enfants parce que personne ne peut être sûr de ne pas ramener le virus, lorsque s’expriment les moments de craquage dans la voiture avant et après la journée de travail, quand je pense aux ravages à venir, psychiquement parlant, lorsque tout ça sera derrière nous, et qu’il y aura le temps de penser…

Je suis en colère et j’ai la rage, mais surtout un désespoir profond, une tristesse infinie…

Je suis en colère et j’ai la rage, et je ne peux pas les laisser sortir pour le moment. Elles se tapissent au fond de mon âme, me consumant à petit feu. Mais sous peu, une fois que ce sera calme, je les laisserai jaillir, cette colère et cette rage, comme tous ceux et toutes celles qui les ont enfouies. Et croyez-moi, ce moment viendra. Elles flamberont, et nous exigerons justice, nous demanderons des comptes à tous ceux qui nous ont conduits dans ce mur terrible. Sans violence. A quoi bon ? Non, avec une humanité et une sagesse dont ils sont dépourvus. Entendez-vous cette petite musique ? Celle qui se murmure tout bas mais qui monte en puissance ? Ce refrain des Fugees : «Ready or not, here I come ! You can hide ! Gonna find you and take it slowly !» Nous arrivons…

Claude Baniam (pseudonyme) psychologue à l'hôpital de Mulhouse

Coronavirus : les héros de l'hôpital

Par Le 25/03/2020

 

Dans le film "Network", en 1976, l'acteur Peter Finch a un discours qui m'avait marqué.

Les applaudissements sont parfaitement justifiés au regard de l'engagement des personnels hospitaliers et autres mais ne vaudrait-il pas mieux exprimer la colère envers le fait qu'ils soient perçus, à juste raison, comme des héros, dans une société en déliquescence au regard des décisions politiques ?

Les pompiers qui rentrent dans une maison en feu sont des héros qui ont délibérément choisi ces actes éminemment courageux.

Il est par contre terriblement anormal que les personnels hospitaliers soient devenus aujourd'hui des héros. Qu'ils se soient engagés pour sauver des vies ne signifie pas qu'ils l'ont fait en imaginant qu'ils risquaient la leur...

 

Applaudissements pour les soignants à 20h : la fausse bonne idée?

  

Depuis une semaine, tous les soirs à 20h, les fenêtres s'ouvrent, et des applaudissements et des hourras résonnent pour célébrer les personnels hospitaliers, en première ligne dans la crise sanitaire. Une intention peut-être louable, mais qui pourrait avoir des conséquences néfastes si elle n'est pas un tant soit peu questionnée.

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Suis-je le seul à être mal à l’aise avec ces applaudissements, tous les soirs à 20h, pour célébrer l’engagement du personnel hospitalier dans la lutte contre le coronavirus ?

Non pas que les personnes qui œuvrent pour sauver des vies en ce moment ne méritent pas notre admiration, loin de là. Mais de quoi ces applaudissements sont-ils le signe exactement ?

Pour quelle raison tout ce secteur professionnel, ignoré depuis des années par les pouvoirs publics, se retrouve soudainement porté au pinacle ? Parce qu’ils sauvent des vies ? A priori pas, puisque c’est ce qu’ils font tous les jours en temps normal. Parce qu’ils font leur travail dans des conditions déplorables ? Non plus, cela fait des années que c’est ainsi, que la situation empire, et que leurs nombreux appels au secours sont restés lettre morte. Non, la raison c’est évidemment la conjoncture actuelle, qui rend leurs conditions de travail encore plus déplorables que d’habitude : tellement déplorables qu’ils sauvent désormais des vies au péril de la leur. Des « héros », a dit Macron.

Voilà donc ce que l’on applaudit : leur sens du sacrifice. Je ne veux pas parler en leur nom, mais ça doit leur faire une belle jambe. La mégalomanie existe dans tous les corps de métiers, mais je doute que beaucoup de celles et ceux qui sont mobilisés en ce moment dans les hôpitaux se considèrent eux-mêmes comme des héros.

Ce qui me dérange surtout, c’est que ce processus d’héroïsation est d’abord le fait d’une classe politique qui, depuis des années, n’a que faire des revendications de celles et ceux qu’elle érige maintenant en sauveurs de la nation. On peut rappeler les chiffres les plus récents : plus de 8 mois de grève et de manifestations en 2019, presque 300 services d’urgences en grève à l’automne dernier, plus de 1000 médecins chefs de services démissionnaires de leurs fonctions administratives en janvier, le tout pour dénoncer le manque de personnel, de matériel, la suppression des services d’urgences de proximité, des lits, bref, tout ce que la salade sémantique d’une gestion managériale de l’hôpital public (« restructuration », « redéploiement », « fusion », « modernisation », et j’en passe) ne parvient que médiocrement à masquer.

L’ironie de l’histoire, c’est que c’est précisément l’absence de réponses adéquates à leurs revendications qui fait aujourd’hui des personnels hospitaliers des « héros ». Auraient-ils été élevés à ce rang par le chef de l’état s’ils étaient en nombre suffisant ? S’il y avait de larges stocks de gel hydroalcoolique et de masques ? Du matériel en bon état ? Le nombre de lits nécessaires ? Si les salaires étaient attractifs ? Bref, si les moyens de faire face à une crise de cette ampleur leur avaient été donnés ? Probablement pas. A défaut d’avoir répondu à leurs demandes, le gouvernement tente de booster un peu leur égo en espérant que cela leur donnera le petit surplus de motivation et d’estime de soi qui compensera les carences matérielles. Combien de temps faut-il attendre avant de dire ce que l’on pense d’une telle attitude ? S’il est évident qu’ils partent d’une bonne intention, les applaudissements quotidiens portent toutefois en eux le risque d’être les garants de cette stratégie gouvernementale de gestion de la crise absolument nauséabonde. Continuera-t-on à les applaudir, ces femmes et ces hommes, une fois cette sinistre période derrière nous ? Rien n’est moins sûr. Entre une héroïsation de circonstance et la validation implicite de leurs conditions d’exercice, la frontière semble sacrément ténue.

C’est toujours dans des moments de tension, de drame, dans des situations extrêmes qu’apparaissent les héros. Et il en apparaîtra toujours : on peut avoir plein de raisons de ne plus avoir foi en l’humanité, notre espèce n’est pas qu’un ramassis de déchets, quand même. Le problème, c’est que le héros (en tant que construction sociale, pas l’individu) empêche de se poser les bonnes questions sur ce qui a suscité son apparition : on se gargarise de son attitude exemplaire, érigée en valeur morale universelle dont l’ensemble du corps social fait l’éloge, puisqu’elle était de toute façon déjà la sienne, bien évidemment. Et il faut dire que la France en a connu, des héros, ces derniers temps : les militaires tués dans une opération anti-terroriste au Mali, Arnaud Beltrame, les pompiers luttant contre l’incendie de Notre-Dame, la rédaction de Charlie Hebdo, entre autres. Cela nous a-t-il incité à questionner, au minimum, nos modes de lutte contre le terrorisme ? Non. Nos politiques budgétaires culturelles ? Non plus. A défendre toujours plus la liberté d’expression ? Big LOL.

Une société qui a besoin de héros pour rester debout est une société malade – c’est le cas de le dire. L’exemple actuel est particulièrement frappant : l’Etat se saisit du personnel hospitalier qu’il a méprisé et humilié pendant des années pour soudainement l’idolâtrer et opérer à travers lui une forme de narcissisation dont l’unique but est de masquer ses propres inconséquences. Au risque de faire de la psychologie de comptoir, essayez donc de remplacer dans cette dernière phrase « Etat » par « individu A » et « personnel hospitalier » par « individu B » ; le cas me semble assez sérieux. Adhérer à un élan d’unité nationale dont le fondement me semble avant tout relever du domaine du pathologique, très peu pour moi. Surtout que la conséquence de ce grand moment patriotique, dans lequel aucune voix discordante ne saurait être tolérée, risque d’être, les expériences passées nous le prouvent, une absence totale de remise en question de notre fonctionnement en tant que société et des soi-disant valeurs qui sont les nôtres. Evidemment, pourquoi se remettre en question alors qu’on a des héros pour nous rappeler quel est le véritable esprit de la nation ? Si l’on avait le courage de regarder les choses en face, on se rendrait compte que les personnels hospitaliers ne sont pas les héros de cette crise : ils en sont des victimes. Et leurs héros à eux, Superbudget, Spiderembauche et Captain Salaire, restent désespérément des personnages de fiction.

Alors soit, je veux bien sortir sur mon balcon tous les soirs à 20h pour les applaudir, parce que c’est vrai qu’ils font un travail remarquable. Mais seulement si à 20h15, tout le monde se remet à sa fenêtre pour conspuer le gouvernement et dénoncer les conditions de travail qui sont les leurs depuis des années. Il est louable, et pas injustifié, de prendre ces femmes et ces hommes pour des héros ; mais il faut être vigilants à ce que, d’un même mouvement, ils ne soient pas aussi pris pour des imbéciles."

 

Il est temps de remonter d'anciens articles pour montrer à quel point la plupart des personnalités politiques sont des personnes profondément malhonnêtes...

 

La « marche des hospitaliers » réprimée à Paris

 

Une manifestation pour l’hôpital public a été réprimée à grand renfort de gaz lacrymogène le lundi 2 octobre devant le siège de l’assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Le syndicat Sud Santé social de Gironde, présent à la manifestation, a fait part de sa consternation :

Aujourd hui 2 octobre 2017 à Paris devant le siège de l AP-HP, on gaze des personnels hospitaliers pendant une manifestation pacifiste ... Elle est belle notre démocratie, elle est belle notre police !!!
Un bon rétablissement à notre collègue hospitalisée...

Communiqué de SUD Santé APHP Gazés mais toujours debout !

Ce matin lundi 2 octobre, la marche des hospitaliers rejoignait l’hôpital Bichat au siège central de l’APHP avenue Victoria. Martin Hirsch y réunissait le comité technique d’établissement central pour présenter son bilan social de l’année. La date était trop bonne de lui faire connaître notre propre bilan d’un an de la nouvelle organisation de travail à commencer par les 5 suicides de professionnels mettant en cause les conditions de travail. La manifestation qui se voulait à la fois pacifiste et solennelle, mettait en scène les 5 cercueils devant l’entrée du siège central. Les manifestants décidant alors de symboliquement brûler les photocopies du bilan social comme un refus de celui-ci.

Les forces de police, prendront ce prétexte pour bousculer et vaporiser à bout portant de gaz lacrymogènes les manifestants. Les violences policières sont sans communes mesures avec l’esprit de la manifestation. Une de nos camarades sera hospitalisée aux urgences de Cochin qu’elle quittera du reste sans avoir été examinée par un médecin.

Le syndicat Sud-Santé APHP dénonce la répression policière comme seule réponse aux légitimes revendications des hospitaliers de l’APHP. Le dialogue social n’est définitivement plus de pratique ni par le gouvernement ni par la direction générale de l’institution.

Sud-Santé APHP ne se laissera pas intimider par de tels agissements, les revendications portées par la marche des hospitaliers ont vocation à s’étendre sur l’ensemble du territoire. C’est pour le moins l’objectif que les organisateurs se donnent.

Secoués, gazés, meurtris, mais toujours déterminés, Sud-Santé ne lâchera rien !

Vous pouvez voir ici les revendications de ce dangereux groupe gauchiste subversif :

Un an après : le désastreux bilan de Hirsch

« La Marche des Hospitaliers » s’achève le lundi 2 octobre 2017 devant le siège de l’AP-HP. Ce jour-là, Martin Hirsch, directeur général, présente son bilan social au Comité Technique d’Établissement de l’institution après un an d’application de sa réforme de l’organisation du temps de travail.

Plutôt que de le laisser pérorer une fois de plus sur les bienfaits de ses mesures, SUD Santé appelle l’ensemble des agents de l’institution à venir faire connaître à ce monsieur et à tous les technocrates qui l’entourent le véritable bilan de la réorganisation du temps de travail. Ils doivent comprendre la souffrance qu’ils engendrent chez les hospitaliers à vouloir faire d’eux des machines à donner du soin, des répétiteurs d’actes.

Ce que nous subissons à l’AP-HP, l’ensemble des hospitaliers le subissent tous les jours : les plannings non respectés, les vacances refusées, les comptes épargne-temps explosés, les heures supplémentaires impayées, les retraites reculées, les salaires gelés, l’emploi précarisé...

Nous n’en voulons plus, ce n’est pas déplacé de le dire !

Nous sommes légitimes à revendiquer, n’en doutons plus.

Pour nous, l’amélioration de notre condition passe par :

Augmentation de salaire de 500€ pour tous, 1700€ minimum
Réduction du temps de travail à 32 heures de jour, 30 heures de nuit
4 jours travaillés par semaine
8 heures de présence minimum par jour
Création de 10 000 emplois
Mises en stage de tous les CDD
Suppression des comptes épargne temps, après remboursement de la dette
Rassemblement : 3, avenue Victoria, Paris 4 / métro : Hôtel de Ville, Châtelet

Pas un hospitalier ne doit manquer à l’appel !

A CŒUR OUVERT : crise et simplicité volontaire

Par Le 25/03/2020

Coeurouvertwhite" Simplicité volontaire ?

- Vous n’en avez jamais entendu parler ?

- Je n’ai connu que la complexité volontaire, dans une totale inconscience, répondit-il avec amertume. C’est en tout cas l’image que j’en aie aujourd’hui.

- Pour moi, la simplicité volontaire est la seule issue. C'est-à-dire l’élimination du superflu, non pas sous les effets dévastateurs d’une crise mais de façon anticipée afin justement d’éviter que la crise l’emporte. C’est juste du bon sens en fait. Mais ce monde moderne a renié le bon sens. Il n’use que de sa logique. Nous ne parvenons même plus à élaborer en nous une vision globale, un inventaire du désastre, nous les percevons chacun séparément, nous nous en occupons et délaissons dès lors tous les autres, c’est un piège sans fin. Il n’y a plus qu’une seule solution : aller consciemment vers la simplicité volontaire afin que les problèmes disparaissent d’eux-mêmes, par effacement, juste parce qu’ils ne seront plus activés.

- Mais sans ce monde moderne, je serais déjà mort aujourd’hui, contesta-t-il avec gêne.

- Je le sais bien et loin de moi l’idée de rejeter les progrès technologiques. Ce ne sont pas les améliorations qui sont contestables mais l’usage qui en est fait. Dès lors que les progrès ne sont pas précédés d’une réflexion existentielle sur ce qu’ils vont apporter ou les risques qu’ils contiennent, ils deviennent l’étendard de la croissance. Il ne s’agit pas de faire mieux mais surtout de faire plus. Sans se préoccuper le moins du monde d’être. Mais dans ce cas-là, l’individu est la proie du progrès au lieu d’être son maître. Le gaspillage des ressources naturelles est le symbole le plus terrifiant de ce fonctionnement. On court à l’épuisement.

- Est-ce qu’il reste un avenir ?

- L'avenir de l'humanité ? C'est bien simple, elle l'a déjà tellement rogné qu'il ne reste plus que l'os. On entend souvent parler du « pic de pétrole » mais "le pic de survie" finira par s’imposer. C’est inéluctable. Soit on continue à procréer pour préserver la fameuse croissance et on fonce la tête dans le mur, soit on abandonne ce fonctionnement et on inverse la courbe démographique. Mais le choc, dans un cas comme dans l'autre, est inimaginable. La seule différence, c'est la possibilité du choix ou l'abandon. Il arrivera un jour où mettre au monde un enfant relèvera d'un crime prémédité.

- Personne ne parviendra à limiter la population. C’est impossible.

- C’est à chaque individu de le décider. Les décideurs politiques, quels qu’ils soient, ne sont que les bras armés de la croissance.

- Pourquoi dites-vous que l’humanité continue à procréer pour préserver la croissance ? Ça n’est pas l’idée que les gens se font lorsqu’ils décident d’avoir un enfant.

- Non, bien sûr, ils ne pensent pas à la conséquence planétaire de leurs actes et si je n’avais pas été stérile, j’aurais certainement aimé avoir un enfant avec Tyler. Mais les choses évoluent terriblement vite et il est plus que temps de réfléchir à cet acte de procréation au-delà de l’amour parental. C’est à l’amour pour la planète que nous devons penser. L’amour de la vie. Et l’humanité en est devenue l’ennemie. Elle est la seule espèce vivante à mettre en danger l’ensemble du monde vivant. Nous n’avons plus le droit de vivre en vase clos dans nos égos. Ce temps-là est fini. Regardez maintenant le conditionnement phénoménal que nous absorbons au regard de cette idée d’enfantement. Les petites filles sont de futures mères consommatrices et les petits garçons sont de futurs pères consommateurs. Une famille nombreuse consomme beaucoup plus qu’un célibataire. Et même les célibataires fortunés, il faut bien les remplacer à leur mort. Aucun état ne prônera jamais la limitation des naissances. C'est à chaque couple d'y réfléchir. Les deux jeunes qui vont acheter la maison ne veulent pas d’enfants. Cela aussi fait partie, pour eux, du concept de simplicité volontaire. Ne pas renforcer le poids que supporte la planète.

- On pourrait aussi penser que c’est égoïste. Si nos parents avaient pensé de cette façon, nous ne serions pas là.

- Ils n’avaient pas à le faire mais le temps d’apprendre à vivre en osmose avec le phénomène vivant est venu. Et cette osmose passera nécessairement par une diminution énorme de notre impact. Dans ce processus d’inversion de la population, la mondialisation s’effondrera. Il n’y aura plus assez de consommateurs, ni même de bras pour la maintenir. Les économies régionales prendront le pas. Des échanges à échelle humaine et non à échelle financière. Comme cela existait il y a un siècle. Cela ne signifie pas pour autant une régression. Les technologies ne disparaîtront pas. C’est juste le nombre de personnes lucides à en bénéficier qui rétablira l’équilibre. Il faut une technologie au service de la vie et non de la croissance matérielle. Il serait fou et criminel d’attendre des conflits mondiaux ou des épidémies planétaires ou d‘autres catastrophes pour limiter cet impact du nombre. C’est aux humains de le décider.

- Vous avez l’air d’avoir grandement réfléchi à tout ça. Et c’est vrai que si je pense à mon activité au sein de mon entreprise, je n’envisageais que la croissance du chiffre d’affaire. Je ne me suis jamais soucié des effets sur la planète.

- Votre cœur a bien fait de vous lâcher alors ! lança-t-elle avec un sourire radieux.

- Vous êtes bien la première personne à voir les choses comme ça.

- Non, vous m’avez devancé. »

Il plissa le front, cherchant à comprendre.

« Vous ne seriez pas là. Vous auriez tenté à tout prix de reprendre votre vie.

- Oui, effectivement, on peut voir les choses de cette façon mais malgré tout, je n’ai pas le souvenir d’avoir pris beaucoup de décisions volontaires depuis que j’ai retrouvé mon autonomie. L’impression même que je suis embarqué dans un courant que je ne contrôle pas.

- Et cela vous inquiète ?

- Non.

- Alors tout va bien. »

Elle avait sorti deux assiettes et des couverts. Elle lui demanda de couper deux tranches de pain. Elle posa un pichet d’eau du robinet sur la table.

Il s’installa face à elle. Elle servit.

« Poivrons, aubergines, échalotes, épices et légumineuses, pain bio cuit au four, fromage du pays, eau de source.

- Je me suis mis à la cuisine dernièrement mais je ne suis pas aussi imaginatif. Et sûrement pas aussi doué dans mes choix de produits. »

Il goûta.

« Délicieux.

- Merci. J’ai passé les années parisiennes et les heures dans les hôtels, les halls de gare ou d’aéroport à manger des produits infâmes. Je n’y faisais pas attention. Trop de stress. C’est absurde étant donné que je me détruisais encore plus en y ajoutant la malbouffe.

- Pas mieux pour moi. Et le stress, j’en ai mangé jusqu’à la nausée.

- Racontez-moi. »

Il la regarda, but un grand verre d’eau.

« Aujourd’hui, quand je pense à ce que j’ai vécu, j’en arrive à éprouver de la honte. Non pas, pour ce que j’ai fait, pas pour le mal que j’ai causé, les erreurs stratégiques ou l’inattention envers mes proches, pas pour tout ce que j’ai oublié de vivre mais bien plus profondément pour cette impression de gâchis par rapport à la vie. Je ne sais pas trop comment l’expliquer en fait. Dans une vie, on peut regretter des décisions, des choix, des actes, mais tout ça reste au niveau des événements et il est bien souvent possible de corriger le tir. Moi, ce que je ressens, c’est bien au-delà de ces événements. C’est comme si j’avais trahi l’existence, cette vie qui m’a été donnée. Vous comprenez ? »

Cette chaleur dans son ventre, ces frissonnements qui coulaient en elle comme un délice infini. Elle aimait sa voix, ses yeux, la largeur de ses mains, elle se surprenait à lui porter un regard d’adolescente et s’en amusait. Ce plaisir immense d’échanger avec lui, cette impression de l’avoir attendu pendant très longtemps.

« Oui, tout à fait. Vous n’êtes plus simplement dans l’observation visible des conséquences de vos actes mais dans l’observation spirituelle de votre indifférence au regard du phénomène vivant. Chacun de nos actes devraient se référer à ce phénomène. Nous devrions nous interroger sur ce que la vie penserait de ce que nous pensons, de ce que nous projetons de faire ou de ce que nous accomplissons. Mais ça ne me dit pas ce que vous avez vécu. »

Il raconta en détail son parcours d’entrepreneur, de financier, sa vie avec Alice, la naissance de Chloé, les dernières années, la lutte pour s’imposer sur le marché.

« Et puis, j’ai eu cet infarctus, aucun signe précurseur. C’est Philippe, mon associé, qui m’a sauvé.

- Vous n’aviez jamais eu de problèmes avant ?

- Non, rien, absolument rien.

- C’est impressionnant alors. Personne n’est à l’abri en fait.

- Il faut croire. Mais pas grand monde n’y pense. Ou alors, c’est l’angoisse qui l’emporte, ce qui ne vaut guère mieux.

- Et ensuite ?

- J’ai vendu l’entreprise à Philippe. Il le méritait amplement pour son travail de toute façon. Après l’implantation de la prothèse, j'ai vécu un basculement total, foudroyant, incompréhensible. Je me souviens très bien des premières heures. Pas de douleurs insupportables, j’étais sous morphine, je suppose. Je n’ai rien demandé. Le chirurgien est passé, tout allait bien, ils étaient très satisfaits et je m’en moquais. Sans comprendre pourquoi. Un détachement totalement fou. J’ai d’ailleurs pensé que j’étais fou ou que mon cerveau n’avait pas été assez oxygéné pendant l'opération. J’aurais dû être rempli de joie et de reconnaissance, j'avais imaginé le pire, je savais que ça pouvait mal se terminer. Et puis, là, peu à peu, dans la solitude de ma chambre, je me suis aperçu qu’il n’y avait aucune joie en moi, même pas l’once d’un soulagement. Rien. Absolument rien. Aucun désir de reprendre le travail, aucune projection sur l’avenir, aucune interrogation sur le devenir de cette prothèse de cœur, sur ma récupération, le suivi médical...Rien. Un grand vide et pourtant une présence indéfinissable. J'étais là. Mais je ne sais pas comment le décrire. C’était comme si je découvrais le fait de vivre et que je devais me contenter d’enregistrer tout ce que je percevais dans l’instant.

- Rien d’étonnant pour moi. L’effleurement avec la mort révèle la vie de l’instant.

- Oui, c’est exactement ça. La vie de l’instant. D’ailleurs, la première fois qu’on m’a laissé sortir dans le parc, je me suis assis sur un banc et j’ai regardé des pigeons. Ça n’a l’air de rien mais vous n’imaginez pas à quel point c’était stupéfiant pour moi. Je regardais le balancement de leur cou quand ils marchent, j’essayais de les reconnaître, d’identifier leurs différences de plumage, de voir si certains restaient proches, si des couples étaient constitués, comment ils repéraient leur nourriture et puis j’ai fini par ne plus penser à rien, à ne plus vouloir intégrer des données précises, je les ai juste regardés. À un moment, je suis sorti de cette observation, comme si j’avais quitté une pièce, l’impression d’être projeté dans un vacarme épouvantable, j’entendais le bruit de la ville, des discussions autour de moi, des ambulances, j’ai vu passer des gens, j’ai vu tous les bâtiments, ces milliers de fenêtres comme autant de souffrances cachées, des traînées d’avions dans le ciel, et puis l’herbe piétinée autour des bancs, des papiers abandonnés à côté de poubelles vides et la première idée qui a surgi, c’est que dans l’observation des pigeons, je n’étais pas en train de rêver comme on dit, les yeux dans le vague mais que c’était maintenant que j’étais tombé dans le rêve. Je ne sais pas comment l’expliquer en fait. C’est tellement étrange. Vous savez, souvent les adultes disent aux enfants quand ils ont les yeux dans le vide, « arrête de rêver et écoute-moi », eh bien, moi, j’avais l’impression que c’était l’inverse. Ça m’a fait un mal de chien, à en pleurer, là, tout seul, sur mon banc, comme si j’avais quitté la vie pour tomber dans un cauchemar immonde. Vous voyez, j’ai passé tellement d’années à vouloir tout contrôler, à me battre pour atteindre les objectifs que je visais, à valider matériellement l’idée que je me faisais de l’existence, j’aurais dû reprendre tout ça, j’étais sauvé après tout, j’aurais pu retourner au boulot, doucement bien sûr, mais en tout cas, relancer la machine. Et c’est cette expression qui a tout déclenché. Relancer la machine. Mais, c’était moi la machine.

- On se voit toujours comme un individu menant des activités multiples et trouvant des compensations diverses, intervint-elle, avec même parfois des satisfactions personnelles, des occasions de fierté ou d’estime de soi, mais c’est complètement fou finalement puisque nous sommes effectivement des machines et que nous répétons mécaniquement les activités pour lesquelles nous avons été programmés dès notre enfance. »

Ce bonheur pour lui d’entendre en écho les éclaircissements indispensables, les validations partagées de tous ses tourments.

« Oui, je n’avais pas été programmé à regarder béatement des pigeons et à en éprouver étonnamment un sentiment de bien-être. C’est comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton off. Fin du vacarme, suspension des pensées intentionnelles, abolition des objectifs, disparition de toute identification projective, de notion de rentabilité, d’utilité, comme l’effacement du disque dur. Un ordinateur sans disque dur n’a aucune utilité. Je n’étais donc plus un ordinateur et je découvrais la liberté. Un mélange d’angoisse et d’euphorie. Vous voyez ? Comme si je décrochais de mes dépendances, je ne touchais plus à ma dope, je me purifiais mais c’était douloureux. De regarder ainsi toute l’agitation comme un rêve a fait de moi un marginal, un dérangé, un individu inquiétant. C’est pour ça qu’Alice est partie, c’est pour ça que Chloé ne veut plus me voir, que mon associé ne voyait en moi qu’un illuminé qu’il fallait sauver. Je n’ai même pas essayé de leur expliquer quoi que ce soit. Je n’en avais pas la force, ni même l’envie d’ailleurs. Comme si j’étais tombé dans une bulle sans contact avec le monde extérieur. On ne parlait plus le même langage. Pas pour autant que je me voyais comme un être pur et sauvé du néant, un élu des cieux ou je ne sais quelle fumisterie. J’étais juste devenu un paumé sans repère, un errant, un exilé bourré de pognon qui avait juste envie de regarder des pigeons. Alors, j’ai cherché un endroit perdu et j’ai atterri ici. C’est sans doute ce que j’ai fait de mieux en trente ans. »

Coronavirus : collaborateur du professeur Raoult.

Par Le 24/03/2020

L'avis d'un chercheur de l'IHU. 

On sent qu'il en a gros, comme dirait Perceval et Karadoc ^^

Plus sérieusement, pour commenter ce qu'il se passe devant l'IHU, c'est juste la résultante d'un fiasco gouvernemental dans la gestion de cette crise. Il y a clairement, une fois de plus, une perte de confiance dramatique envers les dirigeants...Je pense que la sortie de crise sanitaire sera suivie d'une crise politique d'envergure...Des têtes vont tomber...

A Marseille devant l'IHU du Pr Raoult : «On attend que ça passe et au pire, on meurt ?»

 

Par Stéphanie Harounyan, correspondante à Marseille — 

Devant l'IHU de Marseille dirigé par Didier Raoult, les gens font la queue pour se faire depister du COVID 19.
Devant l'IHU de Marseille dirigé par Didier Raoult, les gens font la queue pour se faire depister du COVID 19. Photo Olivier Monge pour Libération

Lundi, il y avait foule devant l’Institut hospitalo-universitaire pour se faire dépister. Ici, les tests sont pratiqués sur toutes les personnes fébriles et les patients ont l'espoir d'être traités à la chloroquine.

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     A Marseille devant l'IHU du Pr Raoult : «On attend que ça passe et au pire, on meurt ?»

La file d’attente fait des courbes jusqu’à l’entrée de l’hôpital de la Timone, à Marseille. Lundi, en fin de matinée, ils étaient déjà plusieurs centaines à s’être spontanément présentés à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection pour faire le test de dépistage du Sars-CoV-2. Les quelques policiers qui patrouillent n’ont pas grand-chose à faire : chacun tient sa distance de sécurité, l’attente est calme, presque silencieuse, avec le téléphone portable pour seule compagnie. Sylvie, 61 ans, et Mike, 59 ans, sont arrivés à 7 heures du matin. Trois heures plus tard, le couple est sur le point d’entrer. «Ça fait plusieurs jours que j’ai des symptômes, souffle la sexagénaire derrière son masque. Hier, j’ai vu un reportage à la télé qui m’a fait peur. Alors quand j’ai lu sur Internet que l’IHU testait tout le monde…»

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Colère

Comme beaucoup ce matin, le couple est tombé sur le communiqué publié dimanche par l’équipe du professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU, assurant que des tests seraient pratiqués sur place «pour tous les malades fébriles». Dounia, 31 ans, ne ressent pas grand-chose, «juste un peu d’essoufflement quand je monte les escaliers», a-t-elle remarqué. Mais il y a deux jours, son mari, qui s’était présenté spontanément à l’IHU, a été testé positif au coronavirus. Depuis, il est traité à la chloroquine chez lui. «Mais moi, qui dors avec lui, on ne m’a rien dit, regrette Dounia. Alors, j’ai préféré venir. Je travaille dans un foyer de jeunes, si je suis positive, je ne veux pas transmettre le virus.»

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Emmanuel, lui, n’était pas sorti de chez lui depuis une semaine, suivant la consigne des autorités, attendant sagement que ses «signes grippaux» passent d’eux-mêmes. C’est une copine infirmière qui lui a conseillé d’aller se faire dépister. Depuis deux heures qu’il attend, ce thérapeute de 47 ans trompe le stress en feuilletant un livre sur «une technique d’éveil spirituel». Mais rien ne calme sa colère : «Je trouve ça scandaleux que l’on se retrouve dans un merdier pareil à cause de ce gouvernement, s’énerve-t-il, planquant sa bouche derrière son écharpe. Rien n’a été préparé et maintenant, on nous demande de payer la note… Alors si je suis testé positif, bien sûr que je prendrai le traitement à la chloroquine de Raoult !» Le nom du directeur de l’IHU fuse régulièrement dans les conversations. «C’est lui qui a raison, plaide un quinqua masqué. C’est quoi le plan B, on attend chez nous que ça passe et au pire, on meurt ? Autant savoir si on est porteur, pour se soigner et aussi pour éviter de contaminer les autre

Devant l'IHU de Marseille dirigé par Didier Raoult, les gens font la queue pour se faire depister du COVID 19Devant l’IHU de Marseille. Photo Olivier Monge. Myop pour Libération

Plébiscite

Assise sur les marches à l’entrée de l’IHU, une femme s’énerve contre les journalistes. «C’est à cause de vous qu’au début, Raoult est passé pour un fou, c’est une honte !» hurle-t-elle, provoquant les applaudissements. «Soutien au PrRaoult, au personnel soignant et aux ambulanciers» : le plébiscite s’affiche même version banderole, accrochée le matin même par des ambulanciers venus en cortège. «On a de la chance de l’avoir ici, insiste Sylvie. Vous vous rendez compte, ce qui se passe dans l’est de la France ?» L’infirmière de 43 ans fait la queue comme les autres, assise sur une chaise de camping qui traînait dans son coffre de voiture. «Je travaille ce soir à l’hôpital, mais comme j’ai 38 °C de fièvre, je veux vérifier avant d’y aller, explique-t-elle. Je pensais qu’ils feraient une file spéciale pour les soignants, mais non…»

Soignants ou pas, malades ou inquiets, tout le monde suit en effet le même parcours. Il est 11 h 30, Dounia sort à peine : «A l’accueil, on a d’abord pris les infos de base avant de me donner un masque et de prendre ma température. Après, on est répartis en deux files : ceux qui ont des symptômes et ceux qui n’en ont pas.» Les malades sont reçus par un médecin. Les autres, comme Dounia, font leur test eux-mêmes, guidés par un infirmier. «J’aurai les résultats dans 48 à 72 heures… Si c’est positif, c’est eux qui m’appellent sous 24 heures.»

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Devant la sortie, un groupe de jeunes gens débriefent après leur passage : tous travaillent dans une plateforme d’Amazon, près d’Aix-en-Provence. «Une fille a été testée positive chez nous, raconte Loïc, 35 ans. Hier, on a fait une réunion sur le parking pour avoir des réponses de la boîte, qui ne fait rien… Et puis dans la nuit, une autre femme est partie à l’hôpital. On s’est tous mis en arrêt de travail et on est venus ce matin faire le test.»

Loïc veut vite rentrer chez lui maintenant, pour attendre les résultats. «Quand j’étais dedans, je leur ai dit que j’avais acheté deux grandes casseroles. Tous les soirs, je vais me casser les bras pour les applaudir !» Il est 13 h 30. Derrière lui, en quelques heures, la file s’est encore allongée.

Devant l'IHU de Marseille dirigé par Didier Raoult, les gens font la queue pour se faire depister du COVID 19Devant l’IHU de Marseille. Photo Olivier Monge. Myop pour Libération

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